La vie de Mahomet selon les sources musulmanes : quel embarras…

France 2 a consacré en avril 2019 deux émissions hebdomadaires du dimanche matin à la vie de Mahomet telle qu’elle ressort des sources musulmanes. Je propose de revenir sur quelques aspects de ces deux émissions assez laborieuses.

  • La Sira d’Ibn Ishâq constitue bien la biographie de référence de Mahomet

J’ai déjà écrit sur ce site à ce propos : on ne peut que conseiller à tous de lire cette biographie disponible en français et dans d’autres langues européennes pour prendre véritablement la mesure du personnage de Mahomet et sortir de la pure invention ou de la projection d’une figure qui n’a pas existé.

  • Mahomet est « le modèle à suivre » pour les musulmans

En dépit des guerres et des atrocités commises par Mahomet selon les sources musulmanes elles-mêmes, Mahomet reste la figure centrale de l’islam et le modèle à suivre.

En réalité, l’impossibilité congénitale des musulmans à voir la réalité mahométane et le refus obstiné de tout esprit critique conduisent nécessairement les musulmans à un surréalisme religieux et hagiographique fondé sur une spiritualité pauvre et un personnage « mythique », de même que certains ont pu restés fascinés par Hitler, Staline, Mao, Che Guevara et combien d’autres figures « mythiques ».

  • L’inculture des musulmans

Quiconque prend la peine d’interroger précisément les musulmans sur la vie de Mahomet, en particulier parmi les musulmans établis en Europe, constate rapidement une profonde inculture, mais qui a au moins l’intérêt de contribuer à excuser que Mahomet puisse encore être considéré comme un modèle.

  • La fuite de Mahomet à Médine

Il est toujours curieux de constater que l’hégire, c’est-à-dire la fuite de Mahomet et de ses compagnons à Médine, constitue en quelque sorte le début de la société musulmane. Se glorifier d’une fuite n’est pas en effet très commun.

En tous cas, il est intéressant, comme le fait un des invités, de ramener cet événement à ce qu’il était réellement : prosaïquement la recherche d’un environnement social et tribal plus favorable pour nouer des alliances guerrières, le message religieux étant tout à fait annexe dans ces circonstances.

  • Les guerres de Mahomet

Alors que les guerres offensives de Mahomet sont un problème central pour une religion prétendument d’amour et de paix, cette question ne fait l’objet que d’un seul échange en fin de deuxième émission. Cela étant, il faut reconnaître que la question est posée, ce qui est loin d’être le cas en général car ce sujet constitue un tabou central de l’islam dans son rapport actuel à l’Occident.

Le premier intervenant qui tente de répondre à cette question sur le comportement de Mahomet lui-même soit n’a pas compris la question, soit la dévie volontairement vers une problématique religieuse postérieure de plus d’un siècle à la vie de Mahomet. C’est le second intervenant qui finalement ose dire les choses : Mahomet et ses musulmans ont pour objectif de faire du monde mécréant un monde musulman, s’il le faut par la force et les guerres pour parvenir à la soumission ou à la conversion des mécréants.

Quoi dire de plus ? N’est-ce pas simple et clair ?

Les quatre premiers califes, prétendument « bien guidés », absents de l’histoire ?

Article de la série consacrée au livre de Robert Hoyland : « Dans la voie de Dieu » (https://islametoccident.fr/?p=4814).

« Si nous pouvons discerner l’existence d’une structure de commandement pour la mise en œuvre des premières conquêtes, nous n’avons quasiment aucune information contemporaine concernant les califes de Médine (632-660). Peut-être est-ce dû au millier de kilomètres de montagnes, de steppes et de déserts séparant Médine de villes comme Damas et Bassorah, ou bien aux turbulences de ces années-là, qui pouvaient perturber les voies de communication habituelles. Quelle qu’en soit la raison, les auteurs contemporains des quatre premiers califes – Abu Bakr (632-634), Umar (634-644), Uthman (644-656) et Ali (656-660) – n’ont quasiment rien écrit à leur sujet, et leurs noms n’apparaissent ni sur des pièces de monnaie, ni sur des inscriptions, ni sur des documents. Ce n’est qu’avec le cinquième calife, Muawiya (661-680), que l’on relève les premières preuves de fonctionnement d’un gouvernement arabe : son nom apparaît de fait sur tous les documents officiels de l’État. Posté à Damas en tant que gouverneur de Syrie pendant 20 ans (640-660), Muawiya avait travaillé avec les administrateurs provinciaux locaux et était donc beaucoup mieux placé que ses prédécesseurs – établis dans la lointaine Médine – pour commencer la construction d’un État centralisé, indispensable pour que les conquêtes puissent constituer un héritage durable. Cette politique le rendit cependant impopulaire car de nombreux groupes n’apprécièrent pas beaucoup de devoir renoncer ne fût-ce qu’à une partie de leur butin et de leur autonomie au profit d’un organisme central. »

