Crachat et ramadan : des propos hallucinants, vraiment ?

Un médecin vient de susciter sur CNews un tollé en évoquant, en pleine pandémie de coronavirus, le problème des crachats liés notamment à certains rites religieux comme le ramadan. 

Bien entendu, tous les défenseurs de l’islam ont poussé des cris d’orfraie et certains semblent envisager de poursuivre ce médecin en justice. 

Qu’en est-il vraiment ? 

La propreté au temps du Prophète dans les lieux saints n’était visiblement pas une évidence si l’on en juge par les sources musulmanes (que chacun peut vérifier) : 

Sahih Bukhari 219 : Selon Ana ibn Malik, le Prophète vit un bédouin uriner dans la mosquée. « Laissez-le faire », dit-il. Puis, quand le bédouin eut terminé, il demanda de l’eau et la répandit en cet endroit.

S’agissant du crachat, c’était visiblement une façon de faire habituelle chez les musulmans au sein même des mosquées : 

Sahih Bukhari 405 : D’après Anas, le Prophète ayant aperçu une tache de mucosité buccale sur le mur de la qibla [dans la mosquée, mur indiquant la direction de La Mecque] en fut très peiné et son mécontentement se manifesta sur son visage. Il se leva, frotta la tache avec sa main et dit : « Lorsque l’un de vous accomplit la prière, il est en tête à tête avec Dieu. Que personne de vous ne crache donc dans la direction de la qibla mais qu’il le fasse soit à sa gauche, soit sous ses pieds. » Alors, prenant un pan de son manteau, il cracha dessus, puis il replia cette partie de l’étoffe l’une sur l’autre en disant : « Ou bien, faites ainsi. » 

Pour ce qui concerne le lien avec le ramadan, il existe en effet puisqu’il est interdit à un musulman d’avaler pendant le Ramadan certaines choses sous peine de rompre le jeûne. 

Voici quelques références issues d’un ouvrage classique de jurisprudence musulmane (chaféite) « Umdat as-Salik wa ‘Uddat an-Nasik » (« Le soutien du voyageur et les ressources de l’homme pieux »), ouvrage écrit principalement au XIVème siècle par le lettré Shihabuddin Abu al-‘Abbas Ahmad ibn an-Naqib al-Misri et dont la traduction anglaise a été examinée et déclarée conforme à la foi et à la pratique de la communauté sunnite actuelle selon le certificat délivré en 1991 par la très respectée université Al-Azhar du Caire. 

Il y est par exemple écrit dans la section i1.18 que les événements suivants rompent le jeûne (traduit de l’anglais) :

(11) avaler la salive qui a quitté la bouche, comme lorsqu’on humecte à plusieurs reprises un fil pour le faire passer dans le chas d’une aiguille, réintroduisant ainsi dans la bouche de la salive qui était passée sur le fil ;

(12) avaler de la salive dont la qualité a été altérée, comme lorsqu’on humecte une aiguille pour la faire passer dans le chas d’une aiguille et qu’une partie de la teinture du fil reste dans la bouche et est avalée ;

(13) avaler de la salive rendue impure par un contact avec un élément impur, comme par exemple lorsqu’une personne crache une salive contenant le sang venant d’un saignement buccal et qu’elle avale le reste de sa salive sans avoir toutefois préalablement rincé sa bouche avec de l’eau ;

(14) avaler une mucosité présente dans le fond de la bouche alors qu’il aurait été possible de la cracher à l’extérieur de la bouche ;

  • Conclusion

La jurisprudence musulmane donne ainsi de multiples occasions au musulman de craindre un mauvais comportement le conduisant à cracher plutôt que d’avaler sa salive en application du sage « principe de précaution » tellement en vogue dans la société occidentale moderne. 

On peut aussi consulter pour s’en assurer Éric Zemmour qui semble être devenu un spécialiste vu que les islamo-racailles semblent particulièrement apprécier de lui cracher dessus.

Bienvenue dans le monde merveilleux de la haute spiritualité selon Mahomet.

De la question politique en islam

L’émission de France 2 « Islam » a consacré deux épisodes au rapport bien distendu de l’islam à l’humanisme. Voici quelques articles consacrés à certains passages de cette émission.

Chacun au Moyen-Orient, et toute personne qui étudie un tant soit peu la vie de Mahomet, sait que « l’islam est religion et État » (« al islam dine wa daoulat » selon le proverbe arabe bien connu), raison pour laquelle l’islam est religion d’État dans la plupart des pays musulmans. L’islam est naturellement politique puisque c’est, depuis l’origine, une idéologie de conquête du pouvoir travestie sous une apparence  de spiritualité.

Aussi, entendre les intervenants évoquer l’hypothèse que « la fermeture progressive de la porte de la sagesse humaniste » dans le monde musulman aurait résulté d’un cheminement politique extérieur à l’islam est pour le moins surprenant, tout comme la question : « les printemps arabes sont-ils un sursaut contre cette histoire tyrannique ? » L’islam est l’expression même de « l’histoire tragique du religieux soumis au politique » ; il ne pouvait en être autrement puisque c’est son essence.

Le maquis des « obligations » en islam

Dans un précédent article ( https://islametoccident.fr/?p=4124 ), j’ai évoqué la question du remplacement en islam de l’existence d’un véritable fonds spirituel instaurant un rapport riche et complexe entre l’homme et Dieu (ou le monde) par une ritualisation outrancière de tous les actes de la vie quotidienne, dont l’esprit trouve d’ailleurs sa source dans les rituels juifs, le judaïsme étant affecté à un niveau également très élevé par la même maladie infantile et magique, comme d’ailleurs – à des niveaux variables – les autres religions, spiritualités ou croyances.

