Lettre ouverte à Monsieur Emmanuel Macron, homme politique né d’une PMA entre le grand capital et les Minotaures de la repentance

Lettre ouverte publiée par Bernard Lugan, un des plus grands historiens français spécialiste de l’Afrique, publié sur son blog le dimanche 19 février 2017 : http://bernardlugan.blogspot.fr/2017/02/lettre-ouverte-monsieur-emmanuel-macron.html

Lancé sur le marché politique tel un nouveau smartphone, vous êtes, Monsieur Macron, un ignorant butor dont les propos concernant la colonisation sont doublement inadmissibles.

1) En premier lieu parce qu’ils furent tenus à Alger, devant ces rentiers de l’indépendance qui, pour tenter de cacher leurs échecs, leurs rapines et la mise en coupe réglée de leur pays, mettent sans cesse la France en accusation.
Certains qui, parmi votre auditoire, applaudirent à vos propos d’homme soumis (cf. Houellebecq), et devant lesquels vous vous comportâtes effectivement en dhimmi, sont en effet ceux qui, le 1er novembre 2016, publièrent un communiqué exigeant que la France :

« (…) présente des excuses officielles au peuple algérien pour les crimes commis durant les 132 ans de colonisation et pour les crimes coloniaux perpétrés à l’encontre du peuple algérien afin de rappeler les affres de la répression, de la torture, de l’exil, de l’extermination et de l’aliénation identitaire car l’histoire du colonialisme restera marquée par ses crimes de sang et ses pratiques inhumaines ».

Candidat à la présidence de la République française, vous avez donc donné votre caution à de telles exigences autant outrancières qu’insultantes. Ce faisant, vous vous êtes fait le complice des pressions et chantages que l’Algérie exerce à l’encontre de la France afin d’obtenir d’elle une augmentation du nombre des visas ou tel ou tel avantage diplomatique ou financier. En d’autres temps, vous auriez donc pu être poursuivi pour « Atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation ».

2) Ensuite parce que vos propos constituent non seulement un recul de l’état des connaissances, mais également le viol de ce consensus historique auquel étaient arrivés les historiens des deux rives de la Méditerranée. Or, par ignorance ou par misérable calcul électoraliste, vous les avez piétinés.

Au nom de quelle légitimité scientifique avez-vous d’ailleurs pu oser les tenir ? Avez-vous seulement entendu parler des travaux de Jacques Marseille, de ceux de Daniel Lefeuvre ou encore des miens ?

Oser parler de « crime contre l’humanité », maladroitement rectifié en « crime contre l’humain », au sujet de la colonisation revient en réalité à classer cette dernière au niveau des génocides du XXe siècle, ce qui est proprement scandaleux. Sur ce terrain, vous voilà donc encore plus en pointe que Christiane Taubira, ce qui n’est pas peu dire…
Pierre Vidal-Naquet, pourtant militant de la décolonisation et « porteur de valises » assumé du FLN écrivait à ce sujet :

« Assimiler peu ou prou le système colonial à une anticipation du 3e Reich est une entreprise idéologique frauduleuse, guère moins frelatée que l’identification, à Sétif, (…)  de la répression coloniale aux fours crématoires d’Auschwitz et au nazisme (…). Ou alors, si les massacres coloniaux annoncent le nazisme, on ne voit pas pourquoi la répression sanglante de la révolte de Spartacus, ou encore la Saint-Barthélemy, ne l’auraient pas tout autant annoncé… En histoire, il est dangereux de tout mélanger. Un sottisier peut-il tenir lieu d’œuvre de réflexion ? (…) L’air du temps de la dénonciation médiatique (…), le contexte social, économique et politique actuel est encore fécond qui continuera à générer de telles tonitruances idéologiques à vocation surtout médiatique ».  J’ajoute électoralistes.

Vous devriez pourtant savoir, Monsieur le candidat à la présidence de la République, qu’en créant l’Algérie, la France donna un nom à une ancienne colonie ottomane, traça ses frontières, unifia ses populations, y créa une administration et toutes ses infrastructures.

Ce faisant, y aurait-elle commis  un « crime contre l’humanité » ou « contre l’humain » ? Les chiffres de l’accroissement de la population ne semblent pas l’indiquer puisqu’en 1830, la population musulmane de l’Algérie n’excédait pas 1 million d’habitants alors qu’en 1962 elle avait bondi à 12 millions.

Serait-ce donc en commettant des « crimes contre l’humanité » que la France, ses médecins et ses infirmiers soignèrent et vaccinèrent les populations et firent reculer la mortalité infantile ? Serait-ce parce qu’elle commettait des « crimes contre l’humain » que chaque année, à partir du lendemain du second conflit mondial, 250 000 naissances étaient comptabilisées en Algérie, soit un accroissement de 2,5 à 3% de la population, d’où un doublement tous les 25 ans ? A ce propos, relisons René Sédillot :

« La colonisation française a poussé l’ingénuité – ou la maladresse – jusqu’à favoriser de son mieux les naissances : non seulement par le jeu des allocations familiales, mais aussi par la création d’établissements hospitaliers destinés à combattre la stérilité des femmes. Ainsi, les musulmanes, lorsqu’elles redoutaient d’être répudiées par leurs maris, faute de leur avoir donné des enfants, trouvaient en des centres d’accueil dotés des moyens les plus modernes tout le secours nécessaire pour accéder à la dignité maternelle. (…)(L’histoire n’a pas de sens, Paris, 1965, page 71).

Enfin, puisque vos propos indécents tenus à Alger obligent à faire des bilans comptables, voici, Monsieur le candidat à la présidence de la République, celui qui peut être fait au sujet de l’Algérie française : en 132 années de présence, la France créa l’Algérie, l’unifia, draina ses marécages, bonifia ses terres, équipa le pays, soigna et multiplia ses populations, lui offrit un Sahara qu’elle n’avait jamais possédé après y avoir découvert et mis en exploitation les sources d’énergie qui font aujourd’hui sa richesse. Comme je ne cesse de l’écrire depuis des années, en donnant l’indépendance à l’Algérie, la France y laissa 70.000 km de routes, 4300 km de voies ferrées, 4 ports équipés aux normes internationales, une douzaine d’aérodromes principaux, des centaines d’ouvrages d’art (ponts, tunnels, viaducs, barrages etc.), des milliers de bâtiments administratifs, de casernes, de bâtiments officiels qui étaient propriété de l’État français ; 31 centrales hydroélectriques ou thermiques ; une centaine d’industries importantes dans les secteurs de la construction, de la métallurgie, de la cimenterie etc., des milliers d’écoles, d’instituts de formations, de lycées, d’universités. Dès l’année 1848, et alors que la conquête de l’Algérie était loin d’être achevée, 16 000 enfants en  majorité musulmans étaient scolarisés. En 1937 ils étaient 104 748, en 1952 400 000 et en 1960 800 000 avec presque 17 000 classes, soit autant d’instituteurs dont les 2/3 étaient Français (Pierre Goinard, Algérie : l’œuvre française. Paris,  1986).

En 1962, il y avait en Algérie, un hôpital universitaire de 2000 lits à Alger, trois grands hôpitaux de chefs-lieux à Alger, Oran et Constantine, 14 hôpitaux spécialisés et 112 hôpitaux polyvalents, soit le chiffre exceptionnel d’un lit pour 300 habitants. Tous ces équipements, toutes ces infrastructures, tous ces établissements ainsi que les personnels qui les faisaient fonctionner avaient été payés par la France et avec l’argent des Français.

Monsieur le candidat à la présidence de la République, je vous poste ce jour en RAR mon dernier livre « Algérie, l’histoire à l’endroit »[1], afin que vous puissiez mesurer l’abîme séparant la réalité historique de vos inacceptables propos.

Bernard Lugan

[1] Ce livre est uniquement disponible via l’Afrique Réelle. Pour le commander :
http://bernardlugan.blogspot.fr/2017/02/nouveau-livre-de-bernard-lugan-algerie.html

Les leçons de taqiya de Tareq Oubrou

Il n’est pas si facile de trouver aujourd’hui en librairie en France des ouvrages sur l’islam rédigés par des musulmans et dépassant l’exposé de simples opinions personnelles pour offrir aux lecteurs une documentation consistante tirée des textes sacrés de l’islam : ceux-ci sont le plus souvent omis. Dans ce domaine, les écrits des fondamentalistes musulmans dépassent d’ailleurs de très loin le contenu généralement assez pauvre des publications de l’islam présenté comme « modéré ».

Une fois n’étant pas coutume, je vous propose de s’attarder quelque temps sur le livre de Tareq Oubrou, « Ce que vous ne savez pas sur l’islam », publié en février 2016 aux éditions Fayard, qui contient des références scripturaires qu’il est intéressant d’analyser.

tareq-oubrou-ce-que-vous-ne-savez-pas

Ceci est d’autant plus utile que, si Tareq Oubrou n’a aucune légitimité particulière en matière de doctrine musulmane au sein du monde musulman sunnite et donc ne représente que lui-même, il murmure semble-t-il à l’oreille de l’âne qui, incapable de lire le Coran comme il l’a déclaré et confirmé plusieurs fois lui-même, a néanmoins l’arrogance de prétendre parvenir à instaurer le multiculturalisme en France grâce à une « identité heureuse », concept enfantin, naïf et utopique qui veut ignorer l’existence de divergences de vue profondes entre certaines civilisations et religions.

juppe-oubrou

Ce livre évoque plusieurs problématiques importantes que je vais reprendre, mais le menu étant assez copieux, je le ferai au travers d’une série d’articles intitulée de façon un peu provocatrice : « Les leçons de taqiya de Tareq Oubrou ».

Pourquoi ce titre ? La taqiya est un terme arabe qui correspond grosso mode à la notion de « dissimulation ». Il est notamment utilisé en islam de façon spécifique pour désigner la dissimulation de ses croyances dans un contexte culturel et religieux hostile. Or l’ouvrage de Tareq Oubrou, qui ne paraît pas être aujourd’hui un méchant homme (ses relations avec l’U.O.I.F., à laquelle il a appartenu, méritant d’éveiller toutefois sérieusement notre attention), me semble relever néanmoins assez largement de cette attitude, mélangeant des connaissances précises aux flous les plus admirables, distillant certains arguments en omettant complètement les arguments contraires, formulant parfois des raisonnements aberrants si l’on n’y prend garde, évacuant des questions absolument essentielles.

Il faut cependant reconnaître qu’on y trouve aussi quelques jugements pondérés et critiques relevant d’une démarche moins partisane dans sa défense de l’islam, mais dont on peut toutefois se demander dans quelle mesure ils ne seraient pas là en réalité pour contribuer à donner une image d’ensemble rassurante et tenter de convaincre le lecteur qu’il existerait un islam doctrinalement modéré (ce qui est loin d’être démontré à lire la biographie de Mahomet) : une sorte de caution morale et de probité, tant les « oublis » de Tareq Oubrou sont nombreux et importants.

Mon objectif sera donc évidemment de me faire l’avocat du diable pour faire apparaître ce qui a pu être intentionnellement laissé dans l’ombre – car il y a bien d’autres choses que vous ne savez sans doute pas et dont ne parle pas Tareq Oubrou –, afin de vous donner certains autres éléments d’analyse vous permettant d’affiner votre jugement quant à savoir jusqu’à quel point certaines thèses développées, de façon policée et apparemment respectueuse des valeurs traditionnelles françaises, peuvent relever de l’utopie personnelle ou de la manipulation intentionnelle par omission ou mensonge. Ces éléments pourront aussi sans doute vous faire mieux comprendre les raisons qui ont conduit l’État Islamique à le condamner à mort au nom de la défense de la doctrine de Mahomet qu’il a, à son sens, dévoyée et qui fait donc de lui un apostat de l’islam.

tareq-oubrou

Le véritable enjeu concernant la réalité doctrinale du fondamentalisme musulman est moins les effets traumatisants et passagers du terrorisme musulman que la question de la compatibilité de l’islam (de Mahomet) avec le modèle de société français, dans le contexte d’une imprégnation lente mais constante favorisée par ce type de discours sur l’islam, prétendument « modéré », mais qui cautionne une culture religieuse qui se traduit en réalité, dans la pratique et de façon de plus en plus visible aujourd’hui en France, par un enkystement communautaire où la chari’a devient la loi bien avant les lois de la République.

