La revendication de l’action violente et terroriste en islam

Compte tenu de la violence pratiquée par Mahomet dans son jihad, la violence ne pose en soi pas de problème philosophique fondamental en islam. Mais faut-il faire une distinction entre les actions de guerre de l’État Islamique et les actions qualifiées de « terroristes » par l’Occident, les politiciens occidentaux répétant à satiété, comme le reprend ironiquement l’État Islamique, que « Ces attentats n’ont rien à voir avec l’islam » et qu’« Il ne faut pas faire l’amalgame entre les terroristes et les musulmans » ?

En réalité, la notion de « terrorisme » n’existe pas dans le contexte du jihad : la fin justifie les moyens, d’autant que les musulmans se battent contre tous ceux qui s’opposent par leur mécréance à Allah, donc civils compris, et pas seulement les combattants effectifs des armées. L’action terroriste destinée à effrayer les populations, paralyser l’économie de l’ennemi, fait donc partie de la panoplie classique du jihad. Que le jihad prenne de nos jours une tournure nouvelle avec les moyens modernes qui n’existaient pas du temps de Mahomet (et les ressources financières prodigieuses résultant de l’exploitation du pétrole), cela est une évidence.

Or, tout à fait indépendamment de l’État Islamique, le Coran fournit une justification de l’action terroriste par laquelle il s’agit d’« effrayer l’ennemi » – Allah contribuant à cette tâche –, la peur étant un des aspects psychologiques importants de la guerre, comme on l’a notamment vu lors de la prise de Mossoul abandonnée par des soldats fuyant dans le plus grand désordre :

Sourate 8, verset 12 : « Et ton Seigneur révéla aux Anges : « Je suis avec vous : affermissez donc les croyants. Je vais jeter l’effroi dans les cœurs des mécréants. Frappez donc au-dessus des cous et frappez-les sur tous les bouts des doigts. »

Sourate 8, verset 60 : « Et préparez pour lutter contre eux [ndlr les mécréants] tout ce que vous pouvez comme force et comme cavalerie équipée, afin d’effrayer l’ennemi d’Allah et le vôtre, et d’autres encore que vous ne connaissez pas en dehors de ceux-ci mais qu’Allah connaît. Et tout ce que vous dépensez dans le sentier d’Allah vous sera remboursé pleinement et vous ne serez point lésés. »

C’est du moins en référence notamment à ce verset qu’ont été justifiés depuis le milieu des années 1990 des attentats musulmans au Moyen-Orient et notamment en Israël, via le concept de « terrorisme légitime » (al irhab al machrou) dévéloppé par la mouvance islamiste proche des Frères Musulmans et dont la publicité a été assurée notamment par Yusuf Qaradawi, éminente personnalité bien connue dans le monde musulman.

On voit donc que les racines de l’action violente et terroriste sont présentes dans la doctrine et la pratique prophétique de l’islam, ce qui fait dire ironiquement à l’État Islamique que « Les prétendus islamologues qui ne voient derrière l’islam « qu’un prétexte pour justifier un terrorisme sans religion » précisent, tout de même, que le terrorisme islamique est une émanation de l’islam » et que « Les soi-disant représentants de la communauté musulmane de France martèlent que « l’islam est totalement étranger à ces crimes barbares » tout en vantant, au passage, la nécessité de donner un nouvel éclairage au Coran. »

Citer les textes musulmans en arabe : une curieuse manie

Il ne viendrait à l’idée d’aucun chrétien de citer les Évangiles en grec pour donner plus de force à son discours. Pourquoi en va-t-il différemment avec l’islam où s’est répandue la curieuse manie d’insérer en permanence dans le discours de la phraséologie arabe ?

  • L’arabe, langue par excellence d’Allah et donc de la révélation divine

Il faut d’abord rappeler que l’islam a donné à l’arabe un statut tout à fait particulier en en faisant la langue arabe la langue de la révélation : Allah dicte à Mahomet son message en arabe afin qu’il soit parfaitement explicite et donc parfaitement compris, c’est ce qui est écrit. On ne peut être qu’étonné par cette primauté car on ne voit pas bien pourquoi l’arabe présenterait une clarté particulière par rapport aux autres langues, dans la mesure où c’est la clarté de la pensée qui fait la clarté du discours comme l’a limpidement expliqué Boileau dans l’Art poétique : « Avant donc que d’écrire, apprenez à penser. Selon que notre idée est plus ou moins obscure, l’expression la suit, ou moins nette, ou plus pure. Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément. »

Or le Coran dit :

Sourate 26, versets 192 à 195 : « Ce Coran, c’est le Seigneur des mondes qui l’a fait descendre, et l’esprit fidèle est descendu avec lui sur ton cœur, pour que tu sois au nombre des avertisseurs, en une langue arabe claire. »

Sourate 34, verset 3 : « (…) Rien n’existe de plus petit ni de plus grand, qui ne soit inscrit dans un Livre explicite. »

Sourate 37, verset 117 : « Et Nous leur avons donné le Livre parfaitement clair

Sourate 41, verset 3 : « Un Livre dont les versets sont clairement exposés, un Coran arabe pour un peuple qui sait, »

Sourate 41, verset 42 : « L’erreur ne s’y[le Coran] glisse nulle part : c’est une révélation émanant d’un Seigneur sage, digne de louanges. »

Sourate 41, verset 44 : « Si Nous avions fait un Coran en une langue autre que l’arabe, ils auraient dit : « Pourquoi ses versets n’ont-ils pas été exposés clairement ? Pourquoi un Coran non-arabe alors que nous parlons arabe ? » (…) »

Sourate 42, verset 7 : « Et c’est ainsi que Nous t’avons révélé un Coran arabe, afin tu avertisses la mère des cités (La Mecque) et ses alentours et que tu avertisses du jour du jugement, où sans nul doute, un groupe sera au paradis et un groupe sera dans la fournaise ardente. »

Sourate 43, verset 2 : « Par le Livre explicite ! »

Sourate 44, verset 2 : « Par le Livre explicite ! »

Pourtant les lecteurs du Coran s’aperçoivent rapidement du peu de clarté du texte, de son caractère répétitif (pourquoi des répétitions multiples si le message est clair ?), de la présence de nombreuses contradictions qui ont rendu nécessaire l’invention de la doctrine de l’abrogation, le caractère explicite du texte étant si peu explicite que de multiples interprétations en sont nées au sein même du monde musulman. Ce qui devait être le chef d’œuvre éternel produit par le maître pour la suite des temps ressemble plutôt au tâtonnement d’un élève.

  • La traduction est évidemment légitime

La force d’un message est d’être universel et donc d’être compris dans toutes les langues. 99,9% des chrétiens d’Europe n’ont jamais lu ni même entendu les Évangiles en grec, et maîtrisent encore moins l’araméen. Bien entendu, certains termes spécifiques en langue originale et donc ancienne peuvent susciter des débats d’interprétation et de traduction dans toutes les religions, quand bien même dans le cas du Coran celui-ci a prétendument été écrit « en une langue arabe [ndlr pourtant] très claire ».

Bien sûr, une compréhension du contexte est nécessaire pour donner un sens à la lecture d’un texte, notamment afin de déterminer si le texte par exemple est symbolique ou au contraire retrace (ou est censé retracer) une réalité. Mais l’objet du langage étant d’être un instrument de communication entre les hommes, il est aussi heureux que les mots aient encore un sens. Et, s’agissant de sources en arabe, si aucune traduction ne peut rendre la totalité du sens des textes arabes (pour autant d’ailleurs qu’en arabe le sens des textes soit parfaitement fixé), on peut penser du moins que certaines traductions fournissent l’essentiel de ce que chacun a besoin de comprendre (quitte si nécessaire d’ailleurs à les croiser pour mieux cerner le sens si aucun mot ou expression ne convient « parfaitement »).

  • La citation en arabe, moyen d’instaurer une distance avec l’interlocuteur non-arabisant et de nier ab initio sa légitimité critique

L’emploi de l’arabe, en dehors du fait qu’il peut être un signe de respect – puisque le texte est censé être la parole du dieu musulman, Allah – ne fournit en soi aucun indice quant à la justesse du propos ni du raisonnement. On peut dire joliment des bêtises dans n’importe quelle langue.

En réalité, l’usage de la citation en arabe est souvent un procédé condescendant pour établir une distance vis-à-vis du non-arabisant et le placer psychologiquement dès le départ dans une situation d’infériorité intellectuelle. L’argument de la maîtrise de la langue arabe est en effet généralement utilisé comme un repoussoir facile vis-à-vis des critiques des non-arabisants.

Pourtant, la réalité est beaucoup plus simple et les traductions se suffisent souvent à elles-mêmes, car vient un moment où lorsqu’il est écrit, pour prendre un exemple marquant, « tuez-les » [les non-musulmans], ou « frappez-les » [vos femmes], il est logique de penser de bonne foi, comme on nous l’enseigne à l’école élémentaire, que cela veut vraiment dire « tuez-les » ou « frappez-les » au sens le plus usuel du terme, sans plus de tergiversations linguistiques (ce qui n’exclut pas néanmoins par ailleurs que le contexte de la rédaction puisse apporter des précisions quant aux situations dans lesquelles ce commandement doit être appliqué).

La divinisation de l’arabe dans la pensée musulmane est en réalité un instrument de pouvoir. Bien qu’il n’y ait pas d’explication linguistique à cette prétendue supériorité de l’arabe sur les autres langues dans l’échange avec Dieu, Allah étant a priori polyglotte, il était logique que le Coran fût en arabe puisque c’était la langue de Mahomet et surtout parce que c’était une façon pour Mahomet d’affirmer par le biais de la langue la supériorité tribale de la communauté arabe – à laquelle il appartenait – sur toutes les autres nations, l’arabe constituant également un instrument de fédération future de tous les musulmans dans la grande communauté musulmane transnationale, l’Oumma, chacun étant censé lire et apprendre le Coran en arabe et non dans sa langue maternelle.

De ce point de vue, il est très curieux de constater que l’État Islamique ne tombe pas dans ce travers en s’adressant aux occidentaux non-musulmans et musulmans et, s’il utilise des mots faisant référence à des concepts doctrinaux précis et tout à fait courants en islam (tawhid, taqlid, manhaj, etc.), il évite la multiplication des citations inutiles en arabe. Sans doute est-ce la marque de la volonté de convaincre par la seule force du discours doctrinal quant à la nature de l’islam authentique.

Pourquoi les membres de l’État islamique pointent le doigt en l’air

Tawhid 1 

 Tawhid 2

  • L’unicité de Dieu

La base de l’islam, c’est le « tawhid », l’unicité d’Allah – quiconque remet en cause ce principe est un mécréant – :

Coran, sourate 3, verset 64 : « – Dis : « Ô gens du Livre, venez à une parole commune entre nous et vous : que nous n’adorions qu’Allah, sans rien Lui associer, et que nous ne prenions point les uns les autres pour seigneurs en dehors d’Allah ». Puis, s’ils tournent le dos, dites : « Soyez témoins que nous, nous sommes soumis ». »

Coran, sourate 5, verset 72 : « Ceux qui disent : « En vérité, Allah c’est le messie, fils de Marie » sont des mécréants. Alors que le messie a dit : « Ô enfants d’Israël, adorez Allah, mon Seigneur et votre Seigneur ». Quiconque associe à Allah d’autres divinités, Allah lui interdit le Paradis ; son refuge sera le Feu. Pour les injustes, pas de secoureurs ! »

  • Combattre le « shirk » (associationnisme)

L’adoration d’Allah seul emporte évidemment le rejet de l’associationnisme (polythéisme) ou « shirk », qui contrevient au fondement même de l’islam contenu dans le « tawhid » en associant à Dieu d’autres divinités. Le Coran est tout à fait clair sur la condamnation du shirk, le pire crime qui soit, et sur la nécessité par conséquent d’y mettre un terme par tous les moyens : « (…) L’association est plus grave que le meurtre. (…) » (sourate 2, verset 217).

