Halal : Quid de la souffrance animale ?

Conformément à la doctrine musulmane (cf. article Doctrine Halal), l’article 15 de la Convention citoyenne des musulmans de France stipule : « Pour que la viande soit « Halal », c’est-à-dire licite et consommable par le musulman, le sacrifice doit être rapide pour être le moins douloureux possible. Le sang doit être évacué et le sacrificateur musulman doit prononcer la formule religieuse en égorgeant l’animal, la tête tournée vers la Mecque. »

Il faut sans doute apporter une précision importante : la viande n’est pas halal parce que l’animal a souffert le moins possible mais parce que l’animal a été abattu rituellement. La formulation est trompeuse et aurait été plus précise en rédigeant : « Pour que la viande soit « Halal », c’est-à-dire licite et consommable par le musulman, le sang doit être évacué et le sacrificateur musulman doit prononcer la formule religieuse en égorgeant l’animal, la tête tournée vers la Mecque. »

La question de la souffrance de l’animal est d’un autre ordre qui, sans être nié, est tout à fait secondaire par rapport à la primauté du religieux. La souffrance de l’animal, résultant des règles religieuses qui imposent l’absence d’étourdissement préalable, doit simplement être atténuée si possible, dans le cadre de ce qui est imposé par le religieux. En réalité, la souffrance animale n’a pas beaucoup d’importance.

Tareq Oubrou adopte néanmoins de son côté une attitude plutôt pratique et non dogmatique, ce que l’on ne peut que louer :

–  « Le halal n’est pas une offrande destinée à Dieu mais un abattage éthique. En ce sens, les termes de « sacrifice » ou d’abattage « rituel » sont des abus de langage. »

–  « Il existe en réalité trois types d’abattage rituel ou sacrificiel. Les deux premiers sont l’offrande annuelle commémorant le geste d’Abraham, à l’occasion de la fête du sacrifice (Aïd-El-Kébir) et le sacrifice fait à l’occasion de la naissance d’un enfant. Ces deux formes de sacrifices, très répandues chez les musulmans originaires du Maghreb, ne sont pas des obligations canoniques mais seulement des recommandations. Le seul sacrifice obligatoire est celui que le pèlerin effectue lors du pèlerinage à La Mecque (hajj).»

–  « Nous ne sommes pas dans le sacré. Le musulman a simplement pour obligation d’alléger au maximum la souffrance de la bête. »

–  « Obligation éthique d’alléger au maximum la souffrance et de faire en sorte que l’animal se vide très rapidement de son sang pour des raisons d’hygiène – un animal vivant se vide mieux de son sang qu’un animal mort. D’où la nécessité d’utiliser un couteau très aiguisé afin de stopper d’un coup l’irrigation du cerveau et de permettre à l’animal de perdre rapidement conscience. L’animal ne souffre pas. Les soubresauts qui suivent l’égorgement sont purement végétatifs et inconscients puisque son âme a déjà quitté son corps dès la mort cérébrale. » ; « Il n’est pas prouvé que l’étourdissement réduise la souffrance. »

NB : Si le souhait de ne pas souffrir l’animal est tout à fait louable, la position selon laquelle l’égorgement fait moins souffrir que l’étourdissement est tout à fait discutable. En effet, si l’étourdissement a été retenu comme méthode standard d’abattage, c’est bien parce que les scientifiques considèrent que c’est la méthode la moins pénible pour l’animal. L’abattage musulman et juif est une dérogation accordée aux religions pour s’exonérer de ce souci de la souffrance.

–  « Si un jour il est prouvé que l’étourdissement préalable réduit effectivement la souffrance, alors pourquoi pas… »

Tariq Ramadan modère également l’importance religieuse du halal : « Être obsédé par les techniques du “halal“ et, a fortiori, en en disant et en ne proposant rien sur la question du traitement absolument indigne des animaux dans nos univers de surconsommation et de productivités à outrance (dans certains élevage, dans les abattoirs, etc.) – de même que sur le mauvais traitement des animaux dans les sociétés les plus pauvres –, cela est proprement illogique, sidérant et tout simplement schizophrénique. (…) La consommation de la viande “halal“ est réduite à une question d’ordre technique sans considération fondamentale pour les finalités du sacrifice, qui ne devrait se permettre de prendre la vie qu’en l’ayant respectée et protégée des mauvais traitements et de la souffrance. »

Si ces deux positions mettent clairement en avant la priorité de la moindre souffrance de l’animal, on en est très loin dans la pratique. Il suffit de voir combien de temps nos amis les bêtes suffoquent après qu’on leur a coupé la gorge pour s’en convaincre :

Abattage HalalAbattage Halal

Abattage Halal Belgique 2009

Abattage Halal Belgique 2009

L’abattage rituel est interdit en Suisse, en Suède et depuis février 2014 au Danemark, le ministre danois de l’agriculture précisant avec beaucoup de bon sens que « les droits des animaux sont prioritaires par rapport aux droits religieux ». En France, l’abattage rituel fait l’objet de dérogations ad hoc, le religieux continuant à primer sur le politique et la laïcité.

En attendant une évolution de notre droit, il paraît a minima indispensable qu’un label certifié de viande non casher et non halal soit instauré, car si certains trouvent normal de pouvoir consommer de la viande abattue rituellement, il est tout aussi normal que d’autres consommateurs souhaitent ne pas participer d’une façon quelconque à un procédé d’abattage qu’ils peuvent trouver répugnant et d’un autre âge.

Halal : doctrine

Comme chez les juifs, seules certaines viandes sont consommables par les musulmans.

