Tariq Ramadan redonne toute sa place au Jihad

Bien que Tariq Ramadan semble prêcher la tolérance, le non-prosélytisme, le respect des lois occidentales, etc. dans de nombreuses circonstances (cf. Objectif en pays non musulman), Tariq Ramadan valide néanmoins fondamentalement le jihad dans le cadre d’une logique très éloignée du sens commun occidental. Cela ne ressemble-t-il pas à s’y méprendre à un double discours ?

Cette façon de voir les choses doit être étudiée avec attention car elle apporte une clef de lecture fondamentale de la vision musulmane de l’histoire, clef de lecture que les Occidentaux ont toute la peine du monde à saisir tant cette conception de la justice et de la paix leur est naturellement étrangère :

Havre de savoir Resistance a l'oppression

Havre de savoir Resistance a l’oppression

Verbatim : « Le Prophète immédiatement, immédiatement, va devoir apprendre une chose : ce n’est pas parce que vous appelez tous les êtres humains à la paix, que tous les êtres humains vont vous traiter de façon pacifique. Waraqa ibn Nawfal lui avait dit : « ton peuple va te rejeter ». Et ça c’est très important : dans l’éducation du Prophète, tu appelles au bien et tu vas trouver le mal. Tu appelles à la paix et tu vas trouver la guerre. Tu appelles à la fraternité : tu vas trouver le rejet. Tu appelles à la justice : tu vas trouver l’oppression. Et de cela, c’est une chose importante : si tu portes ce message de paix, tu as non seulement la responsabilité de porter ce message mais tu as la responsabilité de résister à l’oppression. Un homme de paix doit se préparer à certaines guerres. Un homme de paix doit se préparer à certaines guerres. Et le Prophète est tellement conscient de ça que quand il arrive à Médine et qu’il sait que ça va être la guerre, il dit à tous ceux qui le suivent : répandez la paix. Vous êtes des hommes de paix, mais il faut être prêt. Il faut être prêt. Et là aussi c’est une dimension de la résistance, c’est-à-dire tous ceux… comme ça été dans les… y’a des pays majoritairement musulmans et arabes qui ont eu des gens qui sont venus les former des Etats-Unis ou de l’Europe, ils disaient : dans les manuels scolaires, il faut enlever le mot « jihad ». Y’a pas à enlever le mot « jihad » : y’a à lui donner sa juste définition. Mais pas à l’enlever ! Attendez, on peut pas ! Y’a pas de compréhension de ce que je suis en train de dire sans le fait : les hommes de paix doivent savoir qu’il y a des oppresseurs, qu’il y a des gens qui tuent et qu’ils devront eux, avec la dignité de l’humanité, résister. La dignité de la France ça quand même été les résistants, pas simplement ceux qui se sont pliés devant le régime nazi. Non , c’est la résistance. À un moment donné, faut dire « non ». Eh bien tous les messagers ont dû à un moment donné dire « non ». Tous, tous, tous devant l’oppression des hommes. »

Écartons d’abord rapidement dans cet exposé la question du rejet par le peuple, qui est le grand classique du « prophète incompris » : Moïse, Jésus, Mahomet et tant d’autres. C’est d’ailleurs pratiquement un incontournable car quelle serait la valeur d’un message qui ne poserait aucun problème aux hommes qu’il s’agit de faire sortir des ténèbres ? Quel mérite aurait le prophète ? Bref, « appeler au bien et trouver le mal » est un message d’une banalité spirituelle consternante. Reste à savoir comment y faire face : Jésus s’est laissé crucifier. Que va décider Mahomet ? Mahomet va prendre une toute autre voie en exploitant la violence que cette prophétie auto-réalisatrice contient : car la lutte avec le mal étant inéluctable, la violence le devient aussi. Il ne reste plus qu’à justifier moralement la violence.

Ainsi, pour Tariq Ramadan, l’oppresseur est celui qui n’accepte pas le message que Mahomet tente de lui imposer et qui y résiste, si nécessaire par les armes. C’est une conception pour le moins singulière des concepts d’oppresseur et d’oppressé. Elle correspond toutefois parfaitement à la réalité historique puisque Mahomet a tenté sans succès de convaincre et convertir les Quraychites pendant 12 ans à La Mecque : il a donc décidé d’imposer sa religion par les armes à partir de Médine, un des premiers messages de paix consistant à chasser puis exterminer les juifs de Médine (entre 600 et 900 hommes) en les égorgeant sur le bord d’un fossé creusé exprès pour l’occasion (et en réduisant en esclavage leurs femmes et leurs enfants).

