L’héritage musulman de l’Occident : l’islam ruminerait-il un complexe occidental ?

Une des frustrations revenant constamment dans la bouche de la communauté musulmane est l’absence de reconnaissance par l’Occident de ce qu’elle doit à la société musulmane. Cette frustration intense nourrit souvent une théorie du complot qui rend inaudible tout discours raisonnable et toute démarche rationnelle et scientifique sur ce sujet. Que peut-on succinctement dire de ce curieux phénomène ?

  • Une frustration constante et intense

La communauté musulmane, y compris dans ses sphères les plus éduquées, manifeste une profonde frustration. Ainsi, Tareq Oubrou écrit : « D’après ce qu’on lit dans les manuels – ou plutôt ce qu’on y lit pas –, les musulmans n’ont absolument rien légué à l’Occident dans le domaine des sciences, des arts ou de la philosophie. À commencer par l’algèbre – de l’arabe al-jabr –, qui a envahi tout notre univers mathématique. De même, entre l’Antiquité gallo-romaine et les Lumières, pas une ligne sur les huit siècles andalous ! Même les noms des savants arabes – Avicenne, Averroès –, ont été latinisés…Pourquoi s’interdire de revisiter l’histoire de France en mettant mieux en lumière l’apport des différentes populations présentes sur son sol ? »

Il est curieux de constater que la justification de cette frustration culturelle s’appuie le plus souvent sur un petit nombre d’arguments, répétés à satiété, et dont certains sont tout à fait discutables, comme ceux mentionnés par Tareq Oubrou : les mathématiques, et en particulier l’algèbre – au prétexte que le nom algèbre est d’origine arabe (quel rapport d’ailleurs avec l’islam ? cf. arithmétique) – ; l’âge d’or de l’Andalousie arabe (très discutée) ; la « latinisation » des noms arabes, mauvais procès fait à une considération pratique, ou savante s’agissant de la « vraie » latinisation (cf. latinisation).

  • La reconnaissance du constat par les musulmans eux-mêmes

Or, au même instant, Tareq Oubrou reconnaît « Le déclin de toute une civilisation [ndlr la civilisation arabo-musulmane] qui a raté, dès la fin du Moyen Âge, le train de la modernité. », ce qui est quand même assez incompréhensible : se plaindre d’une frustration, la reprocher à l’Occident, et la justifier au même moment.

Car pour Tareq Oubrou : « Le monde musulman est en train de vivre une histoire inversement parallèle à celle de l’Occident. Dans le domaine de la pensée, l’islam a connu un véritable apogée moderne au Moyen-Âge. » Il confirme : « Le seul moyen de sauver l’islam, c’est de casser la vieille coquille civilisationnelle qui en étouffe l’esprit tout en précipitant son déclin. L’islam est appelé à vivre dans son époque ! Pas dans un imaginaire quelconque. »

À vrai dire, certains de ses coreligionnaires semblent assez largement partager ce diagnostic d’une culture et d’une civilisation qui n’ont guère apporté au monde depuis au moins cinq siècles et qui est quasiment absente des progrès du monde moderne (mathématiques, physique, médecine, biologie, informatique,…), sans parler de l’immobilisme – voire de la régression – du monde musulman en matière de questions culturelles et sociales.

Ainsi, Malek Chebel écrit : « Trop longtemps demeurés sur le bas-côté de la route, les musulmans n’ont pas été – c’est le moins que l’on puisse dire – des acteurs du progrès technologique moderne. Le monde musulman contemporain n’a rien inventé qui puisse susciter l’admiration. (…) Dans l’évaluation générale réalisée par l’ONU sur le développement durable des nations, les pays du bloc arabo-musulman se présentent (avec quelques nuances) parmi les derniers du peloton des États qui investissent dans la formation et l’éducation. »

Malek Chebel va encore plus loin : « Ce phénomène de dénigrement de la science en général et des sciences humaines en particulier ne concerne pas un seul pays ou une seule tranche de population ; il est tellement général que l’on se demande par quel miracle le lien social et la continuité des savoirs se sont maintenus. »

Tariq Ramadan remarque de son côté : « Il est curieux, et au fond inacceptable, de constater l’absence ou la pauvreté de la contribution musulmane à cette entreprise du dialogue entre les civilisations et les cultures. »

Il n’est pas exclu que le renouveau du salafisme, qui proclame un attachement viscéral à un âge mythique de l’islam, celui des premiers temps, ne soit que la conséquence de la difficulté, et même l’incapacité, du monde musulman à produire du progrès et à faire évoluer le monde moderne.

Dans ces conditions, tirant profit des bénéfices considérables tirés notamment de l’exploitation du pétrole et du gaz, il ne reste plus à certains mouvements ou régimes qu’à exploiter les travers – nombreux – de la société occidentale moderne (consommation de masse, champ de la morale qui rétrécit comme peau de chagrin – l’enfant devenant même un bien de consommation au travers de l’interruption volontaire de grossesse et de l’eugénisme déjà en marche –, fausses démocraties où le suffrage universel n’est que pantomime,…) pour construire sur cette base, de façon totalement défensive, sans rien construire, un projet de société qui n’est au fond qu’une immense régression.

  • En France, une frustration propre à la communauté musulmane

Il est intéressant de constater que la communauté musulmane est la seule communauté en France qui se dise maltraitée sous l’angle de l’héritage culturel : aucune autre communauté – asiatique, européenne, africaine, juive, etc. – ne trouve particulièrement à se plaindre dans ce domaine. Compte tenu de la liberté qu’à toute personne en France – contrairement à ce qui se passe dans les pays musulmans – d’effectuer les recherches historiques qu’elle souhaite et de publier le résultat de ses travaux, on ne peut que rester perplexe face à une telle attitude.

Il semble que cette attitude soit issue du même fonds victimaire que dénonce pourtant certains représentants éminents de la communauté musulmane comme Tariq Ramadan (cf. victimisation). Cette attitude conforte un repli sur soi identitaire mal vécu, qui conduit à un mécanisme d’auto-défense communautaire qui rejette en bloc une culture occidentale, l’absence d’argumentation réelle n’étant plus un problème dans ce contexte totalement irrationnel.