Les chrétiens sont à ce titre directement visés par l’islam puisque l’interprétation que l’islam fait de la Sainte Trinité – contraire à ce que disent les chrétiens eux-mêmes – est celle d’un polythéisme. Toutefois, la doctrine de l’islam prévoit que les chrétiens peuvent échapper en terre d’islam à la mort si les musulmans leur proposent le statut humiliant de « dhimmi » et qu’ils acceptent cette soumission à l’islam.

  • Combattre les avatars du « shirk » : laïcité, démocratie, nationalisme,…

L’État Islamique accorde une valeur essentielle et extrêmement forte au tawhid qui sépare la communauté musulmane de tous les mécréants, le musulman ayant l’obligation coranique de ne jamais se rapprocher des mécréants (cf. différenciation) et au contraire de s’en distinguer, et même de leur montrer de l’inimitié puisque ceux-ci doivent a minima (juifs et chrétiens) être « humiliés » (en terre d’islam).

Toute remise en cause du tawhid est assimilable à de la mécréance. C’est le cas lorsqu’un valeur, un concept, un principe d’organisation, etc. passe avant la mise en œuvre des préceptes du Coran et de la Tradition (Sunna) : cela revient en effet à subordonner les préceptes d’Allah à un autre précepte humain et donc à mettre quelque chose au-dessus d’Allah ; d’où la conclusion de l’État Islamique : « Toute personne qui, pour juger ou gouverner un pays, revient aux lois humaines et à la démocratie, a adoré un autre qu’Allah ». La mécréance peut donc prendre des formes très diverses : « la laïcité, le communisme, la nationalisme, le patriotisme, le baasisme, le capitalisme, la démocratie, (…). »

Pour l’État Islamique, «  L’appel au tawhid qu’avait entrepris Muhammad Ibn Abdillah  était fondé sur l’adoration d’Allah seul et la manifestation de l’inimitié envers les mécréants, préparant ainsi la voie à l’étape suivante qu’était le brandissement de l’épée pour combattre la terre entière « jusqu’à ce qu’il ne subsiste plus d’association et que la religion soit entièrement à Allah ». »

En effet, le Coran dit Sourate 8, verset 39 : « Et combattez-les [ndlr les polythéistes et mécréants] jusqu’à ce qu’il ne subsiste plus d’association, et que la religion soit entièrement à Allah. Puis, s’ils cessent [ndlr c’est-à-dire qu’ils se convertissent à l’islam] (ils seront pardonnés car) Allah observe bien ce qu’ils œuvrent. »

Coran, sourate 2, verset 218 : « Certes, ceux qui ont cru, ont émigré et ont combattu dans le sentier d’Allah, ceux-là espèrent la miséricorde d’Allah. Allah est celui qui pardonne, le miséricordieux. »

Aussi, « La plus grande mission de l’État Islamique et du Califat est d’établir le Tawhid sur la terre et de détruire le shirk ». « Celui dont le cœur s’est empreint du tawhid et de l’alliance et du désaveu sait que tout cela implique le combat contre les idolâtres de manière immédiate. »

 

Not Imam name !

Pourquoi est-il si difficile à certains de condamner les attentats musulmans ? Tout simplement parce que c’est faire la lumière sur ce que contiennent véritablement les textes musulmans authentiques, auxquels l’État Islamique se réfère de façon constante dans ses publications, et de façon tout à fait précise (avec les références), contrairement à la quasi-totalité des islamologues musulmans qui évitent de citer ces textes et ne présentent en réalité dans leurs ouvrages que leur propre opinion.

L’État Islamique met là le doigt sur un point crucial de la doctrine musulmane et dit en s’adressant aux musulmans qui le critiquent : « « Daesh, pas en mon nom ! » Les musulmans veulent qu’on sache qu’ils n’ont rien à voir avec cet islam-là ! Dommage, c’est le bon ! ».

Or le rejet naturel des exactions de l’État Islamique ne doit pas conduire à éluder ce débat fondamental sur la doctrine de l’islam. Pourquoi à votre avis l’État Islamique écrit-il : « Apprenez votre religion ! Apprenez votre religion ! Lisez le Coran, méditez-le et mettez-le en application. » ou encore « Étudiez la vie du Prophète et des compagnons et voyez quel était le but de leur vie. » ?

Faut-il, après s’être documenté, finir par se ranger à l’avis de l’État Islamique : « La Sirah [ndlr biographie] du prophète Muhammad elle-même, est considérée comme une méthodologie détaillée pour établir la religion sur terre, juger et administrer les serviteurs d’Allah par Sa Loi. » ? Qu’est-ce qu’un monde musulman qui vit sous la règle de la Loi d’Allah telle qu’édictée par le grand Mahomet, le modèle parfait que doivent s’efforcer de suivre tous les musulmans ?

Une seule réponse : FAITES-VOUS VOTRE OPINION EN LISANT LES TEXTES MUSULMANS AUTHENTIQUES, c’est-à-dire reconnus par tous les musulmans, ET NE VOUS SOUCIEZ PAS DE CE QUE DISENT LES ISLAMOLOGUES !

La loi du Talion remise à l’ordre du jour : l’un des bienfaits de l’islam

Alors que la loi du talion avait été heureusement abandonnée par le christianisme, l’islam est venu remettre en vigueur cette loi juive, immense régression mais qui ne fait que traduire une soumission aveugle à Dieu, preuve « d’intelligence ».

Coran, sourate 2, verset 179 : « Il y a pour vous une vie dans le talion ! Ô vous les hommes doués d’intelligence. »

Coran, Sourate 16, verset 126 : « Et si vous punissez, infligez à l’agresseur une punition égale au tort qu’il vous a fait. (…) »

Coran, sourate 5, verset 45 : « Et Nous y avons prescrit pour eux vie pour vie, œil pour œil, nez pour nez, oreille pour oreille, dent pour dent. Les blessures tombent sous la loi du talion. Après, quiconque y renonce par charité, cela lui vaudra une expiation. Et ceux qui ne jugent pas d’après ce qu’Allah a fait descendre, ceux-là sont des injustes. »

La jurisprudence malikite (suivie par les musulmans maghrébins, y compris ceux vivant en France) indique : « Mâlik a dit : « Ce que j’ai entendu de mieux au sujet de l’explication de ce verset : « L’homme libre pour l’homme libre, l’esclave pour l’esclave » (Coran, sourate 2, verset 178), tels en sont les mâles, et « la femme libre pour la femme libre », c’est que l’application de la loi du talion est la même, aussi bien aux femmes qu’aux hommes. Ainsi, on tue une femme libre pour une femme libre, tout comme on tue l’homme libre pour un homme libre, encore on tue l’esclave mâle ou femelle pour un esclave mâle ou femelle. Donc la loi du talion est appliquée de la même façon aussi bien aux femmes qu’aux hommes, conformément aux paroles de Dieu béni et très haut dans son livre : « Nous leur avons prescrit, dans la Torah : vie pour vie, œil pour œil, nez pour nez, oreille pour oreille, dent pour dent. Les blessures tombent sous la loi du talion. » (Coran, sourate 5, verset 45) Ainsi, Dieu béni et très haut avait mentionné que la vie est pour la vie, signifiant là que la femme libre peut être tuée par un homme libre, et ses blessures sont comme les siennes, soumises à la loi du Talion. » »

Dans « l’Éthique du musulman », Mohammad al-Ghazali écrit : « La miséricorde n’est pas une affection aveugle sans entendement, ni une pitié qui ignore la justice et l’ordre. Non. C’est un sentiment qui respect tous ces droits. Le spectacle du supplicié avec son corps suspendu dans l’air et ses yeux grands ouverts qui recherchent la lumière et demandent secours est un spectacle qui inspire la pitié. Pourtant, si l’on exauce ce sentiment éclair et qu’on libère le tueur, la terre sera remplie de désordre. C’est dire que la vraie miséricorde consiste ici à réprimer ce sentiment : « Il y a pour vous, une vie, dans le talion. Ô vous, les hommes doués d’intelligence ! Peut-être craindrez-vous Dieu ! » (sourate 2, verset 179) »

Jacqueline Chabbi précise concernant les racines culturelles du talion : « La vengeance traditionnelle suivait la loi du talion et était transmissible en héritage. Elle est reconnue par le Coran à travers le qisâs, le droit de « retrancher à égalité ». Il s’agit de faire subir au groupe de parenté dont l’un des membres s’est rendu coupable d’un crime ou d’une agression un dommage équivalent à celui qu’il a causé, à moins qu’un accord de compensation n’intervienne entre les groupes concernés (C2/178). »

L’État islamique explique ses méthodes violentes par l’application de la loi du Talion. Contrairement à ce que disent les politiques et la quasi-totalité des islamologues auto-proclamés qui veulent diaboliser l’État islamique pour mieux protéger l’islam dit « modéré », il ne s’agit pas d’une violence aveugle, barbare et inexplicable, mais d’une violence tirée directement de la loi du talion remise au goût du jour par le Coran de tous les musulmans (ex. le pilote jordanien brûlé vif en représailles des bombes larguées et qui ont incendié des quartiers avec des dégâts collatéraux sur les populations ou les combattants). Bien évidemment, les doctes peuvent argumenter longtemps sur les conditions de mise en œuvre de cette violence et celle-ci peut s’exercer avec excès, poussée par l’ampleur toute particulière donnée par les moyens modernes de communication. Mais fondamentalement, il s’agit pour l’État islamique de faire revivre l’islam de Mahomet, qui n’a guère hésité par exemple à massacrer les juifs en les égorgeant.

L’attentat-suicide est-il licite en islam ?

  • Problématique

Au moment où les attentats-suicides augmentent dans certains rangs musulmans, qu’il s’agisse de l’État islamique, de certaines attaques en Israël, etc., il est intéressant de se demander si le dogme islamique autorise ou non cette pratique. Voici quelques réflexions à ce sujet.

  • Le suicide est-il interdit par l’islam ?

Pour Yusuf Qaradawi, éminent islamologue qatari, président du Conseil Européen des fatwas et de la Recherche (organisation européenne publiant des directives à l’attention des musulmans européens, c’est-à-dire de musulmans ne vivant pas dans des pays musulmans – ce qui soulève un grand nombre de questions pour les musulmans –), l’islam interdit le suicide.

Il écrit : « Celui qui se tue, quel que soit le moyen, attente ainsi à une vie que Dieu a interdit de tuer sans raison valable. La vie de l’homme n’est pas sa propriété car il ne s’est pas créé lui-même ; il n’a même pas crée un seul de ses organes, ni une seule de ses cellules. Sa vie n’est qu’un dépôt que Dieu lui a confié. Il ne lui convient pas de la laisser perdre et à plus forte raison d’être lui-même cause de sa perte. »

Il écrit également : « Le Prophète a prévenu celui qui se suicide qu’il sera privé de la miséricorde de Dieu au Paradis et qu’il méritera plutôt sa colère en Enfer. Il a dit en effet : « Il y avait jadis un homme qui était blessé. Il s’affola, prit un couteau et se coupa la main. Ainsi, son sang ne cessa pas de couler jusqu’à sa mort. Dieu dit alors : « Mon serviteur s’est tué avant Ma décision, c’est pourquoi Je lui interdis le Paradis » (hadith unanime). »

Il confirme : « Que les faibles de volonté entendent bien cette menace que le hadith suivant prononce comme un tonnerre accompagné d’éclairs : « Celui qui se jette du haut d’une montagne sera éternellement en Enfer, où il ne fera que s’y jeter et s’y rejeter sans fin. Celui qui s’empoisonne et se tue tiendra son poison dans sa main en Enfer, il ne fera que le boire et le boire pendant toute l’éternité. Celui qui se tue avec un objet de fer tiendra dans sa main cet objet en Enfer, il s’en frappera sans cesse pendant tout l’éternité où il sera immortel » (hadith unanime). »

Si les hadiths suffiraient à eux seuls pour interdire le suicide, Yusuf Qaradawi cite également le Coran en appui à son avis : « Ne vous tuez pas vous-mêmes (ou les uns les autres). Allah, en vérité, est Miséricordieux envers vous. » (sourate 4, verset 29). Mais cette lecture paraît extensive par rapport au texte qu’il faut tout simplement donner à lire dans sa version intégrale : « Ô les croyants! Que les uns d’entre vous ne mangent pas les biens des autres illégalement. Mais qu’il y ait du négoce (légal), entre vous, par consentement mutuel. Et ne vous tuez pas vous-mêmes. Allah, en vérité, est Miséricordieux envers vous. » Il s’agit là a priori d’une recommandation qui semble essentiellement viser les différends commerciaux entre musulmans – habituels à l’époque dans l’Arabie du Prophète –, différends qui pouvaient amener les gens à s’entre-tuer.

