Les leçons de taqiya de Tareq Oubrou : (2) La liberté de conscience en islam : « Celui qui abandonne l’islam, qu’on le tue » (commandement de Mahomet)

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Nous avons vu dans l’article précédent de la série (http://islametoccident.fr/?p=3086) que l’islam a un sérieux problème avec la liberté religieuse et la liberté de conscience. L’origine en est très simple.

  • Le commandement de Mahomet

L’origine du problème est en effet connue : Mahomet, apôtre de la religion d’amour et de paix au dire de ses partisans d’aujourd’hui, n’a pourtant pas hésité à ordonner l’assassinat des musulmans qui quitteraient l’islam, c’est-à-dire apostasieraient. Si le Coran ne précise pas le châtiment applicable en cas d’apostasie, laissant simplement entendre qu’il est terrible, Mahomet s’est donné la peine de la préciser : la mort.

Les hadiths de Mahomet à ce sujet (notamment dans les recueils de Bukhari et Muslim) sont parfaitement clairs (cf. http://islametoccident.fr/?page_id=1786) et sont qualifiés d’« authentiques » (sahih) selon la gradation d’authenticité fixée en islam concernant la chaîne des transmetteurs (isnad) de la parole de Mahomet : ils sont donc incontestés dans le monde musulman. Néanmoins, il faut reconnaître que tous les pays musulmans ne poussent pas l’orthodoxie doctrinale jusqu’à appliquer méthodiquement et strictement aujourd’hui le commandement de Mahomet (les musulmans ont aussi leurs jésuites).

Cela étant, de façon générale, la situation des apostats est suffisamment dramatique en islam pour que l’Institut du Monde Arabe ait organisé en novembre 2015 une conférence/débat dont le titre était : « Quelle place dans la religion musulmane pour une véritable liberté personnelle, de conscience et de choix ? »

Ce commandement de Mahomet étant une preuve évidente de l’incompatibilité de l’islam avec les valeurs occidentales, il est donc intéressant d’analyser les arguments présentés par Tareq Oubrou pour tenter de sortir l’islam de cette impasse vis-à-vis de l’Occident.

  • L’argument du pacte

Tareq Oubrou écrit : « Comment prendre cette injonction [Celui qui change sa religion, tuez-le] à la lettre, alors même que le Prophète s’était engagé, par un pacte signé avec La Mecque, alors païenne, à laisser partir dans cette ville les musulmans qui désiraient quitter Médine et redevenir idolâtres ? Un engagement qu’il a respecté. (Bukhari n°2731/2732) »

Cet argument n’est pas très compréhensible ni surtout précisément documenté. De quoi s’agit-il ?

Un an après la bataille dite « du fossé » où les Mecquois avaient assiégé Mahomet et ses partisans à Médine – il ne s’était en réalité quasiment rien passé et les Mecquois étaient repartis au bout de quelques semaines –, soit en mars 628, Mahomet conclut, à la grande surprise de ses partisans, une trêve (dite de « Hudaybiyya ») avec les Mecquois qui devait permettre aux musulmans de se rendre à La Mecque pour y faire les ambulations circulaires rituelles autour de la Ka’ba à l’occasion du pèlerinage. Mahomet ne se sentait vraisemblablement pas encore assez fort à cette époque pour prendre La Mecque de force.

La Sîra relate qu’une des clauses imposées par les Mecquois à Mahomet pour autoriser les musulmans à venir en sécurité prier à La Mecque visait naturellement à éviter que son armée ne se renforçât de nouvelles recrues, en l’occurrence des Mecquois (déjà musulmans ou non). Aussi, Mahomet prit l’engagement de renvoyer aux Mecquois tout Mecquois qui essaierait de le rejoindre hors de La Mecque, l’inverse n’étant pas vrai, c’est-à-dire que toute personne du clan de Mahomet rejoignant les Mecquois n’était pas renvoyée à Mahomet, ce qui pouvait constituer une incitation claire à abandonner Mahomet. Ces clauses du pacte furent acceptées par Mahomet, qui les appliqua comme il était de règle et conformément à l’honneur pour tout pacte signé entre tribus (un exemple bien connu est celui du Mecquois Abû Basîr qui rejoignit Mahomet mais fut renvoyé). Cette trêve fut vivement contestée dans les rangs des musulmans qui considéraient qu’elle humiliait la vraie religion, l’islam. L’autorité temporelle de Mahomet fut contestée mais celui-ci tint bon.

On voit donc que le pacte signé avec les Mecquois était tout à fait circonstanciel, afin de permettre aux musulmans d’aller prier à Ka’ba, et surtout n’a aucun lien avec la question de l’application ou non de la peine de mort pour apostasie. Il s’agissait seulement de clauses de renvoi de personnes ralliant le clan opposé. Or ces personnes ne prévenaient bien entendu pas à l’avance leur propre clan de leur futur ralliement au clan ennemi. La question de l’application de la peine de mort à l’apostat voulant quitter le clan musulman pour rallier celui des Mecquois ne se posait donc pas. Cet argument du pacte n’a donc pas de sens.

  • L’argument du non-exercice

Selon Tareq Oubrou : « Il est formellement établi qu’aucun texte authentique ne stipule que le Prophète aurait concrètement mis à exécution cette peine [peine de mort pour l’apostasie]. »

Pourquoi cet argument n’est-il pas pertinent ?

1) Il est irrecevable parce qu’il est impossible de démontrer que Mahomet ne l’a jamais mis à exécution, même si ce fut peut-être le cas. On peut démontrer que quelqu’un a fait quelque chose mais pas qu’il ne l’a jamais fait, sauf à avoir des témoins en permanence présents à tout instant du jour et de la nuit. En outre, cela a pu arriver sans ce que fait ait été mentionné par les témoins.

2) De toute façon, il est logiquement aberrant : si l’objectif était de ne jamais mettre à mort un apostat, pourquoi alors avoir édicté la règle inverse ? Il aurait fallu au contraire confirmer l’absence de châtiment. Cela n’a vraiment aucun sens.

  • L’argument de la fiabilité du hadith

Contrairement à ce qu’écrit Tareq Oubrou, il n’y pas de contradiction dans les textes sacrés musulmans concernant la question la punition de l’apostasie : « Comme sur beaucoup de sujets dans l’islam, nous sommes en présence de textes qui paraissent contradictoires. Certains garantissent la liberté religieuse, mais d’autres viennent les heurter de plein fouet, telle cette parole du Prophète : « Celui qui change sa religion, tuez-le » (Bukhari n°3017). »

En effet, comme on l’a vu dans le précédent article (http://islametoccident.fr/?p=3086), la diversité religieuse est un fait terrestre, ce n’est pas un objectif divin. C’est au contraire une occasion d’éprouver les hommes pour les juger, et si nécessaire de les punir ici-bas en exemple pour les autres hommes.