En effet, l’autre point intéressant de la dialectique musulmane est que Mahomet porte la parole d’Allah et que cette parole ne peut par définition qu’être LA parole de paix, l’UNIQUE : quiconque n’est pas de l’avis de Mahomet a nécessairement tort : c’est le principe même de la dictature. Donc tous ceux qui résistent à cette parole sont nécessairement des injustes avec lesquels la guerre est tôt ou tard inévitable puisque leur cœur est obscurci et endurci. « Un homme de paix doit se préparer à certaines guerres » (bis) dit Tariq Ramadan : conception inouïe de la notion même de paix. Il aurait été intéressant d’avoir l’avis de Bouddha ou du Mahatma Gandhi.

On constate ainsi que Tariq Ramadan inclut par nature la guerre, le jihad, dans la nature même de la prédication de Mahomet, celui-ci n’ayant pas l’intention de subir le sort du Christ, ce qu’il aurait néanmoins pu choisir s’il avait été véritablement un homme de paix. Tariq Ramadan insiste sur le fait qu’il ne convient en aucune façon « d’enlever le mot jihad » (au sens de combat armé) du discours musulman.

Dans cet autre passage, Tariq Ramadan explique que « La Mecque étant devenue la réalité de la répression par les gens qui refusent le message », il y a dans le départ de Mahomet à Médine « la sagesse du pacifique et en même temps la compréhension du stratège » : en d’autres termes, Mahomet sait parfaitement qu’il va devoir imposer sa religion par les armes, n’étant pas parvenu à convaincre les cœurs, et il a clairement planifié toute la période guerrière qui va suivre.

Havre de savoir Periode medinoise

Havre de savoir Periode medinoise

Verbatim : « Avant de partir, le Prophète planifie, il planifie parce qu’il faut qu’il quitte La Mecque. La Mecque est devenue la réalité de la répression par les gens qui refusent le message et donc il doit partir. Il a planifié avec… tout ce qui a été l’accueil des gens qui venaient de Médine pendant les différentes fois, pendant deux ans comme je vous l’ai dit. À un moment donné, il part et dans ce départ-là, il y a à la fois la sagesse du pacifique et en même temps la compréhension du stratège. »

Au passage, il est important de noter que Tariq Ramadan confirme que Mahomet a bien planifié de partir, c’est-à-dire qu’il a décidé et organisé (pendant deux ans) ce départ (ce qu’on lit d’ailleurs clairement dans la Sîra) : il n’a en aucun cas été chassé de La Mecque comme cela est rabâché en permanence pour faire croire à la thèse de la légitime défense.

C’est donc dans ce cadre intellectuel délirant de la guerre vue, par un retournement dialectique fulgurant, comme la nécessaire résistance à l’auto-défense des oppressés en réalité agressés, que le jihad se voit pleinement reconnu et justifié, reconnaissance et justification qui tranchent singulièrement avec les discours embarrassés et incompréhensibles des musulmans « modérés » qui tentent de trouver une issue acceptable pour les sociétés occidentales (et qui a au moins pour intérêt de nous épargner les fausses subtilités linguistiques habituelles au sujet de l’usage du mot de qital plutôt que de jihad et auxquelles il n’apparaît pas utile de faire référence ici). Au moins, pour une fois, le reconnaissance de la légitimité du jihad est claire !

Quant à la comparaison de Mahomet avec les résistants français contre le nazisme, elle ne manque pas d’audace, Mahomet ayant été l’Adolf Hitler des juifs de Médine, puisque l’objectif était bien de les exterminer jusqu’au dernier.

Sur cette base, quelle signification donner à un quelconque projet de vivre-ensemble ?

Pourquoi la question du « jihad » est centrale pour l’islam dans son rapport avec l’Occident

La question du jihad et de la violence dans l’islam est absolument centrale : comment en effet une religion qui se présente comme « d’amour et de paix » pourrait-elle accepter de laisser planer des doutes sur son caractère (ou non) belliqueux ? D’autant que cette perception, légitimée par des nombreux faits incontestables, rend cette religion fondamentalement incompatible avec les valeurs des sociétés occidentales et donc avec l’implantation durable, « l’institutionnalisation » – pour reprendre la terminologie de Tariq Ramadan – de la présence musulmane en Occident, phase nécessairement préalable à l’islamisation de ces territoires du dar-al-harb pour devenir d’ici quelques dizaines d’années ou un ou deux siècles – les musulmans ne sont pas pressés – des territoires musulmans du dar-al-islam.

Aussi les « communicants » musulmans ont développé un argumentaire très élaboré et tout à fait bien rôdé, dont l’objectif semble surtout être de rassurer les sociétés occidentales sur le caractère pacifique et donc inoffensif de l’islam en dépit des morts et du sang qui macule quotidiennement nos écrans de télévision. Que peut-on en dire ?

 1) Quels sont les faits aujourd’hui ?

