Mauritanie : condamnation à mort pour apostasie après blasphème

Mauritanie : un homme condamné à mort pour blasphème envers l’Islam

Le Parisien | 25 Déc. 2014, 19h36

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Cela faisait presque trente ans que cela n’était pas arrivé. La première condamnation à mort pour apostasie de l’histoire de la Mauritanie depuis son indépendance en 1960 a été prononcée mercredi soir à Nouadhibou (nord-ouest) à l’encontre d’un Mauritanien, musulman, inculpé après un écrit considéré comme blasphématoire.

L’accusé, Mohamed Cheikh Ould Mohamed, détenu depuis le 2 janvier, avait plaidé non coupable mardi à l’ouverture de son procès, le premier du genre dans ce pays de près de 4 millions d’habitants.

La Mauritanie est une République islamique où la charia (loi islamique) est en vigueur mais dont les sentences extrêmes comme les peines de mort et de flagellations ne sont plus appliquées depuis environ trois décennies.

Ces dernières années, d’après des constatations et des médias locaux, plusieurs accusés, jugés notamment pour assassinat ou faits de terrorisme, ont été condamnés à la peine de mort dans le pays, où cette décision a été exécutée pour la dernière fois en 1987, selon Amnesty International.

Le procès de Mohamed Cheikh Ould Mohamed – également identifié par certains médias locaux comme Cheikh Ould Mohamed Ould Mkheitir – s’était ouvert mardi devant la Cour criminelle de Nouadhibou, à environ 480 km au nord de Nouakchott, la capitale.

Lorsque la Cour l’a déclaré coupable d’apostasie et condamné à mort tard mercredi soir, le prévenu, proche de la trentaine, s’est évanoui. Il a été ranimé puis reconduit en prison, a affirmé une source judiciaire contactée depuis Nouakchott. L’apostasie en islam est le rejet de la religion islamique par un musulman, par le fait de renier sa foi publiquement, insulter Dieu ou les prophètes de l’islam, professer des dogmes hétérodoxes.

A l’audience inaugurale, un juge avait rappelé à l’accusé qu’il a été inculpé d’apostasie « pour avoir parlé avec légèreté du prophète Mahomet » dans un article publié brièvement sur des sites internet mauritaniens et dans lequel il contestait des décisions prises par le prophète Mahomet et ses compagnons durant les guerres saintes, selon la même source judiciaire.

« un ordre social inique hérité»


Dans son article controversé, le jeune homme accusait la société mauritanienne de perpétuer un « ordre social inique hérité » de cette époque. Des organisations islamiques locales soutiennent que c’est la première fois qu’un texte critique de l’islam et du prophète est publié en Mauritanie.

L’énoncé du verdict a été suivi de bruyantes scènes de joie dans la salle d’audience du tribunal et à travers la ville de Nouadhibou avec des rassemblements ponctués de concerts de klaxon d’habitants à moto ou en voiture, a ajouté cette source ayant requis l’anonymat. Aucune indication n’était disponible dans l’immédiat sur un éventuel recours. « C’est l’affaire d’un criminel qui a reçu le sort qu’il mérite », a même estimé jeudi à Nouakchott Jemil Ould Mansour, président du parti islamiste modéré Tewassoul, première force de l’opposition parlementaire en Mauritanie.

Le repentir de l’accusé n’a pas fait changer d’avis la cour

Devant la cour, Mohamed Cheikh Ould Mohamed avait expliqué que « son intention n’était pas de porter atteinte au prophète, (…) mais de défendre une couche de la population mal considérée et maltraitée, les forgerons », les « maalemines », dont il est issu, a encore indiqué la source judiciaire.

D’après ses propos rapportés par la même source, l’accusé a affirmé devant la cour : « Si on peut comprendre (à travers mon texte) ce pour quoi je suis inculpé, je le nie complètement et m’en repens ouvertement. » Mercredi soir, les deux avocats commis d’office pour la défense ont insisté sur son repentir et estimé que cela devrait être pris en compte en sa faveur.

Plus tôt dans la journée, le procureur de la République de Nouadhibou avait requis la peine de mort à son encontre. Une demande suivie par la cour, soulignant que le prévenu tombait sous le coup d’un article du code pénal mauritanien prévoyant la peine de mort pour « tout musulman, homme ou femme, ayant renoncé à l’islam, explicitement ou à travers des actes ou paroles en tenant lieu », d’après la source judiciaire.

