Islam et citoyenneté occidentale : un malaise évident et insoluble, n’en déplaise à Dalil Boubakeur et Najat Belkacem

Suite à la publication en juin 2014 par le Conseil Français du Culte Musulman (C.F.C.M.) de sa « Convention citoyenne des musulmans de France pour le vivre-ensemble », l’émission France 2 « Islam » diffusée le dimanche matin a consacré en janvier 2015 un volet à la question du rapport de l’islam à la citoyenneté telle qu’elle se caractérise dans les sociétés laïques occidentales.

Cette émission a conduit les intervenants à mettre en évidence une difficulté assez nette en ce qui concerne la compatibilité de l’islam avec la notion de citoyenneté dans un cadre laïc. Ce n’est pas à vrai dire une surprise mais il est rare que des personnalités musulmanes abordent cette question de façon aussi franche – mais avec un malaise perceptible – dans une émission diffusée sur les chaînes nationales alors que ces points de vue sont généralement censurés (ou autocensurés) sous la pression du gouvernement, seuls quelques rares médias indépendants (Radio Courtoisie, TV Libertés par exemple), conservant une vrai liberté de parole.

J’ai proposé dans un précédent article (Convention citoyenne) une analyse de cette convention qui se révèle être un texte assez confus et muet, voire mensonger, sur certaines problématiques fondamentales. Revenons ici sur deux en particulier, la liberté de conscience (et le droit à l’apostasie) ainsi que l’égalité homme-femme, qui sont deux points sur lesquels revient dans l’émission Omero Marongiu-Perria avec courage.

Mais avant d’aborder ces deux questions, écoutons l’intervention d’un éminent responsable du C.F.C.M., Dalil Boubakeur, diffusée dans cette même émission pour présenter son texte.

  • L’objet de la charte selon Dalil Boubakeur

France 2 Islam 150111 Islam & Citoyenneté 2 Extrait 3

France 2 Islam 150111 Islam & Citoyennete 2 Extrait 3

Dalil Boubakeur tente d’affirmer avec un aplomb d’autant plus nécessaire que les faits lui donnent tort que l’islam est « une religion parfaitement compatible (…) avec la société française ». On attendait dans la Convention une démonstration soutenue par les textes musulmans authentiques de cette assertion : elle ne s’y trouve pas, pour la bonne raison qu’elle est impossible, le Coran et les hadiths disant même le contraire sur de nombreux points.

« Des problèmes que nous avons abordés comme l’islamophobie (…) » : pour Dalil Boubakeur, le premier problème de l’islam serait l’islamophobie… Rien sur le terrorisme musulman, les revendications communautaristes, la remise en cause constante de la laïcité (voile, prières en entreprise et adaptation au ramadan), etc.

Face à un tel déni de réalité, pratique courante du C.F.C.M. (pour l’avoir pratiqué), il est logique que les non-musulmans expriment de plus en plus de doute sur la sincérité de l’islam. Dalil Boubakeur évoque d’ailleurs lui-même ce point : « Nous voulons véritablement lever les doutes sur la sincérité des musulmans de France (…). » Eh bien, avec une Convention d’une facture aussi mauvaise, on ne voit pas comment l’islam de France pourrait y parvenir.

Terminons enfin avec cette remarque : « C’est mal connu ce qui est dans l’esprit d’un musulman. » Il est vrai que l’islam est extrêmement mal connu, y compris d’ailleurs par nombre de musulmans eux-mêmes. Contrairement à certains autres textes religieux, notamment la Bible et ou certains textes bouddhistes, les textes religieux musulmans sont pénibles à lire, et au premier chef le Coran : pas de structure thématique ou chronologique, multitude effarante de répétitions, contradictions sur des points absolument essentiels, mélange de textes doctrinaux et de récits, reprise (en moins clair et sans valeur ajoutée) de textes bibliques, etc.

Vous remarquerez aisément que le statut de texte « extraordinaire » en terme de spiritualité revendiqué pour le Coran n’est généralement justifié par les représentants musulmans que par des incantations et non des analyses – la répétition des incantations étant censée avoir force de preuve –, comme cela a été le cas lors de la conférence organisée à l’Institut du Monde Arabe par Abennour Bidar en mai 2016, à laquelle j’ai déjà consacré un article (L’impasse coranique). Un conseil : lisez vous-même le Coran !