Aussi, en l’absence d’argument rationnellement recevable, Tareq Oubrou se risque aller jusqu’à remettre en cause la fiabilité des hadiths (il y en a plusieurs concernant l’apostasie) pour arriver tout simplement au but qu’il veut atteindre. Il est assez inédit qu’un simple imam d’une ville de province en France aille jusqu’à contester la Sunna (tradition musulmane), y compris les recueils de hadiths considérés en islam comme les plus fiables par les plus grands érudits, celui de Bukhari en faisant partie (comme celui de Muslim).

Il écrit ainsi : « Or ce hadith – et il en va ainsi de tous les hadiths – n’est qu’un fragment isolé de son contexte. Celui qui le rapporte, Ibn Abbâs, livre davantage ce qu’il a compris que ce qu’il a entendu – il ne dit d’ailleurs pas l’avoir entendu dans ces termes complets et exacts de la bouche du Prophète, puisqu’il n’utilise pas la formule explicite « sami’tu » (Qu’un compagnon dise : « Le Prophète a dit… » ne signifie pas qu’il a entendu le hadith directement de la bouche de ce dernier tant qu’il n’utilise pas l’expression explicite : « J’ai entendu (« sami’tu) le Prophète dire… » (…) Ce type de hadith constitue plausiblement un simple fragment tiré d’un hadith plus long qui indique les circonstances de son énoncé. Il arrive souvent que les narrateurs ne retiennent qu’une partie du discours, d’où la nécessité d’un travail de montage scripturaire. »

Or ce travail scripturaire a justement été fait, par Bukhari et Muslim notamment. Par ce commentaire, Tareq Oubrou a l’audace assez incroyable de venir, sur la base d’un simple argument de « plausibilité » (il n’a lui-même aucune certitude…), ébranler par un simple trait de plume les fondements d’une bonne partie de la Sunna du Prophète car finalement, à cette aune, on ne sait plus très bien quelle chaîne de transmission et quels hadiths trouvent grâce à ses yeux. Cela doit faire frémir les institutions largement plus légitimes comme Al-Azhar.

  • L’argument de la légitime défense

À défaut de pouvoir trouver un défaut certain dans la cuirasse des hadiths, reste le sempiternel argument de la légitime défense qui, lui aussi, ne tient pas debout. Tareq Oubrou écrit en effet : « Pour demeurer fidèle à l’esprit et à la cohérence du Coran, cette violence contre l’apostasie doit être comprise dans le sens d’une légitime défense face à une apostasie qui s’accompagne d’une insurrection armée. Ainsi, l’injonction « tuez-le » (« uqtulûb ») signifierait ici « combattez-le » (« qâtilûb »), comme il est parfois d’usage en arabe. »

On voit ici déjà que Tareq Oubrou n’écarte plus la réalité du prononcé du commandement de peine de mort par Mahomet. Cette recherche de « cohérence » vaut en réalité reconnaissance du caractère clair et incontournable du commandement.

Ensuite, pourquoi associer l’apostasie à l’insurrection armée ? Mahomet n’a mis aucune condition, comme une insurrection armée, à l’application de la peine de mort pour apostasie. Il pouvait tout à fait accepter l’apostasie tout en punissant par ailleurs de mort l’insurrection armée. Le problème sans doute est que le simple fait de résister spirituellement à l’islam, c’est-à-dire de refuser de se convertir à l’islam, est déjà considéré par l’islam comme une déclaration d’hostilité et un combat, qui justifie d’ailleurs pleinement l’alternative offerte aux non-musulmans (hors juifs et chrétiens qui suivent un statut spécifique) : la conversion ou la mort.

  • Conclusion

Tareq Oubrou empile les arguments fallacieux, contradictoires les uns avec les autres (certains étant fondés sur des hypothèses qui sapent le fondement des autres arguments). Si un seul des ces arguments était réellement valable, les autres ne seraient plus nécessaires.

Il n’y a aucun moyen de sortir de cette impasse doctrinale liée à un commandement parfaitement clair et explicite, sauf à remettre en cause totalement l’exemplarité de Mahomet et la nécessité de suivre ses commandements, ce que Tareq Oubrou ne peut évidemment pas faire.

La doctrine est claire (même si des pays musulmans trouvent des accommodements pour éviter si possible la peine capitale, surtout sous le regard des occidentaux) et tous les apostats qui fuient notamment le Moyen-Orient en savent quelque chose !

Malek Chebel : la mort d’une voix modérée mais utopiste ?

Malek Chebel, mort le 12 novembre 2016, faisait partie des islamologues ayant pignon sur rue en France. Même si, comme pour tous les islamologues musulmans et imams, son opinion n’engageait que lui-même (puisqu’il n’était investi d’aucune autorité légitime doctrinale particulière), il avait la qualité d’être un interlocuteur assez raisonnable avec qui il était possible de dialoguer sur le sujet de l’islam. Si l’islam véritable avait correspondu à sa conception personnelle de l’islam, nul doute que la problématique de l’intégration de l’islam en France se serait posée de façon tout à fait différente.

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Son esprit critique courageux vis-à-vis de sa propre religion en faisait une personnalité inhabituelle au sein du monde musulman. Le regard critique qu’il portait sur l’islam lui aurait valu sans aucun doute l’appellation d’« islamophobe » de la part de la part de nos journalistes, hommes des medias ou « défenseurs » des droits de l’homme, s’il n’avait été lui-même de culture musulmane. Pour en juger, il est intéressant de relire ses écrits. En voici quelques extraits : malek-chebel .

Face à de telles critiques, on peut s’interroger sur ce qui attirait Malek Chebel dans la religion musulmane, d’autant que l’islam ne semble avoir apporté aucun concept nouveau depuis le bouddhisme, le judaïsme et le christianisme, et n’a guère révolutionné la vision juive du monde monothéiste comme a pu le faire le christianisme. Cet attachement viscéral à l’islam relevait en réalité de la question identitaire qui touche aux racines culturelles les plus profondes. On peut en dire à peu près autant d’Abdennour Bidar, critique virulent (à contrecœur) de l’islam mais pourtant musulman.

Au-delà des critiques, Malek Chebel conservait néanmoins une vision volontairement optimiste de l’évolution possible de l’islam dans le contexte occidental, vision associée néanmoins à un grand danger : laisser penser que le vrai islam n’est pas celui de Mahomet, qui serait un islam historique et régional. Or la lecture de l’ensemble des textes sacrés de l’islam montre que la doctrine musulmane est tout à fait cohérente au-delà de l’apparente anarchie des textes : absence de liberté religieuse, infériorité de la femme, jihad, rejet du concept de laïcité, etc. ; autant de principes qui ne sont pas les reliquats d’une histoire passée et qui vivent encore vigoureusement dans le monde musulman d’aujourd’hui, avec des nuances il est vrai selon les pays.

Malheureusement, Malek Chebel ne citait qu’avec une grande économie les textes sacrés de l’islam pour fonder son discours et ses opinions, ce qui était assez regrettable. C’est bien d’ailleurs ce que reprochent les mouvements fondamentalistes comme l’État Islamique : les musulmans ne connaissent pas leurs textes sacrés et subissent l’influence des « imams qui égarent » et qui fondent leur discours sur la projection personnelle de leurs souhaits et non sur la réalité des textes.