En février, l’avocat Mohameden Ould Icheddou, qui avait été sollicité par la famille de l’accusé, avait annoncé qu’il renonçait à le défendre après des manifestations hostiles contre le prévenu ainsi que lui-même et ses proches.

 Plusieurs manifestations de colère avaient eu lieu à Nouadhibou et à Nouakchott, certains protestataires allant jusqu’à réclamer la mise à mort du jeune homme, qualifié de « blasphémateur ».

Le 10 janvier 2014, des milliers de manifestants avaient convergé vers le palais présidentiel, où le chef de l’Etat Mohamed Ould Abdel Aziz les avait exhortés au calme en promettant de « prendre toutes les mesures nécessaires pour défendre l’islam et son prophète ».

« La justice s’est saisie de cette affaire et elle fera son travail mais soyez certains que l’islam est au-dessus de tout, de la démocratie et de la liberté », avait-il déclaré.

Pourquoi la question du « jihad » est centrale pour l’islam dans son rapport avec l’Occident

La question du jihad et de la violence dans l’islam est absolument centrale : comment en effet une religion qui se présente comme « d’amour et de paix » pourrait-elle accepter de laisser planer des doutes sur son caractère (ou non) belliqueux ? D’autant que cette perception, légitimée par des nombreux faits incontestables, rend cette religion fondamentalement incompatible avec les valeurs des sociétés occidentales et donc avec l’implantation durable, « l’institutionnalisation » – pour reprendre la terminologie de Tariq Ramadan – de la présence musulmane en Occident, phase nécessairement préalable à l’islamisation de ces territoires du dar-al-harb pour devenir d’ici quelques dizaines d’années ou un ou deux siècles – les musulmans ne sont pas pressés – des territoires musulmans du dar-al-islam.

Aussi les « communicants » musulmans ont développé un argumentaire très élaboré et tout à fait bien rôdé, dont l’objectif semble surtout être de rassurer les sociétés occidentales sur le caractère pacifique et donc inoffensif de l’islam en dépit des morts et du sang qui macule quotidiennement nos écrans de télévision. Que peut-on en dire ?

 1) Quels sont les faits aujourd’hui ?

Comment contester les faits bien réels qui émaillent l’histoire du monde contemporain depuis que la plupart d’entre nous sommes nés, c’est-à-dire depuis plusieurs dizaines d’années ? Ainsi l’existence d’un terrorisme musulman, au fondement religieux – puisque les revendications se font au nom d’Allah, de Mahomet et du Coran –, ne fait aucun doute comme en témoignent régulièrement les journaux et les télévisions. Sans parler, entre autres, du sort difficile, voire terrible, que peuvent connaître les non-musulmans depuis de très longues années dans les pays musulmans : chrétiens (d’Irak, coptes d’Égypte,…), mais aussi yézidis, athées, homosexuels,… (cf. article violence et faits)

Or s’il peut aujourd’hui y avoir des questions politico-religieuses (liées par exemple à l’existence de l’État d’Israël), il n’y a pas de terrorisme religieux chrétien, juif, bouddhiste,… L’islam est de ce point de vue un cas tout à fait à part.

2) Le transfert s’opérant de la réalité des faits vers un questionnement doctrinal vise à neutraliser leur nocivité pour les sociétés occidentales

En effet, le débat est systématiquement déplacé des faits à la doctrine : puisque les faits ne sont pas contestables, il convient donc de les couper de leurs racines idéologiques pour en nier le caractère authentique et exemplaire au regard de la doctrine musulmane d’aujourd’hui.

La démarche et la démonstration de l’islam « modéré » – puisque tous les musulmans sont loin d’être d’accord sur la question de la signification et la légitimité actuelle du jihadsont toujours les mêmes et consistent dans des assertions qu’on peut grosso modo résumer de la façon suivante :
–  Les actes musulmans violents sont certes motivés par l’islam mais cette revendication religieuse est erronée ;
–  En effet, si Mahomet et ses partisans ont été effectivement violents, cette violence n’était justifiée que par la légitime défense, action politique et non religieuse ;
–  Donc la multitude de versets violents ou vindicatifs du Coran (ou les hadiths) ne s’expliquent que par ce seul aspect : se défendre ;
–  En conséquence de quoi l’islam n’est pas intrinsèquement violent ;
–  Au contraire, l’islam appelle même à la paix entre les peuples ;
–  Donc l’islam est inoffensif pour les sociétés occidentales ;
–  Étant inoffensif, les sociétés occidentales seraient coupables de ne pas protéger l’islam en leur sein ;
–  C’est l’islamisme (voire « l’islamisme radical »), mauvaise « interprétation » du Coran, qui est un problème, pas l’islam.
C.Q.F.D.