Ainsi, pour Malek Chebel : « Il n’y a aucune philosophie du suicide dans le Coran, dès lors que celui-ci n’y est même pas signalé. On peut toutefois supposer qu’il est strictement interdit, compte tenu de l’importance qu’a la vie en islam. »

Sans entrer dans plus de détail doctrinal en faisant référence aux analyses d’autres auteurs, on peut raisonnablement retenir cette position de Malek Chebel sur l’interdiction du suicide en islam, cette position faisant l’objet d’un consensus qui ne semble guère susciter de débats passionnés en terme de doctrine au sein du monde musulman.

  • L’attentat-suicide est-il autorisé ?

Le suicide étant donc interdit, l’attentat-suicide doit donc être regardé du point de vue de son auteur non comme un suicide mais comme un « acte combattant dans la voie de Dieu », une des formes de jihad (« combat dans la voie de Dieu »), puisque l’objectif est bien de tuer des ennemis de Dieu, en tous cas considérés comme tels.

Toutefois la certitude d’être tué en fait quand même un cas un peu spécial au regard du combattant lambda qui peut toujours garder l’espoir de tuer ses ennemis mais de garder lui-même la vie. Mais sur quels critères déterminer la frontière entre le licite (la mort au combat) et l’illicite (le suicide) ? Certains combattants savent très bien par exemple qu’ils se jettent dans la gueule du loup avec la certitude d’être tués dans certains circonstances de guerre – c’est d’ailleurs ce qui fait leur force, l’absence de peur de la mort –, voire avec la volonté de devenir martyrs, et pour être martyr il faut être mort aurait dit monsieur de La Palice.

L’État islamique fait référence au Coran pour justifier explicitement les opérations martyrs en citant le verset suivant : Coran, sourate 2, verset 207. « Et il y a parmi les gens celui qui se sacrifie pour la recherche de l’agrément d’Allah. Et Allah est Compatissant envers Ses serviteurs. » Il semble toutefois que cette traduction soit discutable car Denise Masson ou Régis Blachère par exemple donnent un autre sens correspondant beaucoup plus à la notion de dévouement (ce qui paraît tout à fait logique). Or, ici, les nuances sont importantes. Les arabisants pourront juger à partir du texte original qui peut comporter, comme cela semble le cas ici, des termes anciens malaisés à traduire.

Quant à la référence au hadith (authentique n°3005) de Muslim retraçant la mort en martyr d’un garçon qui refuse d’apostasier, elle semble correspondre au cas classique du martyr pour la foi, très éloignée de la problématique de l’attentat-suicide.

Les textes authentiques, notamment la biographie de Mahomet qui décrit avec moult détails les multiples batailles menées par Mahomet dans la période médinoise (des dizaines de pages), ne traitent a priori pas ce cas. L’attentat-suicide avec explosif est bien une forme nouvelle et moderne de jihad.

  • La valorisation du martyr

En réalité, la valorisation du martyr dans l’islam est telle qu’elle semble reléguer totalement dans le domaine de l’inutile les débats religieux sur la question de la licéité des attentats-suicides. Cette question est instrumentalisée par l’islam dit « modéré » qui tente ainsi de démontrer que les jihadistes qui se font sauter ne sont pas de « vrais musulmans », ce qui est une tentative habile de dédouaner l’islam de ce type de violence et de continuer à ancrer la sempiternelle dichotomie islam / islamisme (radical) – dichotomie qui, il faut le remarquer, commence à poser un sérieux problème aux musulmans modérés eux-mêmes compte tenu de l’ampleur du déni de réalité dans ce domaine au regard des textes musulmans authentiques (cf. violence musulmane).

En effet, l’islam valorise énormément le martyre du combattant mourant dans la voie de Dieu, et donc l’appétence à être tué (éventuellement de façon certaine) en défendant le nom de Dieu, en particulier au travers du symbolisme du martyr qui revient plusieurs fois sur terre pour être plusieurs fois tué (l’objectif étant bien dans ce cas finalement d’être tué et pas seulement de combattre).

Voici quelques références (Coran et hadiths authentiques) pour illustrer cette extrême valorisation, le martyr étant proche d’une forme de bénédiction :

Sourate 2, verset 154 : « Et ne dites pas de ceux qui sont tués dans le sentier d’Allah qu’ils sont morts. Au contraire ils sont vivants, mais vous en êtes inconscients. »

Sourate 3, versets 140 & 141 : « Si une blessure vous atteint, pareille blessure atteint aussi l’ennemi. Ainsi faisons-Nous alterner les jours (bons et mauvais) parmi les gens, afin qu’Allah reconnaisse ceux qui ont cru, et qu’Il choisisse parmi vous des martyrs – et Allah n’aime pas les injustes et afin qu’Allah purifie ceux qui ont cru, et anéantisse les mécréants. »

Sourate 3, verset 157 : « Et si vous êtes tués dans le sentier d’Allah ou si vous mourez, un pardon de la part d’Allah et une miséricorde valent mieux que ce que les mécréants amassent. »

Sourate 3, versets 169 & 170 : « Ne pense pas que ceux qui ont été tués dans le sentier d’Allah, soient morts. Au contraire, ils sont vivants, auprès de leur Seigneur, bien pourvus et joyeux de la faveur qu’Allah leur a accordée, et ravis que ceux qui sont restés derrière eux et ne les ont pas encore rejoints, ne connaîtront aucune crainte et ne seront point affligés. »

Sourate 3, verset 171 : « Ils sont ravis d’un bienfait d’Allah et d’une faveur, et du fait qu’Allah ne laisse pas perdre la récompense des croyants. »

Sourate 4, verset 69 : « Quiconque obéit à Allah et au Messager… ceux-là seront avec ceux qu’Allah a comblés de ses bienfaits : les prophètes, les véridiques, les martyrs, et les vertueux. Et quels compagnons que ceux-là ! »

Sourate 4, verset 74 : « Qu’ils combattent donc dans le sentier d’Allah, ceux qui troquent la vie présente contre la vie future. Et quiconque combat dans le sentier d’Allah, tué ou vainqueur, Nous lui donnerons bientôt une énorme récompense. »

Sourate 9, verset 111 : « Certes, Allah a acheté des croyants, leurs personnes et leurs biens en échange du Paradis. Ils combattent dans le sentier d’Allah : ils tuent, et ils se font tuer. C’est une promesse authentique qu’Il a prise sur Lui-même dans la Thora, l’Évangile et le Coran. Et qui est plus fidèle qu’Allah à son engagement ? Réjouissez-vous donc de l’échange que vous avez fait : Et c’est là le très grand succès. »

Sourate 47, verset 4 : « (…) Et ceux qui seront tués dans le chemin d’Allah, Il ne rendra jamais vaines leurs actions. »

Hadith (Bukhari, Muslim) : « D’après Abû Hurayra, l’Envoyé de Dieu a dit : « Dieu accueillera en souriant deux hommes dont l’un aura tué l’autre et les fera entrer au Paradis. Ce sera le musulman qui, combattant sur le chemin de Dieu, aura été tué [en martyr], et son meurtrier qui se sera ensuite repenti et converti, et auquel Dieu, dans sa grâce, accordera la mort des martyrs ». »

Hadith (Bukhari) : « D’après Jubayr Ibn Hayya, al-Mughîra a dit : « Notre Prophète, d’après le message qu’il a reçu de notre Seigneur, nous a annoncé que celui d’entre nous qui serait tué sur le chemin de Dieu irait au Paradis. »

Hadith (Bukhari) : « Samura a dit : Le Prophète a dit : « J’ai vu pendant la nuit deux hommes venir vers moi. Ils m’ont enlevé vers l’arbre, puis m’ont fait entrer dans une maison plus belle et plus magnifique, telle que je n’en ai jamais vu de plus somptueuse, et ils m’ont dit : Cette maison, c’est la demeure des martyrs ». »

Hadith (Bukhari) : « Anas Ibn Malik a dit : Le Prophète a dit : « Il n’est point d’adorateur (de Dieu) ayant obtenu auprès de Dieu une récompense qui se réjouirait à l’idée de revenir sur cette terre, obtînt-il même tout ce bas monde et tout ce qu’il contient. Il faut cependant faire exception pour le martyr, car lui se réjouirait de revenir sur terre pour être de nouveau tué (sur le chemin de Dieu). »

Hadith (Bukhari) : « Anas Ibn Malik a dit : Le Prophète a dit : « Personne des élus du Paradis ne voudrait revenir en ce bas monde, dût-il posséder n’importe lequel des biens de la terre, à l’exception du martyr ; car lui, il souhaiterait revenir en ce bas monde et être tué à nouveau, et cela dix fois de suite, étant donné ce qu’il sait des faveurs divines ». »

Hadith (Muslim) : « Jâbir a dit : Un homme dit au Prophète : « Où est-ce que je serai, si je suis tué (dans le combat pour la cause d’Allah) ? ». « Au Paradis », répondit le Prophète. L’homme jeta aussitôt quelques dattes qu’il avait dans la main, puis alla combattre jusqu’à ce qu’il fût tué. »

Hadith (Muslim) : « Al-Barâ’ a dit : Un homme des Banû An-Nabît, – une tribu des Ansâr – vint dire au Prophète : « Je témoigne qu’il n’y a d’autre divinité qu’Allah et que tu es Son serviteur et Son envoyé », puis il combattit et fut tué. L’Envoyé d’Allah dit alors : « Celui-ci a peu œuvré, mais a été considérablement récompensé ». » 

Hadith (at-Tirmidhi) : « D’après Al-Miqdam Ibn Madiyarib, le Messager d’Allah a dit : « Il y a six mérites prévus par Allah pour le martyr : (…) 5) il est marié à 72 femmes (vierges) au Paradis ; 6) il peut intercéder pour 70 de ses proches ». »

Sîra : « Lorsque vos frères furent tués à Uhud, Dieu a mis leurs âmes dans les ventres d’oiseaux verts qui boivent des rivières du paradis, mangent de ses fruits, prennent refuge dans les qandils d’or à l’ombre du trône de Dieu ».

Sîra « Le martyr ne sent pas la douleur d’être tué, elle correspond à celle que vous ressentez lors d’un pincement ».

Sîra : « Les martyrs séjournent sur le rivage d’une rivière près de la porte du paradis, sous une coupole verte ».

L’État islamique n’a donc aucune difficulté à trouver dans les textes authentiques musulmans, irréfutables par l’islam « modéré », tous les éléments nécessaires à la mise en avant des mérites du martyr, et par extension du martyr-suicide.

