Le martyr au combat

Le martyr au combat est extrêmement valorisé par l’islam. Allah aime les croyants qui combattent pour lui et les martyrs (chûhada) qui tombent sur le champ de bataille en son nom : ils seront reçus auprès d’Allah et jouiront de félicités éternelles. On est très loin du « jihad intérieur ».

Coran, sourate 2, verset 154 : « Et ne dites pas de ceux qui sont tués dans le sentier d’Allah qu’ils sont morts. Au contraire ils sont vivants, mais vous en êtes inconscients. »

Coran, sourate 3, verset 157 : « Et si vous êtes tués dans le sentier d’Allah ou si vous mourez, un pardon de la part d’Allah et une miséricorde valent mieux que ce que les mécréants amassent. »

Coran, sourate 3, verset 158 : « Que vous mouriez ou que vous soyez tués, c’est vers Allah que vous serez rassemblés. »

Coran, sourate 3, versets 169 & 170 : « Ne pense pas que ceux qui ont été tués dans le sentier d’Allah, soient morts. Au contraire, ils sont vivants, auprès de leur Seigneur, bien pourvus et joyeux de la faveur qu’Allah leur a accordée, et ravis que ceux qui sont restés derrière eux et ne les ont pas encore rejoints, ne connaîtront aucune crainte et ne seront point affligés. »

Coran, sourate 3, verset 171 : « Ils sont ravis d’un bienfait d’Allah et d’une faveur, et du fait qu’Allah ne laisse pas perdre la récompense des croyants. »

Coran, sourate 3, verset 172« Ceux qui, quoiqu’atteints de blessure, répondirent à l’appel d’Allah et du messager, il y aura une énorme récompense pour ceux d’entre eux qui ont agi en bien et pratiqué la piété. »

Coran, sourate 4, verset 69« Quiconque obéit à Allah et au messager… ceux-là seront avec ceux qu’Allah a comblés de ses bienfaits : les prophètes, les véridiques, les martyrs, et les vertueux. Et quels compagnons que ceux-là ! »

Coran, sourate 4, verset 74« Qu’ils combattent donc dans le sentier d’Allah, ceux qui troquent la vie présente contre la vie future. Et quiconque combat dans le sentier d’Allah, tué ou vainqueur, Nous lui donnerons bientôt une énorme récompense. »

Coran, sourate 47, verset 4« (…) Et ceux qui seront tués dans le chemin d’Allah, Il ne rendra jamais vaines leurs actions. »

La Sîra indique que, lors de la bataille de Badr, Mahomet avait dit à ses partisans qu’Allah ferait entrer au paradis ceux qui seraient tués en combattant avec patience et courage, en avançant et sans jamais reculer.

Mahomet glorifia les martyrs de la bataille d’Uhud comme le relate la Sîra  : « Ce fut un jour d’épreuve et de malheur, où Dieu fit à un grand nombre de musulmans l’honneur du martyre. » et également « Lorsque vos frères furent tués à Uhud, Dieu a mis leurs âmes dans les ventres d’oiseaux verts qui boivent des rivières du paradis, mangent de ses fruits, prennent refuge dans les qandils d’or à l’ombre du trône de Dieu. »

La Sîra indique aussi le sort réservé par Allah au martyr Ja’far ibn Abî Tâlib à la bataille de Mu’ta« On raconte que Ja’far leva la bannière de sa main droite : elle fut coupée ; de sa main gauche : elle fut coupée ; il la serra contre son corps et combattit ainsi jusqu’à la mort. Il avait trente-trois ans. Dieu, au paradis, le dota, en récompense, de deux ailes qui lui permettaient de s’envoler ainsi là où il voulait. »

De façon générale, Mahomet glorifie les martyrs. Il dit à leur propos : « Le martyr ne sent pas la douleur d’être tué, elle correspond à celle que vous ressentez lors d’un pincement ». Il dit également : « Les martyrs séjournent sur le rivage d’une rivière près de la porte du paradis, sous une coupole verte ».

