De l’ignorance musulmane en matière de religion

L’ignorance par les musulmans des autres cultures religieuses ou spiritualités (comme l’ignorance par les chrétiens européens des textes musulmans, qu’ils n’ont le plus souvent jamais lus) est un fait évident et facile à vérifier (sans parler de la très mauvaise connaissance par les musulmans eux-mêmes de leurs propres textes).

C’est une ignorance parfaitement logique dans la mesure où 1) le Coran est censé être pour les musulmans un livre parfait, réputé comme ayant réponse à tout sur tous les points fondamentaux, rendant les livres des autres religions inutiles (le Coran reprenant d’ailleurs dans une multitude de versets, de façon plus ou moins claire ou confuse, de nombreux épisodes de la Bible qu’il copie) ; 2) l’absence de regard critique porté par les musulmans eux-mêmes sur leurs textes sacrés les conduit naturellement à ne pas s’intéresser à d’autres visions du monde ; 3) les textes juifs et chrétiens dont le Coran prétend être le continuateur sont réputés avoir été falsifiés pour cacher la vérité, car ils n’annoncent effectivement aucunement la venue de Mahomet.

Sourate 2, verset 75. Comment pouvez-vous espérer, musulmans, que de pareils gens [les juifs] partageront votre foi, alors qu’un groupe d’entre eux, après avoir entendu et compris la parole d’Allah, la falsifia sciemment ?

Sourate 3, verset 71. Ô gens du Livre, pourquoi dissimulez-vous la vérité sous le mensonge ? Pourquoi cachez-vous sciemment la vérité ?

Sourate 3, verset 78. Certains parmi eux altèrent le Livre en le récitant pour faire croire que cela en provient, alors que cela est étranger au Livre. Ils disent : « Ceci vient d’Allah » alors que cela ne vient pas d’Allah. Ils disent sciemment des mensonges contre Allah.

Sourate 4, verset 46. Certains juifs altèrent les paroles révélées et disent : « Nous avons entendu et nous avons désobéi » (…) Ils tordent leurs langues et attaquent la religion. Si au contraire ils disaient : « Nous avons entendu et nous avons obéi » (…), ce serait meilleur pour eux et plus droit. Allah les a maudits à cause de leur incrédulité : que leur foi est bien médiocre !

Cette ignorance donne lieu à des contre-sens complets, en particulier sur la personne de Jésus, de nombreux musulmans étant ainsi de bonne foi persuadés que le Coran reconnaît le Jésus (« Issa ») des chrétiens, alors qu’il n’en est rien. En effet, le Coran reconnaît Jésus comme prophète et non pas comme le font les chrétiens, comme l’incarnation de Dieu sur Terre, ce qui n’a absolument rien à voir. Stricto sensu, les chrétiens sont pour les musulmans d’abominables polythéistes (car le polythéisme est la pire abomination qui soit pour les musulmans) du fait de la Sainte Trinité car l’unicité de Dieu dans la Sainte Trinité chrétienne (qui est pour Dieu une façon d’être en « relation » avec les hommes de trois façons différentes, et qui constitue – même pour les chrétiens – un mystère de la foi) est une notion absurde et inenvisageable pour les musulmans, et donc un faux-nez du polythéisme.

L’expression de ce constat d’ignorance, quoique évident, est rarissime dans les médias français. Prenons acte néanmoins qu’il a été formulé avec lucidité et courage par un intervenant invité sur le plateau de l’émission de France 2 « Islam » le 11 septembre 2016 :

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Citer les textes musulmans en arabe : une curieuse manie

Il ne viendrait à l’idée d’aucun chrétien de citer les Évangiles en grec pour donner plus de force à son discours. Pourquoi en va-t-il différemment avec l’islam où s’est répandue la curieuse manie d’insérer en permanence dans le discours de la phraséologie arabe ?

  • L’arabe, langue par excellence d’Allah et donc de la révélation divine

Il faut d’abord rappeler que l’islam a donné à l’arabe un statut tout à fait particulier en en faisant la langue arabe la langue de la révélation : Allah dicte à Mahomet son message en arabe afin qu’il soit parfaitement explicite et donc parfaitement compris, c’est ce qui est écrit. On ne peut être qu’étonné par cette primauté car on ne voit pas bien pourquoi l’arabe présenterait une clarté particulière par rapport aux autres langues, dans la mesure où c’est la clarté de la pensée qui fait la clarté du discours comme l’a limpidement expliqué Boileau dans l’Art poétique : « Avant donc que d’écrire, apprenez à penser. Selon que notre idée est plus ou moins obscure, l’expression la suit, ou moins nette, ou plus pure. Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément. »

Or le Coran dit :

Sourate 26, versets 192 à 195 : « Ce Coran, c’est le Seigneur des mondes qui l’a fait descendre, et l’esprit fidèle est descendu avec lui sur ton cœur, pour que tu sois au nombre des avertisseurs, en une langue arabe claire. »

Sourate 34, verset 3 : « (…) Rien n’existe de plus petit ni de plus grand, qui ne soit inscrit dans un Livre explicite. »

Sourate 37, verset 117 : « Et Nous leur avons donné le Livre parfaitement clair

Sourate 41, verset 3 : « Un Livre dont les versets sont clairement exposés, un Coran arabe pour un peuple qui sait, »

Sourate 41, verset 42 : « L’erreur ne s’y[le Coran] glisse nulle part : c’est une révélation émanant d’un Seigneur sage, digne de louanges. »

Sourate 41, verset 44 : « Si Nous avions fait un Coran en une langue autre que l’arabe, ils auraient dit : « Pourquoi ses versets n’ont-ils pas été exposés clairement ? Pourquoi un Coran non-arabe alors que nous parlons arabe ? » (…) »

