Le C.F.C.M. : une simple association gérant les lieux de culte

Le vice-président du C.F.C.M., Chems-Eddine Hafiz, précise que le CF.C.M. ne donne aucun avis religieux et se contente de gérer les lieux de culte et autres questions pratiques (ex. carrés musulmans).

CFCM Hafiz 2011CFCM Role 2011

Puisque tel est le cas, plusieurs remarques viennent à l’esprit :

1) Comment se fait-il que le C.F.C.M. prenne alors position pour déclarer que la religion musulmane est parfaitement compatible avec les valeurs de la République française, dont la laïcité, puisqu’il n’a donc aucune vocation à interpréter les textes sacrés et donc à trancher si nécessaire sur les questions touchant aux valeurs humaines et culturelles prônées par l’islam ?

2) Les musulmans de France peuvent continuer à interpréter comme bon leur semble en fonction des circonstances la doctrine musulmane puisqu’il n’y a pas d’autorité religieuse.

3) Il n’y a aucune possibilité de limiter l’influence des imams les plus virulents dans les mosquées de façon interne à la communauté musulmane. Seul le recours à la loi civile – dont on sait combien la simple application, dans le cas de la communauté musulmane, conduit rapidement à un procès en stigmatisation de la société française – peut donner quelques résultats.

Droit à l’apostasie : l’islam de France ne l’acceptera jamais

La doctrine musulmane est claire (cf. article doctrine apostasie) : un musulman n’a pas la liberté d’apostasier. L’apostasie est punie très sévèrement dans les pays musulmans, parfois jusqu’à la peine de mort.

En France, un débat à été ouvert sous Jean-Pierre Chevènement (1999) en vue de rédiger une charte des musulmans de France. À cette occasion, l’inscription du droit imprescriptible de liberté de conscience (et de liberté religieuse), et donc le droit d’apostasier, a été évoqué : finalement il a été rejeté par le C.F.C.M. qui rédigeait cette charte. Ce point est parfaitement clair et son authenticité est a été confirmée en 2011 par Chems-Eddine Hafiz, vice-président du C.F.C.M..

CFCM Hafiz 2011CFCM Apostasie 2011 1   CFCM Apostasie 2011 2  CFCM Apostasie 2011 3

On notera d’ailleurs dans cette interview que M. Hafiz refuse obstinément de donner son avis sur la question de savoir si un musulman est libre de quitter l’islam. Il se borne à constater que certains le font, en déplorant cet abandon de la façon la plus nette et la plus viscérale (en évoquant le terme de « blessure »). En d’autres termes, même à titre personnel, M. Hafiz refuse en réalité d’accorder ce droit légitime.

Il va de soi que la Convention citoyenne des musulmans de France publiée par le C.F.C.M. à l’été 2014 ne pouvait pas mentionner l’apostasie de façon précise, si ce n’était pour confirmer cette analyse et la validité de la condamnation claire de l’apostasie, au risque sinon de se trouver en porte-à-faux avec tout le monde musulman. Aussi, la clarification de cette question par une formulation totalement dépourvue d’ambiguïté a été omise dans la rédaction de cette Convention au profit (article 1) de la mention floue et lénifiante d’une notion générale de liberté de croyance, d’ailleurs non définie : « Les musulmans de France sont attachés à : . La liberté de croyance pour tous les citoyens, (…) » Laisser entendre que la liberté de croyance ainsi formulée contient la liberté d’apostasier est un mensonge.

L’objectif de la Convention serait-il simplement de rassurer la société française sur la compatibilité de l’islam avec les valeurs de la France, quitte à éluder les questions qui fâchent ? Pourquoi le C.F.C.M. n’a-t-il pas tout simplement écrit (dans cette charte ou ailleurs) : « Tout musulman est en droit d’apostasier et ainsi de quitter l’islam. » ? Parce qu’il en est incapable, quand bien même il l’envisagerait.

Ainsi, on voit que l’islam de France, de façon directe ou indirecte, que ce soit via le C.F.C.M. ou une autre autorité en France, rejette fondamentalement, au plus profond de sa doctrine et de sa culture, l’idée de liberté religieuse qui emporte nécessairement la possibilité de changer de religion.

Manuel Valls : quelle ligne directrice en matière religieuse ?

