Les leçons de taqiya de Tareq Oubrou : (2) La liberté de conscience en islam : « Celui qui abandonne l’islam, qu’on le tue » (commandement de Mahomet)

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Nous avons vu dans l’article précédent de la série (http://islametoccident.fr/?p=3086) que l’islam a un sérieux problème avec la liberté religieuse et la liberté de conscience. L’origine en est très simple.

  • Le commandement de Mahomet

L’origine du problème est en effet connue : Mahomet, apôtre de la religion d’amour et de paix au dire de ses partisans d’aujourd’hui, n’a pourtant pas hésité à ordonner l’assassinat des musulmans qui quitteraient l’islam, c’est-à-dire apostasieraient. Si le Coran ne précise pas le châtiment applicable en cas d’apostasie, laissant simplement entendre qu’il est terrible, Mahomet s’est donné la peine de la préciser : la mort.

Les hadiths de Mahomet à ce sujet (notamment dans les recueils de Bukhari et Muslim) sont parfaitement clairs (cf. http://islametoccident.fr/?page_id=1786) et sont qualifiés d’« authentiques » (sahih) selon la gradation d’authenticité fixée en islam concernant la chaîne des transmetteurs (isnad) de la parole de Mahomet : ils sont donc incontestés dans le monde musulman. Néanmoins, il faut reconnaître que tous les pays musulmans ne poussent pas l’orthodoxie doctrinale jusqu’à appliquer méthodiquement et strictement aujourd’hui le commandement de Mahomet (les musulmans ont aussi leurs jésuites).

Cela étant, de façon générale, la situation des apostats est suffisamment dramatique en islam pour que l’Institut du Monde Arabe ait organisé en novembre 2015 une conférence/débat dont le titre était : « Quelle place dans la religion musulmane pour une véritable liberté personnelle, de conscience et de choix ? »

Ce commandement de Mahomet étant une preuve évidente de l’incompatibilité de l’islam avec les valeurs occidentales, il est donc intéressant d’analyser les arguments présentés par Tareq Oubrou pour tenter de sortir l’islam de cette impasse vis-à-vis de l’Occident.

  • L’argument du pacte

Tareq Oubrou écrit : « Comment prendre cette injonction [Celui qui change sa religion, tuez-le] à la lettre, alors même que le Prophète s’était engagé, par un pacte signé avec La Mecque, alors païenne, à laisser partir dans cette ville les musulmans qui désiraient quitter Médine et redevenir idolâtres ? Un engagement qu’il a respecté. (Bukhari n°2731/2732) »

Cet argument n’est pas très compréhensible ni surtout précisément documenté. De quoi s’agit-il ?

Un an après la bataille dite « du fossé » où les Mecquois avaient assiégé Mahomet et ses partisans à Médine – il ne s’était en réalité quasiment rien passé et les Mecquois étaient repartis au bout de quelques semaines –, soit en mars 628, Mahomet conclut, à la grande surprise de ses partisans, une trêve (dite de « Hudaybiyya ») avec les Mecquois qui devait permettre aux musulmans de se rendre à La Mecque pour y faire les ambulations circulaires rituelles autour de la Ka’ba à l’occasion du pèlerinage. Mahomet ne se sentait vraisemblablement pas encore assez fort à cette époque pour prendre La Mecque de force.

La Sîra relate qu’une des clauses imposées par les Mecquois à Mahomet pour autoriser les musulmans à venir en sécurité prier à La Mecque visait naturellement à éviter que son armée ne se renforçât de nouvelles recrues, en l’occurrence des Mecquois (déjà musulmans ou non). Aussi, Mahomet prit l’engagement de renvoyer aux Mecquois tout Mecquois qui essaierait de le rejoindre hors de La Mecque, l’inverse n’étant pas vrai, c’est-à-dire que toute personne du clan de Mahomet rejoignant les Mecquois n’était pas renvoyée à Mahomet, ce qui pouvait constituer une incitation claire à abandonner Mahomet. Ces clauses du pacte furent acceptées par Mahomet, qui les appliqua comme il était de règle et conformément à l’honneur pour tout pacte signé entre tribus (un exemple bien connu est celui du Mecquois Abû Basîr qui rejoignit Mahomet mais fut renvoyé). Cette trêve fut vivement contestée dans les rangs des musulmans qui considéraient qu’elle humiliait la vraie religion, l’islam. L’autorité temporelle de Mahomet fut contestée mais celui-ci tint bon.

On voit donc que le pacte signé avec les Mecquois était tout à fait circonstanciel, afin de permettre aux musulmans d’aller prier à Ka’ba, et surtout n’a aucun lien avec la question de l’application ou non de la peine de mort pour apostasie. Il s’agissait seulement de clauses de renvoi de personnes ralliant le clan opposé. Or ces personnes ne prévenaient bien entendu pas à l’avance leur propre clan de leur futur ralliement au clan ennemi. La question de l’application de la peine de mort à l’apostat voulant quitter le clan musulman pour rallier celui des Mecquois ne se posait donc pas. Cet argument du pacte n’a donc pas de sens.

  • L’argument du non-exercice

Selon Tareq Oubrou : « Il est formellement établi qu’aucun texte authentique ne stipule que le Prophète aurait concrètement mis à exécution cette peine [peine de mort pour l’apostasie]. »

Pourquoi cet argument n’est-il pas pertinent ?

1) Il est irrecevable parce qu’il est impossible de démontrer que Mahomet ne l’a jamais mis à exécution, même si ce fut peut-être le cas. On peut démontrer que quelqu’un a fait quelque chose mais pas qu’il ne l’a jamais fait, sauf à avoir des témoins en permanence présents à tout instant du jour et de la nuit. En outre, cela a pu arriver sans ce que fait ait été mentionné par les témoins.

2) De toute façon, il est logiquement aberrant : si l’objectif était de ne jamais mettre à mort un apostat, pourquoi alors avoir édicté la règle inverse ? Il aurait fallu au contraire confirmer l’absence de châtiment. Cela n’a vraiment aucun sens.

  • L’argument de la fiabilité du hadith

Contrairement à ce qu’écrit Tareq Oubrou, il n’y pas de contradiction dans les textes sacrés musulmans concernant la question la punition de l’apostasie : « Comme sur beaucoup de sujets dans l’islam, nous sommes en présence de textes qui paraissent contradictoires. Certains garantissent la liberté religieuse, mais d’autres viennent les heurter de plein fouet, telle cette parole du Prophète : « Celui qui change sa religion, tuez-le » (Bukhari n°3017). »

En effet, comme on l’a vu dans le précédent article (http://islametoccident.fr/?p=3086), la diversité religieuse est un fait terrestre, ce n’est pas un objectif divin. C’est au contraire une occasion d’éprouver les hommes pour les juger, et si nécessaire de les punir ici-bas en exemple pour les autres hommes.

Aussi, en l’absence d’argument rationnellement recevable, Tareq Oubrou se risque aller jusqu’à remettre en cause la fiabilité des hadiths (il y en a plusieurs concernant l’apostasie) pour arriver tout simplement au but qu’il veut atteindre. Il est assez inédit qu’un simple imam d’une ville de province en France aille jusqu’à contester la Sunna (tradition musulmane), y compris les recueils de hadiths considérés en islam comme les plus fiables par les plus grands érudits, celui de Bukhari en faisant partie (comme celui de Muslim).

Il écrit ainsi : « Or ce hadith – et il en va ainsi de tous les hadiths – n’est qu’un fragment isolé de son contexte. Celui qui le rapporte, Ibn Abbâs, livre davantage ce qu’il a compris que ce qu’il a entendu – il ne dit d’ailleurs pas l’avoir entendu dans ces termes complets et exacts de la bouche du Prophète, puisqu’il n’utilise pas la formule explicite « sami’tu » (Qu’un compagnon dise : « Le Prophète a dit… » ne signifie pas qu’il a entendu le hadith directement de la bouche de ce dernier tant qu’il n’utilise pas l’expression explicite : « J’ai entendu (« sami’tu) le Prophète dire… » (…) Ce type de hadith constitue plausiblement un simple fragment tiré d’un hadith plus long qui indique les circonstances de son énoncé. Il arrive souvent que les narrateurs ne retiennent qu’une partie du discours, d’où la nécessité d’un travail de montage scripturaire. »

Or ce travail scripturaire a justement été fait, par Bukhari et Muslim notamment. Par ce commentaire, Tareq Oubrou a l’audace assez incroyable de venir, sur la base d’un simple argument de « plausibilité » (il n’a lui-même aucune certitude…), ébranler par un simple trait de plume les fondements d’une bonne partie de la Sunna du Prophète car finalement, à cette aune, on ne sait plus très bien quelle chaîne de transmission et quels hadiths trouvent grâce à ses yeux. Cela doit faire frémir les institutions largement plus légitimes comme Al-Azhar.

  • L’argument de la légitime défense

À défaut de pouvoir trouver un défaut certain dans la cuirasse des hadiths, reste le sempiternel argument de la légitime défense qui, lui aussi, ne tient pas debout. Tareq Oubrou écrit en effet : « Pour demeurer fidèle à l’esprit et à la cohérence du Coran, cette violence contre l’apostasie doit être comprise dans le sens d’une légitime défense face à une apostasie qui s’accompagne d’une insurrection armée. Ainsi, l’injonction « tuez-le » (« uqtulûb ») signifierait ici « combattez-le » (« qâtilûb »), comme il est parfois d’usage en arabe. »

On voit ici déjà que Tareq Oubrou n’écarte plus la réalité du prononcé du commandement de peine de mort par Mahomet. Cette recherche de « cohérence » vaut en réalité reconnaissance du caractère clair et incontournable du commandement.

Ensuite, pourquoi associer l’apostasie à l’insurrection armée ? Mahomet n’a mis aucune condition, comme une insurrection armée, à l’application de la peine de mort pour apostasie. Il pouvait tout à fait accepter l’apostasie tout en punissant par ailleurs de mort l’insurrection armée. Le problème sans doute est que le simple fait de résister spirituellement à l’islam, c’est-à-dire de refuser de se convertir à l’islam, est déjà considéré par l’islam comme une déclaration d’hostilité et un combat, qui justifie d’ailleurs pleinement l’alternative offerte aux non-musulmans (hors juifs et chrétiens qui suivent un statut spécifique) : la conversion ou la mort.

  • Conclusion

Tareq Oubrou empile les arguments fallacieux, contradictoires les uns avec les autres (certains étant fondés sur des hypothèses qui sapent le fondement des autres arguments). Si un seul des ces arguments était réellement valable, les autres ne seraient plus nécessaires.

