La polygamie : comment les musulmans la justifient encore aujourd’hui

La polygamie est un héritage de mœurs qui remontent aux anciens temps bibliques (sans pourtant remonter jusqu’à Adam qui n’était pas polygame). Si la limitation à 4 épouses a représenté une amélioration pour l’Arabie du VIIème siècle par rapport à la situation antérieure, la question n’est plus celle-là aujourd’hui. La question fondamentale qui est posée est : qu’en est-il aujourd’hui ? Faut-il maintenir ou abolir la polygamie aujourd’hui ?

La polygamie semble en effet indissociable de l’inégalité homme-femme compte tenu de la prédominance de l’homme sur la femme et du statut de femme-mère qui ne travaille pas et se fait entretenir par son mari.

Cette infériorité de la femme est généralement également associée à une différence de nature supposée en matière de sexualité. Ainsi Malek Chebel écrit : « L’une des raisons que prône les défenseurs de la polygamie est la différence d’inclination et d’étendue de la fonction sexuelle chez l’homme et chez la femme. »

Omero Marongiu-Perria fait état de la profondeur de cette conviction (la polygamie n’est pas anormale) dans la culture musulmane : « Nous avons parlé de la réforme de la Moudawana au Maroc, c’est-à-dire du statut du droit personnel, la réforme du droit matrimonial, etc., car nous ne sommes plus dans une société où les rapports de genre devaient être fondés sur la domination du mâle ou du masculin sur le féminin. Simplement, la limite de la réforme de la Moudawana au Maroc a été celle-ci : on ne peut pas changer les mentalités uniquement à coups de lois, et aujourd’hui la société marocaine vit quand même une certaine crise car la loi n’a pas pu réformer toutes les mentalités. Donc cela doit s’accompagner d’une véritable politique publique d’éducation et là on peut également porter un regard critique sur ces aspects dans un certain nombre d’États. »

Certains auteurs assument d’ailleurs pleinement la nécessite bienfaisante de la polygamie et son aspect charitable. Ainsi Abdurrahmân Badawî écrit : « À notre avis, la polygamie est justifiée dans les cas suivants : 1) Quand la première femme est atteinte d’une maladie incurable qui s’oppose au bonheur des époux ; 2) Quand la première femme est stérile ; 3) Quand la première femme devient tellement vieille et laide, de sorte qu’elle devienne une entrave dans les relations sociales et une source de dégoût perpétuel pour le mari. En effet, qu’est-ce qui est plus charitable dans ces cas : répudier la femme, ou la garder – avec une ou plusieurs autres – tout en lui assurant l’habitation, la nourriture, un traitement correct et la vie en compagnie de ses enfants ? »

D’ailleurs Abdurrahmân Badawî conteste fermement la monogamie chrétienne : « La conception catholique de la morale sexuelle est tellement étroite, impossible à réaliser, qu’aucun homme raisonnable ne puisse l’accepter. Selon cette conception, il faut s’abstenir perpétuellement de toute délectation charnelle, même « permise dans l’état de mariage » (Thomas d’Aquin). Saint Paul va même jusqu’à prescrire le célibat pour les deux sexes. »

Quant à la faculté pour la femme de s’opposer à la polygamie, elle semble assez réduite selon Malek Chebel : « Aujourd’hui, dans plusieurs pays musulmans, la loi civile donne à la femme la possibilité d’exiger de son époux, par écrit, de ne pas prendre de co-épouses. Mais la réalité est beaucoup plus cruelle car, pour respecter cette même clause, le mari est souvent amené à user de son droit de répudiation, un droit qui lui était accordé d’immémoriale mémoire, même s’il est aujourd’hui battu en brèche avec les premiers balbutiements du code personnel. »

Le mariage forcé

  • Le constat

La pratique du mariage forcé dans la culture musulmane est un phénomène reconnu par nombre de représentants de la communauté musulmane.

Ainsi Tariq Ramadan écrit : « Au-delà des positions claires qu’il faut prendre – et qui commencent lentement à être formulées – sur l’interdiction du mariage forcé, de la violence conjugale et de l’excision par exemple, il importe de se pencher sur les réalités quotidiennes et de légiférer de façon cohérente en fonction des finalités supérieures du message [ndlr coranique]. » 

Tareq Oubrou écrit de son côté : « Crimes d’honneur, mariages forcés, violences domestiques…L’actualité en provenance des pays musulmans charrie quotidiennement son lot de violence et d’abus. » 

Quant à Malek Chebel : « Répudiation, polygamie, mariages forcés (et surtout mariages précoces à onze ou treize ans), rapts de jeunes filles, dénigrement des mères célibataires et assassinats perpétrés au nom de l’honneur, voilà quelques aspects – flagrants – de l’infériorité juridique de la femme musulmane par rapport à l’homme, une infériorité fondée – telle est la thèse fondamentaliste – sur le caractère ondoyant et limité de la nature féminine. » 

Malheureusement, cette pratique ne touche pas que les seuls pays musulmans. Elle peut concerner des jeunes femmes françaises que leur famille va marier pendant les vacances au pays ou même se pratiquer sur le territoire français lui-même. Ainsi, dans l’émission du dimanche matin de France 2 « Islam » consacrée en mars 2014 au mariage et au divorce, un reportage indique : « Rien ne s’oppose à ce qu’une femme se choisisse elle-même un mari, pourvu qu’il soit un homme vertueux. Si dans les textes la liberté de choix existe, les mariages arrangés continuent à se pratiquer même si les situations sont contrastées dans le monde musulman. Il arrive que les mentalités évoluent moins vite que la législation. » Une femme interviewée déclare : « Le mariage forcé est une pratique encore courante à Mayotte. Il y a une protection prévue au niveau de la loi, mais on sait très bien que dans la réalité il y a des pressions très fortes au niveau des jeunes filles. Même si certaines jeunes filles sont bien au courant de leurs droits, des campagnes d’information sont nécessaires. Les informations contenues là-dedans [ndlr manuel d’information] concernent aussi bien les femmes que les hommes, mais bien évidemment, je m’adresse particulièrement aux femmes, qui ne connaissent pas leurs droits à Mayotte, et quand on connaît pas les droits, on ne peut pas les faire valoir. » »

  • La doctrine de l’islam

Le consentement de la femme est nécessaire pour le mariage. Toutefois, s’agissant du mariage des très jeunes filles, vierges, il est important de rappeler que le consentement explicite n’est pas requis car le silence de la jeune fille vierge suffit. Cette disposition est assez étonnante car la jeune fille vierge, nécessairement jeune – voire très jeune (cf. Aïcha Aïcha) –, peut naturellement avoir la plus grande difficulté à exprimer un refus sous la pression familiale ou sociale.

