Pourquoi l’État Islamique exhorte les musulmans à étudier et à apprendre leur propre religion

  • La doctrine musulmane : le sujet dont on ne peut pas parler en France

Toute personne qui fréquente un tant soit peu les cercles culturels parisiens abritant des débats ou conférences portant sur l’islam (Institut du Monde Arabe, LICRA, Collège des Bernardins,…) constate de façon évidente que ces débats ou conférences portent toujours sur des questions sociales, économiques, psychologiques, géopolitiques, etc. en écartant systématiquement toute analyse documentée de la doctrine musulmane, fondée sur les textes religieux musulmans authentiques. J’invite d’ailleurs les lecteurs de cet article à réagir si d’aventure ils avaient connaissance de lieux en France où se tiennent des débats réellement contradictoires sur la doctrine religieuse musulmane et où on donne réellement la parole au public. Je m’y rendrais avec beaucoup d’intérêt.

Souvenons-nous des discours lénifiants qui ont suivi les attentats de janvier et novembre 2015 et qu’on peut résumer par « l’islam, ce n’est pas cela ! » : au-delà des incantations, a-t-on pu lire quelque part des analyses documentées avec des références précises aux textes musulmans expliquant en quoi la doctrine de l’islam est contraire à ces actes ? Je ne crois pas. Aucun argumentaire sérieux n’a été présenté. Et il faut que rappeler que le trop fameux « Nulle contrainte en religion ! », exhibé à tout propos, est un verset déjà obscur par lui-même au regard de la liberté religieuse puisque Mahomet a puni de mort les apostats, sans compter qu’il fait en réalité tout simplement partie des versets abrogés par la doctrine du jihad, combat armé dans la voie d’Allah, ce que l’on ne précise jamais dans les médias, mais ce que tous les imams pourtant savent.

Pourquoi ce mensonge systématique ? Parce que, en dépit de ce que veulent faire accroire beaucoup de « spécialistes », il est facile de constater que les textes musulmans originels authentiques sont simples et clairs sur le projet de société de l’islam pour le monde. Tout le discours consistant à « noyer le poisson » au travers des notions de « contextualisation » et d’« interprétation » est destiné à perdre dans une complexité inutile et trompeuse un public occidental qui n’a, à 99%, jamais pris la peine d’ouvrir un Coran et de le lire, mais ne manque cependant pas d’avoir une opinion sur le sujet…

  • L’appel des fondamentalistes à étudier les textes musulmans originels

La clarté du message coranique est précisément ce qui explique l’appel insistant et constant des fondamentalistes (aujourd’hui l’État Islamique, demain d’autres, raison pour laquelle cette question est récurrente) visant à inciter les musulmans, en particulier en Occident, à étudier et apprendre leur religion : requête qu’il est difficile de rejeter, même si elle vient de l’État Islamique ! Hormis ceux vivant dans certains quartiers (ex. Molenbeek à Bruxelles, Saint-Denis à côté de Paris – le Molenbeek français où la police de notre gouvernement est absolument incapable de faire respecter la loi d’interdiction du port de la burqa et, ce qui est sans doute beaucoup plus grave, en partie peut-être parce qu’il ne le veut pas –), les musulmans occidentaux ne sont en réalité pas de bons musulmans mais des apostats puisqu’ils n’appliquent pas l’islam que pratiquait le Prophète Mahomet et qui est – ils le répètent assez – leur modèle : je vous invite instamment à lire la biographie originelle de Mahomet (Ibn Hîcham) pour le constater par vous-même.

Le premier signe d’apostasie est d’ailleurs d’abandonner la conception communautariste de la société voulue par l’islam en acceptant la vie au sein des mécréants, voire en se liant d’amitié avec eux, ce que le Coran leur interdit formellement. Malek Chebel écrit d’ailleurs justement, dans l’Article « Amitié avec les incrédules » de son « Dictionnaire encyclopédique du Coran » : « Tout lien avec un infidèle ou un incroyant est considéré comme une compassion pour ses idées, et parfois comme une adhésion pure et simple. Dieu défend aux croyants de se lier avec les infidèles. »

Cet appel à l’étude de la doctrine de l’islam s’explique assez naturellement par la très faible connaissance par le commun des musulmans de leurs propres textes : il suffit de les interroger au hasard sur les versets du Coran, les hadiths ou la vie de Mahomet pour le constater. Beaucoup de musulmans en Occident ne dépassent guère le vernis culturel de leur milieu d’origine où les leçons de leur référents spirituels : d’où la diversité des prétendues « interprétations » du Coran en fonction de l’imam de référence.

Ainsi, l’État Islamique pousse les musulmans à étudier pour repousser l’ignorance, reconnue d’ailleurs comme un des fléaux de l’islam par beaucoup d’islamologues occidentaux (constat également fait par les musulmans eux-mêmes le dimanche matin sur France 2 dans l’émission « Islam »). L’État Islamique exhorte ainsi : « Apprenez votre religion ! Apprenez votre religion ! Lisez le Coran, méditez-le et mettez-le en application », message difficilement contestable pour quelque musulman que ce soit.

C’est précisément ce décalage entre l’islam authentique et la version dénaturée pratiquée les musulmans en Occident que les occidentaux n’appréhendent pas, ce qui les conduit à une incompréhension manifeste de la nature profonde de l’islam et à une vision naïve et bien-pensante de la relation entre musulmans et non-musulmans, alors même qu’ils sont informés de ce qui se passe dans les pays musulmans ou qu’ils sont alertés par les chrétiens d’Orient, surtout quand un retour à la source originelle de cette religion se fait jour.

Souvenons-nous d’ailleurs que lorsque Benoît XVI a eu le courage de protester après l’attentat qui coûta la vie à 21 chrétiens égyptiens le 1er janvier 2011 devant une église copte en dénonçant une « stratégie de violence », le grand imam Ahmed al-Tayeb de l’université Al-Azhar du Caire qualifia ces propos d’« ingérence inacceptable » et suspendit les relations de l’université avec la papauté (comme cela était déjà arrivé après « l’affaire » du discours de Ratisbonne).

Cet aveuglement occidental explique tout le tohu-bohu médiatique et philosophique actuel qui obstrue les ondes de radio et de télévision, entretenu par des intellectuels occidentaux qui, ayant rarement pris la peine de lire les textes musulmans, se trouvent – à l’instar du gouvernement – totalement désemparés face au phénomène dit de « radicalisation », terme dont la définition précise accapare déjà l’essentiel de leur temps.

Or le constat est simple et la racine du problème est doctrinale : tout musulman qui lit simplement mais avec attention le Coran, les hadiths et la vie de Mahomet n’a a priori d’autre choix doctrinal que de se « radicaliser », c’est-à-dire de revenir à l’islam originel, celui du modèle Mahomet, en demandant l’application de le chari’a, sauf à renier les valeurs de l’islam du Prophète et donc à apostasier, ce qui est interdit sous peine de mort en terre d’islam.

Il faut quand même rappeler à cet égard que le Conseil Français du Culte Musulman refuse encore aujourd’hui aux musulmans le droit d’apostasier : déplorer l’apostasie est une chose (ce qui est le fait de toute religion), considérer que ce n’est pas un droit en est une autre (sans même parler de la punition). Pour dire les choses autrement : le C.F.C.M. n’accorde pas aux musulmans français aujourd’hui la liberté de conscience ni la liberté religieuse. On comprend ainsi mieux dans ce contexte que des intellectuels musulmans plus ouverts aient pu organiser à l’Institut du Monde Arabe en novembre 2015 une conférence dont le thème surprenant mais courageux était : « Quelle place dans la religion musulmane pour une véritable liberté personnelle, de conscience et de choix ? »

IMA

  • Revenir aux textes musulmans originels

Sans l’existence de ce fondement doctrinal incontestable, violent et guerrier, issu en droite ligne des textes musulmans originels (que l’État Islamique n’a par conséquent aucune difficulté à citer), les conditions sociales, psychologiques, économiques, etc. ne trouveraient pas de terrain favorable au déclenchement de la radicalisation violente de certains individus, l’islam étant la seule religion, du fait de sa doctrine même, concernée par cette question. En effet, voit-on des personnes connaissant de grandes difficultés économiques ou sociales décider un jour d’abattre des gens dans la rue au nom du judaïsme, du christianisme ou du bouddhisme ?

