Grande Mosquée de Paris et Fondation pour l’Islam de France : ça sent le gaz !

  • Problématique

La Grande mosquée de Paris, par la voix de son recteur, Dalil Boubakeur, ancien haut responsable du Conseil Français du Culte Musulman, vient de publier le 28 mars 2017 un texte qu’il est tout à fait intéressant d’analyser car il s’adresse à la fois aux musulmans et aux non-musulmans.

Il s’agit d’une proclamation, c’est-à-dire, selon les thèmes abordés, une déclaration d’intention et/ou une reconnaissance solennelle de certaines réalités. Par ce texte, en effet, la Grande mosquée de Paris confesse la reconnaissance directe ou indirecte de certaines des difficultés de l’islam en France sans toutefois abandonner toujours, comme on va le voir, le déni de réalité.

Proclamation GMP 170328

  • Le renouveau de l’orthodoxie musulmane

Avec la montée en puissance du fondamentalisme et du terrorisme musulmans, représentés notamment par Al Qaida et par l’État Islamique, l’islam de France s’était engagé devant le gouvernement français à produire un contre-argumentaire précis et documenté pour faire pièce au discours doctrinal très fourni de ces mouvements qui s’appuie sur des textes incontournables en islam. Nous l’attendons toujours.

En revanche, faute de produire ce contre-argumentaire, les représentants de l’islam de France ne manquent pas d’affirmer, sans fournir toutefois de preuves à l’appui, que l’islam véritable serait très différent de ce fondamentalisme, dont la Grande Mosquée de Paris reconnaît néanmoins « la montée en puissance, au sein de la communauté musulmane française » mais qui résulterait « d’une interprétation erronée de l’islam ». L’islam serait-il la seule religion que ses adeptes comprendraient aussi mal ? Car on ne voit guère et juifs, de chrétiens ou de bouddhistes tirer à la Kalachnikoff sur ceux qui ne sont pas d’accord avec eux, ou leur foncer dessus à tombeau ouvert avec un camion.

Ce que voudrait la Grande Mosquée de Paris, c’est que les musulmans n’écoutent que les imams au discours officiel, politiquement correct, adoubés sans doute par elle-même : « Tout musulman doit prendre garde à ne pas chercher sa culture religieuse auprès de sources, de prédicateurs, de prêcheurs télévisuels, qui ne sont pas reconnus par les savants les plus respectés de la communauté. » Or le problème est que le discours des imams du monde arabo-musulman (Arabie Saoudite – terre sainte de l’islam –, Qatar, Iran, Égypte, etc.) est souvent beaucoup plus proche de celui des terroristes musulmans, qui s’appuie sur des textes authentiques et nombreux, que du discours souvent lénifiant de l’islam de France.

Enfin, on peut s’inquiéter tout à fait du constat fait par la Grande Mosquée de Paris s’agissant de l’intolérance religieuse qui semble être, à la lire, un penchant fréquent en islam : « Le musulman doit se prémunir en la matière du péché de vanité, qui consiste à donner des leçons à autrui sur ce qu’est un bon ou un mauvais musulman quand on n’a soi-même qu’une culture religieuse péremptoire, superficielle et approximative. »

  • Le jihad

Dans ce domaine, dont on peut se demander s’il constitue une priorité puisqu’il n’est abordé pour l’essentiel que dans l’avant-dernier point dans cette proclamation, Dalil Boubakeur n’innove guère et tient les habituels propos convenus sur la légitime défense, oubliant au passage à la fois la pratique guerrière de Mahomet et les dizaines de versets du Coran appelant à la guerre, ainsi que ceux précisant comme partager le butin. De façon plus générale, il est quand même très curieux de constater que l’islam est la seule religion suscitant, et de façon aussi régulière, des vocations terroristes : pourquoi ?

  • L’antisémitisme

Dalil boubakeur nous annonce que « (…) toute forme d’antisémitisme est contraire à l’enseignement du prophète Mohammed lui-même (…) ». Sur quels textes se fonde cette assertion ? On l’ignore.

Pourtant les textes musulmans disent précisément le contraire : il n’y a qu’à ouvrir le Coran ; et jusqu’au hadith fameux et incontesté en islam de Muslim : « D’après Abû Hurayra, l’Envoyé d’Allah a dit : « L’Heure Suprême ne se dressera pas avant que les musulmans ne combattent les juifs. Les musulmans tueront les juifs jusqu’à ce que les rescapés de ces derniers se réfugient derrière les pierres et les arbres qui appelleront alors le musulman en disant : « Ô musulman ! Ô serviteur d’Allah ! Voilà un juif derrière moi, viens le tuer ! », exception faite de l’arbre dit Al-Gharqad qui est l’arbre des juifs. »

Inutile de s’étonner dans ces conditions que l’islam ait de profondes racines antisémites, comme Georges Bensoussan l’a récemment rappelé.

  • Islamophobie et islamopsychose

Dalil Boubakeur « s’alarme du fait que l’islamophobie et l’islamopsychose françaises soient de nos jours assurément comparables en gravité à l’antisémitisme français de la fin du XIXe siècle ».

Les tentatives d’assimilation du problème musulman au problème juif sont multiples et constantes : cette ritournelle a en réalité pour objectif de bâillonner tout débat sur la nature de l’islam en affublant tout contradicteur de l’étiquette honteuse et honnie d’« antisémite ».

  • La contestation de la laïcité

Comme pour l’antisémitisme, Dalil Boubakeur proclame : « L’existence du fait religieux musulman dans la société française est compatible avec la laïcité. » Sur quoi se fonde cette assertion ? On l’ignore.

Le problème est que toute la conception musulmane est précisément anti-laïque, ce que ne cessent de répéter d’ailleurs les imams du Moyen-Orient, aucun pays musulman n’étant d’ailleurs laïc aujourd’hui.

Si l’islam était laïc, Dalil Boubakeur aurait-il besoin de confesser : « La Grande Mosquée de Paris constate que cette immense majorité des Français de confession musulmane est demandeuse d’un texte de clarification de leurs droits et devoirs dans leur foi. » Qu’il y ait besoin d’une clarification religieuse de la nature de la foi musulmane, certainement, mais en quoi cela a-t-il un quelconque rapport avec les notions de droit et de devoir au regard de l’État ? Car si le propos n’a qu’un caractère uniquement religieux, cela voudrait dire que les musulmans ne comprennent rien à leur religion.

Tout cela est d’une confusion extrême, qui ressort encore plus lorsqu’on lit dans le même texte l’affirmation suivante : « La France n’est pas une terre d’islam (…). Dans ce contexte, tout musulman doit évidemment respecter les valeurs et les lois de la République française. » On peut l’espérer, mais : 1) En quoi la Grande Mosquée de Paris est-elle légitime et crédible pour affirmer que la France ne sera pas un jour considérée comme terre d’islam par les musulmans ? 2) Cela veut-il bien dire a contrario que si la France venait à être considérée un jour comme terre d’islam, les valeurs et lois de la République française n’y auraient alors plus cours ? N’est-ce pas là une forme d’affirmation que l’islam est incompatible par nature avec la France et sa laïcité ?

  • L’amour et la paix

Dalil Boubakeur déclare « Le saint Coran insiste sur la nécessité de savoir pardonner. » Sur quels textes s’appuie-t-il ? On ne sait pas, et on le comprend d’autant moins quand on le lit le Coran qui regorge de versets de violence ici-bas et dans l’au-delà.

  • L’obscurantisme

La proclamation s’attaque à l’obscurantisme en islam, que la Grande Mosquée de Paris reconnaît, et il semble qu’il y ait beaucoup à faire. Cette reconnaissance peut surprendre, car si elle est évidente et dénoncée par certains intellectuels musulmans eux-mêmes, elle est inhabituelle dans la bouche des représentants de l’islam de France.