Malek Chebel confirme : « Les martyrs qui tombaient en combattant dans la voie de Dieu sont appelés « chuhadas » (de « chahid », littéralement témoin) et sont reçus, nous dit le Coran, auprès de Dieu. Ils jouiront d’une vie éternelle au paradis, où ils pourront s’y délecter de toutes les douceurs possibles. »

Jihad : Négationnisme ou Révisionnisme

Défendre l’idée d’une religion d’amour et de paix paraît extrêmement compliqué compte tenu des nombreux passages du Coran et de la vie de Mahomet (cf. Les faits) faisant état de batailles, expéditions, meurtres,... Aussi la plupart des théologiens ou intellectuels musulmans tentent de reléguer le jihad armé, combat dans la voie d’Allah au rang de phénomène annexe et marginal, alors même qu’il est parfaitement justifié doctrinalement (cf. doctrine du jihad), qu’il figure explicite dans le Coran, et qu’il est historiquement incontestable au regard des sources musulmanes elles-mêmes.

Deux procédés sont habituellement utilisés pour marginaliser « le combat armé dans la voie d’Allah » (al jihad fi sabil allah) : 1) mettre au premier plan le jihad « intérieur », c’est-à-dire le combat intérieur que le croyant doit mener sur lui-même pour adopter une attitude conforme aux préceptes de sa religion ; 2) défendre l’idée que le combat armé des musulmans n’était que la conséquence de la légitime défense.

On retrouve ces deux idées dans l’émission de France 2 du dimanche matin de décembre 2014 consacrée au jihad :

France 2 Dimanche Le Jihad
France 2 Le jihad décembre 2014

France 2 Islam Le jihad Decembre 2014 1

Pour le point 1) relatif au jihad intérieur, se reporter à l’article Le jihad intérieur

S’agissant du point 2) : Force est de constater que cette vision s’accorde très mal avec le détail des guerres, expéditions, meurtres, razzias, etc. de toutes sortes diligentées par Mahomet et auxquels il a bien souvent participé [article en cours de rédaction]. Cela s’accorde également très mal avec la conquête d’une bonne partie du Moyen Orient et de l’Afrique du nord aux VIIème et VIIIème siècles.

Tareq Oubrou, interviewé dans l’émission ci-dessus a par ailleurs écrit : « À l’instar de la Bible, le Coran contient beaucoup de passages qui, il est vrai, résonnent comme autant d’appels à la violence. Isolés de l’ensemble du discours coranique et de ses circonstances historiques, ces passages donnent effectivement l’image d’une religion belliqueuse et intolérante. Celui-ci par exemple : « Une fois passés les mois sacrés, tuez les associationnistes (polythéistes) où vous les trouvez… » (Coran 9, 5). Ou encore celui-là : « Ô les croyants ! Ne prenez pas pour alliés les juifs et les chrétiens ; ils sont alliés les uns des autres. Et celui d’entre vous qui les prend pour alliés, devient un des leurs. » (Coran 5, 51). Je pourrais citer au moins une dizaine d’autres passages de rupture ou de combat. »

Mais d’un autre côté, Tareq Oubrou écrit aussi : « L’islam est une religion qui a la particularité d’avoir vu le jour en même temps qu’un État, au début du VIIème siècle à Médine, dans la péninsule arabique, après que le prophète a été chassé de La Mecque. Ainsi sommes-nous, dès l’origine, en présence de deux réalités bien distinctes : d’un côté, la révélation coranique que le prophète Muhammad a pour mission de transmettre – et non d’imposer – dans un environnement polythéiste intolérant et hostile ; de l’autre, la naissance d’un empire soumis à des menaces extérieures. (…) Pris dans une logique d’empire, les Arabes n’ont d’autres choix que d’attaquer pour survivre. D’où la rapide extension de la religion naissante sur la rive sud de la Méditerranée. (…) Voilà pourquoi il est essentiel de bien séparer ces deux ordres de réalité : naissance d’une religion d’un côté, logique d’empire de l’autre. » Si Tareq Oubrou reconnaît ainsi la logique d’empire, et donc l’aspect offensif du jihad, il ouvre une nouvelle porte dialectique pour se sortir d’affaire en essayant de séparer la religion et ce qu’elle conduit à faire, ce qui n’a aucun sens.