On ne peut que trouver positif que Malek Chebel ait souhaité le développement d’un islam modéré mais ce souhait, jusque-ici guère couronné de succès, ne doit pas faire oublier la réalité de l’islam de Mahomet. Or pour instaurer un vrai islam modéré compatible avec les valeurs occidentales, il faut en passer par une revue critique profonde de l’islam de Mahomet et, pour tout dire, par l’abandon de Mahomet comme modèle exemplaire et par une désacralisation du Coran, ce qui me paraît totalement utopiste, car l’islam s’effondrerait alors sur lui-même.

Présenter un tel projet comme possible fait de l’islam « modéré » en réalité l’ennemi principal à long terme de l’Occident, et non les mouvements fondamentalistes qui pratiquent le jihad et donc naturellement le terrorisme (car les raisons de lutter sont alors évidentes). En effet, les représentants de l’islam « modéré » accaparent dans les médias le droit de critiquer l’islam, mais de façon finalement assez superficielle et sans vraie remise en cause de cette idéologie religieuse. Ils reçoivent l’aide des médias français qui leur donnent la parole régulièrement sans offrir, et de loin – et sans que cela chatouille la conscience des institutions chargées de surveiller le monde médiatique –, la même possibilité d’expression à ceux qui les contestent et les interpellent (hormis quelques personnes, que l’on peut compter sur les doigts d’une main, ayant déjà une notoriété bien établie et qu’il est difficile de faire taire publiquement) : ce qui s’appelle la censure. Ainsi, les problématiques sont souvent présentées de façon édulcorée, et cette critique « gentillette » sert au fond d’alibi à l’immobilisme d’une énorme majorité silencieuse qui cautionne en réalité au bout du compte l’application des principes musulmans contre les principes de la République et, à terme, l’application de la chari’a.

Il est donc urgent de former tous les Français à la réalité des textes sacrés de l’islam pour mettre fin à cette manipulation, condition sine qua non du dévoilement de la vérité, de la sortie de l’endoctrinement médiatique actuel, et de l’ouverture d’un vrai questionnement sur la question de la compatibilité de l’islam avec l’Occident.

Les leçons de taqiya de Tareq Oubrou

Il n’est pas si facile de trouver aujourd’hui en librairie en France des ouvrages sur l’islam rédigés par des musulmans et dépassant l’exposé de simples opinions personnelles pour offrir aux lecteurs une documentation consistante tirée des textes sacrés de l’islam : ceux-ci sont le plus souvent omis. Dans ce domaine, les écrits des fondamentalistes musulmans dépassent d’ailleurs de très loin le contenu généralement assez pauvre des publications de l’islam présenté comme « modéré ».

Une fois n’étant pas coutume, je vous propose de s’attarder quelque temps sur le livre de Tareq Oubrou, « Ce que vous ne savez pas sur l’islam », publié en février 2016 aux éditions Fayard, qui contient des références scripturaires qu’il est intéressant d’analyser.

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Ceci est d’autant plus utile que, si Tareq Oubrou n’a aucune légitimité particulière en matière de doctrine musulmane au sein du monde musulman sunnite et donc ne représente que lui-même, il murmure semble-t-il à l’oreille de l’âne qui, incapable de lire le Coran comme il l’a déclaré et confirmé plusieurs fois lui-même, a néanmoins l’arrogance de prétendre parvenir à instaurer le multiculturalisme en France grâce à une « identité heureuse », concept enfantin, naïf et utopique qui veut ignorer l’existence de divergences de vue profondes entre certaines civilisations et religions.

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Ce livre évoque plusieurs problématiques importantes que je vais reprendre, mais le menu étant assez copieux, je le ferai au travers d’une série d’articles intitulée de façon un peu provocatrice : « Les leçons de taqiya de Tareq Oubrou ».

Pourquoi ce titre ? La taqiya est un terme arabe qui correspond grosso mode à la notion de « dissimulation ». Il est notamment utilisé en islam de façon spécifique pour désigner la dissimulation de ses croyances dans un contexte culturel et religieux hostile. Or l’ouvrage de Tareq Oubrou, qui ne paraît pas être aujourd’hui un méchant homme (ses relations avec l’U.O.I.F., à laquelle il a appartenu, méritant d’éveiller toutefois sérieusement notre attention), me semble relever néanmoins assez largement de cette attitude, mélangeant des connaissances précises aux flous les plus admirables, distillant certains arguments en omettant complètement les arguments contraires, formulant parfois des raisonnements aberrants si l’on n’y prend garde, évacuant des questions absolument essentielles.

Il faut cependant reconnaître qu’on y trouve aussi quelques jugements pondérés et critiques relevant d’une démarche moins partisane dans sa défense de l’islam, mais dont on peut toutefois se demander dans quelle mesure ils ne seraient pas là en réalité pour contribuer à donner une image d’ensemble rassurante et tenter de convaincre le lecteur qu’il existerait un islam doctrinalement modéré (ce qui est loin d’être démontré à lire la biographie de Mahomet) : une sorte de caution morale et de probité, tant les « oublis » de Tareq Oubrou sont nombreux et importants.

Mon objectif sera donc évidemment de me faire l’avocat du diable pour faire apparaître ce qui a pu être intentionnellement laissé dans l’ombre – car il y a bien d’autres choses que vous ne savez sans doute pas et dont ne parle pas Tareq Oubrou –, afin de vous donner certains autres éléments d’analyse vous permettant d’affiner votre jugement quant à savoir jusqu’à quel point certaines thèses développées, de façon policée et apparemment respectueuse des valeurs traditionnelles françaises, peuvent relever de l’utopie personnelle ou de la manipulation intentionnelle par omission ou mensonge. Ces éléments pourront aussi sans doute vous faire mieux comprendre les raisons qui ont conduit l’État Islamique à le condamner à mort au nom de la défense de la doctrine de Mahomet qu’il a, à son sens, dévoyée et qui fait donc de lui un apostat de l’islam.

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Le véritable enjeu concernant la réalité doctrinale du fondamentalisme musulman est moins les effets traumatisants et passagers du terrorisme musulman que la question de la compatibilité de l’islam (de Mahomet) avec le modèle de société français, dans le contexte d’une imprégnation lente mais constante favorisée par ce type de discours sur l’islam, prétendument « modéré », mais qui cautionne une culture religieuse qui se traduit en réalité, dans la pratique et de façon de plus en plus visible aujourd’hui en France, par un enkystement communautaire où la chari’a devient la loi bien avant les lois de la République.

Déontologie journalistique & islam : une leçon édifiante et bien française

Arrêt sur Images, émission d’habitude de bonne tenue, s’est dévoyée dans son volet du 29 septembre 2016 par un passage stupéfiant qui est la négation même de l’objectivité et de la neutralité journalistique que Daniel Schneidermann prétend pourtant défendre. Il s’agissait là de savoir s’il fallait donner la parole à Éric Zemmour dans les médias et en réalité de façon plus générale à tous ceux dont le discours contrevient gravement à la pensée politiquement correcte dispensée uniformément par les médias.

