La lecture du Coran : c’est difficile ?

Lors d’une interview sur Canal + en mars 2015, Alain Juppé, interrogé par Michel Onfray, reconnaît ne pas avoir lu le Coran.

Juppe et le Coran mars 2015

Juppe et le Coran mars 2015

Il est toujours délicat pour un homme politique de reconnaître piteusement qu’il parle de quelque chose qu’il ne connaît pas (comme un enfant pris le doigt dans le pot de confiture…), mais il l’est encore plus, et encore plus irresponsable, de réitérer le même propos quelques mois après (août 2015 : voir ci-dessous).

Quant à l’argument consistant à dire que, pour un agrégé de lettres classiques, inspecteur des finances, cette lecture est « difficile », ou que cela ne figurait pas au programme de ses longues études (école normale supérieure et E.N.A.), nous sommes acculés à en rire pour éviter d’en pleurer.

Dans une interview accordé au Parisien en août 2015 à l’occasion de la présentation de son projet pour l’éducation, Alain Juppé est interrogé par un journaliste.

Juppe Le Parisien aout 2015

À la question du journaliste, « En janvier [ndlr 2015], l’hommage aux victimes de Charlie a été perturbé dans certains établissements. Faut-il parler des religions dès la primaire ? », Alain Juppé répond : « La primaire, c’est lire, écrire, compter, raisonner. Ne chargeons pas davantage le programme ! En revanche, au collège, il faut mieux enseigner le fait religieux pour que chacun comprenne ce qu’est une cathédrale, une fête patronale… La France a des racines judéo-chrétiennes. Elle a aussi une population musulmane. Il faut vaguement savoir ce qu’est le Coran. J’ai confessé un jour au philosophe Michel Onfray que je ne l’avais pas lu. Depuis, j’ai essayé de me rattraper. Mais c’est difficile à lire. »

Ainsi, Alain Juppé, ancien ministre, potentiel futur président de la République estime toujours inutile, même après « l’avertissement Onfray », de savoir précisément ce que dit le Coran, ce qui revient à dire qu’il ne juge pas nécessaire, en dépit de tous les événements nationaux et internationaux – pourtant au combien dramatiques – relatifs à l’islam depuis des années, de comprendre en quoi consiste la culture musulmane et les valeurs humaines et sociales qu’elle prône pour l’avenir de la France. Dont acte.

Aïcha déflorée à 9 ans par Mahomet : un certain malaise musulman

La polémique sur l’âge de la consommation du mariage d’Aïcha est intéressante, moins par l’authenticité des faits qui ne fait aucun doute, que par l’attitude de certains musulmans face à cette constatation.

  • La Tradition authentique : aucun doute n’est possible

La Tradition musulmane ne laisse aucun doute sur le fait qu’Aïcha a été mariée à 6 ans (7 dans la Sîra) à Mahomet et que le mariage a été consommé quand elle eut 9 ans (lui ayant environ 53 ans)

Hadith (Bukhari) : « Urwa Ibn az-Zubayr a dit : « Khadija mourut trois ans avant le départ du Prophète pour Médine. Après être resté veuf deux ans, ou un espace de temps approchant, le Prophète épousa Aïcha qui avait alors six ans, puis il consomma son union avec elle quand elle eut neuf ans ». »

Hadith (Bukhari) : « D’après Aïcha, le Prophète l’épousa alors qu’elle avait six ans ; le mariage fut consommé quand elle avait neuf ans et elle resta avec le Prophète neuf ans. »

Hadith (Bukhari) : « Aïcha a dit : « J’avais six ans lorsque le Prophète m’épousa. Nous nous rendîmes à Médine et descendîmes chez les Banu al-Harith Ibn Khazraj. J’avais eu la fièvre et perdu mes cheveux ; mais ils repoussèrent abondamment et arrivèrent jusqu’au coude. Ma mère, Umm Rûmân, vint me trouver alors que j’étais sur une balançoire, entourée de mes camarades. Elle m’appela et je me rendis auprès d’elle sans savoir ce qu’elle voulait de moi. Elle me prit par la main, me fit rester à la porte de la maison jusqu’à ce que j’eusse pris mon souffle. Elle prit alors un peu d’eau, m’en frotta le visage et la tête, et me fit ensuite entrer dans une maison où se trouvaient des femmes des Ansâr qui me dirent : « À toi le bonheur, la bénédiction et la meilleure fortune ! ». Ma mère m’ayant livrée à ces femmes, celles-ci se mirent à me parer, et j’avais à peine fini que l’Envoyé de Dieu entra. Alors on me remit entre ses mains. J’avais alors neuf ans ». »

Hadith (Muslim) : « Aïcha a dit : « J’avais six ans lorsque le Prophète m’épousa et neuf ans lorsqu’il eut effectivement des relations conjugales avec moi. Quand nous nous rendîmes à Médine, j’avais eu de la fièvre un mois durant et mes cheveux avaient poussé jusqu’à mes épaules. Ma mère, Umm Rûmân, vint me trouver alors que j’étais sur une balançoire, entourée de mes camarades. Quand elle m’eut appelé, je me rendis auprès d’elle sans savoir ce qu’elle voulait de moi. Elle me prit par la main, me fit rester à la porte de la maison jusqu’à ce que j’eusse pris mon souffle. Elle me fit ensuite entrer dans une maison où se trouvaient des femmes des Ansâr qui me dirent : « À toi le bien, la bénédiction et la meilleure fortune ! ». Ma mère m’ayant livrée à ces femmes, celles-ci me lavèrent la tête et se mirent à me parer. Or, rien ne m’effraya et quand l’Envoyé d’Allah vint dans la matinée ; elles me remirent à lui ». »

