« Made in France » : comment réduire la problématique du terrorisme musulman à de la psychiatrie

Made in France

Les attentats du 13 novembre 2015 ont conduit au report de la sortie d’un film : « Made in France ». Il m’a néanmoins été donné de le voir en avant-première. Non, sans un grand malaise. Voici pourquoi.

Ce film retrace le parcours d’un petit groupe de jeunes français de banlieue, musulmans de fraîche date ou dont l’islam est en cours de radicalisation, décidés à faire le jihad, jusqu’à l’engrenage de la préparation d’un attentat.

La qualité essentielle du film est de donner un bon aperçu de la vacuité abyssale de l’existence de ces jeunes garçons qui trouvent dans l’islam et le jihad une façon de se donner un peu de contenu existentiel : bref, des paumés qui ne savent même plus bien à la fin quelles sont leurs motivations réelles. Cette violence de bas étage a déjà été filmée de façon très percutante : regardez Gomorra.

Le problème est que l’islam n’est dans ce film qu’un prétexte pour entrer dans une problématique qui n’est plus vue que sous un angle psychiatrique : qu’est-ce qui peut conduire des jeunes à envisager des actes extrêmement violents consistant à tuer des gens au hasard ? y a-t-il une fascination du mal ? etc…

Tout lien est en réalité rompu rapidement avec la question de l’islam : une fois l’amorce consumée (un prêche musulman classique dans un local rudimentaire pour situer l’action dans le monde des banlieues musulmanes françaises), l’action perd tout lien avec l’islam : le film veut couper le cordon ombilical entre la violence et l’islam. On bascule ainsi dans une étude psycho-sociologique qui pourrait s’appliquer à n’importe quel désordre mental.

Pourtant, depuis des décennies, il n’y a que l’islam qui conduise à des attentats dans les pays occidentaux : inutile d’en faire une liste que tout le monde connaît et qui remplit page après page… Rappelée à cette triste réalité, l’équipe du film n’a eu aucune réponse à apporter. Les auteurs s’interrogent-ils sur la raison pour laquelle c’est l’islam qui depuis des décennies alimente le terrorisme religieux et non le bouddhisme, le christianisme ou le judaïsme ? Pas le moins du monde.

En réalité, l’argument implicite du film, argument hautement discutable, est qu’il n’y a pas de problème de violence dans l’islam et qu’il faut donc se concentrer sur le seul vrai problème qui reste : la psycho-pathologie de jeunes garçons complètement perdus placés sous les ordres d’un psychopathe et auxquels tout bon psychanalyste va trouver moult circonstances atténuantes. D’un côté, le gentil journaliste musulman, de l’autre les méchants islamistes qui fomentent des attentats et qui ne sont en réalité que de pauvres jeunes gens perdus : c’est pathétique !

Interrogée à l’issue de la projection sur l’absence totale de réflexion et de base doctrinales sérieuses dans le film à propos de l’islam, l’équipe du film, et en particulier l’un des deux acteurs principaux, Dimitri Storoge, n’a eu d’autre argument que celui de répondre comme toujours qu’« il ne fallait pas faire d’amalgame », réponse stéréotypée quand on n’a pas d’argument et qu’on y connaît rien.

Un film à fuir donc si vous aimez la vérité et si vous en avez assez du politiquement correct et de la censure médiatique en France qui empêchent de poser les questions qui fâchent et donc surtout de comprendre, dans le contexte par ailleurs que nous connaissons tous en ce mois de décembre 2015. Dans ce cas d’ailleurs, il est probable vous ne tarderez pas à vous faire traiter d’islamophobe…

En revanche, si votre ambition est seulement de voir un film à suspense français, vous y trouverez peut-être votre compte.

Le procès de l’islamophobie en France

La censure de toute réflexion critique sur l’islam est revendiquée en France aujourd’hui au nom de l’islamophobie, terme manipulé avec doigté afin de faire taire la critique au nom de la morale bien-pensante (dont le voile islamique recouvre par ailleurs avec pudeur de sa blancheur immaculée les arrangements nécessaires au maintien d’intérêts stratégiques et géopolitiques évidents – il suffit de voir le silence de la France vis-à-vis de l’Arabie Saoudite pour s’en convaincre… –).

Alain Finkielkraut ONPC 151013

Alain Finkielkraut ONPC 151003 Islamophobie

Le phénomène n’est pas nouveau, comme en témoigne par exemple cette émission de 2012 :

CSOJ Islamophobie 121120

CSOJ Islamophobie 121120 1

En effet, certains philosophes ou journalistes occidentaux, qui parfois pensent incarner avec une certaine arrogance la « conscience » de leur profession, défendent des amalgames historiques détestables, en particulier celui, très en vogue, consistant à assimiler les actes islamophobes d’aujourd’hui avec les actes antisémites d’hier. La problématique musulmane en occident se trouve ainsi réduite à un simple problème de racisme de bas étage et est noyée dans un ensemble beaucoup plus vaste embarquant la défense de toutes les minorités, sans se préoccuper le moins du monde des questions doctrinales ou philosophiques sous-jacentes.

En effet, la clef de voûte de ce raisonnement consiste à vouloir assimiler toute critique de la doctrine islamique à la critique des musulmans en tant que personnes humaines, et donc à du racisme, procédé profondément malhonnête. L’islamophobie occidentale prend ainsi la place de l’antisémitisme occidental (l’antisémitisme musulman soulevant néanmoins de son côté quelques difficultés…). Le piège se referme : toutes les personnes qui osent la critique de l’islam sont marquées par l’infamie d’une proximité irréfragable avec les doctrines des mouvements extrémistes et racistes, avec un renvoi parfois explicite au nazisme. La boucle ainsi bouclée, la calomnie et l’infamie ont fait leur œuvre, et les critiques sont fermement invités à se taire.

En revanche, qu’on puisse critiquer de façon virulente et parfois presque insultante la doctrine chrétienne ne semble poser aucun problème à personne : point d’évocation de relents de racisme anti-chrétien à l’horizon dans ce cas. C’est normal, la crucifixion est dans la tradition des chrétiens.

Cette absence volontaire de discernement vise à entretenir la confusion. Il semble bien commode à certains, alimentant le processus de culpabilisation, de renvoyer un Occident d’origine essentiellement chrétienne à certaines des contradictions de son histoire afin d’esquiver les questions délicates et qui peuvent fâcher concernant l’islam d’aujourd’hui, mais qu’un débat neutre et posé devrait permettre d’aborder de façon rationnelle et factuelle.

Plutôt que de disserter sur des anachronismes stériles, le point central n’est-il pas simplement de comprendre et de synthétiser ce que dit la doctrine religieuse islamique sur sa conception de ce que doit être le fonctionnement de notre société d’aujourd’hui ? On nous dit que le Coran est un livre saint qui ne peut pas être modifié et dont les dispositions valent aujourd’hui pour tous les musulmans. On nous dit que Mahomet est un personnage incontournable et sacré pour les musulmans, dont la vie, retracée par sa biographie et ses dires ou actes (hadiths), est jugée édifiante par les musulmans encore aujourd’hui. Alors lisons ces documents. A-t-on besoin de s’enfoncer dans le labyrinthe des analyses et des parallèles historiques sur des centaines d’années d’histoire religieuse ? Peu importe l’histoire ; seul le présent compte et la capacité à répondre aujourd’hui sans détours à des questions simples.