État de droit

Pour Malek Chebel«Le droit musulman ancien est, en l’état, non réformable. Il faut lui substituer un droit qui soit totalement affranchi des us et des coutumes bédouines. La difficulté est réelle car l’islam est le produit d’une société féodale, celle du Hedjaz, qui a fourni le cadre d’ensemble du droit familial, avec ses rites et ses pratiques. »

Malek Chebel indique également « Que l’imam puisse disposer d’un droit si exorbitant [la fatwa] montre tout simplement que l’État de droit n’existe pas et que le déni de justice peut en effet devenir la règle. (…) Les musulmans sont-ils en mesure aujourd’hui de passer immédiatement à l’étape supérieure, à savoir déclarer irrecevable toute plainte devant un tribunal qui vise à condamner un individu ayant offensé Dieu ou tout autre entité supra-humaine ? »

Malek Chebel suggère : « Pour que l’islam trouve le chemin de la respectabilité et qu’il puisse devenir, comme par le passé, le garant de la promotion individuelle, il faudrait idéalement abolir tout simplement la notion de fatwa. »

L’extermination des juifs par Mahomet

Installé à Médine, et se rendant compte qu’il ne convertirait jamais les juifs, Mahomet décida après quelques mois de s’en débarrasser soit en les chassant, soit en les exterminant.

1) Les Banû Qaynuqa

Les premiers visés furent les Banû Qaynuqa. En 624, prenant prétexte d’un incident sur un marché[1], Mahomet entra en guerre contre cette tribu, la plus faible. Mahomet avait en réalité de multiples griefs à leur égard : il les trouvait hypocrites, vantards (ils avaient défié Mahomet après Badr) ; ils remettaient constamment en cause la véracité de la mission de Mahomet, etc. Après 15 jours de siège, cette tribu dut se rendre. Mahomet avait l’intention de tuer les mâles et de prendre en captivité les femmes et les enfants.

Abdurrahmân Badawî confirme effectivement que l’intention originelle de Mahomet était de les exterminer« Que décida de faire le Prophète après la reddition des Banû Quaynuqa ? Ibn Ishaq ne nous donne pas de renseignements directs. Tout ce qu’on peut conclure de son récit est l’intercession d’Ubayy en leur faveur auprès du Prophète, c’est que celui-ci avait l’intention de leur appliquer ce qu’il est coutume de faire en cette matière, à savoir : tuer les guerriers, et prendre en esclaves les non guerriers : femmes, enfants et vieillards. »

Mais sur l’intervention insistante d’Abdullah Ubayy ibn Salûl, de la tribu arabe des Khazraj avec qui ces juifs étaient alliés, Mahomet accepta finalement de les expulser de Médine.

[1] Un orfèvre juif avait joué un tour à une musulmane en attachant son vêtement de sorte qu’en se relevant, elle fit voir ses parties intimes. Un musulman présent tua l’orfèvre juif pour cette indécence et celui-ci fut immédiatement tué par des juifs qui étaient aux alentours. Les musulmans réclamèrent vengeance.

2) Les Banû Nadir 

En 625, Mahomet expulsa de Médine une autre tribu juive, les Banû Nadir, qu’il soupçonnait de trahison. Il assiégea leur oasis et brûla leurs palmiers. Deux juifs seulement se convertirent. Les autres furent expulsés de Médine avec ce que leurs chameaux pouvaient porter et le reste de leurs biens fut partagé entre les musulmans. La sourate 49 retrace cet épisode.

3) Les Banû Quraydha : se reporter à l’article dédié à cet événement (Extermination des Banû Quraydha)

 

Aïcha : Les sources authentiques

La Tradition (Muslim, Bukhari) et la Sîra indiquent qu’Aïcha a été mariée à Mahomet à l’âge de 6 ou 7 ans, Mahomet en ayant environ 50, et qu’il la posséda sexuellement à 9 ou 10 ans. D’autres hadiths authentiques (Bukhara, Ibn Majah) rapportent les propos d’Aïcha selon lesquels Mahomet faisait venir ses amies pour qu’elle pût jouer avec elles à la poupée.