C’est la porte ouverte à une culture favorisant les mariages forcés, surtout quand la jeune fille n’a pas la force morale de s’opposer ouvertement et que la famille et le mari espèrent que, sous la pression de la cohabitation forcée, la jeune fille va finir par changer d’avis.

Hadith (Bukhari, Muslim) : Abû Hurayra a rapporté que le Prophète a dit : « La femme ayant déjà été mariée ne peut être donnée en mariage que sur son ordre ; la vierge ne peut être donnée en mariage qu’après qu’on lui a demandé son consentement. – Et comment donnera-t-elle son consentement ? Ô Envoyé de Dieu, demandèrent alors les fidèles. – En gardant le silence. »

Hadith (Muslim) : Dhakwân transmet : J’ai entendu Aïcha dire : « J’ai demandé à l’Envoyé d’Allah si les parents de la vierge devaient ou non la consulter avant de contracter son mariage ». – « Oui, elle doit donner son consentement », répondit le Prophète. – « Mais, répliquai-je, elle est timide ». – « Eh bien, reprit-il, son silence signifie son consentement ».

Hadith (Bukhari) : Aïcha rapporte que l’Envoyé de Dieu a dit : « La vierge doit donner son assentiment. – Mais, lui dis-je, la vierge aura honte. – Cet assentiment, répondit-il, consistera dans son silence. » Certain auteur a dit : « Un homme s’était épris d’une orpheline – ou, suivant une variante, d’une vierge. Comme elle refusait de l’épouser il employa la ruse et produisit deux faux témoins constatant qu’il l’avait épousée. Arrivée à l’âge de la nubilité [ndlr la jeune fille a donc été épousée excessivement jeune, cf. Aïcha], l’orpheline consentit au mariage. Le cadi [ndlr le juge] accepta le faux témoignage [ndlr le cadi n’eut pas à constater l’illégalité du mariage en cours et refaire un contrat] et bien que le mari connût l’illégalité de la chose, sa cohabitation fut licite. »

  • La communauté musulmane française lutte-t-elle contre le mariage forcé ?

Devant ce constat, la question se pose de savoir ce que les représentants musulmans français entendent concrètement faire pour faire cesser cette pratique. Leurs réponses laissent perplexes, si on en juge par l’émission de France 2 « Islam » consacrée au « Mariage et divorce » diffusée en mars 2014.

En effet, le présentateur de l’émission prolonge la réflexion entamée dans le reportage : « Le fait de connaître ses droits est fondamental, parce que cette dame dit « quand on ne peut pas connaître ses droits, on ne peut pas les faire valoir ». Larbi Kechat répond : « De quoi s’agit-il ? Le Coran parle de cette union de la femme et de l’homme comme un signe de Dieu. Quel est notre devoir, chaque fois que l’on reçoit ce message-signe ? C’est de le méditer. Dans des études sociologiques, anthropologiques, il est question d’un phénomène social. L’islam reconnaît ce phénomène social mais il nous invite à aller au-delà du phénomène, vers le niveau le plus élevé de la question, à savoir les signes. Notre relation à notre créateur est la relation à la source inépuisable d’amour. C’est la relation à la source inépuisable de la miséricorde et du réconfort et de la tranquillité. Ce que nous venons de voir ne relève pas des champs normés par Dieu. Ce que nous venons de voir relève du sociologique, qui est objet de changement, tantôt vers le haut, tantôt vers le bas, de changements multidimensionnels, quelquefois négatifs, quelquefois positifs. Et cela rappelle à chacun d’entre nous qu’il y a un décalage énorme entre l’idéal et la réalité. »

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France 2 Islam Mariage & Divorce mars 2014 Extrait 1

De son côté, Omero Marongiu-Perria éclaire un aspect de la culture musulmane qui peut contribuer à justifier la pratique du mariage forcé aux yeux des hommes musulmans  : « Le féminin ou l’expression du féminin dans le Coran est souvent mentionné à la voix passive et le masculin à la voix active. Je résume cela très simplement en disant que, dans le Coran, l’homme se marie ou contracte l’union, et la femme est mariée, ou est l’objet de cette union qui est contractée. »

Le Journaliste poursuit : « Mais il n’y a pas une lecture anthropologique à faire de nos jours de cette forme conjugale ou grammaticale [ndlr sic!] ? »

Réponse d’Omero Marongiu-Perria : « Alors, ce sera peut-être l’objet de notre discussion ultérieure puisque l’autre point qui est intéressant ici à mentionner, ce sont les orientations coraniques : le texte coranique prend acte d’une situation qui prévalait au détriment de la femme, c’est ce qui a été clairement établi par les historiens de l’islam, et le Coran donne également des orientations, mais c’est à l’homme de découvrir cette orientation, ces horizons. Est-ce que ce sont des horizons ou des orientations qui tendent vers un rapport que l’on va qualifier d’égalitaire, ou cette orientation vient-elle prédéfinir ou prédéterminer des rôles qui fait que la femme est un être foncièrement assujetti dans les rapports de genre. Ça, c’est aux êtres humains à en débattre. »

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Voilà où nous en sommes au bout de 1.400 ans ! Pour un message qui devait être le dernier et déterminer le bien et le mal pour le reste des temps…

Nature du mariage musulman

Le mariage musulman n’a pas le caractère « sacré » qu’il a chez les chrétiens. C’est pour l’essentiel un contrat social, qui peut être rompu par la répudiation (ou la demande de dissolution par la femme dans certains cas).