Nassira El Moaddem, immodeste teneuse du « Bondy blog », faisait office de Fouqier-Tinville de service en commençant par poser cette question : « Quel intérêt à inviter Éric Zemmour ? » Mais la première question qui vient est plutôt : qui est cette dame qui prétend juger et décider des personnes qu’il est intéressant que les journalistes invitent ou non ?

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Au-delà de la reprise de ses chroniques, Éric Zemmour développe dans son dernier livre un long passage (38 pages) sur les rapports entre la France et l’islam, ce qui chagrine évidemment Nassira El Moaddem. Il est donc faux de dire que le livre ne fait que « Répéter tout ce qu’il a dit sur les matinales [RTL] pendant un an ».

Nassira El Moaddem n’ayant semble-t-il guère de connaissances sur le sujet abordé, la doctrine de l’islam – sinon elle n’aurait eu aucun mal à fournir quelques exemples de propos incongrus –, ne se prive néanmoins pas de renvoyer Éric Zemmour à son incompétence supposée au profit d’autorités jugées plus compétentes, « de gens qui sont capables, aptes, et qui ont une légitimité scientifique », de gens qui savent « de quoi ils parlent, un islamologue, un historien des religions, quelqu’un qui a quand même une légitimité scientifique ». En d’autres termes, cette jeune femme dénie à quiconque une capacité à penser de façon autonome et affuble la religion de la robe de la science, comme si les religions avaient quoi que ce soit de scientifique. Il semble en réalité que Nassira El Moaddem ait une difficulté certaine à penser par elle-même pour ce qui a trait à l’islam.

Or de deux choses l’une : soit effectivement, « à 80%, on est capable de fact-checker [beau barbarisme !] les propos d’Éric Zemmour et de montrer par a + b qu’il y a beaucoup d’erreurs factuelles et beaucoup d’erreurs historiques », et alors il faut en faire la démonstration – cela ne devrait pas être bien difficile – ; soit ce n’est pas le cas, et il est alors déontologiquement normal d’inviter un auteur qui intéresse des dizaines de milliers de personnes au vu de ses ventes pour discuter ses propos. Mais, comme dans le cas de Patrick Cohen, il arrive souvent que les journalistes n’aient pas travaillé leur dossier et ne sachent pas de quoi ils parlent.

Aussi, entendre Nassira El Moaddem parler du « respect de la déontologie du travail de la presse » et comparer Éric Zemmour, sans lui avoir donné la possibilité de s’exprimer, à « Alain Soral, Faurisson, Dieudonné » ou, avec le soutien de l’équipe de Daniel Schneidermann, à un de ces « cerveaux malades » est proprement renversant et profondément malhonnête.

Islam et dissidence : pourquoi la pensée dissidente est aujourd’hui inefficace en France

Alors qu’une censure intellectuelle évidente s’est installée en France, les publications ou vidéos musulmanes dites « islamistes » (très faciles à trouver sur internet) questionnent avec acuité la nature profonde de l’islam. Ce questionnement légitime ne dépasse guère jusqu’ici le cercle étroit des « spécialistes » et on voit bien que le monde politique et médiatique ne souhaite aucunement sa diffusion à l’ensemble de la population.

Alors que certains propos– à faire se dresser les cheveux sur la tête (en particulier concernant les femmes ou les homosexuels) – d’organisations ou personnalités musulmanes sont rendus publics sans ce que cela soulève d’émotion de la part des défenseurs auto-proclamés des droits de l’homme, les critiques de l’islam bénéficient d’un traitement de faveur de la part des pourfendeurs de la mal-pensance qui manient avec art l’arme accusatrice d’« incitation à la haine raciale ou religieuse » pour couper les têtes de l’hydre de la contestation, avec l’objectif permanent de faire assimiler par la justice française la critique de l’islam à la critique des musulmans en tant que personnes, ce qui est pourtant très différent. Cette indignation sélective ne laisse pas de surprendre.

Mais la critique de toute philosophie, religion, ou idéologie – comme l’est l’islam – reste libre en France, la France résistant encore à l’instauration d’un délit de blasphème en dépit des pressions constantes exercées par certaines organisations musulmanes.

Face à l’apathie et l’inconscience d’une frange non négligeable de la population française (2 millions de Français devant « Touche pas à mon poste » tous les soirs…), les courants dissidents, plus au fait de ces questions (meilleure connaissance des textes religieux, connaissance de faits d’actualité volontairement ignorés ou minimisés par les grands médias : qu’on se souvienne de l’affaire du 1er de l’an à Cologne,…), résistent tant bien que mal à la dictature de la pensée unique, à la stigmatisation dont ils font l’objet de la part des médias et des politiques, aux multiples actions en justice qui leur sont régulièrement intentées du fait d’un discours contraire à la vulgate officielle.

Mais, face à l’hystérie unilatérale, répressive et sectaire de certaines organisations et à l’impossibilité par ailleurs de pouvoir s’exprimer librement dans les grands médias, certains courants dissidents peuvent s’emporter dans leur expression et ainsi prêter le flanc à des sanctions qui ne relèvent pas nécessairement du complot judiciaire ou d’une manœuvre politique si les attendus du jugement reflètent effectivement de façon relativement objective la nature réelle des propos. Ils tombent alors dans le piège de la révolte.

Sans connaître le fond du dossier, il est probable que ce soit le cas avec la condamnation par la justice française le mercredi 6 avril 2016 du directeur de la publication du site Riposte laïque à une amende de 8.000 euros pour provocation à la haine envers les musulmans suite à une « diatribe violente » contre les musulmans publiée en octobre dernier. Intitulé « Et si l’islam était le culte de la perversion sexuelle et morale ? », le texte avait été signalé au parquet par la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra). Le tribunal correctionnel de Paris a estimé que « sous couvert d’expliquer les faits qu’il dénonce par la supposée déviance morale de l’islam, l’auteur impute ensuite aux musulmans, de manière explicite, sans aucune réserve et sans distinction entre eux, une perversion morale et des comportements abjects ». Pour les juges, le texte procède à une « stigmatisation généralisée et systématisée des musulmans », en évoquant « leurs supposées ‘pratiques zoophiles, pédophiles, incestueuses et nécrophiles, voire démoniaques’ ». Loin de se livrer à une critique de l’islam, son auteur « s’adonne à une diatribe violente contre les musulmans, auxquels il prête des perversions inhérentes à leur seule appartenance religieuse », ont estimé les juges. Selon eux, « les propos poursuivis ont amplement excédé les limites admises à la liberté d’expression ». [Ce jugement soulevait par ailleurs une question intéressante de compétence juridique relative au lieu d’implantation du site et à la recevabilité de la plainte en France.]

Au-delà de ce cas particulier, que constate-t-on ? Il semble se constituer un décalage grandissant entre une population, qui s’exprime de façon sincère mais souvent désordonnée, sur les réseaux sociaux (Facebook, Twitter) ainsi que sur les sites de la dissidence, et un monde politique et journalistique qui entend visiblement maintenir sa mainmise sur les médias, au mépris du premier des droits de l’homme, celui de la liberté d’opinion et d’expression.