Il n’y a aucun moyen de sortir de cette impasse doctrinale liée à un commandement parfaitement clair et explicite, sauf à remettre en cause totalement l’exemplarité de Mahomet et la nécessité de suivre ses commandements, ce que Tareq Oubrou ne peut évidemment pas faire.

La doctrine est claire (même si des pays musulmans trouvent des accommodements pour éviter si possible la peine capitale, surtout sous le regard des occidentaux) et tous les apostats qui fuient notamment le Moyen-Orient en savent quelque chose !

Malek Chebel : la mort d’une voix modérée mais utopiste ?

Malek Chebel, mort le 12 novembre 2016, faisait partie des islamologues ayant pignon sur rue en France. Même si, comme pour tous les islamologues musulmans et imams, son opinion n’engageait que lui-même (puisqu’il n’était investi d’aucune autorité légitime doctrinale particulière), il avait la qualité d’être un interlocuteur assez raisonnable avec qui il était possible de dialoguer sur le sujet de l’islam. Si l’islam véritable avait correspondu à sa conception personnelle de l’islam, nul doute que la problématique de l’intégration de l’islam en France se serait posée de façon tout à fait différente.

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Son esprit critique courageux vis-à-vis de sa propre religion en faisait une personnalité inhabituelle au sein du monde musulman. Le regard critique qu’il portait sur l’islam lui aurait valu sans aucun doute l’appellation d’« islamophobe » de la part de la part de nos journalistes, hommes des medias ou « défenseurs » des droits de l’homme, s’il n’avait été lui-même de culture musulmane. Pour en juger, il est intéressant de relire ses écrits. En voici quelques extraits : malek-chebel .

Face à de telles critiques, on peut s’interroger sur ce qui attirait Malek Chebel dans la religion musulmane, d’autant que l’islam ne semble avoir apporté aucun concept nouveau depuis le bouddhisme, le judaïsme et le christianisme, et n’a guère révolutionné la vision juive du monde monothéiste comme a pu le faire le christianisme. Cet attachement viscéral à l’islam relevait en réalité de la question identitaire qui touche aux racines culturelles les plus profondes. On peut en dire à peu près autant d’Abdennour Bidar, critique virulent (à contrecœur) de l’islam mais pourtant musulman.

Au-delà des critiques, Malek Chebel conservait néanmoins une vision volontairement optimiste de l’évolution possible de l’islam dans le contexte occidental, vision associée néanmoins à un grand danger : laisser penser que le vrai islam n’est pas celui de Mahomet, qui serait un islam historique et régional. Or la lecture de l’ensemble des textes sacrés de l’islam montre que la doctrine musulmane est tout à fait cohérente au-delà de l’apparente anarchie des textes : absence de liberté religieuse, infériorité de la femme, jihad, rejet du concept de laïcité, etc. ; autant de principes qui ne sont pas les reliquats d’une histoire passée et qui vivent encore vigoureusement dans le monde musulman d’aujourd’hui, avec des nuances il est vrai selon les pays.

Malheureusement, Malek Chebel ne citait qu’avec une grande économie les textes sacrés de l’islam pour fonder son discours et ses opinions, ce qui était assez regrettable. C’est bien d’ailleurs ce que reprochent les mouvements fondamentalistes comme l’État Islamique : les musulmans ne connaissent pas leurs textes sacrés et subissent l’influence des « imams qui égarent » et qui fondent leur discours sur la projection personnelle de leurs souhaits et non sur la réalité des textes.

On ne peut que trouver positif que Malek Chebel ait souhaité le développement d’un islam modéré mais ce souhait, jusque-ici guère couronné de succès, ne doit pas faire oublier la réalité de l’islam de Mahomet. Or pour instaurer un vrai islam modéré compatible avec les valeurs occidentales, il faut en passer par une revue critique profonde de l’islam de Mahomet et, pour tout dire, par l’abandon de Mahomet comme modèle exemplaire et par une désacralisation du Coran, ce qui me paraît totalement utopiste, car l’islam s’effondrerait alors sur lui-même.

Présenter un tel projet comme possible fait de l’islam « modéré » en réalité l’ennemi principal à long terme de l’Occident, et non les mouvements fondamentalistes qui pratiquent le jihad et donc naturellement le terrorisme (car les raisons de lutter sont alors évidentes). En effet, les représentants de l’islam « modéré » accaparent dans les médias le droit de critiquer l’islam, mais de façon finalement assez superficielle et sans vraie remise en cause de cette idéologie religieuse. Ils reçoivent l’aide des médias français qui leur donnent la parole régulièrement sans offrir, et de loin – et sans que cela chatouille la conscience des institutions chargées de surveiller le monde médiatique –, la même possibilité d’expression à ceux qui les contestent et les interpellent (hormis quelques personnes, que l’on peut compter sur les doigts d’une main, ayant déjà une notoriété bien établie et qu’il est difficile de faire taire publiquement) : ce qui s’appelle la censure. Ainsi, les problématiques sont souvent présentées de façon édulcorée, et cette critique « gentillette » sert au fond d’alibi à l’immobilisme d’une énorme majorité silencieuse qui cautionne en réalité au bout du compte l’application des principes musulmans contre les principes de la République et, à terme, l’application de la chari’a.

Il est donc urgent de former tous les Français à la réalité des textes sacrés de l’islam pour mettre fin à cette manipulation, condition sine qua non du dévoilement de la vérité, de la sortie de l’endoctrinement médiatique actuel, et de l’ouverture d’un vrai questionnement sur la question de la compatibilité de l’islam avec l’Occident.

Les leçons de taqiya de Tareq Oubrou

Il n’est pas si facile de trouver aujourd’hui en librairie en France des ouvrages sur l’islam rédigés par des musulmans et dépassant l’exposé de simples opinions personnelles pour offrir aux lecteurs une documentation consistante tirée des textes sacrés de l’islam : ceux-ci sont le plus souvent omis. Dans ce domaine, les écrits des fondamentalistes musulmans dépassent d’ailleurs de très loin le contenu généralement assez pauvre des publications de l’islam présenté comme « modéré ».

Une fois n’étant pas coutume, je vous propose de s’attarder quelque temps sur le livre de Tareq Oubrou, « Ce que vous ne savez pas sur l’islam », publié en février 2016 aux éditions Fayard, qui contient des références scripturaires qu’il est intéressant d’analyser.

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Ceci est d’autant plus utile que, si Tareq Oubrou n’a aucune légitimité particulière en matière de doctrine musulmane au sein du monde musulman sunnite et donc ne représente que lui-même, il murmure semble-t-il à l’oreille de l’âne qui, incapable de lire le Coran comme il l’a déclaré et confirmé plusieurs fois lui-même, a néanmoins l’arrogance de prétendre parvenir à instaurer le multiculturalisme en France grâce à une « identité heureuse », concept enfantin, naïf et utopique qui veut ignorer l’existence de divergences de vue profondes entre certaines civilisations et religions.

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Ce livre évoque plusieurs problématiques importantes que je vais reprendre, mais le menu étant assez copieux, je le ferai au travers d’une série d’articles intitulée de façon un peu provocatrice : « Les leçons de taqiya de Tareq Oubrou ».

Pourquoi ce titre ? La taqiya est un terme arabe qui correspond grosso mode à la notion de « dissimulation ». Il est notamment utilisé en islam de façon spécifique pour désigner la dissimulation de ses croyances dans un contexte culturel et religieux hostile. Or l’ouvrage de Tareq Oubrou, qui ne paraît pas être aujourd’hui un méchant homme (ses relations avec l’U.O.I.F., à laquelle il a appartenu, méritant d’éveiller toutefois sérieusement notre attention), me semble relever néanmoins assez largement de cette attitude, mélangeant des connaissances précises aux flous les plus admirables, distillant certains arguments en omettant complètement les arguments contraires, formulant parfois des raisonnements aberrants si l’on n’y prend garde, évacuant des questions absolument essentielles.

Il faut cependant reconnaître qu’on y trouve aussi quelques jugements pondérés et critiques relevant d’une démarche moins partisane dans sa défense de l’islam, mais dont on peut toutefois se demander dans quelle mesure ils ne seraient pas là en réalité pour contribuer à donner une image d’ensemble rassurante et tenter de convaincre le lecteur qu’il existerait un islam doctrinalement modéré (ce qui est loin d’être démontré à lire la biographie de Mahomet) : une sorte de caution morale et de probité, tant les « oublis » de Tareq Oubrou sont nombreux et importants.

Mon objectif sera donc évidemment de me faire l’avocat du diable pour faire apparaître ce qui a pu être intentionnellement laissé dans l’ombre – car il y a bien d’autres choses que vous ne savez sans doute pas et dont ne parle pas Tareq Oubrou –, afin de vous donner certains autres éléments d’analyse vous permettant d’affiner votre jugement quant à savoir jusqu’à quel point certaines thèses développées, de façon policée et apparemment respectueuse des valeurs traditionnelles françaises, peuvent relever de l’utopie personnelle ou de la manipulation intentionnelle par omission ou mensonge. Ces éléments pourront aussi sans doute vous faire mieux comprendre les raisons qui ont conduit l’État Islamique à le condamner à mort au nom de la défense de la doctrine de Mahomet qu’il a, à son sens, dévoyée et qui fait donc de lui un apostat de l’islam.

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Le véritable enjeu concernant la réalité doctrinale du fondamentalisme musulman est moins les effets traumatisants et passagers du terrorisme musulman que la question de la compatibilité de l’islam (de Mahomet) avec le modèle de société français, dans le contexte d’une imprégnation lente mais constante favorisée par ce type de discours sur l’islam, prétendument « modéré », mais qui cautionne une culture religieuse qui se traduit en réalité, dans la pratique et de façon de plus en plus visible aujourd’hui en France, par un enkystement communautaire où la chari’a devient la loi bien avant les lois de la République.

Déontologie journalistique & islam : une leçon édifiante et bien française

Arrêt sur Images, émission d’habitude de bonne tenue, s’est dévoyée dans son volet du 29 septembre 2016 par un passage stupéfiant qui est la négation même de l’objectivité et de la neutralité journalistique que Daniel Schneidermann prétend pourtant défendre. Il s’agissait là de savoir s’il fallait donner la parole à Éric Zemmour dans les médias et en réalité de façon plus générale à tous ceux dont le discours contrevient gravement à la pensée politiquement correcte dispensée uniformément par les médias.

Nassira El Moaddem, immodeste teneuse du « Bondy blog », faisait office de Fouqier-Tinville de service en commençant par poser cette question : « Quel intérêt à inviter Éric Zemmour ? » Mais la première question qui vient est plutôt : qui est cette dame qui prétend juger et décider des personnes qu’il est intéressant que les journalistes invitent ou non ?

