Nulle contrainte en religion : un verset abrogé

Nulle contrainte en religion

Pour prouver la tolérance prêchée par l’islam, il est abondamment (et quasiment uniquement) fait référence au verset suivant :

Coran, sourate 2, verset 256 : « Nulle contrainte en religion ! La voie droite se distingue de l’erreur. Celui qui ne croit pas au Taghout[1] et croit en Allah saisit l’anse la plus solide, qui ne peut se briser. Allah est celui qui entend tout et sait tout. »

[1] Mot à la signification peu claire, probablement idole, démon, être rebelle. Désigne fréquemment l’Occident de nos jours.

Le Coran précise d’ailleurs que si Allah l’avait souhaité, il aurait fait de l’humanité une seule communauté musulmane ; si tel n’est pas le cas, c’est que la diversité religieuse fait partie du plan d’Allah, qui est le seul à pouvoir juger in fine les hommes, qu’ils soient musulmans ou non-musulmans.

Coran, sourate 5, verset 48 : « Nous t’[ndlr Mahomet]avons révélé le Livre et la vérité, pour confirmer l’écriture qui existait avant lui, en le préservant de toute altération. Juge entre ces gens d’après ce qu’Allah a révélé. Ne suis pas leurs passions, éloignées de la vérité que tu as reçue. À chacun de vous nous avons assigné une règle et une loi. Si Allah l’avait voulu, Il aurait fait de vous tous une seule communauté. Mais Il veut vous éprouver par le don qu’il vous a fait. Concurrencez-vous donc dans les bonnes œuvres. Votre retour à tous se fera vers Allah et Il vous éclairera de ce sur quoi vous vous opposiez. »

La liberté totale semble être la règle si l’on en croit l’article 16 de la Convention citoyenne des musulmans de France : « L’Islam dans sa vocation n’entend pas imposer sa vérité, ni forcer quiconque à adopter sa croyance et ses rites. L’Islam respecte la foi d’autrui dans la tolérance et le dialogue. »

Mais la formulation du principe de liberté religieuse « nulle contrainte en religion », verset emblématique, paraît finalement assez ambiguë : cela veut-il dire vraiment que chacun est libre de choisir la religion qu’il souhaite et d’en changer à son gré ? Car rien n’est moins sûr quand on lit d’une part les nombreux versets du Coran qui prônent une attitude guère tolérante vis-à-vis des non-musulmans, la condamnation totale de l’apostasie par la Tradition (cf. article Doctrine apostasie), les dispositions applicables dans les pays musulmans ainsi que la jusrisprudence islamique encore aujourd’hui (cf. article Apostasie aujourd’hui) : les faits sont têtus.

D’où la question : que veux dire ce verset ?

Pour comprendre cette contradiction entre ce verset, la Tradition et les faits, il est sans doute important de rappeler le contexte dans lequel ce verset a été révélé puisque la Sîra mentionne ce verset explicitement : en effet, dans les premiers temps du séjour de Mahomet à Médine, peu après l’hégire, Mahomet tenta quelque temps de convertir les juifs de Médine à l’islam. De nombreuses discussions eurent lieu sur des questions de foi. Il arriva donc qu’un groupe de rabbins alla voir Mahomet pour lui poser quatre questions.

À la dernière question, « Parle-nous de l’esprit », Mahomet répondit longuement, disant notamment aux juifs qu’ils pouvaient trouver dans leur Écriture que Mahomet était l’envoyé d’Allah, qu’il devait donc le croire, en leur adjurant de vérifier eux-mêmes. Dans la Sîra, Mahomet dit : « Si vous ne trouvez pas cela dans votre Écriture Sacrée, alors il n’y pas lieu de vous forcer. « Nulle contrainte en religion ! La rectitude s’est distinguée de l’aberration » ; je vous invite donc à croire en Allah et en son prophète. »

Il n’y a nulle contrainte en religion, Mahomet « invitant » néanmoins à croire en lui, mais on voit que ce verset fait référence à une situation historique bien spécifique correspondant à la courte période où Mahomet a tenté de convertir les juifs de Médine, avant qu’il ne se décidât à les chasser ou à les exterminer (cf. Quraydha). Ce verset s’adressait spécifiquement aux juifs et il n’était pas encore d’actualité à ce moment d’employer la force. Une fois que Mahomet fut convaincu qu’essayer de les convertir était peine perdue et que le jihad fut proclamé, les juifs devinrent des ennemis déclarés et la situation changea radicalement. Ce qui laisse à penser que ce verset reprend un propos à visée politique de Mahomet dans un contexte très spécifique visant à ne pas dresser les juifs contre lui, ceux-ci étant susceptibles de s’allier à ses ennemis (les arabes polythéistes).

Cette lecture simple, fondée sur la Sîra elle-même, paraît assez logique, dans le contexte de l’époque. Rappelons par ailleurs que Mahomet a lui-même peu avant sa mort restreint explicitement la liberté de religion sur toute la péninsule arabique puisque la Sîra rapporte le fait suivant : « Omar apprit que le Prophète, au cours de sa dernière maladie, avait dit : « Il ne devra y avoir qu’une seule religion dans l’île des Arabes ». Omar s’assura alors de l’authenticité de ce hadith et envoya dire aux juifs de Khaybar : « Celui qui parmi vous détient un contrat écrit avec le Prophète, qu’il me le rapporte et je m’engage à le respecter. Par contre, celui qui ne détient pas de contrat, qu’il se préparer à l’exil. En effet, le Prophète avait dit qu’il ne pouvait y avoir en Arabie qu’une seule religion. » Ainsi Omar bannit-il d’Arabie tous les juifs qui n’avaient pas de contrat écrit avec le Prophète. » Si tout le monde peut rentrer dans toutes les églises, y compris dans l’église Saint-Pierre de Rome, il est clair qu’il n’en vas pas de même dans le monde musulman.