Sourate 42, verset 7 : « Et c’est ainsi que Nous t’avons révélé un Coran arabe, afin tu avertisses la mère des cités (La Mecque) et ses alentours et que tu avertisses du jour du jugement, où sans nul doute, un groupe sera au paradis et un groupe sera dans la fournaise ardente. »

Sourate 43, verset 2 : « Par le Livre explicite ! »

Sourate 44, verset 2 : « Par le Livre explicite ! »

Pourtant les lecteurs du Coran s’aperçoivent rapidement du peu de clarté du texte, de son caractère répétitif (pourquoi des répétitions multiples si le message est clair ?), de la présence de nombreuses contradictions qui ont rendu nécessaire l’invention de la doctrine de l’abrogation, le caractère explicite du texte étant si peu explicite que de multiples interprétations en sont nées au sein même du monde musulman. Ce qui devait être le chef d’œuvre éternel produit par le maître pour la suite des temps ressemble plutôt au tâtonnement d’un élève.

  • La traduction est évidemment légitime

La force d’un message est d’être universel et donc d’être compris dans toutes les langues. 99,9% des chrétiens d’Europe n’ont jamais lu ni même entendu les Évangiles en grec, et maîtrisent encore moins l’araméen. Bien entendu, certains termes spécifiques en langue originale et donc ancienne peuvent susciter des débats d’interprétation et de traduction dans toutes les religions, quand bien même dans le cas du Coran celui-ci a prétendument été écrit « en une langue arabe [ndlr pourtant] très claire ».

Bien sûr, une compréhension du contexte est nécessaire pour donner un sens à la lecture d’un texte, notamment afin de déterminer si le texte par exemple est symbolique ou au contraire retrace (ou est censé retracer) une réalité. Mais l’objet du langage étant d’être un instrument de communication entre les hommes, il est aussi heureux que les mots aient encore un sens. Et, s’agissant de sources en arabe, si aucune traduction ne peut rendre la totalité du sens des textes arabes (pour autant d’ailleurs qu’en arabe le sens des textes soit parfaitement fixé), on peut penser du moins que certaines traductions fournissent l’essentiel de ce que chacun a besoin de comprendre (quitte si nécessaire d’ailleurs à les croiser pour mieux cerner le sens si aucun mot ou expression ne convient « parfaitement »).

  • La citation en arabe, moyen d’instaurer une distance avec l’interlocuteur non-arabisant et de nier ab initio sa légitimité critique

L’emploi de l’arabe, en dehors du fait qu’il peut être un signe de respect – puisque le texte est censé être la parole du dieu musulman, Allah – ne fournit en soi aucun indice quant à la justesse du propos ni du raisonnement. On peut dire joliment des bêtises dans n’importe quelle langue.

En réalité, l’usage de la citation en arabe est souvent un procédé condescendant pour établir une distance vis-à-vis du non-arabisant et le placer psychologiquement dès le départ dans une situation d’infériorité intellectuelle. L’argument de la maîtrise de la langue arabe est en effet généralement utilisé comme un repoussoir facile vis-à-vis des critiques des non-arabisants.

Pourtant, la réalité est beaucoup plus simple et les traductions se suffisent souvent à elles-mêmes, car vient un moment où lorsqu’il est écrit, pour prendre un exemple marquant, « tuez-les » [les non-musulmans], ou « frappez-les » [vos femmes], il est logique de penser de bonne foi, comme on nous l’enseigne à l’école élémentaire, que cela veut vraiment dire « tuez-les » ou « frappez-les » au sens le plus usuel du terme, sans plus de tergiversations linguistiques (ce qui n’exclut pas néanmoins par ailleurs que le contexte de la rédaction puisse apporter des précisions quant aux situations dans lesquelles ce commandement doit être appliqué).

La divinisation de l’arabe dans la pensée musulmane est en réalité un instrument de pouvoir. Bien qu’il n’y ait pas d’explication linguistique à cette prétendue supériorité de l’arabe sur les autres langues dans l’échange avec Dieu, Allah étant a priori polyglotte, il était logique que le Coran fût en arabe puisque c’était la langue de Mahomet et surtout parce que c’était une façon pour Mahomet d’affirmer par le biais de la langue la supériorité tribale de la communauté arabe – à laquelle il appartenait – sur toutes les autres nations, l’arabe constituant également un instrument de fédération future de tous les musulmans dans la grande communauté musulmane transnationale, l’Oumma, chacun étant censé lire et apprendre le Coran en arabe et non dans sa langue maternelle.

De ce point de vue, il est très curieux de constater que l’État Islamique ne tombe pas dans ce travers en s’adressant aux occidentaux non-musulmans et musulmans et, s’il utilise des mots faisant référence à des concepts doctrinaux précis et tout à fait courants en islam (tawhid, taqlid, manhaj, etc.), il évite la multiplication des citations inutiles en arabe. Sans doute est-ce la marque de la volonté de convaincre par la seule force du discours doctrinal quant à la nature de l’islam authentique.

La régression de l’islam constatée par les musulmans eux-mêmes

Si les musulmans prétendent détenir le livre parfait, loin s’en faut que la doctrine musulmane soit claire aujourd’hui. Le bateau prend l’eau de tous côtés. Comme l’évoquent (cf. esprit critique) Tariq Ramadan, Malek Chebel ou encore Tareq Oubrou, l’islam ne sait pas (ou plus) dialoguer et débattre. À l’occasion des attentats du 13 novembre 2015, l’émission de France 2 « Islam » du 22 novembre 2015 revient sur cette question. Le constat dressé par les deux interlocuteurs est accablant, notamment en comparaison de la liberté de débat, d’idées, à laquelle le monde occidental est habitué depuis bien longtemps déjà.