D’abord, on peut s’étonner de l’assertion « L’obscurantisme, le refus de la science, le refus du progrès scientifique, sont des lectures erronées de l’islam ». Qu’a à voir la religion avec la science ? Rien. Sinon, nous aurions déjà parlé avec Dieu, et il n’y aurait qu’une seule religion. Mais que l’islam soit atteint d’un mal qui conduise certains musulmans à penser encore aujourd’hui que l’islam peut avoir raison contre la science, c’est un fait établi dont on trouve effectivement des preuves claires sur internet dans les prêches d’un certain nombre d’imams.

Parmi les marques de l’obscurantisme figure également en bonne place cette tradition abominable consistant à égorger des animaux pour satisfaire un besoin religieux. Les progrès scientifiques ont conduit à ce que l’étourdissement préalable devienne la règle dans bon nombre de pays occidentaux, certains pays européens ayant fini par interdire complètement l’égorgement. Il faut effectivement en finir avec cette pratique superstitieuse, qui révèle aussi une indifférence profonde à la souffrance animale que Dalil Boubakeur est obligé de reconnaître : « La souffrance animale ne saurait être admise par Allah. Il est donc nécessaire de réduire au maximum la souffrance causée à l’animal. » Comme je l’ai déjà montré dans un autre article détaillé, l’absurde de cette situation est que cette recommandation semble bien dater de l’époque de Mahomet. Ainsi, l’attachement actuel au maintien de ce procédé épouvantable n’est pas justifié par la doctrine de l’islam mais est une des multiples formes de cristallisation du communautarisme.

Enfin, on peut mettre au rang des pratiques obscurantistes la prolifération des rituels dont on peut se demander dans quelle mesure ils viennent surtout combler un vide spirituel, et Dalil Boubakeur admet que « Tout musulman doit prendre garde à ne pas verser dans l’observation irréfléchie et obsessionnelle de règles sans finalité spirituelle. » D’ailleurs, le ramadan apparaît être une source de nuisance pour les non-musulmans au point que Dalil Boubakeur est obligé de rappeler que « Durant le mois de Ramadan, (…) il ne faut pas importuner la population, notamment pendant la nuit. » C’est stupéfiant.

  • Le maintien des pratiques ancestrales

La Grande Mosquée de Paris affirme, pour rassurer : « (…) les châtiments corporels, la polygamie, ne se justifient plus et n’ont plus lieu d’être. Dans le même esprit, l’égalité entre hommes et femmes s’impose. »

C’est un aveu terrible et qui est une remise en cause fondamentale du Coran : il faut savoir néanmoins que cette position doctrinale n’est partagée par aucune institution de renommée au sein du monde musulman. La polygamie est un droit indubitable établi par le Coran, que même le Maroc a refusé il y a quelques années d’abolir ; seule la Tunisie, a osé l’interdire et cette position est très critiquée dans le monde musulman. Concernant les châtiments corporels, la prestigieuse université Al-Azhar a confirmé il y a également quelques années qu’ils font partie intégrante du socle dogmatique fondamental de l’islam. Quant à l’égalité homme-femme, elle est battue en brèche dans le Coran qui dit précisément le contraire.

  • Conclusion

Ce texte mal construit, un peu fourre-tout, truffé d’approximations et d’omissions, présente néanmoins l’intérêt de reconnaître un certain nombre de difficultés évidentes quant à la compatibilité de l’islam avec les valeurs de la France. On peut néanmoins s’interroger sur le fait qu’il soit là pour « donner le change » car l’islam de France n’a aucun intérêt objectif à ce mea culpa : c’est justifier les critiques qui lui sont faites et prouver son incapacité à résoudre ses propres problèmes.

Face à ce constat accablant, on peut comprendre que l’État soit tenté, pour écarter les risques générés par une telle confusion, de faire quelque chose au travers de la « Fondation pour l’islam de France », présidée par Jean-Pierre Chevènement. Mais il est assez savoureux que Dalil Boubakeur ait fini par en claquer la porte et maintenant « condamne la tendance actuelle à vouloir désigner des autorités de tutelle, n’étant pas de confession musulmane, aux fins d’encadrer avec paternalisme l’expression du fait religieux musulman dans la société française : ceci, au mépris de la liberté religieuse et de la séparation des églises et de l’État. »

 

Le principe d’unicité de Dieu suffit à résumer l’islam

L’islam de Mahomet est pour l’essentiel une copie du judaïsme qui revivifie le monothéisme abrahamique en insistant sur l’unicité de Dieu, cette unicité n’étant d’ailleurs pas une donnée originelle dans la Torah. L’apport de l’islam en matière théologique est ainsi très pauvre : toute la réflexion religieuse musulmane découle du principe de l’unicité de Dieu, le « tawhid ».

Tariq Ramadan lui-même en fait le constat lucide : « Il n’y a pas de « théologie islamique ». Comparer les discussions, souvent marginales, qui ont eu cours entre les savants musulmans (essentiellement à partir du Xème siècle) avec les réflexions fondamentales qui ont donné naissance à la « théologie chrétienne » est infondé et, dans les faits, une erreur. Certes, certains débats ont été vifs et l’on a, à travers l’histoire et les écoles musulmanes, discuté du sens et de la portée des noms de Dieu, de ses attributs, du statut de la révélation, mais l’horizon de ces controverses – contrairement à l’histoire de la dogmatique catholique par exemple – est resté circonscrit et n’a jamais été jusqu’à remettre en cause trois principes fondamentaux : l’unicité absolue du créateur, son impossible représentation et la véracité de sa parole révélée dans le coran. Une authentique « théologie » aurait d’abord, et surtout, discuté de ces trois principes. Or une étude attentive de l’histoire des débats entre les écoles montre que les disputes se sont élaborées en aval de ces trois principes qui, au cœur de la conception musulmane, fonde ce qu’on nomme le « tawhid ». »

Si ce constat est assez simple à faire par toute personne qui se penche sérieusement sur la lecture du Coran, il est assez inhabituel de le voir formulé de façon claire et directe à la télévision française. C’est pourtant le constat également fait, une fois n’est pas coutume, en décembre 2016 par les intervenants de l’émission de France 2 « Vivre l’islam », en déclarant : « L’islam n’est qu’un retour au monothéisme abrahamique », « La perspective de l’unicité dans le Coran n’est pas d’apporter quelque chose de nouveau à un peuple qui serait idolâtre mais d’essayer de revivifier en eux, quelque chose qui est présent dans l’esprit humain, à savoir cette évidence de la transcendance ».

 

France 2 Islam 161218 Tawhid 1 Extrait 2

L’idée de la transcendance a toujours fasciné les hommes et leur a donné de multiples occasions de s’extasier. Que sur cette base aussi réduite et banale de la transcendance ait pu être ensuite élaboré tout un système religieux n’a rien d’étonnant en soi : l’imagination humaine ne manque jamais pour élaborer des cathédrales intellectuelles, quand bien même elles seraient complètement farfelues. Et cela ne s’applique pas qu’aux religions : la philosophie nous a offert aussi de beaux exemples.

Il reste que la richesse ou la complexité d’un système de pensée philosophique ou religieux n’a aucun rapport objectif avec la vérité qu’il prétend représenter. Compliquer une idéologie religieuse ou philosophique jusqu’à la rendre inintelligible, devant ainsi la chasse gardée de prétendus « spécialistes », n’en renforce pas la crédibilité, au contraire.