La lecture de la propagande contenue dans les revues publiées par l’État Islamique sur internet conduit à constater un niveau élevé de documentation : les références au Coran et aux hadiths mises à la disposition de tous sont nombreuses et précises. Il n’est toutefois pas indiqué, concernant les hadiths, s’ils sont authentiques (sahih) ou de moindre qualité (les trois degrés étant : authentique, tout à fait fiable = sahih ; raisonnablement fiable, bon = hasan ; peu fiable, non assuré = da’if). Cela étant, ceux de Bukhari et Muslim sont quasiment tous sahih. Chacun peut les vérifier.

Cette qualité du référencement est d’ailleurs très nettement supérieure à celle de beaucoup d’ouvrages sur l’islam disponibles dans le commerce en France et qui se contentent bien souvent d’opinions sur les valeurs de l’islam, opinions non justifiées par le recours précis aux textes, les auteurs pouvant projeter leurs désirs et leur idéal du « vivre-ensemble », au lieu de restituer la réalité du dogme.

  • « Les imams qui égarent »

L’État Islamique invite ainsi les musulmans à revenir par eux-mêmes à la lecture de leurs propres textes originels au lieu de se reposer sur des imams dont la lecture des textes varie au gré des circonstances et surtout en fonction des cercles d’influence auxquels ils sont soumis (notamment par le financement). Tout cela n’a a priori rien d’étonnant dans la mesure où la culture musulmane est marquée par la faiblesse dramatique de l’esprit critique, dénoncée explicitement par Tariq Ramadan dans ses conférences, ou encore récemment (mai 2016) par Abdennour Bidar lors d’une conférence à l’Institut du Monde Arabe sur le statut du Coran (ou même lisez « Lettre ouverte au monde musulman » de ce dernier).

Pour l’État Islamique, aucun chef religieux, y compris le sien (Abu Bakr Al-Baghdadi) ne peut être vu comme un guide infaillible pour les musulmans à la mode chiite car l’État Islamique rejette la notion d’infaillibilité qui induit le « taqlid », c’est-à-dire « le fait d’agir selon l’avis de quelqu’un sans connaître sa preuve » et donc le suivi aveugle d’une personne qui conduit en réalité à l’égarement. Pour l’État Islamique, « La religion des gens de la jahiliya [période pré-islamique réputée ignorante car ne connaissant pas l’islam] était basée sur des fondements dont le plus important est le taqlid [fait d’agir selon l’avis de quelqu’un sans connaître sa preuve]. Le suivi aveugle est la grande règle des mécréants du premier jusqu’au dernier. » Et : « Le taqlid peut aussi atteindre la mécréance lorsque l’on oblige à suivre un imam en particulier. Ibn Taymiya a dit : « Quiconque rend obligatoire de suivre un imam en particulier doit être sommé de se repentir ; s’il refuse, il doit être tué. S’il dit qu’il convient de faire cela, alors c’est un ignorant égaré ». »

L’État Islamique met ainsi particulièrement en garde contre les prétendus « savants » qui tentent d’imposer aux autres musulmans leur intermédiation doctrinale alors qu’ils n’ont de légitimité que celle qu’ils se donnent à eux-mêmes : « Les musulmans aujourd’hui sont dissuadés, par ceux qui se réclament d’un soi-disant « salafisme » ou même « jihadisme salafiste », de l’approche du Coran et de la Sunna sans l’usage des lunettes aveuglantes qui les limitent à ce que désirent les « savants » contemporains parmi ceux qui soutiennent les partisans du Taghout et ceux qui s’assoient en arrière parmi leurs femmes dans l’ombre du Taghout. Cette intermédiation déviante était-elle une condition pour comprendre la religion [l’islam] auparavant ? » « Thawban a dit : le Messager d’Allah a dit : « Je crains pour ma communauté les chefs qui détournent du droit chemin ». »

Sont particulièrement visés « Les imams qui égarent : 1) Ceux qui sont touchés par les mêmes maux que ceux qui ont touché les savants des juifs et des chrétiens et qui recherchent la parure de la vie présente. (…) Celui qui parmi nos savants devient corrompu ressemble aux juifs, quant à celui qui devient corrompu chez nos adorateurs ressemble aux chrétiens. (…) 2) Ceux qui enseignent un simple tawhid [monothéisme (rigoureux)] théorique dénué de toute concrétisation par les actes. »

  • Conclusion

Il est heureux pour les sociétés occidentales que les musulmans vivant en Occident connaissent très mal leurs propres textes et pratiquent un islam édulcoré, dévoyé au yeux de l’islam orthodoxe, mais plus ou moins compatible avec des valeurs occidentales très souvent antinomiques avec celles de l’islam de Mahomet. Il est en revanche extrêmement préoccupant que les responsables politiques occidentaux ignorent également ou négligent ces textes, parfois volontairement par un dilettantisme coupable.

Comme le faisait remarquer avec beaucoup de justesse le criminologue Alain Bauer lors d’une conférence à l’Institut des Hautes Études de la Défense Nationale qui s’est tenue le lundi 23 mai 2016 sur le thème « les mutations du terrorisme » (cf. Bauer IHEDN), l’État Islamique (comme d’autres groupes fondamentalistes) a beau communiquer de façon transparente, détaillée et précise sur sa doctrine et ses intentions, l’Occident se refuse obstinément à en tenir compte (Alain Bauer rappelait également le précédent hitlérien, personne n’ayant prêté attention à Mein Kampf) ; au point qu’Alain Bauer préconisait même lors de cette conférence une cure salutaire de Dabiq et de Dar-al-islam (les revues de l’État Islamique publiées sur internet).

Pourtant, des signes précurseurs évidents doivent alerter sur le danger pour les sociétés occidentales de l’islam de Mahomet. Ainsi, le voile islamique (dont Tariq Ramadan rappelle lui-même qu’il ne l’imposera jamais à une femme), la burqa, la djellaba, les longues barbes et les moustaches rasées, etc. sont visiblement bien moins des choix personnels que des signes ostensibles et agressifs manifestant le rejet viscéral des valeurs traditionnelles de la société occidentale et française dans laquelle certains musulmans se sentent obligés de vivre, alors même pourtant qu’ils ont toute liberté d’émigrer dans des pays musulmans conformes à leur vœux (ce que le Coran leur demande d’ailleurs). Ces signes expriment le défi et la provocation sur le territoire de guerre (dar-al-harb) à conquérir par l’islam. Dans la conception musulmane, un territoire, si petit soit-il, pris sur les mécréants et devenu de facto musulman, ne doit plus jamais changer de camp : il doit rester à tout prix musulman.

Nouvelle publication : Les sources doctrinales de l’État Islamique

À un moment où l’État Islamique (Daesh), ses affiliés ou d’autres organisations et courants islamistes (Al Qaïda, talibans, etc.) commettent des attentats presque chaque jour dans le monde au nom de l’islam et de son Prophète, il apparaît indispensable de chercher à mettre au jour, le plus objectivement possible, les racines doctrinales généralement occultées de cette situation. Certes, l’horreur des attentats et des crimes provoque une telle réaction émotionnelle, qu’il est bien difficile d’engager une réflexion rationnelle. Le vacarme médiatique et l’accumulation d’avis d’« experts » entretiennent, du reste, une forme de confusion – et on a vite fait, devant la monstruosité sanglante des actes et la peur d’ouvrir la boite de Pandore de la doctrine, de reléguer leurs auteurs au rang de psychopathes, de « barbares » qui auraient pris prétexte d’une lecture biaisée de leur religion pour assouvir leurs pulsions meurtrières.