Sîra : « Le Prophète prit aussi pour épouse Aïcha, fille d’Abû Bakr, l’homme de foi. Elle avait sept ans. Il consomma son mariage avec elle à Médine lorsqu’elle avait neuf ou dix ans. C’était la seule épouse vierge que le Prophète ait prise. Elle lui fut donnée en mariage par son père Abu Bakr. Le Prophète lui donna en dot quatre cents dirhams. »

D’ailleurs, la Tradition rapporte que Mahomet conseillait à ses partisans de prendre des femmes vierges, donc a priori très jeunes :

Hadith (Bukhari) : « Jâbir rapporte que l’Envoyé de Dieu lui dit : « Ô Jâbir, t’es-tu marié ? – Oui, lui répondis-je. – Et qui as-tu épousé ? une vierge ou une femme ayant déjà été mariée ? – Ce n’est pas une vierge, repris-je, mais une femme ayant déjà été mariée. – Pourquoi pas une jeune fille [ndlr vierge] qui aurait batifolé avec toi ? répliqua le Prophète. – C’est parce que, lui répondis-je, mon père a été tué à la bataille de Uhud et qu’il a laissé neuf filles qui sont mes neuf sœurs. Il m’eût été pénible de leur donner pour compagne une jeune fille ignorante comme elles ; c’est pourquoi j’ai choisi une femme qui pût les peigner et s’occuper d’elles. – Tu a eu raison, me dit le Prophète ». »

  • Aucun érudit musulman sérieux et représentatif ne conteste aujourd’hui la validité de cette tradition

Cette constatation n’est contestée par aucun érudit sérieux et représentatif, y compris Tariq Ramadan. De son côté, Yusuf Qaradawi écrit : « La mère des croyants, Aïcha, a dit : « Je jouais avec des poupées sous le toit du Messager de Dieu et je recevais mes amies qui se cachaient pour jouer par crainte du Messager de Dieu, mais ce dernier était content de les voir venir chez moi et partager mes jeux » (hadith unanime). Dans une autre version, le Prophète lui dit un jour : « Qu’est-ce que cela ? » Elle répondit : « Ce sont mes poupées ». Il dit : « Quel est donc celui-ci qui se tient au milieu d’elles ? » Elle répondit : « C’est un cheval ». Il dit : « Que porte-t-il ? ». Elle répondit : « Deux ailes ». Il dit : « Un cheval avec deux ailes ? ». Elle répondit : « N’as-tu pas entendu dire que Salomon, le fils de David, avait des chevaux ailés ? » Le Messager de Dieu se mit à rire à pleines dents (hadith rapporté par Abou Dawoud). Il s’agissait de figurines avec lesquelles jouaient les fillettes et les garçons. Notre dame Aïcha était encore toute jeune au début de son mariage avec le Messager de Dieu. »

  • De l’absence de scrupules pour défendre Mahomet et donc l’islam

Cette constatation ne pose guère de problèmes aux musulmans orthodoxes du Golfe car l’exemplarité du Prophète prime de toute façon pour eux sur tout problème moral. Ils appliquent le règlement.

Age du mariage

Age du mariage

Certains, jugeant la situation diffamatoire au regard de la probité morale sacrée de Mahomet qui doit être préservée de toute atteinte quoiqu’il arrive, remettent par conséquent en cause ces hadiths authentiques par divers raisonnements et témoignages. Ainsi Mohammed Bajrafil va jusqu’à remettre en cause de leur propre autorité la Tradition authentique pour tenter de redorer le blason du grand Mahomet en allant jusqu’à essayer de démontrer (sur un ton qui n’appelle guère à la critique…) qu’Aïcha avait en réalité 18 ou 19 ans lors de son mariage.

Mohamed Bajrafil Belgique

Mohamed Bajrafil Aisha 1   Mohamed Bajrafil Aisha 2

Or c’est une attitude individuelle dépourvue de légitimité institutionnelle au regard de la communauté musulmane musulmans (Mohamed Bajrafil ne représente que lui-même), et en particulier au regard d’institutions prestigieuses comme l’université d’Al-Azhar.

Cela semble surtout révélateur d’une attitude inquiétante conduisant en fonction des objectifs à faire fléchir coûte que coûte la signification des éléments documentaires dans le sens recherché. « La fin justifie les moyens » dit le dicton ; vérité et honnêteté n’ont pas leur place.

La polygamie : comment les musulmans la justifient encore aujourd’hui

La polygamie est un héritage de mœurs qui remontent aux anciens temps bibliques (sans pourtant remonter jusqu’à Adam qui n’était pas polygame). Si la limitation à 4 épouses a représenté une amélioration pour l’Arabie du VIIème siècle par rapport à la situation antérieure, la question n’est plus celle-là aujourd’hui. La question fondamentale qui est posée est : qu’en est-il aujourd’hui ? Faut-il maintenir ou abolir la polygamie aujourd’hui ?

La polygamie semble en effet indissociable de l’inégalité homme-femme compte tenu de la prédominance de l’homme sur la femme et du statut de femme-mère qui ne travaille pas et se fait entretenir par son mari.

