La tolérance auto-destructrice de l’Europe

À l’heure où certaines voix ont l’audace obscène de tenter de défendre l’individu qui a harponné la France avec un couteau en pratiquant le rituel atroce de l’égorgement, il est sans doute nécessaire de s’interroger sur l’aveuglement culturel qui nous conduit dans l’impasse de la tolérance à tout-va :

L’essentiel n’est-il pas dit ?

Betty Lachgar : « Au Maroc, nous sommes condamnés à être des musulmans toute notre vie »

Article du Point. Modifié le 25/09/2019 à 11:08 – Publié le 24/09/2019 à 17:43 | Le Point.fr

Par Thomas Mahler

Dix ans après un retentissant pique-nique en plein ramadan en compagnie de Zineb El Rhazoui, la militante féministe et universaliste revient sur ses luttes.

Il y a tout juste dix ans, en plein ramadan, deux militantes marocaines du Mouvement alternatif pour les libertés individuelles (Mali) organisaient un pique-nique dans la forêt de Mohammadia, à mi-chemin entre Casablanca et Rabat. Dans leur sac, des baguettes et une boîte de Vache qui rit. L’initiative fit scandale dans un pays où l’article 222 du Code pénal prévoit entre un et six mois de prison pour ceux qui rompent « ostensiblement le jeûne dans un lieu public ». L’une des pique-niqueuses se nomme Zineb El Rhazoui et rejoindra bientôt Charlie Hebdo. L’autre est la psychologue Ibtissame Lachgar, dite « Betty », qui continue aujourd’hui avec le Mali à mener des actions coups de poing au Maroc. Dans un long entretien, nous revenons sur le parcours et les engagements de cette inlassable combattante pour les libertés.

Le Point : Comment êtes-vous devenue une militante des droits de l’homme ?

Betty Lachgar : J’ai grandi à Rabat jusqu’à mon bac. Puis j’ai fait des études de psychologie clinique, criminologie et victimologie à Paris. Mon père, ingénieur, était un militant politique en opposition au régime, ce qui m’a beaucoup influencé. Ma mère était prof de français. Je viens d’une famille « laïque », où la religion relevait d’une affaire personnelle. J’ai d’ailleurs été à l’école française puis au lycée français. C’était un choix de mes parents en raison de la laïcité justement.

Le Maroc étant une dictature, l’école publique y est non seulement religieuse, c’est-à-dire que l’éducation islamique y est obligatoire, mais l’école caresse aussi le régime dans le sens du poil. Je n’ai jamais fait le ramadan, car je ne me suis jamais sentie concernée par la religion musulmane comme je n’ai jamais ressenti de culpabilité à manger du porc ou à consommer de l’alcool plus tard. Dès l’adolescence, j’ai commencé à me poser des questions sur les religions, et notamment sur leur misogynie. Nous sommes trois filles dans ma famille ; s’il n’y a pas de garçon, par exemple, l’héritage ira en partie à nos oncles et cousins. Forcément, notre père a dû nous expliquer ça. Ces inégalités et ces discriminations, particulièrement contre les femmes, m’ont ainsi petit à petit poussée à rejeter les religions en général et l’islam en particulier. J’ai aussi appris très jeune qu’un enfant né hors mariage était un bâtard, littéralement un « fils de pute ». J’ai vu que les femmes et les enfants étaient les premières victimes de tout ça. J’étais ce qu’on appelait un « garçon manqué ». Je trouvais déjà cette expression bien tordue.

Je ne savais pas ce qu’était le féminisme ou ce qu’étaient les stéréotypes, mais j’étais déjà en train de revendiquer des choses au niveau du sexisme ou de la notion du blasphème. On dit « Allah est le plus grand » ? Je disais « Allah est le plus petit » tout en courant dans le couloir de l’appartement. Mais à l’époque, l’islam n’avait pas la place qu’il a aujourd’hui au Maroc. On ne se demandait pas qui jeûnait ou pas, on ne mesurait pas le degré de religiosité. Dans les années 1990, on a vu l’évolution…

À 20 ans, alors que vous étudiez à Paris, on vous diagnostique un cancer, un sarcome d’Ewing…

C’est génétique, c’est la translation de deux chromosomes qui causent un cancer de l’os particulier. À ce moment-là, tout a basculé. Bien sûr qu’il y avait un terrain préalable à mon militantisme. Mais ce cancer a réveillé en moi toute cette colère, cette rage et cette indignation. Puis, quand j’étais en thèse, mon père est tombé malade et j’ai multiplié les allers-retours entre la France et le Maroc. On a commencé à parler de son passé, de ses engagements et de son arrestation. Je lui ai dit que je trouvais étrange que les libertés individuelles, qui sont des droits fondamentaux, soient reléguées au second plan…

Comment rencontrez-vous Zineb El Rhazoui, avec qui vous avez fondé le Mali ?