Pourtant, la lecture des textes sacrés de l’islam conduit rapidement à constater que les choses ne sont pas si simples. Les déclarations ou les revues de l’État Islamique montrent que sa démarche, du point de vue purement doctrinal, est loin d’être irrationnelle ou totalement incohérente. C’est le rapport de ce discours aux sources musulmanes reconnues comme authentiques que je vous propose d’analyser sans préjugé ni tabou – car c’est à cette condition seulement que nous pourrons mieux le combattre.

Sources doctrinales 1

http://www.uppreditions.fr/livre/978-2-37168-053-1_les-sources-doctrinales-de-l-etat-islamique-tome-1-de-mahomet-au-califat/

Sources doctinales 2

http://www.uppreditions.fr/livre/978-2-37168-054-8_les-sources-doctrinales-de-l-etat-islamique-tome-2-la-violence-et-le-sacre/

Le silence et la passivité de la majorité traduisent-il une forme de solidarité vis-à-vis de la minorité agissante ?

La multiplication des attentats musulmans (ou tentatives d’attentats) en Europe repose régulièrement la responsabilité de l’ensemble de la communauté musulmane vis-à-vis de ces actes dans la mesure où ces actes sont revendiqués au nom de l’islam, sur la base de références doctrinales et historiques qu’il n’est pas si facile de jeter aux orties, l’islam étant d’ailleurs la seule religion à connaître ce problème. C’est sans doute qu’il y a bien une raison.

Ainsi, à peine une semaine après les attentats du 13 novembre 2015, le Conseil Français du Culte Musulman, manifestait un certain « agacement » quant à l’évocation renouvelée de la responsabilité de la communauté musulmane en écrivant au début du prêche destiné à être lu le 20 novembre 2015 dans toutes les mosquées françaises : « Il est légitime de se demander si – en tant que musulmans – nous devions, encore une fois, nous justifier devant nos compatriotes, comme si nous étions des « présumés coupables ». » (voir 13 novembre)

Il est pourtant justifié de s’interroger sur la responsabilité explicite ou implicite de la communauté musulmane, celle-ci ne semblant d’ailleurs pas dépenser beaucoup d’énergie pour simplement manifester une compassion profonde à l’égard des victimes (comme dans le cas du prêche du C.F.C.M.). Par exemple : l’infiltration des jihadistes dans le quartier de Molenbeecke n’a-t-elle pas été rendue possible par de multiples complicités ou la simple passivité de certains qui ont « fermé les yeux » sur des situations qui auraient dû justifier d’alerter les autorités belges (outre l’irresponsabilité de ces mêmes autorités qui n’ont visiblement pas pris la mesure du danger) ?

L’intervention ci-dessous, dans une université américaine, est une réflexion intéressante qui pointe bien la responsabilité indirecte mais bien réelle de la majorité pacifique mais silencieuse face à la minorité agissante défendant l’islam historique de Mahomet (ce qu’on appelle, à tort, le « radicalisme ») :

Majorite silencieuse

La majorite silencieuse

Effectivement, que fait concrètement la majorité musulmane pacifique pour lutter contre l’orthodoxie musulmane dans les pays occidentaux ? Juste dire : « Nous n’avons rien à voir avec cela » ? C’est sans doute un peu court, mais nous n’avons semble-t-il pas grand-chose d’autre à nous mettre sous la dent pour le moment.

Attentats de Bruxelles : le double discours de Tariq Ramadan continue à dessein d’entretenir la confusion

Article publié dans Atlantico le 8 avril 2016

Tariq Ramadan a publié une tribune sur le site de Politico à l’occasion des récents attentats de Bruxelles. Je vous propose d’en analyser quelques passages qui semblent importants. Le texte intégral est disponible à cette adresse : http://www.politico.eu/article/attentats-en-belgique-tariq-ramadan/

  • « Il importe de déceler les raisons de cette dérive de la violence extrémiste qui n’est pas seulement “folle,” “irrationnelle” et “barbare.” De tels propos, en plus de répandre la confusion terminologique, n’offrent aucune clarification politique aux termes de l’équation. Ils ajoutent de l’aveuglement à la réaction émotionnelle nourrie par la peur alors que nous avons besoin aujourd’hui de raison, de rationalisation, de propos raisonnés, fermes certes, mais nécessairement raisonnables. »

Tout à fait d’accord : cette dérive est sous certains aspects raisonnée, rationnelle et violente mais non « barbare » contrairement à la présentation qu’en fait le monde politique et médiatique. Il convient effectivement d’en analyser la nature profonde pour sortir de la confusion et de l’aveuglement.

  • « Comment expliquer cette violence extrémiste ? Pourquoi aujourd’hui ? Pourquoi sur tous les continents dans des lieux chargés de sens et de symboles ? La première raison est politique. On ne peut pas aujourd’hui vouloir déconnecter ces actions de la scène internationale avec la violence, la terreur et la mort qui se sont installés depuis si longtemps en Afghanistan, en Irak, en Syrie, en Lybie et plus largement en Afrique et en Asie. Les politiques européennes et américaines à l’étranger ne sont pas coupées du monde et ceux qui les ciblent le répètent à longueur de vidéos : “vous avez répandu la guerre et la mort dans nos pays, nous vous rendons la monnaie de votre pièce.” »

Il est assez curieux que Tariq Ramadan pose comme première raison la responsabilité du monde occidental, et en particulier des européens et des américains. Même si cela rentre en ligne de compte, on s’attendrait d’abord à un mea culpa au nom de l’islam dont le lien avec la violence religieuse s’exprime depuis de nombreuses années dans des contextes très variés. D’ailleurs, si cette violence religieuse peut s’appuyer sur des motivations politiques en fonction des théâtres d’opération, il n’en reste pas moins qu’elle est première et existe sans cela, puisque la doctrine même de l’islam prône le jihad, « combat dans la voie d’Allah », et promet le paradis à tous les « martyrs ».

Rappelons en outre que la violence entre les multiples courants du monde musulman, et au premier chef desquels les sunnites et les chiites, est une constante depuis 1.400 ans, pour des motifs religieux.

  • « La seconde raison est exprimée à demi mots dans les différents communiqués des cerveaux commanditant ces opérations : il s’agit de provoquer des fractures dans les sociétés occidentales entre les musulmans et tous les autres citoyens. Aux musulmans, il s’agit de faire comprendre et sentir qu’ils ne seront jamais le bienvenu dans les sociétés occidentales. Le but étant également que ces dernières nourrissent une peur de l’islam et des musulmans et qu’elles assimilent leur présence au danger et à la violence. »

Tariq Ramadan rejoint avec cette analyse beaucoup de « sociologues islamologues » français qui ont finalement l’audace de vouloir nous empêcher de réfléchir. D’après leur vision, nous ne serions que des marionnettes manipulées par l’État Islamique et on nous dit : « puisque vous êtes manipulés, vous devez faire le contraire de ce que prétend vous faire faire le manipulateur ». Et l’on nous demande donc d’exprimer une solidarité sans faille avec l’islam de France qui, bien entendu, n’a aucun rapport avec tout cela (si ce n’est la religion…).