France 2 Islam 151122 Extrait 1

France 2 Islam 151122 Extrait 2

Le journaliste : « Je vous ai entendu à plusieurs reprises, et avoir lu aussi, toujours revenir sur l’idée qu’il y aurait des clôtures dogmatiques depuis longtemps. Est-ce que ce n’est pas aussi la responsabilité des intellectuels musulmans, des penseurs musulmans, dans l’état actuel de ce que l’héritage musulman est devenu ? »

Ghaleb Bencheikh : « Vous avez tout à fait raison : nous avons une régression dans la régression. Je n’ose même pas imaginer – je n’ai pas envie que nos chers amis téléspectateurs pensent que, lors de notre entretien ce matin… : j’ai envie de dire que nous fûmes grands nous autres arabes et musulmans. Mais Bagdad fut le lieu des controverses, les fameuses controverses qui sont les ancêtres de la disputatio, elle-même ancêtre de la soutenance de thèse. Et on ne prenait pas ses propres références comme base de discussion. Je ne parle même pas de cela. Je parle de la régression par rapport aux années 30 par exemple, où on pouvait parler librement et on débattait. Là on ne le fait plus. Donc la responsabilité des intellectuels, la tâche, le statut, l’engagement, la responsabilité de l’intellectuel musulman, du théologien, du philosophe, est tout aussi engagée. Donc il est temps de sortir des clôtures dogmatiques. »

Le journaliste : « Mais pourquoi y a-t-il eu ces clôtures dogmatiques ? Autant dans les pays musulmans, la plupart d’entre eux malheureusement, la liberté d’expression, de pensée, n’est pas forcément une valeur reconnue, autant, je dirais l’espace européen et démocratique permet ces réflexions. Mais pourquoi nous n’avons pas, justement, avancé sur ces points-là ? »

Il est quand même surprenant de voir le journaliste reconnaître comme une évidence que la liberté de pensée et d’expression n’est pas reconnue dans la plupart des pays musulmans alors qu’elle est assurée en Europe.

Ghaleb Bencheikh : « Pourquoi ? Parce qu’il y a eu abdication de la raison, défaite de la pensée, abrasement de la réflexion, négation de l’intelligence, et on était resté dans ce qu’on appelle la raison religieuse. On est resté dans la pensée magique, on est resté dans l’argument d’autorité, dans les fantasmes superstitieux. Voilà, il faut libérer l’esprit et justement, se libérer de ces fameuses clôtures dogmatiques (…). Eh bien, c’est ce travail-là, et cette tragédie est aussi un moment propice pour l’investissement intellectuel, pour une raison émergente (…). »

L’argument d’autorité est effectivement le grand argument opposé aux non-arabisants pour leur dénier toute légitimité à toute réflexion sur l’islam, ce qui n’a évidemment aucun sens. Tout ne se résume pas à des problèmes de traduction et, au pire, il suffit de s’appuyer sur les traductions des plus érudits ou des plus reconnus. D’ailleurs, quelle signification accorder alors aux désaccords entre arabisants alors que le Coran est censé être un texte parfait et explicite ? En vérité, ces questions de traduction ne sont que des prétextes pour dénier aux non-arabisants le droit de faire ressortir les nombreuses incohérences et contradictions de l’islam.

Quant à l’incapacité du monde musulman à s’accorder le droit de réfléchir, de critiquer des textes tellement sacralisés que leur vénération devient une sorte de superstition, Mahomet étant lui-même très superstitieux, pourquoi s’en étonner ? Quels progrès spirituels l’islam, copie à la base du judaïsme, a-t-il apporté depuis des siècles au monde, et en comparaison avec les spiritualités qui l’ont précédé, notamment le bouddhisme et le christianisme ? À quoi sert l’islam ?

Les chrétiens sont des menteurs !

En France, chacun sait que la critique de la culture musulmane provoque l’ire de toute une nuée d’organisations de défense de la diversité (MRAP, LICRA,…) qui ne manquent pas de poursuivre les infidèles en justice. Mais cela semble poser beaucoup moins de problèmes que des musulmans, de façon tout à fait consciente, conspuent les chrétiens, ces « menteurs », puisque leur religion est un « mensonge », et fassent à leur égard preuve d’un mépris qu’on peut juger assez ignominieux.

Dans cette veine, il est intéressant d’analyser la vidéo ci-dessous fournie très sérieusement par une organisation musulmane française diffusant en 2015 la bonne parole aux musulmans de France et prétendant à leur formation.

Le choix du thème, et de la photo qui l’illustre, est intéressant : « Comment réagissent les prêtres au mensonge du christianisme ? » (Que dirait-on si des chrétiens ou des juifs organisaient da façon institutionnelle la même mise en scène à propos de « mensonges de l’islam »…)

Havre de savoir Mensonges du christianisme 1

Havre de savoir Mensonges du christianisme 2

Analysons le discours, en synthèse :

« L’évêque de Clermont-Ferrand dit : « le christianisme, c’est une arnaque » »

Il serait intéressant de savoir à qui cet intervenant fait référence car l’archevêque de Clermont est depuis 1996 monseigneur Hippolyte Simon, et il ne figure pas dans la liste des interviewés pour la série « L’origine du christianisme » à laquelle il est fait référence (voir la liste des interviewés [1] ci-dessous).

Archeveque ClermontIl serait d’ailleurs assez étonnant d’entendre un évêque en exercice dire que sa religion « est une arnaque ».