Comment contester les faits bien réels qui émaillent l’histoire du monde contemporain depuis que la plupart d’entre nous sommes nés, c’est-à-dire depuis plusieurs dizaines d’années ? Ainsi l’existence d’un terrorisme musulman, au fondement religieux – puisque les revendications se font au nom d’Allah, de Mahomet et du Coran –, ne fait aucun doute comme en témoignent régulièrement les journaux et les télévisions. Sans parler, entre autres, du sort difficile, voire terrible, que peuvent connaître les non-musulmans depuis de très longues années dans les pays musulmans : chrétiens (d’Irak, coptes d’Égypte,…), mais aussi yézidis, athées, homosexuels,… (cf. article violence et faits)

Or s’il peut aujourd’hui y avoir des questions politico-religieuses (liées par exemple à l’existence de l’État d’Israël), il n’y a pas de terrorisme religieux chrétien, juif, bouddhiste,… L’islam est de ce point de vue un cas tout à fait à part.

2) Le transfert s’opérant de la réalité des faits vers un questionnement doctrinal vise à neutraliser leur nocivité pour les sociétés occidentales

En effet, le débat est systématiquement déplacé des faits à la doctrine : puisque les faits ne sont pas contestables, il convient donc de les couper de leurs racines idéologiques pour en nier le caractère authentique et exemplaire au regard de la doctrine musulmane d’aujourd’hui.

La démarche et la démonstration de l’islam « modéré » – puisque tous les musulmans sont loin d’être d’accord sur la question de la signification et la légitimité actuelle du jihadsont toujours les mêmes et consistent dans des assertions qu’on peut grosso modo résumer de la façon suivante :
–  Les actes musulmans violents sont certes motivés par l’islam mais cette revendication religieuse est erronée ;
–  En effet, si Mahomet et ses partisans ont été effectivement violents, cette violence n’était justifiée que par la légitime défense, action politique et non religieuse ;
–  Donc la multitude de versets violents ou vindicatifs du Coran (ou les hadiths) ne s’expliquent que par ce seul aspect : se défendre ;
–  En conséquence de quoi l’islam n’est pas intrinsèquement violent ;
–  Au contraire, l’islam appelle même à la paix entre les peuples ;
–  Donc l’islam est inoffensif pour les sociétés occidentales ;
–  Étant inoffensif, les sociétés occidentales seraient coupables de ne pas protéger l’islam en leur sein ;
–  C’est l’islamisme (voire « l’islamisme radical »), mauvaise « interprétation » du Coran, qui est un problème, pas l’islam.
C.Q.F.D.

3) Pourquoi cette démonstration produit-elle, en dépit des faits têtus, son effet dans certaines têtes occidentales ?

Toute la démonstration repose sur le prétexte de la légitime défense qui peut en réalité être aisément battu en brèche [article en cours de rédaction] : une simple lecture de la biographie authentique de Mahomet suffit à vous en convaincre. ALLEZ LA LIRE !! (cf. article biographie de Mahomet)

Or les occidentaux, comme d’ailleurs un certain nombre de musulmans, ne lisent pas les textes musulmans originels et ne peuvent donc pas juger eux-mêmes du peu de réalisme, voire de l’absurdité, de certaines assertions. De la même façon, combien de chrétiens ont jamais lu le Nouveau Testament, sans parler de l’Ancien ? Combien sont capables de définir à peu près les principes de doctrine de leur foi ? Bien peu. Mais c’est moins grave car nulle part le Christ n’appelle ses ouailles à faire la guerre et à égorger les païens.

Enfoncés confortablement dans le confort matériel de leur civilisation, les occidentaux d’aujourd’hui sont plus préoccupés par leur niveau de consommation, les destinations de leurs prochaines vacances, les performances de tel athlète ou telle équipe, etc. que par la compréhension des évolutions profondes qui vont bouleverser leur vie et qui risquent demain de les frapper dans leur chair. Finalement, les occidentaux ont le terrorisme qu’ils méritent.

Plutôt que de lire les textes authentiques (Coran, biographie de Mahomet, hadiths de Mahomet, etc.) – ce qui n’est certes pas très divertissant, je vous le concède – on préfère lire le dernier roman de gare venu, s’abrutir 3 à 4 heures par jour devant la télévision ou manger du pop corn au cinéma devant le nième film d’action à la mode. Combien de peuples au XXème siècle n’ont-ils pas regretté amèrement a posteriori de n’avoir pas pris la peine de lire certains ouvrages funestes et leur dilettantisme face à l’évolution du monde ?

