Est-il utile de brûler le Coran ?

Les livres religieux ne sont que des livres comme les autres ; seules les idées qu’ils contiennent comptent. Le support physique importe peu, tout finissant de toutes les façons en poussière. Aussi, seule la superstition peut expliquer que certains veuillent en découdre physiquement à la vue d’un livre prétendument « saint » qu’on brûle, quel qu’il soit.

Rasmus Paludan, du parti politique danois « Stram Kurs », a récemment brûlé un Coran en pleine rue à Malmö (Suède), sans avoir pris toutefois la peine de l’entourer de bacon comme il l’avait fait une précédente fois.

Cet acte politique militant a provoqué l’ire de manifestants pas particulièrement pacifiques.

D’autres lacèrent en public le Coran.

Effrayé par l’abîme de sa propre disparition, l’homme a besoin de se rassurer en inventant des mythes. Le malheur est souvent qu’il ne se les réserve pas à lui-même mais veut les imposer aux autres ici-bas sans attendre le passage dans l’au-delà. Face à l’obscurantisme, le combat pour la liberté de conscience et d’expression et contre la résurgence du délit de blasphème est un combat sans fin, la notion de « provocation » étant instrumentalisée à tort et à travers par tous ceux qui veulent imposer à l’humanité une dictature religieuse.

Emmanuel Macro vient de rappeler qu’en France le délit de blasphème n’existe pas et ne peut pas être invoqué pour incarcérer la libre pensée : encore faut-il arriver à se défendre efficacement contre les idéologies totalitaires et barbares, de toutes natures – religieuse, philosophique, politique ou économique –, qui contaminent pernicieusement ce monde et en souillent la beauté originelle et mystérieuse.

Malheureusement, la dictature est bien souvent l’enfant de la démocratie et sort souvent des urnes, car ces idéologies savent très bien utiliser les moyens démocratiques mis à leur disposition pour étendre leur influence jusqu’à prendre le pouvoir et ensuite violer et supplicier la mère qui leur a donné le jour.

Charlie 5 ans après : où sont les bien-pensants ?

Charlie Hebdo vient de republier des caricatures de Mahomet alors que le procès relatif aux attentats musulmans contre l’hebdomadaire Charlie Hebdo en 2015 débute.

À cette occasion, Philippe Val vient de rappeler que la plupart des grands journaux qui devaient à l’époque publier ces caricatures se sont « dégonflés » car, l’islam, que ses défenseurs proclament pourtant « religion d’amour, de tolérance et de paix » (RATP), fait peur à beaucoup de monde, surtout chez les bien-pensants, et en particulier à gauche : la lâcheté se porte bien.

Il est vrai que l’intelligentsia de gauche française qui domine la presse française, sous prétexte de viser un modèle universel de société idéale ultime, n’a pas hésité à défendre par le passé l’idéologie siamoise la plus barbare qui soit : le socialisme (qui, ne l’oublions pas, a enfanté le national-socialisme) et son frère le communisme, avec tous leurs rejetons, le nec plus ultra ayant peut-être été la défense, par de très grands intellectuels français, de Staline puis de Mao.

Sachant que de récents sondages ont une fois encore montré qu’une grande partie des musulmans qui vivent en France fait passer ses convictions avant les lois de la République française et considère que les journalistes de Charlie ont en réalité mérité leur sort, il est certain que la France n’en a pas fini avec l’islam.

Islam : des raisons d’espérer ?

L’émission de France 2 « Islam » a consacré en janvier 2020 deux épisodes au rapport bien distendu de l’islam à l’humanisme.

Les intervenants s’interrogent sur la capacité des sociétés musulmanes, après 8 siècles d’immobilisme, à se réformer. À vrai dire, le constat est encore pour le moment accablant : « J’essaie de ne pas désespérer quand je vois le volume de dégâts » ; « C’est une affaire compliquée (…) il y a des réactions très fortes, c’est-à-dire que la religiosité pour le moment a tendance à l’emporter (…) » ; « On a vidé les sociétés arabes de toute pensée libre et de toute création. Les meilleurs cerveaux ont émigré en Occident ou sont partis dans d’autres pays arabes. »

Mais un mouvement profond de sécularisation du monde musulman n’est-il pas souterrainement à l’œuvre aujourd’hui ? L’accélération de la modernisation du monde ne provoque-t-elle pas une prise de conscience, au-delà de mouvements sporadiques de religiosité extrême face au bouleversement de certaines valeurs (conduisant à la violence – voire au terrorisme –), que l’islam n’est effectivement qu’une pensée pauvre et dépassée ?