Ce qui est renversant dans ce discours est qu’à aucun moment n’est abordée de façon précise la question du contenu du discours du « manipulateur » alors que l’idée de manipulation implique nécessairement l’idée de tromperie. Car c’est bien le fond du problème : le discours de l’État Islamique est-il, oui ou non, une traduction correcte de la doctrine musulmane ? Si cela devait être le cas, faudrait-il parler de manipulation ? Malheureusement, la question n’est jamais abordée sous cet angle.

Les lecteurs d’Atlantico qui seraient intéressés pourront sans doute trouver quelques informations intéressantes pour éclairer ce débat dans l’ouvrage « Les racines doctrinales de l’État Islamique » en cours de publication e-book aux éditions UPPR (2 tomes d’une quarantaine de pages chacun).

Par ailleurs, si des fractures dans les sociétés occidentales entre les musulmans et les autres citoyens existent bien, puisqu’on voit depuis longtemps fleurir un peu partout le communautarisme, elles n’ont visiblement pas attendu l’État Islamique pour apparaître. À lire les textes musulmans, on en déduit que l’islam est une religion fondamentalement communautariste. Le Coran est clair sur la supériorité de la communauté musulmane sur toutes les autres et la nécessité pour elle de ne pas se mélanger avec celles-ci. Par exemple :

Sourate 3, verset 110 : « Vous êtes la meilleure communauté suscitée chez les hommes (…). Si les gens du Livre croyaient, ce serait meilleur pour eux ; il y en a parmi eux qui croient mais la plupart sont des pervers. »

Sourate 3, verset 139 : « Ne perdez pas courage, ne vous affligez pas alors que vous êtes les supérieurs, si vous êtes de vrais croyants. »

Sourate 60, verset 1 : « Ô vous qui avez cru ! Ne prenez pas pour alliés Mes ennemis et les vôtres, leur offrant l’amitié, alors qu’ils ont nié ce qui vous est parvenu de la vérité. (…) »

Malek Chebel écrit avec clairvoyance dans son Dictionnaire encyclopédique du Coran (article « Amitié avec les incrédules ») : « Tout lien avec un infidèle ou un incroyant est considéré comme une compassion pour ses idées, et parfois comme une adhésion pure et simple. Dieu défend aux croyants de se lier avec les infidèles. »

Ce communautarisme va jusqu’au souci de ne pas ressembler au mécréant, de peur de devenir comme lui, comme le rappelle Yusuf Qaradawi dans Le licite et l’illicite en islam : « Ibn Taymiyya a affirmé à juste titre que le fait d’être différent des mécréants est une obligation visée par le Législateur : « L’imitation des autres extérieurement aboutit à les aimer et à accepter leur protection intérieurement. De même que l’amour intérieur aboutit à l’imitation extérieure. C’est une vérité dont témoignent les sens et l’expérience ». »

Il n’existe pas aujourd’hui de pays, musulman (par définition) ou non, où la présence de l’islam ne se traduise pas par le communautarisme.

  • « Dans les faits, il ne s’agit pas à proprement parler d’une “radicalisation religieuse” puisque que les jeunes qui intègrent ces réseaux ont quelques semaines à six mois de pratique dans leur grande majorité. Le basculement est subi et il ne s’agit pas d’une progression de la pratique religieuse vers la violence et la terreur : certains de ces jeunes sont encore dans la délinquance, la boisson, la drogue et la vie des boites de nuit au moment même où ils organisent les attentats. »

Sur quelles données s’appuie l’affirmation selon laquelle les personnes radicalisées auraient dans leur grande majorité tout au plus 6 mois de pratique de l’islam, que ce soit parmi celles qui sont musulmanes de culture ou parmi les récent(e)s converti(e)s ? Un certain nombre de kamikazés ont fréquenté les milieux salafistes depuis plusieurs années. D’autres ont eu le temps de parfaire pendant des mois leur formation au Moyen Orient comme on a pu le retracer a posteriori à travers leurs multiples déplacements.

Si des jeunes basculent dans l’action violente, quels éléments permettent de dire que ce basculement est nécessairement subi, c’est-à-dire la résultante d’une manipulation ? N’a-t-on pas entendu la veuve d’un des kamikazés du Bataclan (Samy Amimour) faire part de la fierté d’avoir été l’épouse d’un combattant du jihad mort en martyr au combat ? Faut-il parler de manipulation dès lors que quelqu’un adhère à des idées qu’on ne partage pas ?

Si certains jeunes sont dans la délinquance, il est évident que cet état prédispose plus naturellement à l’action qu’une réflexion religieuse purement intellectuelle ; c’est tout à fait logique. Il en est de même dans des périodes troubles (insurrection, luttes communautaires, révolutions,…) : il est plus facile à ceux qui ont l’habitude de se battre et d’agir de prendre les armes.

Quant au fait que certains jeunes « soient encore dans la boisson, la drogue et la vie des boîtes de nuit au moment même où ils organisent des attentats », c’est précisément ce que l’État Islamique leur demande : passer inaperçus, se fondre dans la masse, donner l’impression de partager ce contre quoi en réalité ils se battent. Il est étonnant que cela ait échappé à Tariq Ramadan.

Enfin, même si certaines personnes sont sans doute en manque de repères parmi ces jihadistes, il faut arrêter de dire que le problème de l’action violente en islam est seulement un problème psychologique. La violence en islam est un problème vieux comme l’islam, a des racines claires dans la religion musulmane elle-même (et dans les textes sacrés), l’histoire du monde musulman en est la preuve évidente.

  • « La religion est convoquée et il faut donc y répondre avec un discours religieux solide et rigoureux mais s’il ne faut pas se tromper de cible : la référence religieuse est un vêtement qui cache des aspirations politiques, des volontés de pouvoir et de divisions cyniques, machiavéliques et souvent inhumaines (…). »

La religion est effectivement « convoquée », terme un peu pédant mais on voit l’idée. Sans doute la référence religieuse cache-t-elle des motivations politiques, mais le problème est que, indépendamment de la question politique, la référence religieuse existe bel et bien. Depuis 1.400 ans que l’islam existe, il est surprenant qu’un discours clair et solide sur le rapport de l’islam à la violence n’ait pas encore été élaboré pour répondre à cette problématique.

  • « Comment répondre à une situation si complexe dont les causes sont si diversifiées dont la conséquence est une violence qui peut sévir partout et sous de multiples formes. »

Tariq Ramadan fait partie des esprits les plus brillants et les plus instruits de la communauté musulmane mondiale. On est un peu surpris par sa difficulté à détricoter la complexité revendiquée de cette situation. Pourquoi vouloir introduire de la complexité si certains facteurs peuvent s’expliquer simplement, si ce n’est pour « noyer le poisson » ? Et si les Français lisaient la biographie originelle de Mahomet (Ibn Ishâq/Ibn Hîcham), n’auraient-ils pas matière à y découvrir de nombreuses clefs de lecture ? C’est une recommandation insistante qu’on ne peut que leur faire.