La fausse « tolérance », cocktail de soumission et de tribut, outil de conquête de l’islam

Article de la série consacrée au livre de Robert Hoyland : « Dans la voie de Dieu » (https://islametoccident.fr/?p=4814).

« Les Arabes n’utilisaient pas uniquement la force militaire pour atteindre leurs objectifs. Ils faisaient aussi un usage intensif d’accords garantissant la vie, les biens et les coutumes en échange de la soumission et du paiement d’un tribut.

(…)

L’idée ancienne – et toujours présente aujourd’hui dans la littérature savante – selon laquelle la population autochtone aurait accueilli les conquérants à bras ouverts, est fausse. Ce n’est que rétrospectivement et avec l’intention de s’attirer les bonnes grâces des autorités musulmanes que des auteurs chrétiens donneront une évaluation positive des invasions arabes. Il est cependant vrai que les chrétiens anti-chalcédoniens avaient subi des persécutions de la part des autorités chalcédoniennes à la fin du VIème et au début du VIIème siècle, et il est probable que cela ait incité des éléments des communautés anti-chalcédoniennes de Syrie et d’Égypte à faire des compromis avec le pouvoir quand la période initiale de combats et de pillages fut terminée et qu’il fut devenu clair que les Arabes les laisseraient pratiquer leur propre foi en paix tant qu’ils paieraient un tribut. »

La conquête musulmane : phénomène fortuit, fruit d’une coalition hétéroclite

Article de la série consacrée au livre de Robert Hoyland : « Dans la voie de Dieu » (https://islametoccident.fr/?p=4814).

« À mesure que les conquêtes progressaient et que de nouvelles victoires étaient remportées, de nombreux groupes qui n’étaient ni arabes ni musulmans cherchèrent à rejoindre les conquérants. (…) Les historiens musulmans ont tendance à dire que ces collaborateurs non arabes et non musulmans se sont convertis après avoir changé de camp. (…) Cependant, nous apprenons aussi à l’occasion que la conversion n’était ni immédiate ni nécessaire : dans un texte de 680, le moine Jean de Fenek note qu’il y avait « beaucoup de chrétiens, dont certains étaient des hérétiques et d’autres étaient des nôtres » dans les armées musulmanes, et une source musulmane indique de manière explicite que les soldats du Daylam avaient combattu aux côtés des musulmans « sans avoir adopté l’islam ». »

(…)

« Ce schéma correspond à ce que nous apprennent les récits contemporains des premières étapes des conquêtes arabes. De petites incursions aléatoires couronnées de succès ont rapidement entraîné le ralliement de nombreux hommes des tribus arabes. Dans cette perspective, la coalition de Muhammad n’a été que l’un des nombreux groupes qui profitaient du désordre provoqué par le conflit byzantino-perse, même si l’organisation supérieure et l’engagement idéologique ont aidé Muhammad et les siens à devenir le groupe dominant. On reconnaîtra ici une conception accidentelle de l’histoire, faite de réponses humaines faillibles à des événements aléatoires. Cette conception n’a cependant pas beaucoup d’adeptes. En général, on propose un éventail de facteurs d’attraction et de rejet, et pour la conquête arabe, les facteurs les plus populaires sont l’accès facile aux butins en raison de la faiblesse des empires byzantin et perse (du côté attraction), et l’appauvrissement économique et environnemental de l’Arabie (du côté rejet). »

Les conquêtes arabes sans l’islam

Article de la série consacrée au livre de Robert Hoyland : « Dans la voie de Dieu » (https://islametoccident.fr/?p=4814).