[1] Liste des interviewés : Christian-Bernard Amphoux (CNRS) ; Pier Franco Beatrice (Université de Padoue) ; Pierre-Antoine Bernheim ; François Blanchetière (Université Marc Bloch de Strasbourg) ; François Bovon (Harvard Divinity School, Cambridge, Massachusetts) ; Paula Fredriksen (Université de Boston) ; Pierre Geoltrain (EPHE, Paris) ; Christian Grappe (Faculté de théologie protestante de l’Université de Strasbourg) ; Martin Hengel (Université de Tübingen) ; Moshe David Herr (Université hébraïque de Jérusalem) ; Simon Légasse (Université catholique de Toulouse) ; Jean-Pierre Lémonon (Faculté de théologie de l’Université catholique de Lyon) ; Emmanuelle Main (Université hébraïque de Jérusalem) ; Daniel Marguerat (Faculté de théologie protestante de l’Université de Lausanne) ; Etienne Nodet (École biblique et archéologique française de Jérusalem) ; Enrico Norelli (Université libre de Genève) ; Serge Ruzer (Université hébraïque de Jérusalem) ; Daniel Schwartz (Université hébraïque de Jérusalem) ; Graham Stanton (Divinity college de l’Université de Cambridge) ; Ekkehard W. Stegeman (Séminaire théologique de l’Université de Bâle) ; Guy Stroumsa (Centre pour l’étude du christianisme à l’Université hébraïque de Jérusalem) ; David Trobisch (Séminaire théologique de Bangor, États-Unis) ; François Vouga (Kirchliche Hochschule Bethel, Faculté libre de théologie protestante de Bielefeld, Allemagne)

« C’est quoi cette religion où le prophète Jésus, il a été vendu par un des leurs, Judas, et les autres apôtres se sont enfuis, ils l’ont laissé, et après ils l’ont même dénigré,… »

En réalité, l’intervenant fait sans doute référence à des propos et un récit qu’il ne comprend pas, ou plutôt qui le dépassent : la faiblesse humaine, représentée notamment par le triple reniement de Pierre. C’est justement la grandeur du christianisme (comme on peut la retrouver également dans le bouddhisme) de reconnaître la faiblesse de l’homme et sa souffrance face à la peur et la difficulté d’assumer sa foi dans un doute que seule la mort dissipera définitivement. Ce triple reniement est un rappel grandiose de l’humilité de l’homme devant Dieu. Notons toutefois que Pierre mourut en martyr, ce qui prouve bien qu’il finit par assumer totalement sa foi.

Quant au propos consistant à présenter le coq, emblème de la France gauloise et qui annonce le matin et l’espérance d’une journée nouvelle, sous l’unique facette d’un Pierre symbolisé qui ne sait pas ce qu’il veut et qui change de direction comme une girouette, difficile de ne pas y voir un mépris et un dénigrement profonds.

« Le moindre mal qui touche l’islam, on le prend comme l’événement numéro un de l’information. (…) L’objectif c’est de trouver quelque chose qui dénigre le Coran. (…) Alors si jamais le livre même des musulmans souffre d’un manquement quelconque, on n’oserait pas laisser passer cela.  »

L’intervenant reprend l’antienne de la victimisation, manie largement dénoncée dans son propre camp (notamment par Tariq Ramadan cf. victimisation…).

« Ils trouveront rien ; non, ils vont trouver des choses qui vont tellement les frustrer qu’ils auront deux choses : soit mourir en déprime et en frustration, soit devenir musulman. Beaucoup ont choisi cette deuxième méthode. Parce que c’est la parole de Dieu : elle ne souffre d’aucun manquement, d’aucune lacune. »

C’est le mythe du Coran parfait, dont une simple lecture montre combien il diffère de la clarté classique des grands auteurs français (Voltaire, Boileau, Pascal,…) ou même de celle des Évangiles. Cette revendication irréfragable à la perfection (en dépit d’un texte qui admet lui-même des versets clairs et des versets « obscurs » ou « équivoques » cf. clarté et obscurité… ; en dépit de l’existence de versets abrogés cf. abrogation, etc…) est une conséquence du postulat selon lequel il s’agit de la parole de Dieu, par essence intouchable et claire.

Mais si le Coran est parfait, comment expliquer ses contradictions évidentes et le fait que depuis 1.400 ans certains sont toujours à tenter d’interpréter ce qu’il veut dire ? Si ce n’est par le fait que c’est un texte simplement d’origine humaine et qu’il a subi les vicissitudes historiques et politiques des temps de sa composition ?

À la question de l’auditoire « quelles sont les réactions des prêtres ? », l’intervenant cite en arabe le verset 14 de la sourate 27 : « Ils [ndlr les Égyptiens] les [ndlr les signes] nièrent injustement et orgueilleusement, alors qu’en eux- mêmes ils y croyaient avec certitude », verset qui se termine par « Regarde donc ce qu’il est advenu des corrupteurs ».

L’intervenant compare ainsi les prêtres chrétiens aux Égyptiens qui ont refusé de reconnaître les signes évidents des juifs (cf. Moïse devant pharaon) alors que les Égyptiens avaient bien pris conscience que les signes des juifs étaient vrais : en d’autres termes, les Égyptiens avaient endurci leur cœur contre toute raison devant les signes évidents produits par les juifs.

Ainsi, par cette référence, l’intervenant accuse donc de façon similaire les prêtres chrétiens de mensonge flagrant et d’endurcissement car ils refusent les signes manifestes de l’islam. N’ayant par ailleurs selon lui aucun argument contre l’islam, les prêtres chrétiens en seraient réduits à imposer leur dogmes incompréhensibles et irrationnels à leurs fidèles (cf. la sainte Trinité) alors même qu’ils sont convaincus que leur foi est fausse : en d’autres termes, ils sont accusés d’une profonde duplicité et leur responsabilité est inexcusable. C’est un point fondamental de la dialectique musulmane qui anéantit toute possibilité de discussion et critique constructive avec l’islam.