Cette infériorité de la femme est généralement également associée à une différence de nature supposée en matière de sexualité. Ainsi Malek Chebel écrit : « L’une des raisons que prône les défenseurs de la polygamie est la différence d’inclination et d’étendue de la fonction sexuelle chez l’homme et chez la femme. »

Omero Marongiu-Perria fait état de la profondeur de cette conviction (la polygamie n’est pas anormale) dans la culture musulmane : « Nous avons parlé de la réforme de la Moudawana au Maroc, c’est-à-dire du statut du droit personnel, la réforme du droit matrimonial, etc., car nous ne sommes plus dans une société où les rapports de genre devaient être fondés sur la domination du mâle ou du masculin sur le féminin. Simplement, la limite de la réforme de la Moudawana au Maroc a été celle-ci : on ne peut pas changer les mentalités uniquement à coups de lois, et aujourd’hui la société marocaine vit quand même une certaine crise car la loi n’a pas pu réformer toutes les mentalités. Donc cela doit s’accompagner d’une véritable politique publique d’éducation et là on peut également porter un regard critique sur ces aspects dans un certain nombre d’États. »

Certains auteurs assument d’ailleurs pleinement la nécessite bienfaisante de la polygamie et son aspect charitable. Ainsi Abdurrahmân Badawî écrit : « À notre avis, la polygamie est justifiée dans les cas suivants : 1) Quand la première femme est atteinte d’une maladie incurable qui s’oppose au bonheur des époux ; 2) Quand la première femme est stérile ; 3) Quand la première femme devient tellement vieille et laide, de sorte qu’elle devienne une entrave dans les relations sociales et une source de dégoût perpétuel pour le mari. En effet, qu’est-ce qui est plus charitable dans ces cas : répudier la femme, ou la garder – avec une ou plusieurs autres – tout en lui assurant l’habitation, la nourriture, un traitement correct et la vie en compagnie de ses enfants ? »

D’ailleurs Abdurrahmân Badawî conteste fermement la monogamie chrétienne : « La conception catholique de la morale sexuelle est tellement étroite, impossible à réaliser, qu’aucun homme raisonnable ne puisse l’accepter. Selon cette conception, il faut s’abstenir perpétuellement de toute délectation charnelle, même « permise dans l’état de mariage » (Thomas d’Aquin). Saint Paul va même jusqu’à prescrire le célibat pour les deux sexes. »

Quant à la faculté pour la femme de s’opposer à la polygamie, elle semble assez réduite selon Malek Chebel : « Aujourd’hui, dans plusieurs pays musulmans, la loi civile donne à la femme la possibilité d’exiger de son époux, par écrit, de ne pas prendre de co-épouses. Mais la réalité est beaucoup plus cruelle car, pour respecter cette même clause, le mari est souvent amené à user de son droit de répudiation, un droit qui lui était accordé d’immémoriale mémoire, même s’il est aujourd’hui battu en brèche avec les premiers balbutiements du code personnel. »

Le mariage forcé

  • Le constat

La pratique du mariage forcé dans la culture musulmane est un phénomène reconnu par nombre de représentants de la communauté musulmane.

Ainsi Tariq Ramadan écrit : « Au-delà des positions claires qu’il faut prendre – et qui commencent lentement à être formulées – sur l’interdiction du mariage forcé, de la violence conjugale et de l’excision par exemple, il importe de se pencher sur les réalités quotidiennes et de légiférer de façon cohérente en fonction des finalités supérieures du message [ndlr coranique]. » 

Tareq Oubrou écrit de son côté : « Crimes d’honneur, mariages forcés, violences domestiques…L’actualité en provenance des pays musulmans charrie quotidiennement son lot de violence et d’abus. » 

Quant à Malek Chebel : « Répudiation, polygamie, mariages forcés (et surtout mariages précoces à onze ou treize ans), rapts de jeunes filles, dénigrement des mères célibataires et assassinats perpétrés au nom de l’honneur, voilà quelques aspects – flagrants – de l’infériorité juridique de la femme musulmane par rapport à l’homme, une infériorité fondée – telle est la thèse fondamentaliste – sur le caractère ondoyant et limité de la nature féminine. » 

Malheureusement, cette pratique ne touche pas que les seuls pays musulmans. Elle peut concerner des jeunes femmes françaises que leur famille va marier pendant les vacances au pays ou même se pratiquer sur le territoire français lui-même. Ainsi, dans l’émission du dimanche matin de France 2 « Islam » consacrée en mars 2014 au mariage et au divorce, un reportage indique : « Rien ne s’oppose à ce qu’une femme se choisisse elle-même un mari, pourvu qu’il soit un homme vertueux. Si dans les textes la liberté de choix existe, les mariages arrangés continuent à se pratiquer même si les situations sont contrastées dans le monde musulman. Il arrive que les mentalités évoluent moins vite que la législation. » Une femme interviewée déclare : « Le mariage forcé est une pratique encore courante à Mayotte. Il y a une protection prévue au niveau de la loi, mais on sait très bien que dans la réalité il y a des pressions très fortes au niveau des jeunes filles. Même si certaines jeunes filles sont bien au courant de leurs droits, des campagnes d’information sont nécessaires. Les informations contenues là-dedans [ndlr manuel d’information] concernent aussi bien les femmes que les hommes, mais bien évidemment, je m’adresse particulièrement aux femmes, qui ne connaissent pas leurs droits à Mayotte, et quand on connaît pas les droits, on ne peut pas les faire valoir. » »

  • La doctrine de l’islam

Le consentement de la femme est nécessaire pour le mariage. Toutefois, s’agissant du mariage des très jeunes filles, vierges, il est important de rappeler que le consentement explicite n’est pas requis car le silence de la jeune fille vierge suffit. Cette disposition est assez étonnante car la jeune fille vierge, nécessairement jeune – voire très jeune (cf. Aïcha Aïcha) –, peut naturellement avoir la plus grande difficulté à exprimer un refus sous la pression familiale ou sociale.