Cette ritualisation démesurée semble trouver principalement sa source en islam dans la période médinoise. En effet, Mahomet ayant émigré à Médine et les hasards de l’histoire lui ayant fourni des gens assez simples pour le croire, celui-ci édicta par Allah interposé un ensemble de règles ou de normes destinées à réglementer toute la vie du croyant musulman, ce qui est une façon simple et efficace de domestiquer des tribus et de les asservir à son pouvoir.

L’émission de France 2 « Islam » est revenue en janvier 2017 sur le rapport entre ces règles et normes et la notion d’obligation. On peut rapprocher le manque de clarté du texte coranique avec le propos d’Omero Marongiu-Perria qui rappelle qu’« il y a toute une classification de l’impératif coranique qui peut aller jusqu’à plus de 10 degrés ». Comment prendre au sérieux un tel maquis de règles et d’interprétations, de surcroît en l’absence de toute hiérarchie au sein des imams qui permettrait de fixer la doctrine ?

France 2 Islam 170129 Revelation 2 Obligation

La ritualisation sclérosante de l’islam dénoncée par un musulman

  • Problématique

La spiritualité proposée par l’islam est pauvre puisqu’elle se résume pour l’essentiel au témoignage de la « shahada » : « Je témoigne qu’il n’y a de Dieu que Dieu et je témoigne que Mahomet est son prophète », témoignage centré sur le principe fondateur de l’islam comme monothéisme, c’est-à-dire l’unicité de Dieu (« tawhid »). Ce témoignage est loin d’atteindre la richesse et la complexité de la relation de l’homme à Dieu dans la foi chrétienne, ou celles du rapport de l’homme à l’univers dans le bouddhisme. En effet, la relation de l’homme à Dieu se réduit en islam à un rapport de soumission somme toute banal du maître à l’esclave : il suffit de lire le Coran pour s’en convaincre, Coran qui exhorte les hommes à se soumettre à la volonté d’Allah et promet les pires tourments aux mécréants (d’où également la faiblesse de l’esprit critique en islam). Les grands penseurs/philosophes/religieux musulmans ayant illustré l’histoire de la pensée universelle sont d’ailleurs généralement anciens et semblent bien peu nombreux si l’on en juge par le petit nombre de ceux qui sont habituellement cités, toujours les mêmes (notamment Avicenne, Averroès, Al Kindi, Al Farabi).

Pour combler cette insuffisance spirituelle, on dirait que l’islam accumule une multitude de règles et de rituels alimentaires, vestimentaires, comportementaux, sociétaux, etc… – reprenant en cela les travers du judaïsme abandonnés par le christianisme – pour donner un peu de consistance à la religion et donc du grain à moudre aux croyants, ces règles et rituels ayant pour intérêt de donner à l’homme des repères qui peuvent le rassurer et qui occupent suffisamment son esprit pour éviter que celui-ci ne s’égare sur les rives de la pensée critique, le sentiment de liberté qu’elle procure effrayant la plus grande masse des hommes.

Cette survalorisation des règles et des rituels, fait avéré depuis les balbutiements de l’islam et qui n’a rien de nouveau, semble renaître aujourd’hui en réaction au monde occidental, notamment au sein de l’islam qui s’est implanté dans les pays occidentaux, du fait de la pauvreté relative de l’apport du monde musulman au monde moderne (depuis un certain nombre de siècles) sous beaucoup d’angles et de la frustration qu’elle engendre : « s’enfermer » dans des rituels permet de préserver une identité religieuse et ethnique mise à mal par un monde moderne perçu comme une menace face à un corpus spirituel et idéologique qui semble complètement dépassé. Placer son existence dans le carcan de l’exécution répétée de rituels quotidiens comble un vide intérieur et éloigne la question de son identité personnelle, qui n’a plus d’ailleurs beaucoup de signification au regard de l’appartenance à une communauté, l’« Oumma ».

  • Un témoignage

Ghaleb Bencheikh, présentateur attitré de l’émission hebdomadaire de France 2 « Islam », évoquait avec raison lors d’une conférence qui s’est tenue en novembre 2016 à l’Institut du Monde Arabe, une « religiosité aliénante par un respect excessif de la norme juridique », les règles et rituels constituant effectivement des normes « juridiques » au sens de l’islam puisque l’islam est religion et État, et donc lois (qui gouvernent tous les aspects de la vie du croyant).

C’est un témoignage intéressant sur un phénomène dont les causes apparaissent  pourtant assez simples et logiques pour qui étudie sérieusement la doctrine de l’islam, sclérosé depuis longtemps et recroquevillé sur la forme plutôt que le fond.

Amis IMA Charia 161107 Norme juridique

  • Le halal, une crispation injustifiée

Lors de cette conférence, Ghaleb Bencheikh a rappelé avec juste titre le caractère excessif des règles alimentaires connues sous le terme de « halal ».

Amis IMA Charia 161107 Halal

En effet, les musulmans (et encore plus les mécréants) ignorent pour leur immense majorité que le halal ne nécessite pas le recours à l’égorgement de bêtes vivantes. Le lecteur peut se reporter à l’article que j’ai déjà consacré à ce sujet : https://islametoccident.fr/?p=2462 .

  • Rions un peu

Pour achever ces quelques réflexions sur l’omniprésence des rituels en islam, revenons une des sources du mal : Mahomet. Si Mahomet a reçu une parole inspirée venant d’Allah, il est faux de croire en islam que tout ce qu’a fait ou pensé Mahomet est sacré et a donc valeur d’exemple. Lorsque Mahomet n’était pas inspiré, il était un homme comme les autres, jusque dans l’erreur, comme cela a été clairement rappelé dans l’émission de France 2 « Islam » du 28 janvier 2018.