Altercation avec Alain Juppé ou comment Alain Juppé court le risque, par incompétence et inconscience, d’islamiser la France avec son « identité heureuse »

Venu voir une autre personnalité à la sortie des studios de RTL en ce matin du 13 septembre 2016, je suis tombé par hasard (ignorant qu’il y était interviewé) sur Alain Juppé qui en sortait. J’avoue ne pas avoir résisté à l’envie de lui poser la question de savoir s’il avait lu le Coran. Je précise que l’échange qui a suivi a eu lieu en public devant une quinzaine de personnes qui faisait la queue devant l’entrée de RTL.

Vous connaissez sans doute la haute opinion qu’Alain Juppé a de lui-même, issu – il ne l’a visiblement guère oublié – des plus grandes écoles élitistes de notre pays : eh bien, j’ai en été ce matin le témoin vivant. Car, à ma question, Alain Juppé a confirmé les propos qu’il tenait il y a un an dans les colonnes du Parisien : « Lire le Coran, c’est difficile ». Face à ce propos stupéfiant, car le sens du Coran est très clair pour quelqu’un qui se penche un peu sérieusement sur la question, je lui ai répondu que cela était en réalité facile et que, sur un sujet aussi important, un homme de son calibre et qui prétend aux plus hautes fonctions ne soit même pas capable de s’investir était lamentable.

Bien évidemment, Alain Juppé, grand ami de Tareq Oubrou, est monté sur ses ergots avec le plus grand mépris m’accusant de « sectarisme » (ne sachant même pas quel était le sens de mon propos), m’accusant d’incompétence sur le sujet et me faisant la leçon : « J’ai la prétention de connaître beaucoup mieux les musulmans que vous ! ». Il est d’ailleurs intéressant de noter comment Alain Juppé peut sortir de ses gonds lorsqu’on peut facilement lui démontrer objectivement son incompétence, lui qui veut toujours se présenter comme le « sage » qui domine la mêlée.

L’échange s’est terminé sur un rejet hautain et je lui ai proposé, puisque celui-ci mettait en cause ma compétence, d’organiser pour nous deux un Q.C.M. sur l’islam pour juger de nos connaissances respectives : il n’a pas donné suite. Mais pour revenir sérieusement au fond de l’affaire, il est instructif de lire les 4 propositions d’Alain Juppé pour 2017 sur le sujet de la « radicalisation » :

alain-juppe-2017-4-radicalisation

Comme vous le voyez, aucune réflexion sur les racines doctrinales du terrorisme musulman, ce qui est logique puisqu’Alain Juppé ne maîtrise absolument pas l’enjeu que représente l’islamisation de notre pays et ne comprend pas en quoi consiste la « radicalisation » puisqu’il n’a jamais lu la biographie de Mahomet.

« Sanctionner la consultation des sites jihadistes » ? La belle affaire ! D’abord passons sur la notion de « consultation habituelle » dont on ne sait pas ce que cela veut dire : pour une personnalité qui prétend volontiers donner des leçons de droit, on est un peu étonné. Ensuite, les revues jihadistes sont disponibles sur des sites qui ne sont pas des sites jihadistes : comment va-t-on faire la différence ? En fonction du site que l’on consulte ? C’est d’ailleurs se priver d’une source de documentation importante pour comprendre la logique des terroristes (demandez à Alain Bauer). Si vous voulez lutter contre votre ennemi, vous devez comprendre sa logique et ses ressorts : faut-il poursuivre les spécialistes de l’islam qui consultent ces documentations ? Enfin et surtout, la bonne question à se poser est : pourquoi cette propagande fonctionne-t-elle ? Ne serait-ce tout simplement pas parce qu’elle plonge sa justification au cœur même de l’islam le plus authentique, celui de Mahomet, que les mouvements salafistes remettent à l’ordre du jour ?

Ce qui rejoint le thème abordé par la proposition suivante : « Diffuser un contre-discours laïc sur internet pour lutter contre la propagande » : mais alors, où est passé l’islam de France ? N’est-ce pas à lui de fournir ce contre-argumentaire dont il s’est chargé dans le cadre de l’Instance de dialogue instaurée avec le gouvernement ? En réalité, l’islam de France en est incapable car les textes cités pour les fondamentalistes et leur lecture (simple au demeurant) sont justes. Par ailleurs, proposer un contre-discours « laïc » à une démarche guerrière religieuse n’a aucun sens, Alain Juppé ne l’a toujours pas compris.

Alors disons aux Français : voilà un homme dont l’arrogance le conduit à s’enferrer dans son erreur, car il ne comprend pas l’islam, et dont la suffisance l’empêchera – n’en doutons pas – de faire marche arrière et de changer d’avis sur son utopique « identité heureuse ». C’est oublier que l’identité française s’est construite dans le sang et dans les larmes. Et n’oublions pas qu’Alain Juppé est un des éminents responsables de la façon dont l’immigration a été gérée en France. Donc Français, si vous envisagez de l’élire, réfléchissez bien !

Pourquoi l’enjeu de l’enseignement de l’arabe à l’école semble tant préoccuper Najat Vallaud-Belkacem

Les récents échanges à l’Assemblée Nationale entre Najat Vallaud-Belkacem et la députée LR Annie Genevard (séance de questions au gouvernement du 25 mai 2016) relatifs à l’enseignement de l’arabe à l’école sont intéressants à analyser car ils ont une portée et une signification implicites qu’il ne faut pas négliger.

Assemblee Nationale 160525

Assemblee nationale 160525 Belkacem Genevard

  • Le cadre du débat

Annie Genevard conteste la politique du gouvernement en matière de langues en évoquant les efforts faits au profit des « langues communautaires » dans le cadre des Enseignements de Langue et de Culture d’Origine (ELCO) et au détriment du français, qualifiée selon elle par le gouvernement de « langage parmi d’autres », le débat portant en réalité sur la langue arabe.

La circulaire n° 2016-058 du 13 avril 2016 relative à la rentrée 2016-2017 et publiée au Bulletin officiel de l’Éducation Nationale indique que « La maîtrise des langages, et notamment de la langue française, y [le cycle 2] constitue l’objet d’apprentissage central, dans tous les enseignements. » Cette formulation ne correspond pas exactement à celle de la députée LR de « langage parmi d’autres » mais c’est effectivement bien la même idée, raison pour laquelle Najat Vallaud-Belkacem n’a pas contesté ce point dans sa réponse.

Les ELCO visent à la scolarisation des enfants des travailleurs migrants dans le cadre d’une directive européenne de 1977 qui dispose que « Les États membres prennent, conformément à leurs situations nationales et à leurs systèmes juridiques, et en coopération avec les États d’origine, les mesures appropriées en vue de promouvoir, en coordination avec l’enseignement normal, un enseignement de la langue maternelle et de la culture du pays d’origine en faveur des enfants ». Les ELCO concernent neuf pays (l’Algérie, la Croatie, l’Espagne, l’Italie, le Maroc, le Portugal, la Serbie, la Tunisie et la Turquie) et leur objectif était initialement de préparer, dans le cadre d’accords bilatéraux avec les pays d’origine, le retour des immigrés venus travailler sur le sol français.

Le retour dans les « pays d’origine » n’ayant plus lieu, la logique aurait voulu qu’on supprimât purement et simplement les ELCO. Or ceux-ci existent toujours et sont utilisés par le gouvernement actuel comme un moyen d’étendre la diffusion de nouvelles langues, et en particulier de l’arabe, avec un objectif de généralisation en 2018 de l’expérimentation qui entrera en vigueur à la rentrée prochaine.

Sans rentrer dans la polémique sur l’intention du gouvernement (alors même que celui-ci a déjà porté un coup sévère au grec et au latin qui sont au fondement des racines culturelles européennes et françaises), attardons-nous sur la spécificité de la langue arabe qui rend le débat si sensible.

  • La langue est un moyen d’accès à une culture

Toute langue est un moyen d’accès à une culture donnée et son enseignement n’a rien en soi de problématique. La question qui se pose plutôt à l’Éducation Nationale est la priorisation de moyens financiers nécessairement limités.

La première urgence est bien évidemment l’enseignement de la langue française, dont Najat Vallaud-Belkacem ne semble pas particulièrement éprise puisque sa circulaire place cette langue au même rang que les autres (« notamment »), ce qu’elle ne cherche d’ailleurs pas à contester dans sa réponse à l’Assemblée Nationale. Cette réponse interpelle quant à sa place dans le gouvernement car comment un ministre peut-il représenter dignement un pays dont la langue – base de la culture – lui est à ce point indifférente (elle, qui, par ailleurs, avait refusé il y a quelques mois de condamner sur un plateau de télévision les propos ouvertement islamistes d’un de ses coreligionnaires) ?

Un autre critère de choix important est, dans l’environnement concurrentiel international qui est le nôtre, le potentiel commercial de la langue : on peut toujours mettre le chinois au même rang que l’arabe comme le fait Najat Vallaud-Belkacem dans sa réponse mais cela paraît pour le moins saugrenu sous cet angle : il paraît nettement plus urgent de renforcer par un dispositif étoffé les connaissances en chinois de nos concitoyens pour faciliter par exemple l’accueil de multitudes de touristes chinois ou le tissage d’un réseau relationnel étoffé dans avec l’empire du milieu, que de promouvoir l’enseignement de la langue arabe dont on ne voit pas bien comparativement le potentiel économique. Dans les pays du Moyen-Orient arabe, les affaires se traitent essentiellement en anglais et depuis longtemps, par des élites en outre le plus souvent éduquées en anglais (localement ou par le passage par les universités anglo-saxonnes). Et pour ce qui est du tourisme arabe en France, il ne représente un enjeu significatif que dans quelques palaces parisiens.

Quant au dernier critère, également fondamental, le critère culturel (littérature, poésie, histoire, etc.), on ne peut pas l’aborder sans faire un rappel élémentaire sur la spécificité de la langue arabe.

  • La langue arabe n’est pas une langue comme une autre : c’est la langue d’Allah

On veut bien entendre Najat Vallaud-Belkacem dans sa réponse lorsqu’elle ne fait aucune différence entre les différentes langues, avec l’optique implicite consistant à niveler leur intérêt respectif et qui évite tout discours différenciant et comportant un jugement, mais cela ne paraît pas très raisonnable, surtout d’ailleurs vis-à-vis du français, compte tenu de l’immensité du patrimoine culturel – et entre autres choses littéraire – de notre pays.

Car la langue arabe n’est clairement pas une langue comme une autre, comme le revendiquent d’ailleurs haut et fort les musulmans : c’est la langue d’Allah et la langue de la révélation, le Coran.

Sourate 12, verset 2. Nous avons fait descendre un Coran en langue arabe ; peut-être raisonnerez-vous.

Sourate 13, verset 37. Ainsi avons-Nous fait descendre une sagesse [le Coran] en arabe. (…)

Sourate 16, verset 103. (…) Mais la langue de celui auquel ils pensent est une langue barbare [non arabe] alors que celle-ci [celle du Coran] est une langue arabe claire.

Sourate 19, verset 97. Nous avons rendu le Coran facile à comprendre en ta langue [l’arabe], afin que tu annonces la bonne nouvelle aux hommes qui craignent Allah, et que tu avertisses un peuple hostile.

Sourate 26, verset 195. C’[le Coran] est une révélation en une langue arabe claire.