  • « Il s’agit de demeurer humbles tout en restant déterminés à combattre cette violence extrémiste en s’intéressant à ses causes autant qu’à son expression concrète. Cela commence, en Europe par exemple, par éviter de critiquer le modèle de société du voisin ou le manque de compétence de ses services de renseignements comme on l’avait entendu en Grande-Bretagne vis-à-vis de la France et aujourd’hui en France à l’égard de la Belgique. »

Cette humilité est louable mais ce rappel est assez stupéfiant. Il faut en effet se souvenir que quelques jours après les attentats de Charlie (janvier 2015), Tariq Ramadan avait laissé entendre sur le plateau de « Salut les Terriens » que les services de renseignement français avaient laissé faire. Voici le verbatim de son intervention : « J’ai dit et je le répète avec force…parce que toute personne raisonnable, qui n’a pas des question à se poser sur ce qui s’est passé en 2001, sur ce qui s’est passé en 2004, en 2005…et même avec ce qui s’est passé avec Mehra,….Il y a des questions, et j’ai demandé dès 2001 une commission d’enquête indépendante, non pas parce que je dis que c’est un complot, mais si vous voulez lutter contre les complotistes, apportez des réponses à des questions. Si aujourd’hui on sait qu’il y avait des menaces contre Charlie Hebdo, qu’ils aient pu aller aussi facilement…Moi je veux qu’on me dise comment ça se fait que les services de renseignement français aient laissé faire. Comment se fait-il que les renseignements français n’aient même pas vérifié les téléphones des femmes ce ceux qui allaient tuer ? Eh bien, j’ai des questions. Aujourd’hui, soit on me répond, par une enquête indépendante, soit on fait tous les imbéciles et on croit tout ce qu’on nous dit. Finalement, pour pouvoir être dans l’air du temps en France, faut la boucler. »

Tariq Ramadan Salut les terriens janvier 2015

Tariq Ramadan Complot janvier 2015

  • « Il nous faut une politique sécuritaire concertée sur toute l’Europe avec la double condition de comprendre, d’abord, qu’elle ne peut être qu’un moyen dans une stratégie plus globale et multidimensionnelle et, ensuite, qu’elle ne saurait justifier les stigmatisations de certains citoyens, les manquements aux droits humains (les migrants compris) et le non respect de la dignité égale des personnes. »  

La politique sécuritaire n’est pas en soi un facteur de stigmatisation. Elle prend simplement acte de ce qui se passe et de la différence énorme de vision culturelle et humaine qui sépare les pays européens de celle des migrants en provenance des pays musulmans.

  • « On ne peut soutenir des dictatures, être les partenaires politiques et économiques des Etats produisant la pensée salafi littéraliste (…). »

Tariq Ramadan met avec raison en exergue la relation schizophrène que la France entretient avec certains pays du Golfe, au premier rang desquels l’Arabie Saoudite, dont la doctrine converge sur bien des plans avec celle de l’État Islamique. En politique, on peut être effectivement amené à traiter avec ses pires ennemis idéologiques pour des raisons bassement économiques, mais il faut alors être lucide et conscient de ce que cela veut dire en matière de soutien et de développement de l’islam sur le territoire de « la fille aînée de l’Église ».

  • « Les citoyens musulmans doivent participer aux débats de société avec l’idée de penser et de construire la politique sociale de demain et non pas à être convoqués à se justifier, voire à se dédouaner après chaque attentat ou controverse. »

C’est bien en référence claire aux textes sacrés musulmans que les attentats sont perpétrés. Les citoyens musulmans seraient donc certainement dans une position plus facile s’ils étaient collectivement capables de formuler leur doctrine de façon unifiée et dans un langage intelligible et qu’on puisse ainsi juger de la différence par rapport à celle de l’État Islamique. Or cela semble pour le moment impossible et aucune initiative aujourd’hui n’en prend le chemin. Quant aux manifestations de compassion à l’égard des victimes, on peut raisonnablement dire qu’elles sont d’une ampleur sans commune mesure avec l’émoi médiatique entretenu avec force ces dernières années au sujet du voile islamique et de la burka.

  • « Je le répète depuis 25 ans, il n’y a pas d’échec de l’intégration religieuse et culturelle en Europe, mais un déficit, voire une déroute, des politiques sociales relatives à l’éducation, à l’habitat et à l’emploi notamment. »

L’échec est malheureusement patent. Tariq Ramadan ne semble pas beaucoup fréquenter les quartiers de Paris ou de la région parisienne où on circule beaucoup plus en djellaba qu’en jupe, où les femmes n’osent plus se promener seules, où un mauvais regard peut avoir des conséquences incalculables,… La France a-t-elle jamais connu les mêmes difficultés avec l’immigration européenne ?

  • « On le voit, il est nécessaire de clarifier les termes du débat, d’appréhender la complexité du phénomène et proposer des réponses multiples et complémentaires avec une approche holistique. Etre obnubilé par la seule question religieuse, refuser de voir l’aspect politique et espérer que les opérations guerrières et sécuritaires nous protégeront est un leurre aux conséquences dangereuses. »

Avant d’écarter la question religieuse, encore faudrait-il l’avoir analysée. Or, comme elle est systématiquement évacuée par tous les analystes et islamologues, pour des raisons politiques et religieuses évidentes, comment prétendre qu’elle n’entre pour rien dans le débat ? Ce n’est donc pas du tout comme cela qu’on apportera de la clarté et de la vérité dans le débat. La vérité intéresse-t-elle ?

CONCLUSION

Ces propos de Tariq Ramadan illustrent la subtilité d’un double discours qui semble particulièrement bien élaboré : la dialectique consiste en effet à constater certains faits problématiques, « donnant le change » et laissant croire à l’objectivité et à la sincérité de la démarche, mais en orientant systématiquement l’analyse sur des pistes « acceptables », c’est-à-dire qui ne nuisent pas trop au système religieux qu’on veut défendre quoi qu’il arrive, et donc aux dépens de l’exploration d’autres voies beaucoup plus intéressantes mais qui sont censurées ou occultées.

Reste alors cette implacable interrogation : Car, enfin, pourquoi la violence religieuse aujourd’hui est-elle le seul fait de l’islam ? Pourquoi ne trouve-t-on pas des kamikazés ou des tueurs à la kalachnikov chez les chrétiens, les juifs, les bouddhistes, les athées,… POURQUOI ?

Comment l’Oumma sous-tend le califat islamique

  • L’obligation d’être solidaire de sa communauté

L’islam est une religion fondamentalement communautariste qui oppose le monde dominé par les musulmans (dar-al-islam) au monde de la mécréance qui est à conquérir (dar-al-harb), l’ensemble des musulmans participant de la communauté (Oumma) musulmane mondiale. Le Coran exige ainsi de tout musulman une solidarité sans faille envers sa communauté afin que sa communauté soit ainsi renforcée dans l’opposition naturelle qui la fait s’affronter à toutes les autres communautés humaines.

Sourate 3, versets 103 & 104 « Et tenez-vous fermement tous ensemble à la corde d’Allah et ne soyez pas divisés ! Rappelez-vous le bienfait d’Allah sur vous lorsque vous étiez divisés : c’est Lui qui réconcilia vos cœurs. Puis, par Son bienfait, vous êtes devenus frères. Et alors que vous étiez au bord d’un abîme de Feu, c’est Lui qui vous en a sauvés. Ainsi, Allah vous montre Ses signes afin que vous soyez bien guidés. Que soit issue de vous une communauté qui appelle au bien, ordonne le convenable, et interdise le blâmable. Car ce seront eux qui réussiront. »

  • Les musulmans vivant en Occident doivent émigrer en terre d’islam

Le chemin privilégié du musulman vivant dans une terre de mécréance dont il ne peut pas espérer prendre rapidement le contrôle est en conséquence l’émigration dans un pays musulman où il pourra vivre sa foi comme il l’entend. Le Coran et la Tradition sont tout à fait clairs à ce sujet :

Sourate 4, versets 97 à 99 : « Ceux qui ont fait du tort à eux mêmes, les Anges enlèveront leurs âmes en disant : « En quel état étiez-vous ? » – « Nous étions impuissants sur terre », dirent-ils. Alors les Anges diront : « La terre d’Allah n’était-elle pas assez vaste pour vous permettre d’émigrer ? » Voilà bien ceux dont le refuge est l’Enfer. Et quelle mauvaise destination ! À l’exception des impuissants : hommes, femmes et enfants, incapables de se débrouiller, et qui ne trouvent aucune voie : à ceux-là, il se peut qu’Allah donne le pardon. Allah est Clément et Pardonneur. »

Hadith authentique (Abu Dawud) : « Celui qui reste avec l’associateur et habite avec lui est comme lui ».