Zineb, je l’ai connue à Paris, elle était en fac avec ma sœur. En se croisant en soirée, on parlait plus de droits et de libertés que d’histoires du quotidien. On a repris contact sur Facebook alors qu’elle était revenue au Maroc et que mon père venait de décéder. J’ai dit : « Il faut faire quelque chose ! » Elle était à Casablanca et moi à Rabat. Je suis allée la voir, et alors que je devais reprendre mon train, on s’est parlé pendant des heures. Zineb était journaliste dans un média indépendant et était déjà dans le collimateur du régime. Je suis restée chez elle toute la nuit. On s’est dit : « Balançons un truc sur Facebook. » Il se trouve que c’était le ramadan.

On a créé le groupe Mali dans un esprit de mouvement de désobéissance civile, et on s’est dit que personne ne parlait de l’article 222 du Code pénal qui punit de prison ferme les dé-jeûneurs pendant le mois de ramadan. On ne voulait pas faire comme les autres, à savoir multiplier des réunions, des conférences, des marches et des rapports qui finissent dans un tiroir. On voulait une action de terrain. On a réfléchi à une action pacifiste de désobéissance. Zineb m’a dit : « Puisqu’on nous interdit de manger, il faut faire un pique-nique symbolique ! » Ça nous a menées à une polémique internationale. On a eu tout le monde contre nous au Maroc, où presque, les partis politiques comme les associations. Mais c’est notre fierté. Cela fait dix ans qu’on a fait ce pique-nique, mais depuis quelques années au Maroc, la société civile s’est approprié cette question. Et tant mieux. La société et les médias évoquent désormais ces thématiques de laïcité, de liberté de conscience et d’article 222. Ouvrir le débat est une victoire.

Et tant que mouvement féministe, universaliste et laïque, nous pensons que les droits humains n’ont ni frontières ni religion

Avec le Mali, vous avez multiplié les happenings : kissing dans l’espace public, bateau de l’avortement, coloriage en rouge des fontaines de Rabat, collages de serviettes hygiéniques sur la façade du ministère de la Santé…

Contre les violences machistes et pour les droits sexuels et reproductifs notamment, oui. La dépénalisation des relations sexuelles hors mariage et de l’homosexualité. L’avortement est interdit au Maroc. Je risque dix ans de prison pour, à visage découvert, accompagner et aider les femmes à avorter. Il y a un seul article, l’article 453, qui dispose que l’avortement est possible si la santé de la femme enceinte est en danger. Mais avec l’autorisation du mari ! Et n’est prise en compte que la santé physique. L’association marocaine de lutte contre l’avortement clandestin veut l’étendre à la santé mentale. Mais elle n’est du coup pas favorable à la dépénalisation totale. Et tant que mouvement féministe, universaliste et laïc, nous pensons nous que les droits humains n’ont ni frontières ni religion. En tant que mouvement pro-choix, la lutte en faveur du droit des femmes à disposer de leur corps est essentielle. Les associations plus jeunes par exemple sont hélas intersectionnelles, plus dans le relativisme interculturel, dans la lutte décoloniale…

Mais les actions coup de poing sont-elles une bonne méthode ?

On joue sur le buzz, c’est une réalité. Sur le pouvoir médiatique. On veut alerter l’opinion publique dans son ensemble sur des sujets sensibles et tabous. Ce n’est pas en organisant des tables rondes ou en faisant des petits rassemblements devant le Parlement – et en général c’est toujours l’élite convaincue qui est présente – qu’on fait avancer les choses. Ou alors à petits pas. Quand il y a un buzz, tout le Maroc est au courant. On en parle en famille, au bureau, au hammam. C’est ça que nous voulons ! Même si cela génère de la haine, c’est quand même une victoire. Cela veut dire qu’on a mis le doigt sur quelque chose qui fait mal et qui dérange, et le choc des consciences est un moteur pour espérer un changement des mentalités.

Je trouve formidable que Zineb ne courbe pas l’échine face aux personnes qui la qualifient de « raciste » ou « d’islamophobe »

Comment jugez-vous le parcours de votre amie Zineb El Rhazoui, devenue en France l’une des figures de proue de la lutte contre les islamistes ?