Que peuvent lire les musulmans ?

L’émission de France 2 « Islam » a consacré en janvier 2020 deux épisodes au rapport bien distendu de l’islam à l’humanisme.

Après 8 siècles d’immobilisme intellectuel et culturel, est-il possible d’espérer alors qu’un intervenant rappelle que « Traditionnellement, il y a même des hadiths qui interdisent aux musulmans de lire la bible ».

Effectivement, cette interdiction est avérée et on la retrouve partout, et notamment sur internet. Voici un exemple parmi d’autres de cette justification fondée essentiellement sur la prétendue perversité des juifs et des chrétiens qui auraient falsifié leurs propres textes sacrés afin d’en extirper tous les signes qui y annonçaient d’une manière ou d’une autre l’islam ou qui se trouvent en contradiction avec le message de Mahomet. Seuls les érudits ont le droit de lire la bible, et seulement pour trouver des arguments pour trouver des raisons de rejeter voire de haïr du fait de leurs supposés mensonges juifs et chrétiens.

« Ruling on reading the Gospel and Torah

https://islamqa.info/en/answers/128850/ruling-on-reading-the-gospel-and-torah

128850. Publication : 13-12-2018

Question : Is it permissible for me, as a Muslim, to read the Gospel out of curiosity, and not for any other purpose? Does believing in the divinely-revealed books mean believing that they are from Allah, or believing in what it says in them?

Answer

Praise be to Allah.

Every Muslim is required to believe in the Torah, Gospel and Zaboor, and that they came from Allah. So he must believe that Allah sent down the Books to the Prophets, and that He sent to them scriptures that contained commands and prohibitions, exhortation and reminders, and spoke of matters of the past, of Paradise and Hell, and so on. But he should not follow them, because they have been affected by distortion, alterations and changes. So he should not keep copies of the Torah, Gospel or Zaboor, or read them, because this is dangerous, for he may end up disbelieving in something that is true or believing something that is false, because these books have been distorted and changed. The Jews, Christians and others have altered them, distorted them and changed the order of material in these books. We have no need of them because of what Allah has given us of our own book, the Holy Qur’an.

It was narrated from the Messenger (blessings and peace of Allah be upon him) that he saw part of the Torah in the hand of ‘Umar; he became angry and said: “Are you doubting, O son of al-Khattaab? I have brought to you a message that is bright and pure, and if Moosaa were alive he would have no choice but to follow me.”

The point is that we advise you and others not to take anything from either the Torah or the Zaboor or the Gospel, and not to keep any of these books. Rather if you have any of these things, then you should bury it or burn it, for the changes and alterations that have been introduced to them are evil and false. What is required of the believer is to avoid that and to beware of looking at it, for perhaps he may end up believing something that is false or disbelieving something that is true. The way to be safe from that is either to bury it or burn it.

It is permissible for a scholar who has insight to read it in order to refute Jewish and Christian opponents of Islam, as the Prophet (blessings and peace of Allah be upon him) called for the Torah when the Jews denied the punishment of stoning, so that he (blessings and peace of Allah be upon him) could have it checked, after which they admitted [that the punishment of stoning is mentioned in the Torah].

The point is that the scholars who are well versed in Islamic teachings may need to look at the Torah or Gospel or Zaboor for Islamic purposes, such as refuting the enemies of Allah, or to highlight the virtue of the Qur’an and what it contains of truth and guidance. As for ordinary Muslims, they have no right to do that; rather if they have anything of the Torah or Gospel or Zaboor, what they must do is bury it in a clean place or burn it so that no one will be misguided by it. End quote.

Shaykh ‘Abd al-‘Azeez ibn Baaz (may Allah have mercy on him).

Fataawa Noor ‘ala ad-Darb (1/9-10).

And Allah knows best. »

Critique de l’islam : la CEDH défend (enfin) la liberté d’expression

Courriel du Centre Européen pour le Droit et la Justice (E.C.J.L.). :

Alors que la CEDH avait validé l’an dernier la condamnation par l’Autriche d’une conférencière pour avoir qualifié Mahomet de pédophile, elle vient, à l’inverse, de censurer la condamnation par l’Azerbaïdjan de deux journalistes pourtant très critiques sur l’islam. Une bonne nouvelle pour la liberté d’expression. L’Azerbaïdjan est membre du Conseil de l’Europe, mais aussi de l’Organisation de la coopération islamique (OCI), et adhère à ce titre à la Déclaration des droits de l’homme en islam, qui soumet la liberté d’expression à la charia.