On peut également trouver dans la prédestination qui imprègne la culture musulmane une justification implicite du martyr-suicide puisque tout acte du croyant, y compris celui conduisant à sa mort de façon certaine dans la voie d’Allah, trouve son origine dans le plan de Dieu fixé 50.000 ans avant qu’il ne crée les cieux et la terre (hadith de Muslim). Jacqueline Chabbi écrit : « Tout renvoie donc au milieu local et notamment à sa hantise récurrente de connaître à tout prix le destin qui lui est promis. Le terme « ghayb », destin ou avenir attendu mais caché, qui figure dans le texte est tout à fait symptomatique à cet égard. C’est précisément une des prérogatives du monde de l’Arabie de Mahomet que de croire que les djinns pouvaient surprendre les secrets du destin. » Si un croyant sincère meurt dans un attentat-suicide, n’est-ce pas aussi parce que « c’était écrit » ?

  • Ce qui se cache derrière la question de l’attentat-suicide

En réalité, la question de l’attentat-suicide semble surtout présenter un intérêt symbolique et doctrinal essentiel pour l’islam « modéré ». En effet, la lecture du Coran, des hadiths et de la biographie de Mahomet ne laisse planer aucun doute sur la multiplicité des batailles, razzias, meurtres… de toutes natures menées par les musulmans à l’époque du Prophète. Or, s’agissant de cette violence, toute la ligne de défense de l’islam « modéré » consiste à démontrer coûte que coûte que le Prophète et les musulmans n’ont jamais fait que se défendre contre les polythéistes de La Mecque ou contre les juifs de Médine (qu’ils ont chassés puis exterminés) : ce qui est faux ; il suffit de lire la biographie de Mahomet (la plus authentique, reconnue par tous les musulmans : celle d’Ibn Ishâq/Ibn Hîcham, du IXème siècle) pour le constater.

Or l’attentat-suicide ne peut en aucun cas être présenté comme un cas de légitime défense. Il est donc fondamental pour l’islam « modéré » d’excommunier (c’est-à-dire d’exclure doctrinalement de la communauté) les jihadistes suicidaires, car laisser penser que ces jihadistes resteraient quand même des musulmans (de « mauvais » musulmans, en raison de conditions d’application qui ne seraient pas remplies pour cette violence offensive) revient à admettre que la violence offensive est bien une pratique licite en islam dans certaines conditions : mais ce serait ouvrir une brèche énorme dans tout l’édifice doctrinal de défense de l’islam en tant que religion d’amour et de paix  ; le colosse aux pieds d’argile ne peut sans doute pas se le permettre.

Dar al-Islam : la revue en français de l’État islamique

 Article publié par le Centre Français de Recherche sur le Renseignement

(http://www.cf2r.org/)

 

Dar al islam 1

Car al islam 2

Cette année, l’État islamique a publié six numéros [1] de son magazine officiel en français Dar Al-Islam. [2] Le magazine, qui sert aussi au recrutement de combattants francophones dans les rangs de l’État islamique, a pour objectif premier de présenter et expliquer la doctrine et les méthodes de Daech.

Dar Al-Islam est rédigé par les agents francophones d’Al-Hayat, bureau médiatique officiel en langue étrangère de l’État islamique. Les articles ne sont généralement pas signés ; beaucoup ont été directement rédigés en français, les autres consistant en traductions d’articles déjà parus ailleurs (dans le magazine en anglais Dabiq notamment). Le magazine est distribué en ligne via Twitter et d’autres médias sociaux.

 Dar al islam 3

Les extraits suivants de Dar al-Islam montrent comment, tout au long de l’année 2015, l’État islamique a régulièrement menacé la France, ses intérêts et ses citoyens. Ils présentent également les messages auxquels les partisans de Daech ont pu être exposés, dans le cadre de la propagation de l’idéologie du groupe.

Pourquoi un magazine en français ?

Dans l’introduction du 2e numéro, les rédacteurs de Dar al-Islam présentent clairement les objectifs de la revue :

« Dâr al-Islâm n’est qu’un outil d’incitation à la Hidjrah et au Djihâd et une modeste contribution de frères francophones qui vivent dans le Califat et qui voient autour d’eux cet État se construire sur le sang de leurs frères. Il y a un temps pour tout, un temps pour vivre, un temps pour mourir, un temps pour pleurer, un temps pour rire, un temps pour aimer, un temps pour haïr, le temps est venu d’agir et de se­courir la religion par la langue, le cœur, les membres, la plume et le sabre. »

Le cœur du message de l’État islamique aux musulmans dans le monde est clair : Immigrer pour rejoindre le djihad dans les rangs de l’État islamique, lutter contre les ennemis de l’islam et renforcer le califat légitime.

Après les attaques de janvier 2015 à Paris : Le temps est venu pour les croyants d’avancer 

Le 2e numéro de Dar Al-Islam, publié quelques jours après les attaques terroristes de janvier 2015 à Paris, était principalement consacré à leur glorification et à une justification de nouvelles attaques contre l’Occident, notamment contre la France et les Français. Il mettait en garde contre d’autres attaques à venir :

« Les états mécréants ont compris les conséquences du retour du Califat : la fin de la domination des juifs, des croisés et de leurs alliés. Tout musulman sincère émigre vers l’une des régions de l’État Islamique, cette terre d’Islâm, et quitte les terres de mécréances, dirigées par les pires tawâghît de ce monde, qui font sans cesse la guerre à notre communauté. Le tour est venu maintenant pour les croyants d’avancer, de récupérer les terres et de ne pas laisser une seconde ces tyrans se reposer […] Le musulman ne peut rester loin de cette terre sans être assailli par le regret et sans avoir l’envie de la rejoindre afin de se rapprocher de son Seigneur. Un groupe d’entre eux, nous leur rendons hommage dans ce numéro, ont décidé de frapper l’ennemi sur sa propre terre afin qu’il sache que la guerre ne se fait pas derrière une télé ou en votant dans un parlement. Il faut que la France pleure ses morts comme nous pleurons les nôtres, qu’ils voient le sang des leurs couler comme nous voyons celui des nôtres […] Nous n’avons pas d’avions pour vous bombarder comme vous nous bombardez. Nous avons des hommes qui aiment la mort comme vous aimez la vie. Quand ils se sacrifient pour leur religion, pour leurs frères et leurs sœurs, nous les pleurons tout en ayant la certitude qu’ils sont auprès de leur Seigneur dans Son paradis […] Quelle attaque plus grande contre notre religion qu’insulter et se moquer de notre Prophète bien aimé (sur lui la prière et la paix) comme l’ont fait les mécréants impurs et pervers de Charlie Hebdo. L’exécution de ces impurs réjouit tout croyant et attriste tout hypocrite ! »

 Dar al islam 4

« [Le président français] François Hollande, le Taghut [tyran] français »

Un leitmotiv : la France est un Etat croisé impur qui mène la guerre à l’islam

Dans un message audio du 14 septembre 2014 suite aux premières frappes de la coalition anti-EI nouvellement formée [3], le porte-parole de l’EI Abu Mohammed Al-Adnani a émis des déclarations  régulièrement citées par les combattants et sympathisants de l’EI ; ces déclarations apparaissent plusieurs fois dans Dar Al-Islam. Voici les passages les plus cités concernant la France, dans lesquels Al-Adnani invite tous les musulmans à prendre pour cibles les ennemis de l’EI, nommant spécifiquement les Français et d’autres :

« Votre Etat est confronté à une nouvelle croisade. Ô monothéistes, où que vous soyez, que faites-vous pour aider vos frères ? Qu’est-ce que vous attendez, face à une humanité divisée en deux camps, et une guerre qui s’intensifie de jour en jour ? Ô monothéiste, nous t’exhortons à défendre l’Etat islamique, à l’heure où des dizaines de pays se sont unis contre lui et nous combattent sur tous les fronts. Lève-toi, monothéiste, et défends ton Etat depuis ton lieu de résidence, où que tu sois… Ô monothéiste, ne reste pas en marge de cette guerre, où que tu sois. [attaque] les soldats des tyrans, leur police et leurs forces de sécurité, leurs [services de] renseignements et leurs collaborateurs. Fais-leur perdre le sommeil, pourris-leur la vie, et incite-les à s’occuper de leurs propres [affaires]. Si tu es capable de tuer un infidèle américain ou européen – en particulier un Français, impur et hostile – un Australien ou un Canadien, ou tout [autre] ennemi infidèle des pays qui se sont unis contre l’Etat islamique, alors place ta confiance en Allah et tue-le, par tout moyen [dont tu disposes] « Ô monothéistes, où que vous soyez, faites en sorte que [l’Occident] laisse l’État islamique en paix… La meilleure chose à faire serait de tuer tout infidèle français ou américain ou n’importe lequel de leurs alliés… Si vous ne pouvez pas [faire exploser] une bombe ou [tirer] une balle, arrangez-vous pour vous retrouver seul avec un infidèle américain ou français et frappez son crâne avec un rocher, tuez-le avec un couteau, écrasez-le avec votre voiture, jetez-le d’une falaise, étranglez-le ou injectez-lui du poison. »

Défendre l’État islamique contre la France, Etat croisé et moderne, étendard de la laïcité et de la démocratie

La France est très souvent décrite par Dar Al-Islam comme un Etat croisé corrompu, qui mène la guerre contre l’islam et les musulmans. Dans un article, intitulé « L’histoire de l’inimitié de la France envers l’islam », des auteurs anonymes présentent ce qu’ils perçoivent comme une guerre historique de la France contre l’islam et les musulmans. L’article soutient que la France est l’ennemi de l’islam, à la fois en raison de son antique passé chrétien, du patrimoine de l’époque des croisades et car elle symbolise la laïcité moderne. Ainsi, la lutte de l’EI contre la France serait une lutte d’autodéfense contre une nation qui est, selon l’article, l’incarnation du mal et de la haine envers l’islam :

« Si le musulman veut bien comprendre cette inimitié il doit comprendre l’histoire de ce pays et de ce peuple. On y remarque deux étapes majeures. La première est le fruit d’une royauté corrompue secondée par un clergé pervers et menteur qui tenait le pays d’une main de fer. Pendant cette période, que les historiens nomment l’ancien régime, le France a combattu l’Islâm à travers les croisades. Elle n’en fut pas une simple partisane mais elle en fut l’instigatrice. La première croisade (1096-1099) (guerre) contre l’Islâm a été provoquée par la propagande d’un pape français Urbain II qui est rentré en France pour appeler le clergé et la noblesse à combattre l’Islâm.[…] Après la révolution de 1789 fomentée dans les loges maçonniques, la France s’est trouvée une autre religion tout aussi mensongère et idolâtre que le catholicisme romain : la démocratie et la laïcité. Les élites françaises toujours aussi corrompues et immorales ont continué à combattre l’Islâm au nom, cette fois, du progrès et de la raison lors des guerres coloniales pendant lesquelles la France a envahie et occupée le Maghreb, l’Egypte et, lors de la campagne de Napoléon, une partie du Châm. Des massacres coloniaux ont été commis pendant cette période. Une guerre ouverte contre les lois islamiques a été menée. […] A cause de l’emprise de la juiverie usuraire sur la France après la seconde guerre mondiale la France a apporté un soutien sans faille au Sionisme dont le but était d’arracher la terre bénie du Châm, la terre des Prophètes aux vrais croyants pour la donner aux juifs blasphémateurs assassins des Prophètes qu’Allâh a décrit : {Nous les avons maudits) à cause de leur rupture de l’engagement, leur mécréance aux révélations d’Allâh, leur meurtre injustifié des prophètes.} [S. 4 v. 155]. Manuel Valls déclare que les Juifs de France sont l’avant-garde de la République, ils doivent donc mourir en premier dans la guerre qui oppose l’Islâm et le Califat à la France. Cela a été bien compris par les frères Mouhammad Merah et Amedy Coulibaly (qu’Allâh leur fasse miséricorde).[…] Les lois sur l’interdiction du Hidjâb, les lois anti-terroristes qui permettent l’emprisonnement de tout musulman sans aucune preuve sérieuse, sont autant de gifles au visage de tout musulman qui croit encore qu’il est possible de cohabiter avec les mécréants ou pire de vivre l’Islâm sous l’autorité des mécréants alors qu’Allâh dit : {Et ceux qui n’ont pas cru sont alliés les uns des autres. Si vous n’agissez pas ainsi [en rompant les liens avec les infidèles], il y aura discorde sur terre et grand désordre.} [S. 8 v. 73]. »