J’adhère à tout ce qu’elle fait. J’admire son courage et son audace. C’est ce qui nous a unies. Pourtant, les menaces et les intimidations sont réelles. Vu la notoriété qu’elle a maintenant en France, je trouve formidable que Zineb ne courbe pas l’échine face aux personnes qui la qualifient de « raciste » ou « d’islamophobe ». Ce qui est inquiétant, c’est que maintenant, même au Maroc, il y a ces discours décoloniaux qui touchent la majorité des associations. Même certaines associations féministes nous accusent parfois de faire du militantisme « occidental ». Surtout par rapport à notre positionnement contre le voilement des femmes. Nous sommes universalistes et laïques.

Après, par rapport à Zineb, je suis une féministe radicale. C’est un terme qui fait extrémiste en langue française, mais le terme est différent en arabe, parce que radical, c’est simplement aller à la racine. Sur la question de la langue, par exemple, nous différons avec Zineb. Pour moi, une langue sexiste structure la pensée. Je ne suis ainsi pas contre l’écriture inclusive, tout en utilisant un langage épicène [dont la forme ne varie pas selon le genre, NDLR]. J’utilise aussi le terme « féminicide, » là où Zineb pense que cela se limite à certains cas, quand par exemple on tue des petites filles en Inde du fait de leur sexe. Ce n’est pas un jugement, mais je diffère aussi de Zineb quand elle accepte de se rendre dans des événements où est conviée l’extrême droite, ou quand elle se fait éditer par Ring. Mais contrairement à d’autres féministes, si je soutiens la notion de « féminicide » ou d’écriture inclusive, je me bats aussi contre le voilement des filles et des femmes. C’est le symbole d’oppression le plus visible. Et je ne le considère pas comme un libre choix. Pour moi, comme je l’ai dit auparavant, toutes les religions sont misogynes. La mode est de dire « vous êtes islamophobes », alors que quand je dénonce d’autres religions, comme sur les voilées du judaïsme orthodoxe, cela passe inaperçu. Je critique des dogmes. J’ai ce droit, je le prends. L’islam est une idéologie. Je ne vise pas des personnes.

Comment voyez-vous les féministes françaises ?

Il y a un combat rude entre le féminisme universaliste laïc et le féminisme intersectionnel. Moi, ça me hérisse le poil de voir qu’on veut faire de l’essentialisme et du différentialisme. Les droits humains – et ceux des femmes en particulier –, je le répète, ne connaissent ou plus exactement ne devraient connaître ni religion, ni frontières, ni nationalité, ni couleur de peau. On ne peut pas, sous couvert de relativisme culturel, accepter l’inacceptable. C’est quelque chose qui me dépasse.

Mohammed VI fête les vingt ans de son règne. Qu’en pensez-vous ?

Le Maroc est une dictature religieuse. C’est un fait. C’est une monarchie absolue de droit divin. Il n’existe pas de liberté de conscience. On nous dit que le pays ne serait pas prêt pour une « démocratie ». Ça, c’est l’argument culturel par excellence. Cela veut-il donc dire que les « bougnoules » et les Noirs, tous les pays du Sud, sont trop bêtes pour la démocratie ? Pour les vingt ans du règne de Mohammed VI, beaucoup de médias marocains ont affirmé que le roi est féministe, qu’il lutte ardemment contre la misogynie. Ce sont des médias pro-régime en général. Mais qu’est-ce qui a changé ? Le nouveau Code de la famille de 2004, c’est un leurre. Et il commence à prendre la poussière. Depuis, rien n’a été fait. Vous avez un « commandeur des croyants » à la tête du pays, plus un gouvernement islamiste.

Bassima Hakkaoui, la « ministre de l’Égalité » issue du Parti de la justice et du développement (PJD), est une grande misogyne. Sa loi sur la lutte contre la violence faite aux femmes ne tient pas compte des viols conjugaux, car la femme, l’épouse donc, serait là pour assouvir les soi-disant pulsions du mari. Rien n’a donc évolué ! On cite souvent l’article 19 de la Constitution de 2011, qui promeut l’égalité entre les femmes et les hommes. Très bien. Mais à la seconde partie de l’article, on lit : « Tout en respectant les constantes et les lois de la nation. » La première constante du Maroc étant l’islam, cet article s’annule de facto. Mais les féministes d’État ne mentionnent jamais la seconde partie de l’article. Il n’y aura jamais d’égalité dans ce contexte. Le PJD le dit clairement sur la question de l’héritage et sur la liberté sexuelle des femmes, sachant que celle des hommes, elle, se porte très bien.