  • L’héritage arabo-musulman de l’Occident : une valorisation qui ne va pas de soi

Sur cette question particulièrement sensible de la valorisation de l’héritage musulman au sein de la culture occidentale, il est recommandé d’aller se documenter en lisant des ouvrages spécialisés car il est impossible, dans un article court comme sur ce site, de faire la part des choses compte tenu de la complexité de cette question et l’inévitable complexité de l’histoire.

Il est tout à fait probable, voire parfois certain, que la civilisation arabe a pu apporter certains progrès au monde, notamment compte tenu des conditions naturelles de son développement dans le désert d’Arabie (par exemple en médecine ou en astronomie), la question est néanmoins de rendre à César ce qui est à César, c’est-à-dire aux Arabes ce qui est aux Arabes, et à l’islam ce qui est à l’islam.

Or la confusion est très souvent entretenue intentionnellement, dans le souci de valoriser l’islam, entre la civilisation arabe et la civilisation musulmane, comme si arabe et musulman était une seule et même chose au Moyen Orient, ce qui est tout à fait faux.

D’une part, tous les arabes dans l’histoire n’étaient pas musulmans ; d’autre part, quand ils l’étaient, que devaient-ils réellement à l’islam dans les progrès par exemple scientifiques qu’ils ont pu faire faire au monde ? D’ailleurs, on constate plutôt dans le cas des religions une contradiction naturelle avec la science lorsque la religion sort de son domaine de « compétence » (déjà immense !) qui est celui de la morale, de l’éthique, des relations humaines, du sens à donner au monde et à la mort.

Ainsi, Sigrid Hunke, pourtant peu encline à être suspectée de défendre la société occidentale compte tenu de ses convictions et de son passé nazi, et au contraire assez impressionnée par la puissance politique de l’islam, a écrit un ouvrage assez connu de défense de l’apport arabo-musulman : « Le Soleil d’Allah brille sur l’Occident : notre héritage arabe ». Au-delà du caractère assez partisan de ce livre – tellement son intention et son propos sont systématiques –, il est intéressant de noter que Sigrid Hunke précise au fond de façon très claire dans l’introduction de son livre l’impérative nécessité d’éviter le terme « arabo-musulman » : « Cet ouvrage parlera des « Arabes » et de la civilisation « arabe », et non de la civilisation « islamique », car il est notoire que non seulement des chrétiens, des juifs, des parsis et des Sabéens ont contribué à cette civilisation mais qu’encore bon nombre des plus éclatantes réalisations de celle-ci se sont précisément effectuées contre l’islam orthodoxe. En effet, bon nombre des éléments qui constituent le génie scientifique de cet univers spirituel existaient déjà dans le caractère de l’Arabe des temps préislamiques. »

Dans un autre ouvrage distribué encore aujourd’hui dans les réseaux de librairies et recommandé semble-t-il par la communauté musulmane, « Visages de l’islam », publié aux Éditions Al Qalam, Haïdar Bammate, penseur musulman du XXème siècle, écrit : « Vers la fin du XIIIème siècle, l’élan religieux musulman s’apaise. La foi paraît avoir trouvé des assises définitives. Les autorités spirituelles, solidement établies, se montrent de plus en plus réfractaires à tout changement dans un ordre de pensée consacré par les grands docteurs des siècles précédents. La civilisation de l’islam, après avoir atteint son point culminant, commence à décliner. C’est le jugement porté par la plupart des historiens de l’Occident et de l’Orient. De l’Orient arabe surtout. À certains égards et dans des limites restreintes, il est justifié. Il convient cependant de ramener à ses justes proportions l’étendue de cette décadence. » Je laisse le lecteur se reporter à cet ouvrage et se faire sa propre opinion sur l’étendue de cette décadence, qui reste certaine même si elle peut dans certains cas être circonscrite comme essaie de le démontrer cet auteur.

  • Conclusion

Au-delà des ouvrages mentionnés ci-dessus, le lecteur peut se reporter à tous les ouvrages qu’il souhaite. Reste que le constat occidental sur la faible contribution du monde musulman au monde moderne semble bien partagé par de nombreux penseurs musulmans, jusqu’à ceux qui constatent à la télévision encore ces derniers jours [ndlr novembre 2015] une véritable régression du monde musulman (cf. régression).

On peut penser que la problématique est renforcée par la prétention de l’islam à régenter de tous les aspects de la vie humaine, tous étant censés rentrer dans son champ de compétence puisque la parole d’Allah est universelle et omnisciente. Car c’est une revendication inouïe et singulière de prétendre, au-delà de quelques commandements, qu’on détient toute la parole de Dieu, prétention qui ne peut évidemment que se fracasser contre la réalité du monde (les chrétiens s’y étant aussi frottés à leurs dépens).

La violence innée de l’islam : y viendrait-on (enfin) doucement… ?

Alors que le lien congénital de l’islam avec la violence est évident pour tout le monde, combien de dénis de réalité subit l’Occident depuis tant d’années de la part des musulmans au cri de « pas d’amalgame », remède bien commode censé exorciser le mal que représente l’esprit critique dans la tête des non-musulmans ?

Mais face aux évidences à répétition, des esprits plus éclairés que les autres ne peuvent plus trouver de nouvelle échappatoire. Il y a bien un vrai problème dans l’islam et il faut le traiter. Écoutons l’émission de France 2 « Islam » du dimanche 22 novembre 2015 :

France 2 Islam 151122 Extrait 1

France 2 Islam 151122 Extrait 5

À la question du journaliste : « Quelle est votre lecture des attentats et comment cela a-t-il été rendu possible ? », Ghaleb Bencheikh répond : « Sans auto-flagellation aucune et sans dolorisme aucun, ceci est dû aussi à la somme des démissions, des abdications, de la frilosité, à n’avoir pas su voir, n’avoir pas su endiguer en son temps la déferlante d’extrémistes ou jihadistes. (…) Nous ne pouvons pas indéfiniment dire que la tradition religieuse islamique est une religion de bonté, d’amour, de miséricorde, de sollicitude, de prise en compte de l’intérêt d’autrui – que nous croyons –, et oublier qu’il y a aussi au sein de cette tradition un corpus de sacralisation de la violence, un discours fielleux sur la guerre, justifié par le recours à la révélation coranique ou à la tradition en tant que telle. Eh bien, ça a poussé les illuminés exaltés, les idéologues, les sermonnaires, à – je n’aime pas beaucoup la lecture sociologisante, mais en tous cas – les laisser-pour-compte, les marginalisés, à commettre l’irréparable, ce que nous condamnons non seulement avec force, mais nous devons endiguer toute cette déferlante. »

Ghaleb Bencheikh reconnaît donc, fait rarissime chez les musulmans, l’existence claire d’une problématique spécifique : celle du lien congénital de l’islam avec la violence, violence figurant explicitement dans le Coran et la Tradition du Prophète. Cette prise de conscience, cette sortie du monde des dénis de réalité, sont absolument à saluer. C’est le premier pas, car on ne peut pas soigner un malade si on refuse de diagnostiquer sa maladie.