À l’origine de cette affaire, il y a le courage de deux journalistes azéris, Messieurs Tagiyev et Huseynov, qui osèrent comparer l’Azerbaïdjan, l’islam et l’Europe dans un article intitulé « L’Europe et nous » publié en 2006. Ils déduisirent de cette comparaison la supériorité de la culture occidentale, la « stupidité » et la « folie » des philosophes musulmans, et qualifièrent le fondateur de l’islam de « créature effrayante » en comparaison de Jésus-Christ.

Selon eux, l’islam ne pourra se développer en Europe que par la démographie, mais non par ses qualités propres. Ils furent alors la cible de manifestations publiques et d’une fatwa réclamant leur mort. Les autorités azéris les poursuivirent alors pour incitation à la haine religieuse, et les condamnèrent à trois et quatre ans de prison sur la base d’une « expertise linguistique et islamique » de leur article. Cette condamnation fut confirmée en appel et en cassation. Toutefois, après 13 mois de détention, ils bénéficièrent d’une grâce présidentielle et purent sortir de prison.

M. Tagiyev fut poignardé par un inconnu en 2011 et paya de sa vie sa liberté d’expression. Comme souvent en cas d’assassinat religieux, les autorités judiciaires n’ont pas mené l’enquête jusqu’à son terme.Messieurs Tagiyev et Huseynov eurent le temps de saisir la Cour européenne des droits de l’homme, qui leur donna finalement raison et condamna l’Azerbaïdjan, ce 5 décembre 2019, à leur verser 24 000 euros de dommages.

Ce jugement est une bonne nouvelle, car il y a un an, le 25 octobre 2018, la même section de cette cour avait à l’inverse validé la condamnation par l’Autriche d’une conférencière pour avoir assimilé à de la pédophilie l’union de Mahomet avec Aïcha âgée seulement de 9 ans. La CEDH avait alors considéré les propos de Mme Sabaditsch-Wolff comme de « nature à susciter une indignation justifiée » des musulmans, jugeant qu’ils constituaient « une violation malveillante de l’esprit de tolérance à la base de la société démocratique » risquant de « mettre en péril la paix religieuse ». Cette affaire avait provoqué une forte réaction. De nombreuses personnes dénoncèrent une atteinte grave à la liberté d’expression, et une abdication de la raison, tandis qu’à l’inverse les plus hautes autorités islamiques y virent la validation de leur pratique de répression des blasphèmes.

Dans une tribune collective, publiée le 15 mars 2019 dans Valeurs actuelles, une vingtaine de personnalités avait demandé à la Cour européenne, en vain, de renvoyer cette affaire en Grande chambre, afin de la rejuger. Cette réaction a certainement été prise en considération lors du jugement de l’affaire azérie, car une application stricte de la jurisprudence autrichienne aurait pu conduire à valider la condamnation des journalistes. En effet, leurs propos étaient bien plus subjectifs, retentissants et scandaleux, que ceux de la conférencière qui seraient passés inaperçus si des journalistes de gauche n’avaient profité de l’occasion pour la traîner en justice.

Tout en rappelant la nécessité de « mettre en balance le droit des requérants à la liberté d’expression et la protection du droit des personnes religieuses à ne pas être insultées au motif de leurs croyances », la Cour a estimé que l’expertise linguistique et islamique de l’article ne constituait pas une base suffisante pour condamner les journalistes. Selon elle, les juridictions azéries auraient dû apprécier par elles-mêmes le contenu des propos litigieux, et les considérer dans le contexte plus large d’un débat d’intérêt public. Enfin, la CEDH a estimé que la condamnation pénale des journalistes était trop sévère, et de nature à dissuader la presse « à discuter ouvertement de questions relatives à la religion et à son rôle dans la société ».

Une autre raison de la différence de jugement entre les deux affaires consiste peut-être dans le souci de la Cour de protéger en priorité les minorités, c’est-à-dire les musulmans en Autriche, et les libres-penseurs en Azerbaïdjan. De plus, il faut dire que Mme Sabaditsch-Wolff est une proche du FPÖ, et donc de « l’extrême droite », tandis que les journalistes azéris sont des militants pro-européens, et donc des « démocrates » : bien qu’ayant des propos similaires, ils ne sont donc pas, du point de vue de Strasbourg, du même bord politique.