Au Maroc, nous sommes condamnés à être des musulmans toute notre vie.

Certains disent que la monarchie est un rempart contre les islamistes…

Entre la peste et le choléra, je ne sais pas. Le roi n’est-il pas, par sa position, le premier islamiste du pays ? N’a-t-il pas le choix ? On ne sait pas ce qu’il pense personnellement, mais la religion comme la monarchie sont intouchables. Je ne fais pas de politique politicienne, mais je reste convaincue que si la société civile continue à caresser dans le sens du poil le régime comme les islamistes, nous ne sommes pas sortis de l’auberge. À chaque fois qu’il y a des associations ou des artistes qui parlent des libertés ou des droits des femmes, que ce soit sur l’avortement ou sur l’héritage, on se réfère toujours aux religieux. « Que disent les textes ? » « Qu’en pensent les imams ? » Ou alors ils feignent d’ignorer le poids du religieux sur ces questions. Pour moi, cela conforte cette domination masculine qui contrôle la sexualité et le corps des femmes. Les personnes laïques sont isolées. Nous parlons de droits. Je m’en fous de la religion et de l’interprétation des textes ! Nous, les progressistes, ne devrions pas faire de concessions aux religieux. Car pendant ce temps-là, le camp adverse, lui, avance sans scrupule. Les islamistes font un super boulot de propagande et d’endoctrinement. Jamais ils ne disent : « Attention, on pourrait heurter les laïcs et les mécréants. » Non, ils disent que nous, les progressistes, sommes des agents du sionisme, de l’Occident, de la franc-maçonnerie, et que nous voulons semer le chaos.

Êtes-vous optimiste ?

Non. La liberté de conscience, avec la laïcité, est le pilier de toutes nos luttes. Mais, au Maroc, nous sommes condamnés à être des musulmans toute notre vie. Dès la naissance. Les lois qui s’appliquent à nous (comme le programme du système scolaire dont je parlais au départ) ne laissent aucun libre arbitre, aucun libre choix. Il y a plus d’espoir du côté de la Tunisie, où beaucoup se revendiquent laïcs. Pour revenir à la symbolique du mois du ramadan, là-bas, des rassemblements sont organisés pour revendiquer leur liberté de ne pas pratiquer le jeûne. Au Maroc, ce n’est pas possible. C’est très, très compliqué. Mais, quitte à me contredire, je suis optimiste aussi, sinon j’aurais cessé la lutte. Des centaines de Marocaines viennent d’ailleurs de publier un manifeste pour défendre la liberté sexuelle.

Intolérance et communautarisme musulmans : une synthèse limpide

Les adeptes du politiquement correct, apôtres du « vivre-ensemble » qui ne connaissent rien à l’islam, évoquent souvent dans les médias gouvernementaux européens la tolérance que recèlerait l’islam, car ni Al Qaïda, ni l’État Islamique, ni l’Arabie Saoudite (pourtant sa terre sainte), ni l’islam des mollahs, ni… n’auraient pour eux un quelconque rapport avec l’islam authentique du bienheureux Mahomet qui a pourtant massacré de nombreux juifs de Médine, mené une multitude de guerres, mettait en esclavage femmes et enfants capturés lors des batailles et les vendait sur les marchés pour se procurer des chevaux et des armes, multipliait les épouses (dont une petite fille), condamnait à mort les apostats musulmans,…

Pour rendre crédible la thèse d’un vivre-ensemble possible entre communautés religieuses différentes, il arrive que le malheureux Liban soit cité comme modèle de cohabitation harmonieuse. Or il n’en est rien. Si le communautarisme religieux libanais repose sur un équilibre dans la répartition des pouvoirs entre communautés religieuses au sein des institutions libanaises (la laïcité n’existant pas au Liban), celui-ci ne reflète aucunement une quelconque symbiose des cultures entre chrétiens, musulmans sunnites, musulmans chiites et druzes.