La question fondamentale est alors la suivante : comment les musulmans vont-ils faire leur auto-critique sans remettre en cause tout l’édifice de l’islam ? Cela paraît impossible.

Et si on islamisait l’histoire de France ?

Une des raisons évoquées de façon constante pour expliquer la mauvaise intégration en France de certaines parties des populations musulmanes, en particulier d’origine maghrébine, est que ces populations, même nées sur le territoire français, ne s’y sentent pas chez elles. À écouter certains, il faudrait que la France réinvente son histoire, l’« islamise » : idée stupéfiante !

Lisons Tareq Oubrou, musulman réputé éminemment modéré : « D’après ce qu’on lit dans les manuels – ou plutôt ce qu’on y lit pas –, les musulmans n’ont absolument rien légué à l’Occident dans le domaine des sciences, des arts ou de la philosophie. À commencer par l’algèbre – de l’arabe al-jabr –, qui a envahi tout notre univers mathématique. De même, entre l’Antiquité gallo-romaine et les Lumières, pas une ligne sur les huit siècles andalous ! Même les noms des savants arabes – Avicenne, Averroès –, ont été latinisés…Pourquoi s’interdire de revisiter l’histoire de France en mettant mieux en lumière l’apport des différentes populations présentes sur son sol ? »

Tareq Oubrou collectionne les poncifs sans les démontrer (voir mathématique pour ce qui concerne les mathématiques ou latinisation pour ce qui concerne la latinisation des noms), alimentant ainsi volontairement une propagande de frustration qui donne par avance des arguments pour excuser l’inexcusable (incivilité, violence,…) : c’est une attitude totalement irresponsable qui alimente l’idée profondément pernicieuse d’un complot culturel occidental contre le monde musulman.

Qui empêche aujourd’hui en France qui que ce soit d’écrire ou de communiquer sur l’héritage légué par les cultures du Maghreb et du Moyen Orient ? Personne. D’ailleurs, il faut arrêter l’amalgame contenu dans le terme de « arabo-musulman » : ce n’est pas parce que les arabes (qui ne sont pas tous musulmans) ont pu transmettre certaines choses à l’Occident que cela a nécessairement un quelconque rapport avec l’islam.

Si Tareq Oubrou juge que cet héritage ne tient pas une place considérable dans les livres d’histoire, peut-être y a-t-il une bonne raison, évidente celle-là : c’est peut-être que cet apport est relativement limité. Et si les musulmans veulent corriger cette mauvaise perception, qui les en empêchent ? Au boulot !

Mais visiblement, Tareq Oubrou a beaucoup de mal à sortir du cercle vicieux de la victimisation (cf. victimisation) : « Le sentiment d’appartenir pleinement à une communauté de destin commence par là : que les petits Mohammed [1] sachent que leur culture d’origine a contribué à la civilisation au sein de laquelle ils vivent. Mieux mettre en valeur la contribution arabo-musulmane à la culture occidentale serait un signal positif. Les jeunes musulmans se sentiraient davantage partie prenante de la culture et de l’histoire de LEUR pays. »

[1] Parce qu’ils ne peuvent pas s’appeler Jérôme, Henri, David, Jacques… ?? Pourtant certaines populations étrangères, notamment d’origine asiatique, n’hésitent pas à faire ce choix. Qui parle d’intégration ?

Mais Tareq Oubrou n’a pas peur de pousser son idée jusqu’à une absurdité qui frise la folie : « La plupart des musulmans, même ceux qui décrochent un diplôme en fin de parcours, ressortent plus ou moins frustrés du système scolaire. Je vois une raison simple à cela : ils ne se reconnaissent pas dans l’histoire de France. »

Tareq Oubrou ne se rend même pas compte de la perversité de son propos : les petits français d’origine immigrée ne pourraient donc pas se sentir français puisque l’histoire de France n’est pas l’histoire du Maghreb et de l’islam…

Tareq Oubrou a-t-il oublié ce que Renan disait : « Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n’en font qu’une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L’une est dans le passé, l’autre dans le présent. L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs ; l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis. »

Les vietnamiens, les libanais, les chinois, les indiens, etc. qui vivent en France n’ont pas plus de raisons de se reconnaître dans cette histoire de France : pourtant, cela ne semble pas leur poser de problème. Tareq Oubrou, avez-vous une explication à cela ?

Le fondement doctrinal des interdits : s’affirmer comme musulman contre les autres communautés

La différenciation permanente de certains  musulmanes ou musulmanes, par les interdits, l’habillement, etc., a-t-elle des racines doctrinales ? La réponse est malheureusement oui.

  • Se différencier d’avec les infidèles

La notion d’interdit n’est pas seulement une règle à suivre sans discuter pour les musulmans mais elle est aussi l’expression beaucoup plus fondamentale d’une façon de se différencier des non-musulmans. Ainsi, quand bien même un interdit peut n’avoir aucun sens aujourd’hui, il importe au musulman de l’appliquer pour ne pas être confondu avec les infidèles.

Pour le musulman, les non-musulmans qui bravent les interdits, et qui donc de fait rendent licite l’illicite, commettent le plus grand péché qui soit, l’associationnisme, qui valaient aux polythéistes arabes de se faire exterminer par Mahomet.