S’ils résistent, les courants de la dissidence n’ont probablement pas encore aujourd’hui la structure nécessaire pour crever le plafond de verre de la censure et atteindre ainsi véritablement le grand public. L’émiettement et parfois la rivalité de ces courants portés par des personnalités fortes mais souvent farouchement indépendantes est un frein puissant qui les empêche d’atteindre la masse critique nécessaire pour leur permettre de franchir les obstacles qu’on dresse face à eux. Et l’expression dissidente devient parfois un but en soi, une psychanalyse individuelle ou collective, dénuée de tout impact politique ; elle rate son objectif.

Or l’outrance, la révolte, la polémique stérile, écartent de l’objectif qui doit rester l’analyse des faits et la critique documentaire qui, sur le long terme, sont des méthodes beaucoup plus sûres pour faire tomber le mur de la stigmatisation politique et permettre d’approcher la vérité.

S’agissant de l’islam, le discours dissident semble souffrir d’une affectivité et d’une émotivité qui restreignent sa lucidité et l’empêchent de bien séparer la question de la religion musulmane de la question des personnes en tant que telles. Nombre de musulmans sont musulmans parce que tout simplement nés dans la culture musulmane, sans avoir nécessairement fait le moindre choix conscient ou formulé le moindre engagement personnel. Or il est aisé de constater que la grande majorité des musulmans d’Europe n’a qu’une connaissance rudimentaire de l’islam. Ceux-ci sont les porteurs et les défenseurs naturels d’une religion dont ils ignorent très souvent les textes sacrés. Mais en l’absence d’une riche histoire philosophique, littéraire, scientifique, artistique, etc., depuis des siècles, leur identité s’est construite sur l’islam qui a ainsi acquis un rôle de structurant identitaire, alors que la religion a perdu pour l’essentiel ce rôle dans les pays occidentaux. Mettre en cause l’islam, simplement en le critiquant, est ainsi ressenti, à tort, comme une attaque mettant en cause la personne.

Avant d’aborder les questions tribales, sociologiques, géopolitiques, militaires, etc., de la question musulmane, il est donc absolument essentiel de traiter la question centrale de l’islam en tant que religion, en la déconnectant de tout aspect personnel. Car c’est bien l’islam en tant qu’idéologie religieuse qu’il faut décortiquer pour sortir de la confusion extrême où nous sommes plongés et qui autorise tous les discours, jusqu’aux plus absurdes et aux dénis de réalité les plus évidents. Car le constat est d’une simplicité biblique :

L’ISLAM TUE : IL FAUT COMPRENDRE POURQUOI.

La première tâche de la pensée dissidente, dont la vocation naturelle est de sortir des sentiers battus, est d’expliquer inlassablement en quoi consiste l’islam, quelle est sa doctrine authentique : pas à partir des opinions des uns ou des autres, qui parfois abusent de l’argument d’autorité et de leur suffisance pour imposer leur point de vue, mais à partir des textes sacrés musulmans eux-mêmes – que tous les musulmans reconnaissent – puisque tout le monde peut les lire en français et que cette lecture ne demande pas en réalité de compétences très pointues. Car il faut combattre farouchement l’idée que le sens des textes religieux musulmans ne serait accessible qu’à des érudits. La lecture du Coran, de la biographie de Mahomet et des hadiths est vraiment tout à fait abordable (même si elle est un peu austère) dans la mesure où la complexité de la pensée spirituelle est très faible (au profit de règles à respecter) : essayez, et vous verrez !

Malheureusement, beaucoup refusent de faire l’effort de se documenter et s’arrêtent à des jugements hâtifs et des oppositions irrationnelles et viscérales qui sont nécessairement perçues de façon négative et rejetées par des opposants dont les avis contraires sont tout aussi irrationnels et viscéraux ! Pour déconstruire rationnellement un discours, ou au contraire en montrer le bien-fondé, il faut d’abord connaître les textes fondamentaux qui le sous-tendent : certains ne se sont-ils pas mordus les doigts de n’avoir pas fait cet effort dans la première moitié du XXème siècle ?

La lecture des textes sacrés musulmans est la seule façon de se faire une idée juste et précise de ce qu’a été la véritable vie de Mahomet (et pas celle fantasmée par de nombreux biographes partisans) ainsi que sa pratique de la religion, et de dépasser ainsi le niveau actuel lamentable de la propagande et des dénis de réalité dont nous sommes abreuvés.

Cette connaissance est la condition sine qua non autorisant de demander à chacun de se positionner clairement et en conscience sur un choix de valeurs et de modèle de société (place de la femme, égalité des communautés humaines, liberté religieuse, laïcité, etc.) pour déterminer si, oui ou non, nous partageons les mêmes valeurs humaines et avons vocation, ou non, à vivre ensemble.

Lutter contre la « radicalisation islamiste » : un leurre bien occidental ?

Alors que l’ « Instance de dialogue » mise en place par le gouvernement avec les représentants de l’islam de France constatait en tout début de semaine dernière (21 mars) sa très grande difficulté à lutter efficacement contre la radicalisation chez les jeunes musulmans français, les attentats de Bruxelles ont été tout au long de la semaine de nouveau l’occasion d’un déferlement de généralités dans les médias, laissant de côté la doctrine, l’émission « Des Paroles et Des Actes » s’étant illustrée dans ce domaine avec une conclusion assez insipide et surtout inutile d’un psychiatre, car c’était, encore une fois, replacer la problématique de la radicalisation sur le seul terrain de la psychologie/psychiatrie. Malheureusement, la faible diversité des intervenants dans les grands médias (télévision ou radio) laisse peu de chance à l’expression des opinions non conformistes, politiquement incorrectes, mais probablement plus justes.

Il est symptomatique que les seuls motifs avancés ad libitum pour expliquer cette « radicalisation » soient tous de nature sociologique, économique, psychologique, etc., et jamais religieuse. Si des juifs, des chrétiens, des bouddhistes, des agnostiques, des athées,… souffrent aussi en France de difficultés scolaires, économiques, psychologiques, sentimentales, etc., on n’en voit pas qui sortent tuer des gens dans les rues ou commettre des attentats-suicide au nom de leur religion ou spiritualité. C’est donc bien qu’il y a une spécificité de l’islam en matière de violence.

Force est de constater que ces jeunes musulmans qui commettent ces attentats au mépris de leur vie sont loin d’être tous des « paumés » ou des personnes psychologiquement dérangées. Bien sûr, certains peuvent être instrumentalisés à partir d’un terreau fragile, mais beaucoup de situations ne semblent pas relever de ce contexte. Dans une récente émission d’« Arrêt sur images », un reportage montrait un combattant de l’État Islamique en Syrie qui faisait le choix, après concertation avec les autres membres de son groupe, de sacrifier sa vie pour déloger des ennemis d’une position jusque-là imprenable. Il était calme et le reportage le montrait ayant une conversation a priori normale avec sa femme quelques minutes avant son départ. De la même façon, la vidéo de l’État Islamique relative aux attentats du 13 novembre montre les interviews des combattants morts dans les attentats : c’est surtout leur résolution calme qui impressionne, y compris lorsqu’ils pratiquent des décapitations.