Il ne semble pas aisé de comprendre la pensée de Manuel Valls en matière religieuse ni d’estimer sa capacité à la neutralité éclairée dont ne doit pas se départir le ministre de l’intérieur du fait de ses responsabilités vis-à-vis des cultes, et encore moins un premier ministre, si l’on essaie d’en juger à partir de l’évolution radicale de ses positions passées.

En avril 2008, Manuel Valls, maire d’Évry, défendait avec conviction la cause palestinienne.

Valls et Les palestiniens avrill 2008Valls et Les palestiniens avril 2008

Manuel Valls épouse en 2010 Anne Gravoin qui est juive.

En avril 2011, Manuel Valls défend avec ardeur son « attachement éternel à la communauté juive et à Israël ».

Valls et Israel juin 2011Valls et Israel juin 2011

À cet égard, il est regrettable que les journalistes, toujours épris de morale et de déontologie, n’aient pas rappelé cet aspect lors de la controverse née de la déclaration de Roland Dumas en février 2015 qui considérait que Manuel Valls était sous influence juive. Les Français auraient certainement été beaucoup plus éclairés sur l’origine de la position de Roland Dumas (qu’on la partage ou non, ou qu’on la juge même abjecte, puisque là n’est pas le débat au regard de la déontologie journalistique) que par les lamentables propos de bistro entendus à l’époque du type « La vieillesse est un naufrage », etc., abondés par des personnalités du show business totalement incultes. Cette façon de procéder du milieu journalistique relève-t-elle de la déontologie journalistique ?

La lecture du Coran : c’est difficile ?

Lors d’une interview sur Canal + en mars 2015, Alain Juppé, interrogé par Michel Onfray, reconnaît ne pas avoir lu le Coran.

Juppe et le Coran mars 2015

Juppe et le Coran mars 2015

Il est toujours délicat pour un homme politique de reconnaître piteusement qu’il parle de quelque chose qu’il ne connaît pas (comme un enfant pris le doigt dans le pot de confiture…), mais il l’est encore plus, et encore plus irresponsable, de réitérer le même propos quelques mois après (août 2015 : voir ci-dessous).

Quant à l’argument consistant à dire que, pour un agrégé de lettres classiques, inspecteur des finances, cette lecture est « difficile », ou que cela ne figurait pas au programme de ses longues études (école normale supérieure et E.N.A.), nous sommes acculés à en rire pour éviter d’en pleurer.

Dans une interview accordé au Parisien en août 2015 à l’occasion de la présentation de son projet pour l’éducation, Alain Juppé est interrogé par un journaliste.

Juppe Le Parisien aout 2015

À la question du journaliste, « En janvier [ndlr 2015], l’hommage aux victimes de Charlie a été perturbé dans certains établissements. Faut-il parler des religions dès la primaire ? », Alain Juppé répond : « La primaire, c’est lire, écrire, compter, raisonner. Ne chargeons pas davantage le programme ! En revanche, au collège, il faut mieux enseigner le fait religieux pour que chacun comprenne ce qu’est une cathédrale, une fête patronale… La France a des racines judéo-chrétiennes. Elle a aussi une population musulmane. Il faut vaguement savoir ce qu’est le Coran. J’ai confessé un jour au philosophe Michel Onfray que je ne l’avais pas lu. Depuis, j’ai essayé de me rattraper. Mais c’est difficile à lire. »

Ainsi, Alain Juppé, ancien ministre, potentiel futur président de la République estime toujours inutile, même après « l’avertissement Onfray », de savoir précisément ce que dit le Coran, ce qui revient à dire qu’il ne juge pas nécessaire, en dépit de tous les événements nationaux et internationaux – pourtant au combien dramatiques – relatifs à l’islam depuis des années, de comprendre en quoi consiste la culture musulmane et les valeurs humaines et sociales qu’elle prône pour l’avenir de la France. Dont acte.

Aïcha déflorée à 9 ans par Mahomet : un certain malaise musulman

La polémique sur l’âge de la consommation du mariage d’Aïcha est intéressante, moins par l’authenticité des faits qui ne fait aucun doute, que par l’attitude de certains musulmans face à cette constatation.