Yusuf Qaradawi indique en effet que : « La détermination du licite et de l’illicite est une prérogative exclusive de Dieu » et que « Interdire le licite et autoriser l’illicite sont étroitement liés à l’associationnisme. »

Yusuf Qaradawi précise : « Ni les rabbins, ni les moines, ni les rois, ni les sultans n’ont le droit d’interdire définitivement quelque chose aux créatures de Dieu. Celui d’entre eux qui a fait cela a outrepassé ses limites et transgressé les prérogatives législatives du Seigneur. Quiconque accepte ce qu’ils ont fait et le suit, a donné des associés à Dieu et cette obéissance est considérée comme de l’associationnisme (chirk) : « Auraient-ils des associés qui leur auraient ouvert une voie en matière religieuse que Dieu n’a jamais autorisée ? » (Coran, sourate 42, verset 21). »

Aussi, sur ce sujet, toute discussion avec les non-musulmans est inutile, d’autant que Yusuf Qaradawi précise : « Il n’est pas nécessaire pour le musulman de connaître en détail quel est le mal pour lequel Dieu a interdit telle chose. Il se peut que lui échappe ce qui apparaît à d’autres. Il se peut que ce mal ne soit pas découvert à telle époque et qu’il devienne apparent plus tard. Le musulman doit toujours dire : « Nous avons entendu et nous avons obéi. » »

  • Se différencier en particulier d’avec les juifs et les chrétiens

    Dans ce contexte, Yusuf Qaradawi indique que les juifs et les chrétiens sont évidemment à blâmer : « Le Coran a blâmé les gens du Livre (juifs et chrétiens) qui ont placé le pouvoir d’autoriser et d’interdire entre les mains de leurs rabbins et de leurs moines. C’est ainsi que Dieu a dit dans le verset 31 de la sourate 9 : « Ils ont pris leurs rabbins et leurs moines comme seigneurs et maîtres à la place de Dieu, ainsi que le Messie, fils de Marie. On leur a ordonné pourtant de n’adorer que Dieu unique, nulle divinité autre que Lui. Gloire à Lui ! Il est au-dessus de ce qu’ils Lui associent. » »

    Les juifs en particulier sont visés. Ainsi, Yusuf Qaradawi écrit : « De même que l’islam a interdit tout ce qui mène à l’illicite par des moyens apparents, de même il a interdit les ruses qui permettent de les commettre par des moyens cachés et par des stratagèmes diaboliques. Il a ainsi blâmé les juifs d’avoir rusé pour passer outre ce que Dieu a interdit. Le Prophète a dit : « Ne commettez pas ce qu’ont commis les juifs en vous permettant les interdits de Dieu à l’aide des moindres ruses » (cité par Ibn Qayym). »

    De toute façon, les juifs ne sont guère en odeur de sainteté chez les musulmans : ils méritent leur sort. Yusuf Qaradawi écrit : « Le Coran a indiqué une partie de ce qui était interdit aux juifs ainsi que la raison de cette interdiction. C’était un châtiment que leur imposait Dieu à cause de leur injustice et de leurs péchés. » Allah leur a-t-il aussi imposé la shoah pour leurs péchés ?

    Mais à vrai dire, les chrétiens en prennent aussi pour leur grade car ils ont eux aussi contrevenu aux ordres d’Allah. Yusuf Qaradawi écrit : « Tel fut le cas des juifs. Il était normal que les chrétiens suivirent leurs traces, car l’Évangile a déclaré que Jésus n’était pas venu abroger la législation de Moïse (Némos) mais qu’il était venu la compléter. Cependant, dans ce domaine, ils ont abrogé le Némos et se sont permis ce qui leur était interdit dans l’Ancien Testament, alors que l’Évangile ne l’a pas abrogé. Ils suivirent saint Paul dans la permission de tous les aliments et de toutes les boissons, sauf ce qui a été sacrifié aux idoles, si on dit que cette bête a été immolée à telle statue. Saint Paul justifia cela en disant que toute chose était pur pour les gens purs, que ce qui souillait la bouche n’était pas ce qui y entrait mais ce qui en sortait. C’est ainsi qu’ils se permirent la consommation de la viande de porc bien que textuellement interdite par la Thora jusqu’à ce jour. »

  • Conclusion

    Il n’y a guère de doute que cette façon de justifier les interdits laisse transparaître clairement en filigrane un mépris certain, voire parfois une haine, des juifs et des chrétiens. Mais cela n’a rien d’étonnant puisque les juifs et les chrétiens ne reconnaissent en aucune façon Mahomet et l’islam.

L’islam : un nouvel iconoclasme

De même qu’il détruit les statues (cf. statues) conformément à la doctrine musulmane et à la pratique de Mahomet, l’État islamique s’en prend également aux images : est-il légitime à le faire ?

  • Les images créées et les images photographiées

Yusuf Qaradawi indique que le principe général de condamnation des images a été énoncé par Mahomet : « Le Prophète a fait savoir que : « Celui qui dessine une image sera chargé le jour de la Résurrection d’y insufler la vie et il ne pourra jamais y arriver » (hadith rapporté par al-Boukhari et d’autres). Cela veut dire qu’on lui demandera de donner la vie et on ne lui demandera que pour lui montrer son incapacité et le blâmer. »

En revanche, les photographies de créatures animées (personnes ou animaux) n’étant pas des images créées de la main de l’homme, celles-ci sont licites comme le précise Yusuf Qaradawi : « Ce qui apparaît nettement ici, c’est la décision juridique prononcée par Chaikh Mohammed Bakhit, le moufti d’Égypte, à savoir que le fait de prendre une image avec l’appareil photographique n’appartient nullement au dessin interdit ; car le dessin interdit est la création d’une image, la fabrication d’une image qui n’existait pas auparavant et qui n’avait pas déjà été fabriquée. Son auteur cherche ainsi à créer un animal, tel que l’a créé Dieu exalté. Or cette intention ne se trouve pas dans le fait de prendre des photographies avec cet appareil. »

  • La mise en application par Mahomet

Yusuf Qaradawi rappelle que Mahomet respectait rigoureusement cette règle : « On rapporte qu’Ali Ibn Abi Talib a dit : « Le Messager de Dieu était dans un cortège funèbre. Il dit : « Qui d’entre vous veut bien aller à Médine et n’y laisser aucune statue sans la briser, aucune tombe sans la niveler à hauteur de sol, aucune image sans la barbouiller ? » Quelqu’un répondit : « Moi, ô Messager de Dieu ! » L’homme partit et les habitants de Médine eurent peur de s’y opposer : puis il dit à son retour : « Ô Messager de Dieu ! Je n’y ai laissé aucune statue sans la briser, aucune tombe sans la niveler à hauteur du sol, et aucune image sans la barbouiller ». Le Messager de Dieu dit alors : « Celui qui revient à l’une de ces pratiques aura renié ce qui a été descendu sur Mohammad » » (hadith rapporté par Ahmad) »