La question financière dans la naissance de l’islam

Si l’accueil de l’islam par les tribus arabes de La Mecque fut mauvais, au point que Mahomet dut décider de partir pour Médine avec ses quelques dizaines de partisans (sans avoir été persécutés, quoique cette légende tenace soit entretenue pour expliquer ensuite la violence barbare de Mahomet), il apparaît, selon la biographie de Mahomet d’Ibn Hîcham, incontestée en islam, que ceci a été dû essentiellement à des questions autres que religieuses, notamment de pouvoir et financières.

Mahomet proposait en effet une copie du judaïsme sans grande nouveauté théologique mais qui dérangeait évidemment par son monothéisme strict le culte des idoles de la Ka’ba qui faisait l’objet d’un commerce fructueux dont bénéficiaient les Quraychites. Ces préoccupations bien terre à terre sont assez éloignées de grands débats spirituels ou religieux. Il est rare de voir rappeler ce point de façon aussi claire à la télévision (émission de France 2 « Vivre l’islam » de décembre 2016).

France 2 Islam 161218 Tawhid 1 Extrait 1

Cela étant, Mahomet est loin d’avoir été lui aussi indifférent aux questions financières puisqu’il pratiqua la razzia et établit des règles stables de partage du butin qu’on retrouve d’ailleurs explicitement dans le Coran (sourate 8).

Averroès : un discours vraiment décisif ?

  • Préambule

Parmi les quelques grandes figures de la pensée musulmane se situe en bonne place Averroès (XIIème siècle) – nom francisé du nom arabe Abu l-Walid Muhammad ibn Hamad ibn Rushd –. Une émission hebdomadaire de la série « Vivre l’islam » sur France 2 lui était consacré en mai 2016. Averroès, commentateur d’Aristote, a notamment écrit le « Discours décisif » (Fasl al-maqal), opuscule d’une petite vingtaine de pages en format A4, réputé être une des œuvres majeures de la pensée philosophique musulmane au travers des siècles par sa qualité, mais non a priori par son impact qui a été extrêmement limité.

France 2 Islam Averroes 1605 Traite decisif

Il est intéressant de revenir sur ce texte fondateur mais peu connu du grand public pour en dégager quelques traits qui marquent peut-être encore aujourd’hui la culture musulmane.

  • Une fatwa autorisant l’exercice de la philosophie

Le Discours décisif est une fatwa où Averroès intervient en tant que juge, c’est-à-dire un avis juridique visant à autoriser l’exercice de la philosophie et de la logique en islam. En effet, on peut résumer la question posée et la réponse positive apportée par les deux paragraphes suivants du texte :

§1. (…) Rechercher, dans la perspective de l’examen juridique, si l’étude de la philosophie et des sciences de la logique est permise par la Loi révélée, ou bien condamnée par elle, ou bien encore prescrite, soit en tant que recommandation, soit en tant qu’obligation.

§3. Que la Révélation nous appelle à réfléchir sur les étants faisant usage de la raison, et exige de nous que nous les connaissions par ce moyen, voilà qui appert à l’évidence de maints versets du Livre de Dieu. En témoigne, par exemple, l’énoncé divin : « Réfléchissez donc, ô vous qui êtes doués de clairvoyance», qui est une énonciation univoque du caractère obligatoire du syllogisme rationnel, ou du syllogisme rationnel et juridique tout à la fois. (…)

  • Car la raison ne peut pas contredire la Révélation

L’exercice de la raison est autorisé car le postulat d’Averroès est que la Révélation – Coran et autres textes sacrés – ne peut pas être entachée d’erreur puisqu’elle vient de Dieu (Allah) et ne court donc pas le risque d’être remise en cause par la raison démonstrative.

§18. Puisque donc cette Révélation est la vérité, et qu’elle appelle à pratiquer l’examen rationnel qui assure la connaissance de la vérité, alors nous, musulmans, savons de science certaine que l’examen des étants par la démonstration n’entraînera nulle contradiction avec les enseignements apportés par le Texte révélé : car la vérité ne peut être contraire à la vérité, mais s’accorde avec elle et témoigne en sa faveur.

En effet, de façon générale, il est impossible qu’Allah ait tort, contre l’esprit ou contre la matière.

§14. (…) Le Prophète a dit à l’homme à qui il avait ordonné de faire prendre du miel à son frère atteint de diarrhée, et qui, la diarrhée ayant ensuite empiré, s’en plaignait à lui : « Dieu a dit vrai, et c’est le ventre de ton frère qui a menti».

  • L’interprétation est ce qui permet de se conformer avec la Révélation

La Loi révélée ne pouvant donc pas être erronée, tout raisonnement démonstratif suivant les règles de la logique conduisant à une contradiction avec le sens obvie (c’est-à-dire qui se présente naturellement à l’esprit) de cette Loi révélée est la preuve que ce texte révélé ne doit pas être compris dans son sens obvie mais dans un autre sens qui permet de faire disparaître la contradiction : c’est le fondement de la démarche d’« interprétation » de la Loi révélée, procédé de transfert de sens du sens obvie à un autre sens, justifié par différentes méthodes.

§20. Ce que l’on veut dire par « interprétation », c’est le transfert de la signification du mot de son propre [haqiqa] vers son sens tropique [majaz], sans infraction à l’usage tropologique [règles de transfert/glissement de sens au sein d’une langue par l’emploi de procédés tels, pour le français, que la métaphore, la métonymie, etc.] de la langue arabe d’après lequel on peut désigner une chose par son analogue, a cause, son effet, sa conjointe, ou par d’autres choses mentionnées comme faisant partie des classes de tropes. (…)

§21. Nous affirmons catégoriquement que partout où il y a contradiction entre un résultat de la démonstration et le sens obvie d’un énoncé du Texte révélé, cet énoncé est susceptible d’être interprété suivant les règles d’interprétation conforme aux usages tropologiques de la langue arabe. C’est là une proposition dont nul musulman doute et qui ne suscite point d’hésitation chez le croyant. (…)

  • Les divergences d’interprétation

La question est alors de déterminer ce qui doit faire ou pas l’objet d’interprétation, et c’est là que les choses se corsent, car les musulmans ne sont bien souvent pas d’accord entre eux.

§22. Nous disons même plus : il n’est point d’énoncé de la Révélation dont le sens obvie soit en contradiction avec les résultats de la démonstration, sans qu’on puisse trouver, en procédant à l’examen inductif de la totalité des énoncés particuliers du Texte révélé, d’autre énoncé dans le sens obvie confirme l’interprétation, ou est proche de la confirmer. C’est pourquoi il y a consensus chez les musulmans pour considérer que les énoncés littéraux de la Révélation n’ont pas tous à être pris dans leur sens obvie, ni tous à être étendus au-delà du sens obvie par l’interprétation ; et divergence quant à savoir ce qui est à interpréter et ce qui ne l’est pas. Ainsi les Asharites interprètent-ils le verset évoquant l’assise divine et la tradition évoquant la descente de Dieu, tandis que les Hanbalites leur attribuent un sens obvie.

D’autre part, la tâche est compliquée par le fait que la Révélation coranique comporte des versets plus ou moins clairs, voire contradictoires.

§23. La raison pour laquelle la Révélation comporte des énoncés de sens obvie et d’autres de sens lointain est que les hommes se distinguent par leurs dispositions innées, et diffèrent quant au fonds mental qui détermine en eux l’assentiment. Et s’il s’y trouve des énoncés contradictoires pris dans leur sens obvie, c’est afin de signaler aux « hommes d’une science profonde » qu’il y a lieu d’interpréter, afin de les concilier. C’est à quoi fait allusion l’énoncé divin : « C’est Lui qui a fait descendre sur toi le Livre, on y trouve des versets univoques […] », jusqu’à : « et les hommes d’une science profonde ».