France 2 Islam 180128 Revelation 3 Mahomet humain

Pourtant, le monde musulman adhère à la sanctification de la personne de Mahomet, exemple parfait dont il conviendrait de s’inspirer. Cette vénération infantile va jusqu’à imiter le comportement de Mahomet dans les moindres détails de la vie quotidienne, dans le contexte d’une ritualisation étouffante et sans rapport avec la véritable spiritualité. Ce pieux souci, qui vire à la superstition (Mahomet étant d’ailleurs lui-même superstitieux comme l’atteste la Sunna), est poussé à un niveau tellement hallucinant et grotesque qu’on peut avoir peine à le croire.

Voici donc quelques hadiths authentiques de Bukhari pour donner une idée de la profondeur de l’égarement mental auquel tout cela peut conduire :

Allah a-t-il besoin, pour signifier aux hommes l’essence de sa religion, d’inspirer Mahomet en lui dictant sa conduite lorsqu’il mange des dattes, se chausse, ou satisfait ses besoins naturels ? Jusqu’où Allah ne va-t-il pas se fourrer…

Le halal ou la crispation identitaire

  • Qu’est-ce qu’une fatwa ?

Ghaleb Bencheikh, musulman pondéré et cultivé, présentateur attitré de l’émission de France 2 « Islam » diffusée le dimanche matin sur France 2 rappelle, dans le cadre d’une conférence sur le mot « fatwa » organisée par la société des amis de l’Institut du Monde Arabe en novembre 2016, que la fatwa, avis juridique délivré par une autorité musulmane légitime, n’est qu’un avis et n’a donc aucun caractère obligatoire et coercitif : celui qui la reçoit est libre de la suivre ou pas.

Amis IMA Fatwa 161128 Obligation

  • Le halal est-il une obligation ?

Ghaleb Bencheikh indique que Mohamed Abduh, célèbre juriste et mufti égyptien mort en 1905 – donc bien avant les turbulences identitaires de l’islam d’aujourd’hui – avait émis une fatwa précisant la notion de « halal » (ce qui est autorisé pour un musulman) en ce qui concerne la viande : la viande de tout animal qui n’a pas été abattu en invoquant une autre divinité que Dieu est licite pour le musulman.

Amis IMA Fatwa 161128 Halal

Ghaleb Bencheikh précise que cet avis n’est pas un cas isolé et a été suivi par d’autres allant de le même sens. Ainsi est-ce le cas de Yusuf Qaradawi, célèbre personnalité musulmane dont on ne peut guère douter du fondamentalisme, qui a consacré un livre à la question du « licite et illicite en islam » (voir l’article   https://islametoccident.fr/?p=2462 )

  • Conclusion

Le halal, dans son fondement religieux même en islam, n’exige pas l’égorgement impératif des animaux, pratique épouvantable et ignominieuse qui contrevient à l’affirmation d’une humanité digne et respectueuse de son environnement. Beaucoup de musulmans l’ignorent sans doute. Il ne faut pas laisser le halal être ce qu’il devenu aujourd’hui par le fait de son instrumentalisation : l’expression crispée d’une revendication identitaire cherchant l’affrontement, doublée d’un rejet haineux des valeurs françaises traditionnelles.

Interroger publiquement les restaurateurs, les grandes entreprises de restauration, les cantines, les bouchers, etc. sur le mode d’abattage des animaux dont ils commercialisent la viande devient une urgence : il est à tout le moins inadmissible qu’on puisse dans le monde d’aujourd’hui faire collaborer subrepticement et de façon involontaire une population à l’entretien d’une pratique sacrificielle honteuse et détestable, renvoyant aux pratiques des âges les plus reculés de l’humanité.

La prière musulmane ou pourquoi l’islam n’est pas une croyance

L’émission hebdomadaire de France 2 « Islam » propose une séquence sur les fondamentaux de l’islam, généralement claire et simple. Celle du 11 septembre 2016 était consacrée à un rappel intéressant du 1er pilier de l’islam : la « shahada ».

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  • La shahada : un « témoignage »

La « shahada » est un témoignage. En français : « Je témoigne qu’il n’y a de Dieu que Dieu et je témoigne que Mahomet est le messager de Dieu ». Ce témoignage est souvent donné dans sa version courte : « Il n’y a de Dieu que Dieu et Mahomet est son messager ».

Comme le rappelle le présentateur : « La shahada doit être prononcée avec l’index en direction du ciel », au point que ce geste s’ancre dans les automatismes corporels.

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Le chrétien par le « Credo » affirme sa croyance : il s’agit d’un acte de foi, qui n’exclut pas le doute et emporte donc avec lui la possibilité implicite de ne pas croire au sens où on ne peut pas forcer quelqu’un à croire : c’est un problème entre lui et Dieu, et il n’a pas à être puni pour son incroyance.

Le musulman par la shahada est lui beaucoup plus affirmatif : au sens strict, il ne croit pas, il « témoigne ». Il n’y a pas à croire que Mahomet est l’envoyé d’Allah puisque c’est pour le musulman une certitude qui n’a pas à être discutée : il a juste à en témoigner. Cette position induit implicitement un rejet de toute discussion pouvant remettre en cause le statut du Coran et de Mahomet. C’est certainement une raison fondamentale expliquant l’imperméabilité de l’islam à toute approche rationnelle critique depuis notamment la « fermeture des portes de l’ijtihad » au XIIème siècle (l’« ijtihad » est la lecture, l’interprétation rationnelle et critique des textes). En effet, la moindre acceptation de la validité du raisonnement critique envers l’islam est la porte ouverte à un flux de critiques pouvant faire s’effondrer le colosse aux pieds d’argile. C’est aussi une raison profonde expliquant l’inutilité du dialogue inter-religieux avec l’islam.

