La condition de la femme en islam aujourd’hui

Tariq Ramadan analyse la condition très difficile de la femme dans les sociétés et la culture musulmanes :

Conférence au Maroc

Tariq Ramadan Femmes

Conférence à Lausanne

Tariq Ramadan Lausanne Education des femmes

Tariq Ramadan est également assez critique lorsqu’il écrit : « Je l’ai dit et répété : l’islam n’a pas de problème avec les femmes, mais il apparaît clairement que les musulmans ont effectivement de sérieux problèmes avec elles, et il faut en chercher, de l’intérieur, les raisons et parfois les (discutables) justifications. »

Pour Tariq Ramadan : « Le discours sur les femmes a été très influencé par les cultures patriarcales et on en est arrivé à justifier des pratiques culturelles qui n’étaient pas « islamiques ». L’excision des femmes, les mariages forcés, les crimes d’honneur, par exemple, ne sont pas islamiques, même si certains savants ont essayé de les justifier religieusement. Ce travail critique est loin d’être abouti et il importe de sensibiliser les musulmans et leurs concitoyens sur ces confusions qui mènent à des trahisons. »

Tariq Ramadan poursuit : « La plupart des commentaires, des analyses et des développements se concentrent prioritairement et presqu’exclusivement sur les différents rôles et fonctions des femmes dans les cellules familiales et sociales. Il n’existe pas de réflexion approfondie, structurée et dialectique sur la femme en tant qu’être, sur l’être féminin, son rapport au sens, à la pratique religieuse et sa relation avec le corps social dans son ensemble. » Et aussi : « Vivre et faire vivre un couple dans l’amour et le temps en se réalise pas à coups de rappels religieux prescriptifs, de « fatawa », de listes d’obligations et de droits. Or, malheureusement, le discours islamique sur le mariage se réduit pour l’essentiel à cela et les hommes s’en servent bien souvent. »

Tariq Ramadan écrit également : « Il ne faut pas non plus minimiser la dimension psychologique dans le débat concernant les femmes. La relation avec l’Occident est complexe : avant, pendant, puis après les colonisations, la question de la femme a été centrale dans les relations de pouvoir et les débats politiques, théologiques et culturels. Cela a nourri dans la psyché musulmane contemporaine une sorte de réaction réflexe : moins le discours est occidental à propos des femmes, plus il est perçu comme islamique et, inversement, plus il est islamique, plus il se devrait d’être restrictif et s’opposer à la permissivité occidentale dont la finalité serait de laminer les fondements de la religion et de la morale. »

Il est toutefois plus étonnant de voir Tariq Ramadan écrire : « On doit bousculer les choses pour que les femmes trouvent leur juste place, mais elles doivent aussi se mobiliser : elles n’obtiendront rien si, de leur côté, elles cultivent une attitude de victimes. » 

Le Statut de la femme musulmane indique de son côté : « Aujourd’hui, le statut de la femme dans l’islam reste encore incompris et ignoré par une grande partie d’hommes musulmans qui abusent de leur autorité masculine et de musulmanes auxquelles on n’a pas donné la possibilité de s’instruire ou qui se sont contentées de juger par ce qu’elles voyaient comme traditions. L’image que donnent les musulmans, en particulier au monde occidental, reste tronquée car elle ne repose que sur l’apparence d’une religion souvent mélangée à des traditions régionales. Au VIème siècle, le statut donné à la femme par l’islam fut une révolution psychologique, sociale, économique et politique. Aujourd’hui, ce statut reste un but à atteindre, après que les musulmans sont entrés dans une longue léthargie qui a bloqué leur sens du raisonnement : droit à l’instruction à des niveaux égalant ceux des hommes, droit au divorce, droit au travail, droit à la vie politique et sociale du pays. »

Esprit critique & Victimisation dans la culture musulmane

Tariq Ramadan analyse la difficulté des musulmans à entendre les critiques qu’on peut leur adresser et leur tendance à se poser en victimes (conférence donnée au Maroc).

