Recep Tayyip Erdogan et l’islamisation

Recep Tayyip Erdogan, actuel (2015) président de la République turque, favorable à la réislamisation de la Turquie, déclarait en février 2008 lors de son voyage en Allemagne, que l’assimilation de la culture de la communauté musulmane turque d’Allemagne (plus de 2 millions de personnes) à la culture occidentale était un « crime contre l’humanité ».

Ce type de jugement n’est-il pas cohérent avec la volonté de ne pas aider l’Europe à lutter contre le terrorisme musulman comme en témoignait le juge Trévidic en octobre 2014 puisque celui-ci rappelait l’absence de coopération de la Turquie sur ce sujet en 15 ans (2000-2014) ?

Trevidic octobre 2015

Turquie Trevidic octobre 2014

Recep Tayyip Erdogan semble beaucoup plus préoccupé par son obsession d’unité du territoire turc, conduisant à l’indifférence ou au mépris de certains populations comme les arméniens, dont le génocide pourtant avéré et tout à fait reconnu au niveau international est encore aujourd’hui nié par la Turquie, ou les kurdes, empêchés pendant longtemps de porter assistance à leurs frères de Syrie pourchassés par l’État islamique.

Mustapha Kemal & L’islam

Pour Mustapha Kemal, fondateur de la Turquie moderne, l’islam est un obstacle au progrès.

Mustapha Kemal

L’histoire retient de nombreux propos développant ce thème, parmi lesquels :

–  « Depuis plus de cinq cents ans, […] les règles et les théories d’un vieux cheikh arabe, et les interprétations abusives de générations de prêtres crasseux et ignares ont fixé, en Turquie, tous les détails de la loi civile et criminelle. Elles ont réglé la forme de la Constitution, les moindres faits et gestes de la vie de chaque citoyen, sa nourriture, ses heures de veille et de sommeil, la coupe de ses vêtements, ce qu’il apprend à l’école, ses coutumes, ses habitudes et jusqu’à ses pensées les plus intimes. L’islam, cette théologie absurde d’un Bédouin immoral, est un cadavre putréfié qui empoisonne nos vies. »

–  « Vous venez me parler des avantages que nous a valu notre conversion à l’Islam, et moi je vous dis : regardez ce qu’elle nous a coûté ! »

–  « La République turque ne veut pas demeurer le pays des cheiks et des derviches, des confraternités et des couvents. Comme ordre, il n’y en a qu’un seul de vrai et de raisonnable — celui de la civilisation. »

La « persécution » des musulmans à La Mecque : un pieux et immense mensonge

Certaines biographies contemporaines de Mahomet et la plupart des commentateurs musulmans font état d’« horribles persécutions » commises dès l’époque de La Mecque à l’égard des musulmans pour mettre en avant les qualités de Mahomet dans une telle situation et surtout ensuite la légitimité à se défendre par l’épée, si nécessaire avec grande violence. Or, à lire la Sîra, une telle interprétation est une lecture erronée des faits par rapport aux images auxquelles certains termes renvoient dans l’imaginaire contemporain. Faisons le point.

  • L’utilisation indélicate et à dessein d’un terme tout à fait connoté et trompeur

Que sous-entend le terme « persécution » ? La « persécution » est un « traitement injuste et cruel infligé avec acharnement » (Le Petit Robert).

En outre, il y a un oppresseur (ou plusieurs), de nombreuses victimes et un terrible châtiment pour elles (prison, sévices corporels, déplacement de population, exécutions, travaux forcés,…). Par exemple, quand les Romains ont persécuté les chrétiens, il les crucifiaient par milliers (comme sur la voie Appia) et leur infligeaient ainsi des souffrances atroces qui s’achevaient avec leur mort.

S’agit-il de cela lorsqu’on parle de Mahomet de ses partisans ? On en est très loin.

  • Qu’a essayé de faire Mahomet à La Mecque ? Par sa prédication, Mahomet a en réalité « harcelé » les Quraychites

L’organisation de l’Arabie du VIIème siècle était structurée autour de tribus farouchement indépendantes qui concluaient entre elles au gré des circonstances des pactes d’alliance. Ces tribus polythéistes vénéraient des dieux ou des idoles et le centre religieux principal était à La Mecque : y était notamment vénéré le dieu Hubal, dieu de la Lune, dieu le plus important de La Mecque.

Mahomet, en prêchant une nouvelle religion, monothéiste, se proposait de casser l’organisation tribale, sociale et religieuse traditionnelle des tribus Quraychites, ce qu’elle ne pouvait voir que d’un mauvais œil ; et ce d’autant plus que Mahomet prétendait en même temps en devenir le chef puisqu’il fallait lui obéir.

Aussi, pourquoi croire cet individu qui se prétendait inspiré par Dieu plutôt qu’un autre illuminé, d’autant qu’il a toujours refusé de donner des signes de son élection par la réalisation de miracles ? Il n’y avait en effet aucune raison. Seule la sagesse de la religion qu’il prêchait aurait dû lui permettre de conquérir les cœurs : de ce point de vue-là, Mahomet a complètement échoué à La Mecque au regard de ses ambitions au terme d’une prédication de 12 ans (610-622).

  • Quelle a été la réaction première des Quraychites ? De supporter les insultes de Mahomet et de proposer une conciliation !

