La crise de la conscience musulmane : quelle issue sans remettre en cause l’islam même ?

  • Une époque charnière ?

Les attentats de 2015 en France, et ceux à venir, sont une rare occasion de briser la chape de plomb qui, en France, sous prétexte de la préservation d’un vivre ensemble dont on a beaucoup de mal à définir les contours et les règles, étouffe quasi systématiquement par la voie médiatique puis judiciaire (grâce notamment à l’énergie farouche de certaines organisations qui s’occupent des droits de l’homme mais d’un certain bord seulement) la réflexion sur la nature de l’islam et celle du projet de civilisation qu’il propose au monde.

D’un côté, le projet de l’État islamique consiste grosso modo à ressusciter l’islam authentique, c’est-à-dire l’islam de Mahomet à Médine (la même barbarie mais avec les moyens modernes et beaucoup de communication cf. jihad) : soit la lutte armée offensive contre tous les non-musulmans (ou identifiés comme tels) – les mécréants –, et l’extension de l’islam par la voie du « combat dans le sentier d’Allah » sous forme de l’agrandissement du califat (tout cela intervenant dans le contexte d’enjeux géopolitiques considérables et instrumentalisés, liés notamment à la remise en cause des frontières issues des accords Sykes-Picot et de la lutte fratricide entre les sunnites et les chiites).

De l’autre côté, un islam européen dit « modéré », tétanisé, à la fois incapable de lutter doctrinalement contre la doctrine de l’État islamique – puisque c’est en réalité l’islam authentique de Mahomet une fois qu’il eut émigré à Médine et déclaré le jihad, ce que les musulmans « modérés » sont bien en peine de nier (mais chut ! il ne faut pas le dire cf. Médine) –, et incapable de structurer et de formuler au-delà de vaines incantations un projet de société qui apporte quelque chose à un monde occidental dont les valeurs spirituelles et morales sont pourtant en pleine décomposition.

Dans cet étau, la « conscience musulmane » se retrouve de plus en plus pressée par le questionnement sur sa propre valeur et soulage ses maux à coups de « pas d’amalgame », mais avec un effet purement symptomatique qui ne traite nullement la problématique de fond, la véritable maladie.

  • Qu’en disent les musulmans eux-mêmes ?

Pour nous convaincre du caractère tragique de cette situation, lisons – car qui lit, surtout parmi les politiciens français ? –, quelques passages représentatifs (on peut facilement vérifier que ces extraits ne sont pas prélevés « hors contexte ») de ce qu’une personnalité éminente de la communauté musulmane, Tariq Ramadan, dit de ce déchirement et de la qualité du modèle de société que pourtant les musulmans nous proposent en exemple.

Commençons par le constat dressé par Tariq Ramadan : « Un quart de siècle passé à étudier la production des grands savants musulmans à travers l’histoire de même que la pensée islamique, classique et contemporaine, à essayer de comprendre et à évaluer au plus près, et au mieux, les contributions respectives des écoles littéraliste, traditionaliste, réformiste, rationaliste, soufie et les approches religieuse, sociale ou politique des mouvements islamiques et/ou islamistes anciens et modernes, à visiter, à vivre et travailler avec des communautés musulmanes à l’orient comme à l’occident ; un quart de siècle, disions-nous, et toujours la même lancinante interrogation : comment expliquer les blocages, le renouveau toujours réel et si souvent avorté et enfin la crise qui traverse la conscience musulmane contemporaine autant que les sociétés et les communautés islamiques à travers le monde ? Le problème est profond et les causes multiples, bien sûr, mais tout se passe comme si – en revenant aux sources – on constatait des obstacles accumulés à travers l’histoire qui tantôt peuvent s’expliquer par la crainte des savants et des intellectuels musulmans, tantôt par des conflits de pouvoir, tantôt par une méconnaissance du monde et des sociétés mariée – sans réel paradoxe – à une suffisance au sujet des solutions à promouvoir, tantôt enfin par la réduction du message de l’islam à un corpus de normes censées suffire à répondre aux questionnements fondamentaux sur le sens. »

Tariq Ramadan écrit également : « Les sociétés majoritairement musulmanes sont le plus souvent à la traîne sur le plan économique, elles ne présentent la plupart du temps aucune garantie démocratique et, quand elles sont riches, elles ne contribuent à aucun progrès intellectuel et/ou scientifique. Tout se passe comme si le monde musulman, se percevant comme dominé, n’avait pas les moyens de ses prétentions. L’expérience de l’exil économique va ajouter à ce sentiment présent, mais diffus, la dimension concrète des tensions et des contradictions. La peur de perdre sa religion et sa culture au cœur des sociétés occidentales provoque des attitudes naturelles de repli et d’isolement. »

Aussi l’islam ne doit-il pas regarder la poutre qui est dans son œil avant de s’intéresser à la paille qui est dans l’œil de son voisin comme l’a rappelé à juste titre Tariq Ramadan lors d’une conférence à Lausanne : « Moi je veux bien venir en Suisse, être suisse et être un citoyen suisse, et dire à la Suisse : « la façon dont vous traitez les immigrés, la façon dont vous traitez ceux qui viennent sauver l’économie de ce pays est innommable. Parce que quand on est africain sans argent, on est moins que rien aux frontières de la Suisse. Et que quand on est acteur africain ou joueur de football africain, algérien, marocain, surtout égyptien [rires dans la salle], et qu’on voit comment sont traités les immigrés pauvres, on est obligé de dire quelque chose du point de vue de la dignité humaine ». Mais soyez honnête avec moi, soyons tous honnêtes : quand maintenant on va dans les sociétés majoritairement musulmanes, quand elles sont riches ou quand elles sont pauvres, toute l’Afrique du nord, les pétro-monarchies, quand vous êtes un immigré pakistanais, philippin, bangladeshi, la façon dont vous êtes traité, la façon indigne dont vous êtes traité ! Et nous on viendrait dire : l’islam a des objectifs supérieurs et on accepterait ça ? Alors ça il faut le réformer de suite. On ne peut pas venir ici dire aux gens : vous maltraitez les immigrés, et se taire. Moi j’ai vu des gens qui étaient…mais… de façon… c’est immonde, c’est inacceptable. Et donc d’un point de vue islamique, si on doit réformer, c’est aussi de pouvoir parler de ça, de pouvoir parler de ces réalités-là. »

