Halal : Quid de la souffrance animale ?

Conformément à la doctrine musulmane (cf. article Doctrine Halal), l’article 15 de la Convention citoyenne des musulmans de France stipule : « Pour que la viande soit « Halal », c’est-à-dire licite et consommable par le musulman, le sacrifice doit être rapide pour être le moins douloureux possible. Le sang doit être évacué et le sacrificateur musulman doit prononcer la formule religieuse en égorgeant l’animal, la tête tournée vers la Mecque. »

Il faut sans doute apporter une précision importante : la viande n’est pas halal parce que l’animal a souffert le moins possible mais parce que l’animal a été abattu rituellement. La formulation est trompeuse et aurait été plus précise en rédigeant : « Pour que la viande soit « Halal », c’est-à-dire licite et consommable par le musulman, le sang doit être évacué et le sacrificateur musulman doit prononcer la formule religieuse en égorgeant l’animal, la tête tournée vers la Mecque. »

La question de la souffrance de l’animal est d’un autre ordre qui, sans être nié, est tout à fait secondaire par rapport à la primauté du religieux. La souffrance de l’animal, résultant des règles religieuses qui imposent l’absence d’étourdissement préalable, doit simplement être atténuée si possible, dans le cadre de ce qui est imposé par le religieux. En réalité, la souffrance animale n’a pas beaucoup d’importance.

Tareq Oubrou adopte néanmoins de son côté une attitude plutôt pratique et non dogmatique, ce que l’on ne peut que louer :

–  « Le halal n’est pas une offrande destinée à Dieu mais un abattage éthique. En ce sens, les termes de « sacrifice » ou d’abattage « rituel » sont des abus de langage. »

–  « Il existe en réalité trois types d’abattage rituel ou sacrificiel. Les deux premiers sont l’offrande annuelle commémorant le geste d’Abraham, à l’occasion de la fête du sacrifice (Aïd-El-Kébir) et le sacrifice fait à l’occasion de la naissance d’un enfant. Ces deux formes de sacrifices, très répandues chez les musulmans originaires du Maghreb, ne sont pas des obligations canoniques mais seulement des recommandations. Le seul sacrifice obligatoire est celui que le pèlerin effectue lors du pèlerinage à La Mecque (hajj).»

–  « Nous ne sommes pas dans le sacré. Le musulman a simplement pour obligation d’alléger au maximum la souffrance de la bête. »

–  « Obligation éthique d’alléger au maximum la souffrance et de faire en sorte que l’animal se vide très rapidement de son sang pour des raisons d’hygiène – un animal vivant se vide mieux de son sang qu’un animal mort. D’où la nécessité d’utiliser un couteau très aiguisé afin de stopper d’un coup l’irrigation du cerveau et de permettre à l’animal de perdre rapidement conscience. L’animal ne souffre pas. Les soubresauts qui suivent l’égorgement sont purement végétatifs et inconscients puisque son âme a déjà quitté son corps dès la mort cérébrale. » ; « Il n’est pas prouvé que l’étourdissement réduise la souffrance. »

NB : Si le souhait de ne pas souffrir l’animal est tout à fait louable, la position selon laquelle l’égorgement fait moins souffrir que l’étourdissement est tout à fait discutable. En effet, si l’étourdissement a été retenu comme méthode standard d’abattage, c’est bien parce que les scientifiques considèrent que c’est la méthode la moins pénible pour l’animal. L’abattage musulman et juif est une dérogation accordée aux religions pour s’exonérer de ce souci de la souffrance.

–  « Si un jour il est prouvé que l’étourdissement préalable réduit effectivement la souffrance, alors pourquoi pas… »

Tariq Ramadan modère également l’importance religieuse du halal : « Être obsédé par les techniques du “halal“ et, a fortiori, en en disant et en ne proposant rien sur la question du traitement absolument indigne des animaux dans nos univers de surconsommation et de productivités à outrance (dans certains élevage, dans les abattoirs, etc.) – de même que sur le mauvais traitement des animaux dans les sociétés les plus pauvres –, cela est proprement illogique, sidérant et tout simplement schizophrénique. (…) La consommation de la viande “halal“ est réduite à une question d’ordre technique sans considération fondamentale pour les finalités du sacrifice, qui ne devrait se permettre de prendre la vie qu’en l’ayant respectée et protégée des mauvais traitements et de la souffrance. »

Si ces deux positions mettent clairement en avant la priorité de la moindre souffrance de l’animal, on en est très loin dans la pratique. Il suffit de voir combien de temps nos amis les bêtes suffoquent après qu’on leur a coupé la gorge pour s’en convaincre :

Abattage HalalAbattage Halal

Abattage Halal Belgique 2009

Abattage Halal Belgique 2009

L’abattage rituel est interdit en Suisse, en Suède et depuis février 2014 au Danemark, le ministre danois de l’agriculture précisant avec beaucoup de bon sens que « les droits des animaux sont prioritaires par rapport aux droits religieux ». En France, l’abattage rituel fait l’objet de dérogations ad hoc, le religieux continuant à primer sur le politique et la laïcité.

En attendant une évolution de notre droit, il paraît a minima indispensable qu’un label certifié de viande non casher et non halal soit instauré, car si certains trouvent normal de pouvoir consommer de la viande abattue rituellement, il est tout aussi normal que d’autres consommateurs souhaitent ne pas participer d’une façon quelconque à un procédé d’abattage qu’ils peuvent trouver répugnant et d’un autre âge.

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