Par un curieux renversement des faits, certains prétendent que ce sont les Quraychites qui ont harcelé, dénigré et insulté Mahomet, alors que c’est exactement l’inverse qui s’est produit au départ. Cela se comprend très bien puisque Mahomet a cherché à imposer sa nouvelle religion en décrédibilisant, insultant les anciennes coutumes et religions.

La Sîra est très claire sur le sujet : « Ils [ndlr les Quraychites] envoyèrent lui [ndlr Mahomet] dirent : « Les notables de ton peuple se sont réunis en vue de parler avec toi ; viens donc à eux. » L’envoyé d’Allah vint à eux rapidement pensant qu’ils avaient formé une opinion concernant ce qu’il leur avait dit ; en effet, ils tenaient absolument à leur bonheur, à ce qu’ils suivraient le droit chemin, et leur égarement lui faisait de la peine. Il s’assit avec eux. Alors ils lui dirent : « Ô Muhammad ! Nous t’avons envoyé chercher afin de parler avec toi. Par Dieu, nous ne connaissons pas quelqu’un qui avait introduit dans son peuple quelque chose de pareil à ce que tu viens d’introduire dans ton peuple ; tu as insulté les ancêtres, dénigré la religion, injurié les dieux, traité nos croyances de stupides, mis la discorde dans notre société, et il ne reste aucun mal que tu n’avais pas apporté entre nous et toi. Si, par cette affaire, tu veux obtenir de l’argent, nous amasserons pour toi de notre argent de quoi te rendre le plus riche parmi nous. Si par elle tu aspires à l’honneur parmi nous, nous te ferons notre seigneur. Si par-là tu veux devenir un roi, nous te ferons notre roi. Si celui qui vient à toi est un djinn que tu vois s’emparer de toi – ils appelaient le djinn – compagnon (ra’iyy), ce qui est probable, nous dépenserons de notre argent les frais du médecin jusqu’à ce que tu en sois guéri ; ou nous serons dégagés de tout reproche au sujet de ce que nous ferons avec toi. »

Donc, il s’avère que :

–  Les Quraychites ont été insultés par Mahomet au travers du dénigrement de leur religion, de l’accusation de stupidité, etc. ;

–  L’attitude de Mahomet constituait pour eux un affront inouï jamais vu de mémoire d’homme dans cette société tribale, qui aurait dû entraîner la mort immédiate de l’agresseur Mahomet ;

–  En dépit de la violence inouïe de cet affront, les Quraychites ont fait preuve d’une grande clémence et patience (pendant plusieurs années) compte tenu de l’appartenance de Mahomet à un des clans les plus respectés de La Mecque et ont essayé de trouver un terrain d’entente, jusqu’à lui proposer de devenir très riche et même de devenir leur seigneur, dès lors qu’il ne persistait pas à remettre en cause l’organisation sociale et tribale traditionnelle ;

–  Les Quraychites ont pu naturellement penser que Mahomet était probablement atteint de folie par l’entremise d’un djinn et se sont proposés de le soigner ;

–  Mahomet a refusé la conciliation qui lui était proposée et n’a pas réussi à les convaincre par la seule force de son discours (ou des signes quelconques).

En conséquence de quoi, on voit que les Quraychites étaient dans une situation de légitime défense vis-à-vis de l’agresseur, Mahomet, et étaient parfaitement légitimes à en finir avec lui.

  • Les Quraychites se défendent contre Mahomet et ses partisans

Les Quraychites auraient pu facilement s’en prendre à Mahomet, le responsable de l’agression, mais ils ne l’ont pas fait compte tenu des liens qu’il avait avec les clans respectés de La Mecque. Mahomet ne semble pas avoir lui-même été inquiété pendant au moins les 10 premières années de sa prédication à La Mecque, qui en a compté 12 ; il était certes raillé et moqué, mais il n’avait pas à craindre pour sa sécurité physique (cf article ).

Aussi les Quraychites se sont-ils défendus en luttant contre les quelques partisans de Mahomet pour faire pression sur eux et les amener à renier cette nouvelle religion. Évidemment, à l’époque on « faisait pression » de façon un peu moins policée qu’aujourd’hui : les mœurs étaient plus brutales. La violence faisait partie des mœurs tribales de l’Arabie. Les différends entre tribus et les razzias étaient fréquents. Rappelons aussi qu’il arrivait assez souvent que les filles soient enterrées vivantes à la naissance comme le rappelle le Coran. Les mœurs de l’époque n’étaient pas particulièrement douces ! « Lorsqu’on annonce à l’un d’eux une fille, son visage s’assombrit et une rage profonde l’envahit. Il se cache des gens, à cause du malheur qu’on lui a annoncé. Doit-il la garder malgré la honte ou l’enfouira-t-il dans la terre ? Combien est détestable leur jugement ! » (Coran, sourate 16, verset 58)

Le traitement infligé par les Quraychites à certains de ceux qui avaient embrassé l’islam et qui étaient les plus faibles (c’est-à-dire n’étaient pas sous la protection d’une tribu suffisamment puissante) pouvait être dur, sans pour autant être irréversible puisque l’objectif était de leur faire renier leur religion et pas de les tuer.