Malek Chebel est quant à lui certainement le plus réaliste et le plus honnête quand il écrit tout simplement : « L’islam est une religion de conquêtes. Ce que l’on a appelé l’expansion de l’islam se révèle être une œuvre intimement liée à la nature même de la prédication. »

Malek Chebel ajoute : « On peut légitimement se demander si l’islam, dont l’humanisme universaliste, reconnu par tous et professé par la plupart, est encore capable, dans le concret, d’inventer ses prophètes de la non-violence, ses Mahatma Gandhi et ses Martin Luther King. Autrement dit, l’islam est-il en mesure de se réformer au point de refuser en son sein toute forme de violence (…) ? »

Le jihad « intérieur »

Les partisans de cette thèse à vocation rassurante consistant à limiter le jihad à l' »effort intérieur » remontent notamment à la racine de jihad est JHD qui exprime l’idée « d’effort vers », dans le chemin de la foi et de combat du mal, pour tenter de démontrer que la signification première du terme jihad est celle de combat intérieur et spirituel du croyant qu’il doit mener continuellement pour rester dans la voie de Dieu.

Cette thèse est reprise dans l’article 9 de la Convention citoyenne des musulmans de France qui passe sous silence le jihad armé et indique : « Contrairement à une idée répandue, le mot « Jihâd » signifie notamment la lutte et l’effort sur soi-même, en accomplissant le bien. Cette action a surtout une dimension spirituelle, consistant à œuvrer de son mieux pour accomplir le bien. Dans le Coran, ce mot est employé sous ses différentes formes à 33 reprises. »

Le jihad intérieur a en réalité pris une certaine consistance bien après la mort de Mahomet et la vague expansionniste musulmane des VIIème et VIIIème siècles en Europe et au Moyen Orient (qui n’avait pas grand-chose de défensif) : dans un empire musulman dont les frontières avaient commencé à se stabiliser, le développement de l’islam, qui s’exprimait auparavant essentiellement par les armes, s’est poursuivi au travers de l’exploration de voies de recherche plus spirituelles, sans pour autant rendre caduque la voie guerrière. Il fallait, d’une certaine façon, « digérer » les conquêtes.

Ainsi, petit à petit, cette notion d’intériorité s’est développée, notamment avec un grand théologien et philosophe, Ibn Qâyyim al-Jawziyyah, qui a vécu dans la première moitié du XIVème siècle et qui a conceptualisé différents types de jihad personnel ou intérieur.

Jihad : Les faits relatés par la Sîra

Le jihad (combat armé dans la voie d’Allah) étant l’exact opposé d’une religion d’amour et de paix, cette question crée une grande crispation quand elle est posée aux théologiens musulmans (du moins en Occident). Avant de voir quelles réponses ces personnes apportent, il est bon de revenir aux faits tels qu’ils sont précisément relatés par la Sîra, reconnue par tous les musulmans.

L’omniprésence de la guerre à compter de la déclaration du jihad (période médinoise de 622 à 632) pourra étonner certains lecteurs : le mieux est sans doute d’aller consulter la Sîra pour se faire soi-même une idée de la chose. De la date du début de la préparation du jihad à la conquête de La Mecque, ce qui représente 500 pages dans la Sîra complète de M. Badawî, on dénombre environ 450 pages consacrées à la description de la guerre (batailles, expéditions, alliances, traitements de captifs, répartition du butin, meurtres divers,…). La consultation de la table des matières de la Sîra conduit à identifier sur cette période plus de 25 sections relatives à la guerre (avec les mots bataille, campagne, razzia, conquête,…), ainsi que quatorze sections relatives à des meurtres. Voici à titre d’exemple deux pages du sommaire de la Sîra de M. Badawî :

Extrait Sommaire Badawi

Ce jihad peut d’ailleurs rappeler, comme on le verra dans certaines situations, les pratiques des anciens temps bibliques consistant à tuer les mâles et à s’approprier le reste (femmes, enfants, biens) en butin (cf. Deutéronome 20, 10-14). À cet égard, la Sîra indique que c’est précisément ce que signifie le verset :

Coran, sourate 33, verset 26 : « (…) Il [Allah] a jeté l’effroi dans leurs cœurs ; un groupe d’entre eux vous tuiez [ndlr les mâles], et un groupe vous faisiez prisonniers [ndlr les femmes et les enfants]. »