Tariq Ramadn MarocTariq Ramadan Maroc Victimisation

Tariq Ramadan écrit également :

–  « L’absence de débat critique et serein est à notre sens l’un des maux qui rongent la pensée musulmane contemporaine. »

–  « Les dialogues et les débats manquent infiniment à l’intelligence musulmane contemporaine »

–  « Depuis longtemps les musulmans ne savent plus se mettre d’accord intellectuellement pour quelque chose (une idée, un projet ou un engagement) : ils ne se rapprochent émotionnellement les uns des autres et offrent parfois un front apparemment que lorsqu’il s’agit de se mobiliser contre un potentiel ennemi, une provocation ou une attaque. Loin du dialogue critique, l’union est effectivement émotive, souvent excessive, ponctuelle et éphémère. Certains “ulama“ et musulmans y voient une force de la Oumma islamique alors qu’au-delà de l’effet de l’image, on est en présence de l’expression d’une fragilité et d’une faiblesse à nulle autre pareilles. Les manifestations populaires, si excessives dans le monde musulman, contre les caricatures danoises ou les propos du pape Benoît XVI en Allemagne disent davantage sur des sociétés où le débat critique est absent, où la société civile est muselée (et parfois habilement instrumentalisée pour jeter son dévolu sur l’étranger, sur l’Occident), où le formalisme hypocrite est institutionnalisé que sur l’objet spécifique de la colère. »

–  « Le tableau ne serait pas complet si l’on oubliait le jeu joué par certains gouvernements arabes. Ces derniers ont également très peur de toutes les voix qui, installées en Occident, peuvent faire la critique de la dictature, du manque de démocratie, de l’absence des sociétés civiles, de la torture et de l’oppression des populations. Des États comme l’Arabie Saoudite, l’Égypte, la Syrie, la Tunisie ou l’Algérie (et tant d’autres), n’ont de cesse d’intervenir par des voies directement politiques ou diplomatiques pour jeter le discrédit sur les savants, les intellectuels ou les leaders musulmans qui les critiquent. »

–  « Il faut terminer cette liste non exhaustive de déficits avec un dernier écueil très souvent, trop souvent, rencontré dans les communautés musulmanes d’Occident. Qui cherche à évaluer les modes d’adhésion des musulmans aux discours qui leur sont proposés se rendra à l’évidence que l’émotivité est le principal canal d’attraction. Des discours qui touchent le cœur, qui s’appuient sur une unité supposée de la communauté, qui relatent une histoire de la civilisation islamique souvent idéalisée, qui enfin « prouvent » la grandeur de l’islam par une critique en règle de l’Occident… et voilà les intelligences et les émotions emportées pour une heure ou davantage. L’essentiel est sauvé : la vérité est de notre côté, la faute dans l’autre camp. Le déficit d’autocritique est tous les jours patent et dans l’esprit de beaucoup de musulmans il demeure que « critiquer un musulman, c’est critiquer l’islam », ou encore, presque plus gravement, « faire le jeu de l’ennemi, de l’Occident ». »

Pour Malek Chebel, le constat est également très sévère :

–  « L’attitude du croyant musulman vis-à-vis du corpus coranique a toujours été empreinte d’exaltation et de respect, ce qui l’empêche d’affronter les nouvelles idées. »

–  « Celui qui analyse les difficultés que rencontrent aujourd’hui l’islam et les musulmans est frappé par la faiblesse de la pénétration de la pensée rationnelle dans la pensée religieuse. »

–  « L’une des caractéristiques actuelles de la pensée en islam est d’être univoque. Mais lorsqu’on dit « univoque », il faut entendre le mot au sens immédiat du terme et non pas de manière métaphorique ou distanciée. Très distinctement, l’esprit musulman d’aujourd’hui répugne à se voir reprocher, même avec doigté, l’absurdité logique de telle pensée anachronique ou fossile, surtout si elle a été codifiée par le Coran ou la sharia. »

–  « Pour les autorités religieuses, il ne peut pas y avoir de liberté en dehors du dogme lui-même, ce qui revient à dire qu’il n’y a pas de liberté du tout, hormis évidemment celle qui consiste à suivre la voie telle qu’elle a été tracée depuis des lustres. »

Le diagnostic de Malek Chebel va d’ailleurs plus loin puisqu’il écrit : « Je suis frappé par l’emprise phénoménale que les religieux ont sur la société, et plus particulièrement sur les couches sociales démunies. Du reste l’étau de fer dans lequel se trouve la société arabe, perse ou indonésienne, n’est pas prêt de se desserrer, car la corporation des religieux a compris depuis longtemps que l’élévation du niveau de vie et surtout l’acquisition de connaissances rationnelles – les deux fers de lance du progrès humain – sont deux des facteurs qui limitent son influence. »

Tareq Oubrou considère de son côté que « Les musulmans ne sont jamais invités à se remettre en question [ndlr lors de la prière du vendredi à la mosquée]. L’islam leur est présenté comme LA solution universelle. »

C’est d’ailleurs ce que laisse entendre l’Éthique du musulman qui stipule : « Le croyant véritable n’accorde aucun intérêt à ce qui n’a pas de fondement certain dans la religion de Dieu. Évidemment, il va rencontrer, en raison de son audace face aux coutumes et aux habitudes, gêne et contrainte. Toutefois, il ne doit craindre, pour Dieu, le reproche de quiconque. Il doit poursuivre son but sans se préoccuper de la dureté des critiques et des invectives blessantes. »

La décapitation : un mode d’exécution validé doctrinalement en islam

La décapitation ne constitue pas un acte « barbare » au regard des valeurs musulmanes puisque :

1 ) C’est un mode d’exécution pratiqué par Mahomet lui-même et par ses partisans, comme en atteste sa biographie (se reporter à l’article décapitation). De ce point de vue, l’État Islamique a donc simplement remis cette pratique au goût du jour pour être le plus conforme possible à la pratique du Prophète.