La position – assez isolée – de Malek Chebel mériterait d’être explicitée tant elle paraît opposée à ces éléments fondamentaux. Il écrit :

–  « La question des images n’est pas traitée en propre par le Coran ou par le hadith, mais dans la tradition sunnite. En théorie, on ne doit pas représenter Allah ou le Prophète, en sachant que l’interdit lié au Prophète est plus intériorisé encore que celui qui concerne Allah. Cet interdit de la représentation, s’il est attesté, ne s’est fait que tardivement, à la suite de la cristallisation d’un tabou spontané et encore peu étudié. Les théologiens ont beau jeu de sortir un hadith prophétique selon lequel le peintre ne sera pas reçu au paradis, car il aura contrefait l’œuvre de Dieu. Mais si le peintre annonce d’entrée de jeu qu’il ne cherche en rien à imiter l’œuvre de Dieu ou à distraire le croyant de son objectif primordial, cette réserve devrait tomber d’elle-même. (…) D’ailleurs, toutes ces préventions tombent en grande partie chez les chiites. »

–  « Toutes les études montrent que l’interdit de l’image est fondé sur des approximations. Rien de solide ne vient étayer la thèse qui le soutient. »

  • Haro sur les non-musulmans, et en particulier les chrétiens !

Parmi les images les plus détestées figurent naturellement celles qui sont susceptibles de conduire à une sorte de vénération indirecte, comme l’indique Yusuf Qaradawi : « Parmi les images qu’il est interdit de faire ou d’acquérir, sont tout d’abord celles représentant des personnages entourés d’un culte religieux ou glorifiés à outrance. Les premières sont par exemple les images des prophètes, des anges et des saints, tels qu’Abraham, Isaac, Moïse, Marie, Gabriel. De telles images sont très répandues chez les chrétiens. Certains innovateurs de l’islam les ont en partie imités en représentant Ali, Fatima,etc. »

Naturellement, pour Yusuf Qaradawi la détestation est d’autant plus forte que l’image illustre l’incroyance dans la mission de Mahomet : « Entrent dans la catégorie des images interdites les images des mécréants, des injustes et des dépravés, que le musulman doit absolument considérer comme ses ennemis et qu’il doit détester pour Dieu. Il n’est guère permis à un musulman de fabriquer ou d’acquérir l’image d’un chef athée reniant jusqu’à l’existence de Dieu, celle d’un idolâtre associant les vaches à Dieu, le feu ou autre chose, celle d’un juif ou d’un chrétien ne voulant pas reconnaître la mission prophétique de Mohammad, ou l’image d’un soi-disant musulman qui ne gouverne pas selon ce que Dieu a révélé, ou qui propage l’immoralité et le vice dans la société comme le font les artistes et les chanteurs des deux sexes. »

  • L’extension aux formes symboliques

Mais l’interdit va en réalité beaucoup plus loin comme l’indique Yusuf Qaradawi puisqu’il ne concerne pas que la représentation de créatures animées : « Il en est de même pour les images qui expriment l’idolâtrie ou les emblèmes de certaines religions que n’admet pas l’islam, telles que les statues, les croix et toutes autres choses du même genre. Il se peut que plusieurs tapis et des rideaux, qui existaient au temps du Prophète, aient comporté toutes ces sortes d’images et d’horreurs. Al-Boukhari a rapporté que le Prophète ne laissait rien chez lui contenant des motifs en forme de croix sans l’éliminer. »

Les images chrétiennes sont particulièrement honnies d’après Yusuf Qaradawi : « Les images qui sont les plus sévèrement interdites et qui représentent le plus grave péché sont celles qu’on adore en dehors de Dieu, tel que le Messie chez les chrétiens. De pareilles images conduisent leur auteur à l’incroyance s’il les a faites en connaissance de cause et de façon intentionnelle. Les images matérialisées entrant dans cette catégorie représentent le plus grand péché et sont les plus reniées. »

  • Conclusion

Il est heureux que l’Europe ne soit pas musulmane aujourd’hui sinon il faudrait derechef mettre au bûcher la quasi-totalité de la peinture de la Renaissance, sans parler d’une bonne partie du reste… Ouf ! Mais pour combien de temps encore ?

L’obsession de la différenciation ou pourquoi les musulmans ne veulent pas « s’intégrer » dans les sociétés occidentales : l’origine du communautarisme

Pour l’islam, les musulmans sont supérieurs aux non-musulmans dans la mesure où ils constituent la meilleure communauté. Cette prétention figure explicitement dans le Coran, sourate 3, verset 110 : « Vous êtes la meilleure communauté qu’on ait fait surgir pour les hommes (…) ».

Aussi, il importe aux musulmans de se différencier en permanence des non-musulmans, et bien entendu en priorité dans l’espace public. Cette obsession prend de nombreuses formes, et notamment pour tout ce qui touche à l’aspect extérieur

  • Un exemple pratique : le rasage de la barbe

Yusuf Qaradawi écrit : « On rapporte que les gens du Livre (juifs et chrétiens) s’abstiennent de teindre leurs cheveux blancs pensant que le fait de s’embellir est incompatible avec l’adoration et la piété. C’est le cas des moines et des pratiquants de l’ascétisme qui poussent la religion à l’excès. Mais, le Messager de Dieu a interdit d’imiter ces gens et de suivre leur voie afin que les musulmans aient toujours leur personnalité distincte et indépendante dans le fond et dans l’apparence. Al-Boukhari a rapporté ce hadith de Abou Houraira : « Le Messager de Dieu a dit : « Les juifs et les chrétiens ne se teignent pas les cheveux ; aussi, faites le contraire ! » Mais ce n’est qu’un simple conseil et non une obligation. Ainsi, certains ont teint leurs cheveux, tels que Abou Bakr et Omar, et d’autres s’en sont abstenus, tels qu’Obaiy Ibn Ka’b et Anas. »

Yusuf Qaradawi indique également : « Dans le recueil d’al-Boukhari et d’après Ibn Omar, le Prophète a dit : « Faites le contraire des associateurs. Laissez pousser vos barbes en abondance et tailler vos moustaches ». Ainsi, l’exemption des barbes de tout rasage veut dire qu’on les laisse pousser en abondance. Dans une autre version, cela veut dire les laisser pousser librement et les garder. Le hadith en donna la raison : faire le contraire de ce que font les associateurs. Le Messager n’a ordonné de faire le contraire de ce qu’ils font que pour élever les musulmans dans l’indépendance de la personnalité, dans l’originalité, dans l’esprit et l’apparence, et dans l’extérieur et l’intérieur. En outre, le fait de se raser la barbe constitue une rébellion contre la saine nature et une tentative d’imiter les femmes, car la barbe est une preuve de virilité et l’une de ses marques distinctives. »