Tariq Ramadan Institutionnalisation

Tariq Ramadan Lausanne

Et Tariq Ramadan enfonce le clou en écrivant : « Les systèmes éducatifs officiels et étatiques des sociétés majoritairement musulmanes sont presque tous déficients et en crise. De l’Afrique à l’Asie en passant par le Moyen-Orient, on constate soit des taux d’analphabétisme inacceptables, soit des systèmes et des méthodes qui tuent l’esprit critique et renforcent le bachotage et les injustices sociales. Des réformes s’imposent d’urgence, car tout projet d’ouverture ou de démocratisation sera voué à l’échec si on entretient les populations dans l’analphabétisme, l’illettrisme fonctionnel ou encore une instruction fondée sur l’absence d’esprit critique, le renforcement des clivages sociaux et la protection des intérêts d’une élite. »

Difficile d’être plus clair !

Enfin, citons Malek Chebel qui va lui aussi dans le même sens : « Dans beaucoup de cas, on constate que les strates populaires sont restées en dehors de toute idée de progrès, allant jusqu’à magnifier la vie du chamelier pour mieux se complaire dans une fausse promotion. Elles n’ont tout simplement jamais connu le monde féroce du travail tel qu’on le voit aujourd’hui dans les usines du monde occidental. Que constate-t-on aujourd’hui ? Que le travail est particulièrement dénigré, tandis que la division économique de cette activité est demeurée presqu’en l’état depuis plusieurs siècles, et cela dans la plupart des pays de la ceinture sud de l’islam. Le maître ordonne à son contremaître d’exécuter une tâche que celui-ci délègue à son second, lequel l’exige du petit personnel, souvent étranger, qui l’effectue sans barguigner, car il risque de se voir congédier sans compensation particulière. »

  • Conclusion

Au vu d’un constat aussi accablant, n’est-il pas légitime de s’interroger sur ce qui semble paraître si désirable à certains dans le projet de société que proposent toutes les communautés musulmanes à travers le monde, y compris en Europe et plus précisément en France ?

Pourquoi tenter à toute force de valoriser et de promouvoir un système culturel et social musulman qui, visiblement, aux dires mêmes des islamologues, ne fonctionne pas ?

Discours de Bernard Cazeneuve à la mosquée de Cenon, Bordeaux (25 février 2015)

Il est intéressant d’analyser la position du gouvernement français, par la voie de son ministre de l’intérieur, sur la question musulmane. Voici quelques commentaires relatifs au discours prononcé le 25 février 2015 par Bernard Cazeneuve.

http://www.interieur.gouv.fr/Le-ministre/Interventions-du-ministre/25.02.2015-Discours-de-M.-Bernard-Cazeneuve-a-la-mosquee-de-Cenon-Bordeaux

  • « La loi interdisant le port du voile intégral doit ainsi être appliquée avec fermeté. » 

Bernard Cazeneuve peut-il alors nous expliquer pourquoi cette loi n’est pas appliquée et, pire, pourquoi les policiers semblent avoir reçu des consignes pour ne pas l’appliquer ?

  • « Le président de la République a d’ores et déjà annoncé sa volonté de durcir la répression des actes et des menaces racistes,  antisémites et anti-musulmans. La prévention et la répression des actes anti-musulmans constitueront un axe majeur du plan d’action pour la lutte contre le racisme et l’antisémitisme que prépare actuellement le nouveau délégué interministériel (…). J’ai pour ma part donné instruction aux préfets de signaler systématiquement aux procureurs de la République tous les actes racistes, antisémites ou anti-musulmans dont ils auraient connaissance.  »

Et les actes anti-chrétiens ? Ils ne comptent pour rien ? Bernard Cazeneuve mentionne en fin de discours un rapide : «  Quant aux profanations de cimetières et de lieux de cultes, elles touchent toutes les confessions, et notamment la religion chrétienne, et sont, hélas, en nombre croissant. » Mais on voit bien que cela n’est vraiment pas dans ses priorités ni dans celles du gouvernement français.

  • « Je comprends que les musulmans trouvent injuste de devoir sans cesse rappeler qu’ils n’ont rien à voir avec de tels crimes. Chacun sait que l’immense majorité des Français de confession musulmane ont fermement et évidemment condamné les attentats perpétrés sur notre sol, ainsi que la volonté des terroristes d’invoquer la religion pour justifier leurs actes criminels. Mettre en relation les exactions de quelques individus avec les comportements et les valeurs de cinq millions de Français musulmans relève soit d’une coupable ignorance, soit d’une malhonnêteté inacceptable. »

Pour quelle raison cette demande de justification paraît-elle aussi insupportable ? Les musulmans ne sont-ils pas les représentants vivants d’une idéologie religieuse qui, de façon objective, sème la terreur dans le monde depuis plusieurs décennies ? Les musulmans ne portent-ils pas une responsabilité collective dans l’absence de dénonciation et de manifestation ferme et massive devant ces faits, même ceux qui se passent à l’étranger ou dans les pays musulmans (ex. absence de respect des droits de l’homme), ainsi que dans leur incapacité à purger leur doctrine de tous les ferments d’extrême violence, nombreux, qui y figurent avec une évidence criante (cf. jihad) ? Vouloir ignorer cette réalité relève bien d’une coupable ignorance ou d’une malhonnêteté inacceptable : celle du personnel politique français depuis des années.

D’ailleurs plusieurs représentants de la communauté musulmane ne sont pas de l’avis du ministre et jugent bien qu’il y a effectivement aujourd’hui des comptes à rendre aux non-musulmans quant à la violence que l’Occident et notamment la France subie depuis tant d’années (cf. violence).

  • « La République laïque garantit à chaque Français la liberté de conscience, par là même la liberté de croire ou de ne pas croire » 

Bernard Cazeneuve semble oublier que le C.F.C.M., dont il vante par ailleurs les qualités et qu’il considère être « l’interlocuteur privilégié de l’État », refuse encore aujourd’hui d’inscrire dans la charte des droits du musulman le droit d’apostasier (cf. apostasie). Il est donc intéressant de noter que le gouvernement français choisit comme interlocuteur privilégié une organisation qui refuse la liberté de conscience.