On ne peut que recommander la lecture elle-même de la Sîra, dans la version courte (Atallah) ou in extenso (Badawî). Pour une vision synthétique quoique détaillée, vous pouvez vous reporter à l’ouvrage « L’islam de France (et d’Europe) : un message de paix ? » figurant dans la page « Objectif du site ». Voici son sommaire à titre d’illustration pour la partie de l’ouvrage consacré au jihad :

Extrait Sommaire Islam de France

Mahomet pouvait conduire lui-même le jihad et se battre sur le champ de bataille, ou bien envoyer ses troupes. La participation active de Mahomet dans certains combats ne fait aucun doute. La Sîra indique par exemple qu’un jour Mahomet rentra chez lui et donna à sa fille Fatima son épée en lui disant : « Lave le sang qui s’y trouve, ma fille. En effet, elle m’a bien servi aujourd’hui. »

On peut noter que ce jihad mené par Mahomet, caractérisé par des événements très différents (victoires, défaites, trêves), n’a pas correspondu à une extension progressive constante et linéaire de l’islam, mais semble avoir subi les aléas classiques du développement historique avec des événements favorables et défavorables.

Le caractère obligatoire du jihad

Le jihad contre les non-musulmans a un caractère obligatoire pour les musulmans (les croyants), comme en attestent de nombreux versets du Coran :

Coran, sourate 2, verset 216 : « Le combat vous a été prescrit alors qu’il vous est désagréable. Or, il se peut que vous ayez de l’aversion pour une chose alors qu’elle vous est un bien. Et il se peut que vous aimiez une chose alors qu’elle vous est mauvaise. C’est Allah qui sait, alors que vous ne savez pas. »

Coran, sourate 4, verset 71 : « Ô les croyants ! Prenez vos précautions et partez en expédition par détachements ou en masse. »

Coran, sourate 4, versets 72 & 73 : « Parmi vous, il y aura certes quelqu’un qui tardera à aller au combat et qui, si un malheur vous atteint, dira : « Certes, Allah m’a fait une faveur en ce que je ne me suis pas trouvé en leur compagnie » ; et si une grâce qui vous atteint de la part d’Allah, il se mettra, certes, à dire, comme s’il n’y avait aucune affection entre vous et lui : « Quel dommage! Si j’avais été avec eux, j’aurais alors acquis un gain énorme ». »

Coran, sourate 4, verset 75 : « Et qu’avez-vous à ne pas combattre dans le sentier d’Allah, et pour la cause des faibles : hommes, femmes et enfants qui disent : « Seigneur ! Fais-nous sortir de cette cité dont les gens sont injustes, et assigne-nous de ta part un allié, et assigne-nous de ta part un secoureur ». »

Coran, sourate 4, verset 76 : « Les croyants combattent dans le sentier d’Allah, et ceux qui ne croient pas combattent dans le sentier du Tagut. Eh bien, combattez les alliés du diable, car la ruse du diable est, certes, faible. »

Coran, sourate 4, verset 77 : « N’as-tu pas vu ceux auxquels on avait dit : « Abstenez-vous de combattre, accomplissez la salat et acquittez la zakat ! » Puis lorsque le combat leur fut prescrit, voilà qu’une partie d’entre eux se mit à craindre les gens comme on craint Allah, ou même d’une crainte plus forte encore, et à dire : « Ô notre Seigneur! Pourquoi nous as-tu prescrit le combat ? Pourquoi n’as-tu pas reporté cela à un peu plus tard ? » Dis : « La jouissance d’ici-bas est éphémère, mais la vie future est meilleure pour quiconque est pieux. » Et on ne vous lésera pas fût-ce d’un brin de noyau de datte. »

Coran, sourate 4, versets 95 & 96 : « Ne sont pas égaux ceux des croyants qui restent chez eux – sauf ceux qui ont quelque infirmité – et ceux qui luttent corps et biens dans le sentier d’Allah. Allah donne à ceux qui luttent corps et biens un grade d’excellence sur ceux qui restent chez eux. Et à chacun Allah a promis la meilleure récompense ; et Allah a mis les combattants au-dessus des non combattants en leur accordant une rétribution immense, des grades de supériorité de sa part ainsi qu’un pardon et une miséricorde. Allah est pardonneur et miséricordieux. »