3) Pourquoi cette démonstration produit-elle, en dépit des faits têtus, son effet dans certaines têtes occidentales ?

Toute la démonstration repose sur le prétexte de la légitime défense qui peut en réalité être aisément battu en brèche [article en cours de rédaction] : une simple lecture de la biographie authentique de Mahomet suffit à vous en convaincre. ALLEZ LA LIRE !! (cf. article biographie de Mahomet)

Or les occidentaux, comme d’ailleurs un certain nombre de musulmans, ne lisent pas les textes musulmans originels et ne peuvent donc pas juger eux-mêmes du peu de réalisme, voire de l’absurdité, de certaines assertions. De la même façon, combien de chrétiens ont jamais lu le Nouveau Testament, sans parler de l’Ancien ? Combien sont capables de définir à peu près les principes de doctrine de leur foi ? Bien peu. Mais c’est moins grave car nulle part le Christ n’appelle ses ouailles à faire la guerre et à égorger les païens.

Enfoncés confortablement dans le confort matériel de leur civilisation, les occidentaux d’aujourd’hui sont plus préoccupés par leur niveau de consommation, les destinations de leurs prochaines vacances, les performances de tel athlète ou telle équipe, etc. que par la compréhension des évolutions profondes qui vont bouleverser leur vie et qui risquent demain de les frapper dans leur chair. Finalement, les occidentaux ont le terrorisme qu’ils méritent.

Plutôt que de lire les textes authentiques (Coran, biographie de Mahomet, hadiths de Mahomet, etc.) – ce qui n’est certes pas très divertissant, je vous le concède – on préfère lire le dernier roman de gare venu, s’abrutir 3 à 4 heures par jour devant la télévision ou manger du pop corn au cinéma devant le nième film d’action à la mode. Combien de peuples au XXème siècle n’ont-ils pas regretté amèrement a posteriori de n’avoir pas pris la peine de lire certains ouvrages funestes et leur dilettantisme face à l’évolution du monde ?

Et quand il s’agit de s’intéresser un peu sérieusement à la question de l’islam, l’occidental paresseux s’en remet à des « spécialistes » (car naturellement, il faut être « spécialiste », sans quoi votre opinion n’a aucune valeur…) dont la confusion est abyssale. Dans de telles conditions, comment avoir les idées claires ? Comment commencer à se forger sa propre opinion sans lire soi-même les textes dont il est question ? Comment résister à la déferlante communicante de l’islam « modéré », dont certaines intentions sont louables mais d’une naïveté confondante, et consternante ?

Et si par bonheur, un interviewé a le malheur d’être clair, il est généralement rapidement submergé par un fatras de notions théologiques incompréhensibles, ou succombe enseveli par la sacro-sainte « interprétation » qui permet de faire dire à un texte le contraire de ce que tout le monde comprend, ou d’en neutraliser la nocivité par la perversité de la « contextualisation historique ».

4) Une page qui devrait être tournée et qui ne peut pas l’être

En réalité toute cette discussion sur le jihad, où nos efforts et notre énergie se perdent inutilement, ne devrait en réalité avoir que peu d’importance aujourd’hui : après tout, que nous importe ce qui a pu se passer il y a 1.400 ans chez les bédouins d’Arabie avec leurs rivalités tribales, d’autant qu’il n’y a pas de sources contradictoires (non-musulmanes) exploitables ? Quelle part de fantaisie et de reconstruction a posteriori y a-t-il dans toute cette doctrine religieuse islamique et dans la vie de Mahomet ? Qui peut le dire ?

La seule question qui vaille, quels que soient les méandres de l’exégèse musulmane, est la suivante : quelle est la position des musulmans aujourd’hui ? Renoncent-ils oui ou non à toute forme de violence vis-à-vis des non-musulmans ? Acceptent-ils sans réserve tous les droits de l’homme tels que figurant dans la déclaration universelle des droits de l’homme, y compris le droit d’abandonner l’islam, d’apostasier ? Sont-ils prêts à accorder dans les pays musulmans les mêmes droits aux musulmans et aux non-musulmans ? Etc.

