Prison & Délinquance

Pour Tareq Oubrou, la sur-représentation musulmane dans les prisons pose la question de la responsabilité de la société française. En effet, pour lui, « Les dysfonctionnements qui conduisent un individu à l’échec et l’amènent à développer un sentiment de frustration sont à rechercher aussi bien dans la communauté musulmane que dans la société française. Ce n’est malheureusement pas un hasard si nos prisons sont majoritairement peuplées de jeunes musulmans. (…) De 40 à 50% de la population carcérale, et jusqu’à 70% en région parisienne, à Lille, Lyon et Marseille. »

La sur-représentation musulmane évoquée par Tareq Oubrou semble cohérente avec les avis de recherche publiés par la police nationale sur le site du ministère de l’intérieur. Ci-joint la liste des avis de recherche au 28 juin 2015 :  Avis de recherche

Tareq Oubrou va même jusqu’à considérer que la société française est directement responsable puisqu’elle produit de l’exclusion à grande échelle : « Tous les ingrédients d’un éventuel dérapage étaient réunis chez cet individu [ndlr Mohammed Mehra] : fragilité psychologique, milieu familial déstructuré… Dans ce sens, Mohammed Merah était le produit d’une société qui fabrique de l’exclusion à grande échelle. »

Si Tareq Oubrou considère ainsi que c’est la société française qui est responsable en envoyant finalement des victimes (musulmanes) en prison, il serait intéressant d’analyser pourquoi les autres communautés d’origine immigrée (italiens, portugais, polonais, vietnamiens, chinois,…) ne sur-pleuplent pas particulièrement les prisons et pourquoi elles n’utilisent pas elles aussi l’argument de la victimisation (voir également l’article Victimisation) pour se dédouaner de leur responsabilité.

Pas de lien avec les mécréants

Face aux musulmans, les non-musulmans, et en particulier les pays occidentaux aux racines chrétiennes, sont considérés comme des ennemis naturels qui cherchent à briser l’unité de la communauté musulmane (l’Oumma). Le Coran interdit aux musulmans de se lier aux non-musulmans :

Coran, sourate 3, verset 28 : « Que les croyants ne prennent pas, pour alliés, des infidèles, au lieu de croyants. Quiconque le fait contredit la religion d’Allah, à moins que vous ne cherchiez à vous protéger d’eux. (…) »

En effet, tout lien (amical ou d’affection) entre un musulman et un incroyant peut être considéré comme prohibé doctrinalement puisque cela correspond à une certaine forme de compassion pour ses idées, inacceptable doctrinalement pour l’islam. Tout « lien » ne peut donc être que superficiel et temporaire, et ce d’autant plus dans les sociétés occidentales où les rapports de force en présence ne permettent pas l’établissement de la loi islamique et imposent en conséquence aux musulmans d’adapter leur comportement.

Ainsi, Malek Chebel écrit : « Tout lien avec un infidèle ou un incroyant est considéré comme une compassion pour ses idées, et parfois comme une adhésion pure et simple. Dieu défend aux croyants de se lier avec les infidèles. »

Le lien n’est autorisé que dans une vision protectrice, au cas où le musulman a quelque chose à redouter du non-musulman : « à moins que vous ne cherchiez à vous protéger d’eux ». Dans ce cas, le musulman est autorisé à adapter son comportement autant que de besoin, et de recourir au mensonge si nécessaire si on considère qu’une telle situation est assimilable à un état de guerre larvé.

La jurisprudence chaféite précise :

Section r8.1 « Du mensonge : Les textes du Coran et de la Tradition indiquant qu’il est contraire à la loi de mentir sont à la fois nombreux et se prouvent les uns les autres, le mensonge étant parmi les péchés les plus laids et les fautes les plus écœurantes. Compte tenu du consensus des érudits de la communauté (Oumma) sur cette interdiction et l’unanimité qui résulte des textes, il n’est pas besoin de donner des exemples, notre seule préoccupation ici étant d’expliquer les exceptions à ce qui est considéré comme mentir et d’informer sur les détails. »

Section r8.2 « Le mensonge autorisé : Le Prophète a dit : « Celui qui règle des différents entre personnes en amenant un bien ou dit des choses louables n’est pas un menteur. » Ceci est largement mentionné à la fois par Bukhari et Muslim, les hadiths de Muslim indiquant que Umm Kulthum (une des filles de Mahomet) a dit : « Je n’ai pas entendu Mahomet autoriser le mensonge, sauf pour trois choses : la guerre, le règlement de différends, et entre mari et femme. » Ceci constitue une mention explicite selon laquelle le mensonge est parfois autorisé pour atteindre un objectif donné, les érudits ayant établis des critères des natures de mensonges autorisés par la Loi. »

Lorsque Mahomet envoya son émissaire pour semer la zizanie entre les Quraychites, les Ghatafân et les Banû Quraydha lors de la bataille du fossé, la Sîra rapporte que Mahomet dit à son émissaire : « Essaie de faire défection les uns aux autres de nos ennemis afin qu’ils partent, si tu peux. La guerre est une ruse. » Ce propos n’a rien de choquant : cela correspond simplement au pragmatisme militaire d’un chef de guerre qui subordonne les moyens à la fin qu’il vise.