Coran, sourate 2, verset 173 : « Allah a déclaré pour vous illicite la chair d’une bête morte, le sang, la viande de porc et ce sur qui a été consacrée à un autre qu’Allah. (…) »

Coran, sourate 16, verset 115 : « Allah vous a seulement interdit la chair de la bête morte, le sang, la chair de porc, et la bête sur laquelle un autre nom que celui d’Allah a été invoqué. (…) »

En outre, la viande n’est consommable que si l’abattage suit une certaine règle : viande casher chez les juifs, viande halal chez les musulmans.

L’islam déclare impure la consommation de la chair de l’animal ovin ou bovin lorsque son abattage n’a pas fait l’objet d’une mise à mort rituelle. Il s’agit d’une impureté spirituelle et non médicale puisque le musulman est autorisé à en manger sous contrainte. L’abattage doit être réalisé en maintenant la bête vivante, c’est-à-dire sans étourdissement préalable rendant l’animal inconscient, car l’animal doit se vider de son sang dans ces conditions. L’abattage musulman est semblable à celui des juifs (shehita) nécessaire à la production de la viande casher.

La jurisprudence chaféite indique :

Section j17.1 « Il n’est pas autorisé de manger quelque animal avant qu’il n’ait été abattu selon les règles, les seules exceptions étant le poisson et les sauterelles (…). »

Section j17.2 « Il est contraire à la loi de manger de la viande provenant d’une bête abattu par un zoroastrien, quelqu’un qui a quitté l’islam, un adorateur d’idole (…) ou un chrétien des tribus du désert arabe (…). »

Section j17.4 « La condition nécessaire pour abattre un animal (…) est de couper à la fois la trachée et l’œsophage (…). Il est n’est pas nécessaire pour la validité de l’abattage de couper les artères carotides. (…) »

Section j17.5 « Il est recommandé lors de l’abattage :
(1) de tourner l’animal dans la direction de la prière (qibla) ;
(2) d’aiguiser le couteau ;
(3) de trancher rapidement, de façon que l’abattage ne demande pas deux ou plus de coups ;
(4) de mentionner le nom d’Allah ;
(5) de bénir le prophète ;
(6) et de couper les vaisseaux larges de chaque côté du cou. »

Section p54.1 « Allah a dit : « Et ne mangez pas de ce sur quoi le nom d’Allah n’a pas été prononcé, car ce serait (assurément) une perversité. » » (sourate 6, verset 121).

Section p54.2 « Le prophète a dit : « Qu’Allah maudisse quiconque abat en invoquant un autre nom qu’Allah. » »

La jurisprudence malikite est également claire sur le caractère religieux de l’abattage, bien avant toute considération relative à la souffrance animale, si l’on en juge par ce rappel du propos suivant, assez dogmatique : « Nafi a rapporté qu’Abdullah ibn Omar disait : « Quand on égorge une chamelle, on doit même égorger le petit qu’elle a dans son ventre, s’il est complètement formé et que son poil a poussé. Une fois qu’il est retiré du ventre de sa mère, on doit l’égorger afin de laisser le sang couler de son ventre. » »

Une interprétation claire : un besoin vital après une longue léthargie

Le Coran, en dépit du caractère parfaitement clair, explicite et exhaustif qu’il revendique, accompagné par la Tradition, a soulevé dès l’origine de sérieux problèmes d’interprétation.

D’ailleurs, Tariq Ramadan indique : « Toutes les réponses ne se trouvent pas dans le Coran ni dans la Sunna. Si l’on trouve dans le Coran des versets stipulant : « Nous avons fait descendre sur toi [ndlr Mahomet] un Livre qui est un exposé clair sur toute chose » (sourate 16, verset 89) ou encore « Nous n’avons rien omis dans le Livre » (sourate 6, verset 38), cela fait référence aux principes généraux, aux règles essentielles et immuables, dont il va falloir penser – par la médiation de l’intelligence – l’application pratique en fonction des circonstances et des situations. ». Mais alors pourquoi cette revendication explicite de clarté et d’exhaustivité si elle ne correspond pas à la réalité ?

Les débats ont été tellement intenses pour sortir de la confusion que Malek Chebel rappelle : « Une fois le travail de mise en conformité du droit musulman (fiqh) avec le Coran achevé, le pouvoir impérial du califat de Bagdad, au temps de la dynastie abbasside, a décrété la fin de tout travail herméneutique de façon à suspendre toute polémique et toute controverse. C’est ce qu’on appelle la fermeture des portes de l’ijtihad. Même l’approfondissement du texte sacré à des besoins spirituels était suspect. À partir de ce moment, le droit musulman s’est figé, et ce, dix siècles durant, avant d’être légèrement secoué aux XIXème et XXème siècles. »

Pour Tariq Ramadan« Le débat autour de la question du renouveau, de la revivification et de la réforme des sciences islamiques, plus spécifiquement du droit et de la jurisprudence (fiqh), est très ancien chez les savants musulmans. Dès la formation des premières écoles de droit, entre le VIIIème siècle et le Xème siècle, des discussions juridiques intenses opposent ceux qui privilégient l’appartenance stricte aux écoles historiquement formées et d’autres qui appellent à un retour permanent aux sources scripturaires premières, le Coran et la tradition du Prophète (Sunna). »

Aujourd’hui, il semble donc que certains représentants de la communauté musulmane partagent le sentiment aigu de la nécessité impérative d’une clarification des dogmes de l’islam au vu de la confusion actuelle qui règne partout dans le monde et des conséquences tragiques auxquelles elle conduit.