La jurisprudence malikite  confirme dans la section « « L’exclusion des juifs de Médine » : « Ibn Chihab a rapporté que l’envoyé de Dieu a dit : « Deux religions ne peuvent jamais exister ensemble dans la presqu’île arabe. » » En d’autres termes, seuls les musulmans sont admis sur la Terre Sainte de l’islam. Cette règle est encore appliquée aujourd’hui (en fonction des intérêts économiques ou militaires).

L’apostasie : Aujourd’hui

La condamnation doctrinale de l’apostasie, jusqu’à la peine de mort, ne faisant aucun doute (cf. article Apostasie), la question se pose de savoir si les musulmans d’aujourd’hui considèrent cette doctrine toujours applicable.

Tareq Oubrou constate de son côté l’application toujours actuelle de la peine de mort dans un certain nombre de pays musulmans et recourt à l’argument historique pour tenter de rendre caduc ce point doctrinal totalement valide du point de vue de son authenticité : « Bien que les conversions soient punies de peine de mort pour apostasie dans les pays les plus conservateurs, comme l’Iran ou l’Arabie Saoudite, aucun texte ne les interdit formellement. Le deuxième calife Omar, qui régna jusqu’en 644, considère que changer de religion n’est pas « passible de la peine capitale ». Cela dit, c’est effectivement sur la parole « Celui qui change de religion, tuez-le » attribuée au prophète que s’appuient la plupart des légistes. Là encore, le recours à l’histoire s’impose. À l’époque des premiers musulmans, l’apostasie entraînait en général des troubles au sein de la communauté. C’est donc pour prévenir toute forme de rébellion armée que Muhammad aurait prononcé ces mots – sans toutefois jamais les mettre à exécution de son vivant. (…) À l’inverse, le Coran regorge de versets mettant l’accent sur la nécessaire adhésion du cœur et de la volonté en matière de foi. Comme le résume une sourate : « Point de contrainte en religion » (Coran 2, 256). C’est cet esprit qui devrait normalement prévaloir. »

Tareq Oubrou, ne pouvant effectivement pas remette en cause la doctrine de l’islam, s’appuie sur un verset du Coran abondamment cité (vu qu’il n’en existe très peu d’autres en matière de tolérance, contrairement à ce qui est indiqué par Tareq Oubrou, c’est-à-dire que le Coran « en regorgerait ») : il met là en évidence une contradiction très intéressante des textes qui s’explique a priori assez bien si on replace ce verset de tolérance dans le contexte des discussions que Mahomet eut avec les juifs à l’époque où il avait encore l’espoir de les convertir, avant que celui-ci décide de les chasser ou de les exterminer.

Quant au Conseil Européen des fatwas, il indique : « À la question de l’apostasie, les savants rappellent qu’elle est une question où il existe des divergences de vue parmi les savants classiques et qu’elle se comprend surtout en termes de trahison de guerre. Elle ne concerne pas, de toute façon, les musulmans en Occident. (…) La question de la condamnation à mort de l’apostat relève des prérogatives de l’État. C’est au gouvernement islamique qu’il appartient d’en juger, et les institutions, associations ou centres islamiques ne sont pas concernés par cette question. Certains parmi les pieux anciens et les oulémas sont même allés jusqu’à déclarer que tout apostat n’est pas passible de la mort, mais celui seulement qui affiche son apostasie, appelle à la discorde ou à nuire à Dieu et à son Envoyé ainsi qu’aux croyants. Sa mort vise en fait à protéger la religion et la société de ses méfaits et ne constitue pas un déni de la liberté de conscience vu le tort qu’il fait à autrui en piétinant leurs droits. Les intérêts de l’État et de la société prévalent sur l’intérêt individuel personnel. Cette question est en vérité similaire à ce que les lois modernes qualifient de « haute trahison », à la suite des préjudices qui en découlent pour l’intérêt général. »

Le Conseil européen des fatwas valide donc encore aujourd’hui la condamnation à la peine de mort mais en précisant qu’il s’agit d’une prérogative étatique et non individuelle, avec des subtilités touchant à la notion de haute trahison mais qui paraissent être du second ordre, mais qui manifeste sans doute un certain malaise sur cette question. En outre, cela ne concernerait pas l’Occident, ce qui est rassurant, mais on ne comprend pas très bien pourquoi et cela ne remet en rien en cause l’énormité de la faute, même dans un pays d’Occident. Il est vrai qu’il paraît difficile de demander aux musulmans de France de réclamer la peine de mort pour leurs coreligionnaires français ayant apostasié.