Les textes sacrés musulmans étant pénibles à lire, les occidentaux non-musulmans ne font donc pas l’effort de les lire et s’en tiennent par facilité aux propos convenus et farcis d’omissions des « islamologues » auto-proclamés. Or, rien ne remplace la lecture des textes originaux, pour laquelle j’ai déjà proposé de l’aide (Et si nous lisions ?) : ce « Livret musulman de premier secours » (livret-musulman-27-juillet-2016) n’a pas la prétention d’être infaillible mais a au moins pour qualité d’être 100% vérifiable et de constituer une base d’information et de discussion sérieuse.

Pour résumer : les propos de Dalil Boubakeur sont empreints de confusion et de malhonnêteté intellectuelle par l’oubli volontaire des questions essentielles. Au regard des attaques mortelles et des tragédies répétées que subissent les occidentaux au nom de la religion musulmane elle-même, ses propos frisent l’obscénité et illustrent bien en quoi peut consister la taqiya.

Interrogé sur cette interview, un des deux intervenants de l’émission a d’ailleurs du mal à dissimuler son malaise face à cet exercice politique profondément hypocrite : « théologie et politique, c’est difficile »

Omero Marongiu-Perria oppose en revanche un vrai courage et une vraie honnêteté face à la taqiya de Dalil Boubakeur. Revenons donc maintenant sur deux questions essentielles qu’il aborde.

  • La liberté de conscience et le droit à l’apostasie (droits refusés aux musulmans par le C.F.CM., faut-il le rappeler)

France 2 Islam 150111 Islam & Citoyenneté 2 Extrait 1

France 2 Islam 150111 Islam & Citoyennete 2 Extrait 1

Omero Marongiu-Perria met en évidence, de façon policée mais claire et ferme, les manques et les ambiguïtés énormes de cette convention. Difficile de mieux dire :

–  Il faut « Expliquer dans un langage clair» ;

–  « Du côté des responsables religieux musulmans, il faut cesser de tergiverser sur les questions relatives à la liberté de conscience pour affirmer de façon claire que tout citoyen a le droit à la liberté de conscience, qui implique le droit à avoir ou à ne pas voir de religion mais également le droit de changer de religion. C’est une critique que l’on fait sans cesse aux instances religieuses musulmanes qui auraient une espèce de double discours et il faut que les musulmans aient un discours clair ; et sur cet aspect-là il y avait une petite ambiguïté [propos très policés : la question du droit à l’apostasie est en réalité clairement omise dans la convention, le C.F.C.M. ne reconnaissant pas ce droit aux musulmans et ayant donc refusé de le mentionner] que j’ai pu relever dans la manière de rédiger et il ne faut pas laisser de place à l’ambiguïté. »

–  Omero Marongiu-Perria revient plus tard dans l’émission encore sur cette question de l’apostasie car ce point essentiel constitue la clef de voûte de l’intolérance religieuse et de l’absolue incompatibilité de l’islam avec les sociétés occidentales : « Peut-être que les musulmans devraient faire un travail supplémentaire lorsqu’ils s’expriment dans les médias nationaux pour avoir des propos à la fois simples et percutants. Si je dis devant un média que je revendique la liberté de croire, ce n’est pas la même chose que de dire face à un média « je revendique moi, en tant que musulman, la liberté de croire car j’estime que tout individu peut croire, ne pas croire, et changer de religion ». C’est là où le discours doit être clairement affirmé pour qu’il n’y ait aucune porte laissée à une ambiguïté quelconque. »

J’ai déjà abordé cette question dans un précedent article (apostasie). La liberté de conscience n’existe pas en islam et le C.F.C.M. lui-même se refuse encore aujourd’hui à considérer comme un droit normal le droit pour un musulman d’abandonner l’islam. Le C.F.C.M. a jonglé dans son texte avec l’idée vague de « liberté de croyance » (article 1) pour éviter soigneusement la question de l’apostasie.

  • L’inégalité homme-femme en islam : un constat évident

Omero Marongiu-Perria aborde un autre point absolument insoluble en islam : l’inégalité homme-femme.