C’est la porte ouverte à une culture favorisant les mariages forcés, surtout quand la jeune fille n’a pas la force morale de s’opposer ouvertement et que la famille et le mari espèrent que, sous la pression de la cohabitation forcée, la jeune fille va finir par changer d’avis.

Hadith (Bukhari, Muslim) : Abû Hurayra a rapporté que le Prophète a dit : « La femme ayant déjà été mariée ne peut être donnée en mariage que sur son ordre ; la vierge ne peut être donnée en mariage qu’après qu’on lui a demandé son consentement. – Et comment donnera-t-elle son consentement ? Ô Envoyé de Dieu, demandèrent alors les fidèles. – En gardant le silence. »

Hadith (Muslim) : Dhakwân transmet : J’ai entendu Aïcha dire : « J’ai demandé à l’Envoyé d’Allah si les parents de la vierge devaient ou non la consulter avant de contracter son mariage ». – « Oui, elle doit donner son consentement », répondit le Prophète. – « Mais, répliquai-je, elle est timide ». – « Eh bien, reprit-il, son silence signifie son consentement ».

Hadith (Bukhari) : Aïcha rapporte que l’Envoyé de Dieu a dit : « La vierge doit donner son assentiment. – Mais, lui dis-je, la vierge aura honte. – Cet assentiment, répondit-il, consistera dans son silence. » Certain auteur a dit : « Un homme s’était épris d’une orpheline – ou, suivant une variante, d’une vierge. Comme elle refusait de l’épouser il employa la ruse et produisit deux faux témoins constatant qu’il l’avait épousée. Arrivée à l’âge de la nubilité [ndlr la jeune fille a donc été épousée excessivement jeune, cf. Aïcha], l’orpheline consentit au mariage. Le cadi [ndlr le juge] accepta le faux témoignage [ndlr le cadi n’eut pas à constater l’illégalité du mariage en cours et refaire un contrat] et bien que le mari connût l’illégalité de la chose, sa cohabitation fut licite. »

  • La communauté musulmane française lutte-t-elle contre le mariage forcé ?

Devant ce constat, la question se pose de savoir ce que les représentants musulmans français entendent concrètement faire pour faire cesser cette pratique. Leurs réponses laissent perplexes, si on en juge par l’émission de France 2 « Islam » consacrée au « Mariage et divorce » diffusée en mars 2014.

En effet, le présentateur de l’émission prolonge la réflexion entamée dans le reportage : « Le fait de connaître ses droits est fondamental, parce que cette dame dit « quand on ne peut pas connaître ses droits, on ne peut pas les faire valoir ». Larbi Kechat répond : « De quoi s’agit-il ? Le Coran parle de cette union de la femme et de l’homme comme un signe de Dieu. Quel est notre devoir, chaque fois que l’on reçoit ce message-signe ? C’est de le méditer. Dans des études sociologiques, anthropologiques, il est question d’un phénomène social. L’islam reconnaît ce phénomène social mais il nous invite à aller au-delà du phénomène, vers le niveau le plus élevé de la question, à savoir les signes. Notre relation à notre créateur est la relation à la source inépuisable d’amour. C’est la relation à la source inépuisable de la miséricorde et du réconfort et de la tranquillité. Ce que nous venons de voir ne relève pas des champs normés par Dieu. Ce que nous venons de voir relève du sociologique, qui est objet de changement, tantôt vers le haut, tantôt vers le bas, de changements multidimensionnels, quelquefois négatifs, quelquefois positifs. Et cela rappelle à chacun d’entre nous qu’il y a un décalage énorme entre l’idéal et la réalité. »

France 2 Islam Mariage & Divorce mars 2014 1

France 2 Islam Mariage & Divorce mars 2014 Extrait 1

De son côté, Omero Marongiu-Perria éclaire un aspect de la culture musulmane qui peut contribuer à justifier la pratique du mariage forcé aux yeux des hommes musulmans  : « Le féminin ou l’expression du féminin dans le Coran est souvent mentionné à la voix passive et le masculin à la voix active. Je résume cela très simplement en disant que, dans le Coran, l’homme se marie ou contracte l’union, et la femme est mariée, ou est l’objet de cette union qui est contractée. »

Le Journaliste poursuit : « Mais il n’y a pas une lecture anthropologique à faire de nos jours de cette forme conjugale ou grammaticale [ndlr sic!] ? »

Réponse d’Omero Marongiu-Perria : « Alors, ce sera peut-être l’objet de notre discussion ultérieure puisque l’autre point qui est intéressant ici à mentionner, ce sont les orientations coraniques : le texte coranique prend acte d’une situation qui prévalait au détriment de la femme, c’est ce qui a été clairement établi par les historiens de l’islam, et le Coran donne également des orientations, mais c’est à l’homme de découvrir cette orientation, ces horizons. Est-ce que ce sont des horizons ou des orientations qui tendent vers un rapport que l’on va qualifier d’égalitaire, ou cette orientation vient-elle prédéfinir ou prédéterminer des rôles qui fait que la femme est un être foncièrement assujetti dans les rapports de genre. Ça, c’est aux êtres humains à en débattre. »

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France 2 Islam Mariage & Divorce mars 2014 Extrait 2

Voilà où nous en sommes au bout de 1.400 ans ! Pour un message qui devait être le dernier et déterminer le bien et le mal pour le reste des temps…

Nature du mariage musulman

Le mariage musulman n’a pas le caractère « sacré » qu’il a chez les chrétiens. C’est pour l’essentiel un contrat social, qui peut être rompu par la répudiation (ou la demande de dissolution par la femme dans certains cas).