Aicha 1Aicha 2

Les sources étant authentiques, les exégètes musulmans de renom ne se hasardent guère à tenter de remettre en cause ce fait même si la précocité de ce mariage et de cet acte sexuel continue à soulever un certain malaise vis-à-vis de l’Occident de part l’âge d’Aïcha mais aussi de la différence d’âge avec Mahomet, sensiblement plus de 40 ans.

Pour Abdurrahmân Badawî, il ne fait pas de doute que : « La 3ème épouse fut Aïcha, la fille de son fidèle ami Abû Bakr, le premier calife. Elle devint la fiancée du Prophète à l’âge de 6 ans, et son mariage se consomma quand elle avait 9 ans. Le Prophète avait 50 ans au moment des fiançailles et 53 au moment du mariage propre. C’est la seule femme vierge que le Prophète épousa, toutes ses autres femmes étant déjà précédemment mariées. Et c’est la seule parmi elles, qui pouvait exciter et satisfaire les besoins sexuels. Mais le Prophète avait déjà 53 ans, âge qui ne suppose pas un excès de besoins sexuels. En effet, en épousant Aïcha, il pensa plutôt consolider son amitié avec Abû Bakr que satisfaire une délectation sensuelle. »

Il est possible que Mahomet se soit marié avec Aïcha pour marquer son alliance avec Abu Bakr et que celui-ci a peut-être souhaité que le mariage fût consommé pour affermir encore plus la solidité de cette alliance et son lien avec le prophète, sans que Mahomet se préoccupât trop de son très jeune âge. Sans doute Mahomet en a-t-il profité ensuite, surtout si Aïcha s’est révélée être une très jolie jeune fille. Quant à la multiplication des épouses (jusqu’à 9 en même temps), elle est très certainement due au fait que Mahomet cherchait à avoir un héritier (cf. Polygamie de Mahomet) et que des problèmes de fertilité l’en ont empêché.

Abrogation et chronologie : une impossible recherche ?

Pour Abdurrahmân Badawî, l’objectif de disposer d’un Coran débarrassé de toutes les contradictions résultant du principe de l’abrogation est hors de portée : « Pourquoi les musulmans se sont-ils efforcés de classer chronologiquement les sourates du Coran, dès la mort du Prophète ? C’est pour une raison très importante, à savoir : distinguer l’abrogeant de l’abrogé. (…) La liste des ouvrages consacrés à ce sujet dès le 3ème siècle de l’hégire, sinon plus tôt, est très longue. (…) Les tentatives faites par les auteurs musulmans et les orientalistes pour classer chronologiquement les sourates du Coran furent toutes vouées à l’échec. Celle des auteurs musulmans fut moins hasardeuse, car elle se contente d’une division binaire : mecquoise et médinoise. Pourtant, la succession des sourates est hypothétique, toutes les fois que la référence historique manque. »

L’islam : un cadre de référence religieux universel incompatible avec la laïcité

  • Une doctrine limpide

Dans la culture musulmane, la religion est omniprésente et rien ne peut être réellement envisagé dans un cadre totalement dépourvu de sens religieux. Comme le dit un dicton bien connu, « Al islam dine wa daoulat » : l’islam est religion et État.

Mohammad al-Ghazali rappelle que le caractère global de l’islam : « Les enseignements de l’islam forment un tout indissociable et qu’on doit obligatoirement les appliquer en tout lieu et tout temps. »

Pour Rémi Brague, « Contrairement à une légende tenace en Occident, l’islam a connu une séparation du politique et du religieux. Mais elle fut le produit graduellement atteint des circonstances ; elle était inscrite dans les faits, et nullement dans les idées : dans l’islam, rien ne correspond à la séparation, qui fut théorisée ailleurs, du temporel et du spirituel. (…) Pour l’islam, la séparation du politique et du religieux n’a pas le droit d’exister. Elle est même choquante, car elle passe pour un abandon au pouvoir du mal, ou une relégation de Dieu hors de ce qui lui appartient. La cité idéale doit être ici-bas. En principe, elle y est même déjà : c’est la cité musulmane. »