Malek Chebel décrit magistralement ce système idéologique : « Pour le croyant islamoïde, l’islam se situe au-dessus et en dehors de la critique humaine. Pour lui, la doxa ne peut être questionnée, ni dans sa généralité ni dans son détail, car cela mettrait en péril tout l’édifice de la croyance. Le comportement « islamoïde » consiste donc à rejeter en bloc toute innovation inconvenante, tout en donnant le change à quiconque s’avise de critiquer tel ou tel précepte islamique. À ce sujet borné, l’islam n’offre que des avantages : une religion divine, avec un prophète d’une sagesse à toute épreuve et une histoire arabo-islamique flamboyante. »

  • L’unicité d’Allah : le tawhid

L’unicité divine ou « tawhid » est le cœur de la doctrine musulmane et de sa justification historique face aux polythéistes de La Mecque. Cette notion est si fondamentale que tout tourne autour d’elle et qu’on peine à trouver de concept religieux autre et simple en islam, alors que, par exemple, le chrétien se « heurte » immédiatement à des concepts religieux « mystérieux », comme la notion de Trinité, d’incarnation ou de rédemption par la crucifixion et la mort du Christ.

Malek Chebel écrit à ce propos : « Il faut savoir que le Coran est, en lui-même, un discours constitué sur Dieu et de Dieu sur l’homme. Cela explique la pauvreté relative de l’acte philosophique en islam, cantonné malgré lui à une histoire amplifiée des idées et à une spéculation molle sur les fins dernières. »

De son côté, Tariq Ramadan écrit même : « Il n’y a pas de « théologie islamique ». Comparer les discussions, souvent marginales, qui ont eu cours entre les savants musulmans (essentiellement à partir du Xème siècle) avec les réflexions fondamentales qui ont donné naissance à la « théologie chrétienne » est infondé et, dans les faits, une erreur. Certes, certains débats ont été vifs et l’on a, à travers l’histoire et les écoles musulmanes, discuté du sens et de la portée des noms de Dieu, de ses attributs, du statut de la révélation, mais l’horizon de ces controverses – contrairement à l’histoire de la dogmatique catholique par exemple – est resté circonscrit et n’a jamais été jusqu’à remettre en cause trois principes fondamentaux : l’unicité absolue du créateur, son impossible représentation et la véracité de sa parole révélée dans le coran. Une authentique « théologie » aurait d’abord, et surtout, discuté de ces trois principes. Or une étude attentive de l’histoire des débats entre les écoles montre que les disputes se sont élaborées en aval de ces trois principes qui, au cœur de la conception musulmane, fonde ce qu’on nomme le « tawhid ». »

  • Conclusion : la discussion avec l’islam en matière sociale ou religieuse est impossible

Toute la force de l’islam tient dans sa simplicité (aucun concept compliqué à avoir à maîtriser pour l’homme de la rue) et l’interdiction de la critique qui se traduit par l’épée de Damoclès du blasphème ou de l’apostasie. Face à une telle idéologie, qui ressemble à s’y méprendre à une dictature de la pensée, rien n’est doctrinalement « négociable ». Imaginer une « identité heureuse » avec l’islam orthodoxe qui ne soit pas ancrée dans le communautarisme est une absurdité. Le confit de valeurs est inévitable avec la tradition historique laïque de la France : il a commencé et va s’amplifier inéluctablement. Ce n’est qu’une question de temps et de nombre, donc de rapport de force.

Rappel à ceux qui souhaitent imposer la religion en entreprise

Si l’on en croit l’émission de France 2 « Islam » du 11 septembre 2016, « S’il est recommandé de faire chaque prière à l’heure prescrite, il est permis de les regrouper à un moment de la journée ou du soir pour ceux qui ne peuvent pas le faire en raison de contraintes dans leur vie quotidienne. » Un rappel utile à une époque où les pressions de la communauté musulmane se font de plus en plus fortes pour imposer aux entreprises l’aménagement des horaires de travail en fonction de contraintes religieuses. La religion, quelle qu’elle soit, n’a rien à faire dans l’entreprise qui est par essence un monde laïc.

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Le ramadan : une bien curieuse pratique

Toutes les religions on spiritualités accordent une place à l’ascèse et notamment au jeûne, supposé, par un détachement forcé des choses de ce monde, permettre à l’homme de se concentrer sur sa nature spirituelle véritable et donc de se rapprocher de Dieu (pour les religions monothéistes). Cette pratique suggère quelques commentaires.

1) Le jeûne n’a d’effet réellement notable sur le corps humain qu’au bout de plusieurs jours

De nombreuses études scientifiques sur le jeûne sont disponibles aujourd’hui. La phase de jeûne court de 3 ou 4 jours est suivie par une phase de rééquilibrage du métabolisme dû au stress alimentaire lié à l’absence de nourriture et qui a notamment pour effet une détoxification de l’organisme (habituellement passive). Ce mécanisme de rééquilibrage est complexe et toutes ses facettes ne sont pas encore connues compte tenu du bouleversement hormonal et neuro-endocrinien qu’il provoque.

Beaucoup d’effets constatés ne sont pas expliqués. On utilise dans certaines circonstances le jeûne comme moyen de lutter contre certaines maladies dont on a du mal à venir à bout par des méthodes « traditionnelles » (ex. eczéma, maladies articulaires, certains cancers, certaines troubles psychiatriques, etc.).