De façon plus générale d’ailleurs, toute action visant à détourner l’homme de la religion « naturelle », c’est-à-dire l’islam, est condamnable aux yeux de l’islam, comme le stipule l’article 10 de cette Déclaration des droits de l’homme islamique de 1990« Aucune forme de contrainte ne doit être exercée sur l’homme pour l’obliger à renoncer à sa religion [ndlr l’islam, puisque religion de l’innéité] pour une autre ou pour l’athéisme ; il est également défendu d’exploiter à cette fin sa pauvreté ou son ignorance. »

Cette disposition est dans son esprit totalement contraire à l’article 9 de la Convention européenne des droits de l’homme, à laquelle certains musulmans « modérés » disent adhérer, et qui stipule dans son premier alinéa : « Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction, ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en privé, par le culte, l’enseignement, les pratiques et l’accomplissement des rites. »

En d’autres termes, obtenir aujourd’hui – ou même demain – des communautés musulmanes vivant dans les pays occidentaux qu’elles déclarent que tout musulman est totalement libre de changer ou non de religion, et donc est libre d’abandonner l’islam à sa guise, relève de l’utopie. Seules des personnalités musulmanes isolées et sans représentativité institutionnelle au sein du monde musulman se risquent à s’orienter timidement vers cette voie.

L’apostasie : La justification doctrinale du châtiment

L’apostasie (ridda) est le fait de quitter sa religion pour en embrasser une nouvelle, en l’occurrence ici de quitter l’islam. Le fait de quitter l’islam est considéré comme une des pires fautes pour le musulman :  d’une part, il trahit sa nature puisqu’il abandonne la religion de l’innéité (cf. article Innéité) ; d’autre part, le musulman apostat fragilise par son exemple la communauté des croyants : l’apostasie ne concerne pas que le musulman lui-même.

Coran, sourate 2, verset 217 : « Ils t’interrogent sur le fait de faire la guerre pendant les mois sacrés. Dis : « Y combattre est un péché grave, mais plus grave encore auprès d’Allah est de faire obstacle au sentier d’Allah, d’être impie envers celui-ci et la mosquée sacrée » (…) »

Coran, sourate 3, verset 90 : « Ceux qui ne croient plus après avoir eu la foi, et laissent augmenter encore leur incrédulité, leur repentir ne sera jamais accepté. Ceux-là sont vraiment les égarés. »

Coran, sourate 16, verset 106 : « Celui qui a renié Allah après avoir cru – sauf s’il y a été contraint et dont le cœur reste paisible dans sa foi –, ceux qui ouvrent leur cœur à l’impiété, ceux-là auront sur eux la colère d’Allah et un châtiment terrible. »

La gravité de cette faute entraîne un châtiment sévère, jusqu’à la mort, comme le confirme la Tradition qui mentionne à de multiples reprises la condamnation sans retour de tous ceux qui se sont égarés en quittant l’islam.

Ainsi Bukhari relate : « J’ai entendu le prophète dire : « aux derniers jours du monde, des jeunes apparaîtront qui auront des pensées et des idées folles. Ils feront de bons discours, mais ils sortiront de l’islam comme une flèche sort de son jeu ; leur foi ne dépassera pas leur gorge. Aussi, où que vous les trouviez, tuez-les, car au jour de la Résurrection il y aura une récompense pour ceux qui les auront tués. » »

La Tradition authentique (Bukhari, Abu Dawad, Malik, Ibn Hanbal) mentionne que le prophète a dit : « Celui qui renie sa religion, tuez-le ».

La Sîra condamne très sévèrement l’apostasie : « « Et la persécution pour faire apostasier est plus grave que le fait de tuer », c’est-à-dire : ils persécutaient le musulman pour le faire revenir à l’infidélité après avoir embrassé l’islam, et cela est plus grave auprès de Dieu que le fait de tuer. »

La jurisprudence chaféite stipule :

Section o8.1 « Quand une personne ayant atteint la puberté, saine d’esprit, abandonne volontairement l’islam, elle mérite d’être tuée. »

Section  o8.2 « Dans un tel cas, le calife ou son représentant doivent obligatoirement lui demander de se repentir et de revenir à l’islam. Si elle le fait, cela est accepté ; mais si elle refuse, elle doit être tuée immédiatement. »

Section o8.4 « Il n’y a pas d’indemnité à verser en cas d’assassinat d’un apostat. »

Section o8.7 « Parmi les choses qui entraînent l’apostasie figurent :
(1) se prosterner devant une idole, que ce soit de façon sarcastique, par simple esprit de contradiction ou par conviction réelle (…)
(2) avoir l’intention de commettre un acte montrant de l’incrédulité, même dans le futur. (…)
(3) parler avec des mots qui implique l’incrédulité comme « Allah est le 3ème des trois », ou « Je suis Allah » (…)
(4) injurier Allah ou son messager ;
(5) nier l’existence d’Allah (…) ;
(6) être sarcastique à propos du nom d’Allah, ses commandements, ses interdictions, ses promesses, ou ses menaces ;
(7) nier un quelconque verset du Coran ou quoi que ce soit résultant du consensus des érudits (…) ;
(8) dire avec moquerie « Je ne sais pas ce qu’est la foi » ;
(11) dire à un musulman qu’il est un incrédule (kâfir) d’une façon signifiant que c’est un ingrat vis-à-vis d’Allah au regard des bienfaits divins qui lui ont été accordés ;
(13) décrire un musulman ou quelqu’un souhaitant devenir musulman comme un incrédule (kufr) ;
(16) d’injurier la religion islamique ;
(17) croire que les choses en elles-mêmes ou par leur propre nature peuvent être la cause de quelque chose indépendamment de la volonté d’Allah ;
(18) nier l’existence des anges, des djinns ou du ciel ;
(19) être sarcastique à propos d’une quelconque règle figurant dans la Loi sacrée ;
(20) ou de nier qu’Allah souhaitât que le message du prophète devînt la religion du monde entier.
Il y a d’autres motifs, car le sujet est presque sans limites. (…)  »