Une section de 4 pages de la Sîra est notamment consacrée aux pressions faites par les Quraychites sur les partisans de Mahomet et intitulée : « La persécution infligée par les polythéistes aux faibles qui ont embrassé l’islam ». Il s’agissait essentiellement de faire pression, notamment sur les plus faibles, pour les faire revenir à leurs anciennes croyances, par des coups, la privation de nourriture et d’eau, ou l’exposition au soleil. L’objectif était de les amener à renier leur conversion à l’islam, notamment en les faisant jurer par leurs anciennes idoles comme al-Zat et al-Uzza, ou en les obligeant à dire qu’un scarabée qui passait était leur dieu pour déconsidérer la croyance en l’islam.

La Sîra mentionne deux cas individuels : celui de Bîlal (un esclave, donc sans droit, dont le sort n’est donc pas représentatif – au demeurant, Abû Bakr le sortit des griffes des Quraychites en l’échangeant simplement contre un esclave noir plus fort et plus résistant que lui –) et celui d’Ammar ibn Yâsir.

La Sîra indique qu’Ammar ibn Yâsir, son père et sa mère étaient harcelés par les Banû Makhzûm qui les exposaient sur le sable brûlant de La Mecque. La mère mourut : la Sîra indique que la mère fut tuée, sans autre précision, mais, compte tenu des circonstances, il semble vraisemblable qu’elle mourut de son exposition prolongée au soleil. Il est intéressant de noter que Mahomet connaissait la situation de cette famille mais ne rechercha pas particulièrement à les protéger. La Sîra indique en effet que lorsque Mahomet passait à côté d’eux alors qu’ils étaient exposés, il leur disait : « Patience, famille Yâsir ! Le paradis vous est promis. »

La mort de la mère d’Ammar semble un cas isolé. Les Quraychites ne cherchaient pas à provoquer des violences graves et handicapantes, voire la mort, mais à obtenir l’apostasie des partisans de Mahomet, vraisemblablement pour déconsidérer encore plus la nouvelle religion qu’il prétendait leur imposer.

Il ne faut donc pas nier l’hostilité déclenchée, mais à juste titre, par Mahomet chez les Quraychites et certaines violences qu’ont pu connaître certains partisans de Mahomet, en particulier les plus faibles et ceux qui n’étaient pas affiliés à un clan suffisamment fort. Mais il était légitime que les Quraychites se défendissent contre l’agression qu’ils subissaient.

En outre, on peut penser que la Sîra, rédigée par un musulman du point de vue des musulmans, aurait certainement développé la description des persécutions commises sur les musulmans si leur ampleur l’avait justifié. Si les musulmans avaient par exemple subi un massacre de l’ampleur de celui, mentionné par la Sîra, des 20.000 chrétiens massacrés à Najrân (sud de la péninsule arabique) par les juifs conduits par Dû Nawas, il est probable que la Sîra n’aurait pas manqué de longuement le relater. Or rien de tel.

D’ailleurs, notons que Mahomet, ne pouvant pas placer sous la protection de son clan tous ses partisans, conseilla aux plus faibles et qui ne bénéficiaient pas de protection particulière d’émigrer en Éthiopie auprès du roi chrétien, le Négus, ce que fit un groupe de 83 musulmans. 33 revinrent d’ailleurs à La Mecque après quelque temps : si les partisans de Mahomet étaient réellement persécutés et craignaient vraiment pour leur vie, seraient-ils revenus ? Et Mahomet lui-même n’a jamais été violenté.

  • La fuite à Médine (l’hégire, 622)

Au bout de douze années, il est assez normal que les Quraychites en aient eu un peu assez et aient fini par se dire que cet individu, Mahomet, pouvait peut-être devenir finalement un réel danger politique pour eux avec ses prétentions à les commander (la religion n’ayant finalement pas grand-chose à faire dans l’histoire). Qu’ils aient songé au bout du compte à s’en débarrasser physiquement, c’est fort possible et même assez normal. D’autant que dans l’Arabie tribale du VIIème siècle, cela ne soulevait pas de grandes questions morales vu les mœurs de l’époque. Mais si Mahomet avait été aussi en danger que cela, nul doute qu’il aurait fui bien plus tôt et surtout sans faire partir fuir tous ses partisans avant de fuir lui-même.

  • Mahomet a été chassé injustement de La Mecque

Cet argument qui revient ad libitum dans la littérature musulmane (y compris dans le Coran), ne correspond donc pas à ce qu’on lit dans la Sîra. C’est un mensonge nécessaire à la justification du jihad.

Mahomet n’a pas été chassé : Mahomet a poussé à bout la patience des Quraychites en continuant à prêcher sa religion alors que celle-ci était infructueuse après 12 ans de prêche. Son entêtement l’a alors effectivement probablement mis en danger et il a donc décidé de fuir La Mecque pour s’établir à Médine.

Si Mahomet ne s’était pas entêté à vouloir imposer sa nouvelle religion aux Quraychites, en changeant au passage toute l’organisation tribale des tribus de La Mecque par ce nouveau rapport de pouvoir politique et religieux, il aurait pu continuer à vivre à La Mecque sans craindre aucunement pour sa vie : il n’a donc pas été « chassé » de La Mecque : il n’y a aucune injustice dans ce départ contrairement à ce que laisse entendre la littérature musulmane.