  • La Tradition authentique : aucun doute n’est possible

La Tradition musulmane ne laisse aucun doute sur le fait qu’Aïcha a été mariée à 6 ans (7 dans la Sîra) à Mahomet et que le mariage a été consommé quand elle eut 9 ans (lui ayant environ 53 ans)

Hadith (Bukhari) : « Urwa Ibn az-Zubayr a dit : « Khadija mourut trois ans avant le départ du Prophète pour Médine. Après être resté veuf deux ans, ou un espace de temps approchant, le Prophète épousa Aïcha qui avait alors six ans, puis il consomma son union avec elle quand elle eut neuf ans ». »

Hadith (Bukhari) : « D’après Aïcha, le Prophète l’épousa alors qu’elle avait six ans ; le mariage fut consommé quand elle avait neuf ans et elle resta avec le Prophète neuf ans. »

Hadith (Bukhari) : « Aïcha a dit : « J’avais six ans lorsque le Prophète m’épousa. Nous nous rendîmes à Médine et descendîmes chez les Banu al-Harith Ibn Khazraj. J’avais eu la fièvre et perdu mes cheveux ; mais ils repoussèrent abondamment et arrivèrent jusqu’au coude. Ma mère, Umm Rûmân, vint me trouver alors que j’étais sur une balançoire, entourée de mes camarades. Elle m’appela et je me rendis auprès d’elle sans savoir ce qu’elle voulait de moi. Elle me prit par la main, me fit rester à la porte de la maison jusqu’à ce que j’eusse pris mon souffle. Elle prit alors un peu d’eau, m’en frotta le visage et la tête, et me fit ensuite entrer dans une maison où se trouvaient des femmes des Ansâr qui me dirent : « À toi le bonheur, la bénédiction et la meilleure fortune ! ». Ma mère m’ayant livrée à ces femmes, celles-ci se mirent à me parer, et j’avais à peine fini que l’Envoyé de Dieu entra. Alors on me remit entre ses mains. J’avais alors neuf ans ». »

Hadith (Muslim) : « Aïcha a dit : « J’avais six ans lorsque le Prophète m’épousa et neuf ans lorsqu’il eut effectivement des relations conjugales avec moi. Quand nous nous rendîmes à Médine, j’avais eu de la fièvre un mois durant et mes cheveux avaient poussé jusqu’à mes épaules. Ma mère, Umm Rûmân, vint me trouver alors que j’étais sur une balançoire, entourée de mes camarades. Quand elle m’eut appelé, je me rendis auprès d’elle sans savoir ce qu’elle voulait de moi. Elle me prit par la main, me fit rester à la porte de la maison jusqu’à ce que j’eusse pris mon souffle. Elle me fit ensuite entrer dans une maison où se trouvaient des femmes des Ansâr qui me dirent : « À toi le bien, la bénédiction et la meilleure fortune ! ». Ma mère m’ayant livrée à ces femmes, celles-ci me lavèrent la tête et se mirent à me parer. Or, rien ne m’effraya et quand l’Envoyé d’Allah vint dans la matinée ; elles me remirent à lui ». »

Sîra : « Le Prophète prit aussi pour épouse Aïcha, fille d’Abû Bakr, l’homme de foi. Elle avait sept ans. Il consomma son mariage avec elle à Médine lorsqu’elle avait neuf ou dix ans. C’était la seule épouse vierge que le Prophète ait prise. Elle lui fut donnée en mariage par son père Abu Bakr. Le Prophète lui donna en dot quatre cents dirhams. »

D’ailleurs, la Tradition rapporte que Mahomet conseillait à ses partisans de prendre des femmes vierges, donc a priori très jeunes :

Hadith (Bukhari) : « Jâbir rapporte que l’Envoyé de Dieu lui dit : « Ô Jâbir, t’es-tu marié ? – Oui, lui répondis-je. – Et qui as-tu épousé ? une vierge ou une femme ayant déjà été mariée ? – Ce n’est pas une vierge, repris-je, mais une femme ayant déjà été mariée. – Pourquoi pas une jeune fille [ndlr vierge] qui aurait batifolé avec toi ? répliqua le Prophète. – C’est parce que, lui répondis-je, mon père a été tué à la bataille de Uhud et qu’il a laissé neuf filles qui sont mes neuf sœurs. Il m’eût été pénible de leur donner pour compagne une jeune fille ignorante comme elles ; c’est pourquoi j’ai choisi une femme qui pût les peigner et s’occuper d’elles. – Tu a eu raison, me dit le Prophète ». »