France 2 Islam 150111 Islam & Citoyenneté 2 Extrait 2

France 2 Islam 150111 Islam & Citoyennete 2 Extrait 2

« Il est nécessaire de ne pas fuir certaines questions. Certes, certains musulmans se sentent agressés dès lors qu’on leur demande de se justifier sur un certain nombre de faits d’actualité nationaux ou internationaux (…). Ce qui m’a dérangé un peu c’est la manière d’argumenter à partir du texte coranique ou des sources scripturaires musulmanes. (…) Quand on parle de l’égalité homme-femme, l’égalité en droit des hommes et des femmes, le justifier par le Coran est toujours problématique puisque le Coran a sa propre histoire (…). Vous voulez dire qu’il y avait là une exégèse au secours de cette convention ? Exactement. »

Omero Marongiu-Perria a raison d’être « dérangé » par la démarche intellectuelle du C.F.C.M. puisque la femme n’est pas l’égale de l’homme en islam comme le précise clairement le Coran :

Sourate 2, verset 228. (…) Quant à vos femmes, elles ont des droits équivalents à leurs obligations, conformément à la bienséance. Mais les hommes ont cependant une prééminence sur elles. Allah est puissant et sage.

Sourate 4, verset 34. Les hommes ont autorité sur les femmes, en raison des faveurs qu’Allah accorde à ceux-là sur celles-ci, et à cause des dépenses qu’ils font pour elles sur leurs biens. (…)

Ce qui donne d’ailleurs le droit à l’homme de battre sa femme :

Sourate 4, verset 34. (…). Quant à celles [de vos femmes] dont vous craignez la désobéissance, exhortez-les, éloignez-vous de leur lit et frappez-les. Si elles reviennent à l’obéissance, ne leur cherchez plus querelle. Allah est auguste et grand !

Sîra (dernier sermon de Mahomet lors du pèlerinage d’adieu) : Musulmans, vos épouses ne doivent point commettre d’action gravement honteuse. Si elles le font, Dieu vous donne l’autorisation de les mettre en quarantaine et de les battre, sans trop d’excès. Si elles renoncent à leurs mauvaises actions, elles auront le droit à la nourriture et au vêtement selon l’usage.

Mais le plus étonnant dans cette émission est que le présentateur lui-même met également en évidence le manque de probité de Dalil Boubakeur en évoquant « une exégèse au secours de cette convention » destinée à justifier une position contraire à l’avis de la majorité écrasante des religieux musulmans !

En réalité, l’inégalité homme-femme résulte d’une infériorité de la femme confirmée par de nombreux hadiths authentiques (c’est-à-dire incontestés chez les musulmans) dans le cadre d’une misogynie prophétique avérée et qui a des conséquences désastreuses sur le statut et la condition de la femme dans les pays musulmans :

Hadith (Bukhari, Muslim) : On rapporte les paroles suivantes d’Abu Hurayra : « L’Envoyé de Dieu a dit : « Soyez bienveillants à l’égard des femmes, car la femme a été créée d’une côte. Or ce qui est le plus recourbé dans la côte, c’est sa partie supérieure. Si vous essayez de la redresser, vous la brisez, et si vous la laissez en paix, elle restera toujours recourbée. »

Hadith (Bukhari) : D’après Abu Said al-Khudri, le Prophète a dit : « Le témoignage d’une femme n’est-il pas la moitié du témoignage d’un homme ? – Certes oui, répondîmes-nous. – Cela, reprit-il, tient à l’imperfection de son intelligence. »

Hadith (Bukhari) : Abdallah Ibn Umar a dit : « J’ai entendu le Prophète dire : « Ce n’est que dans trois choses que des influences funestes [la malchance] peuvent se faire sentir : la femme, le cheval et la maison. » »

Hadith (Bukhari) : Selon Usama Ibn Zayd, le Prophète a dit : « Je ne laisse après moi aucune cause de trouble plus funeste à l’homme que les femmes. »

Hadith (Bukhari) : D’après Imran Ibn Husayn, le Prophète a dit : « J’ai pu considérer le Paradis et voir que la majeure partie de ses habitants, ce sont les pauvres ; j’ai pu considérer l’Enfer et voir que la majeure partie de ses habitants, ce sont des femmes. »

Hadith (Bukhari) : D’après Ibn Abbas, le Prophète a dit un jour : « Le feu (de l’Enfer) m’est apparu en songe et j’ai constaté qu’il était surtout peuplé de femmes qui s’étaient montrées ingrates. – Est-ce envers Dieu qu’elles avaient été ingrates ? lui demanda-t-on. – C’est envers leurs maris qu’elles avaient fait preuve d’ingratitude, répondit-il ; elles avaient méconnu les bienfaits qu’elles en avaient reçu. Quand toute votre vie vous auriez comblé une femme de vos bontés et qu’à un moment elle trouve la moindre des choses à reprendre en vous elle vous dira : « Jamais tu ne m’as fait aucun bien » ».