Cette situation est semblable à celle d’un fils qui vous dirait tous les jours pendant des années que vous devez changer vos croyances, votre mode de vie, que vous devez maintenant lui obéir parce qu’il a eu une illumination divine : n’y a-t-il pas un moment où vous perdriez patience ? Ne seriez-vous pas tenté, devenu excédé, par une bonne gifle pour lui remettre les idées en place ou de lui dire d’aller vivre aux crochets de quelqu’un d’autre s’il n’est pas content ? Et si votre fils dans cette situation décidait de prendre la poudre d’escampette, diriez-vous que vous l’avez « chassé » et qu’il est une victime ? Quand quelqu’un, de son propre fait, se met dans cette sorte de situation qui le conduit un jour au l’autre à partir de lui-même, est-il « chassé » (ou « banni ») ?

Ou imaginez que toutes les semaines pendant 12 ans vous ayez un témoin de Jéhovah qui vienne à votre porte vous expliquer que vous devez vous convertir à la religion qu’il prêche et que vous allez devoir lui obéir : comment réagiriez-vous ?

  • Conclusion

Il n’y a donc eu :

–  ni traitement injuste, puisque la légitime défense des Quraychites est avérée ;

–  ni traitement cruel, puisqu’il n’y avait pas de cruauté en tant que telle mais seulement des pressions physiques pour faire apostasier ;

–  ni acharnement, les pressions sur les convertis cessant dès le retour à la religion antérieure.

Aussi, le terme de « persécution », tout à fait inapproprié, devrait être remplacé par celui de « harcèlement » moral et physique, et notamment s’agissant de Mahomet de « harcèlement moral » car les Quraychites n’ont pas manqué de critiquer vigoureusement ses prétentions et sa « mission », voire de le tourner en ridicule, lui qui se croyait envoyé par Dieu (jusqu’à penser qu’il fallait le faire soigner).

  • Comment réagir face au révisionnisme musulman ?

La première chose à faire pour se faire votre propre idée est d’aller lire vous-même la biographie authentique de Mahomet. Le texte me semble clair sur l’étendue et la nature du harcèlement (justifié) subi par Mahomet et ses partisans. Cela vous permettra de vous constituer un argumentaire étayé et solide.

Malheureusement, cette question de la légitime défense originelle étant absolument cruciale pour l’islam – au risque de l’effondrement –, le débat rationnel et critique est généralement impossible, sauf avec quelques esprits éclairés et rares qui ne renient pas les faits et acceptent de « tourner la page » pour tenter de dégager de l’islam des messages de spiritualité non-violente pour la suite des temps (cf. article révisionnisme).

Aussi, si vous rencontrez des musulmans qui soutiennent cette théorie des horribles persécutions, inutile de discuter : demandez-leur les références précises des textes qui les décrivent dans la biographie de Mahomet (et n’oubliez pas de me les communiquer !). Peut-être cette lecture doit-elle être remise en cause, mais je ne vois pas sur quelle base.

Mauritanie : condamnation à mort pour apostasie après blasphème

Mauritanie : un homme condamné à mort pour blasphème envers l’Islam

Le Parisien | 25 Déc. 2014, 19h36

http://www.leparisien.fr/international/mauritanie-un-homme-condamne-a-mort-pour-blaspheme-envers-l-islam-25-12-2014-4400049.php

Cela faisait presque trente ans que cela n’était pas arrivé. La première condamnation à mort pour apostasie de l’histoire de la Mauritanie depuis son indépendance en 1960 a été prononcée mercredi soir à Nouadhibou (nord-ouest) à l’encontre d’un Mauritanien, musulman, inculpé après un écrit considéré comme blasphématoire.

L’accusé, Mohamed Cheikh Ould Mohamed, détenu depuis le 2 janvier, avait plaidé non coupable mardi à l’ouverture de son procès, le premier du genre dans ce pays de près de 4 millions d’habitants.

La Mauritanie est une République islamique où la charia (loi islamique) est en vigueur mais dont les sentences extrêmes comme les peines de mort et de flagellations ne sont plus appliquées depuis environ trois décennies.

Ces dernières années, d’après des constatations et des médias locaux, plusieurs accusés, jugés notamment pour assassinat ou faits de terrorisme, ont été condamnés à la peine de mort dans le pays, où cette décision a été exécutée pour la dernière fois en 1987, selon Amnesty International.

Le procès de Mohamed Cheikh Ould Mohamed – également identifié par certains médias locaux comme Cheikh Ould Mohamed Ould Mkheitir – s’était ouvert mardi devant la Cour criminelle de Nouadhibou, à environ 480 km au nord de Nouakchott, la capitale.

Lorsque la Cour l’a déclaré coupable d’apostasie et condamné à mort tard mercredi soir, le prévenu, proche de la trentaine, s’est évanoui. Il a été ranimé puis reconduit en prison, a affirmé une source judiciaire contactée depuis Nouakchott. L’apostasie en islam est le rejet de la religion islamique par un musulman, par le fait de renier sa foi publiquement, insulter Dieu ou les prophètes de l’islam, professer des dogmes hétérodoxes.

A l’audience inaugurale, un juge avait rappelé à l’accusé qu’il a été inculpé d’apostasie « pour avoir parlé avec légèreté du prophète Mahomet » dans un article publié brièvement sur des sites internet mauritaniens et dans lequel il contestait des décisions prises par le prophète Mahomet et ses compagnons durant les guerres saintes, selon la même source judiciaire.

« un ordre social inique hérité»


Dans son article controversé, le jeune homme accusait la société mauritanienne de perpétuer un « ordre social inique hérité » de cette époque. Des organisations islamiques locales soutiennent que c’est la première fois qu’un texte critique de l’islam et du prophète est publié en Mauritanie.