Omero Marongiu-Perria explique : « On parle en langue arabe de « zaouaj », de « niqah », qui signifient littéralement « les conditions permettant à un couple de consommer l’union charnelle« , c’est-à-dire d’avoir un rapport sexuel, qui est validé aux yeux de la société. Le traduire directement par « mariage » pose un double problème, puisqu’on va avoir un problème sémantique tout d’abord : est-ce que le terme est adéquat ? Je pense qu’il faudrait laisser un terme plus générique d’ »union », d’union qui est validée socialement, et cela pose un autre problème d’ordre juridique puisque, si l’on considère que seul le mariage civil dans la forme actuelle où il est proposé dans la société française est la seule forme d’union reconnue pour des musulmans, quid du PACS, quid du concubinage qui est validé auprès de l’autorité légale ou pas. C’est un débat qui existe aujourd’hui chez les musulmans, et je dirais : pour qu’une union soit reconnue valide par les théologiens musulmans, dans le droit canon musulman, il faut qu’il y ait une validation sociale : c’est pour cela qu’ils accordent une grande importance à la dimension de l’ »oualima », c’est-à-dire ici, on pourrait dire la publication des bans, ou en tous cas la médiatisation du mariage. Et il n’y a pas besoin d’avoir un référent religieux, contrairement à ce que certains musulmans pensent, pour que cette union soit légale. Donc on devrait garder ce terme général d’union, qui laisse une marge de manœuvre aux individus, telle qu’elle a été pratiquée précédemment, chez les musulmans. »

Des rituels pour ne pas réfléchir ? Ou est la spiritualité ?

Une des questions posées par l’islam n’est-elle pas la valeur religieuse des rituels ? Que cela puisse aider le croyant à mieux vivre sa foi, c’est une chose ; que cela devienne le centre de la vie religieuse en asséchant la vraie vie spirituelle en est une autre, reproche d’ailleurs qui vaut potentiellement pour toutes les religions.

Quelle spiritualité par exemple peut-il y avoir à égorger de pauvres animaux en faisant passer leur souffrance au second plan (cf. article halal), souvent dans des conditions indignes, tout cela pour satisfaire une règle sortie d’on ne sait où ? Qu’il y ait une symbolique dans l’utilisation de l’eau, d’accord ; mais à quoi riment toutes ces règles compliquées de purification (qui n’ont d’ailleurs aucun sens d’un point de vue physique et médical) si ce n’est à ancrer dans l’homme l’habitude de l’obéissance aveugle ?

Malek Chebel écrit : « Il faut savoir que le Coran est, en lui-même, un discours constitué sur Dieu et de Dieu sur l’homme. Cela explique la pauvreté relative de l’acte philosophique en islam, cantonné malgré lui à une histoire amplifiée des idées et à une spéculation molle sur les fins dernières. »

Tareq Oubrou a une position différente : « Dans le domaine de la raison, la théologie musulmane n’a rien à envier aux autres traditions. Je dirais même qu’avec l’avènement de l’islam, c’est la première fois dans l’histoire des monothéismes, voire des religions et spiritualités en général, que l’articulation entre foi et raison a fait l’objet de discussions aussi centrales. » Sans aborder la question de la philosophie islamique et de son rapport au religieux, sujet beaucoup trop vaste, on peut seulement remarquer qu’estimer à un niveau très inférieur à celui de l’islam la qualité de la réflexion relative à l’articulation entre foi et raison dans les autres spiritualités et religions est extrêmement discutable.

Au-delà de ces questionnements, Tareq Oubrou constate surtout en pratique : « La course à la ritualisation est un esprit qui touche tous les domaines de la vie quotidienne : le vêtement, la nourriture et même la cosmétique ! J’observe chez beaucoup de musulmans quelque chose comme un retour à la Torah. »

Il ajoute : « En homme de son siècle, Benoît XVI est tout simplement parti d’une réalité médiatique : celle de musulmans pour qui l’islam n’est plus qu’une religion de la pratique coupée de Dieu, donc de toute recherche de sens. De ce point de vue, son propos visait juste. »

Tolérance vis-à-vis des non-musulmans en terre d’islam

La revendication par les musulmans en Europe et notamment en France de droits ou d’aides (par exemple pour construire des mosquées) est constante, généralement accompagnée de reproches de stigmatisation. On se demande alors pourquoi autant de migrants veulent rejoindre l’Europe pour y être persécutés.

Or on peut s’interroger sur la légitimité morale (et non légale) de cette demande de traitement égalitaire ou d’assistance quand on voit la façon dont sont traités les non-musulmans dans les pays musulmans. La construction d’églises, de synagogues ou d’autres lieux de culte non-musulmans est-elle libre dans les pays musulmans ? Les non-musulmans y ont-il la liberté de culte ? Comment expliquer l’interdiction d’accès des non-musulmans à nombre de mosquées ou les territoires interdits comme en Arabie Saoudite, terre sainte de l’islam ? A-t-on jamais vu l’entrée de Saint-Pierre de Rome (ou de toute église d’ailleurs) refusée à un musulman parce qu’il n’est pas chrétien ? Où est le scandale ?