  • « Ma conviction (…) est que l’enseignement privé confessionnel musulman doit pouvoir se développer dans le respect des principes républicains. »

Bernard Cazeneuve peut-il nous expliquer comment l’enseignement confessionnel musulman pourrait être compatible avec les principes républicains puisqu’il consiste à enseigner une doctrine qui prône ou autorise (entre autres) l’inégalité naturelle homme/femme, la répudiation, la polygamie, les châtiments corporels, l’absence de liberté de conscience, le communautarisme ?

  • « Il y a beaucoup à faire aussi pour aider à mieux faire connaître l’islam comme religion et comme civilisation par nos compatriotes, en partenariat avec les musées, les bibliothèques, les médias audiovisuels. (…) Des cours de langue arabe et de civilisation arabo-musulmane, ainsi que des cours de soutien scolaire, seraient proposés à tous. Le Gouvernement a également décidé de relancer les études sur l’islam de France et l’islamologie à l’Université. Cette relance s’appuiera sur un programme précis, que je piloterai conjointement avec la ministre de l’Education nationale. Il existe une grande tradition d’islamologie française, illustrée par exemple par les noms de Louis MASSIGNON, Maxime RODINSON et Jacques BERQUE, et que nous devons contribuer à faire renaître.»

Il est extrêmement surprenant que l’État français se transforme ainsi factuellement en propagandiste de l’islam : est-ce bien là le rôle d’un État laïc ? Si la communauté musulmane se sent frustrée par une méconnaissance de la contribution de l’islam au monde occidental, que ne se prend-elle en main elle-même pour promouvoir cet héritage ? N’est-elle pas la mieux située ? Pourquoi, depuis tant d’années que chacun est libre en France et en Europe (contrairement à ce qui se passe dans les pays musulmans) de mener toutes les recherches possibles et imaginables cette évidence de la contribution musulmane ne s’est-elle pas imposée avec une immense clarté ?

La violence musulmane : un début bien timide de reconnaissance d’une responsabilité pourtant évidente

À l’occasion des attentats du 13 novembre 2015, l’émission de France 2 « Islam » du 22 novembre 2015 revient, entre autres, sur la question de la violence dans l’islam et de la responsabilité de la communauté musulmane sous deux angles : la condamnation publique des attentats du 13 novembre ; la difficulté de l’islam à extirper de sa doctrine ses ferments violents.

France 2 Islam 151122 Extrait 1

France 2 Islam 151122 Extrait 3

  • La condamnation publique des attentats du 13 novembre 2015

Chacun sait que depuis des années que des attentats terroristes se produisent en France, les voix des musulmans de France ne se font guère entendre pour condamner ces agissements. Ce silence effroyable est la preuve d’une relative indifférence de la communauté musulmane vis-à-vis du sort des non-musulmans dans les pays occidentaux. Les voix musulmanes se réveillent surtout lorsque les musulmans craignent que ces agissements finissent par avoir un impact sur la perception par les non-musulmans des musulmans vivant dans les pays occidentaux : sans cette crainte, magistralement illustrée par le « pas d’amalgame », il ne se passe rien. L’émission fait en réalité le même constat.

Le Journaliste : « Les oulémas, les théologiens, que nous venons d’entendre, qui viennent de l’Égypte, qui ont condamné religieusement, théologiquement, justement ces crimes. C’est quand même extraordinaire d’entendre, justement de la voix des gens autorisés, une condamnation sans ambiguïté. »

Il quand même stupéfiant que le journaliste trouve « extraordinaire » le faits que des musulmans égyptiens (la communauté musulmane formant une grande famille comme on le sait, « l’oumma ») condamnent ces attentats (avec cela étant un mauvais argument cf. ). D’abord, on se serait attendu au fait que l’émission choisisse prioritairement des dignitaires musulmans français pour condamner ces actes : visiblement, cela ne doit pas être si évident d’en trouver (en dehors du responsable de l’émission)… Ensuite, le terme « extraordinaire », pour choquant qu’il paraisse est en réalité bien choisi : car cette condamnation par les musulmans rompt effectivement avec le silence ordinaire, habituel. D’ailleurs, c’est surtout le fait qu’elle soit sans ambiguïté qui surprend : les non-musulmans français étaient plutôt habitués à des attitudes ambiguës, le manque de sincérité des condamnations sautant habituellement aux yeux. Enfin, la référence aux « gens autorisés » laisse perplexe car on s’attendrait à des témoignages de tous les musulmans, ce qui aurait beaucoup plus de force que les témoignages isolés de quelques personnalités dont on ne sait pas qui ils représentent réellement.

À cela, Ghaleb Bencheikh répond : « Oui, et tant mieux, et il vaut mieux tard que jamais. Parce que nous pâtissions – cette fois-ci le nous je l’entends à l’ensemble des citoyens français, mais je le restreins aussi à la composante islamique de la nation – nous pâtissions d’une double difficulté : d’abord les citoyens français étaient sommés de se fondre d’une manière camaléonesque au sein de la nation, sans aucune référence à leur propre confession ; au même moment on leur demandait de se déterminer comme musulmans pour condamner la barbarie. » Et le journaliste enchaîne : « Autrement dit, vous n’êtes pas une communauté musulmane quand cela nous convient, mais dès lors qu’il y a une tragédie on vous désigne comme des musulmans pour vous exprimer. »

Il est quand même étonnant d’entendre une personnalité musulmane modérée avec une forte notoriété reprendre à son compte l’argument victimaire au travers de la contrainte qui serait imposée au musulman français de « se fondre de manière camaléonesque » dans la communauté française, comme si on imposait en France aux musulmans un châtiment particulier et qu’il y avait derrière tout cela – ce qui apparaît en filigrane dans le discours du journaliste – une stigmatisation (mot que les musulmans chérissent) bien spécifique.

Ce qui est demandé, c’est un respect des valeurs et des traditions françaises : c’est quand même la moindre des choses quand on prétend être français ! Ensuite, il faudrait que les musulmans nous expliquent pourquoi ils sont la seule communauté à poser un tel problème d’intégration et d’assimilation en France : ni les juifs, ni les bouddhistes, ni les vietnamiens, etc. ne se plaignent de quoi que ce soit. Musulmans, arrêter de vous plaindre, comme vous le conseille Tariq Ramadan (cf. victimisation).