D’ailleurs, Tareq Oubrou écrit : « Je suis révolté de voir sa religion malmenée par certains musulmans qui ne cessent de trahir l’essence de l’islam alors que cette religion est supposée produire de la bonté. » Certes, mais qu’est-ce que l’islam puisqu’on peut encore louvoyer aujourd’hui au gré des interprétations pour parvenir au résultat qu’on souhaite ?

Le problème central est que l’islam de Mahomet, simple et clair (le jihad armé et la soumission de tous les mécréants et autres infidèles), n’est pas acceptable aujourd’hui par les sociétés occidentales. Après des siècles de léthargie, le pétrole a providentiellement redonné au monde musulman les moyens de reprendre la conquête du monde, pas seulement par les guerres mais aussi par les écoles, la participation au capital de grandes sociétés qui leur permet d’avoir une influence certaine pour exercer la censure, etc.

L’islam a la chance de profiter pour le moment de l’apathie des sociétés occidentales, où les populations sont anesthésiées par un confort matériel qui les détache progressivement de toute préoccupation spirituelle ou simplement touchant au sens des valeurs humaines (avortement, eugénisme, euthanasie,…). L’islam profite également de leur ignorance de l’islam : les populations occidentales n’en comprennent que l’infâme brouet qu’on veut bien leur servir à la télévision et qui est surtout destiné à les rassurer ; quant à la biographie de Mahomet, présenté comme un grand homme, les occidentaux ne la lisent pas.

Dans ce contexte, l’immense confusion qui règne dans le monde musulman sur le sens des valeurs musulmanes, notamment l’opposition entre la vision des quelques musulmans « modérés » et « modernistes » – coincés par un texte prétendument divin et donc non modifiable – et celle des musulmans de toujours, orthodoxes, qui prennent simplement exemple sur Mahomet, autorise tous les amalgames, toutes les approximations, toutes les manœuvres.

À titre d’illustration, voici les diagnostics, assez sévères, posés par Malek Chebel et Tariq Ramadan, deux personnalités critiques mais dont les prises de position n’engagent qu’eux-mêmes puisqu’ils ne sont investis d’aucune autorité ou légitimité particulière dans le monde musulman.

  • Malek Chebel

« Le droit musulman ancien est, en l’état, non réformable. Il faut lui substituer un droit qui soit totalement affranchi des us et des coutumes bédouines. La difficulté est réelle car l’islam est le produit d’une société féodale, celle du Hedjaz, qui a fourni le cadre d’ensemble du droit familial, avec ses rites et ses pratiques. »

« Si l’islam veut vraiment se réformer, il doit accepter ce préalable douloureux qui consiste à dépoussiérer son enseignement théologique, en y introduisant de vraies problématiques intellectuelles, ainsi qu’une approche philosophique de haut niveau, et en poussant les étudiants à confronter les préceptes coraniques à la réalité « objective » du moment. »

« La nouvelle interprétation des textes est la seule méthode capable, désormais, de transformer de fond en comble l’islam, car elle est moins affectée de lourdeurs doctrinales et d’enjeux de pouvoir que l’interprétation ancienne. Alors qu’une pluralité de lectures est proposée aux lecteurs de tradition arabe, la compréhension approfondie du texte lui-même n’a pas varié depuis mille ans. »

  • Tariq Ramadan

« Des siècles, des décennies et des années de référence à l’ijtihad ont certes fait avancer les choses, mais de façon encore bien insuffisante puisque les crises demeurent, voire s’approfondissent, et que les musulmans semblent en panne de vision et de projets pour le présent et pour l’avenir. (…) Or il se trouve que cela est insuffisant lorsque les progrès du monde sont si rapides, les défis, si complexes et la mondialisation, si perturbante. »

« Pourquoi donc le recours à l’ijtihad, depuis si longtemps convoqué, ne produit-il pas le renouveau escompté ? Pourquoi l’esprit novateur, audacieux et créatif de l’origine a-t-il laissé la place à des démarches frileuses qui ne pensent la réforme qu’en termes d’adaptation au monde et non plus avec la volonté et l’énergie de sa transformation ? »

« Il est urgent de se demander pourquoi, après plus d’un siècle de référence permanente à l’ijtihad, au tajdid et à l’islah, les musulmans – les sociétés majoritairement musulmanes comme les communautés occidentales – peinent à sortir des crises successives qui les traversent et à offrir autre chose que des réponses partielles, voire perpétuellement apologétiques ou produites par des postures très souvent défensives ».

« Tout se passe comme si aucune réforme n’était vraiment possible sans discuter ou remettre en cause le statut même du Coran, en tant que parole de Dieu révélée aux hommes. »

« La volonté louable de « démocratisation » de la pensée musulmane prend les aspects dangereux d’un nivellement par le bas qui disqualifie les conditions élémentaires associées à la compréhension juridique d’un texte et à l’élaboration des latitudes de son interprétation. »

« C’est en ce sens que j’appelle à une « réforme radicale », plus profonde encore, car elle nous impose de reconsidérer les sources elles-mêmes des fondements du droit et de la jurisprudence islamique (usûl al-fiqh), et non plus seulement les adaptations circonstanciées du droit et de la jurisprudence (fiqh). Il faut se donner les moyens de passer d’une « réforme de l’adaptation » à une « réforme de la transformation et de la contribution ». »