Il est regrettable que les musulmans ne s’approprient pas plus le jugement de bon sens de Malek Chebel sur cette question (que n’entendrait-on pas si ce propos était sorti de la bouche d’un chrétien…!!) : « Il est un aspect que l’on évoque pratiquement jamais : pour que la tolérance vis-à-vis d’autrui devienne une réalité, il faut que le musulman la cultive autant qu’il l’exige des autres. (…) Si les musulmans veulent que leur religion soit honorée et respectée en Occident (…), il faut qu’ils soient capables d’accepter dans les pays où l’islam est dominant une tolérance équivalente pour les autres religions. (…) Une mosquée en France, soit. Mais une église en Arabie Saoudite ? (…) Aller et venir sans difficulté aucune, soit, y compris au Vatican, mais pourquoi le territoire de l’Arabie serait-il strictement interdit aux non-musulmans ? (…) etc. »

La lapidation : jurisprudence malikite

La jurisprudence malikite fait état des éléments suivants :

–  « Abdullah ibn Omar a rapporté : « Des juifs se rendirent chez l’envoyé de Dieu et lui apprirent qu’un juif et une juive ont commis l’adultère. » L’envoyé de Dieu leur demanda : « Que trouvez-vous au sujet de la lapidation dans votre Torah ? » Et eux de répondre : « À les flérir et à les flageller ». Abdullah ibn Salam leur répondit : « Vous mentez car votre Torah cite la lapidation. » Ils apportèrent la Torah, et l’ouvrant, l’un d’eux cache de sa main le verset où la lapidation est mentionnée, puis il lit ce qui le précède et ce qui lui succède. Abdullah lui dit alors : « Pousse ta main », et l’autre le faisant, on trouve le verset de la lapidation. Ainsi les juifs dirent : « C’est vrai, ô Muhammad, ce verset existe ». Alors l’envoyé de Dieu ordonna de lapider les accusés. Et Abudllah ibn Omar poursuit : « J’ai vu l’homme se pencher sur la femme pour la protéger des pierres. » Et Mâlik explique : « L’homme s’est penché sur la femme afin qu’il reçoive seul les pierres. » »

–  « Abdullah ibn Abu Mulayka a rapporté qu’une femme vint chez l’envoyé de Dieu lui dire qu’elle avait commis l’adultère alors qu’elle était enceinte. Alors, l’envoyé de Dieu lui dit : « Va-t-en, jusqu’à ce que tu accouches ». Une fois qu’elle a accouché elle revint chez l’envoyé de Dieu qui lui dit : « Rentre chez toi et allaite ton petit ». La période d’allaitement étant terminée, la femme revint chez l’envoyé de Dieu qui lui dit : « Reviens chez toi et confie ton petit à une tierce personne. » Le rapporteur dit que la femme l’ayant fait, revint encore chez l’envoyé de Dieu qui ordonna de la lapider. »

–  « Abdullah ibn Abbas a rapporté qu’il a entendu Omar ibn al-Khattab dire : « La lapidation est, dans le Livre de Dieu, une peine à laquelle sont soumis hommes et femmes ayant commis l’adultère s’ils sont mariés, surtout si à ce sujet il y a une évidence ou une grossesse ou même encore une confession faite. » »

–  « Yahya ibn Sa’id a rapporté qu’il a entendu Sa’id ibn al-Mussayab raconter : (…) Rentrant à Médine, Omar ibn al-Khattab prêche les gens en disant : « Hommes ! On vous a avancé une Sunnah, et prescrit des obligations, et tout pour vous est clair, ainsi n’égarez pas les gens. » Puis frappant une main sur l’autre, il dit : « Prenez garde que vous ne vous perdiez pas en négligeant le verset concernant la lapidation, et que l’on dise : « On ne trouve pas dans le Livre de Dieu un crime qui est soumis à deux peines. Et l’envoyé de Dieu a ordonné de lapider et nous avons fait de même. » » Par celui qui tient mon âme en sa main, si je ne crains que les gens disent : « Omar a ajouté un verset au Livre de Dieu, » je l’aurais dicté, à savoir : « Lapidez jusqu’à mort l’homme et la femme âgés », car ce verset, nous l’avions récité. Yahya a rapporté qu’il a entendu Mâlik dire : « On sous-entendait par la femme et l’home âgés, ceux qui son mariés. Ayant commis l’adultère, ils seront à lapider. » »

Le Cheikh Muhammad Diakho commente ainsi cette question particulièrement embarrassante de nos jours pour les musulmans : « La question de la lapidation ayant été relatée dans le Coran, selon les traditions, le texte n’y figure plus après son abrogation. Du hadith sur le principe de la lapidation, on peut retenir les points suivants : 1) Qu’il soit jadis présent dans le corpus coranique, c’est la thèse d’Omar al-Khattab. Cependant, cette thèse n’a pas été retenue par les compilateurs du Coran. 2) Qu’il a été appliqué par le Prophète, et que des traditions prophétiques viennent corroborer la prescription, c’est hadithement vrai, comme le hadith : « Tout sang d’homme (personne) musulman est illicite, excepté dans trois cas : le fornicateur marié, âme pour âme et le déserteur apostat. » On retiendra donc que la lapidation est une institution fixée par la « Tradition pratiquée » (al-sunna al-amaliyya) et de la « Tradition verbale » (as-sunna al-qawliyya). 3) Que cette pratique n’ait pas un caractère obligatoire, c’est que la pratique prophétique laisse entrevoir clairement. 4) Que ce principe est abrogé de l’arsenal juridique de l’islam, c’est une thèse soutenue et elle mérite le respect et l’attention des Fuqaha [ndlr spécialistes] contemporains. 5) Enfin, que chaque imam, chaque mufti [ndlr chef de communauté sunnite, en mesure d’édicter des fatwas], chaque hakim [ndlr sage] ou qadi []ndlr juge], dispose du droit à la clémence, c’est ce que Abu Bakr et Omar ont fait en proposant au fautif de se repentir et de se taire. »

En résumé, la pratique par Mahomet de la lapidation et sa recommandation lorsque nécessaire sont parfaitement avérées par la Tradition même si cette disposition ne figure pas explicitement dans le Coran. Son abrogation dans l’arsenal juridique de l’islam n’est pas établie mais il est possible de faire preuve de clémence. Bref, les musulmans sont dans l’incapacité d’abolir la lapidation sans remettre en cause toute leur Tradition et le comportement de Mahomet qui a toujours valeur d’exemple.