Hadith (Bukhari) : Abu Bakra a dit : « Le jour de la bataille du Chameau, Dieu m’a fait profiter de la parole suivante : Lorsque le Prophète apprit que les Persans avaient mis sur le trône la fille de Cosroës, il s’écria : « Jamais un peuple ne sera prospère s’il confie l’autorité à une femme. » »

Hadith (Muslim) : D’après Abd-Allah ibn Umar, l’Envoyé d’Allah a dit : « Ô femmes ! Faites l’aumône et sollicitez plus fréquemment le pardon d’Allah, car je vous ai vu former la majorité des réprouvés de l’Enfer ». Une femme – parmi celles ayant l’esprit judicieux – s’exclama : « Et pourquoi cela, ô Envoyé d’Allah ? » – « C’est, répondit-il, que vous multipliez vos malédictions et vous êtes ingrates envers vos époux. Je n’ai vu parmi les êtres faibles en intelligence et en religion personne qui, mieux que l’une de vous, fasse perdre l’esprit à un homme sensé ». – « En quoi, reprit-elle, ô Envoyé d’Allah, consiste le défaut de notre intelligence et de notre religion ? ». – « Le témoignage de deux femmes équivaut à celui d’un homme… Voilà pour le défaut de l’intelligence, répliqua le Prophète, et quand elles ont leurs menstrues, les femmes ne cessent-elles pas de prier et de jeûner des nuits durant ?… Eh bien ! Voilà pour celui de la religion ».

On voit que la simple lecture des textes musulmans édifie sur le statut de la femme en islam : point n’est besoin d’une interprétation complexe de ces éléments simples. Cela n’empêche pourtant pas Najat Belkacem, musulmane convaincue, interviewée le jeudi 25 août 2016 dans la matinale de Jean-Pierre Elkabbach sur Europe 1, de mentir effrontément et de donner aux Français une belle leçon de taqiya en niant la problématique spécifique du statut de la femme en islam et en tentant de noyer cette question avec d’autres qui n’ont absolument rien à voir (violences conjugales, inégalités salariales).

Elkabbach Belkacem 160825

Elkabbach Belkacem 160825

CONCLUSION

Tous ces principes fermement et clairement établis par l’islam sont bien connus dans le monde musulman mais sont malheureusement inconnus des occidentaux qui ne se donnent pas la peine de lire les textes musulmans sacrés : dilettantisme coupable et mortifère !

La Convention du C.F.C.M. n’est qu’une farce qui va jusqu’à mettre mal à l’aise tout intellectuel musulman un tant soit peu objectif et honnête au regard de l’orthodoxie de sa religion : le modèle musulman est incompatible avec les valeurs occidentales. L’expérience vécue dans les pays musulmans le démontrent tous les jours. L’islam est un autre choix de civilisation, de valeurs et de mode de vie. Il faut juste savoir ce qu’on veut.

Le C.F.C.M. est une institution qui outrepasse par ailleurs ses droits car sa vocation – comme elle le reconnaît elle-même et comme ceci est exprimé dans son objet social – n’est que de gérer des lieux de culte : elle n’a aucune compétence particulière et aucune légitimité en matière doctrinale. Ses dirigeants, avides de pouvoir et de reconnaissance par une communauté musulmane qui ne les reconnaît d’ailleurs pas, participent à un jeu malsain mis en place par l’État français et dont la principale victime est finalement le peuple français, abreuvé de mensonges sur la nature de l’islam de Mahomet et culpabilisé par l’utopie du vivre-ensemble.

L’islam ne serait possible en Occident que s’il acceptait de se réinventer en tournant définitivement et complètement la page de Mahomet, guerrier illuminé, misogyne, massacreur de juifs, qui vendait femmes et enfants captifs sur les marchés, comme le rapportent clairement les textes sacrés musulmans : qui va oser réinventer cet islam sans faire tomber Mahomet de son piédestal ? « L’islam n’est pas réformable » constatait il y a peu le philosophe musulman libanais Ali Harb (voir l’article réforme). La solution passe par l’éducation des musulmans, méthode efficace pour conduire à l’apostasie tout être normalement constitué.

