Homosexualité en pays musulman : un témoignage…

Dans un précédent article ( https://islametoccident.fr/?p=4613 ), j’ai montré comment Frédéric Mitterrand relatait lui-même de façon publique une homosexualité vénale et tiers-mondiste dans l’autobiographie « La mauvaise vie », penchants tout à fait bien connus donc lorsqu’il fut nommé Ministre de la Culture et de la Communication de Nicolas Sarkozy. Il est intéressant de noter également son expérience toute particulière dans un pays musulman, l’Indonésie. Au regard de ce témoignage, on peut s’interroger sur la profondeur de la pénétration réelle de l’islam dans certaines couches de la population.

Les extraits ci-dessous sont tirés du chapitre intitulé « Bird » (pages 293 à 344) du livre sus-mentionné :

Avertissement : âmes sensibles s’abstenir. En effet, qu’on puisse considérer que  l’islam est une religion spirituellement très pauvre, fausse ou inutile est une chose ; mais c’est autre chose d’insulter le sentiment religieux par l’étalage d’une perversion aussi abjecte qu’insultante : car, quand bien même ce récit serait véridique, il faut être sacrément tordu pour trouver un malin plaisir à faire un objet littéraire de l’association de l’orgasme sodomite avec l’appel du muezzin et la personne de Mahomet.

Djakarta n’intéresse personne, hormis les hommes d’affaires planqués dans les palaces climatisés de l’ère Suharto où ils prennent le pouls du grand malade indonésien en attendant la guérison par le retour de la corruption universelle et des marchés foireux. On la dit dangereuse, labyrinthique, pourrissoir à bandits et fanatiques de tout acabit.

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Ville de Javanais musulmans qui croient aux esprits et aux sortilèges, de Chinois qui prétendent ne plus l’être et se font prudemment catholiques, de déracinés des îles lointaines entre mosaïques malaises et peuples de la mer aux ancêtres mélanésiens.

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Heidi me fixe près du Mc Do. Heidi pas comme Mitchell ou Cochran, il insiste d’emblée sur l’orthographe et j’imagine un échappé de l’Oberland bernois dans son passé, rendu fou par la chaleur et l’amour.

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Je rame et j’ai l’impression d’avoir tout faux ; il s’agit sans doute de l’un de ces jeunes gens qui aiment parler aux étrangers pour le seul plaisir d’un échange amical. Je n’ai pas encore l’usage de Djakarta et je suis finalement prêt à me contenter de la vision peu encourageante des gosses faméliques draguant dans les ténèbres du parc au pied de mon hôtel et des voyous aux yeux exorbités par la colle qui me serraient dans l’affreuse boîte à pédés surpeuplée que j’ai découverte la veille. Spectacles angoissants et risques inutiles. En revanche, le malentendu avec Heidi s’estompe assez vite. On est en pays musulman, la retape exubérante n’a pas cours, une réserve minimale est de mise, mon Cicérone improvisé s’y conforme. Pourtant, je ne tarderai pas à apprendre que la ville n’est pas en reste de débordements variés et qu’à peu près tout le monde est disponible pour peu que l’on connaisse le code. Heidi sent bien que je flotte et que notre entretien tire en longueur. Il s’en tient là pour les convenances et propose de m’accompagner à mon hôtel ; il connaît les types de la sécurité et ils laissent monter les boy-friends dans les chambres. Il a dit les boy-friends au pluriel et entreprend de me présenter plusieurs de ses copains qui attendent également leur autobus ; sans me laisser le temps de réagir et de décliner cette soudaine proposition de nouvelles connaissances.

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Heidi décidément connaît bien son affaire et persévère dans son casting infernal tout en me surveillant du coin de l’œil ; c’est fascinant de le voir opérer tel un épervier qui fond sur ses proies. En quelques instants, nous voilà à la tête d’une petite troupe on ne plus aimable et souriante. Il ne reste plus qu’à choisir.

(….)

La situation m’échappe ; je suis passé d’un seul coup de la conversation débat pour étudiants méritants à la perspective d’une partie fine entre inconnus ; je flaire le traquenard ; l’atmosphère ne me dit plus rien qui vaille car prétendants et public rivalisent d’exclamations et de grands rires en javanais, sans doute pour évaluer l’article blafard, froissé et transpirant qui leur est proposé ; gêne et scandale à l’horizon, tout ce que j’appréhende.