  • La difficulté des musulmans à extirper de leur doctrine ses ferments violents pour proposer une sagesse

D’ailleurs, si les musulmans se plaignent de se voir mettre en face de leurs responsabilités, il semble que d’autres voix comprennent cette requête légitime des non-musulmans, car cela fait quand même des années que le terrorisme musulman touche l’Europe et plus généralement l’Occident.

Ainsi Rachid Abou Houdeyfa, que l’on goûte d’habitude dans un registre différent, a déclaré au lendemain des attentats : « Il y a eu, et il y a toujours eu, ici des gens égarés, qui revendiquent leur acte criminel au nom de telle ou telle religion. Aujourd’hui, c’est au nom de l’islam malheureusement. Et c’est pour cela qu’il est important que nous, musulmans, responsables religieux, eh bien nous nous justifiions, contrairement à ce que certaines personnes disent en répétant : « on n’a pas à se justifier, cela n’a rien à voir avec l’islam, etc. ». Soit, mais qu’on le veuille ou non, c’est des actes revendiqués au nom de l’islam. D’où l’importance de se justifier, de rappeler, haut et fort, avec fermeté, clairement, sans ambiguïté, que ces actes n’ont rien à voir avec l’islam. Et il est important aussi que les responsables religieux, particulièrement bien sûr les imams, lors des prêches du vendredi, non seulement condamnent, mais condamnent avec des preuves scientifiques et religieuses, et ne limitent pas simplement à condamner. Il est important aussi d’agir concrètement, au-delà de condamner sur ces actes inqualifiables de barbares – qualifiés de « barbares » si on veut – eh bien, ici, il est temps d’agir, de différentes façons (…). »

Rachid Abou Houdeyfa Attentats nov 2015

Rachid Abou Houdeyfa Attentats nov 2015

De son côté, Ghaleb Bencheikh s’enfonce dans la contradiction en déclarant, après s’être plaint de demandes de justification illégitimes (cf. ci-dessus) : « Les condamnations, les réprobations seules ne suffisent pas. Mais il faut aussi s’attaquer aux racines de la tragédie et aux racines du mal. (…) Les dignitaires, les hiérarques, les imams, les muftis, eux, avaient une véritable responsabilité, plus qu’engagée. Et, encore une fois, nous récoltons la moisson de nos démissions, de nos abdications, parce que lorsque le discours fielleux sur la violence sacrée, sur le jihad détourné, même dans son acception proliférée, eh bien on avait, par-ci par-là, que quelques petits atermoiements, le louvoiement, et encore une fois la frilosité nous a amenés à la tragédie dans laquelle nous nous trouvons. »

Si Ghaleb Bencheikh reconnaît la responsabilité des dignitaires religieux, jusqu’à leur « louvoiement », et de façon plus générale celle de la communauté musulmane – qui récolte selon lui aujourd’hui ce qu’elle a semé –, pourquoi se plaindre et trouver illégitime que les occidentaux demandent des comptes aux musulmans ? On nage dans l’incohérence.

  • Conclusion : c’est visiblement bien difficile de faire face à ses responsabilités ; avec tout ça, on n’est pas sorti de la Casbah…

« Made in France » : comment réduire la problématique du terrorisme musulman à de la psychiatrie

Made in France

Les attentats du 13 novembre 2015 ont conduit au report de la sortie d’un film : « Made in France ». Il m’a néanmoins été donné de le voir en avant-première. Non, sans un grand malaise. Voici pourquoi.

Ce film retrace le parcours d’un petit groupe de jeunes français de banlieue, musulmans de fraîche date ou dont l’islam est en cours de radicalisation, décidés à faire le jihad, jusqu’à l’engrenage de la préparation d’un attentat.

La qualité essentielle du film est de donner un bon aperçu de la vacuité abyssale de l’existence de ces jeunes garçons qui trouvent dans l’islam et le jihad une façon de se donner un peu de contenu existentiel : bref, des paumés qui ne savent même plus bien à la fin quelles sont leurs motivations réelles. Cette violence de bas étage a déjà été filmée de façon très percutante : regardez Gomorra.

Le problème est que l’islam n’est dans ce film qu’un prétexte pour entrer dans une problématique qui n’est plus vue que sous un angle psychiatrique : qu’est-ce qui peut conduire des jeunes à envisager des actes extrêmement violents consistant à tuer des gens au hasard ? y a-t-il une fascination du mal ? etc…

Tout lien est en réalité rompu rapidement avec la question de l’islam : une fois l’amorce consumée (un prêche musulman classique dans un local rudimentaire pour situer l’action dans le monde des banlieues musulmanes françaises), l’action perd tout lien avec l’islam : le film veut couper le cordon ombilical entre la violence et l’islam. On bascule ainsi dans une étude psycho-sociologique qui pourrait s’appliquer à n’importe quel désordre mental.

Pourtant, depuis des décennies, il n’y a que l’islam qui conduise à des attentats dans les pays occidentaux : inutile d’en faire une liste que tout le monde connaît et qui remplit page après page… Rappelée à cette triste réalité, l’équipe du film n’a eu aucune réponse à apporter. Les auteurs s’interrogent-ils sur la raison pour laquelle c’est l’islam qui depuis des décennies alimente le terrorisme religieux et non le bouddhisme, le christianisme ou le judaïsme ? Pas le moins du monde.

En réalité, l’argument implicite du film, argument hautement discutable, est qu’il n’y a pas de problème de violence dans l’islam et qu’il faut donc se concentrer sur le seul vrai problème qui reste : la psycho-pathologie de jeunes garçons complètement perdus placés sous les ordres d’un psychopathe et auxquels tout bon psychanalyste va trouver moult circonstances atténuantes. D’un côté, le gentil journaliste musulman, de l’autre les méchants islamistes qui fomentent des attentats et qui ne sont en réalité que de pauvres jeunes gens perdus : c’est pathétique !