Sourate 26, verset 198. Si Nous l’avions fait descendre sur un non-Arabe,

Sourate 26, verset 199. et que celui-ci le leur eut récité, ils n’y auraient pas cru.

Sourate 41, verset 44. Si Nous avions fait un Coran en une langue autre que l’arabe, ils auraient dit : « Pourquoi ses versets n’ont-ils pas été exposés clairement ? Pourquoi un Coran non-arabe alors que nous parlons arabe ? » (…)

Sourate 42, verset 7. Ainsi, Nous t’avons révélé un Coran arabe afin tu avertisses la Mère des cités [la Mecque] (…).

Sourate 43, verset 3. Nous avons fait un Coran arabe (…).

Sourate 46, verset 12. Avant lui [le Coran], le Livre de Moïse a été donné comme guide et comme miséricorde. Celui-ci [le Coran] est un livre confirmant les précédents, en langue arabe, (…).

À ce titre, pour les musulmans, l’arabe est nécessairement la langue la plus noble de toutes. Ce qui vaut d’ailleurs à de nombreux islamologues de gratifier leurs auditeurs de citations en arabe avant de les traduire en français, démarche dont on ne voit pas trop bien l’intérêt, sauf pour tenter d’« en imposer » par un côté savant et un peu pédant, ou surtout pour mettre à distance les non-arabisants en niant implicitement par ce moyen la légitimité de leur compréhension et de leurs critiques ; à ce petit jeu, l’imam Mohamed Bajrafil apparaît d’ailleurs comme un des champions (allez le voir sur internet, c’est assez drôle).

C’est un peu comme si chaque chrétien pour parler de la culture chrétienne éprouvait le besoin de citer d’abord les Évangiles en grec – voire des paroles du Christ en araméen – avant d’en restituer le sens par une traduction dans la langue courante. Le christianisme n’a heureusement jamais eu cette prétention ridicule, quoiqu’il ait partir eu maille à partir avec l’emploi du latin comme langue liturgique afin notamment de conserver un certain caractère sacré aux choses de la religion.

Le grotesque de la revendication musulmane au statut de langue divine apparaît d’autant plus clairement que, d’une part, on voit mal quel sens donner à la démarche d’un dieu (Allah) qui ne voudrait s’adresser aux hommes que dans une langue qu’une toute petite partie du monde comprend, ce qui revient à se couper de son public cible puisque l’islam prétend être une religion universelle (la partie du monde musulman qui comprend l’arabe classique étant très réduite) ; d’autre part, par le fait que l’emploi de l’arabe est une simple contrainte historique qui résulte du contexte géographique dans lequel la prédication de Mahomet s’est déroulée, et qui a conduit à l’émergence et à la fixation d’une langue dans une population pratiquant divers dialectes au sein de la péninsule arabique.

Sur le fond, il est d’ailleurs extrêmement curieux qu’une religion prétende être inintelligible autrement que dans une langue donnée : c’est prouver son incapacité à délivrer un message et des concepts clairs à l’esprit humain, puisqu’ils seraient prétendument intraduisibles. D’ailleurs, la revendication à l’inimitabilité du Coran laisse de ce point de vue assez perplexe. Comme le faisait remarquer il y a quelques semaines l’émission « Islam » diffusée par la communauté musulmane le dimanche matin à la télévision sur France 2, il existe environ 120 traductions différentes du Coran en français aujourd’hui : ce nombre énorme pousse naturellement à s’interroger sur la clarté du texte (alors même que le Coran ne semble guère manipuler de notions théologiques complexes qui justifieraient une telle prolixité).

À ce propos, Marie-Thérèse Urvoy fait remarquer qu’il faudrait préférer le terme « pure » au terme « claire » dans les traductions à propos de la langue arabe (cf. les versets précédemment cités issus de traductions courantes) « car le langage du Coran est loin d’être clair ; à preuve la masse énorme de commentaires philologiques qui ont été élaborés à son sujet. Il faut plutôt voir dans cette phrase une réponse à la récrimination des contemporains de Muhammad se plaignant que les Arabes, contrairement aux juifs et aux chrétiens, n’aient pas été gratifiés d’une révélation propre ».

Pour Michel Cuypers et Geneviève Gobillot, « On ne connaît plus avec certitude le sens qu’avaient bien des termes utilisés par le Coran, dans le milieu où il est apparu. La polysémie de nombreux termes arabes laisse également le traducteur perplexe : le recours aux commentaires anciens, qui alignent tous les sens possibles, ne fait le plus souvent qu’accroître son embarras. » La consultation de la traduction de Régis Blachère (1950), qui reste une référence par sa fidélité à la lettre du texte arabe, fait apparaître dans la traduction de nombreux points d’interrogation (?) ou de passages implicites ou manquants (entre crochets).

Même la simple lecture ou récitation du Coran a longtemps recouvré des formes différentes selon Michel Cuypers et Geneviève Gobillot : « Même à l’intérieur du texte reçu, l’uniformité de lecture n’était pas absolue du fait de la déficience de l’écriture, à l’époque : par exemple, des phonèmes aussi différents que b, t, th, n, y étaient écrits avec une même lettre. L’absence de signes pour les voyelles courtes permettait des différences grammaticales et donc de sens, par exemple entre les formes active ou passive des verbes. Il y avait en conséquence des traditions de « lectures » (qirâ’at) différentes du Coran qui s’instaurèrent localement, dans plusieurs villes. Progressivement, des lectures majoritaires s’imposèrent qui, au Xème siècle, furent limitées à sept, puis à dix et enfin à quatorze. Trois conditions étaient nécessaires pour qu’une lecture soit autorisée : 1) qu’elle s’appuie sur les traditions remontant au Prophète ; 2) qu’elle corresponde à la forme de la langue arabe dans laquelle le Coran a été révélé ; 3) qu’elle corresponde à l’écriture du codex uthmanien. (…) Au XVème siècle, les Ottomans adoptèrent la lecture dite « de Hafs » qui, dès lors, se répandit dans tout l’empire. Seules à ses franges en demeurèrent quelques autres. En 1923, sur ordre du roi Fouad, fut imprimée au Caire une version officielle de la lecture des Hafs, laquelle constitue aujourd’hui le texte de référence quasi universel. Parmi les autres, seule celle dite « de Warsh » était imprimée : elle subsiste en Afrique de l’ouest et du nord-ouest. »

Bref, la complexité de la question linguistique coranique, même pour des arabisants chevronnés, n’est pas une divine surprise mais quelque chose de tout à fait bien connu. On est loin de l’évidence d’un message prétendument divin, parfaitement clair et explicite (ce manque d’évidence ayant fait les choux gras du soufisme, mais c’est une autre histoire).

  • Comment éviter le caractère communautariste de l’enseignement de l’arabe dans le contexte français actuel

Si la France avait « digéré » l’immigration musulmane – ou si elle soulevait beaucoup moins de problèmes (comme l’immigration asiatique par exemple) –, la question de l’enseignement de l’arabe se poserait sans doute dans des conditions très différentes, sous un angle purement culturel (littérature, poésie, etc.) et non politique et identitaire : or tel n’est clairement pas le cas aujourd’hui. Il suffit de se promener dans certaines banlieues ou certains quartiers pour le constater.

Ce n’est en réalité guère surprenant car ce qui caractérise fondamentalement le monde musulman, c’est son communautarisme radical. Il suffit de lire le Coran (tâche qui paraît néanmoins insurmontable à certains hommes politiques, comme Alain Juppé) pour constater que le communautarisme est un des fondements de l’islam :

Sourate 3, verset 110. Vous [musulmans] formez la meilleure communauté qui ait surgi parmi les hommes : vous ordonnez le convenable, vous interdisez ce qui est blâmable et vous croyez en Allah. Si les gens du Livre [les juifs et les chrétiens] croyaient, ce serait meilleur pour eux. Parmi eux, certains croient, mais la plupart d’entre eux sont des pervers.

Sourate 3, verset 139. Ne perdez pas courage, ne vous affligez pas alors que vous êtes les supérieurs, si vous êtes de vrais musulmans.

Sourate 21, verset 92. Cette communauté qui est la vôtre [la communauté musulmane] est une communauté unique. Je [Allah] suis votre Seigneur. Adorez-Moi donc.

Le Coran recommande également l’émigration plutôt que de vivre en territoire de guerre (dar-al-harb), à l’image de l’émigration de Mahomet vers Yathrib : « Les anges enlèveront leurs âmes de ceux qui se sont faits du tort à eux-mêmes en disant : « En quel état étiez-vous ? » – Nous étions faibles sur terre, dirent-ils. Alors les anges diront : « La terre d’Allah n’était-elle pas assez vaste pour vous permettre d’émigrer [en terre musulmane] ? ». Voilà bien ceux dont le refuge sera la Géhenne. Quelle mauvaise destination ! À l’exception de ceux qui sont faibles et incapables parmi les hommes, femmes et enfants, qui ne sont pas guidés sur la bonne voie. À ceux-là, il se peut qu’Allah accorde Son pardon. (…) » (sourate 4, versets 97 à 99)

Mais en réalité le communautarisme dépasse de loin la seule question de l’émigration et touche tous les aspects de la vie sociale, jusqu’à même interdire les liens avec les mécréants, comme l’indique Malek Chebel dans son Dictionnaire encyclopédique du Coran : « Article « Amitié avec les incrédules » : Tout lien avec un infidèle ou un incroyant est considéré comme une compassion pour ses idées, et parfois comme une adhésion pure et simple. Dieu défend aux croyants de se lier avec les infidèles. »

La conséquence tout à fait logique et naturelle est qu’aucun pays musulman aujourd’hui n’offre un modèle social égalitaire sans distinction aucune de la religion : un non-musulman ne peut par définition pas avoir les mêmes droit qu’un musulman en terre d’islam. Les minorités vivant dans les pays musulmans connaissent les conséquences détestables de ce type d’idéologie inégalitaire, dont on ne sait jamais jusqu’où elle peut aller : souvenons-nous du génocide arménien (un million et demi de morts), certes de moindre ampleur que la désolation provoquée par l’idéologie également inégalitaire de la race aryenne, mais tout de même.

Le communautarisme musulman est un secret de polichinelle bien encapsulé dans la technique du double discours consistant à enrober ce communautarisme dans une logique de « contribution » qui serait bénéfique à l’Occident (mais on ne voit jamais sous quel angle) : le maître de cette dialectique est sans conteste Tariq Ramadan.

En effet, le maintien de ce communautarisme, pour des motifs apparemment respectables, est la clef de voûte de la stratégie à long terme visant à l’islamisation de la France souhaitée par Tariq Ramadan : « Il ne s’agit pas pour nous, pour donner l’impression que nous nous intégrons à l’ordre de la rationalité, de relativiser les principes universels de l’islam. Ce qui est en jeu, à notre avis, c’est de savoir comment l’universel islamique accepte et respecte le pluralisme et la conviction d’autrui. L’esprit postmoderniste voudrait insensiblement nous mener à confondre la seconde proposition avec la première. Nous nous y refusons : c’est au nom de l’universalité même de mes principes que ma conscience est sommée de respecter la diversité et le relatif et c’est pourquoi, même en Occident (surtout en Occident), il ne s’agit pas de penser l’ordre de notre présence en terme de « minorité ». Ce qui semble est un moment de notre réflexion : « la minorité musulmane », « le droit et la jurisprudence des minorités » (fiqh al-aqaliyyat), devra, à notre sens, être repensé. »

En effet, il ne s’agit à aucun moment pour Tariq Ramadan de laisser penser que les musulmans vont accepter de se fondre dans la culture française comme l’ont globalement fait les dernières vagues récentes d’immigrés, le fait de se fondre ne signifiant pas d’ailleurs perdre son identité mais s’en approprier une autre en teintant (et pas autre chose) celle du pays d’accueil d’une nouvelle diversité. Alors que les immigrés pouvaient se faire une fierté de s’intégrer à la société française autrefois (parfois jusqu’à aller à refuser d’apprendre à leurs enfants la langue de leurs parents), l’ordre est aujourd’hui renversé : c’est la minorité qui dicte comment le pays d’accueil doit la recevoir et les efforts qu’elle doit faire pour la « respecter ».