L’énoncé du verdict a été suivi de bruyantes scènes de joie dans la salle d’audience du tribunal et à travers la ville de Nouadhibou avec des rassemblements ponctués de concerts de klaxon d’habitants à moto ou en voiture, a ajouté cette source ayant requis l’anonymat. Aucune indication n’était disponible dans l’immédiat sur un éventuel recours. « C’est l’affaire d’un criminel qui a reçu le sort qu’il mérite », a même estimé jeudi à Nouakchott Jemil Ould Mansour, président du parti islamiste modéré Tewassoul, première force de l’opposition parlementaire en Mauritanie.

Le repentir de l’accusé n’a pas fait changer d’avis la cour

Devant la cour, Mohamed Cheikh Ould Mohamed avait expliqué que « son intention n’était pas de porter atteinte au prophète, (…) mais de défendre une couche de la population mal considérée et maltraitée, les forgerons », les « maalemines », dont il est issu, a encore indiqué la source judiciaire.

D’après ses propos rapportés par la même source, l’accusé a affirmé devant la cour : « Si on peut comprendre (à travers mon texte) ce pour quoi je suis inculpé, je le nie complètement et m’en repens ouvertement. » Mercredi soir, les deux avocats commis d’office pour la défense ont insisté sur son repentir et estimé que cela devrait être pris en compte en sa faveur.

Plus tôt dans la journée, le procureur de la République de Nouadhibou avait requis la peine de mort à son encontre. Une demande suivie par la cour, soulignant que le prévenu tombait sous le coup d’un article du code pénal mauritanien prévoyant la peine de mort pour « tout musulman, homme ou femme, ayant renoncé à l’islam, explicitement ou à travers des actes ou paroles en tenant lieu », d’après la source judiciaire.

En février, l’avocat Mohameden Ould Icheddou, qui avait été sollicité par la famille de l’accusé, avait annoncé qu’il renonçait à le défendre après des manifestations hostiles contre le prévenu ainsi que lui-même et ses proches.

 Plusieurs manifestations de colère avaient eu lieu à Nouadhibou et à Nouakchott, certains protestataires allant jusqu’à réclamer la mise à mort du jeune homme, qualifié de « blasphémateur ».

Le 10 janvier 2014, des milliers de manifestants avaient convergé vers le palais présidentiel, où le chef de l’Etat Mohamed Ould Abdel Aziz les avait exhortés au calme en promettant de « prendre toutes les mesures nécessaires pour défendre l’islam et son prophète ».

« La justice s’est saisie de cette affaire et elle fera son travail mais soyez certains que l’islam est au-dessus de tout, de la démocratie et de la liberté », avait-il déclaré.

Pourquoi la question du « jihad » est centrale pour l’islam dans son rapport avec l’Occident

La question du jihad et de la violence dans l’islam est absolument centrale : comment en effet une religion qui se présente comme « d’amour et de paix » pourrait-elle accepter de laisser planer des doutes sur son caractère (ou non) belliqueux ? D’autant que cette perception, légitimée par des nombreux faits incontestables, rend cette religion fondamentalement incompatible avec les valeurs des sociétés occidentales et donc avec l’implantation durable, « l’institutionnalisation » – pour reprendre la terminologie de Tariq Ramadan – de la présence musulmane en Occident, phase nécessairement préalable à l’islamisation de ces territoires du dar-al-harb pour devenir d’ici quelques dizaines d’années ou un ou deux siècles – les musulmans ne sont pas pressés – des territoires musulmans du dar-al-islam.

Aussi les « communicants » musulmans ont développé un argumentaire très élaboré et tout à fait bien rôdé, dont l’objectif semble surtout être de rassurer les sociétés occidentales sur le caractère pacifique et donc inoffensif de l’islam en dépit des morts et du sang qui macule quotidiennement nos écrans de télévision. Que peut-on en dire ?

 1) Quels sont les faits aujourd’hui ?

Comment contester les faits bien réels qui émaillent l’histoire du monde contemporain depuis que la plupart d’entre nous sommes nés, c’est-à-dire depuis plusieurs dizaines d’années ? Ainsi l’existence d’un terrorisme musulman, au fondement religieux – puisque les revendications se font au nom d’Allah, de Mahomet et du Coran –, ne fait aucun doute comme en témoignent régulièrement les journaux et les télévisions. Sans parler, entre autres, du sort difficile, voire terrible, que peuvent connaître les non-musulmans depuis de très longues années dans les pays musulmans : chrétiens (d’Irak, coptes d’Égypte,…), mais aussi yézidis, athées, homosexuels,… (cf. article violence et faits)

Or s’il peut aujourd’hui y avoir des questions politico-religieuses (liées par exemple à l’existence de l’État d’Israël), il n’y a pas de terrorisme religieux chrétien, juif, bouddhiste,… L’islam est de ce point de vue un cas tout à fait à part.

2) Le transfert s’opérant de la réalité des faits vers un questionnement doctrinal vise à neutraliser leur nocivité pour les sociétés occidentales

En effet, le débat est systématiquement déplacé des faits à la doctrine : puisque les faits ne sont pas contestables, il convient donc de les couper de leurs racines idéologiques pour en nier le caractère authentique et exemplaire au regard de la doctrine musulmane d’aujourd’hui.