Quelle signification au burkini, pratique absurde ?

Le port de vêtements amples cachant leur corps de la femme n’est pas un signe de pudeur de la femme en islam mais une façon pour elle de ne pas exciter l’instinct sexuel de mâles ravalés au rang d’animaux supposés incapables de maîtriser leur libido ; c’est aussi la raison pour laquelle ce type de tenue n’est pas imposé aux hommes (les femmes étant supposées avoir une libido moins incontrôlable). Le voile, signe de reconnaissance de la musulmane, permet ainsi d’« éviter d’être offensée ».

Sourate 24, verset 31. Dis aux croyantes de baisser leur regard, d’être chastes, de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît et qu’elles rabattent leur voile sur leurs poitrines. Qu’elles ne montrent leurs atours qu’à leur mari, ou à leur père, ou au père de leur mari, ou à leurs fils, ou aux fils de leur mari, ou à leurs frères, ou aux fils de leurs frères, ou aux fils de leurs sœurs, ou aux femmes musulmanes, ou aux esclaves qu’elles possèdent, ou aux domestiques mâles impuissants, ou aux garçons impubères qui ignorent tout des parties cachées des femmes. (…)

Sourate 33, verset 59. Ô Prophète ! Dis à tes épouses, à tes filles, et aux femmes des croyants, de ramener sur elles leurs voiles : c’est pour elles le meilleur moyen d’être reconnues et d’éviter d’être offensées. Allah pardonne et est miséricordieux.

L’utilisation du burkini pour la baignade moule le corps des femmes rendant cette tenue indécente au regard des critères islamiques rappelés par Yusuf Qaradawi (dans Le licite et l’illicite en islam) : « L’islam a interdit à la femme le port de tout vêtement moulant le corps ou laissant transparaître ce qu’il couvre. C’est par exemple ce qui définit les diverses parties du corps et particulièrement celles qui tentes les hommes tels que la poitrine, la taille, les fesses et autres. »

L’utilisation du burkini n’a en réalité pour objet que l’exacerbation du communautarisme musulman dans une opposition virulente à tout ce qui représente l’Occident, avec un objectif politique de prétendue stigmatisation des musulmans destiné à être instrumentalisé pour continuer à saper la légitimité de l’idée de laïcité, incompatible par nature avec l’islam.

L’islam et la démocratie : le mariage de la carpe et du lapin

La souveraineté appartient toujours à Dieu ; il s’agit d’un postulat philosophique valable pour tous les monothéismes. Mais il revient aux hommes d’organiser eux-mêmes leur vie sociale et politique sur cette terre car Dieu n’intervient pas directement dans les affaires humaines comme nous le savons tous. S’il l’avait voulu, il aurait fait en sorte d’établir sa volonté partout dans le monde, devenu entièrement musulman ou chrétien par exemple. Mais l’homme reste libre. La démocratie établit une légitimité politique qui n’entre a priori pas en concurrence avec la souveraineté ultime de Dieu vis-à-vis de sa création ; il s’agit d’un mode d’organisation de la vie terrestre.

Si l’on s’intéresse maintenant à la communauté musulmane seule, peut-on parler de la présence d’une fibre démocratique ? Dans la tradition coranique, la choura (consultation des compagnons de Mahomet à des fins successorales [1]) peut être analysée comme une vision prémonitoire d’une forme de démocratie, mais il s’agit d’un conseil d’experts, donc non démocratique. Car qui légitime les experts sinon les experts eux-mêmes ? Il reste potentiellement ensuite le tirage au sort pour départager les experts de même qualité, mais entre quels experts ?

[1] La première manifestation historique de la choura eut lieu semble-t-il en 644 lorsque Omar, sur son lit de mort car blessé à mort par un esclave, demanda la constitution d’un conseil des sages chargé de choisir le nouveau calife : Othman fut choisi. Ce conseil désigna ensuite Ali après la mort d’Othman. Quelques auteurs font remonter le principe de la choura aux différentes situations dans lesquelles Mahomet a pu demander l’avis de ses compagnons : c’est semble-t-il une vision extensive qui n’a pas reçu l’agrément du consensus des érudits.