Ce que veut Tariq Ramadan, comme il l’explique clairement dans une conférence à Lausanne en l’appelant de ses vœux, c’est « l’institutionnalisation de la présence musulmane en Occident », c’est-à-dire, dans la novlangue ramadienne, l’islamisation. Cette position était déjà bien expliquée dans le bulletin d’information n°10 de novembre 1999 de « Présence musulmane » (fondée par Tariq Ramadan) : « Il ne s’agit plus aujourd’hui, pour les musulmans, de parler de simple intégration mais bien de participation et de contribution. Les millions d’Européens musulmans doivent prendre la mesure de leurs nouveaux défis. La question n’est plus de savoir comment les 2,5 millions de citoyens musulmans en France vont trouver une place ou comment ils vont s’intégrer au paysage de leur pays. Désormais, ce qui doit leur importer, c’est la nature de leur engagement dans leur société pour promouvoir l’État de droit, le pluralisme […] et faire de son identité musulmane et sa spiritualité une richesse pour les sociétés européennes. Sur ce plan, le concept d’intégration est dépassé. »

Et ce n’est pas sans raison que Tariq Ramadan rappelle à l’attention de la communauté musulmane dans un de ses ouvrages que « Le prophète a dit : « Rassemblez-vous, car le loup ne s’en prend qu’aux brebis qui s’isolent » (hadith rapporté par Ahmad et Abu Dawud). »

Malheureusement, si Tariq Ramadan est pourtant très clair, le problème, avec les occidentaux – surtout les intellectuels, qui ne supportent pas de s’en tenir à l’évidence du simple bon sens et cherchent constamment une complexité à la hauteur de leur prodigieuse intelligence, surtout quand elle est gauche et veule –, est qu’ils ont des yeux mais ne voient pas et ont des oreilles mais n’entendent pas. Qui avait pris au sérieux Mein Kampf ?

  • Najat Vallaud-Belkacem, une ministre qui pratique la taqiya ?

Alors que l’urgence du pays est aux réformes structurelles que son économie attend, à la résorption du chômage, etc., il est étonnant de voir un gouvernement et un ministre utiliser des chemins détournés pour favoriser des identités minoritaires, et notamment arabe, au détriment de l’identité majoritaire, française.

Il semble que Najat Vallaud-Belkacem, sous couvert de répondre à un besoin qui serait commun à l’ensemble des enseignements linguistiques (mais lequel ? quel élément nouveau est-il apparu ?), satisfasse en réalité tout simplement la demande identitaire insistante de sa communauté religieuse, dont la dernière formulation en date est le discours d’Anouar Kbichech, président du Conseil Français du Culte Musulman, prononcé en mars 2016 en clôture de la session de l’Instance de Dialogue instaurée en collaboration avec le gouvernement français.

Dans ce discours, Anouar Kbibech dit en effet : « Concernant l’apprentissage de la langue arabe et de la religion en dehors de l’école, il devient nécessaire d’élaborer un Programme éducatif d’apprentissage de l’arabe et de la religion commun et partagé. » [NB : le « en dehors de l’école » ne s’applique qu’à l’apprentissage de la religion, sinon il aurait fallu écrire « concernant l’apprentissage, en dehors de l’école, de la langue arabe et de la religion,… », quoique la suite en fasse douter, puisque si l’apprentissage de la religion a lieu en dehors de l’école, l’État n’est plus concerné par un quelconque programme éducatif d’apprentissage.]

CQFD ?

Instance de Dialogue : un départ a priori décevant

Article publié dans Atlantico le 17 avril 2016.

Compte tenu du contexte dramatique que connaît depuis de nombreux mois la France en raison du terrorisme musulman et de la radicalisation de certains jeunes musulmans qui viennent alimenter ce fléau, il paraît effectivement essentiel que l’islam de France trouve des moyens efficaces pour endiguer ce phénomène. Les actions envisagées concrètement à l’occasion de la 1ère réunion de l’Instance de Dialogue entre le gouvernement français et les représentants de l’islam de France étaient donc particulièrement attendues.

J’invite donc le lecteur à lire in extenso le « Discours de monsieur Anouar Kbibech, président du C.F.C.M., à l’occasion de la 1ère réunion de l’Instance de Dialogue instituée entre le gouvernement français et les représentants de l’islam de France », prononcé le 21 mars 2016 :

CFCM Instance de dialogue 160321

Ce texte me paraît appeler certaines remarques :

  • « la pertinence de la démarche qui a été proposée par le Gouvernement qui apporte ainsi une réelle plus-value dans la prise en compte des attentes et des aspirations des citoyens français de confession musulmane »

Il peut apparaître assez étonnant que le discours d’Anouar Kbibech, dont l’objectif prioritaire est de lutter contre la radicalisation des musulmans, commence par insister sur l’importance de la « prise en compte des attentes et des aspirations des citoyens français de confession musulmane ». On aurait pu penser au contraire que c’était aux musulmans français à être à l’écoute des citoyens français (majoritairement non musulmans) compte tenu des attaques terroristes subies en France au nom de l’islam.

  • « Les musulmans de France se sont alors soulevés comme un seul homme »

Je ne crois pas que la France se souvienne que les musulmans de France se soient « soulevés comme un seul homme » après les attentats de janvier ou de novembre 2015. À l’inverse, le silence relatif de la communauté musulmane au regard de l’énormité tragique des faits a semble-t-il surtout frappé les observateurs. N’a-t-on pas entendu parfois certaines banlieues se réjouir, ou des écoliers refuser de respecter la minute de silence ? Sur quels faits précis cette assertion d’un soulèvement en masse est-elle fondée ? Quelle comparaison faire avec l’obstruction médiatique qui a marqué la crise du voile islamique, vécue par la communauté musulmane comme un affront terrible et stigmatisant ?

J’invite par ailleurs le lecteur à lire le prêche distribué par le C.F.C.M. à toutes les moquées de France pour être lu lors de la prière du vendredi 20 novembre, soit une semaine après les attentats du 13 novembre : il pourra juger par lui-même si des marques de compassion y figurent et si une attention particulière est portée aux victimes.

  • « Notre attachement au principe de laïcité garant de la liberté de conscience et du respect de la diversité des convictions et des pratiques religieuses. »

Il est surprenant de revendiquer l’attachement au principe de la laïcité alors que l’islam est une religion fondamentalement anti-laïque car elle ne dissocie pas l’État de la religion. Hassan II, particulièrement lucide, le rappelait clairement : « À partir du moment où on est musulman, on ne peut pas être laïc. »

Surtout, on ne voit pas bien comment cette laïcité pourrait garantir la liberté de conscience puisque le C.F.C.M. lui-même refuse encore aujourd’hui d’accorder aux musulmans de France le droit d’apostasier ! En islam, abandonner l’islam n’est pas un droit. L’apostasie est même punie de mort dans certains pays musulmans qui appliquent le principe édicté par Mahomet lui-même (hadith authentique de Bukhari n°3017) : « Le Prophète a dit : « Celui qui change pour une autre la vraie religion [l’islam], qu’on le tue ». 

On comprend mieux alors pourquoi une conférence a pu être organisée le jeudi 26 novembre 2015 à l’Institut du Monde Arabe sur le thème : « Quelle place dans la religion musulmane pour une véritable liberté personnelle, de conscience et de choix ? » C’est que cette question est effectivement d’une particulière acuité en islam.

  • « Daech est en totale contradiction avec les principes et les fondements même de l’islam»

C’est une opinion mais qui mérite d’être précisément étayée.

  • « Proposition 1 : Renforcer la formation et le rôle des imams »

On ne voit pas très bien le lien avec le thème de la « prévention de la radicalisation », objet de la réflexion, sauf à dire que les imams seraient aujourd’hui incapables de l’empêcher, ce qui est très inquiétant. Car si un imam n’est pas en mesure d’argumenter simplement par le B.A.BA de sa formation pour empêcher la « radicalisation », c’est que tout cela n’a en réalité rien de très évident et donc que la « radicalisation » trouve dans l’islam de bonnes justifications. Si c’est le cas, que veut dire « radicalisation » ?

  • « Proposition 2 : Mettre en place un « Conseil religieux » pour élaborer un contre discours.  Le moment est venu pour mettre en place un Conseil sur le plan théologique qui pourra être saisi sur des questions ou des problématiques liées à l’exercice du culte musulman en France. »

Proposition intéressante mais dont on peut se demander si le niveau de morts qui l’a déclenchée n’aurait pas pu être abaissé. On se demande en effet pourquoi « le moment est venu » aujourd’hui et pourquoi ce n’était pas le cas auparavant.

En outre, il est un peu étonnant que l’objet de ce « conseil religieux » soit limité à l’exercice du culte musulman en France. Le terrorisme musulman ne se nourrit pas sur le terreau des questions cultuelles (savoir comment faire sa prière, ses ablutions,…) mais sur celui des questions doctrinales (le jihad, le sens du martyr,…). Est-ce à dire que ces questions fondamentales de doctrine sont laissées de côté ? Cela n’aurait aucun sens.

  • « Ce Conseil, qui devra refléter la diversité de l’Islam de France, aura pour objectif d’engager la réflexion et l’effort intellectuel (Ijtihad) sur la « contextualisation » de la pratique religieuse en France. »

Chacun sait qu’il n’existe pas dans l’islam sunnite d’autorité religieuse supérieure fixant la doctrine. Cette remarque a visiblement pour objectif de ne pas froisser les susceptibilités au sein du monde musulman. Pourtant, le C.F.C.M. rappelait en introduction de sa déclaration emblématique pour le vivre ensemble de juin 2014 : « L’islam est unique en sa doctrine », seul mot souligné dans cette déclaration, ce qui marquait bien son extrême importance.

Ce propos est visiblement une façon de donner le change vis-à-vis de la « diversité » des courants de la communauté musulmane française. Sur le fond, ce Conseil sera vraisemblablement inutile d’un point de vue doctrinal puisque son objectif semble se limiter à la « contextualisation de la pratique religieuse », ce qui n’a guère de rapport avec la réflexion doctrinale sur le statut de la femme, le rapport aux communautés non-musulmanes et le communautarisme, la laïcité, les châtiments corporels,…

  • « Dans le cadre de la prévention de la radicalisation, le Conseil aura pour mission d’élaborer un « contre discours » basé sur un argumentaire théologique solide (…) Cette démarche permettra de doter les Imams et les Aumôniers qui sont au contact des fidèles, de l’argumentaire théologique nécessaire pour face à l’argumentaire des « djihadistes » qui dévoient les textes sacrés et les valeurs de l’Islam. »

Si le traitement de la question doctrinale est évacué dans son principe pour un repli sur la question de la pratique religieuse, difficile néanmoins d’éluder la question du terrorisme musulman. Il semble ici que le C.F.C.M. ait, enfin (!), pris conscience de la qualité de l’argumentaire religieux présenté par l’État Islamique, sinon il n’aurait pas besoin de préciser que le contre-argumentaire se doit d’être « solide ». Il est d’ailleurs assez surprenant qu’un tel argumentaire n’existe pas déjà si l’islam est effectivement une « religion d’amour et de paix », alors que l’islam existe depuis 1.400 ans et que la violence en islam et le jihad ne sont pas des faits nouveaux. Mieux vaut tard que jamais. En tous cas, cet argumentaire est attendu avec impatience !