Yusuf Qaradawi conclut : « Ainsi nous voyons qu’on a donné trois avis différents sur le rasage de la barbe : les uns affirment son interdiction et c’est qu’a dit Ibn Taymiyya. Les autres disent que c’est une chose réprouvée. C’est l’avis rapporté dans « Al-Fath » émis uniquement par Ayad. Les autres enfin affirment la permission de le faire et c’est l’avis des savants contemporains. Le jugement le plus sensé et le plus juste serait la réprobation de cet acte, car l’ordre de laisser pousser la barbe n’indique pas une obligation absolue, même s’il donne comme raison le devoir d’être différent des mécréants. »

Si le rasage de la barbe n’est donc pas une obligation stricte validée par toutes les écoles juridiques musulmanes, on constate aisément que cela est une pratique répandue chez les musulmans qui veulent afficher leur foi et leur identité, souvent en opposition avec la culture ambiante pour ce qui est des musulmans vivant dans les pays occidentaux.

  • Une raison plus profonde que superficielle ou « pourquoi le communautarisme »

On pourrait penser que cette volonté de se différencier est simplement une susceptibilité mal placée, mais il n’en est rien. Cette attitude recouvre en réalité une visée religieuse beaucoup plus profonde, qui est d’ailleurs tout à fait logique pour une communauté qui prétend être la meilleure de toutes et qui n’a donc rien à apprendre fondamentalement des autres.

En effet, Yusuf Qaradawi écrit : « Nous disons : C’est plutôt la grande majorité des musulmans qui s’est mise à se raser la barbe, par imitation de ses ennemis et des colonisateurs de son pays, chrétiens et juifs. C’est ainsi que le vaincu se passionne toujours d’imiter son vainqueur. Elle oublie alors l’ordre que lui a donné le Messager de Dieu qui consiste à faire le contraire de ce que font les mécréants et d’interdire de les imiter. « Celui, en effet, qui imite un peuple, lui appartient » (hadith rapporté par Abou Dawoud d’après Ibn Omar). »

Yusuf Qaradawi rappelle par ailleurs que « Ibn Taymiyya a affirmé à juste titre que le fait d’être différent des mécréants est une obligation visée par le Législateur : « L’imitation des autres extérieurement aboutit à les aimer et à accepter leur protection intérieurement. De même que l’amour intérieur aboutit à l’imitation extérieure. C’est une vérité dont témoignent les sens et l’expérience. » » C’est le syndrome de Stockholm.

Comment dans ces conditions les musulmans peuvent-ils s’intégrer aux sociétés occidentales puisqu’ils n’ont en réalité aucunement l’intention d’en partager réellement les valeurs ? Le seul modèle à suivre est le modèle musulman. Si l’on va jusqu’au bout du raisonnement, l’idée même d’acquiescer dans une discussion à une idée émise par des non-musulmans est à rejeter pour le musulman car c’est commencer à admettre que le non-musulman peut avoir raison et donc, vérité de La Palice, que le musulman peut avoir tort, alors qu’il appartient à la meilleure communauté.

De la même façon, il ne peut pas y avoir de lien entre un musulman et un non-musulman autre que superficiel ; tout début d’amitié est déjà perçu comme une « contamination » par de mauvaises valeurs (cf. lien avec les mécréants). Cette imperméabilité rend l’échange impossible. Mais comment les musulmans peuvent-ils comprendre quoi que ce soit des valeurs chrétiennes occidentales sans avoir jamais lu un seul Évangile ?

Bref, la vision musulmane de la société est une vision fondamentalement communautariste, incompatible avec le vivre-ensemble que nous sert pourtant aujourd’hui la propagandastaffel des élites bien-pensantes qui contrôlent aujourd’hui une part non négligeable des grands medias français : presse, édition, et surtout télévision. D’ailleurs, il suffit d’ouvrir les yeux pour constater que le communautarisme est le principe d’organisation fondamental des pays musulmans, chaque communauté religieuse devant être régie selon ses règles propres.

Mahomet, l’omniscient, n’aimait pas les chiens

Comme les cochons, il y a d’autres animaux qui n’ont guère la cote en islam : il s’agit des chiens.

Yusuf Qaradawi rappelle que : « Parmi ce que le Prophète a interdit, il y a la détention inutile de chiens dans les maisons. (…) On rapporte ces paroles du Prophète : « Gabriel est venu me dire : « Je suis venu vers toi hier et le fait qu’il y avait sur la porte des images et qu’il y avait dans la maison un rideau portant des dessins, m’a seulement empêché d’entrer chez toi. Il y a avait aussi dans la maison un chien. Ordonne donc de couper la tête des images pour qu’elles aient l’apparence d’arbres et de faire du rideau deux oreillers qu’on piétine. Ordonne aussi de faire sortir le chien » ». (hadith rapporté par Abou Dawoud, an-Nassa’i, at-Tirmidhi et Abou Hiban). »

Yusuf Qaradawi indique également : « Dans ce hadith unanimement reconnu authentique, le Messager de Dieu a dit : « Celui qui acquiert un chien autre qu’un chien de chasse ou un chien pour la garde des champs et des troupeaux diminue chaque jour sa part de récompense pour ses bonne œuvres ». » 