La démarche et la démonstration de l’islam « modéré » – puisque tous les musulmans sont loin d’être d’accord sur la question de la signification et la légitimité actuelle du jihadsont toujours les mêmes et consistent dans des assertions qu’on peut grosso modo résumer de la façon suivante :
–  Les actes musulmans violents sont certes motivés par l’islam mais cette revendication religieuse est erronée ;
–  En effet, si Mahomet et ses partisans ont été effectivement violents, cette violence n’était justifiée que par la légitime défense, action politique et non religieuse ;
–  Donc la multitude de versets violents ou vindicatifs du Coran (ou les hadiths) ne s’expliquent que par ce seul aspect : se défendre ;
–  En conséquence de quoi l’islam n’est pas intrinsèquement violent ;
–  Au contraire, l’islam appelle même à la paix entre les peuples ;
–  Donc l’islam est inoffensif pour les sociétés occidentales ;
–  Étant inoffensif, les sociétés occidentales seraient coupables de ne pas protéger l’islam en leur sein ;
–  C’est l’islamisme (voire « l’islamisme radical »), mauvaise « interprétation » du Coran, qui est un problème, pas l’islam.
C.Q.F.D.

3) Pourquoi cette démonstration produit-elle, en dépit des faits têtus, son effet dans certaines têtes occidentales ?

Toute la démonstration repose sur le prétexte de la légitime défense qui peut en réalité être aisément battu en brèche [article en cours de rédaction] : une simple lecture de la biographie authentique de Mahomet suffit à vous en convaincre. ALLEZ LA LIRE !! (cf. article biographie de Mahomet)

Or les occidentaux, comme d’ailleurs un certain nombre de musulmans, ne lisent pas les textes musulmans originels et ne peuvent donc pas juger eux-mêmes du peu de réalisme, voire de l’absurdité, de certaines assertions. De la même façon, combien de chrétiens ont jamais lu le Nouveau Testament, sans parler de l’Ancien ? Combien sont capables de définir à peu près les principes de doctrine de leur foi ? Bien peu. Mais c’est moins grave car nulle part le Christ n’appelle ses ouailles à faire la guerre et à égorger les païens.

Enfoncés confortablement dans le confort matériel de leur civilisation, les occidentaux d’aujourd’hui sont plus préoccupés par leur niveau de consommation, les destinations de leurs prochaines vacances, les performances de tel athlète ou telle équipe, etc. que par la compréhension des évolutions profondes qui vont bouleverser leur vie et qui risquent demain de les frapper dans leur chair. Finalement, les occidentaux ont le terrorisme qu’ils méritent.

Plutôt que de lire les textes authentiques (Coran, biographie de Mahomet, hadiths de Mahomet, etc.) – ce qui n’est certes pas très divertissant, je vous le concède – on préfère lire le dernier roman de gare venu, s’abrutir 3 à 4 heures par jour devant la télévision ou manger du pop corn au cinéma devant le nième film d’action à la mode. Combien de peuples au XXème siècle n’ont-ils pas regretté amèrement a posteriori de n’avoir pas pris la peine de lire certains ouvrages funestes et leur dilettantisme face à l’évolution du monde ?

Et quand il s’agit de s’intéresser un peu sérieusement à la question de l’islam, l’occidental paresseux s’en remet à des « spécialistes » (car naturellement, il faut être « spécialiste », sans quoi votre opinion n’a aucune valeur…) dont la confusion est abyssale. Dans de telles conditions, comment avoir les idées claires ? Comment commencer à se forger sa propre opinion sans lire soi-même les textes dont il est question ? Comment résister à la déferlante communicante de l’islam « modéré », dont certaines intentions sont louables mais d’une naïveté confondante, et consternante ?

Et si par bonheur, un interviewé a le malheur d’être clair, il est généralement rapidement submergé par un fatras de notions théologiques incompréhensibles, ou succombe enseveli par la sacro-sainte « interprétation » qui permet de faire dire à un texte le contraire de ce que tout le monde comprend, ou d’en neutraliser la nocivité par la perversité de la « contextualisation historique ».

4) Une page qui devrait être tournée et qui ne peut pas l’être

En réalité toute cette discussion sur le jihad, où nos efforts et notre énergie se perdent inutilement, ne devrait en réalité avoir que peu d’importance aujourd’hui : après tout, que nous importe ce qui a pu se passer il y a 1.400 ans chez les bédouins d’Arabie avec leurs rivalités tribales, d’autant qu’il n’y a pas de sources contradictoires (non-musulmanes) exploitables ? Quelle part de fantaisie et de reconstruction a posteriori y a-t-il dans toute cette doctrine religieuse islamique et dans la vie de Mahomet ? Qui peut le dire ?

La seule question qui vaille, quels que soient les méandres de l’exégèse musulmane, est la suivante : quelle est la position des musulmans aujourd’hui ? Renoncent-ils oui ou non à toute forme de violence vis-à-vis des non-musulmans ? Acceptent-ils sans réserve tous les droits de l’homme tels que figurant dans la déclaration universelle des droits de l’homme, y compris le droit d’abandonner l’islam, d’apostasier ? Sont-ils prêts à accorder dans les pays musulmans les mêmes droits aux musulmans et aux non-musulmans ? Etc.

Les chrétiens se sont dans l’histoire égarés notoirement et à de multiples reprises (croisades, inquisition, guerres de religion,…) de leur textes originels (Nouveau Testament) pourtant très clairs et qui n’appelaient absolument jamais à la violence : le Christ est mort crucifié après avoir interdit à qui que ce fût parmi ses partisans de prendre les armes. Mais le passé douloureux des chrétiens est un passé depuis plusieurs siècles. Personne ne songe plus depuis longtemps à reproduire ces erreurs.