« À la lecture des sources contemporaines consultées, la coalition arabe de Muhammad n’était, dans les années 620 et au début des années 630, que l’un des nombreux groupes arabes qui essayaient de tirer profit du relâchement provoqué par l’obsession des empires perse et byzantin à se faire la guerre. Aux marges de ces empires, les incursions étaient déjà endémiques dans les années 620, et il est probable que certains opportunistes aient tenté de s’enrichir en profitant de la situation politique chaotique encore après le début des conquêtes arabes musulmanes, à la fin des années 630. (…) En bref, s’il existe suffisamment permettant d’infirmer la version « officielle » des historiens musulmans du IXème siècle et d’affirmer que les conquêtes arabes n’ont pas été uniquement le fait de Muhammad, il demeure très difficile de connaître les objectifs et identités des autres chefs ayant mené des expéditions dès avant, et pendant celles menées par les troupes de la coalition formée par les partisans de Muhammad. Il est clair que les conquêtes arabes auraient eu lieu sans Muhammad et sans l’islam mais, comme je vais tenter de le montrer, elles n’auraient sans doute pas engendré une nouvelle civilisation. Réciproquement, l’islam ne se serait probablement pas répandu si loin, et certainement pas si vite, sans les conquêtes arabes, dont le succès persuada les Arabes qu’ils étaient favorisés par Dieu. »

Les guerres et les massacres perpétrés par les arabo-musulmans : l’exemple de Césarée

Article de la série consacrée au livre de Robert Hoyland : « Dans la voie de Dieu » (https://islametoccident.fr/?p=4814).

La violence marque dès l’origine le monde arabo-musulman, Mahomet n’ayant guère été avare en ce domaine si l’on en juge par sa biographie (écrite par des musulmans) qui égrène précisément la liste des guerres ou razzias qu’il a conduites ou ordonnées. Pourtant, les partisans de l’islam en Occident continuent à mentir effrontément dans ce domaine et à nier vigoureusement cette évidence aveuglante. Robert Hoyland cite plusieurs exemples avérés dans son livre, comme celui de Césarée.

« Césarée, comme toutes les villes de la côte méditerranéenne, avait eu beaucoup moins de contacts avec les Arabes que les villes de l’intérieur des terres proches du désert syrien. Ses habitants étaient pour la plupart de la même confession que les habitants de Constantinople et que l’empereur : ils étaient chalcédoniens, suivant les principes adoptés au concile de Chalcédoine en 451, et parlaient le grec plutôt que l’araméen ou l’arabe. En outre, en tant que capitale provinciale, Césarée disposait d’une légion basée dans la ville : il était probable qu’elle se défendrait. Conscient du défi que représentait la prise de cette ville, le nouveau commandant des forces arabes en Syrie, Muawiya ibn Abi Sufyan, avait fait acheminer vingt-sept engins de siège qui lancèrent des pierres jour et nuit. Cette opération dura de décembre 640 à mai 641, jusqu’à ce qu’une brèche apparût  dans les solides murs de l’enceinte de la ville. Comme les combattants avaient refusé avec obstination de se rendre, Muawiya décida de massacrer pour l’exemple les 7.000 hommes stationnés dans la ville – moins ceux qui avaient réussi à s’échapper par bateau vers l’Asie mineure. »

Mahomet : un chef de guerre avant tout

Robert Hoyland, professeur aux universités d’Oxford, Saint Andrews et UCLA, enseigne aujourd’hui à l’université de New York. Spécialiste de la civilisation islamique et du monde syriaque, également archéologue, il vient de publier aux éditions Alma « Dans la voie de Dieu », livre très intéressant consacré à la conquête arabe et à la création d’un empire islamique aux VIIème et VIIIème siècles.

Je vous propose de revenir dans une courte série d’articles sur quelques-uns des aspects abordés dans ce livre.

Mahomet était fondamentalement un chef de guerre que les caprices de l’histoire et sa bonne fortune ont porté à un niveau de renommée inattendu, en particulier en ce qui concerne la connotation religieuse qu’il prétendit donner à son aventure, car si l’historiographie musulmane en appelle aux armées des anges célestes lors de certaines batailles, le simple bon sens nous enseigne en réalité que Mahomet n’échappa pas au principe élémentaire selon lequel « Dieu est toujours du côté des gros bataillons » (ce qui n’exclut pas par ailleurs d’avoir de la chance), principe qu’il fit sien notamment au travers de la recherche d’alliances tribales.