Il faut craindre qu’Éric Zemmour ne soit pas, lui non plus, du bon bord politique. Celui-ci a en effet saisi la CEDH en octobre dernier, après avoir été condamné à 3.000 euros d’amende pour provocation à la haine religieuse. En cause : l’affirmation qu’il faut donner aux musulmans « le choix entre l’islam et la France », que la France vit « depuis trente ans une invasion », et que « dans d’innombrables banlieues françaises où de nombreuses jeunes filles sont voilées » se joue une « lutte pour islamiser un territoire », « un jihad ». Est-ce pire que les écrits des journalistes azéris ?

Une chose est sûre : la défense de la liberté d’expression face à l’islam ne devrait pas être garantie seulement à titre posthume, à ses nombreuses victimes : Rafig Tagiyev, Théo van Gogh, les Charlie Hebdo, et tant d’autres.

La haine de l’islam vis-à-vis de juifs et des chrétiens : explication documentée d’un apostat

Intervention intéressante d’un apostat de l’islam, très présent sur les réseaux sociaux, et qui a plusieurs qualités : connaître très bien l’islam dont il est issu (son père étant en outre imam), parler arabe (ce qui lui évite le procès en illégitimité intenté à tous les non arabisants qui osent critiquer l’islam), être très clair et précis. Tous les textes cités sont rigoureusement exacts et constituent effectivement la source fondamentale de la violence musulmane.

La tolérance auto-destructrice de l’Europe

À l’heure où certaines voix ont l’audace obscène de tenter de défendre l’individu qui a harponné la France avec un couteau en pratiquant le rituel atroce de l’égorgement, il est sans doute nécessaire de s’interroger sur l’aveuglement culturel qui nous conduit dans l’impasse de la tolérance à tout-va :

L’essentiel n’est-il pas dit ?

Betty Lachgar : « Au Maroc, nous sommes condamnés à être des musulmans toute notre vie »

Article du Point. Modifié le 25/09/2019 à 11:08 – Publié le 24/09/2019 à 17:43 | Le Point.fr

Par Thomas Mahler

Dix ans après un retentissant pique-nique en plein ramadan en compagnie de Zineb El Rhazoui, la militante féministe et universaliste revient sur ses luttes.

Il y a tout juste dix ans, en plein ramadan, deux militantes marocaines du Mouvement alternatif pour les libertés individuelles (Mali) organisaient un pique-nique dans la forêt de Mohammadia, à mi-chemin entre Casablanca et Rabat. Dans leur sac, des baguettes et une boîte de Vache qui rit. L’initiative fit scandale dans un pays où l’article 222 du Code pénal prévoit entre un et six mois de prison pour ceux qui rompent « ostensiblement le jeûne dans un lieu public ». L’une des pique-niqueuses se nomme Zineb El Rhazoui et rejoindra bientôt Charlie Hebdo. L’autre est la psychologue Ibtissame Lachgar, dite « Betty », qui continue aujourd’hui avec le Mali à mener des actions coups de poing au Maroc. Dans un long entretien, nous revenons sur le parcours et les engagements de cette inlassable combattante pour les libertés.

Le Point : Comment êtes-vous devenue une militante des droits de l’homme ?

Betty Lachgar : J’ai grandi à Rabat jusqu’à mon bac. Puis j’ai fait des études de psychologie clinique, criminologie et victimologie à Paris. Mon père, ingénieur, était un militant politique en opposition au régime, ce qui m’a beaucoup influencé. Ma mère était prof de français. Je viens d’une famille « laïque », où la religion relevait d’une affaire personnelle. J’ai d’ailleurs été à l’école française puis au lycée français. C’était un choix de mes parents en raison de la laïcité justement.

Le Maroc étant une dictature, l’école publique y est non seulement religieuse, c’est-à-dire que l’éducation islamique y est obligatoire, mais l’école caresse aussi le régime dans le sens du poil. Je n’ai jamais fait le ramadan, car je ne me suis jamais sentie concernée par la religion musulmane comme je n’ai jamais ressenti de culpabilité à manger du porc ou à consommer de l’alcool plus tard. Dès l’adolescence, j’ai commencé à me poser des questions sur les religions, et notamment sur leur misogynie. Nous sommes trois filles dans ma famille ; s’il n’y a pas de garçon, par exemple, l’héritage ira en partie à nos oncles et cousins. Forcément, notre père a dû nous expliquer ça. Ces inégalités et ces discriminations, particulièrement contre les femmes, m’ont ainsi petit à petit poussée à rejeter les religions en général et l’islam en particulier. J’ai aussi appris très jeune qu’un enfant né hors mariage était un bâtard, littéralement un « fils de pute ». J’ai vu que les femmes et les enfants étaient les premières victimes de tout ça. J’étais ce qu’on appelait un « garçon manqué ». Je trouvais déjà cette expression bien tordue.