Il paraît donc scientifiquement audacieux d’attacher un effet notable de « purification » du corps à un jeûne diurne uniquement. Et ce d’autant plus que la nuit est généralement l’occasion d’une « compensation » bien méritée !

D’ailleurs, on ne brûle pas ses graisses dans ces conditions contrairement à ce que dit le médecin interviewé dans l’émission « Islam » de France 2 diffusée le 16 juin 2016 (cf. ci-dessous). Et entendre ce médecin rattacher le jeûne du ramadan à la « surbouffe » qui caractérise l’époque contemporaine est un tour de force étonnant pour une pratique inventée il y a 14 siècles : Dukan avant l’heure !

2) Le rattachement du jeûne à la spiritualité est une projection humaine

La nature a bien fait les choses et nombre d’animaux, du fait des contraintes de leur milieu, sont amenés à jeûner sur des durées pouvant être très longues (cf. hibernation, migration). L’homme, animal lui aussi, profite d’un dispositif lui permettant de survivre dans des conditions plus ou moins difficiles. Tout cela n’a rien à voir avec la spiritualité ou la religion mais avec la nature. Il faudrait sans doute en parler à l’ours ou au manchot empereur, grands jeûneurs s’il en est, pour voir ce qu’ils en pensent.

Cela étant, l’homme reste libre de donner la signification imaginaire qu’il souhaite au jeûne : la méthode Coué n’a point de limite, surtout dans le domaine de la religion, et il est très amusant de voir le médecin de l’émission précitée plonger dans le mythe de la « pensée magique » tout en la dénonçant…

3) Le jeûne du Ramadan est une pratique dangereuse du fait de la privation d’eau

Le jeûne correspond à la privation de nourriture et non d’eau. La privation d’eau imposée par le ramadan musulman n’est pas une pratique souhaitable, et c’est même une pratique très dangereuse dans les pays extrêmement chauds comme la péninsule arabique.

4) Le jeûne du Ramadan n’a par définition aucun sens dans les pays situés très au nord et très au sud

Imagine-t-on la vie des musulmans qui auraient le malheur d’habiter près des cercles polaires avec des nuits quasiment inexistantes pendant plusieurs jours à certaines phases de l’année (et l’inverse évidemment) ? La religion, comme la justice, doit-elle changer d’opinion selon les latitudes ? Il me semble qu’un certain Pascal avait déjà répondu à cette question.

France 2 Islam 160616 Ramadan

France 2 Islam 160612 Ramadan Extrait

Conclusion : Le jeûne du ramadan n’est qu’une des multiples formes de soumission de l’homme à son imaginaire divin, qui réclame pour finir le sacrifice d’une pauvre bête qu’on égorge selon un rite antédiluvien.

L’égorgement des animaux : un procédé d’abattage honteux et inutile

Les images récentes (depuis octobre 2015) de l’abattoir d’Alès, puis de ceux de Le Vigan et de Mauléon ont une nouvelle fois apporté la preuve des souffrances épouvantables et insupportables infligées régulièrement aux animaux dans les abattoirs français, non seulement lors de l’abattage lui-même, mais également dans le traitement des animaux avant l’abattage du fait du développement de la violence que l’absence de respect de la dignité animale induit.

Alors même que le procédé normal et légal d’abattage en France est celui de l’étourdissement, car naturellement le moins pénible pour les animaux puisque l’animal est inconscient lorsqu’on le tue, les politiques français (mais aussi ceux d’autres pays européens, sauf toutefois ceux de certains pays d’Europe du Nord) ont accordé des dérogations consistant à autoriser la souffrance des animaux pour des prétextes futiles, c’est-à-dire religieux, puisqu’il n’y a aucun bénéfice sanitaire tiré de l’égorgement de l’animal vivant.

En outre, ces dérogations à l’étourdissement ont un effet pervers considérable puisqu’elles conduisent évidemment à considérer que l’égorgement est un mode d’abattage en réalité normal (sinon il faudrait l’interdire dirait Monsieur de La Palice), ce qui a un intérêt certain dans le monde consumériste occidental dont les objectifs de profit entrent en conflit direct avec le respect de la dignité animale qui induit mécaniquement une perte de productivité. Entre la dignité animale et quelques cents d’euros, le choix est vite vu dans notre merveilleux monde occidental. Les animaux peuvent hurler de douleur, tant que le consommateur n’entend pas ces cris, tout va bien ! Or l’enjeu est considérable : Tareq Oubrou indiquait il y a quelque temps que « D’après les chiffres officiels de 2008, un tiers des 10 millions d’animaux de boucherie abattus en France l’ont été de manière rituelle, à raison d’environ un bovin sur dix et un ovin sur deux. »

Ces dérogations honteuses révèlent l’hypocrisie d’un monde politique qui prétend défendre la dignité animale mais qui est en réalité beaucoup plus soucieux de ses calculs politiques. Car il faut être logique : si la dignité animale est une véritable valeur pour nos sociétés occidentales, pourquoi accorder des dérogations – ce qui revient précisément à nier fondamentalement cette dignité – juste pour permettre de satisfaire des fantasmes humains qualifiés de « religieux » au prétexte qu’on imagine qu’un Dieu se serait préoccupé de ce genre de choses et, qui plus est, en aurait parlé aux hommes ? Si Dieu existe, n’avait-il pas plus de raison de se manifester pour des affaires autrement plus importantes ? Or, on ne l’a pas beaucoup entendu ni vu devant le camp d’Auschwitz ni à l’entrée des goulags staliniens.

La dignité animale, ou humaine puisque nous sommes aussi des animaux, dépend-elle des circonstances ? Y a-t-il des dérogations au regard de l’interdiction de la peine de mort pour les condamnés en France ? Non.