Le fait que l’islam soit religion et État ne veut pas dire qu’il y a nécessairement confusion des autorités politiques et religieuses ; les deux peuvent être dissociées. D’ailleurs on peut faire remonter cette distinction dialectique à Mahomet, qui avait deux casquettes : celui de prophète, et celui de chef de l’armée qu’il avait constituée (et dans ce cadre il pouvait arriver qu’il soumît une situation pour décision à l’avis de la communauté de ses partisans). Mais dans tous les cas, l’autorité politique ne peut s’exercer que sous la tutelle du religieux : donc gloser sur le fait qu’il y ait ou non confusion des autorités est à vrai dire de peu d’intérêt.

Rémi Brague écrit : « Le messianisme juif était une légitimation religieuse d’un événement paroxystique, non d’une autorité en vigueur. De même, l’empire chrétien était une simple juxtaposition de deux ordres conceptuels distincts qui ne fournissait aucun argumentaire intrinsèquement religieux pour le régime impérial. Ce que ni les chrétiens ni les juifs ne pouvaient machiner est une légitimation intrinsèquement religieuse d’une autorité en vigueur. Fournir le principe d’une telle légitimation, voilà justement ce que permet l’islam. (…) Selon l’islam orthodoxe, si les juifs et les chrétiens ont laissé adultérer le message dont ils étaient porteurs, c’est pour avoir perdu ou n’avoir initialement jamais possédé le pouvoir politique. La possession du pouvoir par les musulmans, en revanche, garantit l’intégrité du Coran. Le pouvoir politique se trouve de la sorte légitimé de façon immédiate par le devoir de respecter la Révélation divine. »

Malek Chebel confirme : « Les religieux sont unanimes : le seul pouvoir possible en islam est celui qui se réclame de Dieu, étant donné qu’il est le créateur de toute chose. » Il ajoute : « La confusion qui perdure entre le religieux et le politique permet aux potentats d’exciper du plan du religieux pour mieux avoir les mains libres sur le plan politique. » 

Rappelons que l’introduction de la Déclaration islamique universelle des droits de l’homme de 1981 ne limite pas la religion à un cadre « privé », bien au contraire : « Considérant qu’Allah a donné à l’humanité, par ses révélations dans le Saint Coran et la Sunna de son saint Prophète Mahomet, un cadre juridique et moral durable permettant d’établir et de réglementer les institutions et les rapports humains ; »

  • La contestation de cette réalité est-elle possible ?

Tariq Ramadan reconnaît qu’« Un grand nombre de musulmans n’ont cessé, à travers les âges, de le dire de façon lapidaire comme s’ils énonçaient des évidences : « Pas de différence, pour nous, entre privé, public, religion ou politique : l’islam englobe tous les domaines. » De nombreux orientalistes leur ont emboîté le pas et ont affirmé, et affirment encore, que l’islam ne se pense pas en catégories distinctes et tous les domaines sont régis par la même autorité. C’est d’ailleurs souvent à partir de ce type d’approches que l’on a supposé que les musulmans étaient forcément « non intégrables » dans les sociétés sécularisées parce que leur religion les empêchait de fait d’appréhender les démarcations modernes des domaines susmentionnés. On est pourtant en droit de se demander si ces évidences sont réellement fondées. Certes il existe bien « un caractère englobant de l’enseignement islamique » que l’on ne peut s’empêcher d’observer à la seule lecture du Coran, mais peut-on aussi facilement affirmer qu’il n’existe aucune distinction entre les différents domaines de l’agir humain ? »

Le caractère précautionneux, voire timoré, de ce type de questionnement marque l’absence d’argumentation. Quelles preuves viennent à l’appui de la thèse selon laquelle l’islam serait doctrinalement compatible avec la laïcité ? On ne voit pas. Bien sûr, il ne s’agit ici que d’un court extrait d’un seul auteur, mais j’invite le lecteur à étendre sa recherche et il continuera à faire cette constatation. Il est en réalité impossible de rendre l’islam compatible avec la laïcité, sauf à dénaturer l’islam.