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Au-delà de la reprise de ses chroniques, Éric Zemmour développe dans son dernier livre un long passage (38 pages) sur les rapports entre la France et l’islam, ce qui chagrine évidemment Nassira El Moaddem. Il est donc faux de dire que le livre ne fait que « Répéter tout ce qu’il a dit sur les matinales [RTL] pendant un an ».

Nassira El Moaddem n’ayant semble-t-il guère de connaissances sur le sujet abordé, la doctrine de l’islam – sinon elle n’aurait eu aucun mal à fournir quelques exemples de propos incongrus –, ne se prive néanmoins pas de renvoyer Éric Zemmour à son incompétence supposée au profit d’autorités jugées plus compétentes, « de gens qui sont capables, aptes, et qui ont une légitimité scientifique », de gens qui savent « de quoi ils parlent, un islamologue, un historien des religions, quelqu’un qui a quand même une légitimité scientifique ». En d’autres termes, cette jeune femme dénie à quiconque une capacité à penser de façon autonome et affuble la religion de la robe de la science, comme si les religions avaient quoi que ce soit de scientifique. Il semble en réalité que Nassira El Moaddem ait une difficulté certaine à penser par elle-même pour ce qui a trait à l’islam.

Or de deux choses l’une : soit effectivement, « à 80%, on est capable de fact-checker [beau barbarisme !] les propos d’Éric Zemmour et de montrer par a + b qu’il y a beaucoup d’erreurs factuelles et beaucoup d’erreurs historiques », et alors il faut en faire la démonstration – cela ne devrait pas être bien difficile – ; soit ce n’est pas le cas, et il est alors déontologiquement normal d’inviter un auteur qui intéresse des dizaines de milliers de personnes au vu de ses ventes pour discuter ses propos. Mais, comme dans le cas de Patrick Cohen, il arrive souvent que les journalistes n’aient pas travaillé leur dossier et ne sachent pas de quoi ils parlent.

Aussi, entendre Nassira El Moaddem parler du « respect de la déontologie du travail de la presse » et comparer Éric Zemmour, sans lui avoir donné la possibilité de s’exprimer, à « Alain Soral, Faurisson, Dieudonné » ou, avec le soutien de l’équipe de Daniel Schneidermann, à un de ces « cerveaux malades » est proprement renversant et profondément malhonnête.

Pourquoi l’enjeu de l’enseignement de l’arabe à l’école semble tant préoccuper Najat Vallaud-Belkacem

Les récents échanges à l’Assemblée Nationale entre Najat Vallaud-Belkacem et la députée LR Annie Genevard (séance de questions au gouvernement du 25 mai 2016) relatifs à l’enseignement de l’arabe à l’école sont intéressants à analyser car ils ont une portée et une signification implicites qu’il ne faut pas négliger.

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Assemblee nationale 160525 Belkacem Genevard

  • Le cadre du débat

Annie Genevard conteste la politique du gouvernement en matière de langues en évoquant les efforts faits au profit des « langues communautaires » dans le cadre des Enseignements de Langue et de Culture d’Origine (ELCO) et au détriment du français, qualifiée selon elle par le gouvernement de « langage parmi d’autres », le débat portant en réalité sur la langue arabe.

La circulaire n° 2016-058 du 13 avril 2016 relative à la rentrée 2016-2017 et publiée au Bulletin officiel de l’Éducation Nationale indique que « La maîtrise des langages, et notamment de la langue française, y [le cycle 2] constitue l’objet d’apprentissage central, dans tous les enseignements. » Cette formulation ne correspond pas exactement à celle de la députée LR de « langage parmi d’autres » mais c’est effectivement bien la même idée, raison pour laquelle Najat Vallaud-Belkacem n’a pas contesté ce point dans sa réponse.

Les ELCO visent à la scolarisation des enfants des travailleurs migrants dans le cadre d’une directive européenne de 1977 qui dispose que « Les États membres prennent, conformément à leurs situations nationales et à leurs systèmes juridiques, et en coopération avec les États d’origine, les mesures appropriées en vue de promouvoir, en coordination avec l’enseignement normal, un enseignement de la langue maternelle et de la culture du pays d’origine en faveur des enfants ». Les ELCO concernent neuf pays (l’Algérie, la Croatie, l’Espagne, l’Italie, le Maroc, le Portugal, la Serbie, la Tunisie et la Turquie) et leur objectif était initialement de préparer, dans le cadre d’accords bilatéraux avec les pays d’origine, le retour des immigrés venus travailler sur le sol français.

Le retour dans les « pays d’origine » n’ayant plus lieu, la logique aurait voulu qu’on supprimât purement et simplement les ELCO. Or ceux-ci existent toujours et sont utilisés par le gouvernement actuel comme un moyen d’étendre la diffusion de nouvelles langues, et en particulier de l’arabe, avec un objectif de généralisation en 2018 de l’expérimentation qui entrera en vigueur à la rentrée prochaine.

Sans rentrer dans la polémique sur l’intention du gouvernement (alors même que celui-ci a déjà porté un coup sévère au grec et au latin qui sont au fondement des racines culturelles européennes et françaises), attardons-nous sur la spécificité de la langue arabe qui rend le débat si sensible.

  • La langue est un moyen d’accès à une culture

Toute langue est un moyen d’accès à une culture donnée et son enseignement n’a rien en soi de problématique. La question qui se pose plutôt à l’Éducation Nationale est la priorisation de moyens financiers nécessairement limités.

La première urgence est bien évidemment l’enseignement de la langue française, dont Najat Vallaud-Belkacem ne semble pas particulièrement éprise puisque sa circulaire place cette langue au même rang que les autres (« notamment »), ce qu’elle ne cherche d’ailleurs pas à contester dans sa réponse à l’Assemblée Nationale. Cette réponse interpelle quant à sa place dans le gouvernement car comment un ministre peut-il représenter dignement un pays dont la langue – base de la culture – lui est à ce point indifférente (elle, qui, par ailleurs, avait refusé il y a quelques mois de condamner sur un plateau de télévision les propos ouvertement islamistes d’un de ses coreligionnaires) ?

Un autre critère de choix important est, dans l’environnement concurrentiel international qui est le nôtre, le potentiel commercial de la langue : on peut toujours mettre le chinois au même rang que l’arabe comme le fait Najat Vallaud-Belkacem dans sa réponse mais cela paraît pour le moins saugrenu sous cet angle : il paraît nettement plus urgent de renforcer par un dispositif étoffé les connaissances en chinois de nos concitoyens pour faciliter par exemple l’accueil de multitudes de touristes chinois ou le tissage d’un réseau relationnel étoffé dans avec l’empire du milieu, que de promouvoir l’enseignement de la langue arabe dont on ne voit pas bien comparativement le potentiel économique. Dans les pays du Moyen-Orient arabe, les affaires se traitent essentiellement en anglais et depuis longtemps, par des élites en outre le plus souvent éduquées en anglais (localement ou par le passage par les universités anglo-saxonnes). Et pour ce qui est du tourisme arabe en France, il ne représente un enjeu significatif que dans quelques palaces parisiens.

Quant au dernier critère, également fondamental, le critère culturel (littérature, poésie, histoire, etc.), on ne peut pas l’aborder sans faire un rappel élémentaire sur la spécificité de la langue arabe.

  • La langue arabe n’est pas une langue comme une autre : c’est la langue d’Allah

On veut bien entendre Najat Vallaud-Belkacem dans sa réponse lorsqu’elle ne fait aucune différence entre les différentes langues, avec l’optique implicite consistant à niveler leur intérêt respectif et qui évite tout discours différenciant et comportant un jugement, mais cela ne paraît pas très raisonnable, surtout d’ailleurs vis-à-vis du français, compte tenu de l’immensité du patrimoine culturel – et entre autres choses littéraire – de notre pays.

Car la langue arabe n’est clairement pas une langue comme une autre, comme le revendiquent d’ailleurs haut et fort les musulmans : c’est la langue d’Allah et la langue de la révélation, le Coran.

Sourate 12, verset 2. Nous avons fait descendre un Coran en langue arabe ; peut-être raisonnerez-vous.

Sourate 13, verset 37. Ainsi avons-Nous fait descendre une sagesse [le Coran] en arabe. (…)

Sourate 16, verset 103. (…) Mais la langue de celui auquel ils pensent est une langue barbare [non arabe] alors que celle-ci [celle du Coran] est une langue arabe claire.

Sourate 19, verset 97. Nous avons rendu le Coran facile à comprendre en ta langue [l’arabe], afin que tu annonces la bonne nouvelle aux hommes qui craignent Allah, et que tu avertisses un peuple hostile.

Sourate 26, verset 195. C’[le Coran] est une révélation en une langue arabe claire.

Sourate 26, verset 198. Si Nous l’avions fait descendre sur un non-Arabe,

Sourate 26, verset 199. et que celui-ci le leur eut récité, ils n’y auraient pas cru.

Sourate 41, verset 44. Si Nous avions fait un Coran en une langue autre que l’arabe, ils auraient dit : « Pourquoi ses versets n’ont-ils pas été exposés clairement ? Pourquoi un Coran non-arabe alors que nous parlons arabe ? » (…)

Sourate 42, verset 7. Ainsi, Nous t’avons révélé un Coran arabe afin tu avertisses la Mère des cités [la Mecque] (…).

Sourate 43, verset 3. Nous avons fait un Coran arabe (…).

Sourate 46, verset 12. Avant lui [le Coran], le Livre de Moïse a été donné comme guide et comme miséricorde. Celui-ci [le Coran] est un livre confirmant les précédents, en langue arabe, (…).

À ce titre, pour les musulmans, l’arabe est nécessairement la langue la plus noble de toutes. Ce qui vaut d’ailleurs à de nombreux islamologues de gratifier leurs auditeurs de citations en arabe avant de les traduire en français, démarche dont on ne voit pas trop bien l’intérêt, sauf pour tenter d’« en imposer » par un côté savant et un peu pédant, ou surtout pour mettre à distance les non-arabisants en niant implicitement par ce moyen la légitimité de leur compréhension et de leurs critiques ; à ce petit jeu, l’imam Mohamed Bajrafil apparaît d’ailleurs comme un des champions (allez le voir sur internet, c’est assez drôle).

C’est un peu comme si chaque chrétien pour parler de la culture chrétienne éprouvait le besoin de citer d’abord les Évangiles en grec – voire des paroles du Christ en araméen – avant d’en restituer le sens par une traduction dans la langue courante. Le christianisme n’a heureusement jamais eu cette prétention ridicule, quoiqu’il ait partir eu maille à partir avec l’emploi du latin comme langue liturgique afin notamment de conserver un certain caractère sacré aux choses de la religion.

