Laïcité & Islam : Aujourd’hui

Au-delà  de la question strictement doctrinale, la culture musulmane semble imperméable à l’idée de laïcité tant la dissociation du religieux et du politique apparaît impossible, sauf à rompre avec les textes sacrés.

Pourtant, Mustapha Kemal disait : « L’homme politique qui a besoin des secours de la religion pour gouverner n’est qu’un lâche ! […] Or, jamais un lâche ne devrait être investi des fonctions de chef de l’État. »

Sur la question de la laïcité, Tariq Ramadan note : « La sécularisation et la laïcité ont été surtout perçues comme des processus de « désislamisation », d’opposition à la religion (une des traductions arabes de la sécularisation est « al-lâdîniyya » : le systèmes a religieux ou sans religion), avec leur lot de mesures répressives. Il était historiquement et factuellement impossible d’associer le « sécularisme » ou la « laïcité » avec la liberté et la démocratisation. En arrivant en Occident, les premières générations portaient en elles (et souvent portent encore) ces perceptions et ce passif négatif. »

Rappelons que de nombreux pays ont l’islam pour religion officielle et font de l’islam, voire de la chari’a, une référence dans leur constitution, y compris les pays du Maghreb : Maroc, Algérie, Tunisie, Égypte, Libye, Irak, Jordanie, Arabie Saoudite, Yémen, Oman, Qatar, Koweit, Irak, Iran, Afghanistan, Pakistan, Émirats Arabes Unis. Et dans tous ces pays, le droit de la famille relève du droit islamique.

D’ailleurs, pour un musulman, la vie dans un pays laïc (donc non-musulman) pose un véritable problème de conscience car il ne peut pas y trouver un cadre de référence conforme à sa religion. C’est d’ailleurs pour répondre à ce type de questionnement que le Conseil européen des fatwas a vu le jour. Or il est important de noter que ce Conseil européen des fatwas prône en réalité le non respect de la laïcité puisque « Le Conseil recommande aux musulmans résidant en Europe d’œuvrer inlassablement en vue d’obtenir des pays dans lesquels ils résident la reconnaissance de l’islam en tant que religion [1], ainsi que l’exercice – pour les musulmans en tant que minorité religieuse à l’instar des autres minorités religieuses – de tous les droits relatifs à l’organisation de leur statut personnel en matière de mariage, de divorce et d’héritage. » En effet, le statut personnel musulman en terme de mariage, de divorce et d’héritage est absolument contraire à la laïcité et aux lois françaises. Faudrait-il en effet, par exemple, interdire en France à une jeune musulmane de se marier civilement à un non-musulman puisque cela est interdit par l’islam ?

[1] On ne voit pas bien le sens de cette revendication. Personne ne conteste que l’islam soit une religion.

Dans ce contexte, on ne peut que s’interroger sur le sens du préambule de la Convention citoyenne des musulmans de France qui stipule de façon rassurante que « Les musulmans de France (…) considèrent la laïcité comme un acquis majeur du vivre ensemble et de la non-discrimination des citoyens », tant la laïcité est contraire au principe même de l’islam.

D’ailleurs, on peut même se demander si les représentants musulmans et la population musulmane en France ont bien compris ce que veut dire le principe de laïcité tant il semble loin de leur cadre habituel de pensée, comme l’exprime un représentant de la Grande Mosquée de Paris au cours d’une conférence tenue en janvier 2014 :

Bernardins Janvier 2014
Bernardins Janvier 2014

Musulmans francais & Laicite

En réalité, le reproche fondamental et constant fait par les musulmans à la société française, et qui n’est pas prêt de disparaître, soyons-en sûr, est que celle-ci a tendance, au terme notamment d’une histoire douloureuse avec l’Église catholique, à cantonner la religion dans la sphère privée. Tareq Oubrou exprime cette perception de façon très claire : « La laïcité, cadre juridique censé garantir le pluralisme et la diversité, est mise en œuvre dans un sens restrictif reléguant la religion dans l’intimité. »

Pour des musulmans habitués culturellement à placer la totalité de leur vie sous le signe de leur soumission à Allah dans une société également soumise à Allah, la frustration est forte. Être la meilleure des communautés et se voir obligée de se soumettre à des règles laïques, en étant ravalée au même rang que toutes les autres communautés, ce n’est pas quelque chose de facile à digérer. Or aucune autre communauté religieuse ne s’en émeut particulièrement aujourd’hui. La revendication vient de la seule communauté musulmane.

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