Pourquoi n’en serait-il pas de même avec les musulmans, au soulagement de tous ? Si toute la violence musulmane résulte d’un contexte historique particulier comme on nous l’explique si doctement, pourquoi ne pas tourner la page et oublier Mahomet et toutes ses épouvantables guerres, razzias, meurtres, rapts, etc. ? Pourquoi ne pas se concentrer sur les directives aujourd’hui à suivre par les musulmans (relations avec les non-musulmans, statut de la femme,…) ? Est-ce la réforme radicale de la doctrine musulmane qu’appellent de leurs vœux certains représentants de la communauté musulmane aujourd’hui ?

Or, malheureusement, si les musulmans sont toujours aujourd’hui incapables de produire cette synthèse pacifiée et s’interrogent encore après tant de siècles sur ce que leur religion signifie, même sur des questions simples, c’est sans doute en réalité que, contrairement aux chrétiens, cette violence est inscrite dans la doctrine même de l’islam : aussi, contrairement au christianisme, revenir aux textes originels n’aide en rien, car il faudrait en réalité s’en débarrasser.

Ainsi, dans la mesure où le message originel sur le jihad (ou sur d’autre thèmes, il n’en manque pas : statut des femmes, polygamie, apostasie,…) est inaudible et inacceptable pour les sociétés occidentales dans le contexte contemporain, et où par ailleurs il est impossible d’abandonner le Coran – parole d’Allah dont intouchable, universelle et intangible –, la seule échappatoire consiste à tirer et user de toutes les ficelles de l’exégèse, dont tout l’objet va être d’interpréter le texte pour lui faire dire ce qui convient pas rapport aux objectifs choisis, même si cela s’écarte complètement du sens littéral premier du texte et qui devrait être le plus clair.

Or l’immense danger de toutes les discussions d’exégèse pour le non-musulman est tout simplement déjà d’en accepter le principe dans la discussion avec le musulman, car cela produit un effet de diversion extrêmement efficace, qui permet la plupart du temps de noyer le poisson, même s’il est très gros, et relègue par ailleurs le non-musulman dans une position d’infériorité de principe en tant que non-spécialiste, qui lui ôte toute légitimité critique ; ce qui autorise par ailleurs toutes les déviances dans l’autre camp (le déni de réalité ayant généralement la palme).

Aussi le non-musulman doit-il veiller à ne jamais s’écarter du son seul souci qui doit être d’obtenir des réponses claires à ses questions simples de la part de la communauté musulmane. Tout le problème est qu’aujourd’hui il n’en obtient pas…

5) Pourquoi la classe politique se tait-elle sur cette question et valide-t-elle de facto cette dichotomie islam/islamisme, portant jamais définie ? Pourquoi fait-elle pression via les médias pour censurer les voix discordantes et critiques ?

D’abord, parce que la classe politique est souvent incompétente et parle de ce qu’elle ne connaît pas, surtout sur un tel sujet, car elle ne lit pas (demander une leçon aux spécialistes comme Fleur Pellerin ou Alain Juppé).

Ensuite, parce que cette situation est la conséquence inéluctable de sa lâcheté qui a marqué la vie politique française depuis 30 ans. La classe politique est responsable d’une situation qu’elle ne veut pas assumer. Alors il est plus facile de parler abstraitement des gentils (l’islam) et des méchants (l’islamisme) : le problème est qu’on ne sait jamais de qui l’on parle… Mahomet était-il un bon musulman ou un islamiste ?

Enfin, la classe politique n’a aucune solution concrète à proposer. Sanglotant en outre sur le passé culpabilisant de colonisation qui hante sa conscience, elle est tétanisée par les conséquences (sociales, politiques,…) potentielles de tout débat de fond sur la doctrine de l’islam et son impact sur la population immigrée ou d’origine immigrée en France, naturellement et par définition victime et stigmatisée. Le débat sur l’identité nationale, si décrié, a fait « pschittt… » sous les coups de boutoir des intellectuels bien-pensant : c’est dommage. De toutes façons, quelqu’un qui parle d’identité est un fasciste, voire un nazi (rarement un communiste…), c’est bien connu !

Aujourd’hui, ce n’est plus à l’immigré de s’intégrer mais à la société d’accueil de s’adapter au migrant, réfugié, etc. qu’elle a la bienveillance et la générosité de recevoir. Quel politique a le courage de dénoncer cette absurdité ? Et malheur à l’hôte (généralement un pays aux « racines » chrétiennes, car les pays riches du golfe n’ont pas l’air de se précipiter pour accueillir leurs correligionnaires…) qui par mégarde ose proposer de la nourriture qui n’est pas halal !! Le monde à l’envers…

La classe politique est devenue la spectatrice de ce spectacle calamiteux qui se déroule devant elle et dont elle porte l’entière responsabilité. Poursuivons dans cette voie et gageons que le meilleur de la tragédie est encore à venir.

Religion et blasphème

Le propos suivant de Marc Bonnant (grand avocat genevois), qui s’applique à l’islam, mais aussi aux autres religions et à tous autres sujets, n’est-il pas frappé au coin du bon sens ?