Et quand il s’agit de s’intéresser un peu sérieusement à la question de l’islam, l’occidental paresseux s’en remet à des « spécialistes » (car naturellement, il faut être « spécialiste », sans quoi votre opinion n’a aucune valeur…) dont la confusion est abyssale. Dans de telles conditions, comment avoir les idées claires ? Comment commencer à se forger sa propre opinion sans lire soi-même les textes dont il est question ? Comment résister à la déferlante communicante de l’islam « modéré », dont certaines intentions sont louables mais d’une naïveté confondante, et consternante ?

Et si par bonheur, un interviewé a le malheur d’être clair, il est généralement rapidement submergé par un fatras de notions théologiques incompréhensibles, ou succombe enseveli par la sacro-sainte « interprétation » qui permet de faire dire à un texte le contraire de ce que tout le monde comprend, ou d’en neutraliser la nocivité par la perversité de la « contextualisation historique ».

4) Une page qui devrait être tournée et qui ne peut pas l’être

En réalité toute cette discussion sur le jihad, où nos efforts et notre énergie se perdent inutilement, ne devrait en réalité avoir que peu d’importance aujourd’hui : après tout, que nous importe ce qui a pu se passer il y a 1.400 ans chez les bédouins d’Arabie avec leurs rivalités tribales, d’autant qu’il n’y a pas de sources contradictoires (non-musulmanes) exploitables ? Quelle part de fantaisie et de reconstruction a posteriori y a-t-il dans toute cette doctrine religieuse islamique et dans la vie de Mahomet ? Qui peut le dire ?

La seule question qui vaille, quels que soient les méandres de l’exégèse musulmane, est la suivante : quelle est la position des musulmans aujourd’hui ? Renoncent-ils oui ou non à toute forme de violence vis-à-vis des non-musulmans ? Acceptent-ils sans réserve tous les droits de l’homme tels que figurant dans la déclaration universelle des droits de l’homme, y compris le droit d’abandonner l’islam, d’apostasier ? Sont-ils prêts à accorder dans les pays musulmans les mêmes droits aux musulmans et aux non-musulmans ? Etc.

Les chrétiens se sont dans l’histoire égarés notoirement et à de multiples reprises (croisades, inquisition, guerres de religion,…) de leur textes originels (Nouveau Testament) pourtant très clairs et qui n’appelaient absolument jamais à la violence : le Christ est mort crucifié après avoir interdit à qui que ce fût parmi ses partisans de prendre les armes. Mais le passé douloureux des chrétiens est un passé depuis plusieurs siècles. Personne ne songe plus depuis longtemps à reproduire ces erreurs.

Pourquoi n’en serait-il pas de même avec les musulmans, au soulagement de tous ? Si toute la violence musulmane résulte d’un contexte historique particulier comme on nous l’explique si doctement, pourquoi ne pas tourner la page et oublier Mahomet et toutes ses épouvantables guerres, razzias, meurtres, rapts, etc. ? Pourquoi ne pas se concentrer sur les directives aujourd’hui à suivre par les musulmans (relations avec les non-musulmans, statut de la femme,…) ? Est-ce la réforme radicale de la doctrine musulmane qu’appellent de leurs vœux certains représentants de la communauté musulmane aujourd’hui ?

Or, malheureusement, si les musulmans sont toujours aujourd’hui incapables de produire cette synthèse pacifiée et s’interrogent encore après tant de siècles sur ce que leur religion signifie, même sur des questions simples, c’est sans doute en réalité que, contrairement aux chrétiens, cette violence est inscrite dans la doctrine même de l’islam : aussi, contrairement au christianisme, revenir aux textes originels n’aide en rien, car il faudrait en réalité s’en débarrasser.

Ainsi, dans la mesure où le message originel sur le jihad (ou sur d’autre thèmes, il n’en manque pas : statut des femmes, polygamie, apostasie,…) est inaudible et inacceptable pour les sociétés occidentales dans le contexte contemporain, et où par ailleurs il est impossible d’abandonner le Coran – parole d’Allah dont intouchable, universelle et intangible –, la seule échappatoire consiste à tirer et user de toutes les ficelles de l’exégèse, dont tout l’objet va être d’interpréter le texte pour lui faire dire ce qui convient pas rapport aux objectifs choisis, même si cela s’écarte complètement du sens littéral premier du texte et qui devrait être le plus clair.

Or l’immense danger de toutes les discussions d’exégèse pour le non-musulman est tout simplement déjà d’en accepter le principe dans la discussion avec le musulman, car cela produit un effet de diversion extrêmement efficace, qui permet la plupart du temps de noyer le poisson, même s’il est très gros, et relègue par ailleurs le non-musulman dans une position d’infériorité de principe en tant que non-spécialiste, qui lui ôte toute légitimité critique ; ce qui autorise par ailleurs toutes les déviances dans l’autre camp (le déni de réalité ayant généralement la palme).