Le Cheikh Muhammad Diakho conclut avec le même embarras, en étendant d’ailleurs la confusion à d’autres thématiques malmenées par la civilisation musulmane comme le droit des femmes : « Un tel principe dont on ne dispose d’aucune preuve de son caractère obligatoire et contraignant, et qui de surcroît engage une énorme responsabilité du qadi, à savoir : la suppression d’une vie, un tel principe mérite de la part des gens ayant une capacité (malaka) d’investigation des textes une attention toute particulière et un courage énorme pour outrepasser les pressions de l’inculture. Cette question, comme celle de l’esclavage, de la condition féminine dans le monde musulman, doit cesser d’être traitée par le seul point de vue du Fiqh (droit islamique dont le domaine de préoccupation principal est les actes et les paroles) pour réintégrer entièrement les disciplines d’études qui ont pour objet d’étude : Dieu, l’homme, la vie, l’univers. Tant que les juristes musulmans (pas forcément inféodés à l’Occident) ne se pencheront pas sur ces questions de l’essentialité de l’être par rapport à l’acte, le « droit des actes » détruira chez nous le « droit de l’homme ». Car les preuves affaiblissant les caractères « divins » d’une telle prescription sont nombreuses, parmi elles : la contenance en elle des thèses ségrégatoires entre : hommes libres et esclaves, entre hommes et femmes, entre musulmans et non musulmans,… ». Mais s’il s’agit de « preuves », pourquoi s’embarrasser avec l’idée qu’il s’agit d’une prescription divine ? Pourquoi attendre pour mettre à bas tout cet édifice religieux ?

Laïcité & Islam : Aujourd’hui

Au-delà  de la question strictement doctrinale, la culture musulmane semble imperméable à l’idée de laïcité tant la dissociation du religieux et du politique apparaît impossible, sauf à rompre avec les textes sacrés.

Pourtant, Mustapha Kemal disait : « L’homme politique qui a besoin des secours de la religion pour gouverner n’est qu’un lâche ! […] Or, jamais un lâche ne devrait être investi des fonctions de chef de l’État. »

Sur la question de la laïcité, Tariq Ramadan note : « La sécularisation et la laïcité ont été surtout perçues comme des processus de « désislamisation », d’opposition à la religion (une des traductions arabes de la sécularisation est « al-lâdîniyya » : le systèmes a religieux ou sans religion), avec leur lot de mesures répressives. Il était historiquement et factuellement impossible d’associer le « sécularisme » ou la « laïcité » avec la liberté et la démocratisation. En arrivant en Occident, les premières générations portaient en elles (et souvent portent encore) ces perceptions et ce passif négatif. »

Rappelons que de nombreux pays ont l’islam pour religion officielle et font de l’islam, voire de la chari’a, une référence dans leur constitution, y compris les pays du Maghreb : Maroc, Algérie, Tunisie, Égypte, Libye, Irak, Jordanie, Arabie Saoudite, Yémen, Oman, Qatar, Koweit, Irak, Iran, Afghanistan, Pakistan, Émirats Arabes Unis. Et dans tous ces pays, le droit de la famille relève du droit islamique.

D’ailleurs, pour un musulman, la vie dans un pays laïc (donc non-musulman) pose un véritable problème de conscience car il ne peut pas y trouver un cadre de référence conforme à sa religion. C’est d’ailleurs pour répondre à ce type de questionnement que le Conseil européen des fatwas a vu le jour. Or il est important de noter que ce Conseil européen des fatwas prône en réalité le non respect de la laïcité puisque « Le Conseil recommande aux musulmans résidant en Europe d’œuvrer inlassablement en vue d’obtenir des pays dans lesquels ils résident la reconnaissance de l’islam en tant que religion [1], ainsi que l’exercice – pour les musulmans en tant que minorité religieuse à l’instar des autres minorités religieuses – de tous les droits relatifs à l’organisation de leur statut personnel en matière de mariage, de divorce et d’héritage. » En effet, le statut personnel musulman en terme de mariage, de divorce et d’héritage est absolument contraire à la laïcité et aux lois françaises. Faudrait-il en effet, par exemple, interdire en France à une jeune musulmane de se marier civilement à un non-musulman puisque cela est interdit par l’islam ?

[1] On ne voit pas bien le sens de cette revendication. Personne ne conteste que l’islam soit une religion.

Dans ce contexte, on ne peut que s’interroger sur le sens du préambule de la Convention citoyenne des musulmans de France qui stipule de façon rassurante que « Les musulmans de France (…) considèrent la laïcité comme un acquis majeur du vivre ensemble et de la non-discrimination des citoyens », tant la laïcité est contraire au principe même de l’islam.