  • Aucun érudit musulman sérieux et représentatif ne conteste aujourd’hui la validité de cette tradition

Cette constatation n’est contestée par aucun érudit sérieux et représentatif, y compris Tariq Ramadan. De son côté, Yusuf Qaradawi écrit : « La mère des croyants, Aïcha, a dit : « Je jouais avec des poupées sous le toit du Messager de Dieu et je recevais mes amies qui se cachaient pour jouer par crainte du Messager de Dieu, mais ce dernier était content de les voir venir chez moi et partager mes jeux » (hadith unanime). Dans une autre version, le Prophète lui dit un jour : « Qu’est-ce que cela ? » Elle répondit : « Ce sont mes poupées ». Il dit : « Quel est donc celui-ci qui se tient au milieu d’elles ? » Elle répondit : « C’est un cheval ». Il dit : « Que porte-t-il ? ». Elle répondit : « Deux ailes ». Il dit : « Un cheval avec deux ailes ? ». Elle répondit : « N’as-tu pas entendu dire que Salomon, le fils de David, avait des chevaux ailés ? » Le Messager de Dieu se mit à rire à pleines dents (hadith rapporté par Abou Dawoud). Il s’agissait de figurines avec lesquelles jouaient les fillettes et les garçons. Notre dame Aïcha était encore toute jeune au début de son mariage avec le Messager de Dieu. »

  • De l’absence de scrupules pour défendre Mahomet et donc l’islam

Cette constatation ne pose guère de problèmes aux musulmans orthodoxes du Golfe car l’exemplarité du Prophète prime de toute façon pour eux sur tout problème moral. Ils appliquent le règlement.

Age du mariage

Age du mariage

Certains, jugeant la situation diffamatoire au regard de la probité morale sacrée de Mahomet qui doit être préservée de toute atteinte quoiqu’il arrive, remettent par conséquent en cause ces hadiths authentiques par divers raisonnements et témoignages. Ainsi Mohammed Bajrafil va jusqu’à remettre en cause de leur propre autorité la Tradition authentique pour tenter de redorer le blason du grand Mahomet en allant jusqu’à essayer de démontrer (sur un ton qui n’appelle guère à la critique…) qu’Aïcha avait en réalité 18 ou 19 ans lors de son mariage.

Mohamed Bajrafil Belgique

Mohamed Bajrafil Aisha 1   Mohamed Bajrafil Aisha 2

Or c’est une attitude individuelle dépourvue de légitimité institutionnelle au regard de la communauté musulmane musulmans (Mohamed Bajrafil ne représente que lui-même), et en particulier au regard d’institutions prestigieuses comme l’université d’Al-Azhar.

Cela semble surtout révélateur d’une attitude inquiétante conduisant en fonction des objectifs à faire fléchir coûte que coûte la signification des éléments documentaires dans le sens recherché. « La fin justifie les moyens » dit le dicton ; vérité et honnêteté n’ont pas leur place.

La polygamie : comment les musulmans la justifient encore aujourd’hui

La polygamie est un héritage de mœurs qui remontent aux anciens temps bibliques (sans pourtant remonter jusqu’à Adam qui n’était pas polygame). Si la limitation à 4 épouses a représenté une amélioration pour l’Arabie du VIIème siècle par rapport à la situation antérieure, la question n’est plus celle-là aujourd’hui. La question fondamentale qui est posée est : qu’en est-il aujourd’hui ? Faut-il maintenir ou abolir la polygamie aujourd’hui ?

La polygamie semble en effet indissociable de l’inégalité homme-femme compte tenu de la prédominance de l’homme sur la femme et du statut de femme-mère qui ne travaille pas et se fait entretenir par son mari.