La France comme ennemie de l’islam et des musulmans : combattre la France est une réaction à ses attaques

Le discours de l’Etat islamique désigne clairement la France comme son ennemi n° 2, après les Etats-Unis, parmi les puissances occidentales « croisées », et parfois même comme son ennemi n° 1. L’extrait suivant d’un article de Dar Al-Islam montre que selon la logique de l’EI, la lutte contre la France au moyen d’attentats est une réponse au rôle-phare de la France dans la coalition anti-EI :

« Nul ne peut donc ignorer que la France est habitée par une haine sourde et irrationnelle contre l’Islâm et les musulmans qui l’a poussée à se mettre à la tête de la coalition contre le Califat. Ce pays faible, en pleine crise économique et morale dont le peuple est abruti par les divertissements, où la presse people est plus lue que la presse politique, déclare la guerre à un Etat où chaque habitant est un combattant en puissance ayant suivi un entraînement militaire et faisant la guerre pour sa foi, espérant le paradis éternel s’il est tué.[…] Quelques jours seulement après les attentats bénis du frère Aboû Basîr (qu’Allâh l’accepte parmi les martyrs) le parlement français a voté à l’unanimité la prolongation des frappes contre le Califat s’exposant donc à d’autres attentats sur le sol national. »

L’« opération-martyre »

Le magazine glorifie les assaillants-suicides français, les élevant au niveau de héros pour leur sacrifice. Le martyre « pour Allah » est un thème récurrent dans le discours de l’EI. Plusieurs articles de Dar Al-Islam présentent les attentats-suicides comme justifiés et souhaitables. Extraits d’un article intitulé « La légitimité des opérations martyres » [4] :

« Ceux qui pleurent et se lamentent sur les « victimes civiles » des opérations martyrs doivent savoir qu’auprès d’Allâh cela est bien moins pire que le fait que le Tâghoût gouverne les pays et précipite les masses vers l’apostasie générale. Et ceux qui pleurent et se lamentent sur les « victimes civiles » pourquoi ne font-ils pas de même pour ces jeunes gens pieux et purs qui ont fait le sacrifice de leur vie pour élever la parole d’Allâh. »

Cette déclaration de légitimité des attentats-suicides s’adresse spécifiquement aux musulmans dont l’opinion différerait et, plus généralement, à ceux qui ne soutiennent pas l’EI et critiquent ses méthodes.

Un autre article, intitulé « Ce qui attend celui qui ne fait pas la hidjrah » précise :

« Pas de meilleur moyen pour éviter la prison que de suivre le commandement d’Allâh : s’armer et prendre ses précautions. {Les mécréants aimeraient vous voir négliger vos armes et vos bagages, afin de tomber sur vous en une seule masse.} [4:102]. […] Et pas de meilleure arme pour éviter la prison que la ceinture d’explosif que porte nos frères, émirs et soldats dans l’État du Tawhîd: le Califat Islamique. Et si par malheur le musulman se trouve entre les mains du Tâghoût, il doit faire son possible pour sortir de cette situation avilissante : lui, créature qu’Allâh aime, humilié par une créature qu’Allâh déteste : le mécréant ennemi d’Allâh. »

Un autre article [5] suggère des cibles possibles d’attentats, ainsi que des mesures de sécurité à l’intention des agents de l’EI :

« Lors de vos opérations, vous devez déjà être sûr de ce que vous allez viser, et avoir aussi des plans de secours pour chacun de vos plans principaux. Toujours viser les endroits fréquentés, tel que les lieux touristiques, les grandes surfaces, les synagogues, les églises, les loges maçonniques, les permanences des partis politiques, les lieux de prêche des apostats, le but étant d’installer la peur dans leur cœur. Si vous vous procurez un deux roues, il sera plus facile pour vous de vous échapper afin de vous diriger directement vers votre deuxième cible éventuelle. »

Combattant de l’EI : La bannière de l’EI flottera sur l’Elysée, nous venons vers vous

 Dar al islam 5Abu Bakr Al-Hakim alias Abu Al-Tunsi Muqatil, publié dans Dar Al-Islam

Un certain nombre de vidéos de l’EI montrent des combattants français lançant des appels à des attaques sur le sol français, et menaçant la France de représailles pour son implication dans la coalition internationale contre l’EI. [6] Dans une interview parue dans le 3e numéro de Dar Al-Islam, le combattant franco-tunisien Abu Bakr Al-Hakim, alias Abu Al-Tounissî Mouqatil, délivre un message en ce sens. Al-Hakim a une longue carrière djihadiste ; il a combattu en Irak contre les Etats-Unis en 2003 et est soupçonné d’avoir assassiné deux personnalités politiques en Tunisie après avoir passé plusieurs années dans une prison française :

[Intervieweur :] As-tu un message pour les frères en France ?

[Al-Hakim :] Je les appelle à se réveiller et à combattre les ennemis d’Allâh pour la cause d’Allâh. Par Allâh, vous devez vous réveiller et les combattre, si vous voyiez ce qu’ils font ici avec leurs avions, comment ils terrifient nos femmes et nos enfants, comment ils s’efforcent jour et nuit de détruire cet Etat et par la permission d’Allâh, ils ne pourront jamais faire cela. Je les incite à suivre la voie des frères qui ont mené des opérations là-bas. Les armes sont faciles à acquérir dans ces pays. Placez votre confiance en Allâh. Je leur conseille aussi de ne pas chercher des cibles spécifiques. Tuez n’im­porte qui. Tous les mécréants sont des cibles pour nous. Ne te fatigue pas à chercher des cibles spécifiques. Tue n’importe quel mécréant.

[Intervieweur :] As-tu un message pour les mécréants en France ?

[Al-Hakim :] Je leur dis, très bientôt vous verrez la bannière de lâ ilâha illa llâh flotter sur l’Elysée. L’Etat Islamique est très proche aujourd’hui. Il n’y a que la mer entre nous et vous. Par la permission d’Allâh nous venons vers vous. Et, par la permission d’Allâh, vos femmes et vos enfants vont être vendus sur les marchés de l’Etat Islamique.

 Notes

 [1] Voir le rapport de MEMRI en français L’Etat islamique publie le sixième numéro de son magazine en français Dar Al-Islam, 7 octobre 2015.

[2] Voir le rapport de MEMRI JTTM en français L’Etat islamique lance le magazine en français Dar Al-Islam – tribune de prédication et de recrutement de l’organisation, le 29 décembre 2014.

[3] Voir le rapport de MEMRI en français, En réaction à la campagne menée par les Etats-Unis, le porte-parole de l’EI appelle à tuer des Occidentaux, y compris des civils, par tous les moyens, 23septembre 2014.

[4] Voir le rapport de MEMRI en françaisLe 4e numéro du magazine de l’EI en français justifie la lapidation pour adultère, le massacre des « apostats », y compris des membres de la branche syrienne d’Al-Qaïda, 24 juin 2015.

[5] Voir le rapport de MEMRI en français5e N° de Dar Al-Islam, le magazine en français de l’EI : Justification religieuse de l’esclavage, du viol, de l’oppression des chrétiens ; conseils pratiques aux agents de l’EI en Occident, 31 juillet 2015.

[6] Voir le rapport de MEMRI en français L’Etat islamique en français dans une nouvelle vidéo : « Faites exploser la France, réduisez la France en miettes, explosez leurs têtes », 21 décembre 2014.

L’État islamique descend-il de Mahomet ?

Article : « Délégitimer l’État islamique sur des fondements islamiques : Des savants musulmans critiquent Abou Bakr Al-Bagdhadi »

Par Ella Landau-Tasseron (ELT), professeur honoraire du département des études islamiques et moyen-orientales de l’université hébraïque de Jérusalem. Ses domaines de recherche sont l’histoire islamique, le système tribal arabe, les institutions politiques islamiques, les hadiths, l’historiographie islamique et le djihad.

On trouvera ci-dessous un résumé de l’article d’Ella Landau-Tasseron. L’article intégral est disponible à cette adresse : http://www.memri.org/report/en/0/0/0/0/0/0/8873.htm

Remarque liminaire de l’auteur du site : Au vu de cet article très complet, dont de nombreux aspects sont déjà documentés sur ce site, on comprend pourquoi les musulmans « modérés » sont bien en peine de démontrer que la doctrine de l’État islamique ne correspond pas à la nature profonde de l’islam puisque l’État islamique ne fait que ressusciter les pratiques de Mahomet, qui est un modèle pour tous les musulmans.

« Le 19 septembre 2014, un groupe de 126 savants musulmans ont adressé une lettre ouverte au dirigeant de l’État islamique, Abou Bakr al-Bagdhadi, dans laquelle ils critiquent sévèrement la politique et les actions de l’État islamique, qu’ils qualifient de déviations par rapport à l’islam, religion de miséricorde. Pour justifier leur position, ils citent parfois les mêmes textes que ceux employés par l’État islamique, en leur donnant leur propre interprétation. Il convient de mentionner que cette lettre n’a suscité aucun débat dans le monde musulman.

Je [ndlr ELT] présente ci-dessous, point par point, les critiques émises par ces savants, avec une courte analyse de chaque point (indiquée par une astérisque).

1. Un musulman invoquant une autorité religieuse doit avoir une éducation formelle ; il doit appliquer correctement le Coran, les hadith et la théorie juridique, considérer tous les textes pertinents pour chaque question discutée et éviter toute lecture sélective. Les autorités religieuses de l’EI ne remplissent pas ces exigences.

ELT : Al-Baghdadi possède un doctorat en études juridiques islamiques (Sharia) de l’université de Bagdad. Cela fait certainement de lui une personne versée dans la Sharia. En outre, la lecture sélective des textes sacrés est inévitable, parce qu’ils renferment toujours des contradictions. Les critiques les lisent eux aussi de manière sélective, omettant ou s’écartant de textes qui ne correspondent pas à leur argumentation.

2. Une autorité religieuse doit posséder la maîtrise de l’arabe. L’État islamique se présente comme la réalisation de la promesse d’Allah dans le Coran 24:55 : “Allah a promis à ceux qui croient et accomplissent des bonnes oeuvres qu’Il les établira comme successeurs (la-yastakhlifannahum) [de ceux qui les ont précédés] sur la terre…” L’État islamique soutient que le mot la-yastakhlifannahum, dérivé de la même racine que le mot khilafa, fait référence au Califat d’Al-Bagdhadi. Cette interprétation dénote une ignorance de l’arabe, car elle déforme le sens véritable du verset.

ELT : Ce verset a toujours été interprété comme relatant la victoire et les conquêtes du Prophète et du premier califat au septième siècle. L’État islamique, imitant le modèle parfait [du Prophète], applique bien entendu le verset à lui-même. En vérité, le mot la-yastakhlifannahum ne fait pas littéralement référence à un califat, mais certains musulmans pré-modernes pensaient que c’était le cas. Cela signifie que l’État islamique n’a pas introduit de nouvelle interprétation mal fondée.