En effet, cette conclusion découle par nature du raisonnement musulman et ne souffre par essence aucune discussion : le Coran étant prétendument supérieur à tous les autres textes, aucun débat n’est possible. La discussion ne sert donc qu’à réaffirmer la véracité du Coran, quelle que soit l’extravagance du cheminement dialectique nécessaire pour y parvenir, et en dépit de toutes les insuffisances et incohérences (même aux yeux d’un athée) de ce texte issu d’une compilation historique aventureuse. Toute ouverture à la discussion n’est que de façade, c’est une ruse, une sorte de taqiya (cf. taqiya).

«  Deux plus deux dans les repères orthonormés font quatre. Vous allez voir le prêtre, il va vous dire cinq »

Pour un scientifique, la référence à la notion géométrique de repère orthonormé paraît pour le moins extravagante quand il s’agit de traiter d’un problème d’arithmétique, au point qu’on peut s’interroger sur la nature réelle des études scientifiques suivies par cette personne.

S’agissant de la Trinité, puisque c’est à cela qu’il est fait référence, il est vrai que, comparé à la conception chrétienne, la conception musulmane simple d’un Dieu d’une part, et de sa création d’autre part, ne sollicite pas avec la même intensité l’intelligence et la sensibilité personnelle au regard du sens de la création et de la vie. Les chrétiens n’ont d’ailleurs jamais nié que la question trinitaire ait soulevé de nombreux débats théologiques dans les premiers siècles de l’Église et que cela fait effectivement encore aujourd’hui partie des « mystères » de cette religion, au sujet desquels chacun est invité à s’interroger personnellement, pour lui donner un sens qui n’est pas toujours exprimable avec le langage mais qui peut parfois être ressenti de façon indicible.

Si l’intervenant avait quelques notions de relativité restreinte ou générale, et plus encore de physique quantique, sans doute trouverait-il dans la réalité expérimentée quotidiennement par les physiciens des phénomènes défiant tout autant, si ce n’est plus, la raison que le dogme de la sainte Trinité (qui peut au demeurant être envisagée de façon élémentaire comme 3 modes de relation entre l’homme et Dieu).

Aussi, plutôt que de s’interroger sur la nature de l’arbre (le christianisme), il faut parfois surtout observer les fruits qu’il produit, dans tous les domaines (théologie, peinture, musique, sculpture, œuvres humanitaires,…). Cet humble questionnement vaut pour l’islam.

« Vatican II il a inventé une chose très valable : c’est que c’est [ndlr le Nouveau Testament] la parole de l’homme, inspirée par Dieu. Ce qui est valable, c’est l’inspiration de Dieu. Ce qui est caduc, qui n’est pas valable, c’est la faute de l’homme. »

Les chrétiens n’ont jamais prétendu que le Nouveau Testament fût la parole de Dieu : c’est une incompréhension totale du texte originel et du sens du concile Vatican II (qui d’ailleurs n’a rien à voir avec le sujet abordé). Pour quelqu’un qui prétend avoir étudié 200 à 300 (excusez du peu !) livres sur la Bible (Ancien et Nouveau Testament), c’est tout simplement effarant.

Le Nouveau Testament ne regroupe depuis toujours que des témoignages (évangiles, épîtres ou lettres) des contemporains du Christ. C’est d’ailleurs pour cette raison précise qu’il existe 4 évangiles, c’est-à-dire 4 témoignages sur la vie de Jésus, chaque évangéliste restituant sa perception et son interprétation (en dépit du fait qu’ils aient pu s’influencer les uns les autres).

« Et en plus ils nous disent : la bible n’est pas un livre historique ; la bible n’a pas à être conforme avec les événements historiques ; la bible n’a pas à être conforme avec la science, parce que la bible, c’est un livre spirituel, c’est un livre religieux : on croit en cela sans même le comprendre. Même si cela heurte votre compréhension, c’est pas grave, c’est un message spirituel. Et la spiritualité pour la chrétienté, c’est un mystère. Tu n’as pas à comprendre. (…) Et circulez, y’a rien à voir. »

Il existe dans la Bible des éléments historiques et historiquement démontrés, et d’autres symboliques (ex. la création du monde…) ou dont on n’a pas de preuve historique. La Bible n’a jamais prétendu être un livre d’histoire : on se demande où l’intervenant est allé chercher cette idée saugrenue. La Bible contient parfois même des passages contradictoires comme la création symbolique de l’homme et de la femme dans la Genèse. Si les rédacteurs avaient voulu effacer des textes une incohérence aussi évidente, nul doute qu’ils l’auraient fait.

En revanche, la Bible prétend bien présenter un message spirituel puisqu’il s’agit d’un texte religieux.

Quant à l’inutilité de la compréhension perçue par l’intervenant, c’est un jugement qui n’engage que l’intervenant…

« Il [ndlr un musulman au XIXème siècle] a relevé devant les prêtres 1.200.000 erreurs dans la Bible »

L’ordre de grandeur de ce nombre astronomique n’a pas l’air de surprendre ce scientifique dont la conviction religieuse l’emporte probablement sur le bon sens. La Bible, Ancien et Nouveau Testament, comptant environ 1.800 pages dans l’édition de la « Bible de Jérusalem », cela correspondrait donc à environ 670 erreurs par page !! Et encore faudrait-il s’entendre sur le terme d’« erreur ». Est-il besoin de commenter plus avant ces propos ineptes ?….

«  Ils ont le choix : soit tu crois [ndlr sous-entendu : sans comprendre], soit tu te tais, soit tu te suicides ; il n’y a pas d’autre choix. »

On peut ne pas partager les croyances chrétiennes mais que dire de l’état d’esprit d’un intervenant dont la seule préoccupation est de vouer aux gémonies tout ce que représente le christianisme ?

« Il y a des problèmes avec l’authenticité de la Bible : les deux blocs : l’Ancien et le Nouveau Testament. Et ces problèmes, ce sont les non-musulmans, les chrétiens et les juifs qui les ont soulevés ».