Interrogée à l’issue de la projection sur l’absence totale de réflexion et de base doctrinales sérieuses dans le film à propos de l’islam, l’équipe du film, et en particulier l’un des deux acteurs principaux, Dimitri Storoge, n’a eu d’autre argument que celui de répondre comme toujours qu’« il ne fallait pas faire d’amalgame », réponse stéréotypée quand on n’a pas d’argument et qu’on y connaît rien.

Un film à fuir donc si vous aimez la vérité et si vous en avez assez du politiquement correct et de la censure médiatique en France qui empêchent de poser les questions qui fâchent et donc surtout de comprendre, dans le contexte par ailleurs que nous connaissons tous en ce mois de décembre 2015. Dans ce cas d’ailleurs, il est probable vous ne tarderez pas à vous faire traiter d’islamophobe…

En revanche, si votre ambition est seulement de voir un film à suspense français, vous y trouverez peut-être votre compte.

Islam, Valeurs & Violence : Un regard un peu plus clairvoyant que les autres…

À l’occasion des attentats du 13 novembre 2015, l’émission de France 2 « Islam » du 22 novembre 2015 revient avec raison sur les questions fondamentales (jihad, apostasie, place de la femme, droit des non-musulmans,…) auxquelles l’islam est confronté aujourd’hui de façon intense, la réponse apportée se réduisant le plus souvent à des incantations auxquelles les non-musulmans sont sommés de croire mais sans aucune preuve tangible.

Ghaleb Bencheikh parle de chantiers « titanesques », et ils le sont en effet. 1.400 ans après la mort de Mahomet, la confusion est aujourd’hui générale dans cette religion qui se prétend pourtant si parfaite et explicite, et qui est la seule depuis des années à générer du terrorisme et l’oppression de certaines groupes humains (chrétiens et yézidis entre autres) au nom même de la religion.

Laissons Ghaleb Bencheikh passer en revue ces chantiers « titanesques » :

France 2 Islam 151122 Extrait 1

France 2 Islam 151122 Extrait 1

Ghaleb Bencheikh : « Les chantiers sont titanesques. J’ai envie d’abord de les énumérer très brièvement : »

  • « D’abord le chantier de la liberté, de la liberté de conscience : criminaliser l’apostasie est en soi criminel ; »

Ghaleb Bencheikh reconnaît que la position des musulmans dans le domaine de l’apostasie n’est plus tenable, l’apostasie étant clairement condamnée par l’islam (cf. apostasie) et conduisant dans la quasi-totalité des pays musulmans à la condamnation à la prison ou à la décapitation. Rappelons que le C.F.C.M. refuse encore aujourd’hui en 2015 d’accorder aux musulmans de France le droit d’apostasier (cf. aujourd’hui).

  • « désintriquer la politique d’avec la religion, donc le chantier de la laïcité et du pluralisme; »

On ne voit pas comment les musulmans peuvent faire puisque l’islam est par définition religion et État (cf. laïcité) : rien ne peut être indifférent au religieux, la vie dans son ensemble, sous tous ses aspects, étant à organiser sous l’égide de Dieu. L’islam rejette clairement la laïcité. Aucun pays musulman aujourd’hui n’est laïc.

  • « le chantier de l’égalité, de l’égalité foncière, fondamentale, ontologique, entre les êtres, par-delà le genre, par-delà l’appartenance confessionnelle; »

Ghaleb Bencheikh ne fait que constater ce qui est une évidence en dépit des dénégations de multiples représentants des musulmans en Occident, notamment en France avec le C.F.C.M., à savoir : l’islam a un sérieux problème avec l’égalité homme-femme (cf. inégalité) et l’égalité des communautés humaines (cf. supériorité). Depuis le temps qu’on le dit !

  • « le chantier de la désacralisation de la violence : comment peut-on s’imaginer qu’il y ait une quelconque efficacité à la violence au XXIème siècle, et de surcroît qu’elle puisse être commanditée par la transcendance et par Dieu, et en se référant au Coran ; »

La violence est omniprésente dans la prédication de Mahomet à compter du moment où il émigre à Médine et où il s’aperçoit qu’il est incapable de rallier les juifs à sa nouvelle religion (cf. jihad). Et comme Mahomet a décidé de ne pas suivre la voie du Christ, c’est-à-dire convertir par la seule puissance de la foi et de façon pacifique, et qu’il n’a pas voulu finir sa vie en prophète incompris, l’insertion de la violence devient inévitable et congénitale à la doctrine de l’islam. Il existe des chapitres entiers de hadiths authentiques justifiant la doctrine du jihad, combat dans la voie d’Allah. La violence figure dans de nombreux versets du Coran. Quant à l’efficacité, ce n’est pas le sujet : le commentaire est assez surprenant. Que cette violence puisse être ou non jugée efficace à telle ou telle période, c’est le principe même de la violence au nom du religieux qui doit être banni.

  • « donc autre question : ce rapport à la révélation coranique : il se trouve que malheureusement on est train de faire l’exégèse sauvage : les criminels, assassins, s’en prévalent en exhibant tel ou tel verset hors contexte ; et de l’autre côté on n’a pas trouvé mieux de leur répondre, y compris dans la prière du vendredi il y a deux jours [ndlr 20 novembre 2015], que d’exhiber aussi des versets coraniques hors contexte, sauf que ceux-là enjoignent à l’amour et la bonté. C’est très bien, mais on est dans le même procédé, dans la même méthodologie et dans la même approche épistémologique. Donc on est dans une situation où on se bat à coups de versets coraniques. C’est le statut même de la révélation qui est à revoir. »

Effectivement, les versets exhibés par les dits « islamistes » sont tout à fait authentiques, ce qui pose déjà un sérieux problème. Les musulmans dits « modérés » contestent leur interprétation mais à coup d’anathèmes et non de démonstrations convaincantes. Les arguments sont assenés sans jamais être démontrés.

Le problème est que la démonstration passe par une analyse précise de la vie de Mahomet qui ressemble de façon assez évidente beaucoup plus à ce que fait l’État islamique aujourd’hui qu’à la vie de Jésus ou de Bouddha. Seuls ceux qui n’ont pas lu la Sîra disent le contraire (c’est-à-dire la très grande majorité des musulmans).

Le statut de la révélation est effectivement totalement à revoir : il s’agit en réalité d’un texte (largement copié du judaïsme) qui a obéi pour l’essentiel à des objectifs politiques, très éloignés de la véritable spiritualité. L’ultime question au fond est : Mahomet était-il un bon musulman ?