  • L’Oumma ne peut réellement se rassembler que sous l’autorité d’un seul calife

Toute communauté a besoin d’un chef et le Coran mentionne ce point :

Sourate 2, verset 30 : « Lorsque ton Seigneur confia aux anges : « Je vais établir sur la terre un vicaire [ndlr Khalifa] (…) ».

Hadith (Abu Dawud) : « Le Prophète a dit : « Si trois personnes partent en voyage, qu’ils nomment l’un d’entre eux comme émir [chef] ». »

L’histoire des califes en terre d’islam est une histoire mouvementée avec d’abord les « quatre califes bien guidés », puis ensuite tous les autres jusqu’au califat ottoman. Aujourd’hui, l’idée d’un unique califat mondial est revivifiée par l’État Islamique, certes à son profit, mais avec des références doctrinales préexistantes bien réelles : « Tout ce qui est obligatoire comme le jihad, établir la justice, le pèlerinage, les prières du vendredi, les prières en commun et celles des deux fêtes, secourir celui qui a subi l’injustice, appliquer les peines prescrites, tout cela n’est possible qu’avec la force de l’émirat. »

Cette « résurrection » du califat est une nécessité doctrinale pour l’État Islamique : « La communauté musulmane a retardé cette obligation qu’est le califat jusqu’à même l’oublier ou de n’en parler que lorsque sont abordés les signes de la fin des temps. »

La revendication de l’action violente et terroriste en islam

Compte tenu de la violence pratiquée par Mahomet dans son jihad, la violence ne pose en soi pas de problème philosophique fondamental en islam. Mais faut-il faire une distinction entre les actions de guerre de l’État Islamique et les actions qualifiées de « terroristes » par l’Occident, les politiciens occidentaux répétant à satiété, comme le reprend ironiquement l’État Islamique, que « Ces attentats n’ont rien à voir avec l’islam » et qu’« Il ne faut pas faire l’amalgame entre les terroristes et les musulmans » ?

En réalité, la notion de « terrorisme » n’existe pas dans le contexte du jihad : la fin justifie les moyens, d’autant que les musulmans se battent contre tous ceux qui s’opposent par leur mécréance à Allah, donc civils compris, et pas seulement les combattants effectifs des armées. L’action terroriste destinée à effrayer les populations, paralyser l’économie de l’ennemi, fait donc partie de la panoplie classique du jihad. Que le jihad prenne de nos jours une tournure nouvelle avec les moyens modernes qui n’existaient pas du temps de Mahomet (et les ressources financières prodigieuses résultant de l’exploitation du pétrole), cela est une évidence.

Or, tout à fait indépendamment de l’État Islamique, le Coran fournit une justification de l’action terroriste par laquelle il s’agit d’« effrayer l’ennemi » – Allah contribuant à cette tâche –, la peur étant un des aspects psychologiques importants de la guerre, comme on l’a notamment vu lors de la prise de Mossoul abandonnée par des soldats fuyant dans le plus grand désordre :

Sourate 8, verset 12 : « Et ton Seigneur révéla aux Anges : « Je suis avec vous : affermissez donc les croyants. Je vais jeter l’effroi dans les cœurs des mécréants. Frappez donc au-dessus des cous et frappez-les sur tous les bouts des doigts. »

Sourate 8, verset 60 : « Et préparez pour lutter contre eux [ndlr les mécréants] tout ce que vous pouvez comme force et comme cavalerie équipée, afin d’effrayer l’ennemi d’Allah et le vôtre, et d’autres encore que vous ne connaissez pas en dehors de ceux-ci mais qu’Allah connaît. Et tout ce que vous dépensez dans le sentier d’Allah vous sera remboursé pleinement et vous ne serez point lésés. »

C’est du moins en référence notamment à ce verset qu’ont été justifiés depuis le milieu des années 1990 des attentats musulmans au Moyen-Orient et notamment en Israël, via le concept de « terrorisme légitime » (al irhab al machrou) dévéloppé par la mouvance islamiste proche des Frères Musulmans et dont la publicité a été assurée notamment par Yusuf Qaradawi, éminente personnalité bien connue dans le monde musulman.

On voit donc que les racines de l’action violente et terroriste sont présentes dans la doctrine et la pratique prophétique de l’islam, ce qui fait dire ironiquement à l’État Islamique que « Les prétendus islamologues qui ne voient derrière l’islam « qu’un prétexte pour justifier un terrorisme sans religion » précisent, tout de même, que le terrorisme islamique est une émanation de l’islam » et que « Les soi-disant représentants de la communauté musulmane de France martèlent que « l’islam est totalement étranger à ces crimes barbares » tout en vantant, au passage, la nécessité de donner un nouvel éclairage au Coran. »

Citer les textes musulmans en arabe : une curieuse manie

Il ne viendrait à l’idée d’aucun chrétien de citer les Évangiles en grec pour donner plus de force à son discours. Pourquoi en va-t-il différemment avec l’islam où s’est répandue la curieuse manie d’insérer en permanence dans le discours de la phraséologie arabe ?

  • L’arabe, langue par excellence d’Allah et donc de la révélation divine

Il faut d’abord rappeler que l’islam a donné à l’arabe un statut tout à fait particulier en en faisant la langue arabe la langue de la révélation : Allah dicte à Mahomet son message en arabe afin qu’il soit parfaitement explicite et donc parfaitement compris, c’est ce qui est écrit. On ne peut être qu’étonné par cette primauté car on ne voit pas bien pourquoi l’arabe présenterait une clarté particulière par rapport aux autres langues, dans la mesure où c’est la clarté de la pensée qui fait la clarté du discours comme l’a limpidement expliqué Boileau dans l’Art poétique : « Avant donc que d’écrire, apprenez à penser. Selon que notre idée est plus ou moins obscure, l’expression la suit, ou moins nette, ou plus pure. Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément. »

Or le Coran dit :

Sourate 26, versets 192 à 195 : « Ce Coran, c’est le Seigneur des mondes qui l’a fait descendre, et l’esprit fidèle est descendu avec lui sur ton cœur, pour que tu sois au nombre des avertisseurs, en une langue arabe claire. »

Sourate 34, verset 3 : « (…) Rien n’existe de plus petit ni de plus grand, qui ne soit inscrit dans un Livre explicite. »

Sourate 37, verset 117 : « Et Nous leur avons donné le Livre parfaitement clair

Sourate 41, verset 3 : « Un Livre dont les versets sont clairement exposés, un Coran arabe pour un peuple qui sait, »

Sourate 41, verset 42 : « L’erreur ne s’y[le Coran] glisse nulle part : c’est une révélation émanant d’un Seigneur sage, digne de louanges. »

Sourate 41, verset 44 : « Si Nous avions fait un Coran en une langue autre que l’arabe, ils auraient dit : « Pourquoi ses versets n’ont-ils pas été exposés clairement ? Pourquoi un Coran non-arabe alors que nous parlons arabe ? » (…) »

Sourate 42, verset 7 : « Et c’est ainsi que Nous t’avons révélé un Coran arabe, afin tu avertisses la mère des cités (La Mecque) et ses alentours et que tu avertisses du jour du jugement, où sans nul doute, un groupe sera au paradis et un groupe sera dans la fournaise ardente. »

Sourate 43, verset 2 : « Par le Livre explicite ! »

Sourate 44, verset 2 : « Par le Livre explicite ! »

Pourtant les lecteurs du Coran s’aperçoivent rapidement du peu de clarté du texte, de son caractère répétitif (pourquoi des répétitions multiples si le message est clair ?), de la présence de nombreuses contradictions qui ont rendu nécessaire l’invention de la doctrine de l’abrogation, le caractère explicite du texte étant si peu explicite que de multiples interprétations en sont nées au sein même du monde musulman. Ce qui devait être le chef d’œuvre éternel produit par le maître pour la suite des temps ressemble plutôt au tâtonnement d’un élève.