Coran, sourate 9, verset 24 : « Dis : « Si vos pères, vos enfants, vos frères, vos épouses, vos clans, les biens que vous gagnez, le négoce dont vous craignez le déclin et les demeures qui vous sont agréables, vous sont plus chers qu’Allah, Son messager et la lutte dans le sentier d’Allah, alors attendez qu’Allah fasse venir Son ordre. Et Allah ne guide pas les gens pervers ». »

Coran, sourate 9, verset 38 : « Ô vous qui croyez ! Qu’avez-vous ? Lorsque l’on vous a dit : « Élancez-vous dans le sentier d’Allah » ; vous vous êtes appesantis sur la terre. La vie présente vous agrée-t-elle plus que l’au-delà ? Or, la jouissance de la vie présente ne sera que peu de chose, comparée à l’au-delà ! »

Coran, sourate 9, verset 39 : « Si vous ne vous lancez pas au combat, Il vous châtiera d’un châtiment douloureux et vous remplacera par un autre peuple. Vous ne Lui nuirez en rien. Et Allah est omnipotent. »

Personne ne doit empêcher ou dissuader quelqu’un de partir au combat :

Coran, sourate 9, verset 156 : « Ô les croyants ! Ne soyez pas comme ces mécréants qui dirent à propos de leurs frères partis en voyage ou pour combattre : « S’ils étaient chez nous, ils ne seraient pas morts, et ils n’auraient pas été tués. » Allah en fit un sujet de regret dans leurs cœurs. C’est Allah qui donne la vie et la mort. Et Allah observe bien ce que vous faites. »

La jurisprudence chaféite indique :

Section o9.1 : « Le jihad est une obligation de la communauté. Quand un nombre suffisant de personnes le font pour parvenir au succès, ce n’est plus obligatoire pour les autres (le prophète a dit : « Celui qui fournit l’équipement au soldat du jihad a lui-même fait le jihad » et Allah a dit : « Ceux des croyants qui ne sont pas blessés et sont en retrait ne sont pas égaux à ceux qui combattent dans le chemin d’Allah avec leur propriété et leur vie. » « Allah a mis les combattants au-dessus des non combattants en leur accordant une rétribution immense » (sourate 4, verset 95). Si aucun de ceux concernés ne fait le jihad, alors tous ceux qui savent que le jihad est obligatoire et auraient la possibilité d’y participer sont coupables de péché. (…) »

Section p11.1 : « Dieu a dit : « Quiconque, ce jour-là, leur tourne le dos, à moins que ce soit par tactique de combat ou pour rallier un autre groupe, celui-là encourt la colère d’Allah et son refuge sera l’Enfer. » (sourate 8, verset 16). »

Jihad : la justification doctrinale par le Coran

Au terme d’une prédication infructueuse de 12 années (610-622) à La Mecque, Mahomet entra une fois installé à Médine dans une phase offensive et armée de propagation de sa religion par le jihad, combat dans le sentier/la voie d’Allah. De nombreux versets du Coran font explicitement référence à ce combat armé :

Coran, sourate 2, verset 190 : « Combattez dans le sentier d’Allah ceux qui vous combattent, et ne soyez pas transgresseurs. Allah n’aime pas les transgresseurs ! »

Coran, sourate 2, verset 191 :  « Tuez-les, où que vous les rencontriez ; et chassez-les d’où ils vous ont chassés. La persécution des croyants est plus grave que le meurtre. Mais ne les combattez pas près de la mosquée sacrée avant qu’ils ne vous y aient combattus. S’ils vous y combattent, tuez-les donc. Telle est la rétribution des mécréants. »

Coran, sourate 2, verset 193 : « Et combattez-les jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de persécution et que la religion soit entièrement à Allah seul. (…) »

Coran, sourate 2, verset 216 : « Le combat vous a été prescrit alors qu’il vous est désagréable. Or, il se peut que vous ayez de l’aversion pour une chose alors qu’elle vous est un bien. Et il se peut que vous aimiez une chose alors qu’elle vous est mauvaise. C’est Allah qui sait, alors que vous ne savez pas. »

Coran, sourate 2, verset 218 : « Certes, ceux qui ont cru, ont émigré et ont combattu dans le sentier d’Allah, ceux-là espèrent la miséricorde d’Allah. Allah est celui qui pardonne, le miséricordieux. »