  • « Ce Conseil aura également comme mission de relancer l’effort de la Réforme. Ceci nous permettra de relancer l’ère du changement et du progrès. »

Il est assez difficile de savoir de quelle réforme et de quelle ère de changement et de progrès il est question, car on ne voit pas bien ces 30 dernières années en quoi l’islam de France a pu se réformer et avancer sur la voie du changement et du progrès. Tariq Ramadan a bien publié un ouvrage intitulé « La réforme radicale » mais il s’agit au contraire d’un livre contenant une critique sévère de l’islam et de son extrême difficulté à se réformer.

  • « Certaines Contributions proposent même de promouvoir les vertus de la mystique de l’Islam, à travers le développement du Soufisme selon la tradition sunnite pour lutter en amont contre toutes les formes de violence ou de fanatisme. »

Si l’islam peut contenir des courants fondamentalement orientés vers la dimension personnelle et individuelle, indépendamment de considérations communautaires ou politiques, pourquoi pas. Cela étant, le soufisme existe depuis longtemps et si des individus par nature pacifistes peuvent naturellement être séduits, on ne voit pas bien comment le soufisme va aller recruter au sein des esprits attirés par la revivification de l’islam authentique de Mahomet et le jihad qu’il implique.

  • « 3) Renforcer le rôle éducatif de l’école. (…) L’apport éducatif de l’école pourrait s’enrichir par la mise en place d’un « enseignement laïque du fait religieux » dans les écoles et les lycées. Ceci permettra d’assurer aux enfants l’ouverture nécessaire aux autres religions et aux autres convictions. Cette démarche permettra également de semer les « germes du vivre-ensemble » dès le plus jeune âge. »

C’est une idée qui pourrait être séduisante mais qui est en réalité mauvaise et impraticable.

Car que vise-t-on par cette initiative : en réalité, un grand nivellement des discours religieux pour gommer les différences fondamentales de contenu et de vision du monde qui les séparent (jusqu’à les opposer), en vue de les rendre ainsi tous « acceptables » et de faire accroire que les différences entre l’islam et le judaïsme et le christianisme ne sont pas significatives et que toutes ces religions ont en réalité le même dieu et les mêmes valeurs, ce qui est une pure absurdité.

Les juifs rejettent totalement la vision chrétienne du Christ, attendant toujours leur Messie, ainsi que Mahomet et son islam. Les chrétiens prétendent prolonger et « accomplir » la tradition juive, tout en ayant depuis des siècles une difficulté claire à faire totalement leur la transition entre Yahvé Sabaot et le Christ crucifié. Quant à l’islam, les chrétiens ne le reconnaissent aucunement et, si la vision œcuménique critiquable développée par Rome depuis un demi-siècle ne les culpabilisait pas sur cette question, ils seraient sans doute beaucoup plus nets dans leur rejet de Mahomet et son islam.

En outre, est-il envisageable que les programmes de l’Éducation Nationale expliquent à tous les élèves que Mahomet a exterminé une bonne partie des juifs de Médine, puis appelé à tuer tous les juifs ? Qu’il a pratiqué à de multiples reprises les razzias, les guerres pour se procurer du butin et dans un contexte qui n’avait rien à voir avec la légitime défense ? Qu’il s’appropriait des concubines comme butin et faisait vendre les femmes captives si nécessaire sur les marchés pour se procurer des chevaux ? Qu’il s’est marié à Aïcha quand elle avait 6 ans et que le mariage a été consommé à ses 9 ans (lui en ayant 53) ? Qu’il a demandé l’exécution nominative de ceux qui lui nuisaient (jusqu’à faire exécuter un simple poète) ? Que l’homme est autorisé par le Coran à battre les femmes dont il craint la désobéissance ? etc… Tout cela paraît hautement improbable.

Comment le fait religieux musulman pourrait-il être dans ces conditions enseignable dans les écoles de la République, sauf à travestir la vérité et la réalité telle qu’elle ressort des textes musulmans authentiques eux-mêmes (qu’une infime minorité lit…), ou à faire tomber de son piédestal le grand Mahomet – ce à quoi toute la communauté musulmane se refuse – en proposant une vision strictement historique de l’islam originel ?

  • « Concernant l’apprentissage de la langue arabe et de la religion en dehors de l’école, il devient nécessaire d’élaborer un Programme éducatif d’apprentissage de l’arabe et de la religion commun et partagé. »

Il est normal qu’une culture d’origine soit transmissible par l’apprentissage de la langue. Cela fait partie des racines culturelles de tout un chacun. D’ailleurs, l’enseignement de l’arabe littéraire aurait au moins pour avantage de donner à bon nombre de musulmans vivant en France, qui parlent en réalité des dialectes et connaissent très mal l’arabe classique, des connaissances utiles pour lire véritablement le Coran prendre mieux la mesure de ce qui y est écrit.

  • « 4) Accompagner les Jeunes et les Convertis. Il convient de mettre en place de véritables Programme éducatif pluriannuels pour les Jeunes et les Convertis, afin de les immuniser vis-à-vis du dévoiement du texte sacré. »

Ces propos laissent entendre que seules ces deux catégories, les jeunes et les convertis, seraient susceptibles de basculer dans la radicalisation : c’est une assertion intéressante qu’il faudrait vraiment expliciter. La question ne touche pas en effet la profondeur de la religiosité qui, on peut l’imaginer, peut prendre une place plus grande chez des jeunes et des personnes récemment converties – car leur investissement personnel est plus intense – par rapport à des musulmans qui baignent dans l’islam de longue date et qui n’appliquent qu’une version très adoucie et même détachée de l’islam authentique de Mahomet.

Or la question du « dévoiement du texte sacré » – qui reste à démontrer – intéresse tous les musulmans. Restreindre la problématique à certaines catégories de musulmans est pour le moins surprenant. La seule question qui importe est de savoir si c’est l’islam de l’État Islamique ou celui de l’islam de France qui est le plus fidèle à l’islam de Mahomet.

  • « La mise en œuvre par les Mosquées d’un cycle de formation sur plusieurs niveaux leur permettra un apprentissage de la langue arabe pour leur faciliter l’accès au Coran et aux textes de référence. Il leur assurera également une éducation religieuse aux vraies valeurs de l’Islam, loin des mauvaises interprétations. »

Réduire la problématique d’une prétendue mauvaise interprétation de l’islam à une question d’éducation et de mauvaise connaissance de la langue arabe est déroutant. Les mouvements salafistes et jihadistes ont en leur sein des personnalités dont les connaissances religieuses dans le champ de l’islam dépassent souvent de très loin les compétences des imams de France, à en juger par la qualité de la documentation produite.

  • « 5 – Renforcer et étendre le rôle des Aumôniers. La prévention de la radicalisation en détention est un phénomène complexe, à multiple facettes. (…) La prison n’est pas forcément un facteur de radicalisation à elle seule, mais c’est un milieu aggravant ou accélérateur de cette radicalisation. »

Là encore, il faudrait que le C.F.C.M. nous explique deux choses : 1) Pourquoi les prisons françaises ont-elles une surreprésentation musulmane, ce que Tareq Oubrou reconnaît clairement. 2) Pourquoi les prisonniers musulmans sont-ils les plus sujets à la radicalisation, puisqu’on ne voit pas de juifs ou de chrétiens se radicaliser religieusement en prison.

Malheureusement, je pense qu’il faudra longtemps avant d’avoir des réponses satisfaisantes à ces deux questions.

  • « Nous assistons aussi ces dernières années à la libération de la parole politique et médiatique stigmatisant les musulmans de France. Les polémiques à répétition incriminent les musulmans de France et creusent le fossé entre eux et leurs concitoyens. »

Ce discours du président du C.F.C.M. n’apporte donc que bien peu de réponses concrètes au regard de l’ampleur dramatique de la situation. Tout cela est très décevant, mais en réalité au niveau de la faiblesse du diagnostic proposé, en tous cas pour le moment : car la question doctrinale étant centrale, il faut attendre le « discours » que le C.F.C.M. a promis d’élaborer et qui devra impérativement clarifier en quoi consiste l’islam authentique, celui de Mahomet, au lieu de cet islam mièvre qui n’est jamais responsable des horreurs que l’on commet en son nom.

Le seul vrai côté positif est la reconnaissance tant attendue de la spécificité de l’islam au regard de la question de la violence religieuse monothéiste puisqu’elle n’existe ni dans le judaïsme ni dans le christianisme.

Reste que, en dépit de tout cela, le C.F.CM. ne peut s’empêcher de retomber dans certains travers et se référer encore une fois au mauvais procès de la « stigmatisation ». Le C.F.C.M. serait semble-t-il soulagé si la censure de la critique vis-à-vis de l’islam pouvait s’exercer plus régulièrement, puisqu’il explique lui-même que la « libération de la parole politique et médiatique » lui pose un problème. Or la répétition de ce qui est qualifié de « polémiques » suit malheureusement et logiquement de près le rythme des attentats, des atteintes à la laïcité, du non-respect des lois (ex. burka), des incivilités (ex. drapeau français brûlé) qu’on commet au nom de l’islam.

L’égorgement des animaux : un procédé d’abattage honteux et inutile

Les images récentes (depuis octobre 2015) de l’abattoir d’Alès, puis de ceux de Le Vigan et de Mauléon ont une nouvelle fois apporté la preuve des souffrances épouvantables et insupportables infligées régulièrement aux animaux dans les abattoirs français, non seulement lors de l’abattage lui-même, mais également dans le traitement des animaux avant l’abattage du fait du développement de la violence que l’absence de respect de la dignité animale induit.

Alors même que le procédé normal et légal d’abattage en France est celui de l’étourdissement, car naturellement le moins pénible pour les animaux puisque l’animal est inconscient lorsqu’on le tue, les politiques français (mais aussi ceux d’autres pays européens, sauf toutefois ceux de certains pays d’Europe du Nord) ont accordé des dérogations consistant à autoriser la souffrance des animaux pour des prétextes futiles, c’est-à-dire religieux, puisqu’il n’y a aucun bénéfice sanitaire tiré de l’égorgement de l’animal vivant.

En outre, ces dérogations à l’étourdissement ont un effet pervers considérable puisqu’elles conduisent évidemment à considérer que l’égorgement est un mode d’abattage en réalité normal (sinon il faudrait l’interdire dirait Monsieur de La Palice), ce qui a un intérêt certain dans le monde consumériste occidental dont les objectifs de profit entrent en conflit direct avec le respect de la dignité animale qui induit mécaniquement une perte de productivité. Entre la dignité animale et quelques cents d’euros, le choix est vite vu dans notre merveilleux monde occidental. Les animaux peuvent hurler de douleur, tant que le consommateur n’entend pas ces cris, tout va bien ! Or l’enjeu est considérable : Tareq Oubrou indiquait il y a quelque temps que « D’après les chiffres officiels de 2008, un tiers des 10 millions d’animaux de boucherie abattus en France l’ont été de manière rituelle, à raison d’environ un bovin sur dix et un ovin sur deux. »

Ces dérogations honteuses révèlent l’hypocrisie d’un monde politique qui prétend défendre la dignité animale mais qui est en réalité beaucoup plus soucieux de ses calculs politiques. Car il faut être logique : si la dignité animale est une véritable valeur pour nos sociétés occidentales, pourquoi accorder des dérogations – ce qui revient précisément à nier fondamentalement cette dignité – juste pour permettre de satisfaire des fantasmes humains qualifiés de « religieux » au prétexte qu’on imagine qu’un Dieu se serait préoccupé de ce genre de choses et, qui plus est, en aurait parlé aux hommes ? Si Dieu existe, n’avait-il pas plus de raison de se manifester pour des affaires autrement plus importantes ? Or, on ne l’a pas beaucoup entendu ni vu devant le camp d’Auschwitz ni à l’entrée des goulags staliniens.

La dignité animale, ou humaine puisque nous sommes aussi des animaux, dépend-elle des circonstances ? Y a-t-il des dérogations au regard de l’interdiction de la peine de mort pour les condamnés en France ? Non.