Les chrétiens se sont dans l’histoire égarés notoirement et à de multiples reprises (croisades, inquisition, guerres de religion,…) de leur textes originels (Nouveau Testament) pourtant très clairs et qui n’appelaient absolument jamais à la violence : le Christ est mort crucifié après avoir interdit à qui que ce fût parmi ses partisans de prendre les armes. Mais le passé douloureux des chrétiens est un passé depuis plusieurs siècles. Personne ne songe plus depuis longtemps à reproduire ces erreurs.

Pourquoi n’en serait-il pas de même avec les musulmans, au soulagement de tous ? Si toute la violence musulmane résulte d’un contexte historique particulier comme on nous l’explique si doctement, pourquoi ne pas tourner la page et oublier Mahomet et toutes ses épouvantables guerres, razzias, meurtres, rapts, etc. ? Pourquoi ne pas se concentrer sur les directives aujourd’hui à suivre par les musulmans (relations avec les non-musulmans, statut de la femme,…) ? Est-ce la réforme radicale de la doctrine musulmane qu’appellent de leurs vœux certains représentants de la communauté musulmane aujourd’hui ?

Or, malheureusement, si les musulmans sont toujours aujourd’hui incapables de produire cette synthèse pacifiée et s’interrogent encore après tant de siècles sur ce que leur religion signifie, même sur des questions simples, c’est sans doute en réalité que, contrairement aux chrétiens, cette violence est inscrite dans la doctrine même de l’islam : aussi, contrairement au christianisme, revenir aux textes originels n’aide en rien, car il faudrait en réalité s’en débarrasser.

Ainsi, dans la mesure où le message originel sur le jihad (ou sur d’autre thèmes, il n’en manque pas : statut des femmes, polygamie, apostasie,…) est inaudible et inacceptable pour les sociétés occidentales dans le contexte contemporain, et où par ailleurs il est impossible d’abandonner le Coran – parole d’Allah dont intouchable, universelle et intangible –, la seule échappatoire consiste à tirer et user de toutes les ficelles de l’exégèse, dont tout l’objet va être d’interpréter le texte pour lui faire dire ce qui convient pas rapport aux objectifs choisis, même si cela s’écarte complètement du sens littéral premier du texte et qui devrait être le plus clair.

Or l’immense danger de toutes les discussions d’exégèse pour le non-musulman est tout simplement déjà d’en accepter le principe dans la discussion avec le musulman, car cela produit un effet de diversion extrêmement efficace, qui permet la plupart du temps de noyer le poisson, même s’il est très gros, et relègue par ailleurs le non-musulman dans une position d’infériorité de principe en tant que non-spécialiste, qui lui ôte toute légitimité critique ; ce qui autorise par ailleurs toutes les déviances dans l’autre camp (le déni de réalité ayant généralement la palme).

Aussi le non-musulman doit-il veiller à ne jamais s’écarter du son seul souci qui doit être d’obtenir des réponses claires à ses questions simples de la part de la communauté musulmane. Tout le problème est qu’aujourd’hui il n’en obtient pas…

5) Pourquoi la classe politique se tait-elle sur cette question et valide-t-elle de facto cette dichotomie islam/islamisme, portant jamais définie ? Pourquoi fait-elle pression via les médias pour censurer les voix discordantes et critiques ?

D’abord, parce que la classe politique est souvent incompétente et parle de ce qu’elle ne connaît pas, surtout sur un tel sujet, car elle ne lit pas (demander une leçon aux spécialistes comme Fleur Pellerin ou Alain Juppé).

Ensuite, parce que cette situation est la conséquence inéluctable de sa lâcheté qui a marqué la vie politique française depuis 30 ans. La classe politique est responsable d’une situation qu’elle ne veut pas assumer. Alors il est plus facile de parler abstraitement des gentils (l’islam) et des méchants (l’islamisme) : le problème est qu’on ne sait jamais de qui l’on parle… Mahomet était-il un bon musulman ou un islamiste ?

Enfin, la classe politique n’a aucune solution concrète à proposer. Sanglotant en outre sur le passé culpabilisant de colonisation qui hante sa conscience, elle est tétanisée par les conséquences (sociales, politiques,…) potentielles de tout débat de fond sur la doctrine de l’islam et son impact sur la population immigrée ou d’origine immigrée en France, naturellement et par définition victime et stigmatisée. Le débat sur l’identité nationale, si décrié, a fait « pschittt… » sous les coups de boutoir des intellectuels bien-pensant : c’est dommage. De toutes façons, quelqu’un qui parle d’identité est un fasciste, voire un nazi (rarement un communiste…), c’est bien connu !