Omero Marongiu-Perria explique : « On parle en langue arabe de « zaouaj », de « niqah », qui signifient littéralement « les conditions permettant à un couple de consommer l’union charnelle« , c’est-à-dire d’avoir un rapport sexuel, qui est validé aux yeux de la société. Le traduire directement par « mariage » pose un double problème, puisqu’on va avoir un problème sémantique tout d’abord : est-ce que le terme est adéquat ? Je pense qu’il faudrait laisser un terme plus générique d’ »union », d’union qui est validée socialement, et cela pose un autre problème d’ordre juridique puisque, si l’on considère que seul le mariage civil dans la forme actuelle où il est proposé dans la société française est la seule forme d’union reconnue pour des musulmans, quid du PACS, quid du concubinage qui est validé auprès de l’autorité légale ou pas. C’est un débat qui existe aujourd’hui chez les musulmans, et je dirais : pour qu’une union soit reconnue valide par les théologiens musulmans, dans le droit canon musulman, il faut qu’il y ait une validation sociale : c’est pour cela qu’ils accordent une grande importance à la dimension de l’ »oualima », c’est-à-dire ici, on pourrait dire la publication des bans, ou en tous cas la médiatisation du mariage. Et il n’y a pas besoin d’avoir un référent religieux, contrairement à ce que certains musulmans pensent, pour que cette union soit légale. Donc on devrait garder ce terme général d’union, qui laisse une marge de manœuvre aux individus, telle qu’elle a été pratiquée précédemment, chez les musulmans. »

Des rituels pour ne pas réfléchir ? Ou est la spiritualité ?

Une des questions posées par l’islam n’est-elle pas la valeur religieuse des rituels ? Que cela puisse aider le croyant à mieux vivre sa foi, c’est une chose ; que cela devienne le centre de la vie religieuse en asséchant la vraie vie spirituelle en est une autre, reproche d’ailleurs qui vaut potentiellement pour toutes les religions.

Quelle spiritualité par exemple peut-il y avoir à égorger de pauvres animaux en faisant passer leur souffrance au second plan (cf. article halal), souvent dans des conditions indignes, tout cela pour satisfaire une règle sortie d’on ne sait où ? Qu’il y ait une symbolique dans l’utilisation de l’eau, d’accord ; mais à quoi riment toutes ces règles compliquées de purification (qui n’ont d’ailleurs aucun sens d’un point de vue physique et médical) si ce n’est à ancrer dans l’homme l’habitude de l’obéissance aveugle ?

Malek Chebel écrit : « Il faut savoir que le Coran est, en lui-même, un discours constitué sur Dieu et de Dieu sur l’homme. Cela explique la pauvreté relative de l’acte philosophique en islam, cantonné malgré lui à une histoire amplifiée des idées et à une spéculation molle sur les fins dernières. »

Tareq Oubrou a une position différente : « Dans le domaine de la raison, la théologie musulmane n’a rien à envier aux autres traditions. Je dirais même qu’avec l’avènement de l’islam, c’est la première fois dans l’histoire des monothéismes, voire des religions et spiritualités en général, que l’articulation entre foi et raison a fait l’objet de discussions aussi centrales. » Sans aborder la question de la philosophie islamique et de son rapport au religieux, sujet beaucoup trop vaste, on peut seulement remarquer qu’estimer à un niveau très inférieur à celui de l’islam la qualité de la réflexion relative à l’articulation entre foi et raison dans les autres spiritualités et religions est extrêmement discutable.

Au-delà de ces questionnements, Tareq Oubrou constate surtout en pratique : « La course à la ritualisation est un esprit qui touche tous les domaines de la vie quotidienne : le vêtement, la nourriture et même la cosmétique ! J’observe chez beaucoup de musulmans quelque chose comme un retour à la Torah. »

Il ajoute : « En homme de son siècle, Benoît XVI est tout simplement parti d’une réalité médiatique : celle de musulmans pour qui l’islam n’est plus qu’une religion de la pratique coupée de Dieu, donc de toute recherche de sens. De ce point de vue, son propos visait juste. »

Tolérance vis-à-vis des non-musulmans en terre d’islam

La revendication par les musulmans en Europe et notamment en France de droits ou d’aides (par exemple pour construire des mosquées) est constante, généralement accompagnée de reproches de stigmatisation. On se demande alors pourquoi autant de migrants veulent rejoindre l’Europe pour y être persécutés.

Or on peut s’interroger sur la légitimité morale (et non légale) de cette demande de traitement égalitaire ou d’assistance quand on voit la façon dont sont traités les non-musulmans dans les pays musulmans. La construction d’églises, de synagogues ou d’autres lieux de culte non-musulmans est-elle libre dans les pays musulmans ? Les non-musulmans y ont-il la liberté de culte ? Comment expliquer l’interdiction d’accès des non-musulmans à nombre de mosquées ou les territoires interdits comme en Arabie Saoudite, terre sainte de l’islam ? A-t-on jamais vu l’entrée de Saint-Pierre de Rome (ou de toute église d’ailleurs) refusée à un musulman parce qu’il n’est pas chrétien ? Où est le scandale ?