Dans ce contexte, il est intéressant de s’interroger sur la profondeur des justifications religieuses qui semblent avoir raison du peu de courage de nos hommes politiques, et en particulier vis-à-vis de la communauté musulmane qui est de loin la plus nombreuse. Car que dit la doctrine musulmane ? L’égorgement dans le cadre de l’abattage halal est-il une condition sine qua non de la consommation de viande par les musulmans français ?

Appuyons-nous pour ce faire sur les écrits de quelques personnalités éminentes de l’islam, bien connues en France, et versées dans la connaissance des règles musulmanes :

  • Yusuf Qaradawi, qui a notamment écrit « Le licite et l’illicite en islam » (éditions Al Qalam, 2005), religieux musulman mondialement connu, à la tête du Conseil européen des fatwas et de la recherche (conseil édictant des avis juridiques à l’attention des musulmans vivant en Europe), et qui n’est pas précisément connu pour son laxisme dans l’interprétation des règles religieuses musulmanes.
  • Tariq Ramadan, lui aussi versé dans la connaissance des règles religieuses musulmanes, et qui a notamment abordé certains aspects de la question qui nous occupe dans le livre « La réforme radicale » (éditions Presses du Châtelet, 2013).
  • Tareq Oubrou, imam de Bordeaux, qui évoque cette question dans le livre-interview « un imam en colère » (éditions Bayard, 2013).

Que pouvons-nous conclure de ces lectures ?

1) Quelle est la nature de l’abattage halal ? Un abattage éthique et non rituel

Tareq Oubrou écrit : « Il existe en réalité trois types d’abattage rituel ou sacrificiel. Les deux premiers sont l’offrande annuelle commémorant le geste d’Abraham, à l’occasion de la fête du sacrifice (Aïd-El-Kébir) et le sacrifice fait à l’occasion de la naissance d’un enfant. Ces deux formes de sacrifices, très répandues chez les musulmans originaires du Maghreb, ne sont pas des obligations canoniques mais seulement des recommandations. Le seul sacrifice obligatoire est celui que le pèlerin effectue lors du pèlerinage à La Mecque (hajj).»

Tareq Oubrou écrit également : « Le halal n’est pas une offrande destinée à Dieu mais un abattage éthique. En ce sens, les termes de « sacrifice » ou d’abattage « rituel » sont des abus de langage. »

2) L’égorgement n’est pas rendu nécessaire par la consécration de l’animal à Allah

L’égorgement pourrait être rendu obligatoire par l’habitude musulmane consistant lors de l’égorgement à consacrer l’animal à Allah, rendant les deux pratiques nécessairement concomitantes. Or tel n’est pas le cas.

Yusuf Qaradawi écrit : « La raison de cette interdiction [prononcer le nom d’un autre que Dieu], ici purement religieuse, est de sauvegarder le monothéisme, de purifier les croyances et de lutter contre l’associationnisme et les divers aspects de l’idolâtrie dans tous ses domaines. (…) S’il prononce en l’égorgeant le nom d’un autre que Dieu, l’homme annule aussitôt cette permission et mérite qu’on l’empêche de profiter de cet animal égorgé. »

Or Yusuf Qaradawi précise : « Certains savants décidèrent en fin de compte que prononcer le nom de Dieu était nécessaire. Mais il n’est pas obligatoire que cela se fasse au moment de l’abattage. Il suffit de le faire avant d’en manger : « ne mange pas quelque chose sur laquelle on n’a pas prononcé le nom de Dieu ». Dans le recueil authentique d’al-Boukhari, il y a ce hadith rapporté par Aïcha : Il y a des gens qui nous apportent de la viande et nous ne savons pas s’ils ont prononcé sur elle le nom de Dieu. Pouvons-nous en manger ? Il [Mahomet] leur dit : « Prononcez le nom de Dieu et mangez-en ». »

Tareq Oubrou écrit : « Selon l’école chaféite [l’une des quatre grandes écoles juridiques de l’islam], on n’est même pas obligé de prononcer le nom de Dieu avant l’abattage. »

3) L’abattage musulman est un abattage éthique au sens où son objectif doit être de faire souffrir l’animal le moins possible

Yusuf Qaradawi écrit : « Il nous semble que le sens secret de cet abattage est le fait de tuer l’animal dans les délais les plus brefs et sans le faire souffrir. C’est pourquoi on a rendu obligatoire l’emploi d’un instrument tranchant car son effet est plus rapide. On a exigé de trancher à la gorge, car c’est l’endroit le plus propice pour mettre facilement fin à la vie de l’animal. On a interdit d’égorger avec la dent ou l’ongle car cela ferait souffrir la victime et n’aboutirait en général qu’à la strangulation. Le Prophète a ordonné de bien aiguiser la lame et de mettre la bête à l’aise : « Dieu a prescrit de faire toutes choses avec humanité. Quand vous tuez, tuez humainement, et quand vous égorgez, égorgez humainement. Que l’un de vous aiguise bien sa lame et mette à l’aise sa victime. » (hadith rapporté par Muslim d’après Chahad Ibn Aous). »

L’égorgement est ainsi venu mettre fin à l’époque de Mahomet à des pratiques odieuses vis-à-vis des animaux. En effet, Yusuf Qaradawi rappelle : « Omar vit quelqu’un trainer un ovin par la patte pour l’égorger. Il lui dit : « Malheur à toi ! Conduis-le à la mort d’une façon gentille » (hadith rapporté par Abd ar-Razaq). Ainsi nous trouvons que la pensée générale est de traiter les animaux avec douceur et de leur éviter au possible toute souffrance. Avant l’islam, les Arabes coupaient la bosse des chameaux vivants et coupaient aussi la queue des gros ovins. C’était là une torture pour ces animaux. Le Prophète leur interdit cette pratique barbare en leur disant : « Tout ce qu’on coupe d’un animal vivant est considéré comme bête morte » (hadith rapporté par Ahmad, Abou Dawoud, ar-Tirmidhi et al-Hiban) »