La situation devient si complexe qu’on finit par en perdre son latin et qu’il semble bien difficile de conclure quoi que ce soit car la communauté musulmane ne semble pas en mesure d’élaborer un consensus formel et précis qui seul pourrait mettre un terme à des interprétations illicites pouvant conduire à l’infidélité.

§24. Si l’on objecte : il y a dans le Texte révélé des énoncés auxquels les musulmans s’accordent par consensus à attribuer un sens obvie ; d’autres qu’ils s’accordent à interpréter ; d’autres enfin au sujet desquels il y a divergence – est-il donc licite qu’on soit amené, du fait de la démonstration, à interpréter un énoncé auquel les musulmans s’accordent par consensus à accorder un sens attribuer son sens obvie, ou à attribuer un sens obvie à un énoncé qu’ils s’accordent à interpréter ? Nous répondons : s’il était établi de façon certaine qu’il y a consensus, cela ne serait pas autorisé. Mais si l’existence du consensus sur le sens de ces énoncés n’est que conjectural, ce l’est sans doute. C’est pourquoi Abu Hamid al-Ghazali, Abu-l-Ma’ali al-Juwayni, et d’autres autorités tutélaires en matière d’examen rationnel, affirment que l’on ne peut taxer catégoriquement d’infidélité quelqu’un qui rompt le consensus à propos de l’interprétation de cette sorte d’énoncés.

  • Réserver l’interprétation aux hommes de science et laisser la foule dans l’ignorance

L’interprétation de la Loi révélée étant un exercice extrêmement malaisé du fait du manque de clarté du texte révélé, la science de l’interprétation et ses résultats ne doivent être exposés qu’aux hommes d’une science profonde, la foule devant être maintenue dans l’ignorance, loin de tous ces débats qui sont censés la dépasse et pourraient la conduire à douter de la qualité et de la vérité du texté révélé.

§26. Or on sait, par la tradition de leurs propos, que de nombreuses figures du premier âge de l’islam jugeaient que la Révélation comprend de l’apparent et du caché, et qu’il ne faut pas que connaissent le caché ceux qui ne sont pas hommes à en posséder la science et qui seraient incapables d’y rien comprendre. (…)

§28. (…) Il existe des interprétations qu’on ne doit exposer qu’à ceux qui sont hommes à en connaître l’interprétation, et qui sont « les hommes d’une science profonde ». (…)

§63. Il vous est donc apparu que les interprétations vraies des énoncés révélés ne devaient pas être couchées par écrit dans les livres destinés à la foule, et moins encore celles qui sont viciées. (…)

§45. C’est pourquoi les interprétations ne doivent pas être couchées par écrit, hormis dans les ouvrages de démonstration, car si elles se trouvent dans ces livres-là, seuls les gens de démonstration y auront accès. Mais les consigner dans d’autres livres, et employer pour les exposer des méthodes poétiques et rhétoriques, ou dialectiques, comme le fait Abu Hamid, c’est pécher et contre la Révélation et contre la philosophie, même si cet homme a cru bien faire. Car son intention, ce faisant, était que s’accroisse le nombre des hommes de science, mais en réalité, le nombre de dépravés en a été accru non moins que celui des hommes de science. (…)

§46. Ce que doivent faire les chefs politiques des musulmans, c’est interdire ceux de ces livres qui concernent la science à qui n’est pas homme à pratiquer cette science, tout comme il leur incombe d’interdire les livres de démonstration à tous ceux qui ne sont pas hommes à la pratiquer, quoique les dommages survenant aux gens du fait de ces derniers soient bien moins graves, puisque la plupart du temps, seuls les hommes aux dispositions naturelles supérieures en ont connaissance, et que cette sorte d’hommes ne tombe éventuellement dans l’erreur que par défaut de vertu pratique, ou faute d’avoir procédé à la lecture dans le bon ordre, ou parce qu’ils les appréhendent sans l’aide d’un maître.

  • Ceux qui, n’étant pas des hommes d’une science profonde, osent interpréter sont des infidèles : aux sources du takfirisme ?

Tous les hommes qui ne sont pas d’une science profonde ont donc interdiction d’interpréter, au risque d’être qualifiés d’infidèles.

§44. (…) Ceux qui ne sont pas hommes de la science, eux, ont l’obligation de recevoir les énoncés dans leur sens obvie ; les interpréter serait de leur part, infidélité, dans la mesure où cela conduit à l’infidélité. Et voilà la raison de notre opinion suivant laquelle l’interprétation, pratiquée par des gens auxquels il est fait obligation de croire en le sens obvie, est infidélité : parce qu’elle conduit à l’infidélité. Or qui provoque à l’infidélité est un infidèle.

Il n’y a ensuite qu’un pas à franchir pour tomber dans les méandres du takfirisme, processus de fatwa assimilable à une excommunication en islam (expulsion de la communauté musulmane et déchéance de la qualité de musulman), car qui est légitime pour déterminer si quelqu’un est « de la partie ou non » ?

§36. En somme, il existe deux sortes d’erreur du point de vue de la Loi : l’erreur pardonnable lorsqu’elle est le fait d’hommes aptes à pratiquer l’examen rationnel dans le domaine où l’erreur a été produite (comme on pardonne au médecin expérimenté de s’être trompé dans l’art de la médecine, ou au juge expérimenté de s’être trompé dans un jugement), et impardonnable si elle provient de quelqu’un qui n’est pas de la partie ; et l’erreur impardonnable de qui qu’elle vienne, et qui, si elle touche les principes dogmatiques fondamentaux de la Loi révélée, est infidélité ou, si elle touche quelque chose en deçà de ces principes fondamentaux, est une innovation blâmable. (…)

C’est la porte ouverte au sectarisme, qui s’est épanoui en islam, chacun pouvant s’ériger en juge des erreurs des autres.

§64. C’est du fait des interprétations, et du fait de l’opinion que celles-ci devraient, du point de vue de la Loi révélée, être exposées à tout un chacun, que sont apparues les sectes de l’islam, qui en vinrent au point de s’accuser mutuellement d’infidélité ou d’innovation blâmable, en particulier celles d’entre elles qui étaient perverses. Les Mutazilites ont ainsi interprété nombre de versets et de traditions prophétiques, et exposé ces interprétations à la foule, et pareillement les Asharites, même si ces derniers ont moins interprété. Ils ont de ce fait précipité les gens dans la haine, l’exécration mutuelle et les guerres, déchiré la Révélation en morceaux et complètement divisé les hommes.

§66. Leurs penseurs spéculatifs sont devenus des oppresseurs pour les musulmans, en ce sens qu’une fraction des Asharites a déclaré que quiconque ne reconnaîtrait pas l’existence du créateur d’après les méthodes qu’eux-mêmes ont instituées dans leur Livre pour le connaître était infidèle, alors que les infidèles, les égarés, ce sont eux en vérité ! (…)

Cette propension musulmane à l’exclusion semble d’ailleurs assez répandue si l’on en juge par le grand exégète Tabari (IXème siècle) pour qui « tout musulman ayant atteint l’âge de la puberté, qui ne connaît pas Dieu avec tous ses noms et tous ses attributs par le raisonnement, est un infidèle dont la vie et les biens sont hors-la-loi ».

  • Conclusion

Si l’on doit retenir quelque chose de simple de ce texte, au-delà des complexités intellectuelles et spéculatives inutiles propres aux raisonnements dont les religions ont le triste secret (voir également la christologie chrétienne), c’est probablement que 1) le Coran a toujours raison (pas de critique possible du fond) et 2) la compréhension du Coran est mauvaise si elle contredit la raison logique et démonstrative : il faut donc alors chercher une autre interprétation du texte coranique. Si c’est bien à cette conclusion assez maigre que se résume in fine cette réflexion, on peut être assez déçu.