Si l’on quitte la sphère doctrinale pure, on ne règle pas le problème car la laïcité ne fait clairement pas partie de la culture musulmane, et est même ressentie comme en opposition frontale avec elle comme l’indique Tariq Ramadan : « La sécularisation et la laïcité ont été surtout perçues comme des processus de « désislamisation », d’opposition à la religion, avec leur lot de mesures répressives. Il était historiquement et factuellement impossible d’associer le « sécularisme » ou la « laïcité » avec la liberté et la démocratisation. En arrivant en Occident, les premières générations portaient en elles (et souvent portent encore) ces perceptions et ce passif négatif. »

  • Revenons donc avec Hassan II à l’évidence : islam et laïcité sont fondamentalement incompatibles

Hassan II Laicite

Hassan II Laicite

Califat & Gouvernement des territoires conquis

Un pays musulman ne peut être dirigé que par une autorité musulmane, ou sous la tutelle religieuse musulmane. Se pose alors la question de l’autorité suprême au sein du monde musulman.

Coran, sourate 2, verset 30 : « Lorsque ton Seigneur confia aux anges : « Je vais établir sur la terre un vicaire [ndlr Khalifa] ». Ils dirent : « Vas-Tu désigner quelqu’un qui y mettra le désordre et répandra le sang, alors que nous, nous te glorifions et proclamons Ta sainteté ? ». Il dit : « Je sais ce que vous ne savez pas ! ». »

Malek Chebel indique que « Littéralement Khalifat Rassûl Allah, « successeur de l’envoyé d’Allah », est utilisé pour désigner ceux qui ont pris le pouvoir dans la Maison du prophète après sa mort. (…) Il semble que la théorie du califat ne fût rendue possible qu’au Xème siècle, 3 siècles après l’avènement de l’islam. Le mérite en reviendrait à Abou-Hassan Ali El-Mawerdi (974-1058), fameux juriste de Bagdad, qui sut se faire apprécier par les califes régnant à la cour abbasside et qui put achever son traité de droit public et administratif en islam, Les Statuts gouvernementaux. »

La jurisprudence chaféite indique :

Section o25.0 « Cette section a été ajoutée par le traducteur car le califat est à la fois obligatoire en lui-même et la condition préalable nécessaire pour la mise en œuvre de centaines de règles établies par Allah pour gouverner et guider la vie de la communauté musulmane. (…) »

Section o25.1 « La raison pour laquelle l’office du commandement suprême a été établi dans la Loi sacrée est de d’accomplir la succession califale du prophète dans le but de préserver la religion et de gérer les affaires mondiales. L’investiture de quelqu’un de la communauté musulmane (Oumma) apte à assumer les devoir du calife est obligatoire selon le consensus des érudits, quoique les érudits diffèrent quant à la question de savoir si ce caractère obligatoire est une nécessité de la raison ou a été établi par la Loi révélée (…). »

Le califat, ordre musulman global dirigé par un calife, semble toujours constituer un objectif des musulmans comme en témoigne la Déclaration islamique universelle des droits de l’homme de 1981 qui précise dans son introduction : « En conséquence, nous, musulmans
b) qui croyons dans le vicariat (khilafah) de l’homme qui a été créé pour accomplir la volonté de Dieu sur terre ;
e) qui croyons dans notre obligation d’établir un ordre islamique : (…) où personne ne soit privé des droits qui lui sont garantis par la chari’a, sauf en vertu de ladite chari’a et dans la mesure autorisée par elle ; (…) »

De ce point de vue, les membres de l’État Islamique sont cohérents dans leur conception (leur chef, Abû Bakr al-Baghdadi, s’est d’ailleurs auto-proclamé calife à l’été 2014).