Aujourd’hui, ce n’est plus à l’immigré de s’intégrer mais à la société d’accueil de s’adapter au migrant, réfugié, etc. qu’elle a la bienveillance et la générosité de recevoir. Quel politique a le courage de dénoncer cette absurdité ? Et malheur à l’hôte (généralement un pays aux « racines » chrétiennes, car les pays riches du golfe n’ont pas l’air de se précipiter pour accueillir leurs correligionnaires…) qui par mégarde ose proposer de la nourriture qui n’est pas halal !! Le monde à l’envers…

La classe politique est devenue la spectatrice de ce spectacle calamiteux qui se déroule devant elle et dont elle porte l’entière responsabilité. Poursuivons dans cette voie et gageons que le meilleur de la tragédie est encore à venir.

Religion et blasphème

Le propos suivant de Marc Bonnant (grand avocat genevois), qui s’applique à l’islam, mais aussi aux autres religions et à tous autres sujets, n’est-il pas frappé au coin du bon sens ?

Marc BonnantMarc Bonnant Liberte d’expression

« Les idées abjectes s’asphyxient dans la liberté ; elles prospèrent dans l’interdit » : n’est-ce pas là une pensée profonde à méditer ?

La France n’est-elle pas en train d’étouffer, asphyxiée par les lois de la bonne conscience édictée par une prétendue intelligentsia intellectuelle (pseudo-intellectuels, associations antiracistes en tous genres,…) qui sait mieux que le peuple ce qui est bon pour lui, ce qui constitue souvent un principe simple qui fonde les dictatures ?

Quand aura-t-on le droit de critiquer sans contrainte l’islam (ou toute autre religion) ? Ne faut-il pas en finir avec la dictature de la culpabilisation et de l’intériorisation des valeurs de l’autre souhaitée par tous ceux qui veulent tuer la liberté d’expression dans l’œuf ?

Yûsuf Al-Qaradâwî : sa vision des causes du terrorisme

Dans une lettre remise à François Hollande en février 2015, Yûsuf Al-Qaradâwî indique que « Sur  la question du terrorisme, il ne faut pas s’arrêter sur les effets et les conséquences, en négligeant les causes et les motivations qui alimentent ce terrorisme, à savoir, l’absence de l’égalité humaine, la provocation des sentiments religieux, la négligence du droit des palestiniens à la création d’un État. Il ne faut pas non plus fermer les yeux sur les crimes perpétrés par les israéliens contre les palestiniens, sur le soutien des régimes dictatoriaux dans le monde Arabe et musulman qui répandent le sang de leurs peuples et transgressent leur liberté, comme c’est le cas en Syrie et en Égypte. Il affirme que la résolution de ces problèmes contribuera à éradiquer le terrorisme à la racine au niveau mondial. »

Le Blasphème en islam : une problématique doctrinale bien actuelle

Au-delà de l’humour (cf. article humour et blasphème), la question fondamentale qui est posée est celle de savoir jusqu’où l’islam accepte l’analyse raisonnée de son texte sacré, le Coran, de son prophète, de son modèle sociétal, et ce d’autant plus lorsque cette analyse provient de non-musulmans. Y a-t-il des analyses par nature légitimes et d’autres illégitimes, des analyses par nature acceptables et d’autres inacceptables ? Qui fixe la frontière de ce qui est tolérable et de ce qui ne l’est pas ?

Pour l’homme de la rue, le mot « tolérance » n’est probablement pas ce qui lui vient en premier lieu à l’esprit lorsqu’on parle de l’islam. Il y a des musulmans pondérés et ouverts, ceux souvent qui parlent à la télévision le dimanche matin, mais ce ne sont pas nécessairement ceux qui se manifestent le plus.

On a plutôt l’impression que l’islam présente une certaine imperméabilité à la pénétration de la pensée rationnelle et critique occidentale (cf. article esprit critique), sauf dans certaines parties des élites ayant étudié, notamment à l’étranger. Un proverbe musulman ne dit-il pas : « la recherche de la connaissance après l’avoir trouvée est blâmable » (talabu-l-‘ilm ba‘da-l-wusûli ilä -l-ma‘lûm madhmûm) ? En d’autres termes, pourquoi continuer à chercher la vérité lorsqu’on l’a trouvée dans le Coran ?

