Nulle contrainte en religion : un verset abrogé

Nulle contrainte en religion

Pour prouver la tolérance prêchée par l’islam, il est abondamment (et quasiment uniquement) fait référence au verset suivant :

Coran, sourate 2, verset 256 : « Nulle contrainte en religion ! La voie droite se distingue de l’erreur. Celui qui ne croit pas au Taghout[1] et croit en Allah saisit l’anse la plus solide, qui ne peut se briser. Allah est celui qui entend tout et sait tout. »

[1] Mot à la signification peu claire, probablement idole, démon, être rebelle. Désigne fréquemment l’Occident de nos jours.

Le Coran précise d’ailleurs que si Allah l’avait souhaité, il aurait fait de l’humanité une seule communauté musulmane ; si tel n’est pas le cas, c’est que la diversité religieuse fait partie du plan d’Allah, qui est le seul à pouvoir juger in fine les hommes, qu’ils soient musulmans ou non-musulmans.

Coran, sourate 5, verset 48 : « Nous t’[ndlr Mahomet]avons révélé le Livre et la vérité, pour confirmer l’écriture qui existait avant lui, en le préservant de toute altération. Juge entre ces gens d’après ce qu’Allah a révélé. Ne suis pas leurs passions, éloignées de la vérité que tu as reçue. À chacun de vous nous avons assigné une règle et une loi. Si Allah l’avait voulu, Il aurait fait de vous tous une seule communauté. Mais Il veut vous éprouver par le don qu’il vous a fait. Concurrencez-vous donc dans les bonnes œuvres. Votre retour à tous se fera vers Allah et Il vous éclairera de ce sur quoi vous vous opposiez. »

La liberté totale semble être la règle si l’on en croit l’article 16 de la Convention citoyenne des musulmans de France : « L’Islam dans sa vocation n’entend pas imposer sa vérité, ni forcer quiconque à adopter sa croyance et ses rites. L’Islam respecte la foi d’autrui dans la tolérance et le dialogue. »

Mais la formulation du principe de liberté religieuse « nulle contrainte en religion », verset emblématique, paraît finalement assez ambiguë : cela veut-il dire vraiment que chacun est libre de choisir la religion qu’il souhaite et d’en changer à son gré ? Car rien n’est moins sûr quand on lit d’une part les nombreux versets du Coran qui prônent une attitude guère tolérante vis-à-vis des non-musulmans, la condamnation totale de l’apostasie par la Tradition (cf. article Doctrine apostasie), les dispositions applicables dans les pays musulmans ainsi que la jusrisprudence islamique encore aujourd’hui (cf. article Apostasie aujourd’hui) : les faits sont têtus.

D’où la question : que veux dire ce verset ?

Pour comprendre cette contradiction entre ce verset, la Tradition et les faits, il est sans doute important de rappeler le contexte dans lequel ce verset a été révélé puisque la Sîra mentionne ce verset explicitement : en effet, dans les premiers temps du séjour de Mahomet à Médine, peu après l’hégire, Mahomet tenta quelque temps de convertir les juifs de Médine à l’islam. De nombreuses discussions eurent lieu sur des questions de foi. Il arriva donc qu’un groupe de rabbins alla voir Mahomet pour lui poser quatre questions.

À la dernière question, « Parle-nous de l’esprit », Mahomet répondit longuement, disant notamment aux juifs qu’ils pouvaient trouver dans leur Écriture que Mahomet était l’envoyé d’Allah, qu’il devait donc le croire, en leur adjurant de vérifier eux-mêmes. Dans la Sîra, Mahomet dit : « Si vous ne trouvez pas cela dans votre Écriture Sacrée, alors il n’y pas lieu de vous forcer. « Nulle contrainte en religion ! La rectitude s’est distinguée de l’aberration » ; je vous invite donc à croire en Allah et en son prophète. »

Il n’y a nulle contrainte en religion, Mahomet « invitant » néanmoins à croire en lui, mais on voit que ce verset fait référence à une situation historique bien spécifique correspondant à la courte période où Mahomet a tenté de convertir les juifs de Médine, avant qu’il ne se décidât à les chasser ou à les exterminer (cf. Quraydha). Ce verset s’adressait spécifiquement aux juifs et il n’était pas encore d’actualité à ce moment d’employer la force. Une fois que Mahomet fut convaincu qu’essayer de les convertir était peine perdue et que le jihad fut proclamé, les juifs devinrent des ennemis déclarés et la situation changea radicalement. Ce qui laisse à penser que ce verset reprend un propos à visée politique de Mahomet dans un contexte très spécifique visant à ne pas dresser les juifs contre lui, ceux-ci étant susceptibles de s’allier à ses ennemis (les arabes polythéistes).

Cette lecture simple, fondée sur la Sîra elle-même, paraît assez logique, dans le contexte de l’époque. Rappelons par ailleurs que Mahomet a lui-même peu avant sa mort restreint explicitement la liberté de religion sur toute la péninsule arabique puisque la Sîra rapporte le fait suivant : « Omar apprit que le Prophète, au cours de sa dernière maladie, avait dit : « Il ne devra y avoir qu’une seule religion dans l’île des Arabes ». Omar s’assura alors de l’authenticité de ce hadith et envoya dire aux juifs de Khaybar : « Celui qui parmi vous détient un contrat écrit avec le Prophète, qu’il me le rapporte et je m’engage à le respecter. Par contre, celui qui ne détient pas de contrat, qu’il se préparer à l’exil. En effet, le Prophète avait dit qu’il ne pouvait y avoir en Arabie qu’une seule religion. » Ainsi Omar bannit-il d’Arabie tous les juifs qui n’avaient pas de contrat écrit avec le Prophète. » Si tout le monde peut rentrer dans toutes les églises, y compris dans l’église Saint-Pierre de Rome, il est clair qu’il n’en vas pas de même dans le monde musulman.

La jurisprudence malikite  confirme dans la section « « L’exclusion des juifs de Médine » : « Ibn Chihab a rapporté que l’envoyé de Dieu a dit : « Deux religions ne peuvent jamais exister ensemble dans la presqu’île arabe. » » En d’autres termes, seuls les musulmans sont admis sur la Terre Sainte de l’islam. Cette règle est encore appliquée aujourd’hui (en fonction des intérêts économiques ou militaires).

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