  • Conclusion

On ne peut, pour une fois, qu’applaudir le courage nécessaire à l’énoncé de ces constats véridiques et accablants pour l’islam, et qui font généralement l’objet de dénis de réalité intenses et souvent agressifs de la part de la communauté musulmane.

Les chantiers énoncés par Ghaleb Bencheikh sont d’autant plus titanesques que toute évolution de la doctrine de l’islam nécessite des contorsions dialectiques pour rendre acceptables aujourd’hui des textes sacrés qui prêchent clairement sur des sujets fondamentaux le contraire des valeurs occidentales. On se demande bien comment les musulmans vont s’y prendre pour réformer des textes qui semblent irréformables : difficile d’être optimiste après des siècles d’immobilisme face à une résistance encoure vigoureuse d’une communauté qui a énormément de mal à accepter la critique et encore plus de se remettre en cause.

Le musulman doit-il respecter la vie du non-musulman en Occident ?

Le principe général est que le musulman doit faire en sorte de vivre ou de s’installer dans un pays musulman lorsqu’il en a la possibilité (cf. émigration). Lorsque le musulman est contraint de vivre dans un pays non-musulman dont il estime qu’il ne respecte pas ses valeurs, le musulman est néanmoins considéré, selon le Conseil Européen des fatwas,  comme lié aux non-musulmans qui l’entourent par un « pacte » social implicite qui l’oblige à respecter la vie des non-musulmans (et leurs biens), quand bien même il rejette viscéralement leurs valeurs, leur mode de vie, etc.

Seule l’existence de ce « pacte » [1] implicite rend tolérable d’un point de vue religieux la cohabitation avec les non-musulmans [2], sous leur domination, cohabitation qui ne peut donc s’instaurer que dans le cadre du strict communautarisme qu’elle induit.

[1] Notion fondamentale dans l’islam (et que l’on retrouve à de multiples reprises dans les textes) pour des raisons historiques et culturelles liées notamment aux mœurs tribales en Arabie, les multiples tribus contractant et dénouant des alliances au gré des différentes facéties de la fortune, tout pacte conclu devant être impérativement respecté, mais tant qu’il n’est pas dénoncé…

[2] Comme le dit Tareq Oubrou : « L’enjeu est capital pour le monde musulman qui n’a d’autre choix que de composer avec le monde tel qu’il est. »

En effet, le Conseil Européen des fatwas « recommande à nos frères musulmans le respect de ce qui est prescrit par le Livre et la Sunna, et le consensus des théologiens de l’islam, en matière de respect des dispositions du pacte d’al-amân (sécurité) et des conditions de résidence et de citoyenneté dans les pays européens dans lesquels ils vivent – le Conseil insistant particulièrement sur ledit respect. Les obligations les plus importantes sont : de considérer intangibles les vies des non-musulmans, leurs biens, leur honneur en vertu du pacte qui leur a permis d’entrer dans le pays, et sans lequel il ne leur aurait pas été permis d’y entrer ni continuer à y séjourner. Dieu le très-haut a dit : « Soyez fidèles à vos engagements car, en vérité, il vous en sera demandé compte. » (sourate 17, verset 34) »

Ce rappel – considérer comme intangibles les vies des non-musulmans dans le cadre du « pacte » – peut paraître stupéfiant mais est bien réel et semble particulièrement nécessaire aux yeux du Conseil Européen pour les fatwas, car visiblement cette chose élémentaire (respecter la vie d’autrui, et surtout du non-musulman) ne semble pas aller vraiment de soi, cela va sans dire pour les dits « islamistes » mais aussi pour toute la communauté musulmane : car le Conseil ne s’adresse pas aux « islamistes » mais bien à l’ensemble de la communauté musulmane vivant en Europe.

Cette notion de « pacte » implicite est opportunément exhibée : mais qu’est-ce à dire ? Que naturellement la question devrait se poser différemment ? Et que devient demain ce pacte si d’aventure le nombre de musulmans a tellement augmenté qu’ils ne se considèrent plus dans le dar-al-harb mais le dar-al-islam, la France devenant de facto une terre musulmane ? Et si un pacte doit être toujours respecté, cela n’est vrai que pour autant qu’il n’a pas été dénoncé, et donc ce pacte ne garantit en rien l’avenir… Dans cette conception, la cohabitation n’est qu’un rêve éphémère…

L’émigration en terre d’islam pour vivre selon la chari’a

Ceux qui se revendiquent musulmans avant d’être français se rattachent de fait à leur communauté de croyants et n’attachent donc qu’une importance secondaire aux valeurs de leur pays : la France. Dans ce cas, autant qu’ils émigrent en terre d’islam, quelle que soit leur nationalité, comme d’ailleurs le recommande l’islam de façon très claire : en effet, si un musulman éprouve des difficultés à suivre les lois du pays dans lequel il réside car non conformes à ses valeurs, il doit émigrer (faire hijra) pour venir habiter sur une terre musulmane où l’application de la chari’a sera conforme à ses désirs.

Coran, sourate 4, verset 97 : « Les Anges enlèveront leurs âmes de ceux qui ont fait du tort à eux-mêmes en disant : « En quel état étiez-vous ? » [ndlr en matière de religion]. – Nous étions faibles sur terre, dirent-ils. Alors les Anges diront : « La terre d’Allah n’était-elle pas assez vaste pour vous permettre d’émigrer [ndlr aller en terre musulmane] ? ». Voilà bien ceux dont le refuge sera l’Enfer. Et quelle mauvaise destination ! »

Coran, sourate 4, verset 98 : « À l’exception de ceux qui sont faibles et incapables parmi les hommes, femmes et enfants, et qui ne sont pas guidés sur la bonne voie. »

Coran, sourate 4, verset 99 : « À ceux-là, il se peut qu’Allah accorde Son pardon. Allah est Clément et Miséricordieux. »

Coran, sourate 4, verset 100« Et quiconque émigre dans le sentier d’Allah trouvera sur terre de nombreux refuges et de l’espace. La rétribution de quiconque sort de sa maison pour émigrer vers Allah et Son messager, et que la mort atteint, incombe à Allah. Et Allah est Pardonneur et Miséricordieux. »