3. Il est interdit de simplifier à outrance la Sharia et d’ignorer les sciences et les experts islamiques reconnus.

ELT : Les critiques protestent ici contre la tendance actuelle à la “démocratisation de la connaissance religieuse”, en vertu de laquelle des musulmans autodidactes lisent les sources par eux-mêmes et parviennent parfois à des conclusions légales. Cette tendance est facilitée par Internet et son attrait est considérable.

4. L’indulgence est toujours préférable dans les questions religieuses. La propagation de l’islam s’est toujours faite par la prédication, et non par la coercition. Les actions de l’État islamique sont contraires à ce principe islamique.

ELT : Pour formuler cet argument, les critiques recourent à une pratique pour laquelle ils attaquent l’État islamique, à savoir sortir des versets de leur contexte ou se fonder sur des versets considérés comme abrogés. Il est également erroné de dire que l’islam s’est toujours propagé par la prédication uniquement. Tant l’histoire que les livres de droit musulman prouvent le contraire.

5. La Sharia ne doit pas être appliquée de manière rigide et littérale, comme le fait l’État islamique, mais de manière flexible, selon les circonstances du lieu et de l’époque.

ELT : De fait, les érudits musulmans ont toujours fait preuve d’ingéniosité pour adapter les lois de la Sharia aux réalités changeantes. A l’époque moderne, le débat sur le caractère adaptable s’est intensifié, car les musulmans font face à des problèmes résultant de l’affrontement entre les cultures et les valeurs islamiques et occidentales. L’État islamique représente une attitude ultra-puritaine qui, en partie au moins, constitue précisément une réponse à la modernité occidentale et occidentalisée. Les critiques adoptent une approche plus flexible.

6. Il est interdit de tuer des innocents, comme l’État islamique le fait souvent. Il doit exister un motif légal pour tuer.

ELT : L’exigence du “motif légal” est mentionnée dans le Coran mais sans précision ; aussi l’expression reste vague. Les musulmans pré-modernes ont débattu pour savoir si l’incroyance était un motif suffisant pour tuer, ou seulement l’incroyance combinée à l’agression. Les deux positions s’appuient sur des versets du Coran, et sur différentes interprétations et dires du Prophète.

7. L’État islamique tue des journalistes et des travailleurs humanitaires, lesquels sont comparables à des émissaires, qu’il est interdit de tuer.

ELT : Cette analogie faite par les critiques illustre la facilité d’application de normes traditionnelles indulgentes aux circonstances modernes, par déduction. Une autre analogie de la sorte est faite entre le visa moderne et l’aman pré-moderne, à savoir l’institution légale qui protégeait les visiteurs étrangers dans les pays musulmans et vice-versa, à condition qu’ils respectent les lois du pays d’accueil. Après le 11 septembre, de nombreux musulmans ont soutenu que les auteurs des attentats avaient des visas américains, comparables à l’aman donné aux musulmans dans les pays étrangers. En commettant un crime contre leurs hôtes américains, ces musulmans ont ainsi enfreint le droit musulman.

8. L’État islamique attaque des musulmans, alors que le djihad doit être défensif et mené contre des non musulmans uniquement. En outre, il doit être mené pour une cause légale, avec une intention juste, un but légal et un comportement légal. La cause doit résider dans une agression contre les musulmans, l’intention doit être de combattre dans le chemin d’Allah, l’objectif doit être de “faire triompher la parole d’Allah”, et le comportement approprié doit consister à tuer les combattants uniquement. L’État islamique s’est écarté de tous ces principes. L’objectif du djihad a été atteint lorsque la Péninsule arabique a été islamisée par le Prophète en 630-631 de l’ère chrétienne, de sorte que le djihad offensif est devenu obsolète. Les conquêtes islamiques postérieures au Prophète ne peuvent servir de modèle à l’État islamique car elles étaient purement défensives. L’exécution par le Prophète de prisonniers ne peut servir de modèle à l’État islamique, parce que les prisonniers en question étaient des criminels de guerre comme ceux jugés à Nuremberg. L’État islamique se trompe également en appelant chaque musulman à participer au djihad, parce que le djihad incombe à la communauté dans son ensemble, non à chaque musulman en tant qu’individu.

ELT : La plupart des termes et catégories utilisés ici par les critiques sont empruntés à la doctrine occidentale de la guerre juste. Toutefois, les règles du djihad ne sont pas entièrement compatibles avec cette doctrine. Contrairement à l’argument avancé par les critiques, le Coran, les hadith et l’islam pré-moderne ont prêché la guerre offensive. En fait, l’objectif légal islamique de “faire triompher la parole d’Allah” signifie instaurer le règne de l’islam par la conversion ou la soumission des non musulmans – soit par la prédication et la persuasion, soit par des moyens violents. Il y a ainsi une contradiction entre les deux affirmations des critiques (“le djihad est uniquement défensif” et “l’objectif du djihad est de faire triompher la parole d’Allah”). Pour résoudre cette contradiction, les critiques inventent une interprétation novatrice : l’objectif du djihad a déjà été atteint par le Prophète, disent-ils, de sorte que seul le djihad défensif est désormais autorisé. A ma connaissance, aucun savant musulman pré-moderne n’a offert une telle interprétation.

ELT : S’agissant de l’attitude appropriée dans la guerre, les premiers érudits musulmans ont fixé certaines règles, telle que celle de “ne pas tuer d’enfants”, mais celles-ci ont été plus tard annulées par des interprétations ingénieuses. De même, les règles coraniques concernant les prisonniers de guerre stipulaient qu’ils pouvaient être libérés contre rançon ou gratuitement. Des juristes musulmans ont complété ces règles sur le fondement des actions attribuées au Prophète, de sorte que les prisonniers puissent également être exécutés ou transformés en esclaves. Il semble que les règles primitives de conduite du djihad étaient plus compatibles avec les normes internationales actuelles que les réglementations classiques de la Sharia.

ELT : Les critiques ne tiennent pas compte de tous les versets du Coran et informations pertinentes pour la question du djihad (contredisant ainsi leur propre conseil adressé à Al-Baghdadi). En particulier, ils omettent de mentionner les interprétations traditionnelles du verset dit “du Sabre” et de nombreux autres versets et Hadith, qui enjoignent aux musulmans de combattre les Infidèles “dans le chemin d’Allah” indépendamment de la nécessité de se défendre.

ELT : En outre, les expressions cause légale, objectif juste et intention juste sont floues. Elles semblent être des moyens de restreindre la guerre offensive, mais ne sont pas nécessairement telles. Dans l’islam, il existe un précédent permettant de considérer comme des agresseurs tous les non musulmans qui refusent de se convertir, ce qui apporte ainsi un “motif légitime” aux attaques à leur encontre, même s’ils n’ont commis aucune agression effective contre les musulmans. L’objectif de faire triompher la parole d’Allah est “juste” en termes islamiques, mais il n’apporte aucune restriction à la guerre offensive. S’agissant de la conduite de la guerre, l’État islamique peut facilement trouver dans les sources islamiques des précédents ou des justifications pour la plupart de ses actes.

9. Il est interdit de qualifier d’autres musulmans « d’incroyants » (tafkir), comme le fait l’État islamique.

ELT : Qualifier d’autres musulmans « d’infidèles » ou « d’incroyants » a de graves conséquences, parce que selon l’islam, les apostats doivent être exécutés. Le consensus dans l’islam sunnite pré-moderne a toujours été de s’abstenir de prononcer des excommunications autant que possible. Depuis la moitié du vingtième siècle, les musulmans radicaux utilisent le tafkir comme un moyen pour légitimer la violence contre les gouvernements des pays musulmans, et contre d’autres musulmans en général.

10. L’État islamique persécute les chrétiens, bien qu’il existe une alliance entre eux et les musulmans depuis 1400 ans (la dhimma, qui signifie qu’ils payaient un impôt, respectaient certaines conditions et étaient protégés en contrepartie). En outre, le passage du Coran (9:29) : « Combattez ceux qui ne croient ni en Allah ni au Jour dernier, qui n’interdisent pas ce qu’Allah et Son messager ont interdit et qui ne professent pas la religion de la vérité, parmi ceux qui ont reçu le Livre, jusqu’à ce qu’ils versent la capitation par leurs propres mains, après s’être humiliés », s’applique uniquement à ceux parmi les Peuples du Livre (chrétiens, Juifs et Sabéens) qui sont des agresseurs. Les chrétiens d’origine arabe, qui étaient les alliés des musulmans, avaient un statut spécial, en vertu duquel ils ne devaient pas payer d’impôt humiliant mais plutôt un impôt non humiliant, équivalent à la zakat versée par les musulmans.

ELT : La dhimma a été  abolie par les Ottomans en 1856. Néanmoins, le prédécesseur de l’État islamique, « l’État islamique en Irak », a déclaré que le contrat de la dhimma était nul et non avenu en 2007, au motif que les dhimmis l’avaient enfreint. Un nouveau contrat de dhimma a été rédigé par l’EI en 2015. De ce fait, l’organisation propose en réalité aux chrétiens les trois mêmes options que celles traditionnellement proposée à la plupart des non-musulmans :  se convertir à l’islam, payer le tribut et devenir des sujets protégés-humiliés (dhimmis) ou mourir par l’épée. Par cette mesure, l’État islamique se fait l’égal du second Calife, Omar bin al-Khattab (d. 644), considéré comme l’initiateur du système de la dhimma.

ELT : S’agissant des arguments historiques concernant le statut spécial des Arabes chrétiens, ils ont quelque fondement. Les chrétiens de la péninsule Arabique faisaient partie de la société arabe musulmane, et n’ont apparemment subi aucune discrimination. Les Arabes chrétiens dans le Croissant fertile payaient le tribut, mais ils étaient traités avec plus d’indulgence que les chrétiens d’origine non arabe.

ELT : Je ne connais aucun fondement dans les sources islamiques à l’argument selon lequel le verset 9:29 du Coran ne s’appliquerait qu’à une guerre défensive contre des agresseurs chrétiens (ou juifs, etc.).

11. L’État islamique persécute violemment les Yazidis, mais ils appartiennent aux Peuples des écritures, comme les Zoroastriens, les Hindous, les bouddhistes et de nombreux autres. Tous ceux-ci ont été reconnus par les plus grands savants musulmans pré-modernes comme ayant droit au statut de protégés-humiliés, et les Yazidis doivent se voir accorder le même statut et ne pas être persécutés.

ELT : Le Coran n’a accordé le statut de protection qu’aux “Peuples des écritures”, identifiés comme étant les Juifs, les chrétiens et les Sabéens. Les autres idôlatres devaient se convertir ou mourir. Toutefois, les premiers savants musulmans ont considéré la plupart des non musulmans comme comparables aux peuples des Ecritures, et leur ont accordé le statut de protégé-humilié ; ceci est le fondement de la demande des critiques concernant les Yazidis. L’État islamique, toutefois, prétend que les Yazidis sont des idolâtres, sur le fondement de recherches menées par les savants de l’État islamique.

12. L’État islamique pratique l’esclavage, mais celui-ci est interdit. L’islam s’est toujours efforcé d’abolir l’esclavage, qui a en effet été interdit dans le monde entier sur le fondement d’un consensus universel incluant les musulmans.

ELT : Contrairement aux arguments des critiques, la Sharia ne s’est jamais efforcée d’abolir l’esclavage, mais seulement de le régulariser. Il était toutefois considéré comme vertueux de libérer les esclaves musulmans. L’esclavage a en effet été aboli, au moins théoriquement, par la communauté internationale, mais les membres de l’État islamique ne considèrent pas la communauté internationale comme un modèle. Ils considèrent qu’ils font revivre une coutume du Prophète, lorsqu’ils réduisent en esclavage les prisonniers de guerre et qu’ils prennent les filles esclaves pour concubines.