Islam et culture française

Le Conseil européen des fatwas a émis des recommandations d’un grand intérêt pour comprendre les valeurs des musulmans et leur rapport aux valeurs de la société française. Voici une recommandation fondamentale sur laquelle nous allons revenir point par point :

Le Conseil européen des fatwas « recommande à nos frères musulmans le respect de ce qui est prescrit par le Livre et la Sunna, et le consensus des théologiens de l’islam, en matière de respect des dispositions du pacte d’al-amân (sécurité) et des conditions de résidence et de citoyenneté dans les pays européens dans lesquels ils vivent – le Conseil insistant particulièrement sur ledit respect. Les obligations les plus importantes sont :

–  de considérer intangibles les vies des non-musulmans, leurs biens, leur honneur en vertu du pacte qui leur a permis d’entrer dans le pays, et sans lequel il ne leur aurait pas été permis d’y entrer ni continuer à y séjourner. Dieu le très-haut a dit : « Soyez fidèles à vos engagements car, en vérité, il vous en sera demandé compte. » (sourate 17, verset 34) ;

–  de respecter les lois du pays d’accueil qui les protège et leur permet de bénéficier de toutes les garanties d’une vie digne ; 

–  de s’éloigner de toutes sortes de gains illicites, parmi lesquels les démarches faites par certains musulmans pour l’obtention d’aide sociale alors qu’ils exercent une activité salariée ou disposent d’un commerce ;

–  de déployer tous les efforts nécessaires afin d’assurer aux nouvelles générations – garçons et filles – une éducation musulmane moderne, et ce à travers la création d’écoles, de centres d’éducation et de loisirs en vue de les prémunir contre la délinquance. »

Cette recommandation appelle les commentaires suivants :

1) Le respect de la vie des non-musulmans

C’est pour le moins une recommandation stupéfiante dans le monde d’aujourd’hui mais qui est nécessaire car ce respect ne semble visiblement par aller de soi dans la culture musulmane. Cette recommandation se comprend dans la mesure où l’islam établit une hiérarchie naturelle des communautés humaines, – la communauté musulmane étant supérieure à toutes les autres communautés – (cf. article Supériorité musulmane), et où Mahomet lui-même a notamment, une fois le jihad déclaré, prôné et mis en oeuvre l’extermination des juifs, appelé à l’assassinat des chrétiens en tant que polythéistes, ceux-ci n’ayant la vie sauve que dans le cadre du statut de seconde classe de dhimmi, sous réserve de payer, après s’être humiliés, un impôt spécifique destiné à financer la communauté musulmane (cf. article Dhimmitude). Dans les pays musulmans aujourd’hui, il n’y a d’ailleurs pas d’égalité aujourd’hui entre musulmans et non-musulmans.

Mais le plus étonnant encore est que ce respect est dû non pas en raison de principes universels de dignité humaine mais uniquement en raison du respect des engagements pris vis-à-vis des non-musulmans, cet engagement de respect étant considéré comme la contrepartie de l’hospitalité des non-musulmans (le respect des engagements étant très important dans la culture tribale de l’Arabie de Mahomet).

2) Le respect des lois du pays d’accueil

Il est louable que la recommandation soit de respecter ces lois. Reste que ce respect semble conditionné par l’idée de protection et de garantie d’une vie digne : qui est juge du fait de considérer que les lois sont respectables ?

Par exemple, nombreux sont les musulmans français qui considèrent que la loi sur la burqa dans l’espace public ou les règles sur le port du voile dans la fonction publique empiètent sur la liberté religieuse : ces musulmans ne sont-ils donc pas en droit de se considérer comme libérés de leur obligation de respect des lois de la France ?

3) Le renoncement aux gains illicites, notamment résultant de l’aide sociale indue

Il est intéressant de constater que le Conseil européen des fatwas éprouve le besoin de rappeler da façon absolument claire et formelle le caractère illicite du vol de l’argent public via les aides sociales indues. On peut légitimement penser que c’est l’ampleur de cette pratique et son caractère normal dans l’esprit des musulmans qui justifient ce rappel.

4) Assurer une éducation musulmane en vue de prémunir contre la délinquance

Il n’est pas choquant que les musulmans souhaitent pour leurs enfants une éducation musulmane, sous réserve que la compatibilité de cet enseignement avec les valeurs de la République française soit démontrée, ce qui est loin d’être le cas.

Quant à la délinquance, faut-il considérer que les musulmans dans un pays non-musulman y sont plus particulièrement sujets, sans doute en raison des contrariétés qu’impose une société française du fait des nombreuses valeurs culturelles difficilement compatibles avec les valeurs de l’islam ? En tous cas, ce questionnement est assez cohérent avec le constat fait par Tareq Oubrou sur ce sujet (cf. article Prison).

Il est vrai par ailleurs que ce penchant est facilité de façon plus générale par le caractère de plus en plus permissif de la société française, où la notion d’autorité est en pleine dissolution avec la bénédiction de nos politiciens, et où il fait de moins en moins bon être victime de nos jours, surtout quand on a le mauvais goût de se défendre.