Certains hadiths tout à fait authentiques de Mahomet enjoignent aux musulmans de toujours suivre la jama’a ou oumma des musulmans, c’est-à-dire la communauté, ceux qui font le consensus, avec une référence implicite à l’idée de majorité ; certains autres hadiths demandent de suivre explicitement la grande majorité, le sawad al islam : comment les interpréter ?

Certains pays musulmans tentent de s’orienter avec difficulté de nos jours vers la démocratie : la relation entre islam et démocratie est une question complexe d’un point de vue religieux et dogmatique. Les oppositions de vue sur le sens d’une logique démocratique en terre d’islam sont vives entre musulmans modérés et musulmans orthodoxes car la démocratie ne semble guère être inscrite historiquement dans les gènes de l’islam, dans la mesure notamment où l’islam établit fondamentalement une hiérarchie des communautés, qui est contradictoire avec l’idée d’égalité et d’universalité du suffrage.

Aussi, la démocratie est l’exception au sein du monde musulman aujourd’hui. L’état des lieux publié par le magazine anglais The Economist en septembre 2014 sur le périmètre Afrique du nord et Moyen Orient, classait ces pays de la façon suivante :

  • Démocratie : Tunisie ;
  • Semi-démocratie : Liban ;
  • Démocratie de façade : Algérie, Égypte, Maroc, soudan, Mauritanie, Territoires palestiniens (Israël), Koweit ;
  • Monarchies : Arabie Saoudite ; Émirats Arabes Unis, Oman, Bahrein, Qatar, Jordanie ;
  • États en faillite ou guerre civile : Libye, Yémen, Syrie, Irak.

Certains juristes musulmans expliquent pour diverses raisons (notamment le renvoi à la notion d’érudits, la réduction de la composition de l’oumma à une élite bien éloignée du vulgaire peuple) qu’il ne peut y avoir aucune connexion possible avec l’idée de démocratie. Qu’adviendrait-il si des représentants élus démocratiquement en venaient à voter des lois contraires au droit islamique ou à la chari’a ?

Que conclure de tout cela quant au rapport de l’islam avec les principes démocratiques ? A priori rien de très positif ou en tout cas de très clair.

État de droit

Pour Malek Chebel«Le droit musulman ancien est, en l’état, non réformable. Il faut lui substituer un droit qui soit totalement affranchi des us et des coutumes bédouines. La difficulté est réelle car l’islam est le produit d’une société féodale, celle du Hedjaz, qui a fourni le cadre d’ensemble du droit familial, avec ses rites et ses pratiques. »

Malek Chebel indique également « Que l’imam puisse disposer d’un droit si exorbitant [la fatwa] montre tout simplement que l’État de droit n’existe pas et que le déni de justice peut en effet devenir la règle. (…) Les musulmans sont-ils en mesure aujourd’hui de passer immédiatement à l’étape supérieure, à savoir déclarer irrecevable toute plainte devant un tribunal qui vise à condamner un individu ayant offensé Dieu ou tout autre entité supra-humaine ? »

Malek Chebel suggère : « Pour que l’islam trouve le chemin de la respectabilité et qu’il puisse devenir, comme par le passé, le garant de la promotion individuelle, il faudrait idéalement abolir tout simplement la notion de fatwa. »

L’islam : un cadre de référence religieux universel incompatible avec la laïcité

  • Une doctrine limpide

Dans la culture musulmane, la religion est omniprésente et rien ne peut être réellement envisagé dans un cadre totalement dépourvu de sens religieux. Comme le dit un dicton bien connu, « Al islam dine wa daoulat » : l’islam est religion et État.

Mohammad al-Ghazali rappelle que le caractère global de l’islam : « Les enseignements de l’islam forment un tout indissociable et qu’on doit obligatoirement les appliquer en tout lieu et tout temps. »

Pour Rémi Brague, « Contrairement à une légende tenace en Occident, l’islam a connu une séparation du politique et du religieux. Mais elle fut le produit graduellement atteint des circonstances ; elle était inscrite dans les faits, et nullement dans les idées : dans l’islam, rien ne correspond à la séparation, qui fut théorisée ailleurs, du temporel et du spirituel. (…) Pour l’islam, la séparation du politique et du religieux n’a pas le droit d’exister. Elle est même choquante, car elle passe pour un abandon au pouvoir du mal, ou une relégation de Dieu hors de ce qui lui appartient. La cité idéale doit être ici-bas. En principe, elle y est même déjà : c’est la cité musulmane. »