L’interprétation : la méthode selon les instances reconnues

La jurisprudence malikite mentionne les principaux critères d’interprétation utilisés : « L’imam Mâlik laisse également une orientation méthodologique qui servait de guide à ceux qui voulaient l’imiter et qui prendra le nom de Mazah (rite, école, obédience,…). Cette orientation générale est fondée sur sept piliers fondamentaux appelés : « Fondement principologique du rite mâlikite. Ces piliers sont : 1) le Coran ; 2) la Sunnah ; 3) l’unanimité des compagnons ; 4) l’analogie ; 5) l’intérêt commun ; 6) la tradition des Médinois ; 7) les points de vue individuels des compagnons. » »

Le Conseil Européen des fatwas indique« Pour prononcer des fatwas, le Conseil européen des fatwas et de la recherche se réfère :
1) Aux sources reconnues du droit musulman qui sont : le Coran, la Sunna (Tradition du Prophète), le consensus communautaire (ijmâ’) et le raisonnement analogique (qiyâs).
2) À différents principes de législation qui n’ont pas fait l’objet de consensus, parmi lesquels :
– « al-istihsân », qui consiste à juger conforme à la volonté divine toute disposition légale qui est bonne en soi ou dont les effets sont bénéfiques ;
– « al-maslaha al-mursala », c’est-à-dire l’intérêt avéré ;
– « al-istishâb », c’est-à-dire les cas de jurisprudence, la coutume, le rite de l’un des compagnons du Prophète ainsi que les législations de nos prédécesseurs, avec leurs conditions et leurs normes connues des théologiens, notamment si, dans leur application, réside un intérêt général. »

Sans rentrer dans des considérations exégétiques pointues, on peut avoir le sentiment que certains critères d’interprétation mériteraient d’être assez significativement précisés.

En tout état de cause, pour les sociétés occidentales, la question est essentiellement de savoir si le résultat de l’interprétation est suffisamment clair et précis au regard des valeurs occidentales. Le cheminement de la réflexion religieuse a finalement peu d’importance : quoi qu’on pense du caractère absurde ou compréhensible de la dialectique mise en œuvre par les représentants religieux, seul le résultat compte.

Le Coran, un texte à la signification incertaine, voire confus ?

Si beaucoup de textes religieux, spirituels ou philosophiques peuvent conduire à des interprétations ou des significations différentes en fonction d’un certain nombre d’éléments de contexte historique, d’étymologie, de linguistique,etc.,  la situation du Coran semble à cet égard inhabituelle car ces différences d’interprétation, pouvant conduire à des conclusions diamétralement opposées, ne concernent pas seulement des questions théologiques subtiles (Dieu est-il bon ? qu’est-ce qu’un homme juste ? l’homme est-il libre ou prédestiné ? l’homme a-t-il besoin de la grâce de Dieu pour être sauvé ?…) mais aussi, et de façon assez étonnante, des questions élémentaires et pratiques.

Car 1.400 ans après la mort de Mahomet, il est toujours impossible d’obtenir une réponse simple et claire, reconnue par tous les musulmans, à des questions comme :  les non-musulmans sont-ils égaux aux musulmans au regard de la dignité humaine ? la liberté religieuse doit-elle exister ? l’apostat doit-il être puni ? les châtiments corporels doivent-ils être appliqués ? la polygamie doit-elle être abolie ? un mari peut-il frapper sa femme ?…

C’est sans doute une des raisons fondamentales qui expliquent la confusion qui règne aujourd’hui autour de l’explicitation et donc de la compréhension de la doctrine musulmane, la position des exégètes musulmans « modérés » vivant dans les pays occidentaux étant la plupart du temps très éloignée de celle leur coreligionnaires vivant dans les pays musulmans.

Ainsi, Tareq Oubrou constate« En fonction de la lecture qui en est faite, l’islam catalyse la paix comme il peut catalyser la violence. C’est l’homme et non pas Dieu qui est en cause. D’une certaine manière, les musulmans n’ont que l’islam qu’ils méritent. » Ou encore : « Pourquoi tant de divergences à partir d’un seul Coran ? Pourquoi tant d’écoles – hanafisme, malékisme, chaféisme, hanbalisme –, de rites, de traditions ? Comment plusieurs théologies ont-elles pu se constituer à partir d’une seule révélation ? »

Cette grande confusion conduit aujourd’hui des exégètes musulmans occidentaux, confrontés frontalement comme les musulmans vivant en Occident à la question des valeurs occidentales, à tenter de revoir fondamentalement les règles d’interprétation des textes musulmans.

Nulle contrainte en religion : un verset abrogé

Nulle contrainte en religion

Pour prouver la tolérance prêchée par l’islam, il est abondamment (et quasiment uniquement) fait référence au verset suivant :

Coran, sourate 2, verset 256 : « Nulle contrainte en religion ! La voie droite se distingue de l’erreur. Celui qui ne croit pas au Taghout[1] et croit en Allah saisit l’anse la plus solide, qui ne peut se briser. Allah est celui qui entend tout et sait tout. »

[1] Mot à la signification peu claire, probablement idole, démon, être rebelle. Désigne fréquemment l’Occident de nos jours.

Le Coran précise d’ailleurs que si Allah l’avait souhaité, il aurait fait de l’humanité une seule communauté musulmane ; si tel n’est pas le cas, c’est que la diversité religieuse fait partie du plan d’Allah, qui est le seul à pouvoir juger in fine les hommes, qu’ils soient musulmans ou non-musulmans.