Aussi, à partir du moment où votre culture vous place de façon innée au-dessus des valeurs de la société de mécréants dans laquelle vous vivez, la tentation est grande de passer outre aux lois de cette République qui n’ont, dans ce cadre, plus aucune valeur et auxquelles aucun respect n’est attaché.

Prison & Délinquance

Pour Tareq Oubrou, la sur-représentation musulmane dans les prisons pose la question de la responsabilité de la société française. En effet, pour lui, « Les dysfonctionnements qui conduisent un individu à l’échec et l’amènent à développer un sentiment de frustration sont à rechercher aussi bien dans la communauté musulmane que dans la société française. Ce n’est malheureusement pas un hasard si nos prisons sont majoritairement peuplées de jeunes musulmans. (…) De 40 à 50% de la population carcérale, et jusqu’à 70% en région parisienne, à Lille, Lyon et Marseille. »

La sur-représentation musulmane évoquée par Tareq Oubrou semble cohérente avec les avis de recherche publiés par la police nationale sur le site du ministère de l’intérieur. Ci-joint la liste des avis de recherche au 28 juin 2015 :  Avis de recherche

Tareq Oubrou va même jusqu’à considérer que la société française est directement responsable puisqu’elle produit de l’exclusion à grande échelle : « Tous les ingrédients d’un éventuel dérapage étaient réunis chez cet individu [ndlr Mohammed Mehra] : fragilité psychologique, milieu familial déstructuré… Dans ce sens, Mohammed Merah était le produit d’une société qui fabrique de l’exclusion à grande échelle. »

Si Tareq Oubrou considère ainsi que c’est la société française qui est responsable en envoyant finalement des victimes (musulmanes) en prison, il serait intéressant d’analyser pourquoi les autres communautés d’origine immigrée (italiens, portugais, polonais, vietnamiens, chinois,…) ne sur-pleuplent pas particulièrement les prisons et pourquoi elles n’utilisent pas elles aussi l’argument de la victimisation (voir également l’article Victimisation) pour se dédouaner de leur responsabilité.

Pas de lien avec les mécréants

Face aux musulmans, les non-musulmans, et en particulier les pays occidentaux aux racines chrétiennes, sont considérés comme des ennemis naturels qui cherchent à briser l’unité de la communauté musulmane (l’Oumma). Le Coran interdit aux musulmans de se lier aux non-musulmans :

Coran, sourate 3, verset 28 : « Que les croyants ne prennent pas, pour alliés, des infidèles, au lieu de croyants. Quiconque le fait contredit la religion d’Allah, à moins que vous ne cherchiez à vous protéger d’eux. (…) »

En effet, tout lien (amical ou d’affection) entre un musulman et un incroyant peut être considéré comme prohibé doctrinalement puisque cela correspond à une certaine forme de compassion pour ses idées, inacceptable doctrinalement pour l’islam. Tout « lien » ne peut donc être que superficiel et temporaire, et ce d’autant plus dans les sociétés occidentales où les rapports de force en présence ne permettent pas l’établissement de la loi islamique et imposent en conséquence aux musulmans d’adapter leur comportement.

Ainsi, Malek Chebel écrit : « Tout lien avec un infidèle ou un incroyant est considéré comme une compassion pour ses idées, et parfois comme une adhésion pure et simple. Dieu défend aux croyants de se lier avec les infidèles. »

Le lien n’est autorisé que dans une vision protectrice, au cas où le musulman a quelque chose à redouter du non-musulman : « à moins que vous ne cherchiez à vous protéger d’eux ». Dans ce cas, le musulman est autorisé à adapter son comportement autant que de besoin, et de recourir au mensonge si nécessaire si on considère qu’une telle situation est assimilable à un état de guerre larvé.

La jurisprudence chaféite précise :

Section r8.1 « Du mensonge : Les textes du Coran et de la Tradition indiquant qu’il est contraire à la loi de mentir sont à la fois nombreux et se prouvent les uns les autres, le mensonge étant parmi les péchés les plus laids et les fautes les plus écœurantes. Compte tenu du consensus des érudits de la communauté (Oumma) sur cette interdiction et l’unanimité qui résulte des textes, il n’est pas besoin de donner des exemples, notre seule préoccupation ici étant d’expliquer les exceptions à ce qui est considéré comme mentir et d’informer sur les détails. »

Section r8.2 « Le mensonge autorisé : Le Prophète a dit : « Celui qui règle des différents entre personnes en amenant un bien ou dit des choses louables n’est pas un menteur. » Ceci est largement mentionné à la fois par Bukhari et Muslim, les hadiths de Muslim indiquant que Umm Kulthum (une des filles de Mahomet) a dit : « Je n’ai pas entendu Mahomet autoriser le mensonge, sauf pour trois choses : la guerre, le règlement de différends, et entre mari et femme. » Ceci constitue une mention explicite selon laquelle le mensonge est parfois autorisé pour atteindre un objectif donné, les érudits ayant établis des critères des natures de mensonges autorisés par la Loi. »

Lorsque Mahomet envoya son émissaire pour semer la zizanie entre les Quraychites, les Ghatafân et les Banû Quraydha lors de la bataille du fossé, la Sîra rapporte que Mahomet dit à son émissaire : « Essaie de faire défection les uns aux autres de nos ennemis afin qu’ils partent, si tu peux. La guerre est une ruse. » Ce propos n’a rien de choquant : cela correspond simplement au pragmatisme militaire d’un chef de guerre qui subordonne les moyens à la fin qu’il vise.