  • La traduction est évidemment légitime

La force d’un message est d’être universel et donc d’être compris dans toutes les langues. 99,9% des chrétiens d’Europe n’ont jamais lu ni même entendu les Évangiles en grec, et maîtrisent encore moins l’araméen. Bien entendu, certains termes spécifiques en langue originale et donc ancienne peuvent susciter des débats d’interprétation et de traduction dans toutes les religions, quand bien même dans le cas du Coran celui-ci a prétendument été écrit « en une langue arabe [ndlr pourtant] très claire ».

Bien sûr, une compréhension du contexte est nécessaire pour donner un sens à la lecture d’un texte, notamment afin de déterminer si le texte par exemple est symbolique ou au contraire retrace (ou est censé retracer) une réalité. Mais l’objet du langage étant d’être un instrument de communication entre les hommes, il est aussi heureux que les mots aient encore un sens. Et, s’agissant de sources en arabe, si aucune traduction ne peut rendre la totalité du sens des textes arabes (pour autant d’ailleurs qu’en arabe le sens des textes soit parfaitement fixé), on peut penser du moins que certaines traductions fournissent l’essentiel de ce que chacun a besoin de comprendre (quitte si nécessaire d’ailleurs à les croiser pour mieux cerner le sens si aucun mot ou expression ne convient « parfaitement »).

  • La citation en arabe, moyen d’instaurer une distance avec l’interlocuteur non-arabisant et de nier ab initio sa légitimité critique

L’emploi de l’arabe, en dehors du fait qu’il peut être un signe de respect – puisque le texte est censé être la parole du dieu musulman, Allah – ne fournit en soi aucun indice quant à la justesse du propos ni du raisonnement. On peut dire joliment des bêtises dans n’importe quelle langue.

En réalité, l’usage de la citation en arabe est souvent un procédé condescendant pour établir une distance vis-à-vis du non-arabisant et le placer psychologiquement dès le départ dans une situation d’infériorité intellectuelle. L’argument de la maîtrise de la langue arabe est en effet généralement utilisé comme un repoussoir facile vis-à-vis des critiques des non-arabisants.

Pourtant, la réalité est beaucoup plus simple et les traductions se suffisent souvent à elles-mêmes, car vient un moment où lorsqu’il est écrit, pour prendre un exemple marquant, « tuez-les » [les non-musulmans], ou « frappez-les » [vos femmes], il est logique de penser de bonne foi, comme on nous l’enseigne à l’école élémentaire, que cela veut vraiment dire « tuez-les » ou « frappez-les » au sens le plus usuel du terme, sans plus de tergiversations linguistiques (ce qui n’exclut pas néanmoins par ailleurs que le contexte de la rédaction puisse apporter des précisions quant aux situations dans lesquelles ce commandement doit être appliqué).

La divinisation de l’arabe dans la pensée musulmane est en réalité un instrument de pouvoir. Bien qu’il n’y ait pas d’explication linguistique à cette prétendue supériorité de l’arabe sur les autres langues dans l’échange avec Dieu, Allah étant a priori polyglotte, il était logique que le Coran fût en arabe puisque c’était la langue de Mahomet et surtout parce que c’était une façon pour Mahomet d’affirmer par le biais de la langue la supériorité tribale de la communauté arabe – à laquelle il appartenait – sur toutes les autres nations, l’arabe constituant également un instrument de fédération future de tous les musulmans dans la grande communauté musulmane transnationale, l’Oumma, chacun étant censé lire et apprendre le Coran en arabe et non dans sa langue maternelle.

De ce point de vue, il est très curieux de constater que l’État Islamique ne tombe pas dans ce travers en s’adressant aux occidentaux non-musulmans et musulmans et, s’il utilise des mots faisant référence à des concepts doctrinaux précis et tout à fait courants en islam (tawhid, taqlid, manhaj, etc.), il évite la multiplication des citations inutiles en arabe. Sans doute est-ce la marque de la volonté de convaincre par la seule force du discours doctrinal quant à la nature de l’islam authentique.

Pourquoi les membres de l’État islamique pointent le doigt en l’air

Tawhid 1 

 Tawhid 2

  • L’unicité de Dieu

La base de l’islam, c’est le « tawhid », l’unicité d’Allah – quiconque remet en cause ce principe est un mécréant – :

Coran, sourate 3, verset 64 : « – Dis : « Ô gens du Livre, venez à une parole commune entre nous et vous : que nous n’adorions qu’Allah, sans rien Lui associer, et que nous ne prenions point les uns les autres pour seigneurs en dehors d’Allah ». Puis, s’ils tournent le dos, dites : « Soyez témoins que nous, nous sommes soumis ». »

Coran, sourate 5, verset 72 : « Ceux qui disent : « En vérité, Allah c’est le messie, fils de Marie » sont des mécréants. Alors que le messie a dit : « Ô enfants d’Israël, adorez Allah, mon Seigneur et votre Seigneur ». Quiconque associe à Allah d’autres divinités, Allah lui interdit le Paradis ; son refuge sera le Feu. Pour les injustes, pas de secoureurs ! »

  • Combattre le « shirk » (associationnisme)

L’adoration d’Allah seul emporte évidemment le rejet de l’associationnisme (polythéisme) ou « shirk », qui contrevient au fondement même de l’islam contenu dans le « tawhid » en associant à Dieu d’autres divinités. Le Coran est tout à fait clair sur la condamnation du shirk, le pire crime qui soit, et sur la nécessité par conséquent d’y mettre un terme par tous les moyens : « (…) L’association est plus grave que le meurtre. (…) » (sourate 2, verset 217).

Les chrétiens sont à ce titre directement visés par l’islam puisque l’interprétation que l’islam fait de la Sainte Trinité – contraire à ce que disent les chrétiens eux-mêmes – est celle d’un polythéisme. Toutefois, la doctrine de l’islam prévoit que les chrétiens peuvent échapper en terre d’islam à la mort si les musulmans leur proposent le statut humiliant de « dhimmi » et qu’ils acceptent cette soumission à l’islam.

  • Combattre les avatars du « shirk » : laïcité, démocratie, nationalisme,…

L’État Islamique accorde une valeur essentielle et extrêmement forte au tawhid qui sépare la communauté musulmane de tous les mécréants, le musulman ayant l’obligation coranique de ne jamais se rapprocher des mécréants (cf. différenciation) et au contraire de s’en distinguer, et même de leur montrer de l’inimitié puisque ceux-ci doivent a minima (juifs et chrétiens) être « humiliés » (en terre d’islam).