« Muhammad n’était pas un personnage très important pour le monde extérieur avant sa mort, et nous ne disposons par conséquent pas de sources contemporaines extérieures au monde musulman pour bien connaître sa vie. (….) Il conclut à Médine un accord avec plusieurs groupes pour créer une communauté unique (« umma »), dédiée au « combat dans le chemin de Dieu » (« jihad fi sabil Allah »), c’est-à-dire, pour sa cause, contre ses ennemis païens.  Tous ceux qui jurèrent fidélité à cet accord durent contribuer à l’effort de guerre et soutenir les autres membres de l’umma. Après avoir créé cette entité politique à Médine en 622, Muhammad lança plusieurs attaques contre des tribus et peuplements voisins afin de les recruter pour sa mission. Il persista également dans sa tentative de rallier les habitants de La Mecque et y parvint finalement en 628 en combinant guerre et diplomatie. Il scella l’accord en épousant la fille d’Abu Sufyan ibn Harb, l’un des hommes les plus puissants de la tribu de Muhammad, à savoir les Qurayshites. Après avoir consolidé l’alliance entre les Mecquois et les Médinois, Muhammad se mit en route pour inclure une troisième ville dans la coalition : la fertile oasis de Taïf, dominée par la tribu de Thaqif. Cette opération, achevée en 630, fit de ces trois villes et de leurs tribus alliées une formidable force de combat. Il est difficile de dire quelles étaient les intentions de Muhammad à ce stade. Les auteurs musulmans postérieurs, et à leur suite les historiens modernes,  présument qu’il était résolu à dominer le monde depuis le début, mais il est hautement improbable qu’il ait espéré diffuser son message aussi loin dès le départ. »

La religiosité et les combattants étrangers de l’État Islamique

Un article intéressant publié par le Oxford Research Group à l’issue d’une étude et rappelant que terrorisme musulman et religiosité ont bien quelque chose à voir (les parties mises en gras le sont de mon fait, sauf le paragraphe introductif).

IN THEIR OWN WORDS: RELIGIOSITY AND THE ISLAMIC STATE FOREIGN FIGHTERS

April 27, 2018 · by Lorne L. Dawson

https://sustainablesecurity.org/2018/04/27/in-their-own-words-religiosity-and-the-islamic-state-foreign-fighters/ 

Many studies on the motivations of Islamic State foreign fighters emphasise the role of low socio-economic prospects. But interviews with fighters suggest greater attention should be given to the role of religiosity.

A great deal has been written about the motivations of thousands of largely young men and women who left Europe, the UK, US, Canada, Australia, and elsewhere in the “West,” to fight in Syria and Iraq. As is so often the case in terrorism studies, most of the efforts to understand why people have joined this unprecedented wave of foreign fighters are speculative. Much is inferred from limited and usually secondary sources about the backgrounds and behaviors of those who left, and a handful of interviews with returned fighters reported in the news. Primary data from research interviews with fighters, or even those closest to them (friends and family members), is at a premium.

Out of the hundred or so research publications I have read about foreign fighters, I am aware of seven based on primary data (for example). Three of these studies involve interviews with returnees from the conflict, and overwhelmingly with individuals facing prosecution or incarcerated (for example); two involve interviews with individuals who had entertained going, but didn’t; and three involve interviews with people who knew individuals who either became foreign fighters or wanted to be one (for example).

In most cases, multiple sources of information are used, and in every case, the sample sizes are small and not statistically representative. Amarnath Amarasingam and I published one of these studies, involving interviews with foreign fighters, combatants in fact, in Syria and Iraq. Our sample is small and statistically inconsequential as well (we reported on twenty or thirty-five fighters interviewed). But it stands alone because it involves talking to active foreign fighters, and offers the single largest sample of fighter interviews so far. Our study inquired about the fighters’ backgrounds, the process by which they radicalized and left, and their perceptions and beliefs about their new lives as jihadists.

