Le mariage forcé

  • Le constat

La pratique du mariage forcé dans la culture musulmane est un phénomène reconnu par nombre de représentants de la communauté musulmane.

Ainsi Tariq Ramadan écrit : « Au-delà des positions claires qu’il faut prendre – et qui commencent lentement à être formulées – sur l’interdiction du mariage forcé, de la violence conjugale et de l’excision par exemple, il importe de se pencher sur les réalités quotidiennes et de légiférer de façon cohérente en fonction des finalités supérieures du message [ndlr coranique]. » 

Tareq Oubrou écrit de son côté : « Crimes d’honneur, mariages forcés, violences domestiques…L’actualité en provenance des pays musulmans charrie quotidiennement son lot de violence et d’abus. » 

Quant à Malek Chebel : « Répudiation, polygamie, mariages forcés (et surtout mariages précoces à onze ou treize ans), rapts de jeunes filles, dénigrement des mères célibataires et assassinats perpétrés au nom de l’honneur, voilà quelques aspects – flagrants – de l’infériorité juridique de la femme musulmane par rapport à l’homme, une infériorité fondée – telle est la thèse fondamentaliste – sur le caractère ondoyant et limité de la nature féminine. » 

Malheureusement, cette pratique ne touche pas que les seuls pays musulmans. Elle peut concerner des jeunes femmes françaises que leur famille va marier pendant les vacances au pays ou même se pratiquer sur le territoire français lui-même. Ainsi, dans l’émission du dimanche matin de France 2 « Islam » consacrée en mars 2014 au mariage et au divorce, un reportage indique : « Rien ne s’oppose à ce qu’une femme se choisisse elle-même un mari, pourvu qu’il soit un homme vertueux. Si dans les textes la liberté de choix existe, les mariages arrangés continuent à se pratiquer même si les situations sont contrastées dans le monde musulman. Il arrive que les mentalités évoluent moins vite que la législation. » Une femme interviewée déclare : « Le mariage forcé est une pratique encore courante à Mayotte. Il y a une protection prévue au niveau de la loi, mais on sait très bien que dans la réalité il y a des pressions très fortes au niveau des jeunes filles. Même si certaines jeunes filles sont bien au courant de leurs droits, des campagnes d’information sont nécessaires. Les informations contenues là-dedans [ndlr manuel d’information] concernent aussi bien les femmes que les hommes, mais bien évidemment, je m’adresse particulièrement aux femmes, qui ne connaissent pas leurs droits à Mayotte, et quand on connaît pas les droits, on ne peut pas les faire valoir. » »

  • La doctrine de l’islam

Le consentement de la femme est nécessaire pour le mariage. Toutefois, s’agissant du mariage des très jeunes filles, vierges, il est important de rappeler que le consentement explicite n’est pas requis car le silence de la jeune fille vierge suffit. Cette disposition est assez étonnante car la jeune fille vierge, nécessairement jeune – voire très jeune (cf. Aïcha Aïcha) –, peut naturellement avoir la plus grande difficulté à exprimer un refus sous la pression familiale ou sociale.

C’est la porte ouverte à une culture favorisant les mariages forcés, surtout quand la jeune fille n’a pas la force morale de s’opposer ouvertement et que la famille et le mari espèrent que, sous la pression de la cohabitation forcée, la jeune fille va finir par changer d’avis.

Hadith (Bukhari, Muslim) : Abû Hurayra a rapporté que le Prophète a dit : « La femme ayant déjà été mariée ne peut être donnée en mariage que sur son ordre ; la vierge ne peut être donnée en mariage qu’après qu’on lui a demandé son consentement. – Et comment donnera-t-elle son consentement ? Ô Envoyé de Dieu, demandèrent alors les fidèles. – En gardant le silence. »

Hadith (Muslim) : Dhakwân transmet : J’ai entendu Aïcha dire : « J’ai demandé à l’Envoyé d’Allah si les parents de la vierge devaient ou non la consulter avant de contracter son mariage ». – « Oui, elle doit donner son consentement », répondit le Prophète. – « Mais, répliquai-je, elle est timide ». – « Eh bien, reprit-il, son silence signifie son consentement ».