La rédaction de l’Ancien Testament s’est échelonnée sur des siècles. Et comme pour le Nouveau Testament, il s’agit de textes rédigés il y a environ 2.000 ans et plus. L’origine et le sens des textes soulèvent des questions historico-religieuses parfois difficiles. Juifs et chrétiens sont tout à fait transparents sur la question : il est naturel que les spécialistes en discutent entre eux ouvertement. C’est même une preuve évidente d’ouverture et de bonne foi que de ne pas tenter de les occulter.

Cette transparence, qui nous (occidentaux habitués à la critique) paraît naturelle, peut étonner cet intervenant musulman, les musulmans étant habitués à la fiction d’un unique Coran alors que les recherches historiques montrent que de multiples versions ont existé initialement, les chiites se plaignant d’ailleurs de nombreuses suppressions faisant référence à Ali. Quant à la vie de Mahomet, elle a été rédigée plus de deux siècles après sa mort dans des conditions qui soulèvent de nombreuses questions.

Mais au-delà de toutes ces questions, pour certaines insolubles, n’est-ce pas la spiritualité qui en résulte au final aujourd’hui qui compte seule ?

« Bien sûr dans le Coran nous avons trace de cette falsification, de ces erreurs »

L’intervenant reprend la grande thèse de la « falsification », vitale pour l’islam – car elle permet de tordre les textes précédents (juifs et chrétiens) à sa guise pour aboutir au résultat souhaité –, et très bien décrite par Rémi Brague : « Les textes que le Coran confirme ne sont pas les textes réels qu’on peut lire dans la Bible juive ou chrétienne, mais bien, et exclusivement, des textes virtuels, introuvables. En effet, selon l’islam, les textes des Écritures antérieures ont été trafiqués par leurs porteurs. C’est la théorie de la « falsification« . Les textes ainsi défigurés ne méritent donc pas d’être crus, ni même lus, et encore moins associés au Coran. (…) La doctrine de la falsification se fonde sur les passages coraniques qui accusent certains groupes, en particulier parmi les juifs, d’avoir changé la parole reçue, de l’avoir remplacée par une autre, d’en avoir caché une partie, ou simplement de l’avoir oubliée. On ne sait pas trop quels juifs sont accusés de la sorte, s’il s’agit de contemporains de Mahomet ou de ceux d’une quelconque époque entre Moïse et ce dernier. On ne sait pas trop non plus en quoi consistait précisément l’accusation. (…) Le principe reste intangible : l’islam se reconnaît le droit de faire de son propre livre saint la mesure de l’authenticité matérielle de ceux qui l’ont précédé. Et ce seul fait suffit à retirer à ceux-ci leur valeur normative. »

D’ailleurs cette falsification touche tant les chrétiens que les juifs. Ainsi sur un autre sujet, Yusuf Qaradawi écrit : « Le musulman croit que l’origine des religions juive et chrétienne vient de Dieu, si l’on ne tient pas compte des falsifications qui les ont déformées. » Ou encore :  « La religion falsifiée des juifs a prétendu que le prêt à intérêt était interdit au juif quand il prêtait à son frère juif, tandis que pour le non-juif il n’y avait aucun mal à lui prêter avec intérêt. »

  • Conclusion

On peut naturellement être particulièrement sceptique sur la capacité de l’éducation nationale en France (ou en Europe) à enseigner de façon relativement objective le fait religieux musulman à l’école puisque toute critique ou mise en perspective, qui implique la notion de doute, est impossible en islam. Cette vidéo l’illustre magistralement.

Cette vidéo permet sans doute également d’avoir une meilleure compréhension de la raison pour laquelle les dénis de réalité les plus flagrants sont  fréquents dans la culture musulmane dès qu’il s’agit de parler de religion (sans parler de la question de la Shoah…).

Science sans conscience n’est que ruine de l’âme

Le monde occidental a dépassé depuis longtemps le stade de l’absurdité consistant à vouloir plier les lois de l’univers physique aux lois de la religion. Il y a belle lurette que le Soleil tourne autour de la Terre. Pourtant, dans la prétention de l’islam à tout expliquer, ou à être à l’origine de tout, il peut arriver que les musulmans se réfèrent encore aujourd’hui à la religion, et donc aux avis des imams, sur des questions pourtant exclusivement scientifiques, au point de sombrer dans le ridicule (comme cela a pu d’ailleurs être le cas par le passé pour d’autres religions ou spiritualités).

Certains exemples sont tellement invraisemblables qu’on croirait à une caricature ou que les occidentaux qui les citent sont automatiquement vilipendés comme des conspirationnistes ne cherchant qu’à faire du tort à l’islam. Pourtant, ces exemples sont bien réels, comme le confirme Moncef Zenati :

Havre de savoir Asharisme

Havre de savoir Asharisme Extrait

Le commentaire de Moncef Zenati est tout à fait juste et intéressant : en effet, au-delà d’une ignorance abyssale, ce type de propos dénote surtout une incapacité à penser par soi-même de façon rationnelle et critique hors de la sphère du religieux. Le poids du religieux est tel que certains musulmans n’osent plus porter par eux-mêmes le moindre regard critique sur ce qui leur est dit ou enseigné (constatation faite par de nombreux penseurs musulmans, comme Tariq Ramadan cf. esprit critique).