Le fait que l’islam soit religion et État ne veut pas dire qu’il y a nécessairement confusion des autorités politiques et religieuses ; les deux peuvent être dissociées. D’ailleurs on peut faire remonter cette distinction dialectique à Mahomet, qui avait deux casquettes : celui de prophète, et celui de chef de l’armée qu’il avait constituée (et dans ce cadre il pouvait arriver qu’il soumît une situation pour décision à l’avis de la communauté de ses partisans). Mais dans tous les cas, l’autorité politique ne peut s’exercer que sous la tutelle du religieux : donc gloser sur le fait qu’il y ait ou non confusion des autorités est à vrai dire de peu d’intérêt.

Rémi Brague écrit : « Le messianisme juif était une légitimation religieuse d’un événement paroxystique, non d’une autorité en vigueur. De même, l’empire chrétien était une simple juxtaposition de deux ordres conceptuels distincts qui ne fournissait aucun argumentaire intrinsèquement religieux pour le régime impérial. Ce que ni les chrétiens ni les juifs ne pouvaient machiner est une légitimation intrinsèquement religieuse d’une autorité en vigueur. Fournir le principe d’une telle légitimation, voilà justement ce que permet l’islam. (…) Selon l’islam orthodoxe, si les juifs et les chrétiens ont laissé adultérer le message dont ils étaient porteurs, c’est pour avoir perdu ou n’avoir initialement jamais possédé le pouvoir politique. La possession du pouvoir par les musulmans, en revanche, garantit l’intégrité du Coran. Le pouvoir politique se trouve de la sorte légitimé de façon immédiate par le devoir de respecter la Révélation divine. »

Malek Chebel confirme : « Les religieux sont unanimes : le seul pouvoir possible en islam est celui qui se réclame de Dieu, étant donné qu’il est le créateur de toute chose. » Il ajoute : « La confusion qui perdure entre le religieux et le politique permet aux potentats d’exciper du plan du religieux pour mieux avoir les mains libres sur le plan politique. » 

Rappelons que l’introduction de la Déclaration islamique universelle des droits de l’homme de 1981 ne limite pas la religion à un cadre « privé », bien au contraire : « Considérant qu’Allah a donné à l’humanité, par ses révélations dans le Saint Coran et la Sunna de son saint Prophète Mahomet, un cadre juridique et moral durable permettant d’établir et de réglementer les institutions et les rapports humains ; »

  • La contestation de cette réalité est-elle possible ?

Tariq Ramadan reconnaît qu’« Un grand nombre de musulmans n’ont cessé, à travers les âges, de le dire de façon lapidaire comme s’ils énonçaient des évidences : « Pas de différence, pour nous, entre privé, public, religion ou politique : l’islam englobe tous les domaines. » De nombreux orientalistes leur ont emboîté le pas et ont affirmé, et affirment encore, que l’islam ne se pense pas en catégories distinctes et tous les domaines sont régis par la même autorité. C’est d’ailleurs souvent à partir de ce type d’approches que l’on a supposé que les musulmans étaient forcément « non intégrables » dans les sociétés sécularisées parce que leur religion les empêchait de fait d’appréhender les démarcations modernes des domaines susmentionnés. On est pourtant en droit de se demander si ces évidences sont réellement fondées. Certes il existe bien « un caractère englobant de l’enseignement islamique » que l’on ne peut s’empêcher d’observer à la seule lecture du Coran, mais peut-on aussi facilement affirmer qu’il n’existe aucune distinction entre les différents domaines de l’agir humain ? »

Le caractère précautionneux, voire timoré, de ce type de questionnement marque l’absence d’argumentation. Quelles preuves viennent à l’appui de la thèse selon laquelle l’islam serait doctrinalement compatible avec la laïcité ? On ne voit pas. Bien sûr, il ne s’agit ici que d’un court extrait d’un seul auteur, mais j’invite le lecteur à étendre sa recherche et il continuera à faire cette constatation. Il est en réalité impossible de rendre l’islam compatible avec la laïcité, sauf à dénaturer l’islam.