Hadith (Bukhari) : Aïcha rapporte que l’Envoyé de Dieu a dit : « La vierge doit donner son assentiment. – Mais, lui dis-je, la vierge aura honte. – Cet assentiment, répondit-il, consistera dans son silence. » Certain auteur a dit : « Un homme s’était épris d’une orpheline – ou, suivant une variante, d’une vierge. Comme elle refusait de l’épouser il employa la ruse et produisit deux faux témoins constatant qu’il l’avait épousée. Arrivée à l’âge de la nubilité [ndlr la jeune fille a donc été épousée excessivement jeune, cf. Aïcha], l’orpheline consentit au mariage. Le cadi [ndlr le juge] accepta le faux témoignage [ndlr le cadi n’eut pas à constater l’illégalité du mariage en cours et refaire un contrat] et bien que le mari connût l’illégalité de la chose, sa cohabitation fut licite. »

  • La communauté musulmane française lutte-t-elle contre le mariage forcé ?

Devant ce constat, la question se pose de savoir ce que les représentants musulmans français entendent concrètement faire pour faire cesser cette pratique. Leurs réponses laissent perplexes, si on en juge par l’émission de France 2 « Islam » consacrée au « Mariage et divorce » diffusée en mars 2014.

En effet, le présentateur de l’émission prolonge la réflexion entamée dans le reportage : « Le fait de connaître ses droits est fondamental, parce que cette dame dit « quand on ne peut pas connaître ses droits, on ne peut pas les faire valoir ». Larbi Kechat répond : « De quoi s’agit-il ? Le Coran parle de cette union de la femme et de l’homme comme un signe de Dieu. Quel est notre devoir, chaque fois que l’on reçoit ce message-signe ? C’est de le méditer. Dans des études sociologiques, anthropologiques, il est question d’un phénomène social. L’islam reconnaît ce phénomène social mais il nous invite à aller au-delà du phénomène, vers le niveau le plus élevé de la question, à savoir les signes. Notre relation à notre créateur est la relation à la source inépuisable d’amour. C’est la relation à la source inépuisable de la miséricorde et du réconfort et de la tranquillité. Ce que nous venons de voir ne relève pas des champs normés par Dieu. Ce que nous venons de voir relève du sociologique, qui est objet de changement, tantôt vers le haut, tantôt vers le bas, de changements multidimensionnels, quelquefois négatifs, quelquefois positifs. Et cela rappelle à chacun d’entre nous qu’il y a un décalage énorme entre l’idéal et la réalité. »

France 2 Islam Mariage & Divorce mars 2014 1

France 2 Islam Mariage & Divorce mars 2014 Extrait 1

De son côté, Omero Marongiu-Perria éclaire un aspect de la culture musulmane qui peut contribuer à justifier la pratique du mariage forcé aux yeux des hommes musulmans  : « Le féminin ou l’expression du féminin dans le Coran est souvent mentionné à la voix passive et le masculin à la voix active. Je résume cela très simplement en disant que, dans le Coran, l’homme se marie ou contracte l’union, et la femme est mariée, ou est l’objet de cette union qui est contractée. »

Le Journaliste poursuit : « Mais il n’y a pas une lecture anthropologique à faire de nos jours de cette forme conjugale ou grammaticale [ndlr sic!] ? »

Réponse d’Omero Marongiu-Perria : « Alors, ce sera peut-être l’objet de notre discussion ultérieure puisque l’autre point qui est intéressant ici à mentionner, ce sont les orientations coraniques : le texte coranique prend acte d’une situation qui prévalait au détriment de la femme, c’est ce qui a été clairement établi par les historiens de l’islam, et le Coran donne également des orientations, mais c’est à l’homme de découvrir cette orientation, ces horizons. Est-ce que ce sont des horizons ou des orientations qui tendent vers un rapport que l’on va qualifier d’égalitaire, ou cette orientation vient-elle prédéfinir ou prédéterminer des rôles qui fait que la femme est un être foncièrement assujetti dans les rapports de genre. Ça, c’est aux êtres humains à en débattre. »

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France 2 Islam Mariage & Divorce mars 2014 Extrait 2

Voilà où nous en sommes au bout de 1.400 ans ! Pour un message qui devait être le dernier et déterminer le bien et le mal pour le reste des temps…