Le grotesque de la revendication musulmane au statut de langue divine apparaît d’autant plus clairement que, d’une part, on voit mal quel sens donner à la démarche d’un dieu (Allah) qui ne voudrait s’adresser aux hommes que dans une langue qu’une toute petite partie du monde comprend, ce qui revient à se couper de son public cible puisque l’islam prétend être une religion universelle (la partie du monde musulman qui comprend l’arabe classique étant très réduite) ; d’autre part, par le fait que l’emploi de l’arabe est une simple contrainte historique qui résulte du contexte géographique dans lequel la prédication de Mahomet s’est déroulée, et qui a conduit à l’émergence et à la fixation d’une langue dans une population pratiquant divers dialectes au sein de la péninsule arabique.

Sur le fond, il est d’ailleurs extrêmement curieux qu’une religion prétende être inintelligible autrement que dans une langue donnée : c’est prouver son incapacité à délivrer un message et des concepts clairs à l’esprit humain, puisqu’ils seraient prétendument intraduisibles. D’ailleurs, la revendication à l’inimitabilité du Coran laisse de ce point de vue assez perplexe. Comme le faisait remarquer il y a quelques semaines l’émission « Islam » diffusée par la communauté musulmane le dimanche matin à la télévision sur France 2, il existe environ 120 traductions différentes du Coran en français aujourd’hui : ce nombre énorme pousse naturellement à s’interroger sur la clarté du texte (alors même que le Coran ne semble guère manipuler de notions théologiques complexes qui justifieraient une telle prolixité).

À ce propos, Marie-Thérèse Urvoy fait remarquer qu’il faudrait préférer le terme « pure » au terme « claire » dans les traductions à propos de la langue arabe (cf. les versets précédemment cités issus de traductions courantes) « car le langage du Coran est loin d’être clair ; à preuve la masse énorme de commentaires philologiques qui ont été élaborés à son sujet. Il faut plutôt voir dans cette phrase une réponse à la récrimination des contemporains de Muhammad se plaignant que les Arabes, contrairement aux juifs et aux chrétiens, n’aient pas été gratifiés d’une révélation propre ».

Pour Michel Cuypers et Geneviève Gobillot, « On ne connaît plus avec certitude le sens qu’avaient bien des termes utilisés par le Coran, dans le milieu où il est apparu. La polysémie de nombreux termes arabes laisse également le traducteur perplexe : le recours aux commentaires anciens, qui alignent tous les sens possibles, ne fait le plus souvent qu’accroître son embarras. » La consultation de la traduction de Régis Blachère (1950), qui reste une référence par sa fidélité à la lettre du texte arabe, fait apparaître dans la traduction de nombreux points d’interrogation (?) ou de passages implicites ou manquants (entre crochets).

Même la simple lecture ou récitation du Coran a longtemps recouvré des formes différentes selon Michel Cuypers et Geneviève Gobillot : « Même à l’intérieur du texte reçu, l’uniformité de lecture n’était pas absolue du fait de la déficience de l’écriture, à l’époque : par exemple, des phonèmes aussi différents que b, t, th, n, y étaient écrits avec une même lettre. L’absence de signes pour les voyelles courtes permettait des différences grammaticales et donc de sens, par exemple entre les formes active ou passive des verbes. Il y avait en conséquence des traditions de « lectures » (qirâ’at) différentes du Coran qui s’instaurèrent localement, dans plusieurs villes. Progressivement, des lectures majoritaires s’imposèrent qui, au Xème siècle, furent limitées à sept, puis à dix et enfin à quatorze. Trois conditions étaient nécessaires pour qu’une lecture soit autorisée : 1) qu’elle s’appuie sur les traditions remontant au Prophète ; 2) qu’elle corresponde à la forme de la langue arabe dans laquelle le Coran a été révélé ; 3) qu’elle corresponde à l’écriture du codex uthmanien. (…) Au XVème siècle, les Ottomans adoptèrent la lecture dite « de Hafs » qui, dès lors, se répandit dans tout l’empire. Seules à ses franges en demeurèrent quelques autres. En 1923, sur ordre du roi Fouad, fut imprimée au Caire une version officielle de la lecture des Hafs, laquelle constitue aujourd’hui le texte de référence quasi universel. Parmi les autres, seule celle dite « de Warsh » était imprimée : elle subsiste en Afrique de l’ouest et du nord-ouest. »

Bref, la complexité de la question linguistique coranique, même pour des arabisants chevronnés, n’est pas une divine surprise mais quelque chose de tout à fait bien connu. On est loin de l’évidence d’un message prétendument divin, parfaitement clair et explicite (ce manque d’évidence ayant fait les choux gras du soufisme, mais c’est une autre histoire).

  • Comment éviter le caractère communautariste de l’enseignement de l’arabe dans le contexte français actuel

Si la France avait « digéré » l’immigration musulmane – ou si elle soulevait beaucoup moins de problèmes (comme l’immigration asiatique par exemple) –, la question de l’enseignement de l’arabe se poserait sans doute dans des conditions très différentes, sous un angle purement culturel (littérature, poésie, etc.) et non politique et identitaire : or tel n’est clairement pas le cas aujourd’hui. Il suffit de se promener dans certaines banlieues ou certains quartiers pour le constater.

Ce n’est en réalité guère surprenant car ce qui caractérise fondamentalement le monde musulman, c’est son communautarisme radical. Il suffit de lire le Coran (tâche qui paraît néanmoins insurmontable à certains hommes politiques, comme Alain Juppé) pour constater que le communautarisme est un des fondements de l’islam :

Sourate 3, verset 110. Vous [musulmans] formez la meilleure communauté qui ait surgi parmi les hommes : vous ordonnez le convenable, vous interdisez ce qui est blâmable et vous croyez en Allah. Si les gens du Livre [les juifs et les chrétiens] croyaient, ce serait meilleur pour eux. Parmi eux, certains croient, mais la plupart d’entre eux sont des pervers.

Sourate 3, verset 139. Ne perdez pas courage, ne vous affligez pas alors que vous êtes les supérieurs, si vous êtes de vrais musulmans.

Sourate 21, verset 92. Cette communauté qui est la vôtre [la communauté musulmane] est une communauté unique. Je [Allah] suis votre Seigneur. Adorez-Moi donc.

Le Coran recommande également l’émigration plutôt que de vivre en territoire de guerre (dar-al-harb), à l’image de l’émigration de Mahomet vers Yathrib : « Les anges enlèveront leurs âmes de ceux qui se sont faits du tort à eux-mêmes en disant : « En quel état étiez-vous ? » – Nous étions faibles sur terre, dirent-ils. Alors les anges diront : « La terre d’Allah n’était-elle pas assez vaste pour vous permettre d’émigrer [en terre musulmane] ? ». Voilà bien ceux dont le refuge sera la Géhenne. Quelle mauvaise destination ! À l’exception de ceux qui sont faibles et incapables parmi les hommes, femmes et enfants, qui ne sont pas guidés sur la bonne voie. À ceux-là, il se peut qu’Allah accorde Son pardon. (…) » (sourate 4, versets 97 à 99)

Mais en réalité le communautarisme dépasse de loin la seule question de l’émigration et touche tous les aspects de la vie sociale, jusqu’à même interdire les liens avec les mécréants, comme l’indique Malek Chebel dans son Dictionnaire encyclopédique du Coran : « Article « Amitié avec les incrédules » : Tout lien avec un infidèle ou un incroyant est considéré comme une compassion pour ses idées, et parfois comme une adhésion pure et simple. Dieu défend aux croyants de se lier avec les infidèles. »

La conséquence tout à fait logique et naturelle est qu’aucun pays musulman aujourd’hui n’offre un modèle social égalitaire sans distinction aucune de la religion : un non-musulman ne peut par définition pas avoir les mêmes droit qu’un musulman en terre d’islam. Les minorités vivant dans les pays musulmans connaissent les conséquences détestables de ce type d’idéologie inégalitaire, dont on ne sait jamais jusqu’où elle peut aller : souvenons-nous du génocide arménien (un million et demi de morts), certes de moindre ampleur que la désolation provoquée par l’idéologie également inégalitaire de la race aryenne, mais tout de même.

Le communautarisme musulman est un secret de polichinelle bien encapsulé dans la technique du double discours consistant à enrober ce communautarisme dans une logique de « contribution » qui serait bénéfique à l’Occident (mais on ne voit jamais sous quel angle) : le maître de cette dialectique est sans conteste Tariq Ramadan.

En effet, le maintien de ce communautarisme, pour des motifs apparemment respectables, est la clef de voûte de la stratégie à long terme visant à l’islamisation de la France souhaitée par Tariq Ramadan : « Il ne s’agit pas pour nous, pour donner l’impression que nous nous intégrons à l’ordre de la rationalité, de relativiser les principes universels de l’islam. Ce qui est en jeu, à notre avis, c’est de savoir comment l’universel islamique accepte et respecte le pluralisme et la conviction d’autrui. L’esprit postmoderniste voudrait insensiblement nous mener à confondre la seconde proposition avec la première. Nous nous y refusons : c’est au nom de l’universalité même de mes principes que ma conscience est sommée de respecter la diversité et le relatif et c’est pourquoi, même en Occident (surtout en Occident), il ne s’agit pas de penser l’ordre de notre présence en terme de « minorité ». Ce qui semble est un moment de notre réflexion : « la minorité musulmane », « le droit et la jurisprudence des minorités » (fiqh al-aqaliyyat), devra, à notre sens, être repensé. »

En effet, il ne s’agit à aucun moment pour Tariq Ramadan de laisser penser que les musulmans vont accepter de se fondre dans la culture française comme l’ont globalement fait les dernières vagues récentes d’immigrés, le fait de se fondre ne signifiant pas d’ailleurs perdre son identité mais s’en approprier une autre en teintant (et pas autre chose) celle du pays d’accueil d’une nouvelle diversité. Alors que les immigrés pouvaient se faire une fierté de s’intégrer à la société française autrefois (parfois jusqu’à aller à refuser d’apprendre à leurs enfants la langue de leurs parents), l’ordre est aujourd’hui renversé : c’est la minorité qui dicte comment le pays d’accueil doit la recevoir et les efforts qu’elle doit faire pour la « respecter ».