Les occidentaux eux-mêmes ont mis le Christ « à toutes les sauces » dans l’art (peinture, chansons, films comiques, caricatures,…). Sans aller jusque-là, est-il par exemple licite, sans encourir une peine pour blasphème en terre d’islam, d’adopter une démarche relevant de l’analyse historique critique traditionnelle pour étudier la vie de Mahomet ?

Mahomet, du clan des Quraychites [1], et ses compagnons ont participé à la coutume habituelle dans le monde arabe des razzias et du pillage des caravanes [2], ce qui, on en conviendra, est une attitude assez différente de celle de Bouddha, du Christ ou de Gandhi (ex. article butin). Peut-on rappeler ce fait historique, de nature assez peu spirituelle mais qui n’est pas déshonorante dans le contexte culturel et tribal de l’époque, sans être automatiquement taxé d’islamophobie ?

[1] Nom donné par Qussay à un groupe de tribus fédérés de La Mecque après que Qussay eut conquis La Mecque contre les Banû Bakr et les Khuza’a. Qussay devint le souverain de la Maison Sacrée de La Mecque. Mahomet faisait partie des Quraych qui était la lignée la plus noble à La Mecque.

[2] La Sîra dénombre 38 raids et expéditions musulmanes commandités par Mahomet. D’ailleurs, Mahomet a participé dans sa jeunesse à certaines guerres tribales et expéditions de son clan. Ainsi, la Sîra relate la guerre de Fijâr lorsqu’il était adolescent, au cours de laquelle il fournissait des flèches à ses oncles paternels pendant les combats.

Rappelons que le président du Conseil européen des fatwas et de la recherche, Yûsuf Al-Qaradâwî, a remis en février 2015 une lettre à François Hollande dans laquelle il ne cache pas la nécessité d’instaurer un délit de blasphème en France. En effet, il y a appelé la France et les États européens à promulguer des lois protégeant le sacré. Car il indique qu’il est illogique que les lois interdisent l’outrage des individus et se taisent au sujet de l’outrage des Prophètes. Pour lui, le législateur français qui a pu promulguer une loi incriminant l’antisémitisme a le pouvoir de promulguer une loi incriminant l’outrage des religions, des Prophètes et du sacré.

Blasphème : deux poids, deux mesures ?

Il y a bien longtemps en France qu’on se moque et qu’on caricature ouvertement les chrétiens et plus particulièrement les catholiques (avec le pape, car les autres religions chrétiennes sont moins visées car aussi moins connues) – mais aussi les footballeurs –, que ce soit à la télévision ou sur les planches des théâtres, parfois jusqu’à l’abjection[1] dans le cadre d’une mouvance libertaire et nihiliste qui ne touche pas que la religion mais déborde plus largement sur le politique, les mœurs, etc.

[1] N’oublions pas les spectacles qui mélangent religion et propos scatologiques au sujet du christianisme, ou les Femen, qui, dans leur rejet de toute idée de religion, ont en 2014 uriné en public sur l’autel de l’église de la Madeleine, en mimant un avortement et en déposant un cœur sanguinolent d’animal, ou qui défilent à moitié nue dans l’église Notre-Dame de Paris. Il serait curieux de voir ce qui se passerait si elles faisaient la même chose dans une mosquée et quelle audience on y donnerait. Sont-elles prêtes à relever le défi avant qu’elles ne soient touchées par la ménopause qui réduira leur excitation ?

Cet état d’esprit est très en vogue sur certains chaînes de télévision dont les marionnettes et animateurs exploitent à des fins commerciales les penchants les moins louables de la nature humaine (voyeurisme, méchanceté, absence de respect, malhonnêteté intellectuelle, mensonge, dérision systématique car le sérieux est ennuyeux et ne remplit pas assez le vide existentiel de nos contemporains,…) ; bref, le niveau zéro de la maturité, le monde des Crados pour les adultes. « Dieu ne créa que pour les sots, les méchants diseurs de bons mots. » (La Fontaine, Le rieur et les poissons). [NB : ce texte écrit en 2014 a semble-t-il trouvé un certain écho dans la réorganisation récente mi 2015 d’un grand groupe de télévision : on peut penser que cet esprit nouveau a quelque chose de bienfaisant].

Il semble en revanche beaucoup plus délicat de critiquer avec la même causticité les autres religions. La critique, la simple caricature, sont promptement taxées de racisme, d’antisémitisme ou d’islamophobie.