Cette infériorité de la femme est généralement également associée à une différence de nature supposée en matière de sexualité. Ainsi Malek Chebel écrit : « L’une des raisons que prône les défenseurs de la polygamie est la différence d’inclination et d’étendue de la fonction sexuelle chez l’homme et chez la femme. »

Omero Marongiu-Perria fait état de la profondeur de cette conviction (la polygamie n’est pas anormale) dans la culture musulmane : « Nous avons parlé de la réforme de la Moudawana au Maroc, c’est-à-dire du statut du droit personnel, la réforme du droit matrimonial, etc., car nous ne sommes plus dans une société où les rapports de genre devaient être fondés sur la domination du mâle ou du masculin sur le féminin. Simplement, la limite de la réforme de la Moudawana au Maroc a été celle-ci : on ne peut pas changer les mentalités uniquement à coups de lois, et aujourd’hui la société marocaine vit quand même une certaine crise car la loi n’a pas pu réformer toutes les mentalités. Donc cela doit s’accompagner d’une véritable politique publique d’éducation et là on peut également porter un regard critique sur ces aspects dans un certain nombre d’États. »

Certains auteurs assument d’ailleurs pleinement la nécessite bienfaisante de la polygamie et son aspect charitable. Ainsi Abdurrahmân Badawî écrit : « À notre avis, la polygamie est justifiée dans les cas suivants : 1) Quand la première femme est atteinte d’une maladie incurable qui s’oppose au bonheur des époux ; 2) Quand la première femme est stérile ; 3) Quand la première femme devient tellement vieille et laide, de sorte qu’elle devienne une entrave dans les relations sociales et une source de dégoût perpétuel pour le mari. En effet, qu’est-ce qui est plus charitable dans ces cas : répudier la femme, ou la garder – avec une ou plusieurs autres – tout en lui assurant l’habitation, la nourriture, un traitement correct et la vie en compagnie de ses enfants ? »

D’ailleurs Abdurrahmân Badawî conteste fermement la monogamie chrétienne : « La conception catholique de la morale sexuelle est tellement étroite, impossible à réaliser, qu’aucun homme raisonnable ne puisse l’accepter. Selon cette conception, il faut s’abstenir perpétuellement de toute délectation charnelle, même « permise dans l’état de mariage » (Thomas d’Aquin). Saint Paul va même jusqu’à prescrire le célibat pour les deux sexes. »

Quant à la faculté pour la femme de s’opposer à la polygamie, elle semble assez réduite selon Malek Chebel : « Aujourd’hui, dans plusieurs pays musulmans, la loi civile donne à la femme la possibilité d’exiger de son époux, par écrit, de ne pas prendre de co-épouses. Mais la réalité est beaucoup plus cruelle car, pour respecter cette même clause, le mari est souvent amené à user de son droit de répudiation, un droit qui lui était accordé d’immémoriale mémoire, même s’il est aujourd’hui battu en brèche avec les premiers balbutiements du code personnel. »

Le mariage forcé

  • Le constat

La pratique du mariage forcé dans la culture musulmane est un phénomène reconnu par nombre de représentants de la communauté musulmane.

Ainsi Tariq Ramadan écrit : « Au-delà des positions claires qu’il faut prendre – et qui commencent lentement à être formulées – sur l’interdiction du mariage forcé, de la violence conjugale et de l’excision par exemple, il importe de se pencher sur les réalités quotidiennes et de légiférer de façon cohérente en fonction des finalités supérieures du message [ndlr coranique]. » 

Tareq Oubrou écrit de son côté : « Crimes d’honneur, mariages forcés, violences domestiques…L’actualité en provenance des pays musulmans charrie quotidiennement son lot de violence et d’abus. » 

Quant à Malek Chebel : « Répudiation, polygamie, mariages forcés (et surtout mariages précoces à onze ou treize ans), rapts de jeunes filles, dénigrement des mères célibataires et assassinats perpétrés au nom de l’honneur, voilà quelques aspects – flagrants – de l’infériorité juridique de la femme musulmane par rapport à l’homme, une infériorité fondée – telle est la thèse fondamentaliste – sur le caractère ondoyant et limité de la nature féminine. » 