Yusuf Qaradawi précise : « Il n’est pas licite pour un musulman de vivre parmi les non-musulmans et sans son identité musulmane, sauf s’il s’agit de quelqu’un qui n’a pas d’autre solution. Cela est motivé par la possibilité ou l’impossibilité pour le musulman de se préserver, de préserver sa religion ainsi que ceux dont il a la responsabilité, à savoir sa famille et ses enfants. S’il se retrouve dans un environnement où il craint pour sa religion, pour lui-même et pour sa famille, il est de son devoir d’émigrer vers un autre environnement qui lui en garantisse la préservation, et il lui est interdit de demeurer dans un environnement où il craint la corruption pour sa religion ou le danger pour lui-même. »

Donc si certains honnissent les valeurs de la France, la cohérence avec leur foi devrait les conduire à partir vivre selon la chari’a qu’ils désirent, par exemple au Moyen Orient, et qu’on fasse en sorte qu’ils puissent obtenir la déchéance de la nationalité française qu’ils revendiquent de fait puisqu’ils nient les valeurs de la République française.

Et si on islamisait l’histoire de France ?

Une des raisons évoquées de façon constante pour expliquer la mauvaise intégration en France de certaines parties des populations musulmanes, en particulier d’origine maghrébine, est que ces populations, même nées sur le territoire français, ne s’y sentent pas chez elles. À écouter certains, il faudrait que la France réinvente son histoire, l’« islamise » : idée stupéfiante !

Lisons Tareq Oubrou, musulman réputé éminemment modéré : « D’après ce qu’on lit dans les manuels – ou plutôt ce qu’on y lit pas –, les musulmans n’ont absolument rien légué à l’Occident dans le domaine des sciences, des arts ou de la philosophie. À commencer par l’algèbre – de l’arabe al-jabr –, qui a envahi tout notre univers mathématique. De même, entre l’Antiquité gallo-romaine et les Lumières, pas une ligne sur les huit siècles andalous ! Même les noms des savants arabes – Avicenne, Averroès –, ont été latinisés…Pourquoi s’interdire de revisiter l’histoire de France en mettant mieux en lumière l’apport des différentes populations présentes sur son sol ? »

Tareq Oubrou collectionne les poncifs sans les démontrer (voir mathématique pour ce qui concerne les mathématiques ou latinisation pour ce qui concerne la latinisation des noms), alimentant ainsi volontairement une propagande de frustration qui donne par avance des arguments pour excuser l’inexcusable (incivilité, violence,…) : c’est une attitude totalement irresponsable qui alimente l’idée profondément pernicieuse d’un complot culturel occidental contre le monde musulman.

Qui empêche aujourd’hui en France qui que ce soit d’écrire ou de communiquer sur l’héritage légué par les cultures du Maghreb et du Moyen Orient ? Personne. D’ailleurs, il faut arrêter l’amalgame contenu dans le terme de « arabo-musulman » : ce n’est pas parce que les arabes (qui ne sont pas tous musulmans) ont pu transmettre certaines choses à l’Occident que cela a nécessairement un quelconque rapport avec l’islam.

Si Tareq Oubrou juge que cet héritage ne tient pas une place considérable dans les livres d’histoire, peut-être y a-t-il une bonne raison, évidente celle-là : c’est peut-être que cet apport est relativement limité. Et si les musulmans veulent corriger cette mauvaise perception, qui les en empêchent ? Au boulot !

Mais visiblement, Tareq Oubrou a beaucoup de mal à sortir du cercle vicieux de la victimisation (cf. victimisation) : « Le sentiment d’appartenir pleinement à une communauté de destin commence par là : que les petits Mohammed [1] sachent que leur culture d’origine a contribué à la civilisation au sein de laquelle ils vivent. Mieux mettre en valeur la contribution arabo-musulmane à la culture occidentale serait un signal positif. Les jeunes musulmans se sentiraient davantage partie prenante de la culture et de l’histoire de LEUR pays. »

[1] Parce qu’ils ne peuvent pas s’appeler Jérôme, Henri, David, Jacques… ?? Pourtant certaines populations étrangères, notamment d’origine asiatique, n’hésitent pas à faire ce choix. Qui parle d’intégration ?

Mais Tareq Oubrou n’a pas peur de pousser son idée jusqu’à une absurdité qui frise la folie : « La plupart des musulmans, même ceux qui décrochent un diplôme en fin de parcours, ressortent plus ou moins frustrés du système scolaire. Je vois une raison simple à cela : ils ne se reconnaissent pas dans l’histoire de France. »

Tareq Oubrou ne se rend même pas compte de la perversité de son propos : les petits français d’origine immigrée ne pourraient donc pas se sentir français puisque l’histoire de France n’est pas l’histoire du Maghreb et de l’islam…

Tareq Oubrou a-t-il oublié ce que Renan disait : « Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n’en font qu’une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L’une est dans le passé, l’autre dans le présent. L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs ; l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis. »

Les vietnamiens, les libanais, les chinois, les indiens, etc. qui vivent en France n’ont pas plus de raisons de se reconnaître dans cette histoire de France : pourtant, cela ne semble pas leur poser de problème. Tareq Oubrou, avez-vous une explication à cela ?

Karim Benzema : mon pays c’est l’Algérie

Dans le contexte de l’appréciation de la capacité des jeunes issus de l’immigration à se sentir français, le cas de Karim Benzema est intéressant. Français né en France, musulman, il déclarait il y a quelques années, sans être revenu a priori sur ses propros, et bien qu’il porte le maillot de l’équipe de France : « Mon pays, c’est l’Algérie ».

Karim Benzema

Benzema mon pays l’Algerie 2011

Il y a 3 ans, il déclarait aussi : « On ne va pas me forcer à chanter la marseillaise ». Certes, mais on aurait aimé qu’il ait envie de la chanter….

L’obsession de la différenciation ou pourquoi les musulmans ne veulent pas « s’intégrer » dans les sociétés occidentales : l’origine du communautarisme

Pour l’islam, les musulmans sont supérieurs aux non-musulmans dans la mesure où ils constituent la meilleure communauté. Cette prétention figure explicitement dans le Coran, sourate 3, verset 110 : « Vous êtes la meilleure communauté qu’on ait fait surgir pour les hommes (…) ».