Aussi le non-musulman doit-il veiller à ne jamais s’écarter du son seul souci qui doit être d’obtenir des réponses claires à ses questions simples de la part de la communauté musulmane. Tout le problème est qu’aujourd’hui il n’en obtient pas…

5) Pourquoi la classe politique se tait-elle sur cette question et valide-t-elle de facto cette dichotomie islam/islamisme, portant jamais définie ? Pourquoi fait-elle pression via les médias pour censurer les voix discordantes et critiques ?

D’abord, parce que la classe politique est souvent incompétente et parle de ce qu’elle ne connaît pas, surtout sur un tel sujet, car elle ne lit pas (demander une leçon aux spécialistes comme Fleur Pellerin ou Alain Juppé).

Ensuite, parce que cette situation est la conséquence inéluctable de sa lâcheté qui a marqué la vie politique française depuis 30 ans. La classe politique est responsable d’une situation qu’elle ne veut pas assumer. Alors il est plus facile de parler abstraitement des gentils (l’islam) et des méchants (l’islamisme) : le problème est qu’on ne sait jamais de qui l’on parle… Mahomet était-il un bon musulman ou un islamiste ?

Enfin, la classe politique n’a aucune solution concrète à proposer. Sanglotant en outre sur le passé culpabilisant de colonisation qui hante sa conscience, elle est tétanisée par les conséquences (sociales, politiques,…) potentielles de tout débat de fond sur la doctrine de l’islam et son impact sur la population immigrée ou d’origine immigrée en France, naturellement et par définition victime et stigmatisée. Le débat sur l’identité nationale, si décrié, a fait « pschittt… » sous les coups de boutoir des intellectuels bien-pensant : c’est dommage. De toutes façons, quelqu’un qui parle d’identité est un fasciste, voire un nazi (rarement un communiste…), c’est bien connu !

Aujourd’hui, ce n’est plus à l’immigré de s’intégrer mais à la société d’accueil de s’adapter au migrant, réfugié, etc. qu’elle a la bienveillance et la générosité de recevoir. Quel politique a le courage de dénoncer cette absurdité ? Et malheur à l’hôte (généralement un pays aux « racines » chrétiennes, car les pays riches du golfe n’ont pas l’air de se précipiter pour accueillir leurs correligionnaires…) qui par mégarde ose proposer de la nourriture qui n’est pas halal !! Le monde à l’envers…

La classe politique est devenue la spectatrice de ce spectacle calamiteux qui se déroule devant elle et dont elle porte l’entière responsabilité. Poursuivons dans cette voie et gageons que le meilleur de la tragédie est encore à venir.

Interprétation : l’exemple du jihad

Dans une émission de France 2 du dimanche matin de mars 2015, le présentateur pose la question suivante au professeur Ali Benmakhlouf : « On a quelques relayeurs d’opinion qui parlent du suicide français, qui nous parlent du tiers du Coran qui serait violent. À supposer que l’approche quantifiée, quantitative, soit pertinente, sur les 6.237 versets coraniques, lesquels seraient de facture martiale et qui seraient belligènes ? »

La réponse du professeur Ali Benmakhlouf est la suivante : « Alors effectivement il y a une sourate qui a troublé beaucoup d’islamologues (…), la sourate 9 du « repentir », qui dit « tuez les associationnistes etc. » [cf. article jihad]. Mais ce sont des versets, je le dis, qui ne sont pas des normes pour les hommes. Autrement dit, vous les entendez, mais comment vous les entendez ? Vous les entendez comme un récit où vous vous rapportez et ce n’est certainement pas une injonction pour descendre dans la rue et tuer des gens. Je rappelle que le crime est une désobéissance civile ; ce n’est pas une question de croyance ou d’incroyance. Et plus que jamais on doit le rapporter.»

Dar-al-islam & Dar-al-harb

L’islam a vocation à s’étendre à l’ensemble du monde. Malek Chebel écrit : « Le message coranique est clair : il faut porter la parole de Dieu aux quatre coins de la planète. »

Le monde entier (Orient et Occident) constitue la terre promise des musulmans : Coran, sourate 7, verset 137 : « Et les gens qui étaient opprimés [ndlr les musulmans], Nous les avons fait hériter les contrées orientales et occidentales de la terre que Nous avons bénies. (…)  »

La Tradition (Bukhari) rapporte le hadith suivant : « Le messager d’Allah a dit : « J’ai reçu l’ordre de combattre les peuples jusqu’à ce qu’ils se soumettent à Allah et à Muhammad son prophète. » »

Le jihad offensif déclenché par Mahomet sur la terre d’Arabie n’était pas circonscrit à cette seule zone géographique et l’histoire de la conquête arabe le démontre amplement. Cette extension par la voie militaire illustre la dichotomie du monde pratiquée par l’islam : préservation quoi qu’il arrive de l’islam en pays d’islam dit dar-al-islam (territoire conquis), et conquête lorsque l’occasion se présente des terres non encore musulmanes dites dar-al-harb (territoire de guerre). [NB : On trouve parfois la notion également de dar-al-sulh, territoire de trêve, qui correspond aux territoires non encore sous la loi islamique mais qui ont passé des traités avec le dar-al-islam.]