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J’ai tellement envie de m’en aller et de me retrouver seul. Pourtant je me suis trompé sur leur compte ; ma résistance est agréée, l’étau se desserre, sans manifester amertume ni déception, chacun repart de son côté en souriant et le joli Chinois me glisse sa carte de visite avec portable et e-mail pour le cas où je changerais d’avis.

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Je comprends qu’Heidi a seulement cru bien faire ; nous avions respecté le délai de politesse raisonnable, moi par timidité et lui par courtoisie ; ensuite le projet de passer à une seconde étape en y associant un ou plusieurs nouveaux venus s’était imposé naturellement puisqu’il pouvait désormais répondre aussi bien d’eux que de moi-même.

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Nous franchissons sans encombre l’obstacle des vigiles qui regardent obstinément ailleurs à notre passage et, en refermant sur nous la porte de ma chambre, je me demande ce que je vais bien pouvoir faire de ce garçon qui ne m’attire pas beaucoup. Je suis familier de ce genre de situations, il arrive qu’un étrange souci de civilité et la crainte de décevoir m’entraînent dans de telles aventures ; au pied du mur, je ne songe plus qu’à abréger toute conversation et à m’endormir au plus vite. Heureusement, Heidi n’est pas un amant frénétique, il se prétend aussi fatigué que moi et on se couche devant la télévision comme un couple de retraités.

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Bientôt nous dormons ensemble chaque nuit comme deux frères.

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Heidi connaît la ville comme sa poche et les bordels n’ont pas de secret pour lui ; il voudrait absolument m’y emmener alors que je deviens de plus en plus pudique et sage.

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Il revient régulièrement à la charge ; puisque je persiste à ne pas vouloir de son ami chinois, il faut que je le suive chez ces « nice boys very clean » qui brûlent manifestement de me connaître.

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Il ne faut pas tarder, je repars demain matin ; je cède pour qu’il n’y ait pas de nuage entre nous et aussi parce que je voudrais tout de même voir à quoi ressemble la « very good place » qu’il a choisie pour moi. Une expérience intellectuelle somme toute plutôt amusante et le corps froid comme une bûche. Ça ne marche pas du tout comme à Bangkok ; les bordels sont répartis un peu partout dans la ville, il n’y a pas de mise en scène plus ou moins sophistiquée, et là où me conduit Heidi tout se passe dans une sorte de garage à garçons largement ouvert sur la rue où les candidats vautrés sur des matelas à même le sol regardent vaguement les habituelles séries guimauve à la télévision, échangent des plaisanteries salaces tout en feuilletant des magazines pornos remplis de filles nues. Des Chinoises et des Japonaises aux yeux débridés et au sexe recouvert d’un string couleur chair. Le patron, sa femme, leurs enfants, entrent et sortent à tout instant avec des sodas, des bols de soupe ; les marmots changent de chaîne, on rigole en famille. Aux murs des photos de sportifs et de vedettes, des portraits de Soekarno et de sa fille, en matrone à lunettes et chignon dans le style « goudou » quinquagénaire, qui est le nec plus ultra des femmes convenables, et puis aussi des chromos relatant la vie du Prophète.

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Pas d’étrangers et l’impression que tout le monde se connaît. On ne s’éternise pas à faire son choix, les garçons n’émettent aucune objection, le prix est connu d’avance, le patron ou sa femme encaissent avec de grands sourires, on monte comme si on allait visiter.

(…)

Heidi est désolé. Je ne baise pas avec lui, je ne veux pas du joli Chinois, je dédaigne ces garçons qui n’ont peut-être pas très bonne mine mais sont quand même bien baraqués.

(…)

Un grand type surgit du déluge ; il porte un ciré jaune luisant de pluie, une sorte de casque de chantier par-dessus un foulard qui masque presque complètement son visage ; on dirait l’un des manifestants samouraïs des guérillas urbaines asiatiques. Heidi me donne un coup de coude ; merci, j’avais remarqué ; cette apparition soudaine a d’ailleurs réveillé l’assistance qui accueille le rescapé de la tempête avec forces salutations et rires sonores ; c’est manifestement le caïd de la bande. Il dépose sa panoplie, enlève son tee-shirt de base-ball et l’essore sur le pas de la porte tout en apostrophant ses acolytes. Trempé, torse nu et vigoureux, il exsude l’énergie, la vitalité ; la peau mate est un peu sombre ; des tatouages abstraits d’initié sur les épaules, les traits du visage marqués et les muscles saillants, un paysan qui n’a pas été démoli par la ville, bien rustique et fier de l’être quand la mode est aux poupées chantantes. La vieille poigne d’acier à laquelle je ne croyais plus s’est abattue brusquement sur ma nuque ; mes molles résolutions s’envolent, ma léthargie s’évapore ; au fond, la pluie ne va sans doute pas s’arrêter de sitôt ; dans « La mousson », Lana Turner la voyait tomber pendant des heures et cela la rendait folle ; cet endroit est finalement très sympathique, c’est mon dernier soir à Djakarta et demain je serai dans l’avion.