Je ne savais pas ce qu’était le féminisme ou ce qu’étaient les stéréotypes, mais j’étais déjà en train de revendiquer des choses au niveau du sexisme ou de la notion du blasphème. On dit « Allah est le plus grand » ? Je disais « Allah est le plus petit » tout en courant dans le couloir de l’appartement. Mais à l’époque, l’islam n’avait pas la place qu’il a aujourd’hui au Maroc. On ne se demandait pas qui jeûnait ou pas, on ne mesurait pas le degré de religiosité. Dans les années 1990, on a vu l’évolution…

À 20 ans, alors que vous étudiez à Paris, on vous diagnostique un cancer, un sarcome d’Ewing…

C’est génétique, c’est la translation de deux chromosomes qui causent un cancer de l’os particulier. À ce moment-là, tout a basculé. Bien sûr qu’il y avait un terrain préalable à mon militantisme. Mais ce cancer a réveillé en moi toute cette colère, cette rage et cette indignation. Puis, quand j’étais en thèse, mon père est tombé malade et j’ai multiplié les allers-retours entre la France et le Maroc. On a commencé à parler de son passé, de ses engagements et de son arrestation. Je lui ai dit que je trouvais étrange que les libertés individuelles, qui sont des droits fondamentaux, soient reléguées au second plan…

Comment rencontrez-vous Zineb El Rhazoui, avec qui vous avez fondé le Mali ?

Zineb, je l’ai connue à Paris, elle était en fac avec ma sœur. En se croisant en soirée, on parlait plus de droits et de libertés que d’histoires du quotidien. On a repris contact sur Facebook alors qu’elle était revenue au Maroc et que mon père venait de décéder. J’ai dit : « Il faut faire quelque chose ! » Elle était à Casablanca et moi à Rabat. Je suis allée la voir, et alors que je devais reprendre mon train, on s’est parlé pendant des heures. Zineb était journaliste dans un média indépendant et était déjà dans le collimateur du régime. Je suis restée chez elle toute la nuit. On s’est dit : « Balançons un truc sur Facebook. » Il se trouve que c’était le ramadan.

On a créé le groupe Mali dans un esprit de mouvement de désobéissance civile, et on s’est dit que personne ne parlait de l’article 222 du Code pénal qui punit de prison ferme les dé-jeûneurs pendant le mois de ramadan. On ne voulait pas faire comme les autres, à savoir multiplier des réunions, des conférences, des marches et des rapports qui finissent dans un tiroir. On voulait une action de terrain. On a réfléchi à une action pacifiste de désobéissance. Zineb m’a dit : « Puisqu’on nous interdit de manger, il faut faire un pique-nique symbolique ! » Ça nous a menées à une polémique internationale. On a eu tout le monde contre nous au Maroc, où presque, les partis politiques comme les associations. Mais c’est notre fierté. Cela fait dix ans qu’on a fait ce pique-nique, mais depuis quelques années au Maroc, la société civile s’est approprié cette question. Et tant mieux. La société et les médias évoquent désormais ces thématiques de laïcité, de liberté de conscience et d’article 222. Ouvrir le débat est une victoire.

Et tant que mouvement féministe, universaliste et laïque, nous pensons que les droits humains n’ont ni frontières ni religion

Avec le Mali, vous avez multiplié les happenings : kissing dans l’espace public, bateau de l’avortement, coloriage en rouge des fontaines de Rabat, collages de serviettes hygiéniques sur la façade du ministère de la Santé…