En réalité, l’averroïsme a été un échec et l’exercice philosophique dans la conception d’Averroès a été rejeté par les religieux ; cette ouverture a été close avec sa mort. On peut néanmoins s’interroger sur la façon dont le principe qu’illustre Averroès de la recherche de l’interprétation qui convient en fonction des objectifs poursuivis (pour éviter toute contradiction avec la Loi révélée) imprègne la culture musulmane.

Il est en effet aisé de constater combien les interprétations des uns et des autres du même texte peuvent être différentes, jusqu’à s’écarter complètement d’un sens littéral pourtant parfois sans ambiguïté. Chacun semble avoir en effet son interprétation en fonction du but qu’il poursuit : chacun peut ainsi toujours trouver réponse à tout et peut répondre à toutes les objections par des pirouettes intellectuelles.

Ce travers consistant ainsi à vouloir démontrer qu’on a toujours raison finit par affecter toute la société musulmane. Chacun peut dénier aux autres le statut de bon musulman au travers du takfirisme, dont on voit que les racines doctrinales sont extrêmement profondes et anciennes, qu’il s’agisse de groupes simplement orthodoxes ou de fondamentalistes. C’est ainsi que l’État Islamique met constamment en garde dans ses revues, notamment Dar-al-islam, contre le danger à suivre les « imams qui égarent », en s’attribuant à lui seul la capacité d’être au plus proche des textes sacrés musulmans (Coran, hadiths, vie de Mahomet).

Quant à la critique des textes sacrés musulmans par un non-musulman, il ne faut même pas y songer…le non-musulman est par définition totalement illégitime dans une telle démarche et il ne peut bien évidemment pas faire partie des hommes d’une science profonde.

Enfin, pour ce qui est de la qualité proprement philosophique de cet opus, elle est certaine mais renvoie – outre à l’emploi du syllogisme légué par Aristote aux Arabes – à des considérations qu’on peut trouver subjectives, surannées, et suspendues, comme tant d’autres, au monde de la pure spéculation intellectuelle théorique et gratuite.

Erdogan aux Turcs européens : « Vous êtes le futur de l’Europe »

Erdogan est déjà en guerre avec la civilisation européenne. L’illustration la plus claire, outre les insultes que ce personnage adresse aux dirigeants européens en les traitant de « nazis », est bien son adhésion vigoureuse au grand remplacement de population qu’il appelle de ses vœux en incitant les Turcs européens à conquérir l’Europe par le ventre de leurs femmes, ce en quoi il est en réalité constant depuis bien des années. C’est ce qu’un article du New York times du 17 mars 2017 conduit à nous rappeler opportunément.

‘You Are the Future of Europe,’ Erdogan Tells Turks

By Russell Goldman

Calling Turks the “future of Europe,” Turkey’s president on Friday implored his compatriots living on the Continent to have multiple children as an act of revenge against the West’s “injustices.”

“Go live in better neighborhoods. Drive the best cars. Live in the best houses,” President Recep Tayyip Erdogan said Friday in the city of Eskisehir, while campaigning for a referendum that would solidify his power. “Make not three, but five children. Because you are the future of Europe. That will be the best response to the injustices against you.”

The remarks come at a time of increasingly fraught relations between Europe and Turkey in the wake of the migrant crisis, the concurrent rise of Islamic terrorism and right-wing nationalism in Europe, and a crackdown on civil liberties in Turkey.

Turkish citizens have lived in Europe for decades and have often been the focus of anti-immigrant sentiment. Mr. Erdogan has found that addressing overseas Turks is a convenient way to stir his own citizens’ nationalism and attack a Europe that has become increasingly hostile to Turkey as his government becomes ever more authoritarian.

Last weekend, Mr. Erdogan accused the Netherlands of Nazism after Dutch officials stopped the Turkish foreign minister from landing there for a pro-Erdogan rally, and then escorted the Turkish family minister out of the country, citing risks to public order and security.

“When those incidents began, I said those are fascistic measures,” Mr. Erdogan said Sunday. “I said Nazism had risen from the dead.”

Those comments came just before the Dutch national elections, in which voters rejected the anti-Islamic platform of the politician Geert Wilders but increased his party’s seats in Parliament.

On Friday, around the time Mr. Erdogan was speaking in Eskisehir, Mr. Wilders wrote on Twitter: “The fight against Islamization and the EU will be tougher, stronger and far more effective now, being the second strongest political power!” The text “#stopislam” was included in an image he also posted.

Mr. Erdogan is not the first authoritarian leader of a Muslim country to suggest that birthrates could alter the demographics of the West. Already, Muslims in Europe are younger than other Europeans and the number of Muslims on the Continent has been increasing steadily, according to the Pew Research Center.

“The Muslim share of the population throughout Europe grew about 1 percentae point a decade, from 4 percent in 1990 to 6 percent in 2010,” according to Pew. “This pattern is expected to continue through 2030, when Muslims are projected to make up 8 percent of Europe’s population.”

Les nouvelles musulmanes : modernité contre obscurantisme ?

À l’occasion de la journée de la femme (8 mars 2017), l’émission hebdomadaire « Vivre l’islam » de France 2 a consacré son épisode du 12 mars 2017 au portrait de 5 femmes musulmanes jugées représentatives et proches de ce que pourrait être le modèle de la femme musulmane moderne, « femme de lumière ». Il est tout à fait intéressant de revenir sur ces 5 profils à une époque où est tellement vanté – jusqu’à parfois être revendiqué – le port du voile musulman par tant d’imams et de musulman(e)s français(e)s, y compris dans les services publics ou les entreprises publiques ou privées, sans considération aucune pour le respect du principe de laïcité.

Les 5 femmes présentées sont :

  • Houria Aichi, chanteuse (chant religieux)
  • Zahia Ziouani, chef d’orchestre (musique occidentale)
  • Khadija Al-Salami, cinéaste
  • Hakima El Djoudi, artiste plasticienne
  • Maram Al-Masri, poétesse

France 2 Islam 170312 Journee femme Extrait 1

France 2 Islam 170312 Journee femme Extrait 2

France 2 Islam 170312 Journee femme Extrait 3

Que remarque-t-on ? Toutes ces femmes ont un rapport étroit avec le monde artistique, si décrié en islam. En outre, aucune ne porte le voile, ni même un bout de voile ; c’est même l’opposé. Cela est très étonnant alors qu’on nous parle tant de nos jours de la musulmane « décomplexée » qui revendique « son » voile comme expression de sa totale liberté de conscience et d’expression. On peut s’interroger naturellement sur le sens de ce reportage qui ne semble guère correspondre au regain du religieux que connait la quasi-totalité des pays musulmans aujourd’hui et qui touche également les musulmanes françaises issues de l’immigration.

Plus encore, l’accent est mis spécifiquement sur ces femmes car elles « luttent contre l’obscurantisme [musulman] et pour les lumières », mais aussi contre les coutumes tribales, l’infériorisation de la femme, sa relégation sociale et éducative, etc. Le cas de Khadija Al-Salami, « épousée à 11 ans et divorcée [répudiée] à 12 ans », est particulièrement mis en valeur dans la lutte contre les « traditions Moyenâgeuses » de l’islam.

Face à constat accablant, le C.F.C.M. continue à affirmer : « En France, l’égalité homme femme ne heurte en rien la conception musulmane. Bien au contraire, depuis l’avènement de l’islam et dans les temps modernes, les principaux défenseurs de la place de la femme musulmane dans la société contemporaine ont toujours favorisé son épanouissement. » (article 3 de la Convention Citoyenne des Musulmans de France pour le vivre‐ensemble). Cette affirmation paraît ainsi relever du mensonge ou du moins d’une vision très déformée de la réalité au regard de la culture traditionnelle musulmane, y compris en France.