Au vu du silence assourdissant des communautés musulmanes à l’égard des exactions de l’État Islamique vis-à-vis des non-musulmans ou plus généralement du sort peu enviable des minorités non-musulmanes au Moyen Orient, on peut penser que ce qui pose un problème aux pays musulmans n’est pas la prétention à l’extension mondiale de l’islam dans le cadre du califat (au-delà des querelles consistant à savoir qui est légitime à se proclamer calife), ni véritablement la barbarie des méthodes de l’État Islamique (bien qu’il faille de temps à autre faire un geste envers les occidentaux horrifiés), mais bien les dissensions créées par l’État Islamique au sein du monde musulman, y compris au sein même de la communauté sunnite.

Dar-al-islam & Dar-al-harb

L’islam a vocation à s’étendre à l’ensemble du monde. Malek Chebel écrit : « Le message coranique est clair : il faut porter la parole de Dieu aux quatre coins de la planète. »

Le monde entier (Orient et Occident) constitue la terre promise des musulmans : Coran, sourate 7, verset 137 : « Et les gens qui étaient opprimés [ndlr les musulmans], Nous les avons fait hériter les contrées orientales et occidentales de la terre que Nous avons bénies. (…)  »

La Tradition (Bukhari) rapporte le hadith suivant : « Le messager d’Allah a dit : « J’ai reçu l’ordre de combattre les peuples jusqu’à ce qu’ils se soumettent à Allah et à Muhammad son prophète. » »

Le jihad offensif déclenché par Mahomet sur la terre d’Arabie n’était pas circonscrit à cette seule zone géographique et l’histoire de la conquête arabe le démontre amplement. Cette extension par la voie militaire illustre la dichotomie du monde pratiquée par l’islam : préservation quoi qu’il arrive de l’islam en pays d’islam dit dar-al-islam (territoire conquis), et conquête lorsque l’occasion se présente des terres non encore musulmanes dites dar-al-harb (territoire de guerre). [NB : On trouve parfois la notion également de dar-al-sulh, territoire de trêve, qui correspond aux territoires non encore sous la loi islamique mais qui ont passé des traités avec le dar-al-islam.]

La conquête du dar-al-harb, principalement les pays occidentaux, est marginalement réalisée aujourd’hui par les armes et prend la forme d’un développement intensif de tout ce qui contribue à institutionnaliser la présence musulmane en Occident, notamment financé à coup de millions de dollars par les métro-monarchies du Golfe : écoles islamiques, mosquées, censure sur les grands médias (télévision, radio) du fait de la participation au capital de grands groupes, censure sur internet des propos jugés défavorables à l’islam (ex.  Facebook), etc.

Compte tenu de l’incapacité pratique à conquérir par les armes les pays occidentaux, qui rend durable la présence de musulmans en terre non-musulmane, cette dichotomie traditionnelle dans la culture musulmane se voit remplacée de nos jours par des notions moins agressives et plus modernes comme celles de dar-al-ahd (territoire/maison du contrat) ou de dar-ad-da’wa (territoire/maison de la prédication).

Ainsi, Tariq Ramadan écrit : « Pour les musulmans croyants et pratiquants qui auraient pu faire face à des difficultés pour concilier les prescriptions et les interdits de leur religion avec la vie dans les sociétés occidentales, l’évolution de la pensée et des mentalités a été rapide et impressionnante si l’on prend sérieusement le temps d’évaluer le chemin parcouru. (…) Il s’est agi d’abord de remettre en cause la traditionnelle et ancienne catégorisation binaire du monde qui séparait « la maison de l’islam » (dâr al-islâm) de « la maison de la guerre » (dâr al-harb). À l’exception de quelques groupes littéralistes, traditionalistes ou politisés, plus aucun savant de référence ni aucune organisation de poids n’utilise ces concepts. On parle désormais de « maison du contrat » (dâr al-’ahd ou dâr al-’aqd), de « maison de la paix » (dâr al-sulh), ou encore de « maison de la prédication » (dâr ad-da’wa). J’ai proposé le concept de la « maison du témoignage » (dâr ash- shahâda) qui exprime l’idée selon laquelle les musulmans, comme d’ailleurs tous les êtres de foi et de conviction, sont appelés à essayer d’être « des témoins » de leur message et de leurs principes par leur présence et par la cohérence de leurs comportements avec lesdits principes. »

Cette substitution sémantique et « diplomatique » heurte moins les pays occidentaux mais ne change a priori pas grand-chose dans l’intention, l’islam n’abandonnant aucunement sa visée universelle d’expansion au monde entier.