Il s’appelle « Bogos », ça ne s’invente pas, et il paraît que c’est un prénom très courant par ici. Heidi respire. La chambre est évidemment au-delà du sordide et le grabat de fer rouillé une bombe à tétanos. Je passe la serviette humide et dégueulasse sur la toile cirée qui recouvre le matelas pourri. Mon côté fée du logis envers et contre tout amuse le fauve samouraï qui m’observe d’un air narquois ; avec ce qu’il me réserve, à quoi bon jouer les vieilles demoiselles occidentales ; je laisse tomber mes nostalgies d’eau de Javel et je concentre ce qu’il me reste de sagesse sur quelques précautions élémentaires. La suite s’annonce quand même pas trop mal, une sorte de croisière exotique dans le vertige sidéral de notre silence et du vacarme obsédant de la pluie. Mais la bande-son nous réserve une sacrée surprise ; en plein flash, soudain, le muezzin débarque sans crier gare et appelle à la prière. Une de ces cassettes que des mains pieuses envoient plein tube. « Allah Akbar » écrase tout sur son passage et Mohammed el Rassoul, le Prophète, s’assure du terrain ; comme s’il relançait ses disciples à l’assaut des villes perverties, il fend le fleuve céleste, déborde partout dans la chambre, bat comme un ressac contre les murs ; électrochoqué, je tente de l’apercevoir par la lucarne, dans le placard, sous le lit ; omniprésent, insaisissable, le messager du Clément, le serviteur du Miséricordieux est intraitable ; il enfle avec la voix du muezzin, pompe tout l’air de la pièce, me paralyse sous l’incantation du verbe et la violence de l’attaque. Je sens qu’il darde ses yeux sur moi et j’ai l’impression de respirer son haleine. Et si mon timonier personnel, brusquement dégrisé par ce retour offensif de la foi, s’avisait de me rejeter brutalement en criant au sacrilège ? « Haram, haram », le client n’est qu’un roumi qui détourne les jeunes croyants, repoussons le péché et sus aux infidèles corrompus ; ça ne doit pas plaisanter avec la religion et la protection des bonnes mœurs sur les hauts plateaux de Java ; des barbus au regard fou, des fillettes en hijab défilent devant moi, ils réclament le châtiment du ciel pour ramener le jeune égaré sur le droit chemin et piétiner l’impie comme une bête venimeuse. Mais non, mon Bogos a les idées larges et tout ce boxon l’amuse ; il tape en souriant contre la paroi près du lit pour me montrer que le muezzin psalmodie de l’autre côté, la cloison est mince comme une feuille de papier, nous collons à la mosquée du quartier ; ça ne me rassure pas, les fidèles ont dû nous entendre, un peu plus et on se retrouvait en plein minaret. Il se tord de rire devant ma réaction, je prends sur moi pour avoir l’air d’attendre plus calmement la fin de cet autre orage ; lui, couché qui m’observe en continuant à se marrer et moi, assis sur le rebord du lit, encore aux aguets. Bientôt la cassette pile sur un dernier « Allah Akbar », l’appel à la prière s’achève et le muezzin se tait, le Prophète, le barbu et les fillettes sortent de la chambre et réintègrent la mosquée, c’est à eux maintenant d’être envahis par les odeurs de cuisine de la patronne et les hurlements des teenagers qui accueillent des idoles de la chanson sur Canal Indonesia. Il me semble que le pluie se fait moins forte ; j’ai eu peur, je me sens seul étrangement mélancolique, le cœur lourd d’être si loin ; le garçon devine-t-il quelque chose ? Il me serre dans les bras, très doucement, il me chantonne à l’oreille des sourates du Coran comme s’il me disait des mots tendres. En arabe et sans savoir que c’est un peu mon autre langue.