Malheureusement, cette pratique ne touche pas que les seuls pays musulmans. Elle peut concerner des jeunes femmes françaises que leur famille va marier pendant les vacances au pays ou même se pratiquer sur le territoire français lui-même. Ainsi, dans l’émission du dimanche matin de France 2 « Islam » consacrée en mars 2014 au mariage et au divorce, un reportage indique : « Rien ne s’oppose à ce qu’une femme se choisisse elle-même un mari, pourvu qu’il soit un homme vertueux. Si dans les textes la liberté de choix existe, les mariages arrangés continuent à se pratiquer même si les situations sont contrastées dans le monde musulman. Il arrive que les mentalités évoluent moins vite que la législation. » Une femme interviewée déclare : « Le mariage forcé est une pratique encore courante à Mayotte. Il y a une protection prévue au niveau de la loi, mais on sait très bien que dans la réalité il y a des pressions très fortes au niveau des jeunes filles. Même si certaines jeunes filles sont bien au courant de leurs droits, des campagnes d’information sont nécessaires. Les informations contenues là-dedans [ndlr manuel d’information] concernent aussi bien les femmes que les hommes, mais bien évidemment, je m’adresse particulièrement aux femmes, qui ne connaissent pas leurs droits à Mayotte, et quand on connaît pas les droits, on ne peut pas les faire valoir. » »

  • La doctrine de l’islam

Le consentement de la femme est nécessaire pour le mariage. Toutefois, s’agissant du mariage des très jeunes filles, vierges, il est important de rappeler que le consentement explicite n’est pas requis car le silence de la jeune fille vierge suffit. Cette disposition est assez étonnante car la jeune fille vierge, nécessairement jeune – voire très jeune (cf. Aïcha Aïcha) –, peut naturellement avoir la plus grande difficulté à exprimer un refus sous la pression familiale ou sociale.

C’est la porte ouverte à une culture favorisant les mariages forcés, surtout quand la jeune fille n’a pas la force morale de s’opposer ouvertement et que la famille et le mari espèrent que, sous la pression de la cohabitation forcée, la jeune fille va finir par changer d’avis.

Hadith (Bukhari, Muslim) : Abû Hurayra a rapporté que le Prophète a dit : « La femme ayant déjà été mariée ne peut être donnée en mariage que sur son ordre ; la vierge ne peut être donnée en mariage qu’après qu’on lui a demandé son consentement. – Et comment donnera-t-elle son consentement ? Ô Envoyé de Dieu, demandèrent alors les fidèles. – En gardant le silence. »

Hadith (Muslim) : Dhakwân transmet : J’ai entendu Aïcha dire : « J’ai demandé à l’Envoyé d’Allah si les parents de la vierge devaient ou non la consulter avant de contracter son mariage ». – « Oui, elle doit donner son consentement », répondit le Prophète. – « Mais, répliquai-je, elle est timide ». – « Eh bien, reprit-il, son silence signifie son consentement ».

Hadith (Bukhari) : Aïcha rapporte que l’Envoyé de Dieu a dit : « La vierge doit donner son assentiment. – Mais, lui dis-je, la vierge aura honte. – Cet assentiment, répondit-il, consistera dans son silence. » Certain auteur a dit : « Un homme s’était épris d’une orpheline – ou, suivant une variante, d’une vierge. Comme elle refusait de l’épouser il employa la ruse et produisit deux faux témoins constatant qu’il l’avait épousée. Arrivée à l’âge de la nubilité [ndlr la jeune fille a donc été épousée excessivement jeune, cf. Aïcha], l’orpheline consentit au mariage. Le cadi [ndlr le juge] accepta le faux témoignage [ndlr le cadi n’eut pas à constater l’illégalité du mariage en cours et refaire un contrat] et bien que le mari connût l’illégalité de la chose, sa cohabitation fut licite. »

  • La communauté musulmane française lutte-t-elle contre le mariage forcé ?

Devant ce constat, la question se pose de savoir ce que les représentants musulmans français entendent concrètement faire pour faire cesser cette pratique. Leurs réponses laissent perplexes, si on en juge par l’émission de France 2 « Islam » consacrée au « Mariage et divorce » diffusée en mars 2014.