Voici ci-après à titre d’illustration un article d’Hussein Al-Kouatly, directeur de « Dar el-Ifta’a » (institut éducatif pour la recherche juridique islamique), cité par Antoine Saad dans son livre « Mémoires du Père Abbé Boulos Naanman ». Cet article a été publié par le quotidien libanais de langue arabe « as-Safir » le 18 août 1975, à l’heure où la guerre du Liban venait de se déclencher après des années de supposé vivre-ensemble bienheureux. Le lecteur appréciera la clarté, la lucidité et la concision du propos qui ne laissent aucune place à l’incertitude quant aux intentions de l’islam :

« L’islam, de façon claire, dicte qu’un musulman ne peut pas avoir une attitude indifférente par rapport à l’État. Par voie de conséquence, son attitude vis-à-vis du gouvernant et du gouvernement ne peut pas être molle, se satisfaisant de demi-mesures. Soit le gouvernant est musulman et le gouvernement musulman, alors le musulman est satisfait et il les appuie ; soit le gouvernant est non musulman et le gouvernement non musulman et il les refuse, s’oppose à eux et œuvre à leur élimination, en souplesse ou de force, ouvertement ou en secret (…). La question n’est pas en réalité une question de racisme religieux… C’est tout simplement que « c’est cela l’islam ». Les musulmans n’ont pas amené cette religion de la maison de leur père pour avoir le droit de la modifier ou d’y changer des choses – et il y croient – ; elle est descendue ainsi de leur prophète, religion et État, valable pour l’individu et la communauté. Cela est la loi de Dieu et la loi de Dieu ne peut subir aucun changement… »

Muawiya, un chef bien plus pragmatique que musulman

Article de la série consacrée au livre de Robert Hoyland : « Dans la voie de Dieu » (https://islametoccident.fr/?p=4814).

« Le premier nom de dirigeant arabe attesté sur les pièces de monnaie, inscriptions et documents, et dans les chroniques contemporaines, est celui de Muawiya, fondateur de la dynastie Umayyade (661-750). Que nous disent alors ces sources à propos de son règne ? Pour commencer, comme le dit un témoin : « Il refusa de se rendre au siège de Muhammad », c’est-à-dire à Médine, la résidence des dirigeants arabes avant lui, et préféra installer sa capitale à Damas, où il dirigeait les opérations militaires depuis vingt ans. À l’évidence, il considérait qu’il n’était pas possible de gouverner un si vaste empire dans un endroit si reculé. Cette décision semble éminemment pragmatique, mais elle fut controversée dans la mesure où c’était à Médine que Muhammad avait établi sa communauté. Une des promesses d’Abdallah ibn al-Zubayr, principal adversaire des Umayyades dans les années 680, était de redonner à La Mecque et Médine une place centrale dans l’Empire arabe, et cet engagement ralliait beaucoup de monde à sa cause. Il est possible, cependant, que la décision de Muawiya n’ait pas relevé uniquement de considérations pratiques. Il considérait peut-être, de fait, que son pouvoir inaugurait une nouvelle ère, et son fils Yazid, lui, décida même, au début de son règne, d’inscrire sur des pièces de monnaie, non pas l’ère de la hijra initiée par l’émigration de Muhammad à Médine et devenue standard à cette époque, mais « année 1 de Yazid ». Cette démarche s’inscrit dans la tradition des anciens rois du Proche et du Moyen-Orient, et suggère qu’il ne se percevait pas comme un simple remplaçant de Muhammad. Deuxièmement, Muawiya fut soucieux d’établir le contrôle du gouvernement central sur les vastes territoires de l’est de la Syrie, afin qu’ils ne constituent pas une gêne pour les Umayyades et n’entraînent pas, à terme, la chute de la dynastie. (…) Troisièmement, Muawiya pratique une politique de laisser-aller envers les peuples conquis – « il permit à chacun de vivre à sa façon », note un contemporain – et chercha à les convaincre qu’il n’était pas hostile à leurs religions. Ainsi, reconnaissant la foi chrétienne de la majorité de ses nouveaux sujets, il prit la décision de faire en sorte qu’un certain nombre de chefs arabes lui prêtent allégeance à Jérusalem, où « il monta au Golgotha pour prier ; il se rendit également à Gethsémani et redescendit ensuite pour prier dans la tombe de la sainte Marie ». En outre, Muawiya s’efforça de se rallier l’élite arabe chrétienne de Syrie, qui avait une précieuse expérience de l’administration. Nombre d’entre eux entrèrent à son service comme conseillers et administrateurs, comme la famille Mansur à Damas. Des poètes chrétiens venaient aussi régulièrement à la cour, et un certain nombre des partisans tribaux de Muawiya étaient eux-mêmes chrétiens. Lui-même épousa Maysun, fille d’un puissant chef chrétien de la tribu des Kalb ; c’est de leur union que naquit le futur calife Yazid. Ce dernier épousa pour sa part deux femmes nobles de la tribu des Ghassanides, dont l’une était prétendument la fille du dernier roi chrétien de ce clan. Muawiya s’efforça bien de mettre en œuvre quelques mesures pro-musulmanes, en particulier le retrait du symbole de la croix sur les monnaies et l’incorporation de l’église de saint Jean-Baptiste à la grande mosquée de Damas, mais il recula apparemment face aux protestations des chrétiens. »

La tolérance en islam : une chimère

La religion devrait être une affaire strictement personnelle mais ce n’est pas le cas dans l’islam qui est une religion communautariste qui ignore dans sa version orthodoxe la tolérance : en témoigne cette mésaventure récente d’une députée musulmane au Liban. Preuve aussi que le dieu des chrétiens et celui des musulmans n’ont au fond rien à faire ensemble, en dépit des tentatives de récupération par l’islam de la tradition monothéiste.

