Califat & Gouvernement des territoires conquis

Un pays musulman ne peut être dirigé que par une autorité musulmane, ou sous la tutelle religieuse musulmane. Se pose alors la question de l’autorité suprême au sein du monde musulman.

Coran, sourate 2, verset 30 : « Lorsque ton Seigneur confia aux anges : « Je vais établir sur la terre un vicaire [ndlr Khalifa] ». Ils dirent : « Vas-Tu désigner quelqu’un qui y mettra le désordre et répandra le sang, alors que nous, nous te glorifions et proclamons Ta sainteté ? ». Il dit : « Je sais ce que vous ne savez pas ! ». »

Malek Chebel indique que « Littéralement Khalifat Rassûl Allah, « successeur de l’envoyé d’Allah », est utilisé pour désigner ceux qui ont pris le pouvoir dans la Maison du prophète après sa mort. (…) Il semble que la théorie du califat ne fût rendue possible qu’au Xème siècle, 3 siècles après l’avènement de l’islam. Le mérite en reviendrait à Abou-Hassan Ali El-Mawerdi (974-1058), fameux juriste de Bagdad, qui sut se faire apprécier par les califes régnant à la cour abbasside et qui put achever son traité de droit public et administratif en islam, Les Statuts gouvernementaux. »

La jurisprudence chaféite indique :

Section o25.0 « Cette section a été ajoutée par le traducteur car le califat est à la fois obligatoire en lui-même et la condition préalable nécessaire pour la mise en œuvre de centaines de règles établies par Allah pour gouverner et guider la vie de la communauté musulmane. (…) »

Section o25.1 « La raison pour laquelle l’office du commandement suprême a été établi dans la Loi sacrée est de d’accomplir la succession califale du prophète dans le but de préserver la religion et de gérer les affaires mondiales. L’investiture de quelqu’un de la communauté musulmane (Oumma) apte à assumer les devoir du calife est obligatoire selon le consensus des érudits, quoique les érudits diffèrent quant à la question de savoir si ce caractère obligatoire est une nécessité de la raison ou a été établi par la Loi révélée (…). »

Le califat, ordre musulman global dirigé par un calife, semble toujours constituer un objectif des musulmans comme en témoigne la Déclaration islamique universelle des droits de l’homme de 1981 qui précise dans son introduction : « En conséquence, nous, musulmans
b) qui croyons dans le vicariat (khilafah) de l’homme qui a été créé pour accomplir la volonté de Dieu sur terre ;
e) qui croyons dans notre obligation d’établir un ordre islamique : (…) où personne ne soit privé des droits qui lui sont garantis par la chari’a, sauf en vertu de ladite chari’a et dans la mesure autorisée par elle ; (…) »

De ce point de vue, les membres de l’État Islamique sont cohérents dans leur conception (leur chef, Abû Bakr al-Baghdadi, s’est d’ailleurs auto-proclamé calife à l’été 2014).

Au vu du silence assourdissant des communautés musulmanes à l’égard des exactions de l’État Islamique vis-à-vis des non-musulmans ou plus généralement du sort peu enviable des minorités non-musulmanes au Moyen Orient, on peut penser que ce qui pose un problème aux pays musulmans n’est pas la prétention à l’extension mondiale de l’islam dans le cadre du califat (au-delà des querelles consistant à savoir qui est légitime à se proclamer calife), ni véritablement la barbarie des méthodes de l’État Islamique (bien qu’il faille de temps à autre faire un geste envers les occidentaux horrifiés), mais bien les dissensions créées par l’État Islamique au sein du monde musulman, y compris au sein même de la communauté sunnite.