Il est regrettable que les musulmans ne s’approprient pas plus le jugement de bon sens de Malek Chebel sur cette question (que n’entendrait-on pas si ce propos était sorti de la bouche d’un chrétien…!!) : « Il est un aspect que l’on évoque pratiquement jamais : pour que la tolérance vis-à-vis d’autrui devienne une réalité, il faut que le musulman la cultive autant qu’il l’exige des autres. (…) Si les musulmans veulent que leur religion soit honorée et respectée en Occident (…), il faut qu’ils soient capables d’accepter dans les pays où l’islam est dominant une tolérance équivalente pour les autres religions. (…) Une mosquée en France, soit. Mais une église en Arabie Saoudite ? (…) Aller et venir sans difficulté aucune, soit, y compris au Vatican, mais pourquoi le territoire de l’Arabie serait-il strictement interdit aux non-musulmans ? (…) etc. »

La lapidation : jurisprudence malikite

La jurisprudence malikite fait état des éléments suivants :

–  « Abdullah ibn Omar a rapporté : « Des juifs se rendirent chez l’envoyé de Dieu et lui apprirent qu’un juif et une juive ont commis l’adultère. » L’envoyé de Dieu leur demanda : « Que trouvez-vous au sujet de la lapidation dans votre Torah ? » Et eux de répondre : « À les flérir et à les flageller ». Abdullah ibn Salam leur répondit : « Vous mentez car votre Torah cite la lapidation. » Ils apportèrent la Torah, et l’ouvrant, l’un d’eux cache de sa main le verset où la lapidation est mentionnée, puis il lit ce qui le précède et ce qui lui succède. Abdullah lui dit alors : « Pousse ta main », et l’autre le faisant, on trouve le verset de la lapidation. Ainsi les juifs dirent : « C’est vrai, ô Muhammad, ce verset existe ». Alors l’envoyé de Dieu ordonna de lapider les accusés. Et Abudllah ibn Omar poursuit : « J’ai vu l’homme se pencher sur la femme pour la protéger des pierres. » Et Mâlik explique : « L’homme s’est penché sur la femme afin qu’il reçoive seul les pierres. » »

–  « Abdullah ibn Abu Mulayka a rapporté qu’une femme vint chez l’envoyé de Dieu lui dire qu’elle avait commis l’adultère alors qu’elle était enceinte. Alors, l’envoyé de Dieu lui dit : « Va-t-en, jusqu’à ce que tu accouches ». Une fois qu’elle a accouché elle revint chez l’envoyé de Dieu qui lui dit : « Rentre chez toi et allaite ton petit ». La période d’allaitement étant terminée, la femme revint chez l’envoyé de Dieu qui lui dit : « Reviens chez toi et confie ton petit à une tierce personne. » Le rapporteur dit que la femme l’ayant fait, revint encore chez l’envoyé de Dieu qui ordonna de la lapider. »

–  « Abdullah ibn Abbas a rapporté qu’il a entendu Omar ibn al-Khattab dire : « La lapidation est, dans le Livre de Dieu, une peine à laquelle sont soumis hommes et femmes ayant commis l’adultère s’ils sont mariés, surtout si à ce sujet il y a une évidence ou une grossesse ou même encore une confession faite. » »

–  « Yahya ibn Sa’id a rapporté qu’il a entendu Sa’id ibn al-Mussayab raconter : (…) Rentrant à Médine, Omar ibn al-Khattab prêche les gens en disant : « Hommes ! On vous a avancé une Sunnah, et prescrit des obligations, et tout pour vous est clair, ainsi n’égarez pas les gens. » Puis frappant une main sur l’autre, il dit : « Prenez garde que vous ne vous perdiez pas en négligeant le verset concernant la lapidation, et que l’on dise : « On ne trouve pas dans le Livre de Dieu un crime qui est soumis à deux peines. Et l’envoyé de Dieu a ordonné de lapider et nous avons fait de même. » » Par celui qui tient mon âme en sa main, si je ne crains que les gens disent : « Omar a ajouté un verset au Livre de Dieu, » je l’aurais dicté, à savoir : « Lapidez jusqu’à mort l’homme et la femme âgés », car ce verset, nous l’avions récité. Yahya a rapporté qu’il a entendu Mâlik dire : « On sous-entendait par la femme et l’home âgés, ceux qui son mariés. Ayant commis l’adultère, ils seront à lapider. » »

Le Cheikh Muhammad Diakho commente ainsi cette question particulièrement embarrassante de nos jours pour les musulmans : « La question de la lapidation ayant été relatée dans le Coran, selon les traditions, le texte n’y figure plus après son abrogation. Du hadith sur le principe de la lapidation, on peut retenir les points suivants : 1) Qu’il soit jadis présent dans le corpus coranique, c’est la thèse d’Omar al-Khattab. Cependant, cette thèse n’a pas été retenue par les compilateurs du Coran. 2) Qu’il a été appliqué par le Prophète, et que des traditions prophétiques viennent corroborer la prescription, c’est hadithement vrai, comme le hadith : « Tout sang d’homme (personne) musulman est illicite, excepté dans trois cas : le fornicateur marié, âme pour âme et le déserteur apostat. » On retiendra donc que la lapidation est une institution fixée par la « Tradition pratiquée » (al-sunna al-amaliyya) et de la « Tradition verbale » (as-sunna al-qawliyya). 3) Que cette pratique n’ait pas un caractère obligatoire, c’est que la pratique prophétique laisse entrevoir clairement. 4) Que ce principe est abrogé de l’arsenal juridique de l’islam, c’est une thèse soutenue et elle mérite le respect et l’attention des Fuqaha [ndlr spécialistes] contemporains. 5) Enfin, que chaque imam, chaque mufti [ndlr chef de communauté sunnite, en mesure d’édicter des fatwas], chaque hakim [ndlr sage] ou qadi []ndlr juge], dispose du droit à la clémence, c’est ce que Abu Bakr et Omar ont fait en proposant au fautif de se repentir et de se taire. »

En résumé, la pratique par Mahomet de la lapidation et sa recommandation lorsque nécessaire sont parfaitement avérées par la Tradition même si cette disposition ne figure pas explicitement dans le Coran. Son abrogation dans l’arsenal juridique de l’islam n’est pas établie mais il est possible de faire preuve de clémence. Bref, les musulmans sont dans l’incapacité d’abolir la lapidation sans remettre en cause toute leur Tradition et le comportement de Mahomet qui a toujours valeur d’exemple.