Rappelons que selon les règles de l’islam orthodoxe, l’apostasie est punie de mort. Loin s’en faut que cette mésaventure ne concerne que la question de la séparation du politique et du religieux, comme veulent le croire ceux qui recherchent l’apaisement au prix de la vérité.

Article de L’Orient Le Jour du 5 janvier 2019

https://www.lorientlejour.com/article/1151133/la-subordination-du-politique-au-religieux-au-coeur-de-laffaire-roula-jaroudi.html

La subordination du politique au religieux au cœur de l’affaire Roula Jaroudi

C’est une première absolue. Accusée dans les réseaux sociaux d’avoir renié sa foi pour s’être avancée, au cours d’une messe, vers le prêtre qui distribuait la communion, la députée musulmane sunnite de Beyrouth, Roula Tabch Jaroudi (courant du Futur), a été contrainte par Dar el-Fatwa de « s’excuser » et de faire à nouveau allégeance à l’islam.

« C’est grave : le fondamentalisme sur les réseaux sociaux a prouvé sa capacité à influer sur les choix politiques ; c’est nouveau au Liban », a jugé hier le P. Fadi Daou, président de la Fondation Adyan, commentant pour l’OLJ l’affaire Roula Tabch Jaroudi. En outre, le P. Daou est inquiet du fait que la logique sectaire « a eu raison d’une ligne politique connue par sa modération et son attachement au vivre-ensemble, en impliquant Dar el-Fatwa dans l’affaire aussi. » « Pour un pays régi par un Etat de nature civile, cette subordination du politique au religieux est sans précédent, et contraire à l’esprit du Liban », explique encore le P. Daou. Le fondateur d’Adyan juge les réactions à cette affaire trop « identitaires ». « Il faut éviter l’amalgame. C’est passer à côté de la question fondamentale que d’en faire un problème de rapports entre chrétiens et musulmans ; le problème véritable n’est pas personnel, mais public, c’est celui du rapport qui doit s’établir entre les domaines civil et religieux. C’est un problème au niveau citoyen », insiste-t-il.

Sammak : J’ai honte !

« J’ai honte ! À quoi sommes-nous réduits ! » a affirmé de son côté hier à L’OLJ Mohammad Sammak, coprésident du Comité national pour le dialogue islamo-chrétien. « C’était un geste de piété dû sans doute au manque d’expérience ; on en a fait toute une histoire. Mais on ne corrige pas une erreur par une autre. Nous assistons tous à des messes et avons tous accepté le pluralisme religieux », a enchaîné M. Sammak. « Et dire qu’après cela, nous voulons faire du Liban un centre international pour le dialogue entre les cultures et les religions ! » a-t-il renchéri.

Dans les milieux sunnites modérés, on juge « inquisitoriale » la démarche de Dar el-Fatwa. Et de laisser entendre qu’il existe une cassure au sein de l’instance sunnite, partagée entre une aile modérée et une aile fondamentaliste incarnée par cheikh Amine Kurdi. 

Prenant les devants à ce sujet, un communiqué de Dar el-Fatwa sur cette affaire a précisé que la démarche auprès de la parlementaire l’avait été « conformément aux directives du mufti ».

L’affaire remonte au mardi 1er janvier 2019 quand, au cours d’une messe célébrée dans le centre d’Antélias de la congrégation Mission de Vie, la députée, mal informée des différents moments liturgiques d’une messe, s’était avancée vers le prêtre qui officiait, le P. Wissam Maalouf, pendant que ce dernier distribuait la communion. Elle avait eu droit à un sourire attendri du prêtre, qui s’est contenté de poser le ciboire sur sa tête.

L’office était destiné à marquer la Journée mondiale de la paix instaurée par le pape Jean-Paul II en 1986, et était célébré en présence du ministre Melhem Riachi et des députés Ibrahim Kanaan, Michel Moawad, Farid Boustany et Hagop Terzian.

