Le fondement doctrinal des interdits : s’affirmer comme musulman contre les autres communautés

La différenciation permanente de certains  musulmanes ou musulmanes, par les interdits, l’habillement, etc., a-t-elle des racines doctrinales ? La réponse est malheureusement oui.

  • Se différencier d’avec les infidèles

La notion d’interdit n’est pas seulement une règle à suivre sans discuter pour les musulmans mais elle est aussi l’expression beaucoup plus fondamentale d’une façon de se différencier des non-musulmans. Ainsi, quand bien même un interdit peut n’avoir aucun sens aujourd’hui, il importe au musulman de l’appliquer pour ne pas être confondu avec les infidèles.

Pour le musulman, les non-musulmans qui bravent les interdits, et qui donc de fait rendent licite l’illicite, commettent le plus grand péché qui soit, l’associationnisme, qui valaient aux polythéistes arabes de se faire exterminer par Mahomet.

Yusuf Qaradawi indique en effet que : « La détermination du licite et de l’illicite est une prérogative exclusive de Dieu » et que « Interdire le licite et autoriser l’illicite sont étroitement liés à l’associationnisme. »

Yusuf Qaradawi précise : « Ni les rabbins, ni les moines, ni les rois, ni les sultans n’ont le droit d’interdire définitivement quelque chose aux créatures de Dieu. Celui d’entre eux qui a fait cela a outrepassé ses limites et transgressé les prérogatives législatives du Seigneur. Quiconque accepte ce qu’ils ont fait et le suit, a donné des associés à Dieu et cette obéissance est considérée comme de l’associationnisme (chirk) : « Auraient-ils des associés qui leur auraient ouvert une voie en matière religieuse que Dieu n’a jamais autorisée ? » (Coran, sourate 42, verset 21). »

Aussi, sur ce sujet, toute discussion avec les non-musulmans est inutile, d’autant que Yusuf Qaradawi précise : « Il n’est pas nécessaire pour le musulman de connaître en détail quel est le mal pour lequel Dieu a interdit telle chose. Il se peut que lui échappe ce qui apparaît à d’autres. Il se peut que ce mal ne soit pas découvert à telle époque et qu’il devienne apparent plus tard. Le musulman doit toujours dire : « Nous avons entendu et nous avons obéi. » »

  • Se différencier en particulier d’avec les juifs et les chrétiens

    Dans ce contexte, Yusuf Qaradawi indique que les juifs et les chrétiens sont évidemment à blâmer : « Le Coran a blâmé les gens du Livre (juifs et chrétiens) qui ont placé le pouvoir d’autoriser et d’interdire entre les mains de leurs rabbins et de leurs moines. C’est ainsi que Dieu a dit dans le verset 31 de la sourate 9 : « Ils ont pris leurs rabbins et leurs moines comme seigneurs et maîtres à la place de Dieu, ainsi que le Messie, fils de Marie. On leur a ordonné pourtant de n’adorer que Dieu unique, nulle divinité autre que Lui. Gloire à Lui ! Il est au-dessus de ce qu’ils Lui associent. » »

    Les juifs en particulier sont visés. Ainsi, Yusuf Qaradawi écrit : « De même que l’islam a interdit tout ce qui mène à l’illicite par des moyens apparents, de même il a interdit les ruses qui permettent de les commettre par des moyens cachés et par des stratagèmes diaboliques. Il a ainsi blâmé les juifs d’avoir rusé pour passer outre ce que Dieu a interdit. Le Prophète a dit : « Ne commettez pas ce qu’ont commis les juifs en vous permettant les interdits de Dieu à l’aide des moindres ruses » (cité par Ibn Qayym). »

    De toute façon, les juifs ne sont guère en odeur de sainteté chez les musulmans : ils méritent leur sort. Yusuf Qaradawi écrit : « Le Coran a indiqué une partie de ce qui était interdit aux juifs ainsi que la raison de cette interdiction. C’était un châtiment que leur imposait Dieu à cause de leur injustice et de leurs péchés. » Allah leur a-t-il aussi imposé la shoah pour leurs péchés ?