Si l’on quitte la sphère doctrinale pure, on ne règle pas le problème car la laïcité ne fait clairement pas partie de la culture musulmane, et est même ressentie comme en opposition frontale avec elle comme l’indique Tariq Ramadan : « La sécularisation et la laïcité ont été surtout perçues comme des processus de « désislamisation », d’opposition à la religion, avec leur lot de mesures répressives. Il était historiquement et factuellement impossible d’associer le « sécularisme » ou la « laïcité » avec la liberté et la démocratisation. En arrivant en Occident, les premières générations portaient en elles (et souvent portent encore) ces perceptions et ce passif négatif. »

  • Revenons donc avec Hassan II à l’évidence : islam et laïcité sont fondamentalement incompatibles

Hassan II Laicite

Hassan II Laicite

Califat & Gouvernement des territoires conquis

Un pays musulman ne peut être dirigé que par une autorité musulmane, ou sous la tutelle religieuse musulmane. Se pose alors la question de l’autorité suprême au sein du monde musulman.

Coran, sourate 2, verset 30 : « Lorsque ton Seigneur confia aux anges : « Je vais établir sur la terre un vicaire [ndlr Khalifa] ». Ils dirent : « Vas-Tu désigner quelqu’un qui y mettra le désordre et répandra le sang, alors que nous, nous te glorifions et proclamons Ta sainteté ? ». Il dit : « Je sais ce que vous ne savez pas ! ». »

Malek Chebel indique que « Littéralement Khalifat Rassûl Allah, « successeur de l’envoyé d’Allah », est utilisé pour désigner ceux qui ont pris le pouvoir dans la Maison du prophète après sa mort. (…) Il semble que la théorie du califat ne fût rendue possible qu’au Xème siècle, 3 siècles après l’avènement de l’islam. Le mérite en reviendrait à Abou-Hassan Ali El-Mawerdi (974-1058), fameux juriste de Bagdad, qui sut se faire apprécier par les califes régnant à la cour abbasside et qui put achever son traité de droit public et administratif en islam, Les Statuts gouvernementaux. »

La jurisprudence chaféite indique :

Section o25.0 « Cette section a été ajoutée par le traducteur car le califat est à la fois obligatoire en lui-même et la condition préalable nécessaire pour la mise en œuvre de centaines de règles établies par Allah pour gouverner et guider la vie de la communauté musulmane. (…) »

Section o25.1 « La raison pour laquelle l’office du commandement suprême a été établi dans la Loi sacrée est de d’accomplir la succession califale du prophète dans le but de préserver la religion et de gérer les affaires mondiales. L’investiture de quelqu’un de la communauté musulmane (Oumma) apte à assumer les devoir du calife est obligatoire selon le consensus des érudits, quoique les érudits diffèrent quant à la question de savoir si ce caractère obligatoire est une nécessité de la raison ou a été établi par la Loi révélée (…). »

Le califat, ordre musulman global dirigé par un calife, semble toujours constituer un objectif des musulmans comme en témoigne la Déclaration islamique universelle des droits de l’homme de 1981 qui précise dans son introduction : « En conséquence, nous, musulmans
b) qui croyons dans le vicariat (khilafah) de l’homme qui a été créé pour accomplir la volonté de Dieu sur terre ;
e) qui croyons dans notre obligation d’établir un ordre islamique : (…) où personne ne soit privé des droits qui lui sont garantis par la chari’a, sauf en vertu de ladite chari’a et dans la mesure autorisée par elle ; (…) »

De ce point de vue, les membres de l’État Islamique sont cohérents dans leur conception (leur chef, Abû Bakr al-Baghdadi, s’est d’ailleurs auto-proclamé calife à l’été 2014).

Au vu du silence assourdissant des communautés musulmanes à l’égard des exactions de l’État Islamique vis-à-vis des non-musulmans ou plus généralement du sort peu enviable des minorités non-musulmanes au Moyen Orient, on peut penser que ce qui pose un problème aux pays musulmans n’est pas la prétention à l’extension mondiale de l’islam dans le cadre du califat (au-delà des querelles consistant à savoir qui est légitime à se proclamer calife), ni véritablement la barbarie des méthodes de l’État Islamique (bien qu’il faille de temps à autre faire un geste envers les occidentaux horrifiés), mais bien les dissensions créées par l’État Islamique au sein du monde musulman, y compris au sein même de la communauté sunnite.