Dans ce contexte, il est intéressant de s’interroger sur la profondeur des justifications religieuses qui semblent avoir raison du peu de courage de nos hommes politiques, et en particulier vis-à-vis de la communauté musulmane qui est de loin la plus nombreuse. Car que dit la doctrine musulmane ? L’égorgement dans le cadre de l’abattage halal est-il une condition sine qua non de la consommation de viande par les musulmans français ?

Appuyons-nous pour ce faire sur les écrits de quelques personnalités éminentes de l’islam, bien connues en France, et versées dans la connaissance des règles musulmanes :

  • Yusuf Qaradawi, qui a notamment écrit « Le licite et l’illicite en islam » (éditions Al Qalam, 2005), religieux musulman mondialement connu, à la tête du Conseil européen des fatwas et de la recherche (conseil édictant des avis juridiques à l’attention des musulmans vivant en Europe), et qui n’est pas précisément connu pour son laxisme dans l’interprétation des règles religieuses musulmanes.
  • Tariq Ramadan, lui aussi versé dans la connaissance des règles religieuses musulmanes, et qui a notamment abordé certains aspects de la question qui nous occupe dans le livre « La réforme radicale » (éditions Presses du Châtelet, 2013).
  • Tareq Oubrou, imam de Bordeaux, qui évoque cette question dans le livre-interview « un imam en colère » (éditions Bayard, 2013).

Que pouvons-nous conclure de ces lectures ?

1) Quelle est la nature de l’abattage halal ? Un abattage éthique et non rituel

Tareq Oubrou écrit : « Il existe en réalité trois types d’abattage rituel ou sacrificiel. Les deux premiers sont l’offrande annuelle commémorant le geste d’Abraham, à l’occasion de la fête du sacrifice (Aïd-El-Kébir) et le sacrifice fait à l’occasion de la naissance d’un enfant. Ces deux formes de sacrifices, très répandues chez les musulmans originaires du Maghreb, ne sont pas des obligations canoniques mais seulement des recommandations. Le seul sacrifice obligatoire est celui que le pèlerin effectue lors du pèlerinage à La Mecque (hajj).»

Tareq Oubrou écrit également : « Le halal n’est pas une offrande destinée à Dieu mais un abattage éthique. En ce sens, les termes de « sacrifice » ou d’abattage « rituel » sont des abus de langage. »

2) L’égorgement n’est pas rendu nécessaire par la consécration de l’animal à Allah

L’égorgement pourrait être rendu obligatoire par l’habitude musulmane consistant lors de l’égorgement à consacrer l’animal à Allah, rendant les deux pratiques nécessairement concomitantes. Or tel n’est pas le cas.

Yusuf Qaradawi écrit : « La raison de cette interdiction [prononcer le nom d’un autre que Dieu], ici purement religieuse, est de sauvegarder le monothéisme, de purifier les croyances et de lutter contre l’associationnisme et les divers aspects de l’idolâtrie dans tous ses domaines. (…) S’il prononce en l’égorgeant le nom d’un autre que Dieu, l’homme annule aussitôt cette permission et mérite qu’on l’empêche de profiter de cet animal égorgé. »

Or Yusuf Qaradawi précise : « Certains savants décidèrent en fin de compte que prononcer le nom de Dieu était nécessaire. Mais il n’est pas obligatoire que cela se fasse au moment de l’abattage. Il suffit de le faire avant d’en manger : « ne mange pas quelque chose sur laquelle on n’a pas prononcé le nom de Dieu ». Dans le recueil authentique d’al-Boukhari, il y a ce hadith rapporté par Aïcha : Il y a des gens qui nous apportent de la viande et nous ne savons pas s’ils ont prononcé sur elle le nom de Dieu. Pouvons-nous en manger ? Il [Mahomet] leur dit : « Prononcez le nom de Dieu et mangez-en ». »

Tareq Oubrou écrit : « Selon l’école chaféite [l’une des quatre grandes écoles juridiques de l’islam], on n’est même pas obligé de prononcer le nom de Dieu avant l’abattage. »

3) L’abattage musulman est un abattage éthique au sens où son objectif doit être de faire souffrir l’animal le moins possible

Yusuf Qaradawi écrit : « Il nous semble que le sens secret de cet abattage est le fait de tuer l’animal dans les délais les plus brefs et sans le faire souffrir. C’est pourquoi on a rendu obligatoire l’emploi d’un instrument tranchant car son effet est plus rapide. On a exigé de trancher à la gorge, car c’est l’endroit le plus propice pour mettre facilement fin à la vie de l’animal. On a interdit d’égorger avec la dent ou l’ongle car cela ferait souffrir la victime et n’aboutirait en général qu’à la strangulation. Le Prophète a ordonné de bien aiguiser la lame et de mettre la bête à l’aise : « Dieu a prescrit de faire toutes choses avec humanité. Quand vous tuez, tuez humainement, et quand vous égorgez, égorgez humainement. Que l’un de vous aiguise bien sa lame et mette à l’aise sa victime. » (hadith rapporté par Muslim d’après Chahad Ibn Aous). »

L’égorgement est ainsi venu mettre fin à l’époque de Mahomet à des pratiques odieuses vis-à-vis des animaux. En effet, Yusuf Qaradawi rappelle : « Omar vit quelqu’un trainer un ovin par la patte pour l’égorger. Il lui dit : « Malheur à toi ! Conduis-le à la mort d’une façon gentille » (hadith rapporté par Abd ar-Razaq). Ainsi nous trouvons que la pensée générale est de traiter les animaux avec douceur et de leur éviter au possible toute souffrance. Avant l’islam, les Arabes coupaient la bosse des chameaux vivants et coupaient aussi la queue des gros ovins. C’était là une torture pour ces animaux. Le Prophète leur interdit cette pratique barbare en leur disant : « Tout ce qu’on coupe d’un animal vivant est considéré comme bête morte » (hadith rapporté par Ahmad, Abou Dawoud, ar-Tirmidhi et al-Hiban) »

Tareq Oubrou confirme : « Nous ne sommes pas dans le sacré. Le musulman a simplement pour obligation d’alléger au maximum la souffrance de la bête. »

Tariq Ramadan indique également : « Être obsédé par les techniques du “halal“ et, a fortiori, en en disant et en ne proposant rien sur la question du traitement absolument indigne des animaux dans nos univers de surconsommation et de productivités à outrance (dans certains élevage, dans les abattoirs, etc.) – de même que sur le mauvais traitement des animaux dans les sociétés les plus pauvres –, cela est proprement illogique, sidérant et tout simplement schizophrénique. (…) La consommation de la viande “halal“ est réduite à une question d’ordre technique sans considération fondamentale pour les finalités du sacrifice, qui ne devrait se permettre de prendre la vie qu’en l’ayant respectée et protégée des mauvais traitements et de la souffrance. »

Ces positions semblent tout à fait conformes à la Sunna (Tradition) du Prophète, si l’on suit quelques exemples de hadiths « authentiques » tout à fait bien connus :

Bukhari : Titre 72 « Des animaux à égorger, du gibier et de l’invocation à faire pour le gibier » / Chapitre 25 « De ce qu’il est répréhensible de mutiler un animal vivant, l’attacher pour servir de cible ou le faire coucher sur les pattes pour lui trancher le col. »

Bukhari N°5513 (et Muslim N°1956) : Hishâm Ibn Zayd a dit : « Comme j’entrais chez al-Hakim Ibn Ayyûb en compagnie d’Anas, celui-ci aperçut des jeunes gens qui avaient attaché une poule sur laquelle ils tiraient à la cible. – Le Prophète, dit alors Anas, a défendu de tuer de sang-froid (c’est-à-dire sans aucune nécessité d’aucune sorte) [donc la souffrance n’étant d’aucune utilité, elle doit être évitée si elle peut l’être] les animaux ».

Bukhari n°5515 : Sa’îd Ibn Jubayr a dit : « J’étais auprès d’Ibn Umar. On passa auprès de jeunes gens qui avaient attaché une poule pour s’en servir de cible. Aussitôt qu’ils aperçurent Ibn Umar ils se dispersèrent. – Qui a fait cela ? s’écria Umar. Le Prophète a maudit quiconque agirait ainsi. D’après Ibn Umar, le Prophète a maudit quiconque mutilerait un animal. »

Muslim N°1955 : Shaddid Ibn Aus a rapporté : « Je me souviens de deux choses que le Messager d’Allah a dites : Allah a enjoint de la bonté en toutes choses ; alors, quand vous tuez, tuez d’une bonne façon et quand vous égorgez, égorgez d’une bonne façon. Donc chacun devrait aiguiser son couteau et devrait faire en sorte que l’animal égorgé meurt confortablement. »

En revanche, si l’on peut se fier aux religieux pour ce qui est des questions religieuses, restons plus circonspects vis-à-vis de leur « ressenti » scientifique, tel celui de Tareq Oubrou : « D’où la nécessité d’utiliser un couteau très aiguisé afin de stopper d’un coup l’irrigation du cerveau et de permettre à l’animal de perdre rapidement conscience. L’animal ne souffre pas. Les soubresauts qui suivent l’égorgement sont purement végétatifs et inconscients puisque son âme a déjà quitté son corps dès la mort cérébrale [propos qui mélange la science et la religion et dont on voit bien qu’il quitte complètement le champ scientifique]. »

Cela étant, Tareq Oubrou finit par conclure : « Si un jour il est prouvé que l’étourdissement préalable réduit effectivement la souffrance, alors pourquoi pas… »

Maintenant donc que les procédés d’étourdissement sont disponibles, rien ne s’oppose à abandonner l’égorgement au profit de l’étourdissement, procédé incomparablement moins douloureux. Car comment soutenir que l’animal ne souffre pas alors qu’on lui a seulement tranché une partie du cou, laissant sa tête ballante, sans rompre toutes les terminaisons nerveuses comme dans le cas d’une décapitation, provoquant ainsi un stress abominable (et la production consécutive de toxines) et une agonie qui peut durer plusieurs minutes ?

3) La viande issue de l’abattage par les Gens du Livre est licite pour les musulmans

Si l’étourdissement est donc tout à fait licite aujourd’hui (l’égorgement de l’époque du Prophète étant devenu obsolète du fait de l’apparition des techniques modernes), y aurait-il par ailleurs un enjeu quelconque en raison du fait que la viande consommée par les musulmans proviendrait en outre d’abattoirs occidentaux non tenus par des musulmans, donc dans un cadre très différent de ce qui se passe en terre d’islam ? Le fait que les abattoirs européens utilisent l’étourdissement rend-il la viande illicite pour le musulman ?

Eh bien, non !, dans la mesure où les musulmans peuvent considérer que les abattoirs sont situés dans des pays à majorité d’origine largement chrétienne (les chrétiens faisant partie des « Gens du Livre », avec principalement les juifs).