Contre les violences machistes et pour les droits sexuels et reproductifs notamment, oui. La dépénalisation des relations sexuelles hors mariage et de l’homosexualité. L’avortement est interdit au Maroc. Je risque dix ans de prison pour, à visage découvert, accompagner et aider les femmes à avorter. Il y a un seul article, l’article 453, qui dispose que l’avortement est possible si la santé de la femme enceinte est en danger. Mais avec l’autorisation du mari ! Et n’est prise en compte que la santé physique. L’association marocaine de lutte contre l’avortement clandestin veut l’étendre à la santé mentale. Mais elle n’est du coup pas favorable à la dépénalisation totale. Et tant que mouvement féministe, universaliste et laïc, nous pensons nous que les droits humains n’ont ni frontières ni religion. En tant que mouvement pro-choix, la lutte en faveur du droit des femmes à disposer de leur corps est essentielle. Les associations plus jeunes par exemple sont hélas intersectionnelles, plus dans le relativisme interculturel, dans la lutte décoloniale…

Mais les actions coup de poing sont-elles une bonne méthode ?

On joue sur le buzz, c’est une réalité. Sur le pouvoir médiatique. On veut alerter l’opinion publique dans son ensemble sur des sujets sensibles et tabous. Ce n’est pas en organisant des tables rondes ou en faisant des petits rassemblements devant le Parlement – et en général c’est toujours l’élite convaincue qui est présente – qu’on fait avancer les choses. Ou alors à petits pas. Quand il y a un buzz, tout le Maroc est au courant. On en parle en famille, au bureau, au hammam. C’est ça que nous voulons ! Même si cela génère de la haine, c’est quand même une victoire. Cela veut dire qu’on a mis le doigt sur quelque chose qui fait mal et qui dérange, et le choc des consciences est un moteur pour espérer un changement des mentalités.

Je trouve formidable que Zineb ne courbe pas l’échine face aux personnes qui la qualifient de « raciste » ou « d’islamophobe »

Comment jugez-vous le parcours de votre amie Zineb El Rhazoui, devenue en France l’une des figures de proue de la lutte contre les islamistes ?

J’adhère à tout ce qu’elle fait. J’admire son courage et son audace. C’est ce qui nous a unies. Pourtant, les menaces et les intimidations sont réelles. Vu la notoriété qu’elle a maintenant en France, je trouve formidable que Zineb ne courbe pas l’échine face aux personnes qui la qualifient de « raciste » ou « d’islamophobe ». Ce qui est inquiétant, c’est que maintenant, même au Maroc, il y a ces discours décoloniaux qui touchent la majorité des associations. Même certaines associations féministes nous accusent parfois de faire du militantisme « occidental ». Surtout par rapport à notre positionnement contre le voilement des femmes. Nous sommes universalistes et laïques.

Après, par rapport à Zineb, je suis une féministe radicale. C’est un terme qui fait extrémiste en langue française, mais le terme est différent en arabe, parce que radical, c’est simplement aller à la racine. Sur la question de la langue, par exemple, nous différons avec Zineb. Pour moi, une langue sexiste structure la pensée. Je ne suis ainsi pas contre l’écriture inclusive, tout en utilisant un langage épicène [dont la forme ne varie pas selon le genre, NDLR]. J’utilise aussi le terme « féminicide, » là où Zineb pense que cela se limite à certains cas, quand par exemple on tue des petites filles en Inde du fait de leur sexe. Ce n’est pas un jugement, mais je diffère aussi de Zineb quand elle accepte de se rendre dans des événements où est conviée l’extrême droite, ou quand elle se fait éditer par Ring. Mais contrairement à d’autres féministes, si je soutiens la notion de « féminicide » ou d’écriture inclusive, je me bats aussi contre le voilement des filles et des femmes. C’est le symbole d’oppression le plus visible. Et je ne le considère pas comme un libre choix. Pour moi, comme je l’ai dit auparavant, toutes les religions sont misogynes. La mode est de dire « vous êtes islamophobes », alors que quand je dénonce d’autres religions, comme sur les voilées du judaïsme orthodoxe, cela passe inaperçu. Je critique des dogmes. J’ai ce droit, je le prends. L’islam est une idéologie. Je ne vise pas des personnes.

Comment voyez-vous les féministes françaises ?

Il y a un combat rude entre le féminisme universaliste laïc et le féminisme intersectionnel. Moi, ça me hérisse le poil de voir qu’on veut faire de l’essentialisme et du différentialisme. Les droits humains – et ceux des femmes en particulier –, je le répète, ne connaissent ou plus exactement ne devraient connaître ni religion, ni frontières, ni nationalité, ni couleur de peau. On ne peut pas, sous couvert de relativisme culturel, accepter l’inacceptable. C’est quelque chose qui me dépasse.