 

Les contacts autorisés aux femmes

Le Conseil Européen pour les fatwas donne les directive suivante à l’intention des musulmans vivant aujourd’hui dans les pays non-musulmans : « La chari’a n’interdit pas la présence d’hommes et de femmes au même endroit, si toutefois sont évitées trois choses prohibées par l’islam, qui sont :
–  l’isolement, c’est-à-dire le fait qu’un homme se retrouve seul avec une femme dans un lieu dans lequel personne ne peut avoir accès à eux ;
–  l’impudicité, c’est-à-dire la mise en évidence par la femme de certaines parties de son corps que Dieu a ordonné de couvrir, de sa tenue vestimentaire ou de son parfum, ou dans sa démarche et ses mouvements ;
–  les attouchements, c’est-à-dire le contact de la peau à la peau. »

Il indique également : « La loi n’interdit pas qu’une femme parle avec un homme en cas de besoin, si les propos restent dans les limites du licite et conforme à ses normes. (…) Cela ne signifie pas que la porte doit être grande ouverte pour que la femme discute avec les passants ou vice-versa. Cela est refusé par la logique et le bon goût avant d’être rejeté par la Loi. En revanche, une femme peut discuter avec un homme s’il s’agit d’un proche, d’un gendre, d’un professeur, d’un voisin ou d’un supérieur hiérarchique, et d’autres cas semblables, tant que la confiance est établie, la séduction est exclue et les attitudes sont normales. Ainsi, il est fréquemment admis dans de nombreux pays musulmans que les hommes saluent les femmes, et réciproquement, lorsqu’ils se rencontrent, qu’ils échangent des propos honorables sur ce qui les concerne, avec le consentement du père, du mari et des frères. Aucun savant ne peut leur dénier cela. »

L’interdiction du mariage d’une musulmane avec un non-musulman

L’article 5 de la Déclaration des droits de l’homme islamique de 1990 stipule que « La famille est le fondement de l’édification de la société. Elle est basée sur le mariage. Les hommes et les femmes ont le droit de se marier. Aucune entrave relevant de la race, de la couleur ou de la nationalité ne doit les empêcher de jouir de ce droit. » On voit dans ce texte que la race, la couleur ou la nationalité ne doivent pas être une entrave. En revanche, rien n’est dit quant à la religion, qui peut donc constituer une entrave légitime encadrée par la chari’a.

  • DOCTRINE

Le mariage d’une musulmane avec un non-musulman est absolument interdit ; il s’agit d’un principe très fort de la culture musulmane, qui s’impose partout, dans tous les pays.

Coran, sourate 2, verset 221. « (…) Ne donnez pas vos filles en mariage aux associateurs avant qu’ils ne croient. Certes, un esclave croyant vaut mieux qu’un associateur même s’il vous plaît. Car les associateurs invitent au feu ; tandis qu’Allah invite, de par sa grâce, au paradis et au pardon. Allah expose ses enseignements aux hommes ; peut-être réfléchiront-ils ! »

Coran, sourate 60, verset 10. « Ô croyants ! Quand viennent à vous des croyantes émigrées, éprouvez-les. Allah connaît très bien leur foi. Si vous les reconnaissez comme croyantes, ne les renvoyez pas aux infidèles [ndlr de La Mecque]. Elles ne sont pas licites en tant qu’épouses pour eux, et eux non plus ne sont pas licites en tant qu’époux pour elles. (…) »

La jurisprudence chaféite confirme : Section m6.7 « Il est contraire à la loi (…) : (5) (…) pour une musulmane d’épouser quiconque n’est pas musulman. »

La Convention citoyenne des musulmans de France n’évoque d’ailleurs pas la question et valide donc par défaut cette interdiction.