Tareq Oubrou confirme : « Nous ne sommes pas dans le sacré. Le musulman a simplement pour obligation d’alléger au maximum la souffrance de la bête. »

Tariq Ramadan indique également : « Être obsédé par les techniques du “halal“ et, a fortiori, en en disant et en ne proposant rien sur la question du traitement absolument indigne des animaux dans nos univers de surconsommation et de productivités à outrance (dans certains élevage, dans les abattoirs, etc.) – de même que sur le mauvais traitement des animaux dans les sociétés les plus pauvres –, cela est proprement illogique, sidérant et tout simplement schizophrénique. (…) La consommation de la viande “halal“ est réduite à une question d’ordre technique sans considération fondamentale pour les finalités du sacrifice, qui ne devrait se permettre de prendre la vie qu’en l’ayant respectée et protégée des mauvais traitements et de la souffrance. »

Ces positions semblent tout à fait conformes à la Sunna (Tradition) du Prophète, si l’on suit quelques exemples de hadiths « authentiques » tout à fait bien connus :

Bukhari : Titre 72 « Des animaux à égorger, du gibier et de l’invocation à faire pour le gibier » / Chapitre 25 « De ce qu’il est répréhensible de mutiler un animal vivant, l’attacher pour servir de cible ou le faire coucher sur les pattes pour lui trancher le col. »

Bukhari N°5513 (et Muslim N°1956) : Hishâm Ibn Zayd a dit : « Comme j’entrais chez al-Hakim Ibn Ayyûb en compagnie d’Anas, celui-ci aperçut des jeunes gens qui avaient attaché une poule sur laquelle ils tiraient à la cible. – Le Prophète, dit alors Anas, a défendu de tuer de sang-froid (c’est-à-dire sans aucune nécessité d’aucune sorte) [donc la souffrance n’étant d’aucune utilité, elle doit être évitée si elle peut l’être] les animaux ».

Bukhari n°5515 : Sa’îd Ibn Jubayr a dit : « J’étais auprès d’Ibn Umar. On passa auprès de jeunes gens qui avaient attaché une poule pour s’en servir de cible. Aussitôt qu’ils aperçurent Ibn Umar ils se dispersèrent. – Qui a fait cela ? s’écria Umar. Le Prophète a maudit quiconque agirait ainsi. D’après Ibn Umar, le Prophète a maudit quiconque mutilerait un animal. »

Muslim N°1955 : Shaddid Ibn Aus a rapporté : « Je me souviens de deux choses que le Messager d’Allah a dites : Allah a enjoint de la bonté en toutes choses ; alors, quand vous tuez, tuez d’une bonne façon et quand vous égorgez, égorgez d’une bonne façon. Donc chacun devrait aiguiser son couteau et devrait faire en sorte que l’animal égorgé meurt confortablement. »

En revanche, si l’on peut se fier aux religieux pour ce qui est des questions religieuses, restons plus circonspects vis-à-vis de leur « ressenti » scientifique, tel celui de Tareq Oubrou : « D’où la nécessité d’utiliser un couteau très aiguisé afin de stopper d’un coup l’irrigation du cerveau et de permettre à l’animal de perdre rapidement conscience. L’animal ne souffre pas. Les soubresauts qui suivent l’égorgement sont purement végétatifs et inconscients puisque son âme a déjà quitté son corps dès la mort cérébrale [propos qui mélange la science et la religion et dont on voit bien qu’il quitte complètement le champ scientifique]. »

Cela étant, Tareq Oubrou finit par conclure : « Si un jour il est prouvé que l’étourdissement préalable réduit effectivement la souffrance, alors pourquoi pas… »

Maintenant donc que les procédés d’étourdissement sont disponibles, rien ne s’oppose à abandonner l’égorgement au profit de l’étourdissement, procédé incomparablement moins douloureux. Car comment soutenir que l’animal ne souffre pas alors qu’on lui a seulement tranché une partie du cou, laissant sa tête ballante, sans rompre toutes les terminaisons nerveuses comme dans le cas d’une décapitation, provoquant ainsi un stress abominable (et la production consécutive de toxines) et une agonie qui peut durer plusieurs minutes ?

3) La viande issue de l’abattage par les Gens du Livre est licite pour les musulmans

Si l’étourdissement est donc tout à fait licite aujourd’hui (l’égorgement de l’époque du Prophète étant devenu obsolète du fait de l’apparition des techniques modernes), y aurait-il par ailleurs un enjeu quelconque en raison du fait que la viande consommée par les musulmans proviendrait en outre d’abattoirs occidentaux non tenus par des musulmans, donc dans un cadre très différent de ce qui se passe en terre d’islam ? Le fait que les abattoirs européens utilisent l’étourdissement rend-il la viande illicite pour le musulman ?

Eh bien, non !, dans la mesure où les musulmans peuvent considérer que les abattoirs sont situés dans des pays à majorité d’origine largement chrétienne (les chrétiens faisant partie des « Gens du Livre », avec principalement les juifs).