Face à cette détermination sans faille et maîtrisée, les politiques sont désemparés car beaucoup d’occidentaux ont perdu le sens du religieux. La glorification de l’athéisme et l’écroulement de la morale qu’il provoque sapent depuis bien des années le respect et la compréhension du spirituel dans l’homme. Les personnes vraiment croyantes ne sont plus vues que comme des représentants d’une espèce en voie d’extinction, des « curiosités » qu’on observe avec amusement, comme les hommes du mythe platonicien de la caverne. Aller jusqu’au bout de son engagement religieux ou spirituel serait la marque de personnes « dépassées », appartenant à une époque révolue, n’ayant rien compris puisqu’elles sont par définition en dehors de la réalité consumériste et jouissive de notre temps. À cette aune, un moine régulier qui s’enferme pour des années entre les murs d’une abbaye à prier pour un monde qu’il ne voit pas est-il plus fou qu’un combattant musulman qui veut mourir en martyr, assuré qu’il est d’être reçu au paradis ?

Poser le problème de la « radicalisation » musulmane, c’est en réalité poser le problème de l’identité profonde de l’islam. Que dit l’islam ? En réalité, la grande majorité des musulmans semble l’ignorer (comme le confirmait un reportage présenté dans l’émission de France 2 du dimanche matin consacrée à l’islam de France en février 2015 : « L’ignorance est un fléau chez les musulmans » disait une jeune musulmane interviewée).  Aussi, l’invitation pressante de l’État Islamique incitant les musulmans d’Europe (et du monde) à revenir à leurs textes authentiques, à « apprendre leur religion », n’est donc pas fortuite.

Pourquoi les réponses de l’islam de France sont-elles si faibles à ce sujet ? C’est sans doute que la lecture de la biographie originelle de Mahomet du IXème siècle (Sîra d’Ibn Ishâq/Ibn Hîcham), reconnue comme authentique par tous les musulmans, conduit à constater une proximité troublante entre l’islam de Mahomet, à compter de son installation à Médine, et celui de l’État Islamique. Cette biographie regorge en effet d’expéditions, de razzias, meurtres, viols, tortures, etc. dans le cadre du jihad que Mahomet a instauré contre tous les non-musulmans. Ce jihad est offensif et la légitime défense si souvent évoquée en occident apparaît bien « mythique ».

En effet, l’omniprésence de la guerre à compter de la déclaration du jihad ne fait guère de doute : de la date du début de la préparation du jihad à la conquête de La Mecque, ce qui représente 500 pages dans la Sîra traduite par Abdurrahmân Badawî (Éd. Albouraq), on dénombre environ 450 pages consacrées à la description de la guerre (batailles, expéditions, alliances, traitements de captifs, répartition du butin, meurtres divers,…). La consultation de la table des matières du second volume de cette biographie conduit à identifier sur cette période plus de vingt-cinq sections relatives à la guerre (avec les mots bataille, campagne, razzia, conquête,…), ainsi que quatorze sections relatives à des meurtres. Souvenons-nous d’ailleurs simplement que Mahomet a exterminé les juifs Banû Quraydha à Médine : entre 600 et 900 prisonniers juifs égorgés par petits groupes, « jusqu’à leur extermination totale », dit la Sîra ; et tout cela en dépit du fameux « Nulle contrainte en religion » (qui a en réalité été abrogé par Mahomet avec l’ouverture du jihad).

Cette perception n’est guère contradictoire avec la lecture du Coran, dont les versets appelant à tuer les infidèles, les pourchasser, etc., sont nombreux, de même que les multiples versets glorifiant le martyre dans le « combat dans la voie d’Allah » (le jihad), dont j’ai déjà eu l’occasion dans un autre article sur « la licéité de l’attentat-suicide » de donner de nombreux exemples sur le site d’Atlantico.

Terminons enfin par les hadiths du Prophète qui semblent également cohérents avec cet ensemble. Par exemple en ce qui concerne la lutte contre les juifs (hadith de Muslim faisant partie du recueil authentique, qu’on retrouve de façon similaire mais un peu plus courte chez Bukhari) : « D’après Abû Hurayra, l’Envoyé d’Allah a dit : « L’Heure Suprême ne se dressera pas avant que les musulmans ne combattent les juifs. Les musulmans tueront les juifs jusqu’à ce que les rescapés de ces derniers se réfugient derrière les pierres et les arbres qui appelleront alors le musulman en disant : « Ô musulman ! Ô serviteur d’Allah ! Voilà un juif derrière moi, viens le tuer ! », exception faite de l’arbre dit Al-Gharqad qui est l’un des arbres des juifs ». »

Que Mahomet ait été historiquement un homme politique qui a usé sans scrupule de la guerre pour parvenir à ses fins ne devrait pas en soi être problématique si l’islam pouvait laisser dormir cet exemple dans les coffres de l’histoire et ne conserver de sa doctrine que les aspects pacifiques et miséricordieux (l’islam ayant déjà été bien précédé par les conceptions bouddhistes et chrétiennes qui donnent à l’amour du prochain et à la compassion une place centrale, la violence étant totalement absente du Nouveau Testament – est-il besoin de le rappeler –). Cette évolution serait profitable à tous et faciliterait grandement le vivre ensemble.

Mais vouloir faire évoluer l’islam dans ce sens, ce que certains penseurs musulmans « éclairés » réclament aujourd’hui au péril de leur vie, semble impossible sans remettre en cause l’islam dans sa totalité puisque Mahomet constitue un modèle a qui force de loi universelle pour la suite des temps, toute critique de sa personne étant d’ailleurs susceptible de constituer un délit de blasphème puni de mort dans l’islam.

Aussi, la question de la « radicalisation » n’est pas celle qui nous est présentée : c’est d’abord fondamentalement une question religieuse, et non sociologique ou psychologique ; vouloir prétendre le contraindre est une erreur de diagnostic manifeste, un véritable aveuglement. D’ailleurs, si tous les recruteurs et les recrutés de l’État Islamique étaient des gens « perdus », désemparés, la lutte serait sans doute beaucoup plus facile et leur engagement ne se prolongerait sans doute pas sur des années. La cohérence doctrinale de la vision dite « islamiste » est justement un des éléments pouvant fasciner des esprits en quête d’absolu, à la recherche d’une vraie identité spirituelle et non pas d’une religiosité confortable se rassasiant de quelques prières quotidiennes et de quelques ablutions.

Si être musulman aujourd’hui c’est continuer à suivre du mieux possible l’exemple du Prophète (ce qui est régulièrement rappelé dans toutes les conférences musulmanes qui se tiennent en France), prendre conscience de la nature de l’islam professé et pratiqué par Mahomet (telle qu’il ressort des textes musulmans authentiques eux-mêmes) semble problématique, au moins à la première lecture : on peut certes prétendre interpréter, mais la clarté de ces textes pose un vrai problème. La question devient donc : Mahomet était-il « radicalisé » ? Est-ce un exemple à suivre ?