Yusuf Qaradawi fait référence aux parasites du chien, tout animal ayant des parasites, y compris l’homme : « Nous citons (…) ce pertinent article scientifique écrit par un savant allemand et un spécialiste en la matière, dans une revue allemande (Kosinos) [1], où il montre clairement les dangers menaçant ceux qui détiennent des chiens ou qui sont en contact avec eux. En voici un extrait : « La passion grandissante des gens pour la possession de chiens ces dernières années nous oblige à attirer l’attention de l’opinion publique sur les dangers qui en découlent. D’autant plus qu’on ne se contente plus de les détenir chez soi, mais on va jusqu’à jouer avec eux, les embrasser, leur permettre de lécher les mains des petits et des grands. On va même jusqu’à les laisser lécher des restes dans les ustensiles destinés à garder les aliments et les boissons des gens. Bien que toutes ces habitudes soient des défauts rejetés par les bonnes manières et réprouvés par la bonne éducation, d’autant plus qu’elles ne s’accordent pas avec les règles d’hygiène et de propreté, nous nous abstenons pourtant de les traiter sous ce point de vue, car ce serait sortir du sujet de cet article scientifique et nous laissons à l’éducation morale et au perfectionnement de la personne humaine le soin de leur donner leur appréciation. Du point de vue médical – et c’est ce qui nous importe dans cette étude – les dangers qui menacent la santé, et même la vie de l’homme, du fait de détenir des chiens et de jouer avec eux, ne sont nullement négligeables. Plusieurs personnes payèrent cher leur irréflexion puisque le taenia des chiens a été la cause de maladies chroniques et récalcitrantes, ces maladies ont souvent cause la mort de ceux qui les contractaient. Ce ver est l’un des parasites en forme de ruban qu’on appelle le taenia du chien. (…) On vient dernièrement de prouver que le corps humain sécrète, dans des situations pareilles, des anticorps capables de tuer ces parasites et de neutraliser leurs toxines. Ce qui est malheureusement regrettable, c’est que le cas où ces parasites meurent, sans laisser de traces et sans provoquer de dégâts, sont rares par rapport aux autres. Ajoutons que la chimiothérapie s’est montrée complètement inefficace. Tant que la personne infectée ne recourt pas aux armes de la chirurgie, aucune autre thérapie ne peut la sauver de la mort ». »

[1] Le terme « Kosinos » n’est pas référencé sur Google (y compris google.de) aujourd’hui (novembre 2015)

Oui, tout animal, le chien mais aussi l’homme, peuvent avoir des parasites naturels. Mais faire une fixation sur le taenia est pathologique. Si le chien constituait un vrai danger de façon générale pour les hommes, il y a belle lurette qu’il aurait été éradiqué. M. Qaradawi aurait pu en revanche mentionner la rage, danger autrement plus grand, mais il ne l’a curieusement pas fait (cette maladie pouvant être mortelle, notamment dans des pays ou régions ne disposant pas des infrastructures médicales suffisantes). Bref, tout cela n’est guère convainquant et scientifiquement peu pertinent.

Mais il y a surtout deux choses à noter, beaucoup plus intéressantes :

1) L’obsession de la différenciation, si ce n’est de l’opposition, vis-à-vis de l’Occident

En effet, le paragraphe ci-dessus est précédé des quelques lignes suivantes : « Nous pouvons bien sûr trouver dans notre pays des gens qui aiment passionnément l’Occident, qui prétendent avoir une tendresse compatissante, des sentiments humains élevés et de l’affection pour tout être vivant, et qui reprochent à l’islam de mettre les gens en garde contre le chien, cette bête confiante, fidèle et loyale ! Nous citons pour ces gens [ndlr en lieu et place de (…)] ce pertinent article scientifique écrit etc. »

2) La prétention à l’omniscience de Mahomet

Yusuf Qaradawi écrit : « En conclusion, vous avez bien vu comment Mohammad a interdit de fréquenter les chiens et a mis en garde contre leur habitude de mettre leur langue dans les récipients destinés aux aliments et aux boissons, comment il a aussi mis en garde contre leur détention sans nécessité, comment les directives de Mohammad, l’Arabe illettré [cf. Mahomet illettré ?], s’accordent pleinement avec les plus récentes découvertes de la science contemporaine de la médecine moderne. Pour ce qui nous concerne, nous ne pouvons que répéter ce qu’a dit le Coran au sujet de Mohammad : « Il ne prononce rien sous l’effet de la passion. Ce n’est en fait qu’une révélation inspirée » (sourate 53, versets 3 & 4) »

Notons d’abord que l’affirmation scientifique énoncée dans le paragraphe ci-dessus est parfaitement discutable. Des recherches scientifiques notamment anglo-saxonnes sont d’ailleurs menées aujourd’hui pour voir dans quelle mesure le chien pourrait être une sorte de probiotique pour l’homme qui aiderait à la construction de colonies de bactéries saines dans l’hôte humain.

Mais surtout l’exemple du chien est en réalité une façon d’illustrer la prétention invraisemblable et démente des musulmans à l’omniscience de Mahomet, énoncée par le Coran (cf. ci-dessus), façon de pensée qui conduit droit à la dictature religieuse puisque la raison n’a plus aucune prise : la révélation venant d’Allah, il ne peut y avoir aucune erreur. Il ne s’agit donc plus que de tordre la réalité scientifique pour la rendre cohérente avec le Coran !! De la part d’un esprit très cultivé du XXème siècle, c’est stupéfiant. Pourquoi aller alors s’étonner ensuite que certains musulmans doutent encore que la Terre tourne autour du Soleil (cf. soleil) ?

Belle et Sébastien : au secours !! Ils sont devenus fous !

Toute la mathématique vient des musulmans (arabes)

Dans le contexte de la revendication d’une contribution qui se veut colossale du monde arabo-musulman à la civilisation occidentale, figure en bonne place sur les étagères les mathématiques, et en particulier le cas du mathématicien arabe Al-Khwarizmi. La courte vidéo ci-dessous, qui traite plus généralement de la « latinisation » des noms arabes et de la dette du monde occidental vis-à-vis du monde arabo-musulman (cf. latinisation), mentionne précisément ce cas.

Havre de savoir Occidentaux Latinisation

Havre de savoir Occidentaux Latinisation

Revenons sur cette question.

Le centre des mathématiques dans l’antiquité était grec, notamment à Alexandrie à l’époque d’Euclide vers 300 avant JC. La ville a été ravagée plusieurs fois, et la dernière fois par les musulmans en 640/642 après JC ; la bibliothèque fut détruite ou abandonnée et livrée au pillage. Dans les siècles qui ont suivi, les Arabes ont traduit en arabe des œuvres grecques (notamment Euclide, Aristote, Platon, Archimède, Apollonius, Ptolémée) et l’arithmétique indienne, qui est à l’origine des chiffres dits « arabes ». En effet, les ancêtres des chiffres que nous connaissons aujourd’hui en Occident (et qui ont remplacé la notation romaine) sont des chiffres indiens (devanagari), créés au IIIème siècle av. J.-C. en Inde par Brahmagupta, un mathématicien indien, mais dont la transmission à l’Occident est intervenue via le monde arabe.