Yusuf Qaradawi indique en effet : « L’expression « La nourriture ce ceux qui ont reçu le Livre » est une expression générale englobant tout ce qu’ils mangent. Les bêtes qu’ils égorgent, leurs céréales, etc. Tout cela nous est licite tant qu’il n’est pas spécifiquement illicite comme la bête morte, le sang répandu et la viande de porc. Tous ces interdits, que ce soit l’alimentation d’un homme du Livre ou d’un musulman, on est unanime à dire qu’ils ne nous sont pas permis. »

Yusuf Qaradawi précise : « Ce qu’ils abattent par électrocution ou autre chose pareille. La deuxième question est de savoir si on exige que leur façon d’abattre doit être semblable à la nôtre, c’est-à-dire avec une lame tranchante à la gorge. La plupart des savants l’exigent. Cependant, un groupe de Malékites [l’une des quatre écoles juridiques de l’islam, notamment suivie par les maghrébins] disent que cela n’est pas une condition obligatoire. Dans son commentaire du verset de la sourate 5 (« le festin »), Ibn Arabi a dit : « Cela est une preuve évidente que la chasse et la nourriture de ceux qui ont reçu le Livre font partie des choses bonnes et pures que Dieu a permises. C’est là une permission absolue. Dieu ne l’a répété que pour lever les doutes et mettre fin aux objections et aux mauvaises pensées qui nécessitent à leur tour d’autres objections et astreignent à de longs discours. » On m’a demandé mon avis sur le chrétien qui tord le cou de la poule puis la fait cuire. Peut-on en manger avec lui ou la prendre chez lui pour la manger ? Je dis : « Oui, on peut la manger car c’est son alimentation personnelle, celle de ses prêtres et de ses moines, même si cette manière de tuer n’est pas nôtre. Dieu nous a permis leur nourriture sans aucune restriction. Tout ce qu’ils considèrent permis dans leur religion nous est permis, sauf dans les cas où Dieu les a accusés de mensonge ». Nos savants ont dit : « Ils nous donnent leurs femmes comme épouses et il nous est alors permis d’avoir avec elles des rapports intimes. Comment ne mangerions-nous pas de leur abattage, alors que la nourriture vient après les rapports sexuels [un musulman étant autorisé par la doctrine à épouser une juive ou une chrétienne] dans le licite et l’illicite ? » »

Yusuf Qaradawi confirme : « C’est le principe adopté par Ibn al-Arabi. Il a dit dans un autre passage : « Ce qu’ils ont mangé sans l’avoir égorgé selon notre rite, mais après l’avoir étranglé ou lui avoir brisé le crâne, c’est-à-dire sans se préoccuper de sa légitimation, cela est interdit. » Mais il n’y a aucune contradiction dans ses deux affirmations. Il a voulu en effet dire que ce qu’ils jugent chez eux comme légitimé par l’abattage rituel nous est permis, même si son abattage n’est pas conforme au nôtre. Ce qu’ils ne jugent pas chez eux comme légitimé par l’abattage rituel ne nous est pas permis. On entend par abattage rituel l’intention de tuer l’animal dans le but de le rendre licite. C’est ce que pense ce groupe de malékites. À la lumière de ce que nous venons de dire, nous savons quelle position prendre devant les viandes importées des pays des gens du Livre telles que le poulet et la viande de bœuf en conserve qu’on a abattus par électrocution ou un autre moyen semblable. Tant qu’ils jugent ces viandes licites, elles le sont pour nous, conformément au sens général du verset. Quant aux viandes importées des pays communistes, on ne peut en aucune façon les consommer, car ce ne sont pas des gens du Livre et ils renient toutes les religions en bloc. Ils ne reconnaissent ni Dieu, ni aucun de ses messagers. »

4) Le musulman n’a même pas à se préoccuper de la question de la façon dont la viande a été produite

Outre tout ce qui vient d’être précisé, Yusuf Qaradawi indique : « Une règle de base : nous ne devons pas nous poser de questions au sujet de ce que nous ignorons. Le musulman n’a pas à s’interroger sur ce dont il ne connaît pas l’origine. Comment a-t-il été abattu ? Toutes les conditions de l’abattage sont-elles remplies ? Le nom de Dieu a-t-il été prononcé sur la bête au moment de l’égorger ? Mais tout ce dont on ignore l’origine de ce qu’a abattu un musulman (même ignorant ou dépravé) ou un homme du Livre est licite. Nous avons déjà cité le hadith d’al-Boukhari selon lequel on demanda au Prophète : « Des gens apportent de la viande sans que nous sachions s’ils ont prononcé le nom de Dieu sur elle ». Il leur dit : « Prononcez vous-mêmes le nom de Dieu sur elle et mangez-la ». Les savants dirent à propos de ce hadith : « Cela montre que les actes et les comportements sont jugés corrects et sains jusqu’à preuve du contraire. » »

CONCLUSION

Au terme de cette analyse, on voit qu’il n’existe aucun obstacle de principe sérieux à l’abandon de l’égorgement comme méthode d’abattage au titre du halal, si ce n’est malheureusement le manque de courage des politiques et sans doute l’avidité financière des grands groupes alimentaires, car l’étourdissement a un coût (adaptation de la chaîne de production, réduction de la vitesse d’abattage, réalisation de contrôles pour éviter tout mauvais traitement et non application des règles,…). Mais les grands groupes n’ont en généralement cure. Ils sont plus sensibles aux cris de leurs actionnaires qu’aux hurlements de ces bêtes qu’on égorge dans des conditions épouvantables.

Alors, mesdames et messieurs les politiques, qu’attendez-vous pour rendre le monde meilleur ?

Notons que cette analyse a été transmise à Geneviève Gaillard (PS) et Jacques Lamblin (LR) en début d’année 2016 (ainsi qu’à plusieurs associations de défense des animaux dont L214 et la fondation Brigitte Bardot). J’invite les lecteurs qui seraient sensibles à cette cause à écrire à ces deux députés pour leur rappeler l’urgence de traiter cette question.