Cette cécité intellectuelle invraisemblable ouvre la porte tout grand à l’obscurantisme et aux thèses complotistes de tous ordres, puisque tout est « retravaillé », régurgité, pour justifier une fin que la religion a auparavant écrite.   Et malheureusement il ne faut pas croire que cette tare ne touche que les populations les moins favorisées. Pour preuve cette élégante démonstration faite en 2015 par représentant d’Arabie Saoudite, Bandar Al-Khaybari, prédicateur saoudien affilié au Ministère des Affaires religieuses :

Bandar Al-Khaybari

Al Khaybari

Voici ce que dit ce prédicateur :

« Quelqu’un demande si la Terre tourne ou si elle reste sur place. Se meut-elle ou reste-t-elle immobile ? La vérité, décrite par nos érudits Imam Ibn Baz et Cheikh Saleh Al-Fawzan, est que la Terre est immobile et ne bouge pas. Cela correspond au texte coranique, et cela est logique. Le Coran contient de nombreuses preuves montrant que c’est le soleil qui tourne autour de la Terre. Une preuve basée sur la raison… Les Occidentaux présentent toutes sortes de théories, mais nous, les musulmans, avons aussi des théories et un cerveau. D’abord, supposons que nous allons d’ici à l’aéroport de Charjah et prenons un avion pour la Chine. Vous me suivez ? Concentrez-vous maintenant. Disons que c’est la Terre, et supposons qu’elle tourne… Si l’on prend un vol international de Charjah vers la Chine. Vous dites que la Terre tourne, n’est-ce pas ? Si l’avion s’arrêtait dans les airs, la Chine devrait venir à lui, n’est-ce pas ? Ai-je raison ou non ? Si la Terre tournait – la Chine devrait s’approcher de l’avion. A présent, supposons que la Terre tourne dans l’autre sens – l’avion n’atteindrait jamais la Chine, quelle que soit la durée de son vol. Puisque la Chine tourne aussi, il n’y arriverait jamais.

Deuxièmement, Allah a parlé de la maison céleste fréquentée par des anges.  La maison est située dans le septième ciel. Le prophète Mahomet a dit que si elle  tombait du ciel, elle tomberait sur la Ka’ba. Mais si la Terre tournait, elle ne tomberait pas sur la Ka’ba. Elle tomberait dans l’océan ou quelque part sur la terre ferme. Cela prouve que la Terre est immobile. Les Américains disent qu’ils ont atterri sur la Lune, mais ils ne l’ont jamais foulée du pied ni posé les yeux sur elle. Ils ont produit tout cela à Hollywood. Ils ont raconté qu’ils sont allés sur la Lune et nous les avons crus sur parole. »

Mais cela s’arrête-t-il aux questions scientifiques ? Eh bien, non, malheureusement. C’est un travers qui semble s’insinuer dans tous les types de comportement. L’enseignement prodigué par les imams, dans tous les domaines, n’est pas remis en cause. Le bon musulman se soumet à l’enseignement qu’il reçoit, car on lui enseigne généralement qu’il n’est pas légitime à oser la moindre question critique. Ainsi, le rappeur français Kery James nous explique dans l’échange qu’il eut il y a quelques années avec Taslima Nasreen qu’il se fie uniquement à l’enseignement qu’il a reçu :

Kery James et Taslima Nasreen

Islam Kery James et Taslima Nasreen

Face à une femme qui a dû fuir son pays son peine de mort car ayant critiqué puis apostasié l’islam, Kery James n’a d’autre réponse que les enseignements qu’il a reçus et dont on voit bien qu’il ne les a aucunement questionnés. L’absence totale de regard critique face à une situation vécue pourtant bien réelle va jusqu’au déni de réalité.

Kery James parle de « ce qu’il sait », de « ce qu’il a appris », de « ce qui est confirmé » : et que sait-il ? qui a confirmé quoi ? Bref, il ramène toute la discussion à son cas personnel sans se préoccuper un instant de ce qui se passe dans le monde ou autour de lui.

Puis il démontre son ignorance du Coran car ce que dit Taslima Nasreen à propos du Coran est tout à fait exact. Si le format de l’émission s’y était prêté et si Kery James lui avait laissé vraiment l’opportunité de répondre, elle aurait pu aisément fournir les références précises du Coran qu’il lui réclame (vous les trouverez sur ce site…). Mais en réalité Kery James ne peut pas entrer dans un dialogue critique avec Taslima Nasreen.

Comment est-il encore possible aujourd’hui de raisonner ainsi (si on peut encore appeler cela raisonner) ? Comment imaginer alors entamer le moindre dialogue critique et constructif dans ces conditions pour un éventuel vivre-ensemble ?

L’effort critique d’interprétation personnel n’est pas recommandé

L’islam dissuade les musulmans de porter un regard critique personnel fondé sur la raison sur les textes sacrés. D’une certaine façon, il semble qu’ils ne doivent pas trop réfléchir car cela représenterait un danger pour l’islam.

Havre de savoir Hadith & bon sensHavre de savoir Hadith & bon sens Extrait

Les musulmans doivent se reporter et se soumettre aux autorités compétentes, les « savants », auto-érigés puisqu’il n’existe pas (en tous cas dans l’islam sunnite) d’organisation unique susceptible de délivrer le précieux brevet de compétence islamique.

Même une personnalité versée dans ces questions depuis son enfance, comme Tariq Ramadan, peut s’y casser les dents : l’affaire du moratoire raté sur les châtiments corporels en est un exemple évident.

S’agissant des interdits, Yusuf Qaradawi rappelle : « Il n’est pas nécessaire pour le musulman de connaître en détail quel est le mal pour lequel Dieu a interdit telle chose. Il se peut que lui échappe ce qui apparaît à d’autres. Il se peut que ce mal ne soit pas découvert à telle époque et qu’il devienne apparent plus tard. Le musulman doit toujours dire : « Nous avons entendu et nous avons obéi. » »

Il va de soi par ailleurs, que toute critique ou exégèse religieuse provenant de non-musulmans, même ayant une parfait maîtrise de l’arabe classique, est par nature dénuée de toute pertinence car dénuée ab initio de toute légitimité.