Georges Malbrunot, dans une conférence donnée à Neuilly-sur-Seine le soir du 22 mars dernier sur le thème de l’État Islamique, à la question (deux fois formulée) sur les motifs strictement religieux conduisant les jeunes Européens à partir en Syrie, répondait : « l’islam, ce n’est pas cela [celui de l’État Islamique] », incantation pieusement formulée. Ce propos, malheureusement soutenu par aucun argumentaire doctrinal, semblait refléter un tabou impossible à lever : envisager que certains aspects de la doctrine de l’État Islamique puissent effectivement refléter le véritable islam des origines. Dans le même temps pourtant, Georges Malbrunot concédait qu’une proportion très significative (30% ou plus) des sunnites de certains pays du Golfe affichaient en leur for intérieur une certaine sympathie pour la vision doctrinale de l’islam professée par l’État Islamique.

En France, l’accès aux médias semble limité à un petit groupe d’islamologues ayant pignon sur rue médiatique et dont le discours économico-sociologico-psychologique semble tourner en boucle en dépit du peu de réponses concrètes qu’il apporte. Quant aux autres commentateurs, journalistes détenant les clefs du pouvoir médiatique, leur ignorance de la doctrine musulmane est flagrante – d’ailleurs il ne la cite jamais –, ce qui ne les empêche toutefois pas d’asséner leurs opinions avec la plus grande force. Ainsi, les questions difficiles sont évacuées, comme l’a déjà souligné à plusieurs reprises Alain Finkielkraut (mais aussi d’autres), au prétexte de ne pas favoriser la « stigmatisation » (et donc l’islamophobie).

Or la question n’est pas de stigmatiser les musulmans, qui n’ont aucune raison d’avoir à la naissance un plus mauvais fonds humain que les autres hommes. Car il faut mettre fin aux procédés condamnables de certaines officines dont l’activité principale semble consister, dans un amalgame odieux, à tenter de faire taire (et si possible condamner par la justice) toute analyse libre et critique des religions, et notamment de l’islam, au prétexte que ce sont les personnes qui sont attaquées ! Eh bien, non ! Humainement, un musulman n’a pas plus de raison d’être meilleur ou pire qu’un juif, un chrétien, un bouddhiste, un athée, un communiste, un scientologue… : donc pourquoi l’attaquer ? La question n’est vraiment pas là. La question est d’analyser de quelle façon les idéologies, les religions, peuvent transformer les hommes, jusqu’à parfois en faire des monstres, et d’essayer de comprendre dans quelle mesure ce processus de transformation a été délibéré et conscient de la part de l’individu concerné, car c’est aussi une clef essentielle dans la lutte contre ces dérives.

La première tâche est donc d’éduquer chaque personne dans sa religion et de lui faire prendre pleinement conscience des textes qui sont à la source de sa croyance. Or, s’agissant de l’islam, on peut légitimement s’interroger sur le degré de connaissance qu’ont les musulmans de leurs propres textes sacrés étant donné la puissance des dénis, des occultations ou des censures qu’on constate tous les jours dans ce domaine.

La question, qui ne doit supporter aucune entrave, est, sur la base des textes originaux, de rechercher la réalité du message, quelle qu’elle soit, même si elle est douloureuse. Or force est de reconnaître que de nombreux thèmes posent problème dans la doctrine musulmane (inégalité des communautés humaines et communautarisme, inégalité homme-femme et droit de battre sa femme, châtiments corporels, laïcité, jihad contre les infidèles, martyre au combat, etc.).

Malheureusement, en France, le politiquement correct semble difficile à dépasser, alors même que la parole peut être beaucoup plus libre dans certains pays où on s’y attendrait peut-être moins (lire par exemple l’interview du philosophe musulman libanais Ali Harb publiée le 13 mars 2016 dans le quotidien libanais « L’Orient Le Jour » intitulée : « L’islam ne peut pas être réformé ») (reforme). En matière de religion, les médias français semblent déserter le champ de la simplicité, de la raison, du simple bon sens. Et la lecture littérale, qu’on nous apprend à l’école et que tout le monde applique naturellement dans sa vie de tous les jours, semble perdre soudainement, lorsqu’il s’agit de l’islam, sa pertinence et sa vertu (sans que quiconque soit capable d’expliquer pourquoi), et être entachée d’un irrémédiable et épouvantable vice. De quoi a-t-on peur ?

Cologne et Suède : de la difficulté de nommer l’islam en politique

3 singesL’échange ayant eu lieu lors d’une émission de « 28 minutes » en janvier 2016 quelques jours après l’affaire de Cologne (mais qui revient aussi sur les événements de Suède) est une démonstration assez claire de :

  1. La difficulté à nommer l’islam comme ingrédient fondamental de ces actes abjects ;
  2. La difficulté à entreprendre une analyse fondamentale du rapport de l’islam à la femme, car jamais le texte même du Coran n’est cité (pourtant il est clair) ;
  3. La volonté politique en Europe d’étouffer autant que possible tout questionnement de fond sur cette question pour rester dans le cadre utopique d’une humanité généreuse et en raison de calculs politiques qui abaissent l’idée même de ce que peut être la vie politique.

 

28 minutes janvier 2016 Cologne

28 minutes janvier 2016 Cologne 1   28 minutes janvier 2016 Cologne 2

La censure : elle semble bien présente même sur les chaînes de télévision soit-disant indépendantes !! Belle leçon.

Une jeune journaliste se fait censurer en direct place de la République parce qu’elle ose répéter tout simplement ce que lui ont dit des familles endeuillées par les attentats du 13 novembre, « familles qui ne sentaient pas concernées par cet hommage… ».

 Censure BFMTV 160110

Censure BFMTV 160110

Peut-il y avoir un doute sur la réalité de cette censure ? Le son est très audible quoique prétexte la journaliste au siège (a-t-elle des problèmes d’audition ?), l’image bonne. La coupure intervient curieusement à un moment bien précis après un propos « dérangeant ». La vidéo a été retirée très rapidement d’internet.

Y a-t-il une autre explication qui trouverait sa justification dans la présentation complète de cette séquence ? C’est possible. Nous attendons avec impatience que BFMTV éclaircisse ce mystère.

Mein Kampf et le Coran : même combat ?

À l’heure (janvier 2016) où Mein Kampf vient de tomber dans le domaine public et où les éditions Fayard s’apprête à éditer une nouvelle traduction critique commentée, la première depuis celle de 1934, les débats vont bon train dans les médias pour savoir si cela est une bonne idée et si cela ne devrait pas être empêché, voire interdit. Pourtant, il ne fait aucun doute que l’intérêt historique de cet ouvrage pour la compréhension du phénomène nazi et de l’évolution de sa doctrine est évident.

Il ne fait également aucun doute que la teneur antisémite profonde de cet ouvrage est tout à fait détestable et qu’il ne s’agit donc ici pour les personnes impliquées dans ce projet que de faire œuvre d’historiens et non, en quelque façon que ce soit, de propagandiste.