Coran, sourate 4, verset 84 : « Combats donc dans le sentier d’Allah. Tu n’es responsable que de toi-même. Encourage les croyants. Allah arrêtera peut-être la violence des mécréants. Allah est plus redoutable qu’eux et plus sévère en châtiment. »

Coran, sourate 4, verset 89 : « Ils [ndlr les hypocrites] aimeraient vous voir mécréants, comme ils le sont eux-mêmes, afin que vous soyez égaux ! Ne prenez pas d’alliés parmi eux, jusqu’à ce qu’ils émigrent dans le sentier d’Allah. S’ils tournent le dos, saisissez-les et tuez-les où que vous les trouviez. (…) »

Coran, sourate 4, verset 91 : « Vous en trouverez d’autres qui cherchent à avoir votre confiance, et en même temps la confiance de leur propre tribu. Toutes les fois qu’on les pousse vers l’association, ils y retombent en masse. Par conséquent, s’ils ne restent pas neutres à votre égard, ne vous offrent pas la paix et ne retiennent pas leurs mains de vous combattre, alors saisissez-les et tuez-les où que vous les trouviez. Contre ceux-ci, Nous vous avons donné autorité manifeste. »

Coran, sourate 8, verset 17 : « Ce n’est pas vous qui avez tué les mécréants : mais c’est Allah qui les a tués. (…) »

Coran, sourate 8, verset 39 : « Combattez-les [ndlr les incrédules] jusqu’à ce qu’il ne subsiste plus d’association, et que la religion soit entièrement à Allah. (…) »

Coran, sourate 8, verset 65 : « Ô Prophète, incite les croyants au combat. S’il se trouve parmi vous vingt endurants, ils vaincront deux cents ; et s’il s’en trouve cent, ils vaincront mille mécréants, car ce sont vraiment des gens qui ne comprennent pas. »

Coran, sourate 61, verset 4 : « Allah aime ceux qui combattent dans son chemin en rang serré pareils à un édifice renforcé. »

La Tradition rapporte le propos de Mahomet : « Je suis venu avec l’épée. Le jihad est engagé jusqu’au jour où la dernière poignée des hommes de ma nation sera appelée à combattre l’antéchrist. »

La jurisprudence chaféite précise :

Section o9.0 « Jihad signifie « guerre contre les non-musulmans », et est étymologiquement dérivé du mot « mujahada » signifiant « guerre pour établir la religion ». (…) La base scripturale pour le jihad, selon le consensus des lettrés, sont des versets tels que :
(1) « Le combat vous a été prescrit » (C2/216);
(2) « Tuez-les où que vous les trouviez » (C4/89);
(3) « Combattez les associateurs sans exception » (C9/36) ; et des hadiths tels que celui relaté par Bukhari et Muslim selon lequel le prophète a dit : « Il m’a été ordonné de combattre les peuples jusqu’à ce qu’ils témoignent qu’il n’y a d’autre dieu qu’Allah et que Mahomet est son messager, qu’ils prient et qu’ils paient la zakat. S’ils acceptent, ils sauvent leur sang et leurs biens, à l’exception des droits que l’islam a sur eux. Et leur dernier jugement est avec Allah ». Et selon le hadith rapporté par Muslim, : « Aller le matin ou le soir pour combattre dans le chemin d’Allah est mieux que de posséder le monde entier et tout ce qu’il contient. » »

Le partage du butin

La question du partage du butin était habituelle au sein des tribus d’Arabie et pouvait conduire à rivalités et des divergences au sein des tribus. Il fallait donc que Mahomet clarifie les choses au sein de ses troupes.

Comme l’indique Malek Chebel, « Pour une religion qui se construisait à partir de maigres ressources, il était obligatoire que la question du butin et des acquis soit traitée dès le début. C’est exactement ce que fait le Coran en rappelant les éléments d’appréciation de ces gains, leur distribution et la liste des personnes prioritaires qui en bénéficient. »

La sourate du Coran n°8 portant le titre « le butin » (Al-Anfal) contient des dispositions précises sur le partage du butin :

Coran, sourate 8, verset 1 :  « Ils t’interrogent au sujet du butin. Dis : « Le butin est à Allah et à son messager. » Craignez Allah, maintenez la concorde entre vous et obéissez à Allah et à son messager, si vous êtes croyants. »

Coran, sourate 8, verset 41 : « Sachez que, de tout butin que vous avez pris, le cinquième appartient à Allah, au messager, à ses proches parents, aux orphelins, aux pauvres, et aux voyageurs, si vous croyez en Allah et en ce que Nous avons révélé à notre serviteur, le jour où l’on discerna entre les hommes justes et les incrédules (…). »

Ces versets du Coran sont le reflet de certains événements décrits précisément par la Sîra, notamment le partage du butin de Khaybar et celui résultant de l’extermination des juifs Banû Quraydha (voir Extermination des Banû Quraydha).