L’Éthique du musulman précise de son côté : « L’actuelle offensive de la croisade, doublée d’une offensive sioniste qui lui est étroitement liée, n’a pu parvenir à déstabiliser l’État islamique et à piller ses richesses qu’après avoir préparé le terrain en divisant en sectes dissolues et insignifiantes et en mini-États hostiles entre eux où les conflits s’allument et s’aggravent sans raison. Car, il ne faut pas oublier que la politique de l’Occident, pour occuper l’Orient et le dominer, reste basée sur la règle suivante : diviser pour régner. Or l’islam accorde un soin particulier à la sauvegarde de sa communauté et à la préservation de son entité. »

Quel avenir pour les femmes musulmanes ?

Compte tenu du constat très négatif touchant à la condition de la femme musulmane aujourd’hui (cf. article condition aujourd’hui), Tariq Ramadan considère qu’« On [ndlr la culture musulmane] doit bousculer les choses pour que les femmes trouvent leur juste place, mais elles doivent aussi se mobiliser : elles n’obtiendront rien si, de leur côté, elles cultivent une attitude de victimes.

Tariq Ramadan est tout à fait actif dans la défense de la cause des femmes dans le monde musulman et par ricochet dans les pays occidentaux :

–  « Partout où les femmes ont accès à l’instruction, à l’éducation islamique, et même à l’engagement communautaire et social, elles font mieux que les hommes : meilleurs résultats, plus d’engagement, plus de rigueur et de sérieux. La réalité et les chiffres parlent d’eux-mêmes. Ce processus doit se poursuivre et offrir la possibilité aux femmes d’avoir accès à la société civile et au travail, avec des revendications qui doivent aller de soi : même formation, même compétence signifie obtention du même salaire. Les discriminations à l’emploi (parce qu’il s’agit d’une trop jeune femme qui connaîtra sans doute une maternité ou d’une femme trop âgée qui ne correspond pas à « l’image » de la jeunesse) doivent être refusées et combattues. Qu’on l’appelle féministe ou non (ce qui ne me dérange pas), cet engagement pour les droits légitimes de la femme peut et doit se faire de l’intérieur pour avoir quelque chance de succès. La route est longue, et il s’agit de s’y engager ensemble : en élaborant un discours qui parle de la femme en tant qu’être, avant de s’intéresser seulement à ses fonctions familiales ou sociales – un discours qui protège son autonomie et sa liberté d’être et d’agir. Il s’agit pour nous, pour nous tous, d’être cohérents : garantir la liberté de la femme signifie accepter que celle-ci puisse faire un choix que l’on comprend on un autre qu’on ne comprend pas. Il faut se méfier de ces nouveaux juges très « libéraux », et surtout très dogmatiques, qui se permettent de juger seul du bon usage de la liberté d’autrui. »

–  « Le formalisme religieux ne résistera pas à l’imposition de la culture globale qui bouscule l’éthique et impose une certaine idée de l’être féminin et de ses fonctions. Une réflexion sur le sens et les finalités s’impose de façon profonde, prioritaire et urgente, sur la question des femmes. Les enfermements, les blocages et les perversions touchent insensiblement tous les univers de référence, et le monde musulman, tiraillé entre le rejet et l’imitation, n’apporte pas aujourd’hui de contributions majeures à cette réflexion pourtant fondamentale. »

–  « Les femmes sont les premières à subir et à être exposées à ces réductions de la substance des textes autant qu’aux obstacles enracinés dans les structures sociales, et c’est pourquoi il leur appartient de se former dans l’étude des textes, d’acquérir les outils de leur interprétation et d’ajouter à la compréhension des finalités approfondies sur les environnements et les logiques de discrimination ou d’aliénation. Des questions comme celles du droit au travail, de la polygamie, du divorce ou de l’héritage ne peuvent pas être abordées par la seule étude de ce que les textes permettent ou pas. La démarche ne peut être qu’holistique et élaborée à la lumière des finalités supérieures, sans quoi l’essence de la règle (hukm) peut être trahie. (…) Quelle est donc la finalité supérieure de la monogamie et de cette tolérance polygame restrictive ? C’est le message dans toute son amplitude, des textes au contexte de leur énonciation et jusqu’à leurs objectifs, qu’il faut appréhender ensemble. »

–  « Il s’agit de proposer des pistes pour une présence sociale et un engagement féminin qui permettent une réconciliation avec l’être intime et les fondements de la liberté en refusant les réductions et les aliénations de la femme-fonction d’hier à la femme-objet d’aujourd’hui. Un féminisme social et politique qui aurait fait l’économie de cette réflexion sur l’être, la spiritualité, le sens et les finalités de l’être féminin, en soi et dans la société, courrait le risque de se tromper sur son essence et ses alliances possibles : il s’agit de marier la réflexion sur la femme-sujet avec la réflexion fondamentale autour de l’être de la femme. »

Mais si Tariq Ramadan est actif et en pointe dans ce domaine, ce qu’on ne peut que louer, qu’en est-il des autres représentants musulmans en France ? Un certain nombre semblent beaucoup plus timorés et rester pour l’essentiel des positions d’observateurs sur ce sujet pourtant crucial.