D’ailleurs, on peut même se demander si les représentants musulmans et la population musulmane en France ont bien compris ce que veut dire le principe de laïcité tant il semble loin de leur cadre habituel de pensée, comme l’exprime un représentant de la Grande Mosquée de Paris au cours d’une conférence tenue en janvier 2014 :

Bernardins Janvier 2014
Bernardins Janvier 2014

Musulmans francais & Laicite

En réalité, le reproche fondamental et constant fait par les musulmans à la société française, et qui n’est pas prêt de disparaître, soyons-en sûr, est que celle-ci a tendance, au terme notamment d’une histoire douloureuse avec l’Église catholique, à cantonner la religion dans la sphère privée. Tareq Oubrou exprime cette perception de façon très claire : « La laïcité, cadre juridique censé garantir le pluralisme et la diversité, est mise en œuvre dans un sens restrictif reléguant la religion dans l’intimité. »

Pour des musulmans habitués culturellement à placer la totalité de leur vie sous le signe de leur soumission à Allah dans une société également soumise à Allah, la frustration est forte. Être la meilleure des communautés et se voir obligée de se soumettre à des règles laïques, en étant ravalée au même rang que toutes les autres communautés, ce n’est pas quelque chose de facile à digérer. Or aucune autre communauté religieuse ne s’en émeut particulièrement aujourd’hui. La revendication vient de la seule communauté musulmane.

La paix dans le Coran

Si les paroles violentes et les références à la guerre (jihad) sont très fréquentes dans le Coran, peut-on dire qu’elles seraient « compensées » par des paroles invitant à la paix et à la bienveillance avec les infidèles ?

Malek Chebel indique : « La notion de paix (salam) apparaît 18 fois dans le Coran. » Analysons donc si ces mentions appellent à la bienveillance vis-à-vis des non-musulmans en classant ces versets par catégories :

  • Versets destinés aux musulmans eux-mêmes :

Sourate 2, verset 208 : « Ô vous qui croyez ! Entrez tous dans la paix ; ne suivez pas les pas du démon car il est votre ennemi déclaré »

Sourate 4, verset 86 : « Quand on vous [ndlr musulmans] salue courtoisement [par un signe de paix], saluez d’une façon encore plus polie ou bien rendez simplement le salut. »

Sourate 6, verset 127 : « Le séjour de la paix leur [ndlr aux musulmans] est destiné au près de leur Seigneur en récompense de leurs actions [sur terre]. »

Sourate 10, verset 25 : « Allah appelle à la demeure de la paix et guide qui Il veut vers un droit chemin. »

Sourate 59, verset 23 : « C’est Lui, Allah. Nulle divinité autre que Lui. Il est le roi, le saint, la paix, celui qui témoigne de sa propre véridicité. (…) »

Sourate 97, verset 5 : « Elle [ndlr la nuit du décret] est paix et salut jusqu’à l’apparition de l’aube. »

  • Versets relatifs aux prophètes précédents :

Sourate 11, verset 48 : « Il fut dit : « Ô Noé, débarque avec la paix que Nous te donnons et des bénédictions sur toi et sur les communautés [issues] de ceux qui sont avec toi. (…) » »

Sourate 11, verset 69 : « Nos émissaires apportèrent à Abraham la bonne nouvelle en disant : « Paix ! ». Il dit : « Paix ! » et il ne tarda pas à apporter un veau rôti. »

Sourate 19, verset 15 : « Que la paix soit sur lui [ndlr Jean le Baptiste] le jour où il naquit, le jour où il mourra, et le jour où il sera ressuscité ! »

Sourate 19, verset 33 : « Et que la paix soit sur moi [ndlr Jésus] le jour où je naquis, le jour où je mourrai, et le jour où je serai ressuscité vivant. »

Sourate 19, verset 47 : « « Paix sur toi », dit Abraham. « J’implorerai mon Seigneur de te pardonner car Il a m’a toujours comblé de Ses bienfaits. » »

Sourate 21, verset 69 : « Nous dîmes : « Ô feu, sois, pour Abraham, fraîcheur et paix ». »

Sourate 37, verset 79 : « Paix sur Noé dans tout l’univers ! »

Sourate 37, verset 109 : « Paix sur Abraham ».

Sourate 37, verset 120 : « Paix sur Moïse et Aaron ».

Sourate 37, verset 130 : « Paix sur Élie et ses adeptes ».

Sourate 37, verset 181 : « Paix sur les Messagers ».

  • Dans la relation aux non-musulmans (infidèles et mécréants) :

Sourate 8, verset 61 : « Et s’ils [ndlr les non-musulmans] inclinent à la paix, incline vers celle-ci (toi aussi) et place ta confiance en Allah, car c’est Lui qui entend et sait. »

CONCLUSION

Sur les 18 versets ci-dessus, un seul, le dernier, semble pacifique à l’égard des non-musulmans. Sur cette base, on ne peut donc guère soutenir que le Coran regorgerait de versets inclinant à la paix et à la bienveillance envers les non-musulmans.

Et ce d’autant moins qu’Abdurrahmân Badawî, traducteur de l’intégralité de la biographie de Mahomet, précise dans sa traduction que ce verset 61 de la sourate 8 veut dire : « s’ils t’invitent à faire la paix sur la base de leur conversion à l’islam, alors fais la paix avec eux sous cette condition. » Il ajoute à ce propos en note de bas de page : « Cette explication est très importante : ce n’est pas la paix à tout prix, ou sans aucun prix, qu’il faut conclure avec l’ennemi. Voilà un avertissement solennel à tous ceux qui, aujourd’hui, jouent avec le sens de ce verset ! » Voilà qui change singulièrement le sens de ce verset !

On est donc très, très, très loin du caractère pacifique des Évangiles ou du bouddhisme. Dans ces conditions, est-il légitime d’appeler l’islam « religion d’amour et de paix ? »