Tariq Ramadan a écrit à juste titre, tout en tentant toujours néanmoins de dédouaner sa religion : « Je l’ai dit et répété : l’islam n’a pas de problème avec les femmes, mais il apparaît clairement que les musulmans ont effectivement de sérieux problèmes avec elles, et il faut en chercher, de l’intérieur, les raisons et parfois les (discutables) justifications. »

Et il ne faut pas croire que le sort terrible des femmes en islam relèverait pour l’essentiel d’une opposition frustrée à l’Occident et non de la doctrine même de l’islam, comme le laisse entendre le même Tariq Ramadan : « Il ne faut pas non plus minimiser la dimension psychologique dans le débat concernant les femmes. La relation avec l’Occident est complexe : avant, pendant, puis après les colonisations, la question de la femme a été centrale dans les relations de pouvoir et les débats politiques, théologiques et culturels. Cela a nourri dans la psyché musulmane contemporaine une sorte de réaction réflexe : moins le discours est occidental à propos des femmes, plus il est perçu comme islamique et, inversement, plus il est islamique, plus il se devrait d’être restrictif et s’opposer à la permissivité occidentale dont la finalité serait de laminer les fondements de la religion et de la morale. » L’islam a bien un problème de fond avec la femme.

Oserait-on maintenant enfin commencer à parler et dire timidement la vérité à propos du sort peu enviable de la femme en islam ?

Amour, paix et châtiment ici-bas dans la doctrine musulmane

Parmi les éléments qui horrifient dans la religion musulmane figurent en bonne place les châtiments corporels. L’émission France 2 Islam met en évidence la difficulté de l’islam à résoudre la contradiction entre les châtiments prônés par la doctrine de l’islam et la revendication du titre de religion d’amour et de paix.

L’émission exprime l’embarras de trouver une explication satisfaisante au maintien des châtiments corporels dans le corps de la doctrine de l’islam, maintien pour le moins contradictoire avec l’idée d’une miséricorde divine (au sens chrétien).

France 2 Islam 201605 Chatiment & Recompense Extrait 1

Mohammed Bajrafil affirme que la question du pouvoir et de la violence comme châtiment sur terre se pose dans des termes similaires entre les 3 religions monothéistes : Mohammed Bajrafil nie ainsi la spécificité de l’islam dans ce domaine, alors que celle-ci semble pourtant sauter aux yeux. Sur quels textes se fonde-t-il ? Mystère.

Quant au propos sur le fait que les musulmans des VIIème et VIIIème siècles n’avaient d’autre choix que de comprendre les châtiments corporels au pied de la lettre et ne pouvaient pas réfléchir à des solutions alternatives, il est assez confus.

En revanche, Omero Marongiu-Perria  donne un éclairage intéressant dans l’extrait suivant par la référence au rapport de l’homme à un Dieu décrit comme un dieu terrible, « prompt à châtier », ce qui déteint nécessairement sur le comportement des hommes ici-bas, poussés vers l’application stricte des règles. D’où le caractère assez saugrenu du concept de « déradicalisation », totalement étranger à la logique religieuse de l’islam, la « radicalisation » n’étant pas une application excessive de la doctrine de l’islam mais en réalité tout simplement son application juste et rigoureuse, c’est-à-dire orthodoxe.

France 2 Islam 201605 Chatiment & Recompense Extrait 2

Les leçons de taqiya de Tareq Oubrou : (22) Jésus voulait en réalité être un roi

  • Problématique

L’islam ne parvenant pas à excuser efficacement les turpitudes de Mahomet, nous avons vu que la diversion consiste notamment à dénigrer le christianisme pour rabaisser l’un des deux ennemis religieux principaux, l’autre étant le judaïsme, mais qu’il ne peut pas attaquer sous cet angle puisque la doctrine de l’islam est fille du judaïsme : difficile de justifier un parricide doctrinal.

Après avoir tenté de démontrer que le christianisme avait lui aussi une violence contenue dans les racines de sa doctrine, Tareq Oubrou met ici en avant les supposées prétentions de Jésus à diriger le monde, dans une sorte d’aspiration à un califat chrétien.

  • Jésus voulait être un roi temporel

Tareq Oubrou écrit : « Aujourd’hui, dans l’Occident sécularisé, les enseignements de Jésus sont présentés comme une doctrine fondatrice de la laïcité. Mais qu’en est-il vraiment ? On décèle dans les Évangiles une ambivalence, pour ne pas dire une ambiguïté, concernant le statut de Jésus : voulait-il être roi ou non ? (…) Les Évangiles laissent néanmoins entendre que Jésus revendiquait le pouvoir et la royauté (certains passages le qualifient explicitement de roi d’Israël : Jean 12,12-15). Et même si telle n’était pas son ambition, il ne l’excluait pas non plus (Quand Pilate lui demanda s’il était roi des juifs, il lui répondit : « Tu le dis », en guise de confirmation (Luc, 23,3). »

Tareq Oubrou prétend que Jésus aspirait à une royauté, mais laquelle : temporelle ou spirituelle ? Ces deux royautés n’ont rien de commun. La prétention à la royauté temporelle est écartée par Jésus quand il répond à Pilate (Jean 18, 33 à 37) : « Alors Pilate entra de nouveau dans le prétoire ; il appela Jésus et dit : « Tu es le roi des Juifs ? » Jésus répondit : « Dis-tu cela de toi-même ou d’autres te l’ont-ils dit de moi ? » Pilate répondit : « Est-ce que je suis Juif, moi ? Ta nation et les grands prêtres t’ont livré à moi. Qu’as-tu fait ? » Jésus répondit : « Mon royaume n’est pas de ce monde. Si mon royaume était de ce monde, mes gens auraient combattu pour que je ne sois pas livré aux Juifs. Mais mon royaume n’est pas d’ici. » Pilate lui dit : « Donc tu es roi ? » Jésus répondit : « Tu le dis : je suis roi. Je ne suis né, et je ne suis venu dans le monde, que pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute ma voix ». »

Ceci n’empêche toutefois pas Tareq Oubrou de prêter des intentions inavouées à Jésus au point d’en faire un ambitieux qui veut devenir un roi bien temporel à l’insu de son plein gré.

  • Jésus voulait être un roi spirituel

Tareq Oubrou ne trouvant toutefois pas l’argument qui fait mouche en matière de royauté temporelle, il exhibe du coup la prétention à la royauté spirituelle : « Jésus n’a pas renoncé à son titre de roi et, s’il ne l’est pas dans l’ici-bas, il le sera dans le ciel. « Si mon royaume était de ce monde, mes serviteurs auraient combattu pour moi afin que je ne fusse pas livré aux juifs ; mais maintenant mon royaume n’est pas d’ici-bas ». Pilate lui dit : « Tu es donc roi ? » Jésus répondit : « Tu le dis, je suis roi » Jean 18,36-37) ». »

Au demeurant, cette affirmation est souvent ambiguë puisque Jésus ne fait souvent que reprendre les paroles des autres sans affirmer lui-même de façon parfaitement explicite qu’il est le roi du Royaume des Cieux, et encore moins qu’il est Dieu en tant que Fils de Dieu. Ainsi, quand Jésus répond à Pilate, on peut comprendre aussi la réponse comme : « c’est toi qui dis que je suis roi (sous-entendu : moi, je ne l’ai pas dit) » : c’est un simple constat qui n’exprime pas nécessairement validation.