La conquête du dar-al-harb, principalement les pays occidentaux, est marginalement réalisée aujourd’hui par les armes et prend la forme d’un développement intensif de tout ce qui contribue à institutionnaliser la présence musulmane en Occident, notamment financé à coup de millions de dollars par les métro-monarchies du Golfe : écoles islamiques, mosquées, censure sur les grands médias (télévision, radio) du fait de la participation au capital de grands groupes, censure sur internet des propos jugés défavorables à l’islam (ex.  Facebook), etc.

Compte tenu de l’incapacité pratique à conquérir par les armes les pays occidentaux, qui rend durable la présence de musulmans en terre non-musulmane, cette dichotomie traditionnelle dans la culture musulmane se voit remplacée de nos jours par des notions moins agressives et plus modernes comme celles de dar-al-ahd (territoire/maison du contrat) ou de dar-ad-da’wa (territoire/maison de la prédication).

Ainsi, Tariq Ramadan écrit : « Pour les musulmans croyants et pratiquants qui auraient pu faire face à des difficultés pour concilier les prescriptions et les interdits de leur religion avec la vie dans les sociétés occidentales, l’évolution de la pensée et des mentalités a été rapide et impressionnante si l’on prend sérieusement le temps d’évaluer le chemin parcouru. (…) Il s’est agi d’abord de remettre en cause la traditionnelle et ancienne catégorisation binaire du monde qui séparait « la maison de l’islam » (dâr al-islâm) de « la maison de la guerre » (dâr al-harb). À l’exception de quelques groupes littéralistes, traditionalistes ou politisés, plus aucun savant de référence ni aucune organisation de poids n’utilise ces concepts. On parle désormais de « maison du contrat » (dâr al-’ahd ou dâr al-’aqd), de « maison de la paix » (dâr al-sulh), ou encore de « maison de la prédication » (dâr ad-da’wa). J’ai proposé le concept de la « maison du témoignage » (dâr ash- shahâda) qui exprime l’idée selon laquelle les musulmans, comme d’ailleurs tous les êtres de foi et de conviction, sont appelés à essayer d’être « des témoins » de leur message et de leurs principes par leur présence et par la cohérence de leurs comportements avec lesdits principes. »

Cette substitution sémantique et « diplomatique » heurte moins les pays occidentaux mais ne change a priori pas grand-chose dans l’intention, l’islam n’abandonnant aucunement sa visée universelle d’expansion au monde entier.

 

Jihad : Négationnisme ou Révisionnisme

Défendre l’idée d’une religion d’amour et de paix paraît extrêmement compliqué compte tenu des nombreux passages du Coran et de la vie de Mahomet (cf. Les faits) faisant état de batailles, expéditions, meurtres,... Aussi la plupart des théologiens ou intellectuels musulmans tentent de reléguer le jihad armé, combat dans la voie d’Allah au rang de phénomène annexe et marginal, alors même qu’il est parfaitement justifié doctrinalement (cf. doctrine du jihad), qu’il figure explicite dans le Coran, et qu’il est historiquement incontestable au regard des sources musulmanes elles-mêmes.

Deux procédés sont habituellement utilisés pour marginaliser « le combat armé dans la voie d’Allah » (al jihad fi sabil allah) : 1) mettre au premier plan le jihad « intérieur », c’est-à-dire le combat intérieur que le croyant doit mener sur lui-même pour adopter une attitude conforme aux préceptes de sa religion ; 2) défendre l’idée que le combat armé des musulmans n’était que la conséquence de la légitime défense.

On retrouve ces deux idées dans l’émission de France 2 du dimanche matin de décembre 2014 consacrée au jihad :

France 2 Dimanche Le Jihad
France 2 Le jihad décembre 2014

France 2 Islam Le jihad Decembre 2014 1

Pour le point 1) relatif au jihad intérieur, se reporter à l’article Le jihad intérieur

S’agissant du point 2) : Force est de constater que cette vision s’accorde très mal avec le détail des guerres, expéditions, meurtres, razzias, etc. de toutes sortes diligentées par Mahomet et auxquels il a bien souvent participé [article en cours de rédaction]. Cela s’accorde également très mal avec la conquête d’une bonne partie du Moyen Orient et de l’Afrique du nord aux VIIème et VIIIème siècles.