Le Cheikh Muhammad Diakho conclut avec le même embarras, en étendant d’ailleurs la confusion à d’autres thématiques malmenées par la civilisation musulmane comme le droit des femmes : « Un tel principe dont on ne dispose d’aucune preuve de son caractère obligatoire et contraignant, et qui de surcroît engage une énorme responsabilité du qadi, à savoir : la suppression d’une vie, un tel principe mérite de la part des gens ayant une capacité (malaka) d’investigation des textes une attention toute particulière et un courage énorme pour outrepasser les pressions de l’inculture. Cette question, comme celle de l’esclavage, de la condition féminine dans le monde musulman, doit cesser d’être traitée par le seul point de vue du Fiqh (droit islamique dont le domaine de préoccupation principal est les actes et les paroles) pour réintégrer entièrement les disciplines d’études qui ont pour objet d’étude : Dieu, l’homme, la vie, l’univers. Tant que les juristes musulmans (pas forcément inféodés à l’Occident) ne se pencheront pas sur ces questions de l’essentialité de l’être par rapport à l’acte, le « droit des actes » détruira chez nous le « droit de l’homme ». Car les preuves affaiblissant les caractères « divins » d’une telle prescription sont nombreuses, parmi elles : la contenance en elle des thèses ségrégatoires entre : hommes libres et esclaves, entre hommes et femmes, entre musulmans et non musulmans,… ». Mais s’il s’agit de « preuves », pourquoi s’embarrasser avec l’idée qu’il s’agit d’une prescription divine ? Pourquoi attendre pour mettre à bas tout cet édifice religieux ?

Laïcité & Islam : Aujourd’hui

Au-delà  de la question strictement doctrinale, la culture musulmane semble imperméable à l’idée de laïcité tant la dissociation du religieux et du politique apparaît impossible, sauf à rompre avec les textes sacrés.

Pourtant, Mustapha Kemal disait : « L’homme politique qui a besoin des secours de la religion pour gouverner n’est qu’un lâche ! […] Or, jamais un lâche ne devrait être investi des fonctions de chef de l’État. »

Sur la question de la laïcité, Tariq Ramadan note : « La sécularisation et la laïcité ont été surtout perçues comme des processus de « désislamisation », d’opposition à la religion (une des traductions arabes de la sécularisation est « al-lâdîniyya » : le systèmes a religieux ou sans religion), avec leur lot de mesures répressives. Il était historiquement et factuellement impossible d’associer le « sécularisme » ou la « laïcité » avec la liberté et la démocratisation. En arrivant en Occident, les premières générations portaient en elles (et souvent portent encore) ces perceptions et ce passif négatif. »

Rappelons que de nombreux pays ont l’islam pour religion officielle et font de l’islam, voire de la chari’a, une référence dans leur constitution, y compris les pays du Maghreb : Maroc, Algérie, Tunisie, Égypte, Libye, Irak, Jordanie, Arabie Saoudite, Yémen, Oman, Qatar, Koweit, Irak, Iran, Afghanistan, Pakistan, Émirats Arabes Unis. Et dans tous ces pays, le droit de la famille relève du droit islamique.

D’ailleurs, pour un musulman, la vie dans un pays laïc (donc non-musulman) pose un véritable problème de conscience car il ne peut pas y trouver un cadre de référence conforme à sa religion. C’est d’ailleurs pour répondre à ce type de questionnement que le Conseil européen des fatwas a vu le jour. Or il est important de noter que ce Conseil européen des fatwas prône en réalité le non respect de la laïcité puisque « Le Conseil recommande aux musulmans résidant en Europe d’œuvrer inlassablement en vue d’obtenir des pays dans lesquels ils résident la reconnaissance de l’islam en tant que religion [1], ainsi que l’exercice – pour les musulmans en tant que minorité religieuse à l’instar des autres minorités religieuses – de tous les droits relatifs à l’organisation de leur statut personnel en matière de mariage, de divorce et d’héritage. » En effet, le statut personnel musulman en terme de mariage, de divorce et d’héritage est absolument contraire à la laïcité et aux lois françaises. Faudrait-il en effet, par exemple, interdire en France à une jeune musulmane de se marier civilement à un non-musulman puisque cela est interdit par l’islam ?

[1] On ne voit pas bien le sens de cette revendication. Personne ne conteste que l’islam soit une religion.

Dans ce contexte, on ne peut que s’interroger sur le sens du préambule de la Convention citoyenne des musulmans de France qui stipule de façon rassurante que « Les musulmans de France (…) considèrent la laïcité comme un acquis majeur du vivre ensemble et de la non-discrimination des citoyens », tant la laïcité est contraire au principe même de l’islam.

D’ailleurs, on peut même se demander si les représentants musulmans et la population musulmane en France ont bien compris ce que veut dire le principe de laïcité tant il semble loin de leur cadre habituel de pensée, comme l’exprime un représentant de la Grande Mosquée de Paris au cours d’une conférence tenue en janvier 2014 :

Bernardins Janvier 2014
Bernardins Janvier 2014

Musulmans francais & Laicite

En réalité, le reproche fondamental et constant fait par les musulmans à la société française, et qui n’est pas prêt de disparaître, soyons-en sûr, est que celle-ci a tendance, au terme notamment d’une histoire douloureuse avec l’Église catholique, à cantonner la religion dans la sphère privée. Tareq Oubrou exprime cette perception de façon très claire : « La laïcité, cadre juridique censé garantir le pluralisme et la diversité, est mise en œuvre dans un sens restrictif reléguant la religion dans l’intimité. »

Pour des musulmans habitués culturellement à placer la totalité de leur vie sous le signe de leur soumission à Allah dans une société également soumise à Allah, la frustration est forte. Être la meilleure des communautés et se voir obligée de se soumettre à des règles laïques, en étant ravalée au même rang que toutes les autres communautés, ce n’est pas quelque chose de facile à digérer. Or aucune autre communauté religieuse ne s’en émeut particulièrement aujourd’hui. La revendication vient de la seule communauté musulmane.