Marc BonnantMarc Bonnant Liberte d’expression

« Les idées abjectes s’asphyxient dans la liberté ; elles prospèrent dans l’interdit » : n’est-ce pas là une pensée profonde à méditer ?

La France n’est-elle pas en train d’étouffer, asphyxiée par les lois de la bonne conscience édictée par une prétendue intelligentsia intellectuelle (pseudo-intellectuels, associations antiracistes en tous genres,…) qui sait mieux que le peuple ce qui est bon pour lui, ce qui constitue souvent un principe simple qui fonde les dictatures ?

Quand aura-t-on le droit de critiquer sans contrainte l’islam (ou toute autre religion) ? Ne faut-il pas en finir avec la dictature de la culpabilisation et de l’intériorisation des valeurs de l’autre souhaitée par tous ceux qui veulent tuer la liberté d’expression dans l’œuf ?

Yûsuf Al-Qaradâwî : sa vision des causes du terrorisme

Dans une lettre remise à François Hollande en février 2015, Yûsuf Al-Qaradâwî indique que « Sur  la question du terrorisme, il ne faut pas s’arrêter sur les effets et les conséquences, en négligeant les causes et les motivations qui alimentent ce terrorisme, à savoir, l’absence de l’égalité humaine, la provocation des sentiments religieux, la négligence du droit des palestiniens à la création d’un État. Il ne faut pas non plus fermer les yeux sur les crimes perpétrés par les israéliens contre les palestiniens, sur le soutien des régimes dictatoriaux dans le monde Arabe et musulman qui répandent le sang de leurs peuples et transgressent leur liberté, comme c’est le cas en Syrie et en Égypte. Il affirme que la résolution de ces problèmes contribuera à éradiquer le terrorisme à la racine au niveau mondial. »

Le Blasphème en islam : une problématique doctrinale bien actuelle

Au-delà de l’humour (cf. article humour et blasphème), la question fondamentale qui est posée est celle de savoir jusqu’où l’islam accepte l’analyse raisonnée de son texte sacré, le Coran, de son prophète, de son modèle sociétal, et ce d’autant plus lorsque cette analyse provient de non-musulmans. Y a-t-il des analyses par nature légitimes et d’autres illégitimes, des analyses par nature acceptables et d’autres inacceptables ? Qui fixe la frontière de ce qui est tolérable et de ce qui ne l’est pas ?

Pour l’homme de la rue, le mot « tolérance » n’est probablement pas ce qui lui vient en premier lieu à l’esprit lorsqu’on parle de l’islam. Il y a des musulmans pondérés et ouverts, ceux souvent qui parlent à la télévision le dimanche matin, mais ce ne sont pas nécessairement ceux qui se manifestent le plus.

On a plutôt l’impression que l’islam présente une certaine imperméabilité à la pénétration de la pensée rationnelle et critique occidentale (cf. article esprit critique), sauf dans certaines parties des élites ayant étudié, notamment à l’étranger. Un proverbe musulman ne dit-il pas : « la recherche de la connaissance après l’avoir trouvée est blâmable » (talabu-l-‘ilm ba‘da-l-wusûli ilä -l-ma‘lûm madhmûm) ? En d’autres termes, pourquoi continuer à chercher la vérité lorsqu’on l’a trouvée dans le Coran ?

Les occidentaux eux-mêmes ont mis le Christ « à toutes les sauces » dans l’art (peinture, chansons, films comiques, caricatures,…). Sans aller jusque-là, est-il par exemple licite, sans encourir une peine pour blasphème en terre d’islam, d’adopter une démarche relevant de l’analyse historique critique traditionnelle pour étudier la vie de Mahomet ?

Mahomet, du clan des Quraychites [1], et ses compagnons ont participé à la coutume habituelle dans le monde arabe des razzias et du pillage des caravanes [2], ce qui, on en conviendra, est une attitude assez différente de celle de Bouddha, du Christ ou de Gandhi (ex. article butin). Peut-on rappeler ce fait historique, de nature assez peu spirituelle mais qui n’est pas déshonorante dans le contexte culturel et tribal de l’époque, sans être automatiquement taxé d’islamophobie ?

[1] Nom donné par Qussay à un groupe de tribus fédérés de La Mecque après que Qussay eut conquis La Mecque contre les Banû Bakr et les Khuza’a. Qussay devint le souverain de la Maison Sacrée de La Mecque. Mahomet faisait partie des Quraych qui était la lignée la plus noble à La Mecque.

[2] La Sîra dénombre 38 raids et expéditions musulmanes commandités par Mahomet. D’ailleurs, Mahomet a participé dans sa jeunesse à certaines guerres tribales et expéditions de son clan. Ainsi, la Sîra relate la guerre de Fijâr lorsqu’il était adolescent, au cours de laquelle il fournissait des flèches à ses oncles paternels pendant les combats.

Rappelons que le président du Conseil européen des fatwas et de la recherche, Yûsuf Al-Qaradâwî, a remis en février 2015 une lettre à François Hollande dans laquelle il ne cache pas la nécessité d’instaurer un délit de blasphème en France. En effet, il y a appelé la France et les États européens à promulguer des lois protégeant le sacré. Car il indique qu’il est illogique que les lois interdisent l’outrage des individus et se taisent au sujet de l’outrage des Prophètes. Pour lui, le législateur français qui a pu promulguer une loi incriminant l’antisémitisme a le pouvoir de promulguer une loi incriminant l’outrage des religions, des Prophètes et du sacré.