Partage du butin de Khaybar : « La répartition du butin de Khaybar se fit de la façon suivante : le cinquième appartenait à Dieu ; il revenait au Prophète, à sa famille, à ses proches et servait à nourrir les orphelins, les pauvres et les épouses du Prophète. Les quatre autres cinquièmes étaient répartis entre les musulmans. Quant au butin de Fadak, il revint tout entier au Prophète, parce que Dieu avait semé la terreur dans le cœur de ses habitants, lorsqu’ils apprirent le sort réservé aux juifs de Khaybar. »

Partage du butin des Banû Quraydha : « Le Prophète fit ensuite le partage des femmes, des enfants et des biens des Banû Quraydha entre les musulmans. Avant tout partage, il prit pour lui le cinquième du butin, puis il établit les règles de la répartition : deux actions pour un cheval, une action pour son cavalier, une action pour le fantassin. Les cavaliers ayant pris part à l’extermination des Banû Quraydha étaient au nombre de trente-six. C’était le premier butin auquel s’appliquait cette règle du cinquième pour le Prophète et de la répartition par actions des quatre cinquièmes. Ce principe fut adopté par la suite pour le partage du butin après toutes les expéditions et les conquêtes. »

Le caractère licite du butin

Mahomet et ses partisans ont pratiqué dans le cadre de leurs expéditions ou de leurs guerres la coutume de la razzia qui visait à se procurer, des biens, des vivres et des femmes. Le pillage est en effet une pratique courante des musulmans avec Mahomet. Cette question est clairement abordée dans le Coran, notamment dans la sourate n°48 « La victoire » (Al-Fath) :

Coran, sourate 48, verset 15 : « Ceux qui sont restés en arrière diront, quand vous vous dirigerez vers le butin pour vous en emparer ; « Laissez-nous vous suivre ». (…) »

Coran, sourate 48, versets 18 & 19 : « Allah (…) les a récompensés par une prompte victoire ainsi que par un abondant butin. Allah est puissant et sage. »

Coran, sourate 48, versets 20 & 21 : « Allah vous a promis un abondant butin dont vous vous emparerez, et Il a hâté pour vous la victoire et détourné de vous les mains des gens, afin que tout cela soit un signe pour les croyants et qu’Il vous guide dans un droit chemin il vous a promis un autre butin que vous n’étiez pas capables de remporter et qu’Allah a embrassé en sa puissance, car Allah est omnipotent. »

La validité de l’appropriation du butin par un prophète, inhabituelle, résulte notamment des versets suivants :

Coran, sourate 8, verset 68 : « Si une prescription d’Allah n’était pas déjà intervenue, un énorme châtiment vous aurait touché à cause de la rançon que vous avez prise. »

Coran, sourate 8, verset 69 : « Mangez donc ce qui, dans le butin, est licite et bon. Craignez Allah, car Allah celui qui pardonne, le miséricordieux. »

Il est intéressant de noter que c’est à l’occasion d’une razzia qu’eut lieu la fameuse bataille de Poitiers en 732. L’émir de Cordoue Abd al-Rahman traversa les Pyrénées pour aller piller et saccager Bordeaux. Puis il se dirigea vers Tours pour y piller l’abbaye Saint-Martin dont on disait qu’elle recelait des trésors. Sur le chemin, il incendia à Poitiers l’église Saint-Hilaire. Une coalition sous la direction de Charles Martel, incluant des Alamans, des guerriers de Germanie, stoppa quelque part avant Poitiers les musulmans. L’émir fut tué dans les combats. Les raids musulmans se poursuivirent notamment dans la région de Narbonne et ce n’est qu’à la fin du VIIIème siècle que les musulmans furent définitivement repoussés au-delà des Pyrénées.