Le Conseil européen des fatwas confirme cette disposition : « Après avoir pris connaissance des recherches et des études aux orientations différentes, qui ont traité ce sujet avec profondeur et d’une manière détaillée au cours des trois sessions successives, et après exposition des différents avis juridiques et des argumentations qui y sont liées, en considérant les règles juridiques, les fondements du droit musulman et les finalités de la législation, tout en tenant compte des situations spécifiques que vivent les nouvelles musulmanes en occident dont les époux ont conservé leur religion, le Conseil confirme qu’il est illicite à la femme musulmane de se marier initialement avec un non musulman conformément au consensus de la communauté musulmane, comprenant aussi bien les pieux prédécesseurs que ceux qui les ont suivis. »

Yusuf Qaradawi confirme dans un autre ouvrage : « Il est interdit à la musulmane d’épouser un non-musulman, qu’il soit ou non des Gens du Livre. Cela ne peut en aucune façon lui être permis. (…) Cette interdiction jouit du consensus de tous les musulmans. L’islam a uniquement permis au musulman d’épouser une juive ou une chrétienne, mais il n’a jamais permis à la musulmane d’épouser un juif ou un chrétien, car l’homme est le maître de la maison. C’est lui qui veille aux intérêts de la femme et qui en est responsable. (…) Il est évidemment impossible pour une musulmane de parvenir à protéger sa religion et à suivre ses préceptes alors que son mari qui tient les rênes du foyer renie totalement cette religion. »

Le Statut confirme également : « Une musulmane ne saurait être sous l’autorité conjugale d’un non-musulman. (…) Si l’on suppose qu’une femme musulmane a épousé un non-musulman, il y a deux possibilités : soit elle ignorait le jugement de Dieu en la matière ; alors on doit le lui faire savoir et on la sépare de son mari non-musulman. Soit elle s’était mariée avec cet homme en connaissant l’interdiction de Dieu. Elle aura autorisé ce que Dieu a interdit. Dans ce cas, Dieu n’acceptera ni son adoration ni sa lecture du Coran. On ne priera pas pour elle si elle meurt dans cet état ; sauf si elle renonce à son apostasie, se repentit et revient à l’islam, alors sa condition sera celle du reste des musulmans. »

L’impossibilité du mariage d’une musulmane avec un non-musulman reste actuellement la norme juridique dans les pays musulmans (seul le mariage religieux étant reconnu), même ceux dits « modérés » comme l’Algérie, le Maroc, la Tunisie (dans ce dernier cas, semble-t-il en raison de dispositions administratives ne figurant pas dans le Code de Statut Personnel ou des pratiques locales des officiers de l’administration ; c’est un point qui n’est pas forcément facile à vérifier). Dans les pays musulmans, une jeune femme musulmane ne peut donc pas se marier totalement librement avec l’homme de son choix.

En France, cette jeune femme musulmane peut se marier au moins civilement avec un non-musulman puisque la religion n’entre pas en ligne de compte pour les autorités françaises. Encore que : car, semble-t-il, les mairies réclament a priori un « certificat de coutume » du pays d’origine (est-il réellement incontournable ?) validant le célibat de la femme (afin d’éviter en France la polygamie au cas où la femme serait déjà mariée) et que sa non-délivrance administrative est un levier d’action pour pousser à la conversion (au moins sur le papier) du mari.

