Comment culpabiliser la société française

Si certains auteurs musulmans peuvent être extrêmement critiques au regard de l’islam et de sa contribution au monde moderne, une des constantes de la culture musulmane est le rejet viscéral de la critique par l’Occident.

En France, cela prend notamment la forme d’un anathème qui frappe toute personnalité jugée trop critique et de façon plus générale toute critique issue de la société française, renvoyée à la culpabilité ontologique de son époque coloniale, fardeau de l’homme blanc qui excuse tout pour la suite des temps.

Ainsi, pour Tariq Ramadan : « Il y a la couverture médiatique, ce que l’on présente, cette façon finalement de présenter encore les musulmans français, français de confession musulmane, selon deux catégories : soit vous êtes modéré, soit vous êtes un radical ou vous êtes un fondamentaliste. Ça c’est l’ancienne typologie coloniale c’est-à-dire quand on arrivait dans un pays il y avait les « bons » et les « pas bons » : les « bons », c’est ceux qui nous résistaient pas, et les « pas bons » ils nous résistaient. Cette attitude de la binarité de l’autre est une attitude d’abord paternaliste, coloniale, et surtout, elle est pas acceptable. L’islam est aussi complexe que l’est le christianisme, le judaïsme, le bouddhisme. »

La colonisation constitue par son caractère innommable une référence culpabilisante d’une extrême efficacité pour interdire tout débat critique. Cela étant, dans le cas ci-dessus, cette référence est intéressante car elle est utilisée par Tariq Ramadan pour expliquer la dichotomie entre les bons et les mauvais musulmans, dichotomie commode en réalité plutôt inventée par la classe politique française (et les musulmans modérés) pour éviter d’aborder au fond la question de la doctrine de l’islam et sa compatibilité réelle avec les valeurs des sociétés occidentales.

Mais, dans l’art d’interdire tout débat, une palme particulière doit sans doute être décernée à Edwy Plenel, qui semble être devenu dans ce domaine le factotum de Tariq Ramadan, et dont la science de l’amalgame intellectuel est poussée jusqu’à la plus extrême perversité en vue d’empêcher toute analyse critique sérieuse de la question musulmane. En effet, lisons Edwy Plenel et commentons :

–  « En défense de toutes celles et de tous ceux qu’ici même, la vulgate dominante assimile et assigne à une religion, elle-même identifiée à un intégrisme obscurantiste, tout comme, hier, d’autres humains furent essentialisés, caricaturés et calomniés, dans un brouet idéologique d’ignorance et de défiance qui fit le lit des persécutions. L’enjeu n’est pas seulement de solidarité mais de fidélité. À notre histoire, à notre mémoire, à notre héritage. Pour les musulmans donc, comme on l’écrirait pour les juifs, pour les noirs, ou pour les roms, mais aussi pour les minorités et pour les opprimés. Ou, tout simplement, pour la France. »

Commentaire : Edwy Plenel ne semble pas supporter la différence ni surtout la différenciation. Or la richesse du monde se nourrit de la reconnaissance pleine et entière d’une diversité assumée et de celle de l’essence des valeurs qu’on représente. Une partie de la pseudo intelligentsia française n’accepte que la médiocrité de l’uniformité, car l’existence de toute forme de différenciation, et donc d’infériorité ou de supériorité au regard de certains critères, est vécue par ces esprits tourmentés comme une injustice, la possibilité de porter un jugement – ce qu’ils ont en horreur –. Or chacun sait que « Tout esprit n’est pas composé d’une étoffe qui se trouve taillée à faire un philosophe ». Edwy Plenel veut tuer les préjugés en nous plongeant dans le bain curatif de l’ignorance : en d’autres termes, ne nous interrogeons surtout pas sur ce qui fait l’essence de l’islam et nous nous en porterons bien mieux… Or c’est la lumière qui révèle la vérité, pas l’obscurité et l’amalgame.

–  « C’est une école de barbarie, ici même, comme l’avait dit avec force, dès 1950 Aimé Césaire dans son Discours sur le colonialisme : Tout connaisseur de ce texte célèbre en aura entendu l’écho dans l’intervention de Serge Letchimy, tant on y trouve déjà l’affirmation du lien entre crimes coloniaux et crimes hitlériens : le « formidable » choc en retour, selon Césaire, de cette corruption fatale que fut le colonialisme et qui a fait le lit de la barbarie nazie, sur ce fumier commun de la hiérarchie des humanités et de leurs civilisations. »

Commentaire : Encore la lancinante ritournelle de la colonisation dont l’ombre est prête à resurgir à tout moment pour obscurcir et entraver le débat, avec en prime, cerise sur le gâteau (bavarois ?), la douce menace de la muse nazie qui plane nécessairement au-dessus des esprits trop critiques : difficile de faire plus abject. Pourtant l’islam n’érige-t-il pas en principe tout à fait clair – avec mise en pratique quotidienne dans les pays musulmans – l’inégalité et la hiérarchie des communautés humaines (cf. article supériorité) ?

–  « Être musulman, l’exprimer ou le revendiquer, n’est donc pas plus incompatible en soi avec des idéaux de progrès ou d’émancipation que ne l’était l’affirmation par les ouvriers ou les étudiants de la Jeunesse Ouvrière Chrétienne et de la Jeunesse Étudiante Chrétienne de leur identité chrétienne, alors qu’ils rejoignaient les combats syndicaux et politiques du prolétariat ou de la jeunesse. »

Commentaire : Qu’est-ce que cette pétition de principe sur les idéaux musulmans, d’ailleurs absolument pas démontrée ni documentée, a-t-elle à voir avec l’identité chrétienne ? C’est un rapprochement pour le moins étonnant tant les valeurs défendues sont différentes.

–  « Le racisme est une monstrueuse poupée gigogne qui, une fois libérée, n’épargne aucune cible. Or c’est par le détour de sa banalisation envers les musulmans, sous couvert d’un rejet de leur religion, qu’il s’est de nouveau installé à demeure, redevenu admissible. Tolérable, respectable et fréquentable. L’actuelle extension du domaine de la haine dont nous sommes les témoins atterrés a pour ressort cette diffusion bienséante d’un racisme antimusulman, qui occupe la place laissée vacante par la réprobation, heureusement mais tardivement conquise, qui frappe l’antisémitisme. »

Commentaire : Où est la réflexion sur les valeurs de l’islam ? Elle est inexistante. Mais si vous critiquez l’islam, c’est que vous êtes raciste. Dans les régimes totalitaires qu’ont tant vantés il n’y a pas si longtemps certains de nos (pseudo-)intellectuels, dans tout homme il y avait un « petit-bourgeois » qui sommeillait… Avec des arguments aussi imbéciles, il n’y a plus qu’une chose à dire : Ite missa est ! Amen.

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