Toute remise en cause du tawhid est assimilable à de la mécréance. C’est le cas lorsqu’un valeur, un concept, un principe d’organisation, etc. passe avant la mise en œuvre des préceptes du Coran et de la Tradition (Sunna) : cela revient en effet à subordonner les préceptes d’Allah à un autre précepte humain et donc à mettre quelque chose au-dessus d’Allah ; d’où la conclusion de l’État Islamique : « Toute personne qui, pour juger ou gouverner un pays, revient aux lois humaines et à la démocratie, a adoré un autre qu’Allah ». La mécréance peut donc prendre des formes très diverses : « la laïcité, le communisme, la nationalisme, le patriotisme, le baasisme, le capitalisme, la démocratie, (…). »

Pour l’État Islamique, «  L’appel au tawhid qu’avait entrepris Muhammad Ibn Abdillah  était fondé sur l’adoration d’Allah seul et la manifestation de l’inimitié envers les mécréants, préparant ainsi la voie à l’étape suivante qu’était le brandissement de l’épée pour combattre la terre entière « jusqu’à ce qu’il ne subsiste plus d’association et que la religion soit entièrement à Allah ». »

En effet, le Coran dit Sourate 8, verset 39 : « Et combattez-les [ndlr les polythéistes et mécréants] jusqu’à ce qu’il ne subsiste plus d’association, et que la religion soit entièrement à Allah. Puis, s’ils cessent [ndlr c’est-à-dire qu’ils se convertissent à l’islam] (ils seront pardonnés car) Allah observe bien ce qu’ils œuvrent. »

Coran, sourate 2, verset 218 : « Certes, ceux qui ont cru, ont émigré et ont combattu dans le sentier d’Allah, ceux-là espèrent la miséricorde d’Allah. Allah est celui qui pardonne, le miséricordieux. »

Aussi, « La plus grande mission de l’État Islamique et du Califat est d’établir le Tawhid sur la terre et de détruire le shirk ». « Celui dont le cœur s’est empreint du tawhid et de l’alliance et du désaveu sait que tout cela implique le combat contre les idolâtres de manière immédiate. »

 

Not Imam name !

Pourquoi est-il si difficile à certains de condamner les attentats musulmans ? Tout simplement parce que c’est faire la lumière sur ce que contiennent véritablement les textes musulmans authentiques, auxquels l’État Islamique se réfère de façon constante dans ses publications, et de façon tout à fait précise (avec les références), contrairement à la quasi-totalité des islamologues musulmans qui évitent de citer ces textes et ne présentent en réalité dans leurs ouvrages que leur propre opinion.

L’État Islamique met là le doigt sur un point crucial de la doctrine musulmane et dit en s’adressant aux musulmans qui le critiquent : « « Daesh, pas en mon nom ! » Les musulmans veulent qu’on sache qu’ils n’ont rien à voir avec cet islam-là ! Dommage, c’est le bon ! ».

Or le rejet naturel des exactions de l’État Islamique ne doit pas conduire à éluder ce débat fondamental sur la doctrine de l’islam. Pourquoi à votre avis l’État Islamique écrit-il : « Apprenez votre religion ! Apprenez votre religion ! Lisez le Coran, méditez-le et mettez-le en application. » ou encore « Étudiez la vie du Prophète et des compagnons et voyez quel était le but de leur vie. » ?

Faut-il, après s’être documenté, finir par se ranger à l’avis de l’État Islamique : « La Sirah [ndlr biographie] du prophète Muhammad elle-même, est considérée comme une méthodologie détaillée pour établir la religion sur terre, juger et administrer les serviteurs d’Allah par Sa Loi. » ? Qu’est-ce qu’un monde musulman qui vit sous la règle de la Loi d’Allah telle qu’édictée par le grand Mahomet, le modèle parfait que doivent s’efforcer de suivre tous les musulmans ?

Une seule réponse : FAITES-VOUS VOTRE OPINION EN LISANT LES TEXTES MUSULMANS AUTHENTIQUES, c’est-à-dire reconnus par tous les musulmans, ET NE VOUS SOUCIEZ PAS DE CE QUE DISENT LES ISLAMOLOGUES !

La loi du Talion remise à l’ordre du jour : l’un des bienfaits de l’islam

Alors que la loi du talion avait été heureusement abandonnée par le christianisme, l’islam est venu remettre en vigueur cette loi juive, immense régression mais qui ne fait que traduire une soumission aveugle à Dieu, preuve « d’intelligence ».

Coran, sourate 2, verset 179 : « Il y a pour vous une vie dans le talion ! Ô vous les hommes doués d’intelligence. »

Coran, Sourate 16, verset 126 : « Et si vous punissez, infligez à l’agresseur une punition égale au tort qu’il vous a fait. (…) »

Coran, sourate 5, verset 45 : « Et Nous y avons prescrit pour eux vie pour vie, œil pour œil, nez pour nez, oreille pour oreille, dent pour dent. Les blessures tombent sous la loi du talion. Après, quiconque y renonce par charité, cela lui vaudra une expiation. Et ceux qui ne jugent pas d’après ce qu’Allah a fait descendre, ceux-là sont des injustes. »

La jurisprudence malikite (suivie par les musulmans maghrébins, y compris ceux vivant en France) indique : « Mâlik a dit : « Ce que j’ai entendu de mieux au sujet de l’explication de ce verset : « L’homme libre pour l’homme libre, l’esclave pour l’esclave » (Coran, sourate 2, verset 178), tels en sont les mâles, et « la femme libre pour la femme libre », c’est que l’application de la loi du talion est la même, aussi bien aux femmes qu’aux hommes. Ainsi, on tue une femme libre pour une femme libre, tout comme on tue l’homme libre pour un homme libre, encore on tue l’esclave mâle ou femelle pour un esclave mâle ou femelle. Donc la loi du talion est appliquée de la même façon aussi bien aux femmes qu’aux hommes, conformément aux paroles de Dieu béni et très haut dans son livre : « Nous leur avons prescrit, dans la Torah : vie pour vie, œil pour œil, nez pour nez, oreille pour oreille, dent pour dent. Les blessures tombent sous la loi du talion. » (Coran, sourate 5, verset 45) Ainsi, Dieu béni et très haut avait mentionné que la vie est pour la vie, signifiant là que la femme libre peut être tuée par un homme libre, et ses blessures sont comme les siennes, soumises à la loi du Talion. » »

Dans « l’Éthique du musulman », Mohammad al-Ghazali écrit : « La miséricorde n’est pas une affection aveugle sans entendement, ni une pitié qui ignore la justice et l’ordre. Non. C’est un sentiment qui respect tous ces droits. Le spectacle du supplicié avec son corps suspendu dans l’air et ses yeux grands ouverts qui recherchent la lumière et demandent secours est un spectacle qui inspire la pitié. Pourtant, si l’on exauce ce sentiment éclair et qu’on libère le tueur, la terre sera remplie de désordre. C’est dire que la vraie miséricorde consiste ici à réprimer ce sentiment : « Il y a pour vous, une vie, dans le talion. Ô vous, les hommes doués d’intelligence ! Peut-être craindrez-vous Dieu ! » (sourate 2, verset 179) »

Jacqueline Chabbi précise concernant les racines culturelles du talion : « La vengeance traditionnelle suivait la loi du talion et était transmissible en héritage. Elle est reconnue par le Coran à travers le qisâs, le droit de « retrancher à égalité ». Il s’agit de faire subir au groupe de parenté dont l’un des membres s’est rendu coupable d’un crime ou d’une agression un dommage équivalent à celui qu’il a causé, à moins qu’un accord de compensation n’intervienne entre les groupes concernés (C2/178). »

L’État islamique explique ses méthodes violentes par l’application de la loi du Talion. Contrairement à ce que disent les politiques et la quasi-totalité des islamologues auto-proclamés qui veulent diaboliser l’État islamique pour mieux protéger l’islam dit « modéré », il ne s’agit pas d’une violence aveugle, barbare et inexplicable, mais d’une violence tirée directement de la loi du talion remise au goût du jour par le Coran de tous les musulmans (ex. le pilote jordanien brûlé vif en représailles des bombes larguées et qui ont incendié des quartiers avec des dégâts collatéraux sur les populations ou les combattants). Bien évidemment, les doctes peuvent argumenter longtemps sur les conditions de mise en œuvre de cette violence et celle-ci peut s’exercer avec excès, poussée par l’ampleur toute particulière donnée par les moyens modernes de communication. Mais fondamentalement, il s’agit pour l’État islamique de faire revivre l’islam de Mahomet, qui n’a guère hésité par exemple à massacrer les juifs en les égorgeant.