Ainsi, Omero Marongiu-Perria constate en ouvrant simplement un débat : « Le texte coranique prend acte d’une situation qui prévalait au détriment de la femme, c’est ce qui a été clairement établi par les historiens de l’islam, et le Coran donne également des orientations, mais c’est à l’homme de découvrir cette orientation, ces horizons. Est-ce que ce sont des horizons ou des orientations qui tendent vers un rapport que l’on va qualifier d’égalitaire, ou cette orientation vient-elle prédéfinir ou prédéterminer des rôles qui fait que la femme est un être foncièrement assujetti dans les rapports de genre ? Ça, c’est aux êtres humains à en débattre. »

Et si Omero Marongiu-Perria fait référence de façon positive à l’évolution marocaine, on ne sent guère de sa part de volonté d’en « découdre », d’agir personnellement et activement sur le terrain pour améliorer la condition des femmes : « L’évolution du droit de la famille marocain est illustratif des grandes questions que se posent les jurisconsultes et les autorités aussi des pays d’islam : c’est que nous sommes dans un pays qui, historiquement est de droit malikite, et par un débat de société, avec les référents religieux comme partie prenante, ils ont été capables de puiser dans les autres écoles juridiques musulmanes des avis, parfois considérés comme minoritaires à l’époque, mais qui étaient parfaitement fondés au plan du droit musulman, pour justement faire une avancée sociétale consistant à dire que désormais il n’y a plus de hiérarchie entre l’homme et la femme dans le couple – donc ils ont supprimé la notion de chef de famille –, ils ont restreint les possibilités de polygamie à des cas très exceptionnels, et ils ont permis un investissement social de la femme pour qu’elle soit complètement reconnue dans les sphères de la vie sociale. Et c’est une avancée majeure ici. »

Ce propos fait référence à la réforme du Code la famille marocain qui a tenté avec difficulté en 2004 de moderniser le statut de la femme ; mais cette réforme est bien timide car alors même que la Tunisie par exemple a abrogé la polygamie, le Maroc l’a maintenue (même si la monogamie est recommandée).

Dans un domaine plus restreint, la prière, Larbi Kechat fait preuve également de beaucoup de retenue. à la question du présentateur de l’émission de France 2 « Islam » : « Pourquoi sommes-nous arrivés à cette situation ? Qu’est-ce qui explique que plus on s’éloigne du modèle prophétique, qui était celui d’une prière en commun, hommes et femmes, et on se retrouve avec une situation, un peu de relégation, ou de séparation ? », il répond : « De manière générale, nous sommes, en tant qu’êtres humains, victimes de nos ignorances. L’ignorance, du point de vue sémantique, le mot « ignorance » a une parenté avec l’obscurité. D’où l’importance qui doit être donnée au premier devoir islamique, à savoir la lecture, la compréhension et l’application. L’évolution des sociétés humaines ont abouti à certaines pratiques qui, avec le temps, ont pris le pas sur certaines règles islamiques. »

Quant à Tareq Oubrou, il est particulièrement pessimiste : « Une chose est sûre : il ne faut pas compter sur la réforme théologique de l’islam pour faire évoluer la condition de la femme musulmane. »

Parler avec un homme

Le Conseil européen des fatwas stipule que parler avec un homme est autorisé dans certaines circonstances mais avec le consentement du père, du mari ou des frères : « La loi n’interdit pas qu’une femme parle avec un homme en cas de besoin, si les propos restent dans les limites du licite et conforme à ses normes. (…) Cela ne signifie pas que la porte doit être grande ouverte pour que la femme discute avec les passants ou vice-versa. Cela est refusé par la logique et le bon goût avant d’être rejeté par la Loi. En revanche, une femme peut discuter avec un homme s’il s’agit d’un proche, d’un gendre, d’un professeur, d’un voisin ou d’un supérieur hiérarchique, et d’autres cas semblables, tant que la confiance est établie, la séduction est exclue et les attitudes sont normales. Ainsi, il est fréquemment admis dans de nombreux pays musulmans que les hommes saluent les femmes, et réciproquement, lorsqu’ils se rencontrent, qu’ils échangent des propos honorables sur ce qui les concerne, avec le consentement du père, du mari et des frères. Aucun savant ne peut leur dénier cela. »

Le contact physique avec les hommes

Tout contact physique d’une femme avec un homme qui n’est pas son mari ou appartient à sa famille est prohibé.

Pour le Conseil européen des fatwas« La sharî’a n’interdit pas la présence d’hommes et de femmes au même endroit, si toutefois sont évitées trois choses prohibées par l’islam, qui sont :
–  l’isolement, c’est-à-dire le fait qu’un homme se retrouve seul avec une femme dans un lieu dans lequel personne ne peut avoir accès à eux ;
–  l’impudicité, c’est-à-dire la mise en évidence par la femme de certaines parties de son corps que Dieu a ordonné de couvrir, de sa tenue vestimentaire ou de son parfum, ou dans sa démarche et ses mouvements ;
–  les attouchements, c’est-à-dire le contact de la peau à la peau. »

Yusuf Qaradawi rappelle le hadith suivant : « Ma’aqal Ibn Yasar a rapporté que le Messager de Dieu a dit : « Il est préférable à l’un de vous qu’on lui pique la tête avec une grosse aiguille de fer plutôt que de toucher une femme qui ne lui est pas licite (hadith rapporté par at-Tabari et al-Baïhaqi). »

Cette position est conforme à la remontrance adressée par les autorités islamiques d’Iran à Leila Hatami, comédienne iranienne et membre du jury du 67ème Festival de Cannes, rappelée à la bienséance  pour avoir fait la bise à Gilles Jacob : « Celles qui participent à des événements internationaux devraient prendre en compte la crédibilité et la chasteté des Iraniens, afin de ne pas montrer une mauvaise image des Iraniennes », a estimé le vice-ministre de la Culture, Hossein Noushabadi, cité par le site internet de la radio-télévision Irib. Selon la loi islamique en vigueur dans le pays depuis la révolution de 1979, une femme ne peut pas avoir de contact physique avec un homme étranger à sa famille. Selon le site du guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, il est cependant permis à un musulman de serrer la main d’un non-musulman, en portant des gants et sans opérer de pression lors de la poignée de main.