La paix dans le Coran

Si les paroles violentes et les références à la guerre (jihad) sont très fréquentes dans le Coran, peut-on dire qu’elles seraient « compensées » par des paroles invitant à la paix et à la bienveillance avec les infidèles ?

Malek Chebel indique : « La notion de paix (salam) apparaît 18 fois dans le Coran. » Analysons donc si ces mentions appellent à la bienveillance vis-à-vis des non-musulmans en classant ces versets par catégories :

  • Versets destinés aux musulmans eux-mêmes :

Sourate 2, verset 208 : « Ô vous qui croyez ! Entrez tous dans la paix ; ne suivez pas les pas du démon car il est votre ennemi déclaré »

Sourate 4, verset 86 : « Quand on vous [ndlr musulmans] salue courtoisement [par un signe de paix], saluez d’une façon encore plus polie ou bien rendez simplement le salut. »

Sourate 6, verset 127 : « Le séjour de la paix leur [ndlr aux musulmans] est destiné au près de leur Seigneur en récompense de leurs actions [sur terre]. »

Sourate 10, verset 25 : « Allah appelle à la demeure de la paix et guide qui Il veut vers un droit chemin. »

Sourate 59, verset 23 : « C’est Lui, Allah. Nulle divinité autre que Lui. Il est le roi, le saint, la paix, celui qui témoigne de sa propre véridicité. (…) »

Sourate 97, verset 5 : « Elle [ndlr la nuit du décret] est paix et salut jusqu’à l’apparition de l’aube. »

  • Versets relatifs aux prophètes précédents :

Sourate 11, verset 48 : « Il fut dit : « Ô Noé, débarque avec la paix que Nous te donnons et des bénédictions sur toi et sur les communautés [issues] de ceux qui sont avec toi. (…) » »

Sourate 11, verset 69 : « Nos émissaires apportèrent à Abraham la bonne nouvelle en disant : « Paix ! ». Il dit : « Paix ! » et il ne tarda pas à apporter un veau rôti. »

Sourate 19, verset 15 : « Que la paix soit sur lui [ndlr Jean le Baptiste] le jour où il naquit, le jour où il mourra, et le jour où il sera ressuscité ! »

Sourate 19, verset 33 : « Et que la paix soit sur moi [ndlr Jésus] le jour où je naquis, le jour où je mourrai, et le jour où je serai ressuscité vivant. »

Sourate 19, verset 47 : « « Paix sur toi », dit Abraham. « J’implorerai mon Seigneur de te pardonner car Il a m’a toujours comblé de Ses bienfaits. » »

Sourate 21, verset 69 : « Nous dîmes : « Ô feu, sois, pour Abraham, fraîcheur et paix ». »

Sourate 37, verset 79 : « Paix sur Noé dans tout l’univers ! »

Sourate 37, verset 109 : « Paix sur Abraham ».

Sourate 37, verset 120 : « Paix sur Moïse et Aaron ».

Sourate 37, verset 130 : « Paix sur Élie et ses adeptes ».

Sourate 37, verset 181 : « Paix sur les Messagers ».

  • Dans la relation aux non-musulmans (infidèles et mécréants) :

Sourate 8, verset 61 : « Et s’ils [ndlr les non-musulmans] inclinent à la paix, incline vers celle-ci (toi aussi) et place ta confiance en Allah, car c’est Lui qui entend et sait. »

CONCLUSION

Sur les 18 versets ci-dessus, un seul, le dernier, semble pacifique à l’égard des non-musulmans. Sur cette base, on ne peut donc guère soutenir que le Coran regorgerait de versets inclinant à la paix et à la bienveillance envers les non-musulmans.

Et ce d’autant moins qu’Abdurrahmân Badawî, traducteur de l’intégralité de la biographie de Mahomet, précise dans sa traduction que ce verset 61 de la sourate 8 veut dire : « s’ils t’invitent à faire la paix sur la base de leur conversion à l’islam, alors fais la paix avec eux sous cette condition. » Il ajoute à ce propos en note de bas de page : « Cette explication est très importante : ce n’est pas la paix à tout prix, ou sans aucun prix, qu’il faut conclure avec l’ennemi. Voilà un avertissement solennel à tous ceux qui, aujourd’hui, jouent avec le sens de ce verset ! » Voilà qui change singulièrement le sens de ce verset !

On est donc très, très, très loin du caractère pacifique des Évangiles ou du bouddhisme. Dans ces conditions, est-il légitime d’appeler l’islam « religion d’amour et de paix ? »

Allah : un dieu bon ?

Le dieu des musulmans, Allah, est-il un dieu bon et qui prêche la bonté vis-à-vis des non-musulmans notamment ? Si on lit le Coran, rien n’est moins sûr, c’est le moins que l’on puisse dire.

Le Conseil européen des fatwas rappelle que « La promesse de l’Enfer liée à tout mauvaise action commise par le musulman signifie non pas que celui-ci y demeurera éternellement comme c’est le cas pour les négateurs (kuffâr), mais qu’il y sera envoyé comme tout monothéiste ayant désobéi. »

La question pour les musulmans est alors d’essayer de concilier la simple lecture de ce texte avec l’idée de religion d’amour et de paix : c’est un exercice qui semble particulièrement difficile et périlleux.

À titre d’exemple, voici l’explication donnée par le professeur Ali Benmakhlouf lors de l’émission de France 2 « Islam » de mars 2015 consacrée à « l’amour et la miséricorde en islam ». Chacun pourra juger de la pertinence de l’argumentaire.