Tareq Oubrou, interviewé dans l’émission ci-dessus a par ailleurs écrit : « À l’instar de la Bible, le Coran contient beaucoup de passages qui, il est vrai, résonnent comme autant d’appels à la violence. Isolés de l’ensemble du discours coranique et de ses circonstances historiques, ces passages donnent effectivement l’image d’une religion belliqueuse et intolérante. Celui-ci par exemple : « Une fois passés les mois sacrés, tuez les associationnistes (polythéistes) où vous les trouvez… » (Coran 9, 5). Ou encore celui-là : « Ô les croyants ! Ne prenez pas pour alliés les juifs et les chrétiens ; ils sont alliés les uns des autres. Et celui d’entre vous qui les prend pour alliés, devient un des leurs. » (Coran 5, 51). Je pourrais citer au moins une dizaine d’autres passages de rupture ou de combat. »

Mais d’un autre côté, Tareq Oubrou écrit aussi : « L’islam est une religion qui a la particularité d’avoir vu le jour en même temps qu’un État, au début du VIIème siècle à Médine, dans la péninsule arabique, après que le prophète a été chassé de La Mecque. Ainsi sommes-nous, dès l’origine, en présence de deux réalités bien distinctes : d’un côté, la révélation coranique que le prophète Muhammad a pour mission de transmettre – et non d’imposer – dans un environnement polythéiste intolérant et hostile ; de l’autre, la naissance d’un empire soumis à des menaces extérieures. (…) Pris dans une logique d’empire, les Arabes n’ont d’autres choix que d’attaquer pour survivre. D’où la rapide extension de la religion naissante sur la rive sud de la Méditerranée. (…) Voilà pourquoi il est essentiel de bien séparer ces deux ordres de réalité : naissance d’une religion d’un côté, logique d’empire de l’autre. » Si Tareq Oubrou reconnaît ainsi la logique d’empire, et donc l’aspect offensif du jihad, il ouvre une nouvelle porte dialectique pour se sortir d’affaire en essayant de séparer la religion et ce qu’elle conduit à faire, ce qui n’a aucun sens.

Malek Chebel est quant à lui certainement le plus réaliste et le plus honnête quand il écrit tout simplement : « L’islam est une religion de conquêtes. Ce que l’on a appelé l’expansion de l’islam se révèle être une œuvre intimement liée à la nature même de la prédication. »

Malek Chebel ajoute : « On peut légitimement se demander si l’islam, dont l’humanisme universaliste, reconnu par tous et professé par la plupart, est encore capable, dans le concret, d’inventer ses prophètes de la non-violence, ses Mahatma Gandhi et ses Martin Luther King. Autrement dit, l’islam est-il en mesure de se réformer au point de refuser en son sein toute forme de violence (…) ? »

Le jihad « intérieur »

Les partisans de cette thèse à vocation rassurante consistant à limiter le jihad à l' »effort intérieur » remontent notamment à la racine de jihad est JHD qui exprime l’idée « d’effort vers », dans le chemin de la foi et de combat du mal, pour tenter de démontrer que la signification première du terme jihad est celle de combat intérieur et spirituel du croyant qu’il doit mener continuellement pour rester dans la voie de Dieu.

Cette thèse est reprise dans l’article 9 de la Convention citoyenne des musulmans de France qui passe sous silence le jihad armé et indique : « Contrairement à une idée répandue, le mot « Jihâd » signifie notamment la lutte et l’effort sur soi-même, en accomplissant le bien. Cette action a surtout une dimension spirituelle, consistant à œuvrer de son mieux pour accomplir le bien. Dans le Coran, ce mot est employé sous ses différentes formes à 33 reprises. »

Le jihad intérieur a en réalité pris une certaine consistance bien après la mort de Mahomet et la vague expansionniste musulmane des VIIème et VIIIème siècles en Europe et au Moyen Orient (qui n’avait pas grand-chose de défensif) : dans un empire musulman dont les frontières avaient commencé à se stabiliser, le développement de l’islam, qui s’exprimait auparavant essentiellement par les armes, s’est poursuivi au travers de l’exploration de voies de recherche plus spirituelles, sans pour autant rendre caduque la voie guerrière. Il fallait, d’une certaine façon, « digérer » les conquêtes.

Ainsi, petit à petit, cette notion d’intériorité s’est développée, notamment avec un grand théologien et philosophe, Ibn Qâyyim al-Jawziyyah, qui a vécu dans la première moitié du XIVème siècle et qui a conceptualisé différents types de jihad personnel ou intérieur.