Aussi, il importe aux musulmans de se différencier en permanence des non-musulmans, et bien entendu en priorité dans l’espace public. Cette obsession prend de nombreuses formes, et notamment pour tout ce qui touche à l’aspect extérieur

  • Un exemple pratique : le rasage de la barbe

Yusuf Qaradawi écrit : « On rapporte que les gens du Livre (juifs et chrétiens) s’abstiennent de teindre leurs cheveux blancs pensant que le fait de s’embellir est incompatible avec l’adoration et la piété. C’est le cas des moines et des pratiquants de l’ascétisme qui poussent la religion à l’excès. Mais, le Messager de Dieu a interdit d’imiter ces gens et de suivre leur voie afin que les musulmans aient toujours leur personnalité distincte et indépendante dans le fond et dans l’apparence. Al-Boukhari a rapporté ce hadith de Abou Houraira : « Le Messager de Dieu a dit : « Les juifs et les chrétiens ne se teignent pas les cheveux ; aussi, faites le contraire ! » Mais ce n’est qu’un simple conseil et non une obligation. Ainsi, certains ont teint leurs cheveux, tels que Abou Bakr et Omar, et d’autres s’en sont abstenus, tels qu’Obaiy Ibn Ka’b et Anas. »

Yusuf Qaradawi indique également : « Dans le recueil d’al-Boukhari et d’après Ibn Omar, le Prophète a dit : « Faites le contraire des associateurs. Laissez pousser vos barbes en abondance et tailler vos moustaches ». Ainsi, l’exemption des barbes de tout rasage veut dire qu’on les laisse pousser en abondance. Dans une autre version, cela veut dire les laisser pousser librement et les garder. Le hadith en donna la raison : faire le contraire de ce que font les associateurs. Le Messager n’a ordonné de faire le contraire de ce qu’ils font que pour élever les musulmans dans l’indépendance de la personnalité, dans l’originalité, dans l’esprit et l’apparence, et dans l’extérieur et l’intérieur. En outre, le fait de se raser la barbe constitue une rébellion contre la saine nature et une tentative d’imiter les femmes, car la barbe est une preuve de virilité et l’une de ses marques distinctives. »

Yusuf Qaradawi conclut : « Ainsi nous voyons qu’on a donné trois avis différents sur le rasage de la barbe : les uns affirment son interdiction et c’est qu’a dit Ibn Taymiyya. Les autres disent que c’est une chose réprouvée. C’est l’avis rapporté dans « Al-Fath » émis uniquement par Ayad. Les autres enfin affirment la permission de le faire et c’est l’avis des savants contemporains. Le jugement le plus sensé et le plus juste serait la réprobation de cet acte, car l’ordre de laisser pousser la barbe n’indique pas une obligation absolue, même s’il donne comme raison le devoir d’être différent des mécréants. »

Si le rasage de la barbe n’est donc pas une obligation stricte validée par toutes les écoles juridiques musulmanes, on constate aisément que cela est une pratique répandue chez les musulmans qui veulent afficher leur foi et leur identité, souvent en opposition avec la culture ambiante pour ce qui est des musulmans vivant dans les pays occidentaux.

  • Une raison plus profonde que superficielle ou « pourquoi le communautarisme »

On pourrait penser que cette volonté de se différencier est simplement une susceptibilité mal placée, mais il n’en est rien. Cette attitude recouvre en réalité une visée religieuse beaucoup plus profonde, qui est d’ailleurs tout à fait logique pour une communauté qui prétend être la meilleure de toutes et qui n’a donc rien à apprendre fondamentalement des autres.

En effet, Yusuf Qaradawi écrit : « Nous disons : C’est plutôt la grande majorité des musulmans qui s’est mise à se raser la barbe, par imitation de ses ennemis et des colonisateurs de son pays, chrétiens et juifs. C’est ainsi que le vaincu se passionne toujours d’imiter son vainqueur. Elle oublie alors l’ordre que lui a donné le Messager de Dieu qui consiste à faire le contraire de ce que font les mécréants et d’interdire de les imiter. « Celui, en effet, qui imite un peuple, lui appartient » (hadith rapporté par Abou Dawoud d’après Ibn Omar). »

Yusuf Qaradawi rappelle par ailleurs que « Ibn Taymiyya a affirmé à juste titre que le fait d’être différent des mécréants est une obligation visée par le Législateur : « L’imitation des autres extérieurement aboutit à les aimer et à accepter leur protection intérieurement. De même que l’amour intérieur aboutit à l’imitation extérieure. C’est une vérité dont témoignent les sens et l’expérience. » » C’est le syndrome de Stockholm.

Comment dans ces conditions les musulmans peuvent-ils s’intégrer aux sociétés occidentales puisqu’ils n’ont en réalité aucunement l’intention d’en partager réellement les valeurs ? Le seul modèle à suivre est le modèle musulman. Si l’on va jusqu’au bout du raisonnement, l’idée même d’acquiescer dans une discussion à une idée émise par des non-musulmans est à rejeter pour le musulman car c’est commencer à admettre que le non-musulman peut avoir raison et donc, vérité de La Palice, que le musulman peut avoir tort, alors qu’il appartient à la meilleure communauté.

De la même façon, il ne peut pas y avoir de lien entre un musulman et un non-musulman autre que superficiel ; tout début d’amitié est déjà perçu comme une « contamination » par de mauvaises valeurs (cf. lien avec les mécréants). Cette imperméabilité rend l’échange impossible. Mais comment les musulmans peuvent-ils comprendre quoi que ce soit des valeurs chrétiennes occidentales sans avoir jamais lu un seul Évangile ?

Bref, la vision musulmane de la société est une vision fondamentalement communautariste, incompatible avec le vivre-ensemble que nous sert pourtant aujourd’hui la propagandastaffel des élites bien-pensantes qui contrôlent aujourd’hui une part non négligeable des grands medias français : presse, édition, et surtout télévision. D’ailleurs, il suffit d’ouvrir les yeux pour constater que le communautarisme est le principe d’organisation fondamental des pays musulmans, chaque communauté religieuse devant être régie selon ses règles propres.