2) La décapitation est une pratique parfaitement validée dans certains pays musulmans d’aujourd’hui au travers de la chari’a, notamment en Arabie Saoudite, terre sainte de l’islam, où elle est régulièrement mise en œuvre par les autorités (voir exemple de vidéo ci-dessous), généralement de façon publique.

 

Execution Arabie Saoudite 2015

Execution Leila Bassem 2015

La décapitation : une pratique de Mahomet, mise en scène par l’État Islamique avec des moyens modernes

Décapitation au couteau de chrétiens coptes par Daech sur les rives de Libye (février 2015)

La décapitation, validée et pratiquée par Mahomet – qui ne peut donc pas être considérée pour cette raison comme « barbare », sauf à considérer que Mahomet lui-même était un « barbare » -, a été reprise par Daech qui lui a donné une publicité d’envergure à l’échelle de ce que permettent les moyens modernes de communication.

Les extraits qui suivent de la Sîra illustrent quelques exemples de décapitation :

Retour de la bataille de Badr : « Après Badr, le Prophète regroupa les prisonniers et les emmena avec lui à Médine. À son arrivée à Rawhâ, les musulmans qui n’avaient pas pris part à la bataille sortirent à sa rencontre pour le féliciter, avec ses compagnons, de la victoire que Dieu leur avait procurée. (…) Le Prophète ordonna de tuer Uqba ibn Abû Mu’ît. Uqba lui demanda :
–  Muhammad, qui va nourrir mes petits-enfants ?
–  Le feu, répondit-il.
Ali lui trancha la tête. Le Prophète poursuivit son chemin et parvint à Médine un jour avant les prisonniers. »

Condamnation de Habbâr : « Le Prophète, ayant appris l’inconduite de Habbâr, lui envoya quelques-uns de ses compagnons : « Si vous mettez la main sur ce Habbâr ibn al-Aswad, leur dit-il, brûlez-le sur un bûcher ». Le lendemain, se ravisant, le Prophète leur envoya dire : « Je vous avais ordonné de brûler Habbâr. Puis j’ai pensé que le supplice du feu, Dieu seul pouvait l’ordonner. Si vous arrivez à le saisir, tranchez-lui simplement la tête. » »

Extermination des juifs Banû Quraydha à Médine : se reporter à l’article dédié à ce sujet (Banû Quraydha) : « Le Prophète ne cessa de les égorger jusqu’à leur extermination totale. »

Exécution du juif Huayy ibn Akhtab : « On fit donc venir Huayy ibn Akhtab devant le Prophète. Il avait les mains ligotées autour du cou et portait un manteau d’un rose éclatant, qu’il avait, pour ôter à ses geôliers toute envie de vol, tailladé de toutes parts :
–  Je ne regrette absolument pas, dit-il au Prophète, d’avoir été ton ennemi, mais, je le constate, quiconque abandonne Dieu, Dieu l’abandonne.
Et s’adressant à l’assistance :
–  Nous acceptons l’ordre de Dieu. C’est une tuerie que Dieu a décidé d’inscrire dans le destin du peuple d’Israël.
Puis il s’assit et le Prophète lui trancha la tête. »

Torture et exécution de Kinânah : « L’Envoyé d’Allah ordonna de creuser la ruine. On en extraya une partie du trésor des juifs. Il demanda à Kinânah où se trouvait le reste. Mais Kinânah refusa de l’indiquer. L’Envoyé d’Allah ordonna à al-Zubayr bin al-‘Awwâm de le torturer jusqu’à ce qu’on extraie ce qu’il y a chez lui. Al-Zubayr se mit à faire brûler, par un briquet, sa poitrine, jusqu’à ce que Kinânah fût sur le point de mourir. Puis l’Envoyé d’Allah l’a livré à Muhammad bin Maslamah. Celui-ci lui coupa son cou en vengeance de son frère Mahmûd bin Maslamah. »

 

 

Bibliographie

Biographie de Mahomet reconnue par tous les musulmans, traduction en français de l’original arabe d’Ibn Ishâq/Ibn Hichâm (VIIIème/IXème siècles) :