13. Il est interdit de contraindre quiconque de se convertir à l’islam. De nombreux versets du Coran expriment la tolérance envers les non musulmans. Il est également interdit de faire appliquer la Sharia dans le domaine public, car comme l’affirme le Coran (13:31, 26:4), Allah veut qu’il y ait des infidèles et des pécheurs sur terre.

ELT : Les érudits musulmans pré-modernes ont dû déterminer l’attitude du droit islamique envers les non musulmans, au vu des versets coraniques contradictoires tels que : « Pas de contrainte en religion… » (2:256) d’un côté, et l’injonction récurrente de combattre les non musulmans « jusqu’à ce que toute religion appartienne à Allah » (Coran 2:193, 8:39, 48:16) de l’autre. Les érudits musulmans pré-modernes ont considéré comme abrogés, ou autrement écartés, les versets exprimant la tolérance. L’injonction de mener le djihad était considérée comme contraignante et remplaçant tous les versets exprimant la tolérance. Nonobstant des divergences de détail, les érudits ont établi que certains groupes devaient être contraints à se convertir à l’islam ou mourir, tels que les idolâtres arabes, les apostats et les manichéens. Les autres ne devaient pas être contraints, mais devaient se rendre aux musulmans. Les critiques réfutent en fait le consensus pré-moderne, en rétablissant la validité des versets de tolérance.

ELT : L’application forcée de la Sharia dans la sphère publique n’est en aucune manière une innovation de l’État islamique. Dans les livres de Sharia pré-modernes, elle est considérée comme l’une des tâches essentielles du dirigeant musulman. La police religieuse (hisba) dans certains pays musulmans modernes et dans les territoires de l’EI perpétue cette tradition.

14. L’État islamique refuse aux femmes leurs droits, leur liberté de mouvement et leur droit d’étudier, de travailler et de s’habiller à leur goût. Les mariages forcés sont aussi pratiqués par l’État islamique. L’islam interdit tout cela.

ELT : La Sharia contient de nombreuses règles qui, selon les normes libérales modernes, sont discriminatoires envers les femmes. Toutefois, elles peuvent être interprétées et appliquées de différentes manières. Les critiques suggèrent des méthodes pour améliorer la condition sociale des femmes musulmanes, sans renoncer à la Sharia ni adopter un système juridique étranger.

15. L’État islamique tue des enfants et contraint d’autres enfants à prendre part aux combats et aux autres atrocités. L’islam interdit de telles pratiques.

ELT : Pour autant que je puisse dire, il n’existe en effet pas de précédents légaux islamiques ou d’informations concernant le Prophète pouvant justifier le traitement infligé par l’EI aux enfants.

16. L’État islamique applique des peines coraniques (hudud) sans suivre les procédures appropriées, qui garantissent la justice et la miséricorde.

ELT : Le Coran fixe des peines spécifiques pour certains crimes, tels que la lapidation publique en cas de rapports sexuels illicites et l’amputation de la main et/ou du pied en cas de vol. Le droit islamique pré-moderne fait généralement preuve d’une tendance bien ancrée à limiter l’application des hudud autant que possible, par des procédures complexes visant à établir la culpabilité et par la définition de circonstances atténuantes. Apparemment, un régime islamique naissant et controversé comme celui de l’État islamique pourrait tenter de faire preuve de ferveur islamique par l’application stricte des hudud.

17-18.  La torture et les mauvais traitements infligés par l’État islamique, tant aux vivants qu’aux morts, sont non-islamiques et portent atteinte à l’image de l’islam au sein des autres nations.

ELT : La Sharia n’enjoint pas la torture et les mauvais traitements ; parfois elle interdit de telles pratiques explicitement. Par exemple, des paroles prophétiques interdisent d’infliger de mauvais traitements aux morts et d’exécuter par le feu. L’État islamique a justifié cette dernière atrocité à titre de punition “mesure pour mesure” : le pilote jordanien a été exécuté par le feu parce qu’il avait brûlé des innocents en les bombardant.

19. Les membres de l’État islamique attribuent leurs conquêtes à Allah, lui faisant ainsi assumer la responsabilité des atrocités qu’ils commettent au cours de leurs conquêtes. Il est interdit d’impliquer qu’Allah serait responsable de ces actes mauvais.

ELT : Les critiques avancent ici un argument théologique novateur contre la perpétration d’atrocités.

20. L’État islamique détruit les tombes des prophètes et des Compagnons du Prophète ; mais il est permis, et même bénéfique, de visiter de telles tombes, et il est interdit de les détruire. Ceci est indiqué par le Coran et les hadith, et par le fait que les Compagnons ont enterré le Prophète et les deux premiers Califes près de la mosquée de Médine.

ELT : La question des pèlerinages sur les tombes sacrées a été vivement débattue parmi les musulmans pendant des siècles. Certains les ont considérés comme une violation du monothéisme. Les adversaires de ces coutumes comptaient, notamment, Ibn Taymiyya et Muhammad b. Abd al-Wahhab. L’État islamique n’est pas le premier mouvement islamique à s’opposer à la vénération des morts et au culte des tombes.

21. L’État islamique s’est rebellé contre les dirigeants légitimes, ce que la Sharia interdit. Un dirigeant légitime peut être déposé s’il devient un apostat ou qu’il empêche les musulmans de pratiquer l’islam. Toutefois, un dirigeant ne peut être déposé simplement parce qu’il est injuste, haï ou même pour avoir failli à appliquer la Sharia.

ELT : Apparemment, les critiques supposent qu’aucun dirigeant musulman n’est susceptible de renoncer ouvertement à l’islam ou d’interdire la Sharia ; par conséquent, aucune rébellion ne saurait être licite en droit islamique. Ils citent des versets coraniques pour soutenir que le défaut de juger selon la loi d’Allah fait de vous un pécheur, un délinquant et un incroyant (Coran 5:44-45, 47) – mais pas au point d’être rejeté en dehors du giron de l’islam. Cette attitude quiétiste s’est développée sous l’impact traumatisant des premières guerres civiles (fitan, 656-661, 680-692 AC) et est devenue un consensus sunnite. Les radicaux méprisent cette attitude et s’opposent aux gouvernements musulmans précisément parce qu’ils s’abstiennent de juger selon la loi d’Allah telle qu’ils l’entendent. Les radicaux citent précisément les mêmes versets que les critiques pour justifier leur conception révolutionnaire.

22. Il est interdit de déclarer un Califat sans le consensus de tous les musulmans, sous peine de déclencher des guerres intestines. Si l’EI considère les 1,5 milliard de musulmans qui vivent actuellement sur le globe comme étant croyants, alors al-Bagdhadi ne peut être Calife, parce qu’ils ne l’acceptent pas du tout. A l’inverse, si l’EI considère tous les musulmans, sauf ses partisans, comme des infidèles, alors le nombre de ses partisans est trop faible pour établir un Califat, parce qu’une communauté de croyants restreinte n’a pas besoin d’un Calife.

ELT : Les critiques expriment ici à nouveau l’attitude née du traumatisme historique de l’islam sunnite dû aux guerres intestines (fitna), et se font l’écho des théories qui interdisent l’opposition au gouvernement. L’argument selon lequel un petit nombre de musulmans n’a pas besoin d’un calife n’a pas de fondement dans les sources islamiques. De fait, l’histoire ancienne du Califat va dans le sens contraire, car le premier Calife avait été rejeté par la plupart des tribus arabes et même par certains des Compagnons du Prophète. La tradition a réglé ce problème en déclarant que tous les Compagnons s’étaient finalement rangés derrière le Calife, et en qualifiant les dissidents restants d’apostats (à savoir, de non musulmans).

23-24. Il est interdit d’abolir les frontières des États-nations, comme le fait l’État islamique. Il est aussi injuste d’appeler des étrangers à émigrer en Syrie et en Irak aux dépens de la population locale. Contrairement à la doctrine de l’État islamique, la migration a cessé d’être obligatoire ou d’être un acte islamique méritoire après la conquête de La Mecque, en 630.

ELT : Les Arabes et les musulmans n’ont pas rejeté le concept des États-nations, même si au Moyen-Orient, il était lié à l’effondrement du califat ottoman et avait été mis en œuvre de manière artificielle par les puissances impériales. Toutefois, le concept des États-nations n’avait pas de racine dans la Sharia. Pour les radicaux qui souhaitent imiter le modèle de l’islam originel, les États-nations sont un élément étranger qui doit être supprimé, et la migration vers le seul califat islamique authentique est actuellement la juste voie, tout comme elle l’était à l’époque du Prophète. Longtemps après cette époque, les érudits musulmans ont généralement jugé que les musulmans ne devaient pas vivre dans un pays où ils n’étaient pas libres de pratiquer leur religion. L’État islamique peut facilement prétendre que les restrictions imposées en Europe au port du voile, et au niveau sonore de l’appel à la prière (adhan), sont des restrictions imposées aux musulmans qui nécessitent leur migration vers un pays islamique authentique.

  • Conclusion

ELT : Les critiques sont horrifiés par les atrocités de l’État islamique et font de leur mieux pour délégitimer celui-ci. Ils ne mentionnent pas que l’État islamique édifie un état islamique qui fait revivre les institutions islamiques passées, telles que le contrat entre la communauté et le dirigeant (bay’a), la capture du butin de guerre, la taxe imposée aux chrétiens, les punitions coraniques pour des crimes spécifiques (hudud), les tribunaux de la Sharia et les tribunaux civils (mazalim), le choix offert aux polythéistes entre la conversion et la mort, et la possession d’esclaves. L’objectif de l’État islamique, faire régner la parole d’Allah (par la force si nécessaire), est directement emprunté au consensus sunnite pré-moderne. A l’époque moderne, la plupart des musulmans ne sont pas désireux de commettre des atrocités pour atteindre cet objectif. Toutefois, le contester explicitement ou le réfuter de manière convaincante est une tâche difficile, car CET OBJECTIF ET LE DJIHAD NÉCESSAIRE POUR Y PARVENIR SONT FONDÉS SUR LES TEXTES ESSENTIELS DE L’ISLAM. [ndlr souligné par l’auteur du site]

ELT : Tant l’État islamique que ses critiques se fondent sur les textes islamiques, parfois les mêmes textes exactement. La nature et le contenu de ces textes exigent une lecture sélective et autorisent des conclusions diverses, parfois contradictoires. »

Les femmes capturées par les musulmans peuvent être violées ou vendues

On sait que Mahomet et ses partisans conduisirent de nombreuses batailles, razzias, dont un des objectifs principaux étaient notamment de se procurer des biens et des femmes. Dans ce cas, les femmes captives deviennent esclaves et sont donc soumises au bon vouloir de leur maître qui peut les violer comme bon lui semble, sous réserve de respecter le délai imposé par Mahomet pour s’assurer de la pureté de la femme. Il n’y a d’ailleurs pas de raison a priori pour que Mahomet ait procédé différemment avec les femmes captives qu’il s’attribuait.