En effet, le présentateur de l’émission prolonge la réflexion entamée dans le reportage : « Le fait de connaître ses droits est fondamental, parce que cette dame dit « quand on ne peut pas connaître ses droits, on ne peut pas les faire valoir ». Larbi Kechat répond : « De quoi s’agit-il ? Le Coran parle de cette union de la femme et de l’homme comme un signe de Dieu. Quel est notre devoir, chaque fois que l’on reçoit ce message-signe ? C’est de le méditer. Dans des études sociologiques, anthropologiques, il est question d’un phénomène social. L’islam reconnaît ce phénomène social mais il nous invite à aller au-delà du phénomène, vers le niveau le plus élevé de la question, à savoir les signes. Notre relation à notre créateur est la relation à la source inépuisable d’amour. C’est la relation à la source inépuisable de la miséricorde et du réconfort et de la tranquillité. Ce que nous venons de voir ne relève pas des champs normés par Dieu. Ce que nous venons de voir relève du sociologique, qui est objet de changement, tantôt vers le haut, tantôt vers le bas, de changements multidimensionnels, quelquefois négatifs, quelquefois positifs. Et cela rappelle à chacun d’entre nous qu’il y a un décalage énorme entre l’idéal et la réalité. »

France 2 Islam Mariage & Divorce mars 2014 1

France 2 Islam Mariage & Divorce mars 2014 Extrait 1

De son côté, Omero Marongiu-Perria éclaire un aspect de la culture musulmane qui peut contribuer à justifier la pratique du mariage forcé aux yeux des hommes musulmans  : « Le féminin ou l’expression du féminin dans le Coran est souvent mentionné à la voix passive et le masculin à la voix active. Je résume cela très simplement en disant que, dans le Coran, l’homme se marie ou contracte l’union, et la femme est mariée, ou est l’objet de cette union qui est contractée. »

Le Journaliste poursuit : « Mais il n’y a pas une lecture anthropologique à faire de nos jours de cette forme conjugale ou grammaticale [ndlr sic!] ? »

Réponse d’Omero Marongiu-Perria : « Alors, ce sera peut-être l’objet de notre discussion ultérieure puisque l’autre point qui est intéressant ici à mentionner, ce sont les orientations coraniques : le texte coranique prend acte d’une situation qui prévalait au détriment de la femme, c’est ce qui a été clairement établi par les historiens de l’islam, et le Coran donne également des orientations, mais c’est à l’homme de découvrir cette orientation, ces horizons. Est-ce que ce sont des horizons ou des orientations qui tendent vers un rapport que l’on va qualifier d’égalitaire, ou cette orientation vient-elle prédéfinir ou prédéterminer des rôles qui fait que la femme est un être foncièrement assujetti dans les rapports de genre. Ça, c’est aux êtres humains à en débattre. »

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France 2 Islam Mariage & Divorce mars 2014 Extrait 2

Voilà où nous en sommes au bout de 1.400 ans ! Pour un message qui devait être le dernier et déterminer le bien et le mal pour le reste des temps…

Nature du mariage musulman

Le mariage musulman n’a pas le caractère « sacré » qu’il a chez les chrétiens. C’est pour l’essentiel un contrat social, qui peut être rompu par la répudiation (ou la demande de dissolution par la femme dans certains cas).

Omero Marongiu-Perria explique : « On parle en langue arabe de « zaouaj », de « niqah », qui signifient littéralement « les conditions permettant à un couple de consommer l’union charnelle« , c’est-à-dire d’avoir un rapport sexuel, qui est validé aux yeux de la société. Le traduire directement par « mariage » pose un double problème, puisqu’on va avoir un problème sémantique tout d’abord : est-ce que le terme est adéquat ? Je pense qu’il faudrait laisser un terme plus générique d’ »union », d’union qui est validée socialement, et cela pose un autre problème d’ordre juridique puisque, si l’on considère que seul le mariage civil dans la forme actuelle où il est proposé dans la société française est la seule forme d’union reconnue pour des musulmans, quid du PACS, quid du concubinage qui est validé auprès de l’autorité légale ou pas. C’est un débat qui existe aujourd’hui chez les musulmans, et je dirais : pour qu’une union soit reconnue valide par les théologiens musulmans, dans le droit canon musulman, il faut qu’il y ait une validation sociale : c’est pour cela qu’ils accordent une grande importance à la dimension de l’ »oualima », c’est-à-dire ici, on pourrait dire la publication des bans, ou en tous cas la médiatisation du mariage. Et il n’y a pas besoin d’avoir un référent religieux, contrairement à ce que certains musulmans pensent, pour que cette union soit légale. Donc on devrait garder ce terme général d’union, qui laisse une marge de manœuvre aux individus, telle qu’elle a été pratiquée précédemment, chez les musulmans. »