    Mais à vrai dire, les chrétiens en prennent aussi pour leur grade car ils ont eux aussi contrevenu aux ordres d’Allah. Yusuf Qaradawi écrit : « Tel fut le cas des juifs. Il était normal que les chrétiens suivirent leurs traces, car l’Évangile a déclaré que Jésus n’était pas venu abroger la législation de Moïse (Némos) mais qu’il était venu la compléter. Cependant, dans ce domaine, ils ont abrogé le Némos et se sont permis ce qui leur était interdit dans l’Ancien Testament, alors que l’Évangile ne l’a pas abrogé. Ils suivirent saint Paul dans la permission de tous les aliments et de toutes les boissons, sauf ce qui a été sacrifié aux idoles, si on dit que cette bête a été immolée à telle statue. Saint Paul justifia cela en disant que toute chose était pur pour les gens purs, que ce qui souillait la bouche n’était pas ce qui y entrait mais ce qui en sortait. C’est ainsi qu’ils se permirent la consommation de la viande de porc bien que textuellement interdite par la Thora jusqu’à ce jour. »

  • Conclusion

    Il n’y a guère de doute que cette façon de justifier les interdits laisse transparaître clairement en filigrane un mépris certain, voire parfois une haine, des juifs et des chrétiens. Mais cela n’a rien d’étonnant puisque les juifs et les chrétiens ne reconnaissent en aucune façon Mahomet et l’islam.

L’appel au moratoire des châtiments corporels : un échec prévisible

La reconnaissance de la nécessité d’abolir définitivement et partout les châtiments corporels, odieux à l’esprit occidental de nos jours, ne peut constituer qu’un préalable non négociable à un début d’intégration des musulmans aux sociétés occidentales.

Si certains ont pu appeler seulement à un moratoire quant à l’application de ces peines, un tel moratoire valant bien entendu mieux que rien du tout, il vaut sans doute bien mieux en appeler à leur suppression directe, qui relève du simple bon sens.

Bien sûr, il vaut mieux demander un moratoire et l’obtenir plutôt que demander la suppression et ne rien obtenir. Mais on peut aussi demander la suppression, obtenir a minima un moratoire, et continuer à se battre pour obtenir la suppression. Sans doute cela demande-t-il un peu de courage d’oser demander la suppression de ces châtiments, c’est-à-dire en déclarant officiellement caducs les versets correspondants du Coran ou les hadiths de la Tradition, à des pays qui disent suivre la vraie doctrine juste et fidèle (l’orthodoxie) et pour qui cette demande peut constituer un blasphème. À l’inverse, ne pas demander la suppression pure et simple est un aveu de faiblesse face à l’orthodoxie musulmane.

Qu’un nombre non négligeable de pays musulmans orthodoxes, parmi lesquels au premier rang l’Arabie Saoudite, terre sainte de l’islam, ne souhaitent a priori aucunement supprimer aujourd’hui ces terribles châtiments n’est-il pas un indicateur alarmant d’une incapacité d’une partie significative du monde musulman à se réformer ? Qu’en conclure quant à la capacité globale de l’islam à partager les mêmes valeurs humaines que l’Occident ?

La difficulté fondamentale de la suppression tient sans doute à l’exemple donné par Mahomet. En effet, celui-ci a défini des situations justifiant la lapidation et l’a lui-même pratiquée, ce qui repose le problème de l’imitation du comportement de Mahomet dans le contexte de la constitution d’un islam moderne.

Malheureusement, il est impossible aux musulmans de revenir sur leurs propres textes car leur authenticité, au cas d’espèce, ne soulève aucun doute. Aussi, la voie du moratoire qui a été évoquée ne peut par nature être qu’une voie détournée car il est impossible de s’attaquer au problème frontalement. Le subterfuge consiste donc à montrer qu’il existe des conditions d’application aux châtiments corporels (autres que la guerre) et que celles-ci ne sont pas réunies dans le monde moderne, en s’appuyant notamment sur les inégalités qui marquent le monde musulman en matière d’application de la loi coranique (« selon que vous serez puissants ou misérables… »). Mais il reste finalement que personne chez les musulmans ne remet en cause l’existence des châtiments corporels dans la religion musulmane.

