Tout homme naît musulman : le non-musulman est donc par essence un renégat

Pour l’islam, la religion naturelle de l’homme à sa naissance, sa religion innée, ne peut être que l’islam.

Rémi Brague écrit : « L’islam suppose que l’homme naît d’emblée musulman. L’européen, marqué par le christianisme, pense spontanément avec Descartes que « nous sommes hommes avant que d’être chrétiens ». Pour l’islam, c’est presque le contraire. Un passage du Coran [(sourate 7, verset 172)] rapporte que tout le genre humain fut miraculeusement tiré des reins d’Adam et interrogé par Dieu : Ne suis-je pas votre Seigneur ? L’humanité répondit par un oui unanime. »

L’Éthique du musulman confirme : « L’islam se qualifie lui-même comme religion de la fitra (conception originelle) »

Tariq Ramadan ne dit guère autre chose : « L’histoire de la création, telle qu’elle est narrée dans le Coran, est singulière. Tout commence, pourrait-on dire, par un témoignage est un pacte. En effet la révélation nous informe qu’aux premiers temps la création l’Unique a réuni l’ensemble des êtres humains et il les a fait témoigner : « Et quand nous prîmes des reins d’Adam sa descendance et nous la fîmes témoigner : « Ne suis-je pas votre seigneur ? » Ils répondirent : « Certes oui, nous en témoignons ! » Et ce afin que vous ne disiez pas au jour du jugement dernier : « Nous ne savions pas ! » Ce témoignage originel est d’une importance fondamentale dans l’élaboration de la conception islamique de l’homme. On apprend donc qu’il existe dans le cœur et la conscience de chaque individu, essentiellement, profondément, une intuition et une reconnaissance de la présence du transcendant. De la même façon que le soleil, les nuages, les vents, les oiseaux et tous les animaux expriment, nous l’avons vu, leur naturelle soumission, l’être humain a en lui une aspiration presque instinctive vers une dimension qui est « au-delà ». C’est l’idée de la fitra qui a suscité de nombreux commentaires exégétiques, mystiques ou philosophiques, tant elle est centrale dans la conception islamique de l’être humain, de la foi et du sacré. On la trouve mentionnée dans le verset suivant : « Acquitte-toi des obligations de la religion en vrai croyant et selon la nature (l’aspiration naturelle) que Dieu a donné aux hommes, en les créant. Il n’y a pas de changement dans la création de Dieu. Voici la religion immuable mais la plupart des gens ne savent pas » et confirmée par une tradition prophétique : « Tout nouveau-né naît selon la fitra, ce sont ses parents qui en font un juif chrétien ou un zoroastrien » (hadith rapporté par Bukhari et Muslim). Ainsi, ce « témoignage originel » a imprimé dans le cœur de chacun une marque qui est un souvenir, une étincelle, une quête de la transcendance dans un sens très proche de l’intuition de Mircea Eliade lorsqu’il affirme que le religieux participe de la structure de la conscience humaine. Cette attestation des premiers temps, par laquelle les êtres humains ont reconnu le créateur, façonne leur relation avec Dieu : ils sont liés par une sorte de pacte originel auquel leur conscience devra s’efforcer de rester fidèle. Il n’existe pas de péché originel dans l’islam : chaque être naît innocent et devient ensuite responsable de sa fidélité au pacte : celui qui ne croit pas, l’infidèle (kafir), est celui qui n’est plus fidèle au pacte originel, dont la mémoire est assoupie et le regard voilé. Dans la notion de kufr, en arabe, il y a bien l’idée d’un voilement qui provoque le fait de nier la vérité. »

Rémi Brague en tire les conséquences quant à l’apostasie  : « L’homme n’a pas besoin que ses parents le fassent musulman : l’homme naît musulman, ce sont ses parents qui en font un adepte des autres religions. De la sorte, selon le droit islamique, un enfant trouvé est réputé musulman jusqu’à preuve du contraire. Une conséquence capitale de ce fait est que toute position religieuse autre que l’islam n’est pas seulement une erreur mais, objectivement, une apostasie. Partant, le non-musulman, dans la mesure où il ne fait pas usage de la raison qui devrait lui faire connaître Dieu et lui faire comprendre l’intérêt qu’il a à se soumettre à lui, ne se distingue pas fondamentalement des animaux. »

Le non-musulman est ainsi coupable par essence aux yeux du musulman. En effet, il n’est pas responsable d’avoir fait un mauvais choix à partir d’une situation « neutre », mais d’agir de façon bien pire : en dégradant volontairement sa nature originelle par le rejet quotidien du Dieu musulman, Allah. Bref, tout ce qu’il faut pour justifier et alimenter un rejet viscéral des non-musulmans par les musulmans.

 

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