L’opinion choquée

L’allégeance à l’islam imposé de nouveau à la parlementaire a choqué d’autant plus qu’elle avait dû se rétracter par rapport à un premier communiqué, publié mercredi, dans lequel elle avait assuré que « les rites et le respect des coutumes d’autrui ne modifient pas la foi intime et ne transforment par le musulman en renégat ».

Intimidée par la cabale soulevée, la députée s’était rendue jeudi à Dar el-Fatwa où, après avoir été instruite et chapitrée par le secrétaire général de l’instance, le cheikh Amine Kurdi, elle avait été conduite à adhérer à nouveau à l’islam, comme si elle avait apostasié. « Ce que j’ai fait n’était pas prémédité. Je me suis excusée auprès de Dieu », avait-elle indiqué dans un communiqué de circonstance.

Cette rétractation a déplu et suscité de vives réactions. Ainsi, le directeur du Centre catholique d’information, le P. Abdo Bou Kasm, a repris la députée, l’accusant de ne pas avoir résisté à « la tentation de la surenchère ». La députée aurait dû « présenter ses excuses à sa religion, pas à Dieu », a affirmé le prêtre. « Nous ne sommes pas des athées, la religion chrétienne est la religion de Dieu », a-t-il ajouté.

Symptomatique également est la réaction de la journaliste de télévision Dima Sadek, qui a affirmé dans un tweet qu’elle s’apprêtait à se solidariser avec la députée, avant d’être « choquée » par son message d’excuses. « Comment peut-on s’excuser d’avoir pénétré dans une maison de Dieu, s’est indignée la présentatrice vedette de la LBCI, alors même que le Coran classe les chrétiens parmi les gens du Livre ? »

La fausse « tolérance », cocktail de soumission et de tribut, outil de conquête de l’islam

Article de la série consacrée au livre de Robert Hoyland : « Dans la voie de Dieu » (https://islametoccident.fr/?p=4814).

« Les Arabes n’utilisaient pas uniquement la force militaire pour atteindre leurs objectifs. Ils faisaient aussi un usage intensif d’accords garantissant la vie, les biens et les coutumes en échange de la soumission et du paiement d’un tribut.

(…)

L’idée ancienne – et toujours présente aujourd’hui dans la littérature savante – selon laquelle la population autochtone aurait accueilli les conquérants à bras ouverts, est fausse. Ce n’est que rétrospectivement et avec l’intention de s’attirer les bonnes grâces des autorités musulmanes que des auteurs chrétiens donneront une évaluation positive des invasions arabes. Il est cependant vrai que les chrétiens anti-chalcédoniens avaient subi des persécutions de la part des autorités chalcédoniennes à la fin du VIème et au début du VIIème siècle, et il est probable que cela ait incité des éléments des communautés anti-chalcédoniennes de Syrie et d’Égypte à faire des compromis avec le pouvoir quand la période initiale de combats et de pillages fut terminée et qu’il fut devenu clair que les Arabes les laisseraient pratiquer leur propre foi en paix tant qu’ils paieraient un tribut. »

Les persécutions des chrétiens ont fortement augmenté en 2018

Article de L’Orient-Le-Jour rappelant que les chrétiens sont régulièrement persécutés, en particulier dans le monde musulman, y compris en Algérie (sujet sur lequel les élites intellectuelles françaises ne s’appesantissent guère) : https://www.lorientlejour.com/article/1152866/les-persecutions-des-chretiens-ont-fortement-augmente-en-2018.html

Sur les 4.305 chrétiens tués entre novembre 2017 et octobre 2018 – un chiffre en hausse de 40% – le Nigeria compte à lui seul 3.731 morts sur son sol, selon l’ONG Portes ouvertes.

Assassinats, églises attaquées, pression quotidienne: les persécutions des chrétiens ont augmenté en 2018 dans le monde pour la sixième année consécutive, affirme l’ONG Portes ouvertes en publiant son « index » annuel mercredi. Cette organisation protestante regarde la situation dans 50 pays où les chrétiens subissent à la fois des violences, allant parfois jusqu’au meurtre, mais aussi une oppression ou une discrimination quotidienne, plus discrète.

Au total, 245 millions de chrétiens – catholiques, orthodoxes, protestants, baptistes, évangéliques, pentecôtistes, chrétiens expatriés, convertis – sont persécutés, soit « un chrétien sur 9 », contre 1 sur 12 l’année dernière, selon l’organisation. Le nombre de chrétiens tués est passé de 3.066 à 4.305 entre novembre 2017 et octobre 2018, soit une hausse de 40%. « L’index révèle une persécution contre les minorités chrétiennes qui s’accroît d’année en année. En 2018 cela continue », écrit dans cet index Michel Varton, directeur de Portes ouvertes.