L’algèbre (de l’arabe al jabr) est un héritage de l’antiquité grecque et orientale. Il est notamment connu par un ouvrage écrit au IXème siècle par le mathématicien arabe Al-Khwarizmi, Kitab al-jabr w’al mûqabala (Livre sur la science de la transposition et de la réduction) dans lequel il s’intéresse à la résolution des équations quadratiques – c’est -à-dire du type : x2 + ax = b en notation moderne –, et qu’il résout à l’aide de figures géométriques. Le nom Al-Khwarizmi va donner le terme « algorithme ».

Tout cela figure clairement et de façon transparente dans des ouvrages de mathématiques spécialisées (ex. ici Hairer/Wanner, section mathématique de l’université de Genève, publié chez Scopos) que cet intervenant ne s’est malheureusement pas donné la peine de consulter, tout absorbé et préoccupé qu’il est par la défense de l’islam.

Algorithme 1

Mais la résolution d’équations de degré 3 pose vite des problèmes difficiles si l’on cherche qu’une solution géométrique.

Algorithme 2

Les progrès en algèbre vont être lents. Ce n’est que plusieurs siècles après que la science mathématique va connaitre une très forte accélération en Europe et principalement en Italie avec Léonard de Pise (dit Fibonacci) au XIIIème siècle, puis avec Nicolo Tartaglia et Scipione del Ferro (tous deux morts dans la première moitié du XVIème siècle), et qui résolurent semble-t-il les équations de degré 3 du type x3 + ax = b. Une solution sans démonstration fut a priori communiquée à Jérôme Cardan (Gerolamo Cardano) qui reconstitua le raisonnement et publia en 1545 sa solution dans son « Ars Magna » (intégrant des solutions à des équations du 4ème degré), ouvrage fondateur en mathématiques car abordant des questions plus générales et avec une approche beaucoup plus moderne.

Puis suivront François Viète et surtout Descartes, à qui l’on doit selon Joseph-Louis Lagrange, « l’application de l’algèbre à la géométrie, clef des plus grandes découvertes dans toutes les branches des mathématiques ». À partir de ce moment, la mathématique ne sera quasiment plus qu’européenne et occidentale (ou indienne) jusqu’au XXème siècle.

Aussi, vouloir extrapoler à partir de cet exemple emblématique, de façon en outre plus qu’approximative scientifiquement, une prétendue captation dissimulée de l’héritage arabo-musulman par l’Occident laisse perplexe. Au cas d’espèce, d’autant plus que si Al-Khwarizmi était arabe et musulman, cela n’établit aucun lien entre l’islam et le génie mathématique. S’il avait été juif ou chrétien, il aurait fait les mêmes raisonnements. De la même façon, il ne vient à personne l’idée saugrenue d’attribuer la paternité de l’immense mathématique occidentale à Moïse, au Christ ou aux apôtres : les mathématiques n’ont pas de religion

Ce type de démarche pseudo-scientifique et consternante, dont l’objectif est en réalité d’alimenter le ressentiment mêlé de frustration vis-à-vis de l’Occident, est du même acabit que le raisonnement consistant à attribuer à des parents le mérite du prix Nobel de littérature de leur enfant sous prétexte de lui avoir enseigné l’alphabet.

La « latinisation » des noms propres : encore une vilénie occidentale !

Une des vilénies occidentales alimentant abondamment le rejet de l’Occident dans l’enseignement musulman encore aujourd’hui en France est la « latinisation » des noms, selon le terme employé dans l’extrait vidéo ci-dessous, celle-ci étant naturellement présentée comme une volonté implicite mais manifeste d’effacement la « dette culturelle » considérable que l’Occident aurait vis-à-vis de l’islam. Voici un exemple de ce type de propagande diffusée par un site au demeurant apparemment sérieux :

Havre de savoir Occidentaux Latinisation

 Havre de savoir Occidentaux Latinisation

La première chose à noter est que l’intervenant ne vise pas en fait la « latinisation » des noms, pratique du Moyen Âge tardif et du début de la Renaissance consistant à donner une résonance latine aux noms propres, mais l’« occidentalisation » consistant à donner à un nom étranger une résonance plus usuelle ou compréhensible pour un occidental. La latinisation avait en effet pour objet de donner une version latine « savante » aux noms de certains intellectuels, scientifiques,… occidentaux, (par exemple : Huig de Groot à Hugo Grotius), ce qui ne concernait pas l’islam.

Quoi qu’il en soit, cette présentation paranoïaque de l’histoire illustre une nouvelle fois (cf. victimisation) le sentiment de victimisation pathétique auto-alimenté par les musulmans pour justifier leur rejet de l’Occident. Car si cette « occidentalisation » a pu avoir lieu, l’intervenant ne s’interroge à aucun moment :

–  ni sur le fait que cette transformation des noms propres a pu intervenir tout simplement pour des raisons simples et pratiques, en particulier avec des noms arabes dont la prononciation est particulièrement difficile pour un européen en raison de phonèmes inexistants, et dont l’écriture en arabe doit nécessairement être transcrite dans l’alphabet européen avec des phonèmes européens ;

–  ni sur le fait que cette transformation a touché une quantité innombrable d’autres noms propres non musulmans : personnages (Alcibiade/Alkibiades, Jules César/Caius Iulius Caesar, Mazarin/Mazarini, Le Bernin/Gian Lorenzo Bernini,…), villes du monde (Munich/München, Londres/London, Moscou/Москва, Pékin/Beijing, Florence/Firenze,…), noms de fromages (parmesan/parmigiano), etc.

Enfin, il est intéressant de noter la confusion permanente introduite entre le fait arabe et le fait musulman, notamment par l’emploi à tort et à travers du terme « arabo-musulman », comme si le caractère arabe était réductible à l’islam, ce qui n’est pas du tout le cas.

En outre, il est intéressant de noter que l’intervenant mentionne la transformation des noms arabes comme « preuve » des mauvaises intentions de l’Occident : n’aurait-il pas dû plutôt limiter sa démonstration aux seuls noms musulmans ? Car si tous les noms arabes étaient potentiellement concernés, ce qui est fort logique comme expliqué ci-dessus pour des raisons linguistiques, c’est donc que les noms musulmans n’étaient pas visés en tant que tels, n’est-il pas ?