Yusuf Qaradawi indique en effet : « L’expression « La nourriture ce ceux qui ont reçu le Livre » est une expression générale englobant tout ce qu’ils mangent. Les bêtes qu’ils égorgent, leurs céréales, etc. Tout cela nous est licite tant qu’il n’est pas spécifiquement illicite comme la bête morte, le sang répandu et la viande de porc. Tous ces interdits, que ce soit l’alimentation d’un homme du Livre ou d’un musulman, on est unanime à dire qu’ils ne nous sont pas permis. »

Yusuf Qaradawi précise : « Ce qu’ils abattent par électrocution ou autre chose pareille. La deuxième question est de savoir si on exige que leur façon d’abattre doit être semblable à la nôtre, c’est-à-dire avec une lame tranchante à la gorge. La plupart des savants l’exigent. Cependant, un groupe de Malékites [l’une des quatre écoles juridiques de l’islam, notamment suivie par les maghrébins] disent que cela n’est pas une condition obligatoire. Dans son commentaire du verset de la sourate 5 (« le festin »), Ibn Arabi a dit : « Cela est une preuve évidente que la chasse et la nourriture de ceux qui ont reçu le Livre font partie des choses bonnes et pures que Dieu a permises. C’est là une permission absolue. Dieu ne l’a répété que pour lever les doutes et mettre fin aux objections et aux mauvaises pensées qui nécessitent à leur tour d’autres objections et astreignent à de longs discours. » On m’a demandé mon avis sur le chrétien qui tord le cou de la poule puis la fait cuire. Peut-on en manger avec lui ou la prendre chez lui pour la manger ? Je dis : « Oui, on peut la manger car c’est son alimentation personnelle, celle de ses prêtres et de ses moines, même si cette manière de tuer n’est pas nôtre. Dieu nous a permis leur nourriture sans aucune restriction. Tout ce qu’ils considèrent permis dans leur religion nous est permis, sauf dans les cas où Dieu les a accusés de mensonge ». Nos savants ont dit : « Ils nous donnent leurs femmes comme épouses et il nous est alors permis d’avoir avec elles des rapports intimes. Comment ne mangerions-nous pas de leur abattage, alors que la nourriture vient après les rapports sexuels [un musulman étant autorisé par la doctrine à épouser une juive ou une chrétienne] dans le licite et l’illicite ? » »

Yusuf Qaradawi confirme : « C’est le principe adopté par Ibn al-Arabi. Il a dit dans un autre passage : « Ce qu’ils ont mangé sans l’avoir égorgé selon notre rite, mais après l’avoir étranglé ou lui avoir brisé le crâne, c’est-à-dire sans se préoccuper de sa légitimation, cela est interdit. » Mais il n’y a aucune contradiction dans ses deux affirmations. Il a voulu en effet dire que ce qu’ils jugent chez eux comme légitimé par l’abattage rituel nous est permis, même si son abattage n’est pas conforme au nôtre. Ce qu’ils ne jugent pas chez eux comme légitimé par l’abattage rituel ne nous est pas permis. On entend par abattage rituel l’intention de tuer l’animal dans le but de le rendre licite. C’est ce que pense ce groupe de malékites. À la lumière de ce que nous venons de dire, nous savons quelle position prendre devant les viandes importées des pays des gens du Livre telles que le poulet et la viande de bœuf en conserve qu’on a abattus par électrocution ou un autre moyen semblable. Tant qu’ils jugent ces viandes licites, elles le sont pour nous, conformément au sens général du verset. Quant aux viandes importées des pays communistes, on ne peut en aucune façon les consommer, car ce ne sont pas des gens du Livre et ils renient toutes les religions en bloc. Ils ne reconnaissent ni Dieu, ni aucun de ses messagers. »

4) Le musulman n’a même pas à se préoccuper de la question de la façon dont la viande a été produite

Outre tout ce qui vient d’être précisé, Yusuf Qaradawi indique : « Une règle de base : nous ne devons pas nous poser de questions au sujet de ce que nous ignorons. Le musulman n’a pas à s’interroger sur ce dont il ne connaît pas l’origine. Comment a-t-il été abattu ? Toutes les conditions de l’abattage sont-elles remplies ? Le nom de Dieu a-t-il été prononcé sur la bête au moment de l’égorger ? Mais tout ce dont on ignore l’origine de ce qu’a abattu un musulman (même ignorant ou dépravé) ou un homme du Livre est licite. Nous avons déjà cité le hadith d’al-Boukhari selon lequel on demanda au Prophète : « Des gens apportent de la viande sans que nous sachions s’ils ont prononcé le nom de Dieu sur elle ». Il leur dit : « Prononcez vous-mêmes le nom de Dieu sur elle et mangez-la ». Les savants dirent à propos de ce hadith : « Cela montre que les actes et les comportements sont jugés corrects et sains jusqu’à preuve du contraire. » »

CONCLUSION

Au terme de cette analyse, on voit qu’il n’existe aucun obstacle de principe sérieux à l’abandon de l’égorgement comme méthode d’abattage au titre du halal, si ce n’est malheureusement le manque de courage des politiques et sans doute l’avidité financière des grands groupes alimentaires, car l’étourdissement a un coût (adaptation de la chaîne de production, réduction de la vitesse d’abattage, réalisation de contrôles pour éviter tout mauvais traitement et non application des règles,…). Mais les grands groupes n’ont en généralement cure. Ils sont plus sensibles aux cris de leurs actionnaires qu’aux hurlements de ces bêtes qu’on égorge dans des conditions épouvantables.

Alors, mesdames et messieurs les politiques, qu’attendez-vous pour rendre le monde meilleur ?

Notons que cette analyse a été transmise à Geneviève Gaillard (PS) et Jacques Lamblin (LR) en début d’année 2016 (ainsi qu’à plusieurs associations de défense des animaux dont L214 et la fondation Brigitte Bardot). J’invite les lecteurs qui seraient sensibles à cette cause à écrire à ces deux députés pour leur rappeler l’urgence de traiter cette question.

 

Libye et victimisation : une mise au point intéressante sur les errements français

L’excellente émission « Arrêt sur images » nous a gratifié fin mars 2016 d’un échange intéressant et plein de bon sens à propos des errements français en Libye et de l’instrumentalisation médiatico-politique de la victimisation.

ASI 160331 Libye et victimisation

ASI 160331 Libye et victimisation

Lutter contre la « radicalisation islamiste » : un leurre bien occidental ?

Alors que l’ « Instance de dialogue » mise en place par le gouvernement avec les représentants de l’islam de France constatait en tout début de semaine dernière (21 mars) sa très grande difficulté à lutter efficacement contre la radicalisation chez les jeunes musulmans français, les attentats de Bruxelles ont été tout au long de la semaine de nouveau l’occasion d’un déferlement de généralités dans les médias, laissant de côté la doctrine, l’émission « Des Paroles et Des Actes » s’étant illustrée dans ce domaine avec une conclusion assez insipide et surtout inutile d’un psychiatre, car c’était, encore une fois, replacer la problématique de la radicalisation sur le seul terrain de la psychologie/psychiatrie. Malheureusement, la faible diversité des intervenants dans les grands médias (télévision ou radio) laisse peu de chance à l’expression des opinions non conformistes, politiquement incorrectes, mais probablement plus justes.

Il est symptomatique que les seuls motifs avancés ad libitum pour expliquer cette « radicalisation » soient tous de nature sociologique, économique, psychologique, etc., et jamais religieuse. Si des juifs, des chrétiens, des bouddhistes, des agnostiques, des athées,… souffrent aussi en France de difficultés scolaires, économiques, psychologiques, sentimentales, etc., on n’en voit pas qui sortent tuer des gens dans les rues ou commettre des attentats-suicide au nom de leur religion ou spiritualité. C’est donc bien qu’il y a une spécificité de l’islam en matière de violence.

Force est de constater que ces jeunes musulmans qui commettent ces attentats au mépris de leur vie sont loin d’être tous des « paumés » ou des personnes psychologiquement dérangées. Bien sûr, certains peuvent être instrumentalisés à partir d’un terreau fragile, mais beaucoup de situations ne semblent pas relever de ce contexte. Dans une récente émission d’« Arrêt sur images », un reportage montrait un combattant de l’État Islamique en Syrie qui faisait le choix, après concertation avec les autres membres de son groupe, de sacrifier sa vie pour déloger des ennemis d’une position jusque-là imprenable. Il était calme et le reportage le montrait ayant une conversation a priori normale avec sa femme quelques minutes avant son départ. De la même façon, la vidéo de l’État Islamique relative aux attentats du 13 novembre montre les interviews des combattants morts dans les attentats : c’est surtout leur résolution calme qui impressionne, y compris lorsqu’ils pratiquent des décapitations.

Face à cette détermination sans faille et maîtrisée, les politiques sont désemparés car beaucoup d’occidentaux ont perdu le sens du religieux. La glorification de l’athéisme et l’écroulement de la morale qu’il provoque sapent depuis bien des années le respect et la compréhension du spirituel dans l’homme. Les personnes vraiment croyantes ne sont plus vues que comme des représentants d’une espèce en voie d’extinction, des « curiosités » qu’on observe avec amusement, comme les hommes du mythe platonicien de la caverne. Aller jusqu’au bout de son engagement religieux ou spirituel serait la marque de personnes « dépassées », appartenant à une époque révolue, n’ayant rien compris puisqu’elles sont par définition en dehors de la réalité consumériste et jouissive de notre temps. À cette aune, un moine régulier qui s’enferme pour des années entre les murs d’une abbaye à prier pour un monde qu’il ne voit pas est-il plus fou qu’un combattant musulman qui veut mourir en martyr, assuré qu’il est d’être reçu au paradis ?

Poser le problème de la « radicalisation » musulmane, c’est en réalité poser le problème de l’identité profonde de l’islam. Que dit l’islam ? En réalité, la grande majorité des musulmans semble l’ignorer (comme le confirmait un reportage présenté dans l’émission de France 2 du dimanche matin consacrée à l’islam de France en février 2015 : « L’ignorance est un fléau chez les musulmans » disait une jeune musulmane interviewée).  Aussi, l’invitation pressante de l’État Islamique incitant les musulmans d’Europe (et du monde) à revenir à leurs textes authentiques, à « apprendre leur religion », n’est donc pas fortuite.

Pourquoi les réponses de l’islam de France sont-elles si faibles à ce sujet ? C’est sans doute que la lecture de la biographie originelle de Mahomet du IXème siècle (Sîra d’Ibn Ishâq/Ibn Hîcham), reconnue comme authentique par tous les musulmans, conduit à constater une proximité troublante entre l’islam de Mahomet, à compter de son installation à Médine, et celui de l’État Islamique. Cette biographie regorge en effet d’expéditions, de razzias, meurtres, viols, tortures, etc. dans le cadre du jihad que Mahomet a instauré contre tous les non-musulmans. Ce jihad est offensif et la légitime défense si souvent évoquée en occident apparaît bien « mythique ».

En effet, l’omniprésence de la guerre à compter de la déclaration du jihad ne fait guère de doute : de la date du début de la préparation du jihad à la conquête de La Mecque, ce qui représente 500 pages dans la Sîra traduite par Abdurrahmân Badawî (Éd. Albouraq), on dénombre environ 450 pages consacrées à la description de la guerre (batailles, expéditions, alliances, traitements de captifs, répartition du butin, meurtres divers,…). La consultation de la table des matières du second volume de cette biographie conduit à identifier sur cette période plus de vingt-cinq sections relatives à la guerre (avec les mots bataille, campagne, razzia, conquête,…), ainsi que quatorze sections relatives à des meurtres. Souvenons-nous d’ailleurs simplement que Mahomet a exterminé les juifs Banû Quraydha à Médine : entre 600 et 900 prisonniers juifs égorgés par petits groupes, « jusqu’à leur extermination totale », dit la Sîra ; et tout cela en dépit du fameux « Nulle contrainte en religion » (qui a en réalité été abrogé par Mahomet avec l’ouverture du jihad).

Cette perception n’est guère contradictoire avec la lecture du Coran, dont les versets appelant à tuer les infidèles, les pourchasser, etc., sont nombreux, de même que les multiples versets glorifiant le martyre dans le « combat dans la voie d’Allah » (le jihad), dont j’ai déjà eu l’occasion dans un autre article sur « la licéité de l’attentat-suicide » de donner de nombreux exemples sur le site d’Atlantico.