Coran, sourate 5, verset 48 : « Nous t’[ndlr Mahomet]avons révélé le Livre et la vérité, pour confirmer l’écriture qui existait avant lui, en le préservant de toute altération. Juge entre ces gens d’après ce qu’Allah a révélé. Ne suis pas leurs passions, éloignées de la vérité que tu as reçue. À chacun de vous nous avons assigné une règle et une loi. Si Allah l’avait voulu, Il aurait fait de vous tous une seule communauté. Mais Il veut vous éprouver par le don qu’il vous a fait. Concurrencez-vous donc dans les bonnes œuvres. Votre retour à tous se fera vers Allah et Il vous éclairera de ce sur quoi vous vous opposiez. »

La liberté totale semble être la règle si l’on en croit l’article 16 de la Convention citoyenne des musulmans de France : « L’Islam dans sa vocation n’entend pas imposer sa vérité, ni forcer quiconque à adopter sa croyance et ses rites. L’Islam respecte la foi d’autrui dans la tolérance et le dialogue. »

Mais la formulation du principe de liberté religieuse « nulle contrainte en religion », verset emblématique, paraît finalement assez ambiguë : cela veut-il dire vraiment que chacun est libre de choisir la religion qu’il souhaite et d’en changer à son gré ? Car rien n’est moins sûr quand on lit d’une part les nombreux versets du Coran qui prônent une attitude guère tolérante vis-à-vis des non-musulmans, la condamnation totale de l’apostasie par la Tradition (cf. article Doctrine apostasie), les dispositions applicables dans les pays musulmans ainsi que la jusrisprudence islamique encore aujourd’hui (cf. article Apostasie aujourd’hui) : les faits sont têtus.

D’où la question : que veux dire ce verset ?

Pour comprendre cette contradiction entre ce verset, la Tradition et les faits, il est sans doute important de rappeler le contexte dans lequel ce verset a été révélé puisque la Sîra mentionne ce verset explicitement : en effet, dans les premiers temps du séjour de Mahomet à Médine, peu après l’hégire, Mahomet tenta quelque temps de convertir les juifs de Médine à l’islam. De nombreuses discussions eurent lieu sur des questions de foi. Il arriva donc qu’un groupe de rabbins alla voir Mahomet pour lui poser quatre questions.

À la dernière question, « Parle-nous de l’esprit », Mahomet répondit longuement, disant notamment aux juifs qu’ils pouvaient trouver dans leur Écriture que Mahomet était l’envoyé d’Allah, qu’il devait donc le croire, en leur adjurant de vérifier eux-mêmes. Dans la Sîra, Mahomet dit : « Si vous ne trouvez pas cela dans votre Écriture Sacrée, alors il n’y pas lieu de vous forcer. « Nulle contrainte en religion ! La rectitude s’est distinguée de l’aberration » ; je vous invite donc à croire en Allah et en son prophète. »

Il n’y a nulle contrainte en religion, Mahomet « invitant » néanmoins à croire en lui, mais on voit que ce verset fait référence à une situation historique bien spécifique correspondant à la courte période où Mahomet a tenté de convertir les juifs de Médine, avant qu’il ne se décidât à les chasser ou à les exterminer (cf. Quraydha). Ce verset s’adressait spécifiquement aux juifs et il n’était pas encore d’actualité à ce moment d’employer la force. Une fois que Mahomet fut convaincu qu’essayer de les convertir était peine perdue et que le jihad fut proclamé, les juifs devinrent des ennemis déclarés et la situation changea radicalement. Ce qui laisse à penser que ce verset reprend un propos à visée politique de Mahomet dans un contexte très spécifique visant à ne pas dresser les juifs contre lui, ceux-ci étant susceptibles de s’allier à ses ennemis (les arabes polythéistes).

Cette lecture simple, fondée sur la Sîra elle-même, paraît assez logique, dans le contexte de l’époque. Rappelons par ailleurs que Mahomet a lui-même peu avant sa mort restreint explicitement la liberté de religion sur toute la péninsule arabique puisque la Sîra rapporte le fait suivant : « Omar apprit que le Prophète, au cours de sa dernière maladie, avait dit : « Il ne devra y avoir qu’une seule religion dans l’île des Arabes ». Omar s’assura alors de l’authenticité de ce hadith et envoya dire aux juifs de Khaybar : « Celui qui parmi vous détient un contrat écrit avec le Prophète, qu’il me le rapporte et je m’engage à le respecter. Par contre, celui qui ne détient pas de contrat, qu’il se préparer à l’exil. En effet, le Prophète avait dit qu’il ne pouvait y avoir en Arabie qu’une seule religion. » Ainsi Omar bannit-il d’Arabie tous les juifs qui n’avaient pas de contrat écrit avec le Prophète. » Si tout le monde peut rentrer dans toutes les églises, y compris dans l’église Saint-Pierre de Rome, il est clair qu’il n’en vas pas de même dans le monde musulman.

La jurisprudence malikite  confirme dans la section « « L’exclusion des juifs de Médine » : « Ibn Chihab a rapporté que l’envoyé de Dieu a dit : « Deux religions ne peuvent jamais exister ensemble dans la presqu’île arabe. » » En d’autres termes, seuls les musulmans sont admis sur la Terre Sainte de l’islam. Cette règle est encore appliquée aujourd’hui (en fonction des intérêts économiques ou militaires).

L’apostasie : Aujourd’hui

La condamnation doctrinale de l’apostasie, jusqu’à la peine de mort, ne faisant aucun doute (cf. article Apostasie), la question se pose de savoir si les musulmans d’aujourd’hui considèrent cette doctrine toujours applicable.