Esprit critique & Victimisation dans la culture musulmane

Tariq Ramadan analyse la difficulté des musulmans à entendre les critiques qu’on peut leur adresser et leur tendance à se poser en victimes (conférence donnée au Maroc).

Tariq Ramadn MarocTariq Ramadan Maroc Victimisation

Tariq Ramadan écrit également :

–  « L’absence de débat critique et serein est à notre sens l’un des maux qui rongent la pensée musulmane contemporaine. »

–  « Les dialogues et les débats manquent infiniment à l’intelligence musulmane contemporaine »

–  « Depuis longtemps les musulmans ne savent plus se mettre d’accord intellectuellement pour quelque chose (une idée, un projet ou un engagement) : ils ne se rapprochent émotionnellement les uns des autres et offrent parfois un front apparemment que lorsqu’il s’agit de se mobiliser contre un potentiel ennemi, une provocation ou une attaque. Loin du dialogue critique, l’union est effectivement émotive, souvent excessive, ponctuelle et éphémère. Certains “ulama“ et musulmans y voient une force de la Oumma islamique alors qu’au-delà de l’effet de l’image, on est en présence de l’expression d’une fragilité et d’une faiblesse à nulle autre pareilles. Les manifestations populaires, si excessives dans le monde musulman, contre les caricatures danoises ou les propos du pape Benoît XVI en Allemagne disent davantage sur des sociétés où le débat critique est absent, où la société civile est muselée (et parfois habilement instrumentalisée pour jeter son dévolu sur l’étranger, sur l’Occident), où le formalisme hypocrite est institutionnalisé que sur l’objet spécifique de la colère. »

–  « Le tableau ne serait pas complet si l’on oubliait le jeu joué par certains gouvernements arabes. Ces derniers ont également très peur de toutes les voix qui, installées en Occident, peuvent faire la critique de la dictature, du manque de démocratie, de l’absence des sociétés civiles, de la torture et de l’oppression des populations. Des États comme l’Arabie Saoudite, l’Égypte, la Syrie, la Tunisie ou l’Algérie (et tant d’autres), n’ont de cesse d’intervenir par des voies directement politiques ou diplomatiques pour jeter le discrédit sur les savants, les intellectuels ou les leaders musulmans qui les critiquent. »

–  « Il faut terminer cette liste non exhaustive de déficits avec un dernier écueil très souvent, trop souvent, rencontré dans les communautés musulmanes d’Occident. Qui cherche à évaluer les modes d’adhésion des musulmans aux discours qui leur sont proposés se rendra à l’évidence que l’émotivité est le principal canal d’attraction. Des discours qui touchent le cœur, qui s’appuient sur une unité supposée de la communauté, qui relatent une histoire de la civilisation islamique souvent idéalisée, qui enfin « prouvent » la grandeur de l’islam par une critique en règle de l’Occident… et voilà les intelligences et les émotions emportées pour une heure ou davantage. L’essentiel est sauvé : la vérité est de notre côté, la faute dans l’autre camp. Le déficit d’autocritique est tous les jours patent et dans l’esprit de beaucoup de musulmans il demeure que « critiquer un musulman, c’est critiquer l’islam », ou encore, presque plus gravement, « faire le jeu de l’ennemi, de l’Occident ». »

Pour Malek Chebel, le constat est également très sévère :

–  « L’attitude du croyant musulman vis-à-vis du corpus coranique a toujours été empreinte d’exaltation et de respect, ce qui l’empêche d’affronter les nouvelles idées. »

–  « Celui qui analyse les difficultés que rencontrent aujourd’hui l’islam et les musulmans est frappé par la faiblesse de la pénétration de la pensée rationnelle dans la pensée religieuse. »

–  « L’une des caractéristiques actuelles de la pensée en islam est d’être univoque. Mais lorsqu’on dit « univoque », il faut entendre le mot au sens immédiat du terme et non pas de manière métaphorique ou distanciée. Très distinctement, l’esprit musulman d’aujourd’hui répugne à se voir reprocher, même avec doigté, l’absurdité logique de telle pensée anachronique ou fossile, surtout si elle a été codifiée par le Coran ou la sharia. »

–  « Pour les autorités religieuses, il ne peut pas y avoir de liberté en dehors du dogme lui-même, ce qui revient à dire qu’il n’y a pas de liberté du tout, hormis évidemment celle qui consiste à suivre la voie telle qu’elle a été tracée depuis des lustres. »

Le diagnostic de Malek Chebel va d’ailleurs plus loin puisqu’il écrit : « Je suis frappé par l’emprise phénoménale que les religieux ont sur la société, et plus particulièrement sur les couches sociales démunies. Du reste l’étau de fer dans lequel se trouve la société arabe, perse ou indonésienne, n’est pas prêt de se desserrer, car la corporation des religieux a compris depuis longtemps que l’élévation du niveau de vie et surtout l’acquisition de connaissances rationnelles – les deux fers de lance du progrès humain – sont deux des facteurs qui limitent son influence. »

Tareq Oubrou considère de son côté que « Les musulmans ne sont jamais invités à se remettre en question [ndlr lors de la prière du vendredi à la mosquée]. L’islam leur est présenté comme LA solution universelle. »

C’est d’ailleurs ce que laisse entendre l’Éthique du musulman qui stipule : « Le croyant véritable n’accorde aucun intérêt à ce qui n’a pas de fondement certain dans la religion de Dieu. Évidemment, il va rencontrer, en raison de son audace face aux coutumes et aux habitudes, gêne et contrainte. Toutefois, il ne doit craindre, pour Dieu, le reproche de quiconque. Il doit poursuivre son but sans se préoccuper de la dureté des critiques et des invectives blessantes. »