Un pilier de l’interprétation : la contextualisation historique

Un des principes d’interprétation (cf. article interprétation) permettant de limiter fondamentalement la portée d’un texte est évidemment la réduction au contexte historique d’origine. Les exemples foisonnent, en particulier s’agissant du jihad dont le caractère notoirement agressif doit impérativement être désamorcé pour que les sociétés occidentales acceptent la présence de communautés musulmanes sur leur sol.

Ainsi, Tareq Oubrou indique« Tel passage qui revêt un sens précis à l’époque du prophète, c’est-à-dire dans la péninsule arabique au début du VIIème siècle de notre ère, se retrouve ainsi plaqué sur notre réalité occidentale au début du XXIème siècle. Prenons le cas du « djihad » islamique. Sous la plume des grands juristes musulmans, le djihad (littéralement effort dans la voie de Dieu) renvoie à un concept de légitime défense dont seul l’État a le monopole. Il peut aussi désigner, dans certains cas, une guerre préventive dans le but de préserver la paix et la stabilité nécessaires à l’exercice de la religion. (…) Or, dans son acception la plus commune, le djihad désigne aujourd’hui le combat mené par une poignée de terroristes contre l’Occident. Funeste glissement de sens. D’où le rôle fondamental de l’exégète : ce dernier établit une distinction entre les passages du Coran dits « principiels » – qui énoncent des vérités constantes – et les passages circonstanciels, liés au contexte historique de la révélation. En résumé, ce n’est pas parce qu’un conflit mentionné dans le Coran se justifiait à l’époque du prophète qu’il doit être sacralisé et poursuivi en tout temps et en tout lieu. »

La difficulté est qu’il n’existe aucun recueil de principes clairs reconnus par l’ensemble des musulmans quant aux critères permettant de distinguer ce qui relève de l’histoire, et y reste cantonné, de ce qui relève d’une directive à suivre pour la suite des temps. Le Coran ne donne peu ou pas d’indication à cet égard. Et naturellement, la lecture qui est faite du caractère normatif ou non des principes énoncés dans le Coran ou la Tradition est très différente selon qu’on se situe dans un pays musulman ou qu’on est un musulman « modéré » qui cherche à faire accepter l’islam dans un pays occidental.

Pour Tariq Ramadan, « Les textes ne parlent pas tout seuls, et les enseignements sont à la fois synchroniques et diachroniques : le rapport au temps est crucial, la relation à l’époque, impérative. Une lecture littéraliste ne peut pas rendre compte de ces dynamiques évolutives et en tension avec le temps et les environnements, et une spécialisation quant au strict contenu des textes, comme celle prioritairement requises pour les “fuqaha“, est de nature à tronquer tant la substance du message que ses objectifs supérieurs. » Tout cela reste assez nébuleux et les exégètes musulmans n’ont pas fini de débattre, même sur les questions les plus simples.

En outre, la contextualisation historique est très dangereuse pour l’islam car il faut en dessiner les limites : il ne s’agirait pas de s’orienter dans une direction conduisant à conclure que tout le Coran n’est valable que dans le contexte de l’Arabie du VIIème siècle…

Laisser un commentaire