The observations and claims made by the fighters are subject to all kinds of conscious and unconscious interpretive biases. They must be treated with great caution. In principle, however, the biases are not dissimilar to those researchers encounter when working with other samples, such as criminals, or even police officers. So the primary data acquired warrants being given considerable significance in investigating what is happening and why, especially when there is a dearth of other reliable data.

Most of the primary data studies of fighters and aspiring fighters focus on the situation in Europe. Our sample includes people from Canada, the US, UK, Europe, and a few from Africa, the Middle East, and India. Reading the European studies creates the impression that we are dealing with young people, from immigrant families, who have limited socio-economic prospects, are relatively unhappy with what is happening in their lives, are looking for some greater meaning and sense of belonging and are heavily influenced by the small groups they come into contact with in seeking to be fighters. As such, they paint a picture reminiscent of the classic relative deprivation explanation of the motivation of extremists – a view that conforms to popular perceptions circulated in the media. These youth are coming largely from immigrant enclaves characterized by high, multi-generational unemployment, and they have done poorly in school themselves. In turning to extremism they are lashing out at a society that they perceive is failing to provide them and their people with the rewards they expect.

In these studies, the role of religion as a motivator for becoming a jihadist is simply not given much consideration, apart from rather prosaically noting that those who left showed an increased interest in religion before going. Curiously, however, in study after study the turn to religion – in fact to an extreme preoccupation with religious practice and identity – is one of the two constants detected in cases of jihadist radicalization. The other constant is the role of social factors: people join jihadist groups predominantly through pre-existing social networks, and their radicalization is consolidated by small group dynamics. The networks, the groups, and the dynamics, though, are framed religiously. The overarching preoccupation is to determine who is authentically a Muslim, and hence worthy of companionship, protection, and emulation, and who is a sellout or enemy, and to be avoided, denigrated, and perhaps attacked. In our interviews with family members and friends of foreign fighters, these surges of religiosity loom large.

  • The religiosity factor

Image credit: Wikimedia Commons.

The minimization of religious motivations in studies of foreign fighters warrants more comment than can be accommodated here. As I have argued elsewhere, close examination of these studies, and others, reveals the data will not support the discounting of religious motivations. While as the language employed in these studies indicates, they are operating with assumptions about religion rooted in the recent hegemony of secular worldviews, more than a full and critical assessment of the comparative significance of religious and political commitments in the course of history.

Summarizing the findings from our interviews with active fighters, three things stand out: (1) the prominence of religious discourse and concerns in explaining why they radicalized; (2) the preoccupation with the moral and not socio-economic limitations in their accounts of their past lives and turn to extremism; and (3) the personal nature of the choice to become a fighter – it is understood as being more about self-fulfillment than political action. This is the dominant impression left from countless hours of contact spread over many months with multiple individuals. It is hard to capture in any one quote, but one of the fighters we interviewed quite typically said:

“Before this jihad, I liked the idea of shahada. The idea of no accountability in the grave and on the day of judgement, but I wasn’t ready to leave the confines of my life in UK. In 2011, it was announced that a local brother was Shaheed [martyr] in Syria – that’s when it started. I started thinking and asking to myself – ‘you know what, if he can do it, why can’t I? He’s in Jannah [paradise] now while you are sitting here living a mundane life of simply university, work, making money.”

None of the fighters in our sample pointed to experiences of social and economic marginalization in accounting for their radicalization. Many claimed to come from “comfy” backgrounds, and 30% had university degrees.

Most of our sample of twenty fighters were from Muslim families, but five were converts. Most were single, but several were married and a few had children. With the exception of one middle-aged man, they ranged in age from 22-28, and half of them had some formal religious education in their childhood (Quranic studies and Islamic schooling). Most were students, unemployed, or working at more or less temporary jobs when they left to become fighters, but it appears this was not their priority, since most of the sample say they either underwent their conversion or became much more fervently religious in their teenage years. Accordingly, when asked why he had undertaken jihad, one member of ISIS quite characteristically asserted:

“We are motivated by our religion, by our Qur’an and Sunnah and we are not ashamed of that. We left the convenient world to establish khilafah on the path of Prophethood so I really don’t see what is the issue with some hypocrites who cave down to the kuffar. We are not motivated by politics, wealth, the love of this world. We are willing to die as shudada in the path of Allah and that is to establish shariah in the land of the khilafah. We have declared it clearly and loudly that Islam will dominate the world. We know this from the Sunnah and hadith of our Prophet, prayers be upon him.”