Cette position est également cohérente avec le refus de la quasi-totalité des représentants officiels d’Arabie Saoudite de serrer la main à Michelle Obama lors de la visite de Barack Obama en Arabie Saoudite en janvier 2015, Michelle Obama ayant eu en outre l’effronterie de se présenter non voilée.

Mais l’interdit va en réalité beaucoup plus loin car la seule présence d’une femme est problématique comme l’indique Yusuf Qaradawi : « Une des voies pouvant conduire à la fornication, interdite par l’islam, est de rester en tête-à-tête avec une femme que l’on peut épouser, c’est-à-dire toute femme autre que son épouse ou l’une de ses proches parentes que Dieu lui a définitivement interdit d’épouser, telle que sa mère, sa sœur, sa tante paternelle ou maternelle,etc. »

D’ailleurs, le seul regard est problématique selon Yusuf Qaradawi« Dans l’islam, le regard prolongé de l’homme vers la femme ou de la femme vers l’homme est illicite. L’œil est en effet la clé du cœur et le regard est le messager de la tentation, le postier de la fornication. (…) C’est pour cela que Dieu a ordonné aux croyants et aux croyantes de baisser leurs regards en même temps qu’Il leur a ordonné de sauvegarder leurs parties intimes : sourate 24 versets 30 & 31. »

Yusuf Qaradawi précise : « Le regard de la femme qui n’est pas dirigé vers une partie intime de l’homme – c’est-à-dire ce qui se trouve entre le nombril et les genoux – est autorisé tant qu’il n’est pas accompagné de désir et tant qu’aucune tentation n’est à craindre. Le Messager a permis à Aïcha (sa très jeune épouse[1]) de regarder les Abyssins jouer avec leurs javelots dans la mosquée du Prophète. Elle resta jusqu’à ce qu’elle s’ennuyât puis partit (hadith unanime). »

[1] Mahomet l’a effectivement épousée à 6 ans et leurs relations sexuelles ont commencé quand elle avait 9 ans (lui en ayant 53).

Il n’est pas très difficile d’imaginer à quels résultats désastreux peut conduire une telle censure de la sensualité et du désir tant la frustration peut être intense et chercher naturellement un débouché moral acceptable en cas d’écart de conduite, jusqu’au viol (la femme étant souvent accusée d’avoir été la tentatrice : argument qui n’est pas spécifique à l’islam mais qui en est un débouché logique).

L’inégalité homme-femme : Aujourd’hui

L’inégalité homme-femme inscrite dans le Coran (voir l’article Doctrine inégalité homme-femme) n’est semble-t-il pas restée lettre morte. Aujourd’hui, cette inégalité peut être constatée de façon évidente dans tous les pays musulmans.

Pour Malek Chebel, « la jurisprudence sur la femme, que ce soit la sharia ou les mentalités collectives, lui est extrêmement défavorable. Le but non avoué de toute cette armada de textes consiste à maintenir la femme dans une position inférieure à l’homme sous le prétexte que celui-ci subvient à ses besoins matériels. »

Globalement, le tableau dressé par Malek Chebel n’est guère flatteur : « Répudiation, polygamie, mariages forcés (et surtout mariages précoces à onze ou treize ans), rapts de jeunes filles, dénigrement des mères célibataires et assassinats perpétrés au nom de l’honneur, voilà quelques aspects – flagrants – de l’infériorité juridique de la femme musulmane par rapport à l’homme, une infériorité fondée – telle est la thèse fondamentaliste – sur le caractère ondoyant et limité de la nature féminine. »

Le monde musulman n’est pas sorti encore aujourd’hui du modèle patriarcal. Mohammed Bajrafil indique : « Concrètement, si le statut de la femme a été aussi malmené par les jurisconsultes, il faut avoir le courage et l’honnêteté de le dire, c’est parce que des sociétés plutôt patriarcales ont été les sociétés dans lesquelles majoritairement ces jurisconsultes ont vécu. »

Dans ces conditions, compte tenu de la reconnaissance par nombre d’islamologues de ces faits, il faut une certaine audace – qui frise le mensonge – pour oser écrire dans la Convention citoyenne des musulmans de France (article 3) que : « En France, l’égalité homme femme ne heurte en rien la conception musulmane. Bien au contraire, depuis l’avènement de l’islam et dans les temps modernes, les principaux défenseurs de la place de la femme musulmane dans la société contemporaine ont toujours favorisé son épanouissement. »

Au-delà des élucubrations du C.F.C.M., la palme du réalisme revient sans doute à Tareq Oubrou qui écrit : « Une chose est sûre : il ne faut pas compter sur la réforme théologique de l’islam pour faire évoluer la condition de la femme musulmane. »