Un nombre infime de musulmans ose remettre en cause ce principe. Tareq Oubrou est une des rares personnes qui ose écrire : « Ce qui est permis aux hommes doit l’être aux femmes. Cela vaut notamment pour le mariage interreligieux. Pourquoi permettre à l’homme musulman de se marier avec une chrétienne ou une juive et pas l’inverse ? Aucun texte ne l’interdit. Nous ne sommes plus dans la société patriarcale où cet avis du droit classique musulman a été forgé. »

  • JUSTIFICATION RATIONELLE

Pourquoi ce principe, qui bafoue clairement la liberté individuelle dans un environnement laïc comme en France – mais se comprend tout à fait dans des sociétés ne dissociant pas le religieux et le civil -, a-t-il une telle force dans le monde musulman et n’est-il pas dénoncé par les musulmans de France ? On peut y voir un lien assez naturel avec la hiérarchie que l’islam met entre les communautés humaines, la communauté musulmane étant au-dessus de toutes les autres communautés. En effet, on a vu que l’inégalité naturelle homme-femme donne une prédominance claire à l’homme sur la femme. Qu’un musulman épouse une non-musulmane est donc tolérable puisque c’est l’homme qui a de toutes façons le dernier mot sur l’éducation des enfants et la conduite des affaires de la famille ; dans ces conditions, la famille pourra de fait être musulmane. En revanche, si une musulmane épouse un non-musulman, cela revient, du fait de l’inégalité homme-femme, à assujettir l’islam, représenté par la femme, à une autre religion, en courant le risque que les enfants ne soient pas musulmans, ce qui est tout à fait intolérable et impensable.

Le Statut de la femme musulmane indique : « Une musulmane ne saurait être sous l’autorité conjugale d’un non-musulman. (…) Si l’on suppose qu’une femme musulmane a épousé un non-musulman, il y a deux possibilités : soit elle ignorait le jugement de Dieu en la matière ; alors on doit le lui faire savoir et on la sépare de son mari non-musulman. Soit elle s’était mariée avec cet homme en connaissant l’interdiction de Dieu. Elle aura autorisé ce que Dieu a interdit. Dans ce cas, Dieu n’acceptera ni son adoration ni sa lecture du Coran. On ne priera pas pour elle si elle meurt dans cet état ; sauf si elle renonce à son apostasie, se repentit et revient à l’islam, alors sa condition sera celle du reste des musulmans. »

  • CONSÉQUENCES

Si un musulman marié à une musulmane change de religion, c’est-à-dire devient apostat, son mariage est automatiquement dissous au regard des autorités musulmanes. Cette requête en annulation peut a priori être formulée par quiconque aurait connaissance de l’apostasie (défense de la communauté contre ce qui est considéré être une agression).

Ainsi en a-t-il été pour Nasr Hamid Abyu Zayd, professeur d’exégèse coranique au Caire, rédacteur d’un livre intitulé « le concept du texte », déclaré apostat par les autorités religieuses égyptiennes en raison d’une analyse du Coran jugée trop critique car contextualisant trop la rédaction du Coran par rapport à la situation sociale, politique et religieuse de l’Arabie du VIIème siècle. Celui-ci dut fuir l’Égypte pour se réfugier aux Pays-Bas, où il vécut une quinzaine d’années jusqu’à sa mort en 2010, son mariage ayant par ailleurs été annulé par les autorités égyptiennes au début des années 90 puisqu’un non-musulman (étant déclaré apostat, il n’était plus musulman) n’a pas le droit d’être marié à une musulmane.

Si le mariage civil a eu lieu en France, une jeune femme musulmane qui voyage dans un pays musulman avec son mari peut a priori être accusée selon l’angle d’analyse de fornication ou d’apostasie au regard de la doctrine.

 

 

L’excision

L’excision, comme la circoncision (khitan), ne sont pas mentionnés dans le Coran et ne le sont qu’exceptionnellement dans les hadiths.

La circoncision est fondée sur la reprise de la pratique juive issue d’Abraham qui a circoncis ses fils. Elle est obligatoire pour les hommes, facultative pour les femmes (il s’agit dans ce cas d’enlever le « prépuce » qui entoure le clitoris, à ne pas confondre avec l’excision ; la circoncision féminine est pratiquée par la femme par courtoisie envers son mari).

L’excision est une pratique pré-islamique et n’est pas donc pas spécifiquement musulmane mais certaines communautés musulmanes continuent à la pratiquer aujourd’hui, notamment dans des régions de certains pays d’Afrique (ex. Soudan, Somalie, Égypte).