  • Les appels aux meurtres dans le Coran

Mais il est très curieux que tous les beaux esprits qui s’effraient aujourd’hui de la réédition de cet ouvrage n’élargissent pas le débat à d’autres ouvrages qui appellent à la haine, au premier rang desquels figure le Coran, et les hadiths de Mahomet : ces ouvrages vont d’ailleurs beaucoup plus loin en appelant ouvertement à la violence et au meurtre (de non-musulmans), de façon parfaitement explicite et indiscutable. Il est trop long dans le cadre de cet article de mentionner tous les passages qui appellent à la violence ou aux meurtres des non-musulmans, tellement ils sont nombreux. En voici quelques-uns relatifs au meurtre (en mettant même de côté le cas des apostats qui méritent bien entendu la mort cf. apostasie en islam) :

Coran, sourate 2, verset 191 : « Tuez-les [ndlr les incrédules], où que vous les rencontriez ; et chassez-les d’où ils vous ont chassés [1]. (…)» 

[1] Mahomet a décidé de quitter La Mecque : il n’a pas été chassé. Avec les persécutions à La Mecque (cf. persécution), c’est un mythe fondateur et fondamental de l’islam sur lequel repose toute la théorie de la légitime défense pour excuser le jihad.

Coran, sourate 8, verset 17 : « Ce n’est pas vous qui avez tué les mécréants : mais c’est Allah qui les a tués. (…) »

Coran, sourate 9, verset 5 : « Après que les mois sacrés se seront écoulés, tuez les associateurs où que vous les trouviez. Capturez-les, assiégez-les et guettez-les dans toute embuscade. (…) »

Coran, sourate 33, verset 26 : « (…) Il [Allah] a jeté l’effroi dans leurs cœurs ; un groupe d’entre eux vous tuiez [ndlr les mâles], et un groupe vous faisiez prisonniers [ndlr les femmes et les enfants]. »

Coran, sourate 9, verset 111 : « Certes, Allah a acheté des croyants, leurs personnes et leurs biens en échange du Paradis. Ils combattent dans le sentier d’Allah : ils tuent, et ils se font tuer. (…) »

Hadith (Bukhari 2925) : Mahomet a dit : « Vous combattrez les juifs au point que si l’un d’entre eux se cache derrière une pierre, la pierre dira : Ô adorateur de Dieu ! Voilà un juif derrière moi : tue-le ! ».

Ainsi, le Coran et la Tradition musulmane ne choquent pas les beaux esprits parisiens alors qu’il y a plusieurs millions de musulmans en France qui reconnaissent tout à fait ces textes comme leurs et que des attentats ont lieu en France avec des dizaines de morts au nom de cette religion ! Interdire Mein Kampf et autoriser le Coran : n’y aurait-il pas deux poids, deux mesures ?

  • De la dictature de la bien-pensance

D’abord, nous touchons là certainement à la stupidité des lois et des raisonnements dont l’objectif est de bâillonner la liberté d’expression. Non pas que toutes les opinions soient défendables ou respectables, mais comme l’a rappelé avec grande intelligence l’avocat Marc Bonnant, la liberté d’expression n’a pas de limite, elle doit pouvoir aller jusqu’à l’abject car « les idées abjectes s’asphyxient dans la liberté ; elles prospèrent dans l’interdit. » (cf. Bonnant)

Mais surtout, cette démarche intellectuelle se comprend tout à fait lorsque l’on se rappelle que le socialisme a toujours prétendu (comme le national-socialisme et le fascisme qui en sont issus) savoir ce qui est bon pour le peuple, quitte à le lui imposer même s’il n’est pas d’accord. Dans ce contexte, l’anéantissement la pensée individuelle petite-bourgeoise mais libre a toujours été une obsession de la dictature de la pensée de gauche. Ce n’est pas un hasard si le socialisme a un lien naturel avec la dictature.

En effet, souvenons-nous que « le socialisme est une doctrine d’organisation sociale qui entend faire prévaloir l’intérêt, le bien général, sur les intérêts particuliers au moyen d’une organisation concertée » (Le Petit Robert). Mais qui définit l’intérêt général ? Que se passe-t-il quand une classe politique investie par le peuple le trahit outrageusement, sans aucun respect, et va contre sa volonté, en refusant en outre de le consulter même lorsqu’il s’agit de la remise en cause de ses racines profondes et historiques ?

Dans le contexte de la réédition de Mein Kampf, un bon exemple est donné par l’intervention d’Alexis Corbière, secrétaire national du Parti de Gauche, sur le plateau d’Arrêt sur Images le 17 décembre 2015. Ce représentant emblématique de la bien-pensance totalitaire justifie in fine, après avoir tourné autour du pot et s’être défendu d’être démangé par la tentation de la censure (pieux mensonge immédiatement avoué…), la nécessité de ré-interroger l’intérêt d’une censure qu’il souhaiterait en réalité voir s’appliquer à cette réédition.

Et quel est l’argument ? Le peuple vote mal ! En effet, Alexis Corbière semble effrayé par la masse des électeurs ayant voté pour le Front National ou Debout la France ! aux élections régionales de 2015 : magnifique aveu que l’on pourrait résumer ainsi : « Amis, vous votez mal : il faut donc que nous chargions de la sainte tâche de redresser votre conscience » !

Mein Kampf et la censure 151217

Mein Kampf et la censure 151217 1      Mein Kampf et la censure 151217 2

Verbatim : « Il doit y avoir un point de vue civique : où est l’intérêt général ? où est l’intérêt général ? Je le dis : moi, je suis pour que les historiens puissent travailler mais il est autre de chose qui est de considérer, dans la période qui vient, avec les résultats des dernières élections régionales, je le dis clairement : est-ce qu’il est neutre aujourd’hui qu’on dise : ah ben oui cela doit circuler ? Des ouvrages dans lesquels il y a des formulations d’une xénophobie et d’un antisémitisme violent et toujours actuel hélas. »

  • Conclusion

Et après on voudrait que les Français, dont on se moque sans vergogne à tour de bras, auxquels on prétend dicter ce qu’ils doivent penser, aient encore de la considération pour leur classe politique et journalistique ?

Faut-il regretter la pensée excrémentielle de Charlie ?

Pour tous ceux ayant été un jour Charlie, et qui ont défilé pour la défense d’un journal qu’ils n’avaient pour la très grande majorité jamais lu, la surprise a dû être grande si la curiosité les a poussés un jour à prendre véritablement connaissance de son contenu. Voici en effet quelques exemples de la production spirituelle de ces joyeux drilles. Si l’on peut se montrer critique envers les religions, athéisme compris, la vulgarité et la scatologie n’apportent rien à la qualité et à la pertinence de la critique.

Charlie Hebdo 12 Charlie Hebdo 11 Charlie Hebdo 10 Charlie Hebdo 9 Charlie Hebdo 8 Charlie Hebdo 7 Charlie Hebdo 6 Charlie Hebdo 5 Charlie Hebdo 4 Charlie Hebdo 3 Charlie Hebdo 2 Charlie Hebdo 1

Bernard-Henri Lévy peut-il nous confirmer si c’est un faux ?

BHL & Charlie