L’Éthique du musulman précise de son côté : « L’actuelle offensive de la croisade, doublée d’une offensive sioniste qui lui est étroitement liée, n’a pu parvenir à déstabiliser l’État islamique et à piller ses richesses qu’après avoir préparé le terrain en divisant en sectes dissolues et insignifiantes et en mini-États hostiles entre eux où les conflits s’allument et s’aggravent sans raison. Car, il ne faut pas oublier que la politique de l’Occident, pour occuper l’Orient et le dominer, reste basée sur la règle suivante : diviser pour régner. Or l’islam accorde un soin particulier à la sauvegarde de sa communauté et à la préservation de son entité. »

Qu’est-ce qu’être français ?

On entend parfois des jeunes revendiquer leur identité de Français seulement parce qu’ils sont nés en France, quand bien même ils en rejettent en pratique l’histoire et les valeurs. Est-ce bien là la question ?

La question ici n’est pas une question légale de droit de la nationalité. Il s’agit pas de savoir si on est né en France mais de savoir si l’on se sent porteur des valeurs et de l’héritage du pays dans lequel on vit. Ceci s’applique à tous : musulmans et non-musulmans.

Renan disait : « Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n’en font qu’une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L’une est dans le passé, l’autre dans le présent. L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs ; l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis. »

À cet égard, entendre les représentants de la communauté musulmane française revendiquer avec de plus en plus d’insistance une meilleure visibilité en France mais aussi la construction de plus en plus de mosquées au seul motif finalement que l’islam n’est plus une religion importée mais la religion de personnes nées en France est assez surprenant et inquiétant. La question n’est pas en effet de savoir si l’islam est devenu une valeur française par la seule naissance sur le territoire français : c’est un raisonnement absurde. Et à appliquer ce principe, aurait-il fallu reconnaître le statut de valeurs pleinement européennes au fascisme, au nazisme, au communisme,… ?

La question, qui se pose d’ailleurs dans les mêmes termes à toutes les spiritualités, idéologies, confréries, sectes, mouvements de toutes natures, est de savoir si ces spiritualités (etc.) sont non seulement compatibles avec les valeurs culturelles et sociales fondamentales de la société française mais si elles sont en outre en mesure d’en assurer la défense et même la promotion (se reporter notamment à la page « CREDO« ).

Aussi, c’est une véritable question de fond qui se pose aux musulmans de France et d’Europe et qui est loin d’être triviale, ce que laisse effectivement entendre Tariq Ramadan qui écrit : « À cela [ndlr la perception de la laïcité et de la sécularisation comme un processus de désislamisation] s’ajoute une confusion de taille entre le donné culturel et la référence religieuse : pour beaucoup, être et rester musulman signifiait être musulman comme ils l’avaient été au Maroc, en Algérie, en Egypte, au Liban, au Pakistan ou en Turquie. Il s’agissait donc d’abord d’être un musulman marocain, algérien, égyptien, libanais, pakistanais ou turc en Occident, et non pas un musulman en Occident, et encore moins un musulman occidental. Pour beaucoup, notamment parmi les Arabes, les Turcs et les Africains, il ne pouvait être question de prendre la nationalité du pays d’accueil puisqu’un jour, ils retourneraient « chez eux ». Certains savants musulmans (‘ulamâ) confirmaient ces appréhensions en affirmant que la résidence en Occident n’était permise qu’en cas de nécessité, qu’il s’agissait là d’une tolérance légale (rukhsa) et qu’il était exclu de rester dans des pays où il était permis de boire de l’alcool et où la morale réligieuse n’était guère respectée. »

Que peut-on dire aujourd’hui de la contribution des musulmans français à la promotion et au développement des valeurs et du patrimoine culturel du pays dans lequel ils vivent ?

Islam et modernité

Tariq Ramadan analyse le rapport douloureux de la société musulmane à la modernité.

Conférence au Maroc

Tariq Ramadan Maroc Modernite

Tariq Ramadan écrit par ailleurs : « Les sociétés majoritairement musulmanes sont le plus souvent à la traîne sur le plan économique, elles ne présentent la plupart du temps aucune garantie démocratique et, quand elles sont riches, elles ne contribuent à aucun progrès intellectuel et/ou scientifique. Tout se passe comme si le monde musulman, se percevant comme dominé, n’avait pas les moyens de ses prétentions. L’expérience de l’exil économique va ajouter à ce sentiment présent, mais diffus, la dimension concrète des tensions et des contradictions. La peur de perdre sa religion et sa culture au cœur des sociétés occidentales provoque des attitudes naturelles de repli et d’isolement. »

Malek Chebel indique : « Trop longtemps demeurés sur le bas-côté de la route, les musulmans n’ont pas été – c’est le moins que l’on puisse dire – des acteurs du progrès technologique moderne. Le monde musulman contemporain n’a rien inventé qui puisse susciter l’admiration. (…) Dans l’évaluation générale réalisée par l’ONU sur le développement durable des nations, les pays du bloc arabo-musulman se présentent (avec quelques nuances) parmi les derniers du peloton des États qui investissent dans la formation et l’éducation. »

De son côté, Tareq Oubrou juge seulement « un peu exagéré » la déclaration de l’éditorialiste italien d’origine égyptienne Magdi Allam, récemment converti de l’islam au catholicisme : « Le problème des réformateurs de l’islam, c’est qu’on ne les trouve que dans deux endroits : les universités françaises et les cimetières du monde musulman. »

La conquête de l’Europe occidentale par l’islam : « l’institutionnalisation de la présence musulmane en Occident »

Tariq Ramadan se félicite de la conquête progressive par l’islam de l’Europe occidentale, partie du dar-al-harb (cf. darl-al-harb), ce qu’il appelle dans sa terminologie « l’institutionnalisation de la présence musulmane en Occident »

Tariq Ramadan Institutionnalisation

Tariq Ramadan Lausanne Institutionnalisation