Tareq Oubrou constate de son côté l’application toujours actuelle de la peine de mort dans un certain nombre de pays musulmans et recourt à l’argument historique pour tenter de rendre caduc ce point doctrinal totalement valide du point de vue de son authenticité : « Bien que les conversions soient punies de peine de mort pour apostasie dans les pays les plus conservateurs, comme l’Iran ou l’Arabie Saoudite, aucun texte ne les interdit formellement. Le deuxième calife Omar, qui régna jusqu’en 644, considère que changer de religion n’est pas « passible de la peine capitale ». Cela dit, c’est effectivement sur la parole « Celui qui change de religion, tuez-le » attribuée au prophète que s’appuient la plupart des légistes. Là encore, le recours à l’histoire s’impose. À l’époque des premiers musulmans, l’apostasie entraînait en général des troubles au sein de la communauté. C’est donc pour prévenir toute forme de rébellion armée que Muhammad aurait prononcé ces mots – sans toutefois jamais les mettre à exécution de son vivant. (…) À l’inverse, le Coran regorge de versets mettant l’accent sur la nécessaire adhésion du cœur et de la volonté en matière de foi. Comme le résume une sourate : « Point de contrainte en religion » (Coran 2, 256). C’est cet esprit qui devrait normalement prévaloir. »

Tareq Oubrou, ne pouvant effectivement pas remette en cause la doctrine de l’islam, s’appuie sur un verset du Coran abondamment cité (vu qu’il n’en existe très peu d’autres en matière de tolérance, contrairement à ce qui est indiqué par Tareq Oubrou, c’est-à-dire que le Coran « en regorgerait ») : il met là en évidence une contradiction très intéressante des textes qui s’explique a priori assez bien si on replace ce verset de tolérance dans le contexte des discussions que Mahomet eut avec les juifs à l’époque où il avait encore l’espoir de les convertir, avant que celui-ci décide de les chasser ou de les exterminer.

Quant au Conseil Européen des fatwas, il indique : « À la question de l’apostasie, les savants rappellent qu’elle est une question où il existe des divergences de vue parmi les savants classiques et qu’elle se comprend surtout en termes de trahison de guerre. Elle ne concerne pas, de toute façon, les musulmans en Occident. (…) La question de la condamnation à mort de l’apostat relève des prérogatives de l’État. C’est au gouvernement islamique qu’il appartient d’en juger, et les institutions, associations ou centres islamiques ne sont pas concernés par cette question. Certains parmi les pieux anciens et les oulémas sont même allés jusqu’à déclarer que tout apostat n’est pas passible de la mort, mais celui seulement qui affiche son apostasie, appelle à la discorde ou à nuire à Dieu et à son Envoyé ainsi qu’aux croyants. Sa mort vise en fait à protéger la religion et la société de ses méfaits et ne constitue pas un déni de la liberté de conscience vu le tort qu’il fait à autrui en piétinant leurs droits. Les intérêts de l’État et de la société prévalent sur l’intérêt individuel personnel. Cette question est en vérité similaire à ce que les lois modernes qualifient de « haute trahison », à la suite des préjudices qui en découlent pour l’intérêt général. »

Le Conseil européen des fatwas valide donc encore aujourd’hui la condamnation à la peine de mort mais en précisant qu’il s’agit d’une prérogative étatique et non individuelle, avec des subtilités touchant à la notion de haute trahison mais qui paraissent être du second ordre, mais qui manifeste sans doute un certain malaise sur cette question. En outre, cela ne concernerait pas l’Occident, ce qui est rassurant, mais on ne comprend pas très bien pourquoi et cela ne remet en rien en cause l’énormité de la faute, même dans un pays d’Occident. Il est vrai qu’il paraît difficile de demander aux musulmans de France de réclamer la peine de mort pour leurs coreligionnaires français ayant apostasié.

De façon plus générale d’ailleurs, toute action visant à détourner l’homme de la religion « naturelle », c’est-à-dire l’islam, est condamnable aux yeux de l’islam, comme le stipule l’article 10 de cette Déclaration des droits de l’homme islamique de 1990« Aucune forme de contrainte ne doit être exercée sur l’homme pour l’obliger à renoncer à sa religion [ndlr l’islam, puisque religion de l’innéité] pour une autre ou pour l’athéisme ; il est également défendu d’exploiter à cette fin sa pauvreté ou son ignorance. »

Cette disposition est dans son esprit totalement contraire à l’article 9 de la Convention européenne des droits de l’homme, à laquelle certains musulmans « modérés » disent adhérer, et qui stipule dans son premier alinéa : « Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction, ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en privé, par le culte, l’enseignement, les pratiques et l’accomplissement des rites. »

En d’autres termes, obtenir aujourd’hui – ou même demain – des communautés musulmanes vivant dans les pays occidentaux qu’elles déclarent que tout musulman est totalement libre de changer ou non de religion, et donc est libre d’abandonner l’islam à sa guise, relève de l’utopie. Seules des personnalités musulmanes isolées et sans représentativité institutionnelle au sein du monde musulman se risquent à s’orienter timidement vers cette voie.

L’apostasie : La justification doctrinale du châtiment

L’apostasie (ridda) est le fait de quitter sa religion pour en embrasser une nouvelle, en l’occurrence ici de quitter l’islam. Le fait de quitter l’islam est considéré comme une des pires fautes pour le musulman :  d’une part, il trahit sa nature puisqu’il abandonne la religion de l’innéité (cf. article Innéité) ; d’autre part, le musulman apostat fragilise par son exemple la communauté des croyants : l’apostasie ne concerne pas que le musulman lui-même.