Ce que veut Tariq Ramadan, comme il l’explique clairement dans une conférence à Lausanne en l’appelant de ses vœux, c’est « l’institutionnalisation de la présence musulmane en Occident », c’est-à-dire, dans la novlangue ramadienne, l’islamisation. Cette position était déjà bien expliquée dans le bulletin d’information n°10 de novembre 1999 de « Présence musulmane » (fondée par Tariq Ramadan) : « Il ne s’agit plus aujourd’hui, pour les musulmans, de parler de simple intégration mais bien de participation et de contribution. Les millions d’Européens musulmans doivent prendre la mesure de leurs nouveaux défis. La question n’est plus de savoir comment les 2,5 millions de citoyens musulmans en France vont trouver une place ou comment ils vont s’intégrer au paysage de leur pays. Désormais, ce qui doit leur importer, c’est la nature de leur engagement dans leur société pour promouvoir l’État de droit, le pluralisme […] et faire de son identité musulmane et sa spiritualité une richesse pour les sociétés européennes. Sur ce plan, le concept d’intégration est dépassé. »

Et ce n’est pas sans raison que Tariq Ramadan rappelle à l’attention de la communauté musulmane dans un de ses ouvrages que « Le prophète a dit : « Rassemblez-vous, car le loup ne s’en prend qu’aux brebis qui s’isolent » (hadith rapporté par Ahmad et Abu Dawud). »

Malheureusement, si Tariq Ramadan est pourtant très clair, le problème, avec les occidentaux – surtout les intellectuels, qui ne supportent pas de s’en tenir à l’évidence du simple bon sens et cherchent constamment une complexité à la hauteur de leur prodigieuse intelligence, surtout quand elle est gauche et veule –, est qu’ils ont des yeux mais ne voient pas et ont des oreilles mais n’entendent pas. Qui avait pris au sérieux Mein Kampf ?

  • Najat Vallaud-Belkacem, une ministre qui pratique la taqiya ?

Alors que l’urgence du pays est aux réformes structurelles que son économie attend, à la résorption du chômage, etc., il est étonnant de voir un gouvernement et un ministre utiliser des chemins détournés pour favoriser des identités minoritaires, et notamment arabe, au détriment de l’identité majoritaire, française.

Il semble que Najat Vallaud-Belkacem, sous couvert de répondre à un besoin qui serait commun à l’ensemble des enseignements linguistiques (mais lequel ? quel élément nouveau est-il apparu ?), satisfasse en réalité tout simplement la demande identitaire insistante de sa communauté religieuse, dont la dernière formulation en date est le discours d’Anouar Kbichech, président du Conseil Français du Culte Musulman, prononcé en mars 2016 en clôture de la session de l’Instance de Dialogue instaurée en collaboration avec le gouvernement français.

Dans ce discours, Anouar Kbibech dit en effet : « Concernant l’apprentissage de la langue arabe et de la religion en dehors de l’école, il devient nécessaire d’élaborer un Programme éducatif d’apprentissage de l’arabe et de la religion commun et partagé. » [NB : le « en dehors de l’école » ne s’applique qu’à l’apprentissage de la religion, sinon il aurait fallu écrire « concernant l’apprentissage, en dehors de l’école, de la langue arabe et de la religion,… », quoique la suite en fasse douter, puisque si l’apprentissage de la religion a lieu en dehors de l’école, l’État n’est plus concerné par un quelconque programme éducatif d’apprentissage.]

CQFD ?

« Dire nous » : le « Dire Je » du bien-pensant Edwy Plenel

Edwy Plenel a publié en mars 2016 un ouvrage, « Dire nous », qui prolonge les propos qu’il tenait déjà l’année dernière dans son « Pour les musulmans ». Je vous propose de rassembler autour de quelques thèmes l’essentiel des propos contenus dans ces deux ouvrages, qui ont tous les deux la particularité d’être remplis de considérations morales sanctifiées par l’universalisme bien-pensant. Si l’islam en est partie intégrante – Edwy Plenel étant semble-t-il devenu le factotum de Tariq Ramadan –, la « pensée » d’Edwy Plenel se déploie bien au-delà et ravage en réalité un champ beaucoup plus vaste.

  • Edwy Plenel, conscience morale universelle

Le premier point sans doute à souligner concernant les écrits d’Edwy Plenel est sa revendication à peine voilée à représenter une conscience morale universelle. Il ne faut guère s’embarrasser d’humilité pour prétendre être légitime à dicter aux autres ce que doit être la morale et la responsabilité. Cet arrière-plan psychologique narcissique et nombriliste (les autres produisant « Des discours politiques de courte vue et de faible hauteur ») explique comment un individu peut se prendre aujourd’hui pour un nouveau prophète incarnant la conscience du monde (cela étant, il n’est pas le seul, en témoigne le désastre libyen).

À lire Edwy Plenel, peu nombreux sont ceux qui, comme lui, auraient une conscience lucide de ce qui affecte le monde aujourd’hui : « Les monstres libérés par nos temps de transition et d’incertitude, contre lesquels j’ai déjà essayé d’alerter dans « Dire non », sont des poupées gigogne qui, en nous habituant au rejet des musulmans, nous accoutument à d’autres refus en cascade, dans une quête sans fin des inégalités et des hiérarchies humaines : les roms, les tsiganes et romanichels, toujours ; les juifs de nouveau ; les noirs encore ; les homosexuels aussi ; voire les femmes dans un retour primitif à l’inégalité anthropologique. »

Se positionnant parmi les plus grands, Edwy Plenel élève donc la voix pour « dénoncer », à l’instar d’illustres prédécesseurs : « L’acte décisif de cette rupture sera un article de 1896, où le nom de Dreyfus n’est pas une seule fois mentionné mais dont le propos amènera les premiers dreyfusards, notamment le journaliste Bernard Lazare, à contacter Zola pour le rallier à leur cause. Il s’intitule tout simplement Pour les Juifs, avec une lettre capitale, et il suffit de remplacer, dans ses premières lignes, le mot « juifs » par celui de « musulmans » pour entendre la résonance avec notre époque : c’est un cri de colère contre un sale climat. »

Edwy Plenel se projette ainsi, dans un grand élan patriotique, dans le rôle du héraut de cette nouvelle guerre sainte : « En défense de toutes celles et de tous ceux qu’ici même, la vulgate dominante assimile et assigne à une religion, elle-même identifiée à un intégrisme obscurantiste, tout comme, hier, d’autres humains furent essentialisés, caricaturés et calomniés, dans un brouet idéologique d’ignorance et de défiance qui fit le lit des persécutions. L’enjeu n’est pas seulement de solidarité mais de fidélité. À notre histoire, à notre mémoire, à notre héritage. Pour les musulmans donc, comme on l’écrirait pour les juifs, pour les noirs, ou pour les roms, mais aussi pour les minorités et pour les opprimés. Ou, tout simplement, pour la France. » Ou encore : « Des juifs aux musulmans, d’hier à aujourd’hui, il est facile de se rassurer en se disant que l’histoire ne se répète jamais, sinon en farce. Et ainsi de justifier nos silences et nos indifférences. Pour ma part, il me suffit de savoir que cette farce est sinistre et imbécile pour inviter, s’il est encore temps, notre France à éviter ce déshonneur. »

  • L’art de l’amalgame : résumer toutes les problématiques à une seule, le racisme

Pour Edwy Plenel, différencier – ce qui est la base de l’acte culturel – semble être par nature un acte raciste puisqu’il identifie l’essence de l’autre (il « l’essentialise ») et rend par là possible la catégorisation, la hiérarchisation et donc le jugement. Dans cet amalgame qui ramène tout au racisme se déploie ainsi le principal ressort de la manipulation totalitaire : la culpabilisation. « Le racisme est une monstrueuse poupée gigogne qui, une fois libérée, n’épargne aucune cible. »

  • L’autre, cet idéal

Le drapeau de l’antiracisme s’accompagne naturellement d’une sacralisation de l’autre, sans que rentrent aucunement en ligne de compte les valeurs que « l’autre » véhicule. Edwy Plenel nous impose ainsi son impératif catégorique sacrificiel : « La froideur, l’insensibilité, l’ignorance qui amènent à négliger l’Autre sont autant de pas qui nous éloignent du bien, alors que la découverte de sa différence, « cette altérité qui est une richesse ou une valeur », nous en rapproche. Mais cette démarche ne va pas de soi, elle suppose un effort, « un don de soi et de l’héroïsme ». » Ou encore : « Les réflexions de Sartre avaient déjà débusqué ce qui est toujours le nœud du blocage français, et qu’il est bien temps de déverrouiller : le refus d’admettre l’Autre comme tel, le souci de l’assimiler à soi, cet universel abstrait qui n’admet le juif, le noir, l’arabe qu’à condition qu’il se dépouille de son histoire et de sa mémoire. »

Tous ceux qui ne se plient pas à cet impératif sont nécessairement, parce qu’ils différencient, condamnés à produire tôt ou tard des boucs-émissaires : « La fonction du bouc émissaire principal – juif et métèque hier, musulman et immigré aujourd’hui – ». Edwy Plenel prétend ainsi « Hausser la voix non seulement en défense des musulmans mais de toutes les autres minorités que cette accoutumance à la détestation de l’autre met en danger, expose et fragilise. »

  • Le complexe du saint-Bernard et le bouc émissaire

Edwy Plenel glisse donc naturellement dans la mission de défense farouche de la veuve et de l’orphelin, forcément persécutés. Et pour Edwy Plenel, le nouveau juif, c’est le musulman : « Le bouc émissaire principal de notre époque, le musulman, de croyance, de culture ou d’origine. » Ou encore : « C’est par le détour de sa banalisation envers les musulmans, sous couvert d’un rejet de leur religion, qu’il [le racisme] s’est de nouveau installé à demeure, redevenu admissible. Tolérable, respectable et fréquentable. L’actuelle extension du domaine de la haine dont nous sommes les témoins atterrés a pour ressort cette diffusion bienséante d’un racisme antimusulman, qui occupe la place laissée vacante par la réprobation, heureusement mais tardivement conquise, qui frappe l’antisémitisme. »

Et les propos s’enchaînent : « C’est précisément ce que vivent, depuis si longtemps, nos compatriotes musulmans qui, dans le même mouvement, sont assignés à leur origine et empêchés de la revendiquer. À la fois ethnicisés et stigmatisés. Réduits à une identité univoque, où devrait s’effacer leur propre diversité et la pluralité de leurs appartenances, et rejetés dès qu’ils veulent l’assumer en se revendiquant comme tels. » Ou encore : « Une guerre contre une religion (l’islam) et des quartiers (populaires), contre une foi et des territoires tous deux identifiés à une partie de nos compatriotes, parmi les moins favorisés, parmi les moins protégés. » Mais aussi : « Au-delà de leurs prétextes d’époque, l’islamophobie d’aujourd’hui, le racisme anti-arabes et la stigmatisation des musulmans s’enracinent dans cette longue durée non apaisée, comme une blessure toujours purulente. » Et encore : « Et, de la même manière que ce sont leurs marges qui font tenir les pages, le mouvement radicalement démocratique et social que nous défendons ici se joue dans le sort que nous réservons aux minoritaires qui sont encore en lisière de la cité. À tous ceux qui n’ont pas les mêmes croyances que la majorité, à ceux qui revendiquent leur différence, à ceux qui ne se contentent pas de penser différemment mais qui s’assument comme différents. Les protestants et les juifs hier, les musulmans aujourd’hui. »

Si Edwy Plenel exploite en la magnifiant la symbolique de la « persécution » que subiraient les musulmans en France, son intelligence sélective le conduit à omettre les persécutions bien réelles celles-là que subissent toutes les minorités non-musulmanes dans les pays musulmans, constat dont la réalité ne fait aucun doute, y compris dans le monde musulman (cf. la déclaration de Marrakech de janvier 2016 sur les droits des minorités non-musulmanes en terre d’islam).