Parfois, le titre de roi est attribuée à Jésus par l’écriture mais ce n’est pas Jésus qui utilise ce terme pour lui même, comme dans l’évangile de Jean (12, 12 à 15) : « Le lendemain, la foule nombreuse venue pour la fête apprit que Jésus venait à Jérusalem ; ils prirent les rameaux des palmiers et sortirent à sa rencontre et ils criaient : « Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur et le roi d’Israël ! » Jésus, trouvant un petit âne, s’assit dessus selon qu’il est écrit : « Sois sans crainte, fille de Sion : voici que ton roi vient, monté sur un petit d’ânesse ». »

D’autres passages semblent toutefois plus explicites, comme dans l’évangile de Luc (22, 28 à 30) : « Vous êtes, vous, ceux qui êtes demeurés constamment avec moi dans mes épreuves ; et moi je dispose pour vous du Royaume, comme mon Père en a disposé pour moi : vous mangerez et boirez à ma table en mon Royaume, et vous siégerez sur des trônes pour juger les douze tribus d’Israël. »

On peut disserter longtemps sur la signification du caractère plus ou moins indirect de ces textes traitant d’une royauté spirituelle de Jésus dans l’au-delà. Quoi qu’il en soit, Tareq Oubrou semble faire grand cas de cette question. Pourtant, cette prétention à une royauté spirituelle dans l’au-delà est-elle injustifiée ou problématique pour le prophète d’une religion ? En rien, si ce n’est que cela constitue pour l’islam un blasphème puisque c’est mettre Jésus au même niveau que Dieu dans l’au-delà (sans même aller jusqu’à prendre en compte le dogme de la Sainte Trinité). D’ailleurs on aurait aimé que Mahomet s’en tînt à cette revendication uniquement spirituelle.

  • Le christianisme n’est laïc que par contrainte

Pour Tareq Oubrou, « La parole de Jésus : « Rendez donc à César et qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu (Matthieu 22,21) » est tout aussi ambivalente. Elle ne vise pas du tout à instaurer un principe de séparation des ordres ni une règle fondatrice d’une quelconque laïcité, comme on le comprend aujourd’hui de façon anachronique. Elle est surtout une réponse stratégique à une question piège : fallait-il ou non payer l’impôt à l’empereur ? Elle vise en fait à éviter un conflit social et un trouble à l’ordre public, Jésus tenant beaucoup à la paix civile – ce qui était aussi dans l’intérêt de son apostolat. Refuser de verser l’impôt à un pouvoir, même injuste dans le cas d’espèce, aurait entraîné un tel trouble. Jésus préféra donc une paix injuste à un combat juste, mais qui aurait conduit au désastre. »

La parole de Jésus ne serait ainsi qu’une tactique politicienne dans un contexte défavorable. Tareq Oubrou oublie que Jésus, n’ayant aucune visée temporelle, ne cherche donc pas à trancher un débat qui ne le concerne pas et sa réponse est en réalité une absence de commandement : il laisse chacun faire comme bon lui semble.

En effet, relisons le passage complet de l’évangile de Matthieu (22, 15 à 22) : « Alors les Pharisiens allèrent se concerter en vue de le surprendre en parole ; et ils lui envoient leurs disciples, accompagnés des Hérodiens, pour lui dire : « Maître, nous savons que tu es véridique et que tu enseignes la voie de Dieu en vérité sans te préoccuper de qui que ce soit, car tu ne regardes pas au rang des personnes. Dis-nous donc ton avis : Est-il permis ou non de payer l’impôt à César ? » Mais Jésus, connaissant leur perversité, riposta : « Hypocrites ! Pourquoi me tendez-vous un piège ? Faites-moi voir l’argent de l’impôt. » Ils lui présentèrent un denier et il leur dit : « De qui est l’effigie que voici ? Et l’inscription ? » Ils disent : « De César. » Alors il leur dit : « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » À ces mots ils furent tout surpris et, le laissant, ils s’en allèrent. »

Jésus ne tombe pas dans le piège tendu par les Pharisiens, puisque tout commandement de faire ou de ne pas faire aurait été une intervention dans les questions temporelles et l’aurait mis en porte-à-faux vis-à-vis des Romains ou de la nature spirituelle de son message.

À vrai dire, Jésus ne paraît pas créer le concept de laïcité mais en confirmer la pré-existence : il y a bien deux autorités à deux niveaux différents : le temporel et le spirituel. Jésus ne se préoccupe que du spirituel et du salut de chaque âme. Cette distinction des deux ordres existe déjà dans l’empire romain. Constantin a été le premier empereur romain chrétien sans pour autant imposer jusqu’aux confins de l’empire le christianisme comme religion officielle. Mais une déviance progressive par rapport à la doctrine du Christ aboutira effectivement dans certaines situations à la confusion des deux ordres au fil des siècles.

  • La doctrine chrétienne se confond avec l’histoire du christianisme

Dernier angle d’attaque en effet de Tareq Oubrou pour dénigrer le christianisme : confondre la doctrine originelle des Évangiles avec les déviances constatées au cours des siècles.

Ainsi, Tareq Oubrou écrit : « L’histoire (ou le destin) n’a pas permis à Jésus de régner et d’exercer une souveraineté politique comme elle l’a fait pour David et Salomon. Mais l’histoire du christianisme a continué après Jésus. Et en attendant le retour du Christ souverain et victorieux, le christianisme s’est compromis avec le pouvoir politique de différentes manières. »

Ainsi Tareq Oubrou raisonne comme si Jésus et les Évangélistes étaient responsables de tous les avatars déviants de la doctrine originelle : ainsi, si les enfants deviennent des assassins, faut-il mettre les parents en prison ?

  • Conclusion

Si Jésus avait voulu être un roi sur cette Terre, nul doute qu’il s’y serait pris autrement pour affirmer son autorité temporelle et lever l’armée que tout pouvoir temporel requiert, ainsi que l’a fait Mahomet. Qu’il ait laissé entendre qu’il se trouvait à la tête d’une royauté céleste n’a en soi rien de très problématique, en tous cas pour le commun des mortels.

Que l’histoire de la chrétienté ait été marquée par des événements allant à l’encontre la doctrine des Évangiles est une réalité, mais cette déviance profonde, née pour l’essentiel de considérations politiques, est étrangère à la doctrine du Christ. De même qu’il y a pu y avoir des violences bouddhistes en opposition totale avec la doctrine de Bouddha.

Il est quand même assez savoureux de voir un imam tenter d’utiliser ce procédé intellectuellement malhonnête pour incriminer la doctrine du christianisme à l’époque même où des attentats sont régulièrement perpétrés en référence explicite à la doctrine et au comportement de Mahomet, dont la violence réelle ne fait aucun doute, éléments pour cette raison largement cités dans les revues des mouvements fondamentalistes musulmans.

Ce déni de réalité atteint son paroxysme avec le slogan scandé à l’occasion de chaque nouvel attentat : « l’islam, ce n’est pas cela ». Ritournelle que l’État Islamique a transformé avec causticité en : « Not imam name ! ». Et, malheureusement, on attend toujours avec impatience le contre-argumentaire contre la violence doctrinale que nous a promis l’islam de France.

Les leçons de taqiya de Tareq Oubrou : (21) la parabole du roi, preuve de la violence du Christ

  • Problématique

Devant l’incapacité de l’islam à justifier ou à excuser la violence barbare de Mahomet, la technique de la diversion est un procédé habituel pour tenter de minimiser la responsabilité du prophète de l’islam, procédé auquel recourt naturellement Tareq Oubrou, comme si une faute impardonnable pouvait changer de nature sous prétexte qu’elle serait commise également par d’autres : raisonnement absurde.