Allah est-il bon

Allah est-il bon

Présentateur : « Quelle est votre réaction ? Tout particulièrement, il y a des passages qui parlent des « dieux vengeurs », « il faut occire les infidèles », « l’enfer est réservé aux mécréants », et d’un autre côté, il y a la bonté, la mansuétude et la miséricorde divine. »

Professeur Ali Benmakhlouf : « Plus que jamais, l’analyse doit s’inviter dans les textes. Plus que jamais, plus que jamais. Vous savez, on ne s’en sortira que par la connaissance. Si on prend les mots comme des images détachées, et que psychologiquement on les fasse fonctionner comme des fantasmes et des obsessions, on n’y arrivera pas. Vous avez dit un mot très important, « dieu vengeur« . Quand vous mettez « dieu vengeur », à côté de tous les attributs infinis de Dieu, vous vous rendez compte que cela ne tient pas. Alors vous allez me dire « oui mais quand même c’est l’expression qui est utilisée ». Il y a la dévotion, il y a la bigoterie. La dévotion, précisément, c’est le respect de la piété, de gens qui se rapportent à un dieu, clément. Tout ce que vous avez montré dans le premier sujet : miséricordieux. Il y a la manière de ramener Dieu sur terre, au niveau d’une psychologie basse, d’un coup pour coup. Et là, les gens sont en quelque sorte comme rassurés, eh bien ils disent « ben Dieu est comme nous », mais c’est la plus grosse bigoterie : le minimum de dévotion, la plus grande superstition, et on est loin de la religion. Et vous allez me dire « pourtant, c’est dans le texte ». Oui, mais le texte est un texte imagé, par paraboles, par analogies, un récit qui donne l’ébauche d’une culture, qui donne en quelque sorte, comme par avance, ce qu’une culture peut dire d’elle-même. Mais si précisément après, vous vous attachez à ce récit et que vous en faites une norme, là vous intervenez par bigoterie. Je ne pense pas qu’aucun des versets du Coran soit une norme humaine, et que quand l’homme rapporte un verset à une norme humaine, eh bien il est dans la bigoterie et non dans la dévotion. »

Présentateur : « Est-ce que vous auriez un exemple à nous donner de ce qui pourrait être pris au pied de la lettre et qui relèverait de la bigoterie, ou ce qui aurait pu être suivi par acte de piété et de dévotion ? »

Professeur Ali Benmakhlouf : « Si je vais à la mosquée pour que les autres voient que je vais à la mosquée, et pas parce que je prie pour moi-même et pour Dieu, eh bien c’est un acte de bigoterie et pas de dévotion. Si je donne l’aumône, pour que d’autres voient que je donne l’aumône, c’est de la bigoterie et pas de la dévotion. »

Présentateur : « Alors que donne ta main droite ce qu’ignore ta main gauche ».

Professeur Ali Benmakhlouf : « Voilà, c’est-à-dire que les actions sont selon les intentions et à chacun selon son intention. Eh bien, si vous allez avec une intention de véritablement vous adresser à Dieu et de l’invoquer précisément, vous ne l’invoquez pas pour que quelque chose s’améliore dans votre vie, vous l’invoquez pour l’invoquer. Et c’est dans l’invocation que quelque chose s’améliorera de votre vie. Votre comportement de croyant, c’est en lui-même que se trouve la justification de votre foi. »

L’éthique musulmane : Aujourd’hui

Tariq Ramadan évoque en ces termes la dimension de l’éthique musulmane : « La méditation, de cœur, sur l’origine, le sens et les objectifs supérieurs des textes et des contextes de même que la formulation, en conscience, des limites éthiques à l’action humaine dans l’univers et vis-à-vis des hommes : ce sont ces attitudes qui fondent la dimension “islamique“ de l’approche scientifique et des choix éthiques. Il ne s’agit pas d’“islamiser superficiellement les sciences est les savoirs“, mais bien, essentiellement et profondément, d’établir une conscience islamique des finalités et une éthique islamique relative aux comportements humains et à l’usage qualitatif des savoirs. »

De façon moins philosophique, plus pratique et plus simple, l’ouvrage d’éthique recommandé aujourd’hui par la communauté musulmane à tous les musulmans de France dans l’émission de France 2 « Islam » du dimanche matin consacrée en mars 2015 à « L’amour et la miséricorde en islam » est l’ouvrage de Mohammad al-Ghazzali intitulé « L’éthique du musulman ».

Ethique du musulmanEthique du musulman

L’ouvrage présente un certain nombre de réflexions sur des thèmes « classiques » : véracité, fidélité, sincérité, force, patience, etc.

Mais ce livre, présenté donc comme la référence éthique contemporaine pour les musulmans de France, interpelle fortement pour plusieurs raisons :

1) Les valeurs morales défendues par son auteur

Mohammad Al-Ghazali, théologien d’Al-Azhar, proche des Frères Musulmans, a en effet défendu devant la justice égyptienne, lors du procès relatif à l’assassinat de Farag Foda, (professeur égyptien, activiste des droits de l’homme), qu’il n’était pas condamnable mais même souhaitable de tuer un apostat. Sa déclaration fut la suivante : « Le meurtre de Farag Foda était en réalité la mise en œuvre de la punition d’un apostat que l’imam [ndlr la plus haute autorité musulmane d’Égypte] avait échoué à mettre en œuvre. » En effet, Farag Foda a été assassiné en juin 1992 par les musulmans sunnites du groupe Al-Gama’a al-Islamiyya, après avoir été accusé de blasphème par un groupe de théologiens d’Al-Azhar, dont Mohammad Al-Ghazali.