  • Il n’y a pas de spécificité musulmane : judaïsme et islam, même combat

Pour Edwy Plenel, il n’y a pas de question musulmane ou islamique (comme le disait d’ailleurs mot pour mot il y a quelque temps Tariq Ramadan, son maître à penser). Dans le grand supermarché des valeurs spirituelles et religieuses d’Edwy Plenel, seul l’emballage semble différencier des produits (religieux) qui seraient au fond semblables par leur contenu : « Être musulman, l’exprimer ou le revendiquer, n’est donc pas plus incompatible en soi avec des idéaux de progrès ou d’émancipation que ne l’était l’affirmation par les ouvriers ou les étudiants de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne et de la Jeunesse Étudiante Chrétienne de leur identité chrétienne, alors qu’ils rejoignaient les combats syndicaux et politiques du prolétariat ou de la jeunesse. »

Quand Edwy Plenel écrit : « rien ne justifie qu’on décrète l’incompatibilité entre la République, ses idéaux et ses principes, et la revendication d’être reconnu, respecté et admis comme musulman. Tout au contraire même, puisque c’est dans la reconnaissance des minorités que se joue la vitalité d’une démocratie acceptant la diversité des siens, la pluralité de leurs conditions, la richesse de leurs différences. », on se demande bien à quel pays musulman il peut bien faire référence comme modèle. Sur quelle analyse s’appuie cette affirmation ? Elle ne figure pas dans ses livres.

Et si Edwy Plenel se hasarde, sans doute par inattention, à faire le constat de l’existence de communautarismes, c’est pour en nier par principe – sans démonstration aucune – leur caractère nocif au regard du sacro-saint vivre ensemble : « Au mot « multiculturalisme », qui n’est que le constat de la diversité française et de la richesse des relations qui s’y nouent, ils s’effraient d’un « communautarisme » supposé destructeur auquel ils opposent, avec un empressement affolé, le bouclier d’un laïcisme crispé, infidèle à la laïcité originelle. »,.

Enfin, quant au rappel de ce qu’il considère être des errements gouvernementaux sur la question de l’identité française au regard de la question musulmane, (« Lors de cette réunion intergouvernementale (été 2013), l’alors ministre de l’intérieur, Manuel Valls, devenu en 2014 premier ministre, fit part des trois défis qui, selon lui, s’imposaient à la France pour les 10 prochaines années. Les voici, selon ses mots, rapportés par les médias au style indirect : celui de l’immigration en raison de la démographie africaine ; celui de la compatibilité de l’islam avec la démocratie ; celui des problèmes posés par le regroupement familial au bénéfice des travailleurs étrangers. »), c’est pour lui l’occasion d’émettre un jugement dédaigneux plutôt que de s’interroger factuellement sur la réalité des problématiques soulevées par l’islam (apostasie, laïcité, statut de la femme, polygamie, homosexualité, etc.).

  • La remise en cause de l’héritage occidental chrétien et la damnation de l’ancien colonisateur (que l’opprobre soit jeté sur lui et tous ses descendants !)

Enfin, pour faire bonne mesure, Edwy Plenel ne s’en tient pas là puisqu’il pousse le vice jusqu’à remettre en cause l’héritage occidental chrétien tout en prétendant faussement (avec quelle intention, sinon celle de nuire aux chrétiens ?) que cet Occident chrétien nierait aujourd’hui les dissensions qu’il a pu connaître : « L’historienne Lucette Valensi nous a mis en garde. Et notamment contre les pièges d’un « fondement judéo-chrétien » de la civilisation européenne qui, d’un même mouvement, exclut ses autres composantes et fait opportunément oublier combien les chrétiens eux-mêmes se sont entre-tués au nom de la religion. »

La domination séculaire de l’Occident chrétien sur l’islam dans de nombreux domaines (sciences, littérature, arts, médecine,…) débouche naturellement sur un incontournable vice originel, le colonialisme : « renouer avec les préjugés coloniaux qui essentialisaient d’autres cultures pour les dominer ou les opprimer, les rejeter ou les soumettre, ». Aussi, le refus d’assimilation dans le pays d’accueil semble être pour lui un devoir pour l’immigré, notamment musulman : « Refuser résolument l’injonction néocoloniale d’assimilation qui entend contraindre une partie de nos compatriotes (de culture musulmane, d’origine arabe, de peau noire, etc.) à s’effacer pour se dissoudre, à se blanchir en somme. Bref, qui ne les accepte que s’ils disparaissent. »

Le paroxysme psychiatrique de cette réflexion est atteint lorsqu’Edwy Plenel introduit la transition abjecte vers le nazisme : « C’est une école de barbarie, ici même, comme l’avait dit avec force, dès 1950 Aimé Césaire dans son Discours sur le colonialisme : tout connaisseur de ce texte célèbre en aura entendu l’écho dans l’intervention de Serge Letchimy, tant on y trouve déjà l’affirmation du lien entre crimes coloniaux et crimes hitlériens : le « formidable » choc en retour, selon Césaire, de cette corruption fatale que fut le colonialisme et qui a fait le lit de la barbarie nazie, sur ce fumier commun de la hiérarchie des humanités et de leurs civilisations. »

Après cela, on se demande ce qui a bien pu faire le lit du génocide d’un million et demi de chrétiens arméniens et assyro-chaldéens en 1915

  • Conclusion

La superficialité des réflexions d’Edwy Plenel en matière socio-religieuse s’explique sans doute par la faiblesse de sa connaissance des textes fondateurs des principales religions auxquelles il fait référence puisqu’il ne les cite absolument jamais. Se reporter aux textes, besogne austère et peu médiatisable, est probablement pour lui une contrainte inutile et nuisible aux grandes envolées lyriques dont il a le secret. Visiblement imbu de sa propre personne et profondément narcissique, Edwy Plenel semble être un représentant archétypal de la pensée bien-pensante et œcuménique pour laquelle la culture consiste à vouer à l’anathème toute idée de jugement et de hiérarchisation des valeurs culturelles humaines au profit du grand pot-pourri de l’humanisme universel. Booba, Black M et Bach (Jean-Sébastien) : vous voyez une différence, vous ?

Cette logique détestable, qui jongle et s’enivre avec des mots vides et des raisonnements vicieux, nous révèle probablement autant de ce personnage que la nature de ses attaques contre Alain Finkielkraut – qui ne boxe visiblement pas dans la même catégorie – lorsqu’il écrit à son propos : « Plus souvent que la vieillesse, la notabilité est un naufrage. Ces honneurs qui masquent des défaites. Ces distinctions qui disent des renoncements. », ou encore « Sans doute est-ce l’habituelle tragédie individuelle des quêtes de reconnaissance inassouvies qui, parfois, déchirent minoritaires ou persécutés, jusqu’à leurs héritiers : cette lassitude que produit l’inconfort du paria qui ouvre la voie au zèle du parvenu. Lequel parvenu n’en fera jamais assez dans son désir d’être enfin distingué et accepté, au risque de se perdre. De perdre son histoire, sa mémoire, son héritage. »

Donc si vous voulez lire du Plenel, allez en bibliothèque, vous perdrez sans doute votre temps mais pas votre argent. J’espère au moins que ce petit article vous aura diverti ou bien instruit en dédommagement du temps que sa lecture vous aura pris.

Gérard Depardieu est-il fou ?

Gérard Depardieu s’est converti  l’islam pendant deux ans dans des circonstances assez rocambolesques. Il l’a expliqué dans l’émission « La grande librairie » en novembre 2015.

Gerard Depardieu Grande Libraiire 161125

Gerard Depardieu Grande Librairie 151126

L’histoire ne dit pas s’il a cessé de boire pendant deux ans. En tous cas, les 1.256 (!) sourates du Coran ne laissent rien présager en ce sens, ni le fait qu’il ne voie pas trop la différence entre les Confessions de Saint Augustin et le Coran.

Islam et dissidence : pourquoi la pensée dissidente est aujourd’hui inefficace en France

Alors qu’une censure intellectuelle évidente s’est installée en France, les publications ou vidéos musulmanes dites « islamistes » (très faciles à trouver sur internet) questionnent avec acuité la nature profonde de l’islam. Ce questionnement légitime ne dépasse guère jusqu’ici le cercle étroit des « spécialistes » et on voit bien que le monde politique et médiatique ne souhaite aucunement sa diffusion à l’ensemble de la population.

Alors que certains propos– à faire se dresser les cheveux sur la tête (en particulier concernant les femmes ou les homosexuels) – d’organisations ou personnalités musulmanes sont rendus publics sans ce que cela soulève d’émotion de la part des défenseurs auto-proclamés des droits de l’homme, les critiques de l’islam bénéficient d’un traitement de faveur de la part des pourfendeurs de la mal-pensance qui manient avec art l’arme accusatrice d’« incitation à la haine raciale ou religieuse » pour couper les têtes de l’hydre de la contestation, avec l’objectif permanent de faire assimiler par la justice française la critique de l’islam à la critique des musulmans en tant que personnes, ce qui est pourtant très différent. Cette indignation sélective ne laisse pas de surprendre.

Mais la critique de toute philosophie, religion, ou idéologie – comme l’est l’islam – reste libre en France, la France résistant encore à l’instauration d’un délit de blasphème en dépit des pressions constantes exercées par certaines organisations musulmanes.

Face à l’apathie et l’inconscience d’une frange non négligeable de la population française (2 millions de Français devant « Touche pas à mon poste » tous les soirs…), les courants dissidents, plus au fait de ces questions (meilleure connaissance des textes religieux, connaissance de faits d’actualité volontairement ignorés ou minimisés par les grands médias : qu’on se souvienne de l’affaire du 1er de l’an à Cologne,…), résistent tant bien que mal à la dictature de la pensée unique, à la stigmatisation dont ils font l’objet de la part des médias et des politiques, aux multiples actions en justice qui leur sont régulièrement intentées du fait d’un discours contraire à la vulgate officielle.