Rappelons que l’appel au moratoire de Tariq Ramadan a été fermement rejeté en 2005 par une des plus hautes autorités religieuses du monde musulman, si ce n’est la plus haute, l’université Al-Azhar du Caire (commission de recherche juridique), qui explique en effet que les châtiments corporels :

–  figurent de façon claire, explicite et définitive dans le Coran : ils constituent donc à ce titre une des bases de la religion musulmane (un des membres de la commission considérant que ce sujet ne pouvait être ni discuté ni débattu) ;

–  correspondent donc bien au message musulman authentique ;

–  ne peuvent être stoppés que pour un État en guerre, ce qui était potentiellement le cas pour l’Irak mais en aucune façon pour l’Égypte ni aucun autre pays musulman.

D’ailleurs, il semble malheureusement que cette pratique soit enracinée dans la culture musulmane car les musulmans eux-mêmes semblent avoir globalement une assez grande difficulté à condamner publiquement et sans réserve ces pratiques si l’on en croit des sondages cités par le Pew Research Centre en 2011 qui font état d’une adhésion assez forte au principe du châtiment corporel même chez les populations de certains pays réputés pourtant moins intransigeants, comme l’Égypte.

Les musulmans de France et d’Europe se sont-ils déjà prononcés clairement et officiellement pour un rejet total et définitif de ces dispositions barbares du Coran et de la Tradition ? J’avoue l’ignorer mais j’espère que oui.

Loi & Règles : quelle place pour l’amour et la bienveillance ?

Dans la loi musulmane, la place du jugement personnel est réduite à la portion congrue : il ne s’agit pas pour le musulman de déterminer ce qui lui paraît bien ou mal pour définir comment agir mais il s’agit pour lui d’appliquer les règles édictées par Allah, même si elles peuvent lui paraître incompréhensibles, inefficaces ou aberrantes. Aussi la réflexion personnelle sur la nature du bien et du mal autrement qu’en référence à ces commandements est-elle très faible, voire quasiment inexistante.

Malek Chebel indique : « Il est très probable que la dualité bien/mal a accompagné l’épopée humaine depuis le début. Le Coran n’entre pas dans de telles spéculations, mais la personnalité du bon croyant est très distincte – tout en étant parfaitement ciselée – de celle du mauvais croyant. »

Pour Rémi Brague : « Rien n’échappe à la loi, observe Ghazali. (…) La loi est le seul et unique fondement de l’obligation. Ce n’est que par la loi (shar’) qu’on peut savoir qu’une chose est bonne ou mauvaise. Elle seule permet de distinguer entre justice et violence. »

Aussi la place des règles pratiques de vie et les rituels tiennent une place considérable dans la religion musulmane et dans la pratique quotidienne du musulman ; et bien évidemment en tout premier lieu les 5 prières par jour.

Dans l’émission de France 2 « Islam » consacrée en février 2015 à la chari’a, la jeune femme interviewée dans le reportage indique : « Malheureusement l’ignorance est répandue, c’est un fléau pour nous les musulmans, et tout musulman se doit d’apprendre sa religion. La chari’a pour moi c’est notre manière de pratiquer au quotidien, c’est-à-dire qu’on fait une prière, on a une manière de prier. Voilà, c’est la chari’a qui nous apprend à prier. On fait nos ablutions, il y a une manière de faire nos ablutions, donc c’est la charia qui nous enseigne comment faire nos ablutions. »

Tareq Oubrou de son côté s’interroge : « Je me demande ce qu’il reste de foi authentique en Arabie Saoudite ou au Pakistan. Les autorités religieuses y sont tributaires d’un environnement culturel et politique marqué par deux siècles d’idéologie wahhabite, notamment en Arabie Saoudite. Cela les conduit à entériner des pratiques moyenâgeuses, perçues comme barbares par le reste du monde, et qui n’ont rien à voir avec la religion dont j’essaie de vivre et de témoigner : conversions forcées, persécutions des minorités, lapidations, crimes d’honneur,…Ajoutez à cela des décennies de frustration et de rancœur à l’égard de l’Occident, sur fond de manipulation politique, d’analphabétisme et de grande pauvreté, et vous obtenez un cocktail des plus explosifs. »