Que les représentants musulmans français recommandent donc un auteur explicitement favorable à l’assassinat des apostats pose une vraie question sur les valeurs des musulmans de France. D’autant que cet auteur considère que cette peine, pratiquée historiquement est toujours à l’ordre du jour aujourd’hui puisqu’il écrit dans l’Éthique de façon très claire : « Les enseignements de l’islam forment un tout indissociable et qu’on doit obligatoirement les appliquer en tout lieu et tout temps. »

2) La défense des châtiments corporels en tant qu’expression de la miséricorde divine

Mohammad Al-Ghazali défend par ailleurs vigoureusement les châtiments corporels. En effet, voici ce qu’il écrit spécifiquement dans l’Éthique sur les peines dites légales (al-houdoud), plus connues en Occident par le terme de « châtiments corporels » : « S’il s’avère à l’examen de l’état de cet individu que sa fitra [ndlr nature originelle] est pervertie, qu’il est devenu une source d’agression et de danger pour le milieu qui l’a hébergé et abrité, et qu’à sa bienveillance et ses soins il a répondu par la provocation et le trouble de la sécurité collective, alors ce milieu n’encourt aucun reproche en mettant fin à l’agression de l’un de ses membres et en brisant l’arme par laquelle il nuit à autrui. Le Coran a qualifié le vol, pour lequel on coupe la main, de vol injuste générateur de corruption en ajoutant au sujet du voleur puni : « Dieu reviendra sûrement à celui qui reviendra vers Lui après sa faute, et qui s’amendera. Dieu est Celui qui pardonne. Il est miséricordieux » (sourate La Table servie, verset 39). Donc la peine légale prescrite par l’islam est une prévention en faveur de la communauté juste et réformatrice contre l’agressivité d’un de ses membres, qui répond à son équité par l’injustice et à son réformisme par la corruption. (…) C’est pourquoi il n’y a aucune raison à fustiger les peines légales prescrites par l’islam, et admises déjà auparavant par la Thora, car elles sont considérées comme une prescription des Lois des religions célestes en général. »

Mohammad Al-Ghazali écrit également : « La miséricorde n’est pas une affection aveugle sans entendement, ni une pitié qui ignore la justice et l’ordre. Non. C’est un sentiment qui respect tous ces droits. Le spectacle du supplicié avec son corps suspendu dans l’air et ses yeux grands ouverts qui recherchent la lumière et demandent secours est un spectacle qui inspire la pitié. Pourtant, si l’on exauce ce sentiment éclair et qu’on libère le tueur, la terre sera remplie de désordre. C’est dire que la vraie miséricorde consiste ici à réprimer ce sentiment : « Il y a pour vous, une vie, dans le talion. Ô vous, les hommes doués d’intelligence ! Peut-être craindrez-vous Dieu ! » (sourate 2, verset 179) ». Pour lui donc, la pitié est un mauvais sentiment et il convient de le réprimer.

3) La conception de la miséricorde dans le contexte de la dichotomie musulmans/infidèles

En vérité, la miséricorde ne concerne que les musulmans entre eux. Mohammad Al-Ghazali écrit : « Dieu a décrit la société du musulman comme une société soudée par les liens d’affection que les uns vouent aux autres : « Ils seront humbles à l’égard des croyants ; fiers à l’égard des mécréants » (sourate la Table servie, verset 54), ils « sont sévères avec les impies, bons et compatissants entre eux [ndlr entre musulmans] » (sourate la victoire, verset 29). »

D’ailleurs le Conseil européen des fatwas écrit de nos jours : « La promesse de l’Enfer liée à tout mauvaise action commise par le musulman signifie non pas que celui-ci y demeurera éternellement comme c’est le cas pour les négateurs (kuffâr), mais qu’il y sera envoyé comme tout monothéiste ayant désobéi. » 

Que reste-t-il alors de la miséricorde ? Mohammad Al-Ghazali écrit : « Tu te demanderas peut-être : Que signifie cette dureté évoquée dans le contexte d’un discours sur la miséricorde ? En vérité l’islam recommande la miséricorde générale sans excepter un homme, une bête ou un seul oiseau. Les textes cités précédemment attestent ce caractère global de la miséricorde. Mais, il y a des humains et des animaux qui constituent une source de danger et de frayeur pour autrui. Aussi, l’intérêt général de tout le groupe implique de juguler leur mal et de circonscrire leur nuisibilité. Or, la dureté peut être une forme de miséricorde envers eux tout en étant un moyen de corriger leur déficience. » En d’autres termes, la sévérité envers ceux qui nuisent à l’islam est un moyen de corriger leur nature et de les remettre dans le droit chemin et aboutit au vieux dicton : « L’enfer est pavé de bonnes intentions. »

Enfin pour terminer, revenons sur la conception de l’humain dans la religion d’amour et de paix. Mohammad Al-Ghazali écrit : « L’islam est un message de bien, de paix et de bonté pour tous les humains. Dieu n’a-t-il pas dit à son prophète : « Nous t’avons seulement envoyé comme une miséricorde pour les mondes. » (sourate les prophètes, verset 107). En plus, toutes les sourates du noble Coran s’ouvrent par : « Au nom de Dieu, le tout-miséricordieux, le très-miséricordieux. » Mais les chacals humains veulent absolument barrer la route à la miséricorde diffusée [ndlr l’islam], et placer des obstacles devant elle pour empêcher les hommes d’accéder à ses sources et les faire périr loin dans les vallées de l’angoisse et de l’ignorance. Il a fallu donc lever ces obstacles et être sévère avec leurs auteurs. Le jour où ils cesseront leur défi, cette miséricorde générale les englobera à leur tour. C’est dire que cette déficience ne comporte pas de déficience en elle-même. Toute la déficience se trouve chez celui qui s’est privé de miséricorde. Ne vois-tu pas que la miséricorde de Dieu embrasse toute chose ! Pourtant aucun associateur ou ingrat ne l’obtiendra. »

CONCLUSION

Que faut-il donc penser des valeurs éthiques et sociétales prêchées par les musulmans dits « modérés » en France quand on voit qu’ils recommandent comme livre de chevet en matière d’éthique un ouvrage qui dissocie absolument les musulmans des non-musulmans, valide totalement les châtiments corporels, fustige la pitié (valeur hautement chrétienne), cherche à débarrasser le monde de toutes les natures perverties et de tous les « chacals humains » ? Tout cela est-il bien compatible avec les valeurs humaines occidentales et françaises en particulier ?