Mais, face à l’hystérie unilatérale, répressive et sectaire de certaines organisations et à l’impossibilité par ailleurs de pouvoir s’exprimer librement dans les grands médias, certains courants dissidents peuvent s’emporter dans leur expression et ainsi prêter le flanc à des sanctions qui ne relèvent pas nécessairement du complot judiciaire ou d’une manœuvre politique si les attendus du jugement reflètent effectivement de façon relativement objective la nature réelle des propos. Ils tombent alors dans le piège de la révolte.

Sans connaître le fond du dossier, il est probable que ce soit le cas avec la condamnation par la justice française le mercredi 6 avril 2016 du directeur de la publication du site Riposte laïque à une amende de 8.000 euros pour provocation à la haine envers les musulmans suite à une « diatribe violente » contre les musulmans publiée en octobre dernier. Intitulé « Et si l’islam était le culte de la perversion sexuelle et morale ? », le texte avait été signalé au parquet par la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra). Le tribunal correctionnel de Paris a estimé que « sous couvert d’expliquer les faits qu’il dénonce par la supposée déviance morale de l’islam, l’auteur impute ensuite aux musulmans, de manière explicite, sans aucune réserve et sans distinction entre eux, une perversion morale et des comportements abjects ». Pour les juges, le texte procède à une « stigmatisation généralisée et systématisée des musulmans », en évoquant « leurs supposées ‘pratiques zoophiles, pédophiles, incestueuses et nécrophiles, voire démoniaques’ ». Loin de se livrer à une critique de l’islam, son auteur « s’adonne à une diatribe violente contre les musulmans, auxquels il prête des perversions inhérentes à leur seule appartenance religieuse », ont estimé les juges. Selon eux, « les propos poursuivis ont amplement excédé les limites admises à la liberté d’expression ». [Ce jugement soulevait par ailleurs une question intéressante de compétence juridique relative au lieu d’implantation du site et à la recevabilité de la plainte en France.]

Au-delà de ce cas particulier, que constate-t-on ? Il semble se constituer un décalage grandissant entre une population, qui s’exprime de façon sincère mais souvent désordonnée, sur les réseaux sociaux (Facebook, Twitter) ainsi que sur les sites de la dissidence, et un monde politique et journalistique qui entend visiblement maintenir sa mainmise sur les médias, au mépris du premier des droits de l’homme, celui de la liberté d’opinion et d’expression.

S’ils résistent, les courants de la dissidence n’ont probablement pas encore aujourd’hui la structure nécessaire pour crever le plafond de verre de la censure et atteindre ainsi véritablement le grand public. L’émiettement et parfois la rivalité de ces courants portés par des personnalités fortes mais souvent farouchement indépendantes est un frein puissant qui les empêche d’atteindre la masse critique nécessaire pour leur permettre de franchir les obstacles qu’on dresse face à eux. Et l’expression dissidente devient parfois un but en soi, une psychanalyse individuelle ou collective, dénuée de tout impact politique ; elle rate son objectif.

Or l’outrance, la révolte, la polémique stérile, écartent de l’objectif qui doit rester l’analyse des faits et la critique documentaire qui, sur le long terme, sont des méthodes beaucoup plus sûres pour faire tomber le mur de la stigmatisation politique et permettre d’approcher la vérité.

S’agissant de l’islam, le discours dissident semble souffrir d’une affectivité et d’une émotivité qui restreignent sa lucidité et l’empêchent de bien séparer la question de la religion musulmane de la question des personnes en tant que telles. Nombre de musulmans sont musulmans parce que tout simplement nés dans la culture musulmane, sans avoir nécessairement fait le moindre choix conscient ou formulé le moindre engagement personnel. Or il est aisé de constater que la grande majorité des musulmans d’Europe n’a qu’une connaissance rudimentaire de l’islam. Ceux-ci sont les porteurs et les défenseurs naturels d’une religion dont ils ignorent très souvent les textes sacrés. Mais en l’absence d’une riche histoire philosophique, littéraire, scientifique, artistique, etc., depuis des siècles, leur identité s’est construite sur l’islam qui a ainsi acquis un rôle de structurant identitaire, alors que la religion a perdu pour l’essentiel ce rôle dans les pays occidentaux. Mettre en cause l’islam, simplement en le critiquant, est ainsi ressenti, à tort, comme une attaque mettant en cause la personne.

Avant d’aborder les questions tribales, sociologiques, géopolitiques, militaires, etc., de la question musulmane, il est donc absolument essentiel de traiter la question centrale de l’islam en tant que religion, en la déconnectant de tout aspect personnel. Car c’est bien l’islam en tant qu’idéologie religieuse qu’il faut décortiquer pour sortir de la confusion extrême où nous sommes plongés et qui autorise tous les discours, jusqu’aux plus absurdes et aux dénis de réalité les plus évidents. Car le constat est d’une simplicité biblique :

L’ISLAM TUE : IL FAUT COMPRENDRE POURQUOI.

La première tâche de la pensée dissidente, dont la vocation naturelle est de sortir des sentiers battus, est d’expliquer inlassablement en quoi consiste l’islam, quelle est sa doctrine authentique : pas à partir des opinions des uns ou des autres, qui parfois abusent de l’argument d’autorité et de leur suffisance pour imposer leur point de vue, mais à partir des textes sacrés musulmans eux-mêmes – que tous les musulmans reconnaissent – puisque tout le monde peut les lire en français et que cette lecture ne demande pas en réalité de compétences très pointues. Car il faut combattre farouchement l’idée que le sens des textes religieux musulmans ne serait accessible qu’à des érudits. La lecture du Coran, de la biographie de Mahomet et des hadiths est vraiment tout à fait abordable (même si elle est un peu austère) dans la mesure où la complexité de la pensée spirituelle est très faible (au profit de règles à respecter) : essayez, et vous verrez !

Malheureusement, beaucoup refusent de faire l’effort de se documenter et s’arrêtent à des jugements hâtifs et des oppositions irrationnelles et viscérales qui sont nécessairement perçues de façon négative et rejetées par des opposants dont les avis contraires sont tout aussi irrationnels et viscéraux ! Pour déconstruire rationnellement un discours, ou au contraire en montrer le bien-fondé, il faut d’abord connaître les textes fondamentaux qui le sous-tendent : certains ne se sont-ils pas mordus les doigts de n’avoir pas fait cet effort dans la première moitié du XXème siècle ?

La lecture des textes sacrés musulmans est la seule façon de se faire une idée juste et précise de ce qu’a été la véritable vie de Mahomet (et pas celle fantasmée par de nombreux biographes partisans) ainsi que sa pratique de la religion, et de dépasser ainsi le niveau actuel lamentable de la propagande et des dénis de réalité dont nous sommes abreuvés.

Cette connaissance est la condition sine qua non autorisant de demander à chacun de se positionner clairement et en conscience sur un choix de valeurs et de modèle de société (place de la femme, égalité des communautés humaines, liberté religieuse, laïcité, etc.) pour déterminer si, oui ou non, nous partageons les mêmes valeurs humaines et avons vocation, ou non, à vivre ensemble.

Libye et victimisation : une mise au point intéressante sur les errements français

L’excellente émission « Arrêt sur images » nous a gratifié fin mars 2016 d’un échange intéressant et plein de bon sens à propos des errements français en Libye et de l’instrumentalisation médiatico-politique de la victimisation.

ASI 160331 Libye et victimisation

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Lutter contre la « radicalisation islamiste » : un leurre bien occidental ?

Alors que l’ « Instance de dialogue » mise en place par le gouvernement avec les représentants de l’islam de France constatait en tout début de semaine dernière (21 mars) sa très grande difficulté à lutter efficacement contre la radicalisation chez les jeunes musulmans français, les attentats de Bruxelles ont été tout au long de la semaine de nouveau l’occasion d’un déferlement de généralités dans les médias, laissant de côté la doctrine, l’émission « Des Paroles et Des Actes » s’étant illustrée dans ce domaine avec une conclusion assez insipide et surtout inutile d’un psychiatre, car c’était, encore une fois, replacer la problématique de la radicalisation sur le seul terrain de la psychologie/psychiatrie. Malheureusement, la faible diversité des intervenants dans les grands médias (télévision ou radio) laisse peu de chance à l’expression des opinions non conformistes, politiquement incorrectes, mais probablement plus justes.

Il est symptomatique que les seuls motifs avancés ad libitum pour expliquer cette « radicalisation » soient tous de nature sociologique, économique, psychologique, etc., et jamais religieuse. Si des juifs, des chrétiens, des bouddhistes, des agnostiques, des athées,… souffrent aussi en France de difficultés scolaires, économiques, psychologiques, sentimentales, etc., on n’en voit pas qui sortent tuer des gens dans les rues ou commettre des attentats-suicide au nom de leur religion ou spiritualité. C’est donc bien qu’il y a une spécificité de l’islam en matière de violence.

Force est de constater que ces jeunes musulmans qui commettent ces attentats au mépris de leur vie sont loin d’être tous des « paumés » ou des personnes psychologiquement dérangées. Bien sûr, certains peuvent être instrumentalisés à partir d’un terreau fragile, mais beaucoup de situations ne semblent pas relever de ce contexte. Dans une récente émission d’« Arrêt sur images », un reportage montrait un combattant de l’État Islamique en Syrie qui faisait le choix, après concertation avec les autres membres de son groupe, de sacrifier sa vie pour déloger des ennemis d’une position jusque-là imprenable. Il était calme et le reportage le montrait ayant une conversation a priori normale avec sa femme quelques minutes avant son départ. De la même façon, la vidéo de l’État Islamique relative aux attentats du 13 novembre montre les interviews des combattants morts dans les attentats : c’est surtout leur résolution calme qui impressionne, y compris lorsqu’ils pratiquent des décapitations.

Face à cette détermination sans faille et maîtrisée, les politiques sont désemparés car beaucoup d’occidentaux ont perdu le sens du religieux. La glorification de l’athéisme et l’écroulement de la morale qu’il provoque sapent depuis bien des années le respect et la compréhension du spirituel dans l’homme. Les personnes vraiment croyantes ne sont plus vues que comme des représentants d’une espèce en voie d’extinction, des « curiosités » qu’on observe avec amusement, comme les hommes du mythe platonicien de la caverne. Aller jusqu’au bout de son engagement religieux ou spirituel serait la marque de personnes « dépassées », appartenant à une époque révolue, n’ayant rien compris puisqu’elles sont par définition en dehors de la réalité consumériste et jouissive de notre temps. À cette aune, un moine régulier qui s’enferme pour des années entre les murs d’une abbaye à prier pour un monde qu’il ne voit pas est-il plus fou qu’un combattant musulman qui veut mourir en martyr, assuré qu’il est d’être reçu au paradis ?