Il y a quelques mois, à l’occasion des débats relatifs à un humoriste ayant mal tourné, le président de la LICRA indiquait que le sketch de Pierre Desproges sur les juifs ne serait sans doute plus acceptable aujourd’hui : il y a semble-t-il en France des organisations qui prétendent contraindre notre conscience (cela étant, je trouve pour ma part ce sketch tout à fait détestable).

 LICRA Humour

LICRA & Desproges

Et quels sont ceux de nos imitateurs ou humoristes qui se risquent à critiquer librement et avec autant de verve l’islam ? La question, posée par exemple il y a environ 3 ans à Laurent Gerra dans une réunion publique à Paris, avait suscité un certain malaise de la part de l’humoriste. Les humoristes ne s’attaquent-ils qu’aux proies faciles (avec en tête bien sûr les papes si l’on reste dans le domaine religieux, notamment Jean-Paul II puis Benoît XVI) ?

 

Hani Ramadan : tribune à propos des « héros du Thalys »

Hani Ramadan, musulman né à Genève et frère de Tariq Ramadan, a publié dans la Tribune de Genève en août 2015 un article après l’affaire de l’attentat du Thalys où on ne sent guère un amour particulier pour les sociétés occidentales : laisser entendre sans enquête complète qu’un individu qui prend le train avec une Kalchavnikov et près de 300 balles (entre autres) en sortant des toilettes le fusil chargé et qui tire sur une personne qui tente de l’arrêter (entre autres) a peut-être des intentions belliqueuses et terroristes est effectivement un raccourci odieux. Combien aurait-il fallu de morts pour que cette conviction devînt irréprochable ? Le jeune homme était d’origine maghrébine : cela ne veut pas dire que tous les maghrébins sont des terroristes en sommeil, mais qu’y pouvons-nous ? etc.

Imaginez un seul instant que de tels propos aient été tenus par un juif ou un chrétien dans une situation semblable les concernant : la tempête médiatique ne se serait-elle pas immédiatement déchaînée en France ? Quel journaliste s’est élevé de façon ferme en France contre ces insinuations ?

« Les héros du Thalys décorés avant la fin de l’enquête »

Avant toute enquête, voilà que toute la presse et les médias reprennent en chœur le scénario qui célèbre les héros du Thalys, ce groupe d’hommes qui aurait réussi à neutraliser un terroriste avéré avant même qu’on songe à le taxer de terroriste présumé.
Avant toute enquête, et avant même que les interrogatoires mettent à jour les intentions réelles du coupable, Le Figaro parle dans son édition mise en ligne le 23 août 2015 d’un « jeune islamiste marocain qui a voulu semer la mort vendredi dans le Thalys entre Amsterdam et Paris. »
Le Monde rapporte les faits : « Trois jeunes Américains, Alek Skarlatos, Spencer Stone et Anthony Sadler (respectivement 22, 23 et 23 ans) aidés d’un sexagénaire britannique, Chris Norman, sont parvenus à neutraliser le suspect.»
Le Monde ne doute pas un instant qu’un « carnage a été évité, vendredi 21 août, dans un train Thalys reliant Amsterdam à Paris et transportant 544 passagers. »
Pourtant, à l’heure où la Légion d’honneur est décernée par le président Hollande à ceux qui ont mené cette action héroïque et qui ont nécessairement sauvé plus d’un demi-millier de victimes potentielles, un malaise accompagné de doutes gagne les esprits les plus éclairés.
Quelle mise en scène aux proportions extraordinaires et planétaires ! Amsterdam, Paris, la Belgique, la Grande-Bretagne, la France et les États-Unis, tout le monde est concerné !
Cet événement va rehausser le prestige des militaires américains, passablement amoindri par les agissements d’une armée qui sème la mort à grande échelle depuis des décennies partout où elle se rend.
De qui se moque-t-on ? De peuples gavés par les séries américaines qui finissent par confondre la réalité et le cinéma ? Pourquoi l’actualité nous est-elle présentée de façon si superficielle ? Pourquoi nous oriente-t-elle à considérer désormais que tout « maghrébin », en apparence innocent et gentil garçon, peut cacher un monstrueux terroriste ?
N’y a-t-il pas là une forme de manipulation qui domine largement la presse et les médias occidentaux, nous conduisant à des raccourcis pervers, qui cachent des drames humains autrement plus conséquents ?
On trompe l’opinion publique en donnant à des actes isolés des proportions gigantesques et des interprétations précipitées, voire erronées. En contrepartie, on nous cache des crimes odieux, qui se comptent par centaines de milliers, comme s’ils ne se produisaient pas en temps réel !
Les grandes chaînes officielles ont renoncé à nous informer sur les drames quotidiens que subit le peuple syrien. Pourquoi ? Parce que ni le gouvernement français, ni le gouvernement britannique, ni le gouvernement états-unien, orientés par les lobbies financiers et leur électorat obnubilé, n’ont eu jamais l’intention de sauver des millions de Syriens qui appellent à l’aide depuis quatre ans !