Terminons enfin par les hadiths du Prophète qui semblent également cohérents avec cet ensemble. Par exemple en ce qui concerne la lutte contre les juifs (hadith de Muslim faisant partie du recueil authentique, qu’on retrouve de façon similaire mais un peu plus courte chez Bukhari) : « D’après Abû Hurayra, l’Envoyé d’Allah a dit : « L’Heure Suprême ne se dressera pas avant que les musulmans ne combattent les juifs. Les musulmans tueront les juifs jusqu’à ce que les rescapés de ces derniers se réfugient derrière les pierres et les arbres qui appelleront alors le musulman en disant : « Ô musulman ! Ô serviteur d’Allah ! Voilà un juif derrière moi, viens le tuer ! », exception faite de l’arbre dit Al-Gharqad qui est l’un des arbres des juifs ». »

Que Mahomet ait été historiquement un homme politique qui a usé sans scrupule de la guerre pour parvenir à ses fins ne devrait pas en soi être problématique si l’islam pouvait laisser dormir cet exemple dans les coffres de l’histoire et ne conserver de sa doctrine que les aspects pacifiques et miséricordieux (l’islam ayant déjà été bien précédé par les conceptions bouddhistes et chrétiennes qui donnent à l’amour du prochain et à la compassion une place centrale, la violence étant totalement absente du Nouveau Testament – est-il besoin de le rappeler –). Cette évolution serait profitable à tous et faciliterait grandement le vivre ensemble.

Mais vouloir faire évoluer l’islam dans ce sens, ce que certains penseurs musulmans « éclairés » réclament aujourd’hui au péril de leur vie, semble impossible sans remettre en cause l’islam dans sa totalité puisque Mahomet constitue un modèle a qui force de loi universelle pour la suite des temps, toute critique de sa personne étant d’ailleurs susceptible de constituer un délit de blasphème puni de mort dans l’islam.

Aussi, la question de la « radicalisation » n’est pas celle qui nous est présentée : c’est d’abord fondamentalement une question religieuse, et non sociologique ou psychologique ; vouloir prétendre le contraindre est une erreur de diagnostic manifeste, un véritable aveuglement. D’ailleurs, si tous les recruteurs et les recrutés de l’État Islamique étaient des gens « perdus », désemparés, la lutte serait sans doute beaucoup plus facile et leur engagement ne se prolongerait sans doute pas sur des années. La cohérence doctrinale de la vision dite « islamiste » est justement un des éléments pouvant fasciner des esprits en quête d’absolu, à la recherche d’une vraie identité spirituelle et non pas d’une religiosité confortable se rassasiant de quelques prières quotidiennes et de quelques ablutions.

Si être musulman aujourd’hui c’est continuer à suivre du mieux possible l’exemple du Prophète (ce qui est régulièrement rappelé dans toutes les conférences musulmanes qui se tiennent en France), prendre conscience de la nature de l’islam professé et pratiqué par Mahomet (telle qu’il ressort des textes musulmans authentiques eux-mêmes) semble problématique, au moins à la première lecture : on peut certes prétendre interpréter, mais la clarté de ces textes pose un vrai problème. La question devient donc : Mahomet était-il « radicalisé » ? Est-ce un exemple à suivre ?

Georges Malbrunot, dans une conférence donnée à Neuilly-sur-Seine le soir du 22 mars dernier sur le thème de l’État Islamique, à la question (deux fois formulée) sur les motifs strictement religieux conduisant les jeunes Européens à partir en Syrie, répondait : « l’islam, ce n’est pas cela [celui de l’État Islamique] », incantation pieusement formulée. Ce propos, malheureusement soutenu par aucun argumentaire doctrinal, semblait refléter un tabou impossible à lever : envisager que certains aspects de la doctrine de l’État Islamique puissent effectivement refléter le véritable islam des origines. Dans le même temps pourtant, Georges Malbrunot concédait qu’une proportion très significative (30% ou plus) des sunnites de certains pays du Golfe affichaient en leur for intérieur une certaine sympathie pour la vision doctrinale de l’islam professée par l’État Islamique.

En France, l’accès aux médias semble limité à un petit groupe d’islamologues ayant pignon sur rue médiatique et dont le discours économico-sociologico-psychologique semble tourner en boucle en dépit du peu de réponses concrètes qu’il apporte. Quant aux autres commentateurs, journalistes détenant les clefs du pouvoir médiatique, leur ignorance de la doctrine musulmane est flagrante – d’ailleurs il ne la cite jamais –, ce qui ne les empêche toutefois pas d’asséner leurs opinions avec la plus grande force. Ainsi, les questions difficiles sont évacuées, comme l’a déjà souligné à plusieurs reprises Alain Finkielkraut (mais aussi d’autres), au prétexte de ne pas favoriser la « stigmatisation » (et donc l’islamophobie).

Or la question n’est pas de stigmatiser les musulmans, qui n’ont aucune raison d’avoir à la naissance un plus mauvais fonds humain que les autres hommes. Car il faut mettre fin aux procédés condamnables de certaines officines dont l’activité principale semble consister, dans un amalgame odieux, à tenter de faire taire (et si possible condamner par la justice) toute analyse libre et critique des religions, et notamment de l’islam, au prétexte que ce sont les personnes qui sont attaquées ! Eh bien, non ! Humainement, un musulman n’a pas plus de raison d’être meilleur ou pire qu’un juif, un chrétien, un bouddhiste, un athée, un communiste, un scientologue… : donc pourquoi l’attaquer ? La question n’est vraiment pas là. La question est d’analyser de quelle façon les idéologies, les religions, peuvent transformer les hommes, jusqu’à parfois en faire des monstres, et d’essayer de comprendre dans quelle mesure ce processus de transformation a été délibéré et conscient de la part de l’individu concerné, car c’est aussi une clef essentielle dans la lutte contre ces dérives.

La première tâche est donc d’éduquer chaque personne dans sa religion et de lui faire prendre pleinement conscience des textes qui sont à la source de sa croyance. Or, s’agissant de l’islam, on peut légitimement s’interroger sur le degré de connaissance qu’ont les musulmans de leurs propres textes sacrés étant donné la puissance des dénis, des occultations ou des censures qu’on constate tous les jours dans ce domaine.

La question, qui ne doit supporter aucune entrave, est, sur la base des textes originaux, de rechercher la réalité du message, quelle qu’elle soit, même si elle est douloureuse. Or force est de reconnaître que de nombreux thèmes posent problème dans la doctrine musulmane (inégalité des communautés humaines et communautarisme, inégalité homme-femme et droit de battre sa femme, châtiments corporels, laïcité, jihad contre les infidèles, martyre au combat, etc.).

Malheureusement, en France, le politiquement correct semble difficile à dépasser, alors même que la parole peut être beaucoup plus libre dans certains pays où on s’y attendrait peut-être moins (lire par exemple l’interview du philosophe musulman libanais Ali Harb publiée le 13 mars 2016 dans le quotidien libanais « L’Orient Le Jour » intitulée : « L’islam ne peut pas être réformé ») (reforme). En matière de religion, les médias français semblent déserter le champ de la simplicité, de la raison, du simple bon sens. Et la lecture littérale, qu’on nous apprend à l’école et que tout le monde applique naturellement dans sa vie de tous les jours, semble perdre soudainement, lorsqu’il s’agit de l’islam, sa pertinence et sa vertu (sans que quiconque soit capable d’expliquer pourquoi), et être entachée d’un irrémédiable et épouvantable vice. De quoi a-t-on peur ?

Ceux qui prétendent qu’il n’y a “aucun rapport” entre le djihadisme et l’islam nient l’évidence

Extrait de l’interview donné par André Comte-Sponville à Franck Crudo du magazine Causeur et publiée en deux volets en février 2016

  • Extrait de l’interview

Franck Crudo :

« Vous soulignez que le concept d’islamophobie est piégé parce qu’il a deux sens possibles (le racisme antimusulman, lequel est inadmissible, ou bien la critique d’une idéologie religieuse, laquelle est nécessaire) et que l’islam a bel et bien un rapport avec l’islamisme. Une idéologie – qu’elle soit politique ou religieuse – qui sécrète autant d’antisémitisme, de sexisme, d’homophobie, d’intolérance et qui soumet à ce point la raison à la foi est-elle compatible avec les valeurs de la République ou des Lumières ? »

André Comte-Sponville :

« On a le droit, dans nos pays, d’être anticommuniste, antifasciste ou antilibéral. Pourquoi n’aurait-on pas le droit de s’opposer pareillement à telle ou telle religion, par exemple au judaïsme, au christianisme ou à l’islam ? Mais la frontière est souvent ténue entre l’antijudaïsme et l’antisémitisme, comme entre l’islamophobie et le racisme antimusulman. Il importe donc de rester doublement vigilant, pour préserver la liberté de l’esprit (on a le droit de critiquer toute idéologie, qu’elle soit religieuse ou pas) sans cesser de combattre le racisme, sous toutes ses formes.

Notons d’ailleurs que le racisme antimusulman, en France, est très loin d’être le plus virulent. Un noir catholique ou un arabe athée seront beaucoup plus souvent victimes du racisme qu’un musulman de type européen ! Ce n’est pas une raison pour cesser de combattre ce racisme-là, mais arrêtons d’en faire l’essentiel.

Quant à ceux qui prétendent qu’il n’y a « aucun rapport » entre le djihadisme et l’islam, ils nient l’évidence. Que penseriez-vous d’un chrétien qui vous dirait : « Il n’y a aucun rapport entre l’Inquisition et le christianisme, cela n’a rien à voir ! » ? Ou d’un marxiste qui vous dirait : « Il n’y a aucun rapport entre le marxisme et le stalinisme, cela n’a rien à voir ! » ? Vous vous diriez qu’il se raconte des histoires, et vous auriez raison. Que tout chrétien n’ait pas été un inquisiteur, que tout marxiste n’ait pas été stalinien, cela va de soi. Mais enfin tous les staliniens étaient marxistes, comme tous les inquisiteurs, dans nos pays, étaient chrétiens : ce ne peut pas être un hasard ! Que tout musulman ne soit pas djihadiste, c’est une autre évidence, mais qui n’annule pas le fait que tous les djihadistes sont musulmans. Qui peut croire que ce soit par hasard ou simplement par erreur ?

C’est au contraire en faisant un travail d’élaboration critique, en essayant de penser ce qui, dans le christianisme ou le marxisme, a rendu l’Inquisition et le stalinisme possibles, que chrétiens et marxistes ont pu rompre, pour l’immense majorité d’entre eux, avec ces horreurs. C’est ce même travail d’élaboration critique qu’il faut demander aujourd’hui aux démocrates musulmans : qu’ils essaient de penser le rapport entre le djihadisme et l’islam, au lieu de le dénier perpétuellement, qu’ils analysent ce qui, dans l’islam et y compris dans le Coran, a rendu le djihadisme possible.

Certains intellectuels musulmans ont commencé à faire ce travail, non sans courage, et il faut les soutenir plutôt que les mettre dans le même sac que leurs adversaires. De même que l’Inquisition ou le stalinisme ne sauraient justifier qu’on juge le christianisme ou le marxisme incompatibles avec les valeurs de la République ou des Lumières, le djihadisme ne saurait pas davantage justifier qu’on condamne l’islam en bloc ni qu’on prétende l’exclure définitivement du champ républicain ou progressiste. C’est pourquoi la thèse du « choc des civilisations » me paraît pernicieuse. Ce qui m’interdit d’y adhérer, c’est ce fait incontestable qu’il existe des démocrates musulmans et des fascistes judéo-chrétiens. Vous ne serez pas surpris que je me sente plus proche des premiers que des seconds ! »

  • Commentaires

Le lien entre islam et jihadisme est effectivement une évidence. Les « démocrates musulmans » (notion qui mériterait grandement d’être précisée) n’arrivent effectivement pas à accoucher d’une réflexion fondamentale sur le sujet.

Quant à l’affirmation selon laquelle « le jihadisme ne saurait pas davantage justifier qu’on condamne l’islam en bloc », elle reste à démontrer dans la mesure où l’analyse des textes musulmans authentiques (qu’André Comte-Sponville reconnaît n’avoir pas faite) permet d’identifier une filiation évidente et essentielle entre l’islam et le jihadisme, et avec lequel l’islam n’arrive clairement pas à couper les ponts.