« Ce qui est frappant, c’est que l’Afrique est devenue le foyer de la violence contre les chrétiens », avec 4.165 tués. Le Nigeria compte à lui seul 3.731 morts sur son sol » (contre 2.000 en 2017), affirme-t-il à l’AFP. Ce pays fait face à une double menace, celle du groupe jihadiste Boko Haram qui est « de plus en plus violent », et celle des « éleveurs Peuls, qui descendent vers le sud du pays et attaquent systématiquement les villages chrétiens ».

Pour autant, c’est la Corée du Nord, qui figure à nouveau, comme les années précédentes, en tête de ce classement annuel, même s’il n’est pas possible de connaître, faute de « données fiables », le nombre de morts dans ce pays. L’ONG relève que « des dizaines de milliers de chrétiens (y) sont enfermés dans des camps de travaux forcés ». Suivent l’Afghanistan, la Somalie, la Libye, le Pakistan, le Soudan, l’Erythrée, le Yemen, l’Iran, l’Inde, la Syrie — des pays tous classés en « persécution extrême » par l’ONG.

Églises fermées en Algérie

L’ONG estime que « l’extrémisme islamique », de « l’Afrique au Moyen-Orient en passant par l’Asie », est « dans 38 des 50 pays de l’index, un facteur important de persécution des chrétiens ». 

Autres chiffres de cet index: en un an, « le nombre d’églises ciblées fermées, attaquées, endommagées, incendiées (…) a presque doublé, passant de 793 à 1.847 », tandis que « le nombre de chrétiens détenus passe de 1.905 à 3.150 » dans la même période.

Parmi les pays sur lesquels l’ONG entend alerter l’opinion figure l’Algérie, où « depuis novembre 2017, des comités représentant les autorités algériennes visitent les églises de l’EPA (Eglise Protestante d’Algérie) sous prétexte d’inspection sanitaire, amenant la fermeture de plusieurs d’entre elles », décrit-elle. « On vit toujours dans une situation où peut-être demain (elles) viennent avec un ordre pour fermer l’église », a témoigné à l’AFP Youssef Ourahmane, pasteur algérien et vice-président de l’EPA, qui dit avoir été visé par plusieurs tentatives d’assassinat en raison de sa religion. « Ils veulent nous étouffer. Nous mettre toujours dans la crainte ».

L’ONG pointe également du doigt la Chine, qui « malmène la liberté religieuse » et où la situation s’est fortement « détériorée »: dans ce pays, qui compte 100 millions de chrétiens, « la persécution étatique était jusqu’à l’année dernière encore circonscrite à certaines provinces » mais « est désormais en passe de devenir un phénomène national ». Au total, le nombre de chrétiens détenus et d’églises ciblées en Chine a été multiplié par 10 en un an.

Portes ouvertes, partenaire d’Open Doors international (qui agit dans 60 pays), prévient par ailleurs que ses chiffres, qui ne concernent que les assassinats « prouvés de manière certaine » sur la foi d’informations recoupées, sont « en-dessous de la réalité ».

Le goût du mythe merveilleux : la maison de Bagdad

Dans le cadre d’un cycle de conférences organisé par la Société des Amis de l’I.M.A., Ghaleb Bencheikh, présentateur attitré de l’émission de France 2 « Islam » du dimanche matin, est revenu en octobre 2016 sur le sens du mot « jihad ». Ghaleb Bencheikh est une personnalité cultivée mais qui semble avoir un penchant avéré pour l’enjolivement des faits. Il évoque ici avec nostalgie la « maison de Bagdad » où, dans les temps anciens, étaient censés discuter librement et dans un esprit de tolérance  musulmans, juifs et chrétiens.

Amis IMA Jihad 161010 Maison sagesse Bagdad

Or, cette description, qui fait partie des mythes récurrents de l’islam (de même qu’al-Andalus, sur lequel nous aurons l’occasion de revenir prochainement), est tout à fait fausse comme l’indiquait clairement en 2017 un spécialiste musulman sur le plateau même de l’émission précédemment citée ( https://islametoccident.fr/?p=3701 ).

L’islam, qui affiche clairement dans le Coran sa supériorité sur tous les autres groupes humains, est une idéologie religieuse et politique par nature incapable de concevoir un système social ou politique mettant réellement et structurellement à égalité toutes les communautés, en acceptant par conséquent tous les débats. Le monde musulman contemporain en est la démonstration accablante.