Coran, sourate 2, verset 217 : « Ils t’interrogent sur le fait de faire la guerre pendant les mois sacrés. Dis : « Y combattre est un péché grave, mais plus grave encore auprès d’Allah est de faire obstacle au sentier d’Allah, d’être impie envers celui-ci et la mosquée sacrée » (…) »

Coran, sourate 3, verset 90 : « Ceux qui ne croient plus après avoir eu la foi, et laissent augmenter encore leur incrédulité, leur repentir ne sera jamais accepté. Ceux-là sont vraiment les égarés. »

Coran, sourate 16, verset 106 : « Celui qui a renié Allah après avoir cru – sauf s’il y a été contraint et dont le cœur reste paisible dans sa foi –, ceux qui ouvrent leur cœur à l’impiété, ceux-là auront sur eux la colère d’Allah et un châtiment terrible. »

La gravité de cette faute entraîne un châtiment sévère, jusqu’à la mort, comme le confirme la Tradition qui mentionne à de multiples reprises la condamnation sans retour de tous ceux qui se sont égarés en quittant l’islam.

Ainsi Bukhari relate : « J’ai entendu le prophète dire : « aux derniers jours du monde, des jeunes apparaîtront qui auront des pensées et des idées folles. Ils feront de bons discours, mais ils sortiront de l’islam comme une flèche sort de son jeu ; leur foi ne dépassera pas leur gorge. Aussi, où que vous les trouviez, tuez-les, car au jour de la Résurrection il y aura une récompense pour ceux qui les auront tués. » »

La Tradition authentique (Bukhari, Abu Dawad, Malik, Ibn Hanbal) mentionne que le prophète a dit : « Celui qui renie sa religion, tuez-le ».

La Sîra condamne très sévèrement l’apostasie : « « Et la persécution pour faire apostasier est plus grave que le fait de tuer », c’est-à-dire : ils persécutaient le musulman pour le faire revenir à l’infidélité après avoir embrassé l’islam, et cela est plus grave auprès de Dieu que le fait de tuer. »

La jurisprudence chaféite stipule :

Section o8.1 « Quand une personne ayant atteint la puberté, saine d’esprit, abandonne volontairement l’islam, elle mérite d’être tuée. »

Section  o8.2 « Dans un tel cas, le calife ou son représentant doivent obligatoirement lui demander de se repentir et de revenir à l’islam. Si elle le fait, cela est accepté ; mais si elle refuse, elle doit être tuée immédiatement. »

Section o8.4 « Il n’y a pas d’indemnité à verser en cas d’assassinat d’un apostat. »

Section o8.7 « Parmi les choses qui entraînent l’apostasie figurent :
(1) se prosterner devant une idole, que ce soit de façon sarcastique, par simple esprit de contradiction ou par conviction réelle (…)
(2) avoir l’intention de commettre un acte montrant de l’incrédulité, même dans le futur. (…)
(3) parler avec des mots qui implique l’incrédulité comme « Allah est le 3ème des trois », ou « Je suis Allah » (…)
(4) injurier Allah ou son messager ;
(5) nier l’existence d’Allah (…) ;
(6) être sarcastique à propos du nom d’Allah, ses commandements, ses interdictions, ses promesses, ou ses menaces ;
(7) nier un quelconque verset du Coran ou quoi que ce soit résultant du consensus des érudits (…) ;
(8) dire avec moquerie « Je ne sais pas ce qu’est la foi » ;
(11) dire à un musulman qu’il est un incrédule (kâfir) d’une façon signifiant que c’est un ingrat vis-à-vis d’Allah au regard des bienfaits divins qui lui ont été accordés ;
(13) décrire un musulman ou quelqu’un souhaitant devenir musulman comme un incrédule (kufr) ;
(16) d’injurier la religion islamique ;
(17) croire que les choses en elles-mêmes ou par leur propre nature peuvent être la cause de quelque chose indépendamment de la volonté d’Allah ;
(18) nier l’existence des anges, des djinns ou du ciel ;
(19) être sarcastique à propos d’une quelconque règle figurant dans la Loi sacrée ;
(20) ou de nier qu’Allah souhaitât que le message du prophète devînt la religion du monde entier.
Il y a d’autres motifs, car le sujet est presque sans limites. (…)  »

Islam et culture française

Le Conseil européen des fatwas a émis des recommandations d’un grand intérêt pour comprendre les valeurs des musulmans et leur rapport aux valeurs de la société française. Voici une recommandation fondamentale sur laquelle nous allons revenir point par point :

Le Conseil européen des fatwas « recommande à nos frères musulmans le respect de ce qui est prescrit par le Livre et la Sunna, et le consensus des théologiens de l’islam, en matière de respect des dispositions du pacte d’al-amân (sécurité) et des conditions de résidence et de citoyenneté dans les pays européens dans lesquels ils vivent – le Conseil insistant particulièrement sur ledit respect. Les obligations les plus importantes sont :

–  de considérer intangibles les vies des non-musulmans, leurs biens, leur honneur en vertu du pacte qui leur a permis d’entrer dans le pays, et sans lequel il ne leur aurait pas été permis d’y entrer ni continuer à y séjourner. Dieu le très-haut a dit : « Soyez fidèles à vos engagements car, en vérité, il vous en sera demandé compte. » (sourate 17, verset 34) ;

–  de respecter les lois du pays d’accueil qui les protège et leur permet de bénéficier de toutes les garanties d’une vie digne ; 

–  de s’éloigner de toutes sortes de gains illicites, parmi lesquels les démarches faites par certains musulmans pour l’obtention d’aide sociale alors qu’ils exercent une activité salariée ou disposent d’un commerce ;