Poser le problème de la « radicalisation » musulmane, c’est en réalité poser le problème de l’identité profonde de l’islam. Que dit l’islam ? En réalité, la grande majorité des musulmans semble l’ignorer (comme le confirmait un reportage présenté dans l’émission de France 2 du dimanche matin consacrée à l’islam de France en février 2015 : « L’ignorance est un fléau chez les musulmans » disait une jeune musulmane interviewée).  Aussi, l’invitation pressante de l’État Islamique incitant les musulmans d’Europe (et du monde) à revenir à leurs textes authentiques, à « apprendre leur religion », n’est donc pas fortuite.

Pourquoi les réponses de l’islam de France sont-elles si faibles à ce sujet ? C’est sans doute que la lecture de la biographie originelle de Mahomet du IXème siècle (Sîra d’Ibn Ishâq/Ibn Hîcham), reconnue comme authentique par tous les musulmans, conduit à constater une proximité troublante entre l’islam de Mahomet, à compter de son installation à Médine, et celui de l’État Islamique. Cette biographie regorge en effet d’expéditions, de razzias, meurtres, viols, tortures, etc. dans le cadre du jihad que Mahomet a instauré contre tous les non-musulmans. Ce jihad est offensif et la légitime défense si souvent évoquée en occident apparaît bien « mythique ».

En effet, l’omniprésence de la guerre à compter de la déclaration du jihad ne fait guère de doute : de la date du début de la préparation du jihad à la conquête de La Mecque, ce qui représente 500 pages dans la Sîra traduite par Abdurrahmân Badawî (Éd. Albouraq), on dénombre environ 450 pages consacrées à la description de la guerre (batailles, expéditions, alliances, traitements de captifs, répartition du butin, meurtres divers,…). La consultation de la table des matières du second volume de cette biographie conduit à identifier sur cette période plus de vingt-cinq sections relatives à la guerre (avec les mots bataille, campagne, razzia, conquête,…), ainsi que quatorze sections relatives à des meurtres. Souvenons-nous d’ailleurs simplement que Mahomet a exterminé les juifs Banû Quraydha à Médine : entre 600 et 900 prisonniers juifs égorgés par petits groupes, « jusqu’à leur extermination totale », dit la Sîra ; et tout cela en dépit du fameux « Nulle contrainte en religion » (qui a en réalité été abrogé par Mahomet avec l’ouverture du jihad).

Cette perception n’est guère contradictoire avec la lecture du Coran, dont les versets appelant à tuer les infidèles, les pourchasser, etc., sont nombreux, de même que les multiples versets glorifiant le martyre dans le « combat dans la voie d’Allah » (le jihad), dont j’ai déjà eu l’occasion dans un autre article sur « la licéité de l’attentat-suicide » de donner de nombreux exemples sur le site d’Atlantico.

Terminons enfin par les hadiths du Prophète qui semblent également cohérents avec cet ensemble. Par exemple en ce qui concerne la lutte contre les juifs (hadith de Muslim faisant partie du recueil authentique, qu’on retrouve de façon similaire mais un peu plus courte chez Bukhari) : « D’après Abû Hurayra, l’Envoyé d’Allah a dit : « L’Heure Suprême ne se dressera pas avant que les musulmans ne combattent les juifs. Les musulmans tueront les juifs jusqu’à ce que les rescapés de ces derniers se réfugient derrière les pierres et les arbres qui appelleront alors le musulman en disant : « Ô musulman ! Ô serviteur d’Allah ! Voilà un juif derrière moi, viens le tuer ! », exception faite de l’arbre dit Al-Gharqad qui est l’un des arbres des juifs ». »

Que Mahomet ait été historiquement un homme politique qui a usé sans scrupule de la guerre pour parvenir à ses fins ne devrait pas en soi être problématique si l’islam pouvait laisser dormir cet exemple dans les coffres de l’histoire et ne conserver de sa doctrine que les aspects pacifiques et miséricordieux (l’islam ayant déjà été bien précédé par les conceptions bouddhistes et chrétiennes qui donnent à l’amour du prochain et à la compassion une place centrale, la violence étant totalement absente du Nouveau Testament – est-il besoin de le rappeler –). Cette évolution serait profitable à tous et faciliterait grandement le vivre ensemble.

Mais vouloir faire évoluer l’islam dans ce sens, ce que certains penseurs musulmans « éclairés » réclament aujourd’hui au péril de leur vie, semble impossible sans remettre en cause l’islam dans sa totalité puisque Mahomet constitue un modèle a qui force de loi universelle pour la suite des temps, toute critique de sa personne étant d’ailleurs susceptible de constituer un délit de blasphème puni de mort dans l’islam.

Aussi, la question de la « radicalisation » n’est pas celle qui nous est présentée : c’est d’abord fondamentalement une question religieuse, et non sociologique ou psychologique ; vouloir prétendre le contraindre est une erreur de diagnostic manifeste, un véritable aveuglement. D’ailleurs, si tous les recruteurs et les recrutés de l’État Islamique étaient des gens « perdus », désemparés, la lutte serait sans doute beaucoup plus facile et leur engagement ne se prolongerait sans doute pas sur des années. La cohérence doctrinale de la vision dite « islamiste » est justement un des éléments pouvant fasciner des esprits en quête d’absolu, à la recherche d’une vraie identité spirituelle et non pas d’une religiosité confortable se rassasiant de quelques prières quotidiennes et de quelques ablutions.

Si être musulman aujourd’hui c’est continuer à suivre du mieux possible l’exemple du Prophète (ce qui est régulièrement rappelé dans toutes les conférences musulmanes qui se tiennent en France), prendre conscience de la nature de l’islam professé et pratiqué par Mahomet (telle qu’il ressort des textes musulmans authentiques eux-mêmes) semble problématique, au moins à la première lecture : on peut certes prétendre interpréter, mais la clarté de ces textes pose un vrai problème. La question devient donc : Mahomet était-il « radicalisé » ? Est-ce un exemple à suivre ?

Georges Malbrunot, dans une conférence donnée à Neuilly-sur-Seine le soir du 22 mars dernier sur le thème de l’État Islamique, à la question (deux fois formulée) sur les motifs strictement religieux conduisant les jeunes Européens à partir en Syrie, répondait : « l’islam, ce n’est pas cela [celui de l’État Islamique] », incantation pieusement formulée. Ce propos, malheureusement soutenu par aucun argumentaire doctrinal, semblait refléter un tabou impossible à lever : envisager que certains aspects de la doctrine de l’État Islamique puissent effectivement refléter le véritable islam des origines. Dans le même temps pourtant, Georges Malbrunot concédait qu’une proportion très significative (30% ou plus) des sunnites de certains pays du Golfe affichaient en leur for intérieur une certaine sympathie pour la vision doctrinale de l’islam professée par l’État Islamique.

En France, l’accès aux médias semble limité à un petit groupe d’islamologues ayant pignon sur rue médiatique et dont le discours économico-sociologico-psychologique semble tourner en boucle en dépit du peu de réponses concrètes qu’il apporte. Quant aux autres commentateurs, journalistes détenant les clefs du pouvoir médiatique, leur ignorance de la doctrine musulmane est flagrante – d’ailleurs il ne la cite jamais –, ce qui ne les empêche toutefois pas d’asséner leurs opinions avec la plus grande force. Ainsi, les questions difficiles sont évacuées, comme l’a déjà souligné à plusieurs reprises Alain Finkielkraut (mais aussi d’autres), au prétexte de ne pas favoriser la « stigmatisation » (et donc l’islamophobie).

Or la question n’est pas de stigmatiser les musulmans, qui n’ont aucune raison d’avoir à la naissance un plus mauvais fonds humain que les autres hommes. Car il faut mettre fin aux procédés condamnables de certaines officines dont l’activité principale semble consister, dans un amalgame odieux, à tenter de faire taire (et si possible condamner par la justice) toute analyse libre et critique des religions, et notamment de l’islam, au prétexte que ce sont les personnes qui sont attaquées ! Eh bien, non ! Humainement, un musulman n’a pas plus de raison d’être meilleur ou pire qu’un juif, un chrétien, un bouddhiste, un athée, un communiste, un scientologue… : donc pourquoi l’attaquer ? La question n’est vraiment pas là. La question est d’analyser de quelle façon les idéologies, les religions, peuvent transformer les hommes, jusqu’à parfois en faire des monstres, et d’essayer de comprendre dans quelle mesure ce processus de transformation a été délibéré et conscient de la part de l’individu concerné, car c’est aussi une clef essentielle dans la lutte contre ces dérives.

La première tâche est donc d’éduquer chaque personne dans sa religion et de lui faire prendre pleinement conscience des textes qui sont à la source de sa croyance. Or, s’agissant de l’islam, on peut légitimement s’interroger sur le degré de connaissance qu’ont les musulmans de leurs propres textes sacrés étant donné la puissance des dénis, des occultations ou des censures qu’on constate tous les jours dans ce domaine.

La question, qui ne doit supporter aucune entrave, est, sur la base des textes originaux, de rechercher la réalité du message, quelle qu’elle soit, même si elle est douloureuse. Or force est de reconnaître que de nombreux thèmes posent problème dans la doctrine musulmane (inégalité des communautés humaines et communautarisme, inégalité homme-femme et droit de battre sa femme, châtiments corporels, laïcité, jihad contre les infidèles, martyre au combat, etc.).

Malheureusement, en France, le politiquement correct semble difficile à dépasser, alors même que la parole peut être beaucoup plus libre dans certains pays où on s’y attendrait peut-être moins (lire par exemple l’interview du philosophe musulman libanais Ali Harb publiée le 13 mars 2016 dans le quotidien libanais « L’Orient Le Jour » intitulée : « L’islam ne peut pas être réformé ») (reforme). En matière de religion, les médias français semblent déserter le champ de la simplicité, de la raison, du simple bon sens. Et la lecture littérale, qu’on nous apprend à l’école et que tout le monde applique naturellement dans sa vie de tous les jours, semble perdre soudainement, lorsqu’il s’agit de l’islam, sa pertinence et sa vertu (sans que quiconque soit capable d’expliquer pourquoi), et être entachée d’un irrémédiable et épouvantable vice. De quoi a-t-on peur ?