Tareq Oubrou attaque ainsi le christianisme en citant à charge un passage des Évangiles : « Il y a dans les Évangiles d’autres passages plus violents encore (Voir la parabole du roi, à la fin de laquelle Jésus parle en des termes qui laisseraient entendre qu’il s’agit de lui : « Au reste, amenez ici mes ennemis, qui n’ont pas voulu que je régnasse sur eux, et tuez-les en ma présence. Après avoir ainsi parlé, Jésus marcha devant la foule pour monter à Jérusalem. » (Luc 19,27-28)) »

Analysons cet argument tiré de la parabole du roi dans l’évangile de Luc.

  • Préambule : le rachat de ses fautes avant le jugement

Dans son évangile, Luc (19, 2 & 8 à 10)  décrit d’abord une situation où Jésus veut montrer que la conduite d’un homme qui se repent avant le Jugement en donnant ses biens aux pauvres, ou en rachetant sa faute auprès de celui qu’il aurait escroqué en l’indemnisant au quadruple de ce qu’il a volé, est exemplaire et salutaire, quand bien même l’homme aurait longtemps péché : « Et voici un homme appelé du nom de Zachée ; c’était un chef de publicains, et qui était riche. (…) Mais Zachée, debout, dit au Seigneur : « Voici, Seigneur, je vais donner la moitié de mes biens aux pauvres, et si j’ai extorqué quelque chose à quelqu’un, je lui rends le quadruple. » Et Jésus lui dit : « Aujourd’hui le salut est arrivé pour cette maison, parce que lui aussi est un fils d’Abraham. Car le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu ». »

  • La parabole du roi

Luc poursuit sa narration par une autre parabole immédiatement consécutive dans laquelle Jésus insiste encore sur ce message de repentance. Jésus prononce une parabole et le texte précise bien une « parabole » : il ne s’agit donc en aucun cas du récit d’un fait réel conduisant à une recommandation applicable sur cette Terre, mais bien d’un récit symbolique : il parle d’hommes qui n’existent pas dans la réalité. Pourquoi ? Parce que cette parabole symbolise le Jugement dernier où les âmes bonnes seront séparées des âmes mauvaises qui seront punies. Pourquoi fait-il allusion au Jugement dernier ? Pour donner encore plus de force à son message puisque ses contemporains pensaient le Jugement dernier proche, voire imminent, comme l’indique explicitement le texte. Jésus appelle ainsi les hommes à la repentance pour leurs fautes pour assurer leur salut.

Lisons donc maintenant toute la parabole figurant dans l’évangile de Luc (19, 11 à 27) :

« Comme les gens écoutaient cela, il dit encore une parabole, parce qu’il était près de Jérusalem, et qu’on pensait que le Royaume de Dieu allait apparaître à l’instant même. Il dit donc : « Un homme de haute naissance se rendit dans un pays lointain pour recevoir la dignité royale et revenir ensuite. Appelant dix de ses serviteurs, il leur remit dix mines et leur dit : « Faites-les valoir jusqu’à ce que je vienne. » Mais ses concitoyens le haïssaient et ils dépêchèrent à sa suite une ambassade chargée de dire : Nous ne voulons pas que celui-là règne sur nous.

Et il advint qu’une fois de retour, après avoir reçu la dignité royale, il fit appeler ces serviteurs auxquels il avait remis l’argent, pour savoir ce que chacun lui avait fait produire. Le premier se présenta et dit : Seigneur, ta mine a rapporté dix mines. C’est bien, bon serviteur, lui dit-il ; puisque tu t’es montré fidèle en très peu de chose, reçois autorité sur dix villes. Le second vint et dit : Ta mine, Seigneur, a produit cinq mines. À celui-là encore il dit : Toi aussi, sois à la tête de cinq villes.

L’autre aussi vint et dit : Seigneur, voici ta mine, que je gardais déposée dans un linge. Car j’avais peur de toi, qui es un homme sévère, qui prends ce que tu n’as pas mis en dépôt et moissonnes ce que tu n’as pas semé. » « Je te juge », lui dit-il, « sur tes propres paroles, mauvais serviteur. Tu savais que je suis un homme sévère, prenant ce que je n’ai pas mis en dépôt et moissonnant ce que je n’ai pas semé. Pourquoi donc n’as-tu pas confié mon argent à la banque ? À mon retour, je l’aurais retiré avec un intérêt. » Et il dit à ceux qui se tenaient là : « Enlevez-lui sa mine, et donnez-la à celui qui a les dix mines. Seigneur, lui dirent-ils, il a dix mines ! »

Je vous le dis : « à tout homme qui a l’on donnera ; mais à qui n’a pas on enlèvera même ce qu’il a. Quant à mes ennemis, ceux qui n’ont pas voulu que je règne sur eux, amenez-les ici, et égorgez-les en ma présence ». »

On peut comprendre très simplement cette parabole de la façon suivante :

L’homme de haute naissance figure Dieu. Pourquoi les concitoyens le haïssent ? Parce que cette haine figure les cœurs des hommes qui refusent d’écouter le message de Dieu et qui voudraient se rebeller contre lui. Cela étant, personne ne peut résister à Dieu, ce qui est figuré par le couronnement de l’homme de haute naissance.

À l’heure du retour, c’est-à-dire du Jugement dernier, Dieu demande des comptes aux hommes sur leur comportement et les juge. Les villes que les hommes reçoivent figurent les bienfaits dont les hommes bénéficieront au paradis : ce qui revient à dire tout simplement que plus on a fait le bien sur cette Terre, plus on sera récompensé dans les cieux.

Pourquoi Dieu punit-il en le dépossédant de sa mine le serviteur qui n’a fait que garder la mine dans un linge ? Parce qu’il n’a rien fait de bien de ce que Dieu lui demandait. Même ce qui ne lui coûtait aucun effort, c’est-à-dire déposer l’argent à la banque pour pouvoir reverser l’intérêt, il ne l’a pas fait.

Mais il n’a pas encore dit quel sort était réservé, non pas à ceux qui n’ont rien fait, mais à ceux qui font le contraire du bien, les « ennemis ». Ces ennemis sont ceux qui, bien qu’ayant connaissance du message de Jésus, l’ont refusé, refusant ainsi que Jésus « règne » dans leurs cœurs et, par là-même, leur salut.

Toute cette parabole figure donc le Jugement dernier : aussi pour renforcer son message sur le châtiment des « ennemis » de Dieu à l’heure du Jugement dernier – car le bien est alors récompensé et le mal naturellement puni – Jésus emploie l’image des gens qu’on égorge, ce qui figure ici-bas la damnation céleste en enfer : transposée sur la Terre dans le cadre de cette parabole, la damnation est figurée par l’exécution, car il n’y pas sur cette Terre de peine plus terrible que la mort. Cette peine reste donc symbolique sur cette Terre et on peut d’ailleurs même s’interroger sur le fait de savoir si elle sera exécutée dans l’au-delà ou si ce n’est qu’une menace destinée à faire peur et à remettre les brebis égarés sur le droit chemin.

  • Conclusion

Si Jésus avait réellement prêché pour qu’on égorgeât des mécréants en sa présence, comme cela est attesté indubitablement en revanche dans le cas de Mahomet, on aurait des passages des Évangiles non plus symboliques mais bien réels décrivant ces atrocités : or, ces passages n’existent pas. Cela aurait d’ailleurs été singulier pour un tel prophète sanguinaire d’accepter de se laisser livrer aux Romains pour finir crucifié, tout en intimant l’ordre à ses partisans de ne pas le défendre.

L’instrumentalisation christianophobe de la parabole du roi pour faire oublier la sauvagerie de Mahomet est un procédé habituel dont le caractère lamentable et malhonnête apparaît rapidement à quiconque lit les évangiles, mais qui peut néanmoins produire son effet sur des personnes naïves ou qui n’ont jamais pris la peine de lire ces textes, en exploitant leur crédulité.