Mohammed VI fête les vingt ans de son règne. Qu’en pensez-vous ?

Le Maroc est une dictature religieuse. C’est un fait. C’est une monarchie absolue de droit divin. Il n’existe pas de liberté de conscience. On nous dit que le pays ne serait pas prêt pour une « démocratie ». Ça, c’est l’argument culturel par excellence. Cela veut-il donc dire que les « bougnoules » et les Noirs, tous les pays du Sud, sont trop bêtes pour la démocratie ? Pour les vingt ans du règne de Mohammed VI, beaucoup de médias marocains ont affirmé que le roi est féministe, qu’il lutte ardemment contre la misogynie. Ce sont des médias pro-régime en général. Mais qu’est-ce qui a changé ? Le nouveau Code de la famille de 2004, c’est un leurre. Et il commence à prendre la poussière. Depuis, rien n’a été fait. Vous avez un « commandeur des croyants » à la tête du pays, plus un gouvernement islamiste.

Bassima Hakkaoui, la « ministre de l’Égalité » issue du Parti de la justice et du développement (PJD), est une grande misogyne. Sa loi sur la lutte contre la violence faite aux femmes ne tient pas compte des viols conjugaux, car la femme, l’épouse donc, serait là pour assouvir les soi-disant pulsions du mari. Rien n’a donc évolué ! On cite souvent l’article 19 de la Constitution de 2011, qui promeut l’égalité entre les femmes et les hommes. Très bien. Mais à la seconde partie de l’article, on lit : « Tout en respectant les constantes et les lois de la nation. » La première constante du Maroc étant l’islam, cet article s’annule de facto. Mais les féministes d’État ne mentionnent jamais la seconde partie de l’article. Il n’y aura jamais d’égalité dans ce contexte. Le PJD le dit clairement sur la question de l’héritage et sur la liberté sexuelle des femmes, sachant que celle des hommes, elle, se porte très bien.

Au Maroc, nous sommes condamnés à être des musulmans toute notre vie.

Certains disent que la monarchie est un rempart contre les islamistes…

Entre la peste et le choléra, je ne sais pas. Le roi n’est-il pas, par sa position, le premier islamiste du pays ? N’a-t-il pas le choix ? On ne sait pas ce qu’il pense personnellement, mais la religion comme la monarchie sont intouchables. Je ne fais pas de politique politicienne, mais je reste convaincue que si la société civile continue à caresser dans le sens du poil le régime comme les islamistes, nous ne sommes pas sortis de l’auberge. À chaque fois qu’il y a des associations ou des artistes qui parlent des libertés ou des droits des femmes, que ce soit sur l’avortement ou sur l’héritage, on se réfère toujours aux religieux. « Que disent les textes ? » « Qu’en pensent les imams ? » Ou alors ils feignent d’ignorer le poids du religieux sur ces questions. Pour moi, cela conforte cette domination masculine qui contrôle la sexualité et le corps des femmes. Les personnes laïques sont isolées. Nous parlons de droits. Je m’en fous de la religion et de l’interprétation des textes ! Nous, les progressistes, ne devrions pas faire de concessions aux religieux. Car pendant ce temps-là, le camp adverse, lui, avance sans scrupule. Les islamistes font un super boulot de propagande et d’endoctrinement. Jamais ils ne disent : « Attention, on pourrait heurter les laïcs et les mécréants. » Non, ils disent que nous, les progressistes, sommes des agents du sionisme, de l’Occident, de la franc-maçonnerie, et que nous voulons semer le chaos.

Êtes-vous optimiste ?

Non. La liberté de conscience, avec la laïcité, est le pilier de toutes nos luttes. Mais, au Maroc, nous sommes condamnés à être des musulmans toute notre vie. Dès la naissance. Les lois qui s’appliquent à nous (comme le programme du système scolaire dont je parlais au départ) ne laissent aucun libre arbitre, aucun libre choix. Il y a plus d’espoir du côté de la Tunisie, où beaucoup se revendiquent laïcs. Pour revenir à la symbolique du mois du ramadan, là-bas, des rassemblements sont organisés pour revendiquer leur liberté de ne pas pratiquer le jeûne. Au Maroc, ce n’est pas possible. C’est très, très compliqué. Mais, quitte à me contredire, je suis optimiste aussi, sinon j’aurais cessé la lutte. Des centaines de Marocaines viennent d’ailleurs de publier un manifeste pour défendre la liberté sexuelle.