Recognizing the role of religious commitments does not fully explain radicalization, but it helps to explain why so few of the many who feel the sting of low socio-economic prospects choose to become foreign fighters and accept the risk of making the ultimate sacrifice.

Compensation may be involved in becoming a foreign fighter, but it is not compensation for mere material deprivation – real or perceived – or simply release from anger, frustration, or even boredom. At least this is not the case, I suspect, for most foreign fighters from the West. The lure of participating in something existentially more rewarding is what that drives and sustains this transformation. The “need for meaning” is more than a cliché, as we recognize when we exploit it to encourage sacrifices for the causes we support.

That is what I see in the data, but more interviews with fighters are required. Now, regrettably, these conversations will have to be largely with returnees – with their more patent reasons to distort their accounts. The opportunity has passed for speaking with fighters when they felt more free and safe to express their views.

  • Conclusion

In making this argument, I am not offering support for the simplistic and prejudicial notion that Islam is somehow responsible for terrorism, or even the broader notion that religion is particularly culpable in fomenting mass violence. Neither point will stand up to scrutiny, nor are they pertinent. I am suggesting we need to hold our contemporary secular prejudices in check and pay more attention to the role “religiosity” (i.e., the degree of personal commitment to a religious worldview) plays in influencing how quite ordinary people do extraordinary things. If we listen to what the jihadists keep saying, and give their claims some motivational credence, we will come to a fuller understanding of what we are up against and how we might better counter it.

Contrary to the claims of many, the relative orthodoxy or even depth of religious knowledge is not that relevant. The beliefs held by these youth may be erroneous and display a poor grasp of theology – but it is the sincerity of their religious commitment that matters. If attempts to prevent or counter radicalization dwell on reactions to economic and social marginalization, and personal psychological issues, they will deflect some youth from the path of extremism. But not, in the case of jihadism, those we most urgently need to deter, those with the potential to cause the most grief. To detect these budding terrorists early, and so have a better chance of diverting them, we need to exploit the fact that one of the first, most consistent, and consequential signs of radicalization is the expression of an intensified and intolerant religiosity.

Accordingly, we need programs that provide safe spaces for angry youth to engage in open and critical dialogue about their political, social, and moral-spiritual concerns and the related shortcomings of our societies. Otherwise they will do so online and in so-called “garage mosques” with like-minded people who will aggravate, rather ameliorate, the situation. I am skeptical of those who would sideline tackling ideology in seeking to counter violent extremism – because it is politically sensitive or they don’t think it is secondary. Rather, with some others, I think we need to develop and implement methods for encountering and undermining the ideological worldview of these nascent terrorists (for example). This needs to be done in the context of providing the kind of engaged mentorship which can guide these youth to the realization of other ways of living a significant life – one of virtue, service to one’s community, and some excitement. This approach entails risks, but so does ignoring the obvious role of religiosity in becoming a foreign fighter or domestic jihadist.

Dr. Lorne Dawson is a Full Professor in the Department of Sociology and Legal Studies and the Department of Religious Studies. He has served as the Chair of both departments. He has published three books, four edited books, and sixty-nine academic articles and book chapters. Until 2008 most of his research was in the sociology of religion, in particular the study of new religious movements. Since then terrorism has become the primary focus of his research, in particular the process of radicalization leading to violence. In 2012 he co-founded the Canadian Network for Research on Terrorism, Security and Society (TSAS). He is the current Project Director (see http://www.tsas.ca) of this partnership. TSAS operates with funds competitively awarded by the Social Sciences and Humanities Research Council of Canada (SSHRC), Public Safety Canada, Defence Research and Development Canada, and other organizations. Dr. Dawson regularly makes invited presentations to a wide variety of government, academic, and public groups about various aspects of terrorism and counter-terrorism, and is frequently interviewed by the media on these topics.