Outre une synthèse de la doctrine de l’islam, vous trouverez un résumé (néanmoins assez détaillé) de la biographie de Mahomet dans mon ouvrage :

Pour comprendre par ailleurs à quels textes sacrés de l’islam les mouvements fondamentalistes comme l’État Islamique se réfèrent :

 

L’extermination des juifs Banû Quraydha par Mahomet

Les Banû (« fils de ») Quraydha était la plus grande des tribus juives de Médine. Elle fut exterminée par Mahomet comme le relate précisément la Sîra :

« Le même jour, à midi, Gibrîl vint voir le Prophète. L’ange, coiffé d’un turban de soie, était sur une mule dont le bât était couvert de brocart :
–  Envoyé de Dieu, demanda Gibrîl, tu as donc déposé les armes ?
–  Les anges ne l’ont pas encore fait. Dieu t’ordonne, Muhammad, d’aller combattre le clan juif des Banû Quraydha. Moi-même j’y vais de ce pas et j’ai l’intention de faire trembler la terre sous leurs pieds.
(…)
S’approchant des fortins, le Prophète cria aux Quraydha : « Frères de singes, vous n’avez pas encore connu, je le vois, l’humiliation et la vengeance de Dieu. Vous allez la connaître !
(…)
Le Prophète ordonna de tuer tous les hommes des Banû Quraydha, et même les jeunes, à partir de l’âge où ils avaient les poils de la puberté.
Le Prophète ordonna de faire descendre de leurs fortins les Banû Quraydha et de les enfermer dans la maison de Bint al-Hârith. Il alla ensuite sur la place du marché de Médine, la même que celle d’aujourd’hui [ndlr époque d’Ibn Hichâm], et y fit creuser des fossés. Puis il fit venir les Banû Quraydha par petits groupes et leur coupa la gorge sur le bord des fossés.
Parmi eux, il y avait Huyayy ibn Akhtab, l’ennemi de Dieu, et ka’b ibn Asad, le chef des Quraydha. Ils étaient six à sept cents hommes. On dit même huit cents et même neuf cents. Pendant qu’ils étaient amenés sur la place par petits groupes, certains juifs demandèrent à Ka’b, le chef de leur clan :
–  Que va-t-on faire de nous ?
–  Est-ce que cette fois vous n’allez pas finir par comprendre ? Ne voyez-vous pas que le crieur qui fait l’appel ne bronche pas et que ceux qui sont partis ne reviennent pas ? C’est évidemment la tête tranchée !
Le Prophète ne cessa de les égorger jusqu’à leur extermination totale. »

Le porc : la doctrine musulmane et ses conséquences

Les musulmans et le porc par l’imam Mehdi Kabir

Imam Mehdi Kabir

Imam Mehdi Kabir 130405 Porc Villetaneuse

Ce prêche renvoie au Coran même :

Sourate 2, verset 168 : « Ô gens! Mangez ce qui est licite et bon parmi ce qui est sur la terre. Ne suivez point les pas du démon ; il est pour vous un ennemi déclaré. »

Sourate 5, verset 3 : « Vous sont interdits la bête morte, le sang, la chair de porc [1], ce sur qui a été consacré à un autre qu’Allah, la bête étouffée, la bête assommée ou morte d’une chute ou morte d’un coup de corne, et celle qu’un fauve a dévorée – sauf celle que vous égorgée avant qu’elle ne soit morte –. (…) »

Le Coran ne fait que reprendre l’interdit juif, cet interdit n’ayant d’ailleurs aucune justification médicale avéré et ne trouvant aucune explication certaine dans l’histoire du peuple juif.

[1] Lévitique 11, 7 : « Vous tiendrez pour impur le porc parce que tout en ayant le sabot fourchu, fendu en deux ongles, il ne rumine pas. »

On a vraiment du mal à voir ce qui peut valoir à cet animal, que Dieu a pourtant choisi de créer, un tel statut abhorré. Au moins peut-il se consoler d’échapper, contrairement aux bovins et ovins, au triste sort de l’égorgement dont on a du mal à penser qu’il est là pour réduire la souffrance des animaux (cf. article Souffrance & Halal).

Mais si la chair de porc est interdite, la gélatine de porc est autorisée comme l’indique cet exposé :

Havre de savoir Gelatine de porc

Havre de savoir Gelatine de porc 1         Havre de savoir Gelatine de porc 2

À vrai dire, la nature pour le moins fantaisiste et renversante des considérations théologico-chimiques contenues dans cet exposé risque de surprendre plus d’un scientifique…

 Cochon