Jihad : la justification doctrinale par le Coran

Au terme d’une prédication infructueuse de 12 années (610-622) à La Mecque, Mahomet entra une fois installé à Médine dans une phase offensive et armée de propagation de sa religion par le jihad, combat dans le sentier/la voie d’Allah. De nombreux versets du Coran font explicitement référence à ce combat armé :

Coran, sourate 2, verset 190 : « Combattez dans le sentier d’Allah ceux qui vous combattent, et ne soyez pas transgresseurs. Allah n’aime pas les transgresseurs ! »

Coran, sourate 2, verset 191 :  « Tuez-les, où que vous les rencontriez ; et chassez-les d’où ils vous ont chassés. La persécution des croyants est plus grave que le meurtre. Mais ne les combattez pas près de la mosquée sacrée avant qu’ils ne vous y aient combattus. S’ils vous y combattent, tuez-les donc. Telle est la rétribution des mécréants. »

Coran, sourate 2, verset 193 : « Et combattez-les jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de persécution et que la religion soit entièrement à Allah seul. (…) »

Coran, sourate 2, verset 216 : « Le combat vous a été prescrit alors qu’il vous est désagréable. Or, il se peut que vous ayez de l’aversion pour une chose alors qu’elle vous est un bien. Et il se peut que vous aimiez une chose alors qu’elle vous est mauvaise. C’est Allah qui sait, alors que vous ne savez pas. »

Coran, sourate 2, verset 218 : « Certes, ceux qui ont cru, ont émigré et ont combattu dans le sentier d’Allah, ceux-là espèrent la miséricorde d’Allah. Allah est celui qui pardonne, le miséricordieux. »

Coran, sourate 4, verset 84 : « Combats donc dans le sentier d’Allah. Tu n’es responsable que de toi-même. Encourage les croyants. Allah arrêtera peut-être la violence des mécréants. Allah est plus redoutable qu’eux et plus sévère en châtiment. »

Coran, sourate 4, verset 89 : « Ils [ndlr les hypocrites] aimeraient vous voir mécréants, comme ils le sont eux-mêmes, afin que vous soyez égaux ! Ne prenez pas d’alliés parmi eux, jusqu’à ce qu’ils émigrent dans le sentier d’Allah. S’ils tournent le dos, saisissez-les et tuez-les où que vous les trouviez. (…) »

Coran, sourate 4, verset 91 : « Vous en trouverez d’autres qui cherchent à avoir votre confiance, et en même temps la confiance de leur propre tribu. Toutes les fois qu’on les pousse vers l’association, ils y retombent en masse. Par conséquent, s’ils ne restent pas neutres à votre égard, ne vous offrent pas la paix et ne retiennent pas leurs mains de vous combattre, alors saisissez-les et tuez-les où que vous les trouviez. Contre ceux-ci, Nous vous avons donné autorité manifeste. »

Coran, sourate 8, verset 17 : « Ce n’est pas vous qui avez tué les mécréants : mais c’est Allah qui les a tués. (…) »

Coran, sourate 8, verset 39 : « Combattez-les [ndlr les incrédules] jusqu’à ce qu’il ne subsiste plus d’association, et que la religion soit entièrement à Allah. (…) »

Coran, sourate 8, verset 65 : « Ô Prophète, incite les croyants au combat. S’il se trouve parmi vous vingt endurants, ils vaincront deux cents ; et s’il s’en trouve cent, ils vaincront mille mécréants, car ce sont vraiment des gens qui ne comprennent pas. »

Coran, sourate 61, verset 4 : « Allah aime ceux qui combattent dans son chemin en rang serré pareils à un édifice renforcé. »

La Tradition rapporte le propos de Mahomet : « Je suis venu avec l’épée. Le jihad est engagé jusqu’au jour où la dernière poignée des hommes de ma nation sera appelée à combattre l’antéchrist. »

La jurisprudence chaféite précise :

Section o9.0 « Jihad signifie « guerre contre les non-musulmans », et est étymologiquement dérivé du mot « mujahada » signifiant « guerre pour établir la religion ». (…) La base scripturale pour le jihad, selon le consensus des lettrés, sont des versets tels que :
(1) « Le combat vous a été prescrit » (C2/216);
(2) « Tuez-les où que vous les trouviez » (C4/89);
(3) « Combattez les associateurs sans exception » (C9/36) ; et des hadiths tels que celui relaté par Bukhari et Muslim selon lequel le prophète a dit : « Il m’a été ordonné de combattre les peuples jusqu’à ce qu’ils témoignent qu’il n’y a d’autre dieu qu’Allah et que Mahomet est son messager, qu’ils prient et qu’ils paient la zakat. S’ils acceptent, ils sauvent leur sang et leurs biens, à l’exception des droits que l’islam a sur eux. Et leur dernier jugement est avec Allah ». Et selon le hadith rapporté par Muslim, : « Aller le matin ou le soir pour combattre dans le chemin d’Allah est mieux que de posséder le monde entier et tout ce qu’il contient. » »