La Sîra précise en effet : « L’Envoyé d’Allah fit faire prisonnières [ndlr lors de la bataille de Khaybar] Saffiya bint Huyayy, elle était la femme de Kinana Ibn al-Rabi, ainsi que deux de ses cousines du côté paternel. L’Envoyé d’Allah choisit pour lui-même Saffiya. Dihyah Ibn Khalifa al-Kalbi avait auparavant demandé à l’Envoyé d’Allah de lui donner Saffiya, mais quand l’Envoyé d’Allah l’a choisie pour lui-même, il donna à Dihyah ses deux cousines. Les autres femmes captives furent distribuées aux autres musulmans. (…) Ibn Ishâq dit : Abdallah Ibn Abi Nujayh m’a rapporté sur l’autorité de Makhul que l’Envoyé d’Allah leur interdit ce jour-là quatre choses : 1) s’accoupler avec les femmes captives enceintes ; (…) L’Envoyé d’Allah a dit : « Il n’est pas licite à un homme qui croit en Dieu et en le Jour dernier d’arroser par son sperme le sperme d’autrui – c’est-à-dire de s’accoupler avec les femmes captives enceintes. Il n’est pas licite à un homme qui croit en Dieu et au Jour dernier de s’accoupler avec une femme captive [ndlr c’est-à-dire, concrètement, de la violer] avant de s’assurer qu’elle est en état de pureté. »  »

La jurisprudence chaféite confirme : « Quand un enfant ou une femme deviennent captifs, ils deviennent esclaves du fait de la capture, et le précédent mariage des femmes est immédiatement annulé. »

Bien sûr, en dehors du viol, il y a aussi la vente, également pratiquée par Mahomet comme l’indique la Sîra « Ibn Ishâq dit : Puis, l’Envoyé d’Allah fit le partage des biens des Banû Quraydha (cf. banû Quraydha), de leurs femmes et de leurs enfants entre les musulmans. En ce jour, il indiqua les parts pour les cavaliers et les parts pour ceux qui combattirent à pied. (…) Ce fut le premier butin où on fit le partage en parts et où on déduisit le cinquième. C’est d’après cette règle et ce qu’a fait l’Envoyé d’Allah que se faisait désormais le partage du butin dans les campagnes. Puis, l’Envoyé d’Allah envoya Sa’d Ibn Zayd al-Ansair, frère des Banû Abd al-Ashhal à Najd avec des femmes captives de Banû Quraydha pour les vendre et acheter en échange des chevaux et des armes. »

L’État islamique ne fait donc rien d’autre qu’appliquer la doctrine de Mahomet à l’issue de ses combats, doctrine parfaitement justifiée par la pratique du Prophète et de ses Compagnons.

Pourquoi l’État Islamique détruit les statues ? Parce que Mahomet le faisait, tout simplement !

Le monde occidental est horrifié devant la « barbarie » de l’État islamique qui détruit des œuvres d’art inestimables et exécute de sang froid certaines personnes en charge de ce patrimoine. En réalité, l’État islamique est logique et cohérent avec la doctrine musulmane puisqu’il procède comme l’a préconisé et l’a fait Mahomet, notamment lors de la prise de La Mecque.

Or « Mahomet n’est pas un barbare puisque celui qui sert de modèle à l’État islamique n’a jamais été qualifié de barbare par aucun dirigeant actuel du monde occidental » aurait dit monsieur de La Palice. Simplement, Mahomet avait un référentiel de valeurs différent du nôtre (occidental).

D’ailleurs, que ce soit dans le domaine artistique ou sur d’autres sujets, y compris pour le jihad, aucun dirigeant occidental, y compris MM. Hollande, Valls, Cazeneuve, Sarkozy, Chirac, Juppé,… n’a jamais tenté de mettre en cause la référence de Mahomet comme modèle à suivre par tous les jeunes musulmans. Il est donc logique que cette référence leur apparaisse parfaitement légitime et estimable puisqu’elle n’est jamais contestée, même en France.

  • La doctrine : Les anges n’entrent pas dans les maisons où il y a des statues

Yusuf Qaradawi indique : « L’islam interdit la présence de statues dans la maison islamique. Cela concerne toute figurine traitée avec considération. L’islam a fait de la présence de ces statues dans la maison une raison pour que les anges la fuient. Or, les anges sont une manifestation de la miséricorde de Dieu exalté et de sa satisfaction. Le Messager de Dieu a dit : « Les anges n’entrent pas dans une maison où il y a des statues (ou des images) » (hadith unanime). Les savants ont dit : « L’unique raison pour laquelle les anges n’entrent pas dans la maison où il y a des images, c’est que celui qui adopte ces images a ainsi imité les mécréants. Ceux-ci mettent en effet des images dans leurs maisons et les glorifient. Les anges détestent donc cela et n’entrent pas chez lui en signe de contestation. L’islam a interdit au musulman de fabriquer des statues, même s’il les destine au non-musulman. Le Prophète a dit en effet : « Parmi ceux qui auront les châtiments les plus sévères le jour de la Résurrection, il y a ceux qui font ces images ». Dans une autre version : « Ceux qui veulent créer comme Dieu » (hadith unanime). »

  • Ainsi Mahomet ordonne de détruire ou de défigurer les statues

Mahomet, apôtre d’un strict monothéisme, demandait donc naturellement de détruire ou défigurer les statues. Ainsi, Yusuf Qaradawi écrit : « On rapporte dans un hadith que Gabriel refusa d’entrer chez le Messager de Dieu car une statue se trouvait devant sa porte. Le lendemain il n’y entra pas non plus et lui dit : « Donne l’ordre de couper la tête à cette statue afin qu’elle prenne l’aspect d’un arbre ». Certains savants s’appuyèrent sur ce hadith pour dire que seules les statues entières sont interdites. Ainsi, quand la statue a perdu un organe vital, elle devient licite. Cependant, l’examen juste de la demande de Gabriel de couper la tête de la statue, afin qu’elle prenne l’aspect d’un arbre, nous montre que l’important n’est pas l’influence de l’organe sur la vie de la statue ou sur sa mort par son ablation, mais l’important est de la défigurer afin que son aspect n’incite plus à l’adorer après l’ablation de l’une de ses parties. Si nous examinons sérieusement le problème en toute impartialité, nous jugeons que les bustes qu’on dresse dans les places pour immortaliser certains rois et certains grands sont bien plus interdits que ces statuettes entières avec lesquelles on orne les maisons. »

La Sîra retrace ainsi la prise de La Mecque par Mahomet :

–  « Lorsqu’il arriva à la Maison Sacrée, Mahomet tourna autour d’elle sept fois, monté sur sa chamelle, touchant l’angle (al-rukhn) avec une canne qu’il tenait dans sa main. Quand il finit ce tournement autour d’al-Ka’bah, il appela Uthmân b. Talbach et prit de lui la clef de la Ka’bah. On la lui ouvrit. Il y entra et y trouva une colombe en bois. Il la brisa par sa main et la jeta. Puis il se mit debout à la porte d’al-Ka’bah, pendant que la foule de gens se réunissaient dans la Mosquée. »

–  « Ibn Hîcham dit : « Un savant m’a dit que l’Envoyé d’Allah entra dans la Maison (Sacrée) le jour de la conquête de Makkah. Il y vit des images des anges et d’autres personnes. Il vit Ibrahim peint, tenant en sa main des flèches avec lesquelles il pariait (ou tirait au sort). Alors il dit : « Que Dieu les maudisse ! Ils ont fait notre vieux (ancêtre) parier et tirer au sort avec des flèches ! Ibrahim, qu’avait-il à faire avec le pari par les flèches ! Puis il récita le verset : « Abraham ne fut ni juif ni chrétien mais fut hanîf et soumis (muslim) [à Allah] ; il ne fut point parmi les associateurs » (sourate 3, verset 67). Puis il ordonna de détruire toutes ces images. Ce qui fut fait. »

Yusuf Qaradawi confirme par d’autres sources la destruction des statues de la Ka’ba lors de la prise de La Mecque : « Ibn Abbas a raconté que lorsque le Messager de Dieu vit au moment de la conquête de La Mecque les idoles qui remplissaient le temple sacré de Dieu, il n’y entra pas jusqu’à ce qu’elles fussent toutes détruites sur son ordre (hadith rapporté par al-Boukhari). Il ne fait aucun doute que ces statues exprimaient l’idolâtrie des associateurs de La Mecque et leur ancien égarement. »

Yusuf Qaraqawi donne une autre illustration : « On rapporte qu’Ali Ibn Abi Talib a dit : « Le Messager de Dieu était dans un cortège funèbre. Il dit : « Qui d’entre vous veut bien aller à Médine et n’y laisser aucune statue sans la briser, aucune tombe sans la niveler à hauteur de sol, aucune image sans la barbouiller ? » Quelqu’un répondit : « Moi, ô Messager de Dieu ! » L’homme partit et les habitants de Médine eurent peur de s’y opposer : puis il dit à son retour : « Ô Messager de Dieu ! Je n’y ai laissé aucune statue sans la briser, aucune tombe sans la niveler à hauteur du sol, et aucune image sans la barbouiller ». Le Messager de Dieu dit alors : « Celui qui revient à l’une de ces pratiques aura renié ce qui a été descendu sur Mohammad » » (hadith rapporté par Ahmad) »

La destruction des statues du musée de Bagdad ou des bouddhas de Bamiyan n’a donc rien d’un acte barbare au regard de la doctrine musulmane : c’est l’application même de la doctrine de Mahomet, qui légitime les actes de l’État islamique et des autres groupes musulmans orthodoxes.

  • La signification profonde : préserver le monothéisme

Yusuf Qaradawi précise : « Parmi les raisons profondes de l’interdiction des statues (et ce n’est pas la seule comme certains le pensent), il y a la préservation du monothéisme et l’éloignement de tout ce qu’imitent les idolâtres dans leurs images et leurs idoles qu’ils fabriquent de leurs mains puis adorent et se recueillent devant elles. »

Dans le même esprit, Hani Ramadan indique de son côté que le monothéisme musulman réalisé comprend le fait de s’être débarrassé des statues car ce sont des entraves dans le chemin vers Dieu.

Havre de savoir Excellence

Havre de savoir Excellence Hani Ramadan Statues

  • Heureusement, les jouets sont néanmoins autorisés (merci Aïcha !)

La statue est autorisée si aucun attachement cultuel quelconque n’est susceptible d’y être associé. Il en va ainsi des jouets des enfants dans la mesure où un hadith authentique unanime confirme cette position.

En effet, Yusuf Qaradawi indique : « S’il y a là une catégorie de « statues » où l’intention de glorifier quelqu’un n’apparaît pas, où il n’y a pas de luxe et qui ne contient rien des choses interdites déjà citées, l’islam admet alors de bon cœur, et n’y voit aucun inconvénient. Entrent dans cette catégorie les jouets des enfants auxquels on donne la forme de poupées, de chats ou d’autres animaux. Ces figurines sont en effet privées de tout respect puisqu’elles servent de jouets et de distraction aux enfants. La mère des croyants, Aïcha, a dit : « Je jouais avec des poupées sous le toit du Messager de Dieu et je recevais mes amies qui se cachaient pour jouer par crainte du Messager de Dieu, mais ce dernier était content de les voir venir chez moi et partager mes jeux » (hadith unanime). Dans une autre version, le Prophète lui dit un jour : « Qu’est-ce que cela ? » Elle répondit : « Ce sont mes poupées ». Il dit : « Quel est donc celui-ci qui se tient au milieu d’elles ? » Elle répondit : « C’est un cheval ». Il dit : « Que porte-t-il ? ». Elle répondit : « Deux ailes ». Il dit : « Un cheval avec deux ailes ? ». Elle répondit : « N’as-tu pas entendu dire que Salomon, le fils de David, avait des chevaux ailés ? » Le Messager de Dieu se mit à rire à pleines dents (Abou Dawoud). Il s’agissait de figurines avec lesquelles jouaient les fillettes et les garçons. Notre dame Aïcha était encore toute jeune au début de son mariage avec le Messager de Dieu [ndlr 6 ans]. »

Grâce à Aïcha, les enfants sont donc autorisés à pouvoir jouer avec des figurines. Il est intéressant de noter que l’âge de la très jeune Aïcha, parfaitement cohérent avec le fait de jouer à la poupée, n’est absolument pas remis en cause dans ce cas de figure pour nier le fait que Mahomet ait eu des relations sexuelles avec une petite fille de 9 ans (il en avait environ 52…).

  • Conclusion

Mieux vaut ne pas laisser nos musées entre les mains des musulmans, cela risque de mal finir un jour, et d’autant plus lorsque ces musées sont à la gloire de l’art occidental