Des rituels pour ne pas réfléchir ? Ou est la spiritualité ?

Une des questions posées par l’islam n’est-elle pas la valeur religieuse des rituels ? Que cela puisse aider le croyant à mieux vivre sa foi, c’est une chose ; que cela devienne le centre de la vie religieuse en asséchant la vraie vie spirituelle en est une autre, reproche d’ailleurs qui vaut potentiellement pour toutes les religions.

Quelle spiritualité par exemple peut-il y avoir à égorger de pauvres animaux en faisant passer leur souffrance au second plan (cf. article halal), souvent dans des conditions indignes, tout cela pour satisfaire une règle sortie d’on ne sait où ? Qu’il y ait une symbolique dans l’utilisation de l’eau, d’accord ; mais à quoi riment toutes ces règles compliquées de purification (qui n’ont d’ailleurs aucun sens d’un point de vue physique et médical) si ce n’est à ancrer dans l’homme l’habitude de l’obéissance aveugle ?

Malek Chebel écrit : « Il faut savoir que le Coran est, en lui-même, un discours constitué sur Dieu et de Dieu sur l’homme. Cela explique la pauvreté relative de l’acte philosophique en islam, cantonné malgré lui à une histoire amplifiée des idées et à une spéculation molle sur les fins dernières. »

Tareq Oubrou a une position différente : « Dans le domaine de la raison, la théologie musulmane n’a rien à envier aux autres traditions. Je dirais même qu’avec l’avènement de l’islam, c’est la première fois dans l’histoire des monothéismes, voire des religions et spiritualités en général, que l’articulation entre foi et raison a fait l’objet de discussions aussi centrales. » Sans aborder la question de la philosophie islamique et de son rapport au religieux, sujet beaucoup trop vaste, on peut seulement remarquer qu’estimer à un niveau très inférieur à celui de l’islam la qualité de la réflexion relative à l’articulation entre foi et raison dans les autres spiritualités et religions est extrêmement discutable.

Au-delà de ces questionnements, Tareq Oubrou constate surtout en pratique : « La course à la ritualisation est un esprit qui touche tous les domaines de la vie quotidienne : le vêtement, la nourriture et même la cosmétique ! J’observe chez beaucoup de musulmans quelque chose comme un retour à la Torah. »

Il ajoute : « En homme de son siècle, Benoît XVI est tout simplement parti d’une réalité médiatique : celle de musulmans pour qui l’islam n’est plus qu’une religion de la pratique coupée de Dieu, donc de toute recherche de sens. De ce point de vue, son propos visait juste. »

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