–  de déployer tous les efforts nécessaires afin d’assurer aux nouvelles générations – garçons et filles – une éducation musulmane moderne, et ce à travers la création d’écoles, de centres d’éducation et de loisirs en vue de les prémunir contre la délinquance. »

Cette recommandation appelle les commentaires suivants :

1) Le respect de la vie des non-musulmans

C’est pour le moins une recommandation stupéfiante dans le monde d’aujourd’hui mais qui est nécessaire car ce respect ne semble visiblement par aller de soi dans la culture musulmane. Cette recommandation se comprend dans la mesure où l’islam établit une hiérarchie naturelle des communautés humaines, – la communauté musulmane étant supérieure à toutes les autres communautés – (cf. article Supériorité musulmane), et où Mahomet lui-même a notamment, une fois le jihad déclaré, prôné et mis en oeuvre l’extermination des juifs, appelé à l’assassinat des chrétiens en tant que polythéistes, ceux-ci n’ayant la vie sauve que dans le cadre du statut de seconde classe de dhimmi, sous réserve de payer, après s’être humiliés, un impôt spécifique destiné à financer la communauté musulmane (cf. article Dhimmitude). Dans les pays musulmans aujourd’hui, il n’y a d’ailleurs pas d’égalité aujourd’hui entre musulmans et non-musulmans.

Mais le plus étonnant encore est que ce respect est dû non pas en raison de principes universels de dignité humaine mais uniquement en raison du respect des engagements pris vis-à-vis des non-musulmans, cet engagement de respect étant considéré comme la contrepartie de l’hospitalité des non-musulmans (le respect des engagements étant très important dans la culture tribale de l’Arabie de Mahomet).

2) Le respect des lois du pays d’accueil

Il est louable que la recommandation soit de respecter ces lois. Reste que ce respect semble conditionné par l’idée de protection et de garantie d’une vie digne : qui est juge du fait de considérer que les lois sont respectables ?

Par exemple, nombreux sont les musulmans français qui considèrent que la loi sur la burqa dans l’espace public ou les règles sur le port du voile dans la fonction publique empiètent sur la liberté religieuse : ces musulmans ne sont-ils donc pas en droit de se considérer comme libérés de leur obligation de respect des lois de la France ?

3) Le renoncement aux gains illicites, notamment résultant de l’aide sociale indue

Il est intéressant de constater que le Conseil européen des fatwas éprouve le besoin de rappeler da façon absolument claire et formelle le caractère illicite du vol de l’argent public via les aides sociales indues. On peut légitimement penser que c’est l’ampleur de cette pratique et son caractère normal dans l’esprit des musulmans qui justifient ce rappel.

4) Assurer une éducation musulmane en vue de prémunir contre la délinquance

Il n’est pas choquant que les musulmans souhaitent pour leurs enfants une éducation musulmane, sous réserve que la compatibilité de cet enseignement avec les valeurs de la République française soit démontrée, ce qui est loin d’être le cas.

Quant à la délinquance, faut-il considérer que les musulmans dans un pays non-musulman y sont plus particulièrement sujets, sans doute en raison des contrariétés qu’impose une société française du fait des nombreuses valeurs culturelles difficilement compatibles avec les valeurs de l’islam ? En tous cas, ce questionnement est assez cohérent avec le constat fait par Tareq Oubrou sur ce sujet (cf. article Prison).

Il est vrai par ailleurs que ce penchant est facilité de façon plus générale par le caractère de plus en plus permissif de la société française, où la notion d’autorité est en pleine dissolution avec la bénédiction de nos politiciens, et où il fait de moins en moins bon être victime de nos jours, surtout quand on a le mauvais goût de se défendre.

Aussi, à partir du moment où votre culture vous place de façon innée au-dessus des valeurs de la société de mécréants dans laquelle vous vivez, la tentation est grande de passer outre aux lois de cette République qui n’ont, dans ce cadre, plus aucune valeur et auxquelles aucun respect n’est attaché.

Prison & Délinquance

Pour Tareq Oubrou, la sur-représentation musulmane dans les prisons pose la question de la responsabilité de la société française. En effet, pour lui, « Les dysfonctionnements qui conduisent un individu à l’échec et l’amènent à développer un sentiment de frustration sont à rechercher aussi bien dans la communauté musulmane que dans la société française. Ce n’est malheureusement pas un hasard si nos prisons sont majoritairement peuplées de jeunes musulmans. (…) De 40 à 50% de la population carcérale, et jusqu’à 70% en région parisienne, à Lille, Lyon et Marseille. »

La sur-représentation musulmane évoquée par Tareq Oubrou semble cohérente avec les avis de recherche publiés par la police nationale sur le site du ministère de l’intérieur. Ci-joint la liste des avis de recherche au 28 juin 2015 :  Avis de recherche

Tareq Oubrou va même jusqu’à considérer que la société française est directement responsable puisqu’elle produit de l’exclusion à grande échelle : « Tous les ingrédients d’un éventuel dérapage étaient réunis chez cet individu [ndlr Mohammed Mehra] : fragilité psychologique, milieu familial déstructuré… Dans ce sens, Mohammed Merah était le produit d’une société qui fabrique de l’exclusion à grande échelle. »

Si Tareq Oubrou considère ainsi que c’est la société française qui est responsable en envoyant finalement des victimes (musulmanes) en prison, il serait intéressant d’analyser pourquoi les autres communautés d’origine immigrée (italiens, portugais, polonais, vietnamiens, chinois,…) ne sur-pleuplent pas particulièrement les prisons et pourquoi elles n’utilisent pas elles aussi l’argument de la victimisation (voir également l’article Victimisation) pour se dédouaner de leur responsabilité.