Comment mentir effrontément sur la nature des batailles de l’islam

Mohamed Bajrafil, imam de son état, est souvent invité sur les plateaux de télévision, en particulier par l’émission « Islam » diffusée chaque dimanche sur France 2. Sous des dehors patelins, Mohamed Bajrafil cache une mauvaise foi et un art consommé du mensonge si l’on en juge par ses propos. Ainsi, lors de l’émission « Islam » du 29 janvier 2017, celui-ci déclarait :

« 99,99% de ce qui s’est passé au temps du Prophète comme batailles a eu lieu autour de Médine, c’est-à-dire qu’il s’agissait de guerres non pas offensives mais plutôt défensives. Il y a eu juste une seule guerre que le prophète va mener loin des frontières de la ville de Médine, c’est la guerre de Tabouk ».

France 2 Islam 170129 Revelation 2 Batailles

Mohamed Bajrafil posait ainsi l’islam en victime, contrainte par l’agressivité extérieure à se défendre. C’est la sempiternelle ritournelle de l’islam pacifique, confit dans la légitime défense. Qu’en est-il ?

Il est facile de vérifier les faits suivants :

–  Bataille de Badr, première grande victoire des musulmans : il s’agissait pour Mahomet d’aller piller une caravane mecquoise circulant entre La Mecque et la Syrie, bien loin de Médine ;

–  Bataille de Khaybar : Mahomet vint y combattre les juifs de l’oasis de Khaybar, située à environ 150 km de Médine ;

–  Bataille de Hunayn : Mahomet combattit des tribus arabes sur la route allant de La Mecque (distante de Médine à vol d’oiseau de 340 km) à Taïf (située à environ 65 km de La Mecque)

–  Bataille de Mu’ta : opposant une armée musulmane aux byzantins à l’est du Jourdain.

Cette liste n’est pas exhaustive. On voit donc que, contrairement aux affirmations de Mohamed Bajrafil, les guerres de Mahomet éloignées de Médine sont loin de se réduire à la seule expédition de Tabouk (située à environ 530 km de Médine).

Ce qui est le plus étonnant dans cette histoire, ce n’est pas que Mohamed Bajrafil mente effrontément, mais que l’islam dit « modéré », qui officie tous les dimanches matins sur France 2, continue à l’inviter et à cautionner ainsi un statut de personnalité fiable et honnête, alors que ses mensonges sont parfaitement connus de la communauté musulmane cultivée.

La violence sacrée en islam, paradis des schizophrènes

L’islam, présentée par certains comme une religion d’amour et de paix, a bien un problème évident avec la violence, celle-ci s’exprimant régulièrement par des attentats terroristes perpétrés par des musulmans et au nom de leur religion. Les représentants de l’islam dit « modéré » tentent de résoudre la question par la théorie de « l’effort », à la racine du mot « jihad », le « grand » effort constitué par l’effort intérieur du croyant se conformant par sa foi aux commandements de Dieu étant prétendument largement privilégié devant un « petit » effort plus « physique », c’est-à-dire militaire, « combat armé dans le sentier d’Allah ».

Déjà, l’idée même de « combat armé » est surprenante pour une religion qui prétend être d’amour et de paix. Surtout, l’idée rabâchée ad libitum est que ce jihad militaire ne serait pas assimilable à la notion de « guerre sainte », bien qu’il s’agisse effectivement d’une guerre menée au nom de la religion, ce qui est pour le moins contradictoire. La reconnaissance de la violence comme processus religieux légitime ne serait ainsi que l’aboutissement de raisonnements dévoyés, en dépit de la multitude des imams qui les soutiennent.

La conférence organisée par la Société des Amis de l’Institut du Monde Arabe d’octobre 2016, consacrée au sens du mot « jihad », a été une fois encore l’occasion de constater l’embarras dans lequel se retrouve tout intervenant, ici Ghaleb Bencheikh, musulman cultivé et présentateur attitré de l’émission de France 2 « Islam » du dimanche matin, qui prétend, avec une honnêteté qui doit être louée, résoudre ce dilemme. Ainsi, le jihad ne serait pas la guerre sainte, et pourtant, il faut bien reconnaître que la notion de violence sacrée existe bien en contexte islamique et qu’« il y a [donc bien, en dépit de toutes les dénégations] quelque chose qui ne va pas ». Quoi ? Mystère et boule de gomme…

Amis IMA Jihad 161010 Violence sacree