Voilà le véritable scandale. Après cela, décernez des médailles à qui bon vous semble !

Hani Ramadan
Tribune de Genève,
L’invité, le 25 août 2015

Tariq Ramadan : pas de complot mais une manipulation

Quelques jours après l’attentat de Charlie Hebdo, Tariq Ramadan ne parle pas de « complot »  mais c’est tout comme : il « a des questions ». Son « questionnement » personnel laisse ainsi clairement entendre qu’il y a eu manipulation lors de l’attentat du 7 janvier contre Charlie Hebdo : « Comment cela se fait-il que les services de renseignement français ait laissé faire [ndlr l’attaque contre Charlie Hebdo] ? » Puis vient le couplet sur la stigmatisation : « pour pouvoir être dans l’air du temps en France, faut la boucler ».

Tariq Ramadan Salut les terriens janvier 2015

Tariq Ramadan Complot janvier 2015

Si Tariq Ramadan a sans conteste une très grande culture religieuse pour ce qui est de l’islam, que faut-il penser de son honnêteté intellectuelle et de ses intentions politiques au vu de ce type de réactions ? En tous cas, il y a certainement lieu d’être inquiet. La fin justifie les moyens dit-on.

Imaginez un seul instant que de tels propos aient été tenus par un juif ou un chrétien dans une situation semblable les concernant : la tempête médiatique ne se serait-elle pas immédiatement déchaînée en France ?

On se prend à rapprocher ce type de réaction stigmatisant la manipulation odieuse dont les musulmans serait par définition les victimes de celle de son frère Hani Ramadan en août 2015 au sujet de l’attaque du Thalys (cf. article Thalys).

Angleterre : Prière publique pour défier la communauté chrétienne

Certains musulmans anglais ne semblent pas se préoccuper trop de la légalité de cette démarche lorsqu’ils décident d’organiser une prière provocante dans l’enceinte de l’abbaye de Westminster à Londres (que dirait-on en France si des chrétiens s’avisaient d’aller prier dans l’enceinte d’une mosquée…).

WestminsterWestminster

À cet égard, il est intéressant de rappeler que dans la culture musulmane, tout territoire conquis et donc devenu partie intégrante du dar-al-islam ne doit plus jamais revenir dans l’orbite du pouvoir des infidèles. Ce serait un  blasphème. Une telle prière n’est donc pas simplement une provocation à l’égard d’une communauté condamnée sévèrement dans l’islam pour son associationnisme, les chrétiens (cf. article chrétiens) mais un acte de foi sur le fait que cette terre sera un jour musulmane.

Le C.F.C.M. : une simple association gérant les lieux de culte

Le vice-président du C.F.C.M., Chems-Eddine Hafiz, précise que le CF.C.M. ne donne aucun avis religieux et se contente de gérer les lieux de culte et autres questions pratiques (ex. carrés musulmans).

CFCM Hafiz 2011CFCM Role 2011

Puisque tel est le cas, plusieurs remarques viennent à l’esprit :

1) Comment se fait-il que le C.F.C.M. prenne alors position pour déclarer que la religion musulmane est parfaitement compatible avec les valeurs de la République française, dont la laïcité, puisqu’il n’a donc aucune vocation à interpréter les textes sacrés et donc à trancher si nécessaire sur les questions touchant aux valeurs humaines et culturelles prônées par l’islam ?

2) Les musulmans de France peuvent continuer à interpréter comme bon leur semble en fonction des circonstances la doctrine musulmane puisqu’il n’y a pas d’autorité religieuse.

3) Il n’y a aucune possibilité de limiter l’influence des imams les plus virulents dans les mosquées de façon interne à la communauté musulmane. Seul le recours à la loi civile – dont on sait combien la simple application, dans le cas de la communauté musulmane, conduit rapidement à un procès en stigmatisation de la société française – peut donner quelques résultats.