Quel avenir pour les femmes musulmanes ?

Compte tenu du constat très négatif touchant à la condition de la femme musulmane aujourd’hui (cf. article condition aujourd’hui), Tariq Ramadan considère qu’« On [ndlr la culture musulmane] doit bousculer les choses pour que les femmes trouvent leur juste place, mais elles doivent aussi se mobiliser : elles n’obtiendront rien si, de leur côté, elles cultivent une attitude de victimes.

Tariq Ramadan est tout à fait actif dans la défense de la cause des femmes dans le monde musulman et par ricochet dans les pays occidentaux :

–  « Partout où les femmes ont accès à l’instruction, à l’éducation islamique, et même à l’engagement communautaire et social, elles font mieux que les hommes : meilleurs résultats, plus d’engagement, plus de rigueur et de sérieux. La réalité et les chiffres parlent d’eux-mêmes. Ce processus doit se poursuivre et offrir la possibilité aux femmes d’avoir accès à la société civile et au travail, avec des revendications qui doivent aller de soi : même formation, même compétence signifie obtention du même salaire. Les discriminations à l’emploi (parce qu’il s’agit d’une trop jeune femme qui connaîtra sans doute une maternité ou d’une femme trop âgée qui ne correspond pas à « l’image » de la jeunesse) doivent être refusées et combattues. Qu’on l’appelle féministe ou non (ce qui ne me dérange pas), cet engagement pour les droits légitimes de la femme peut et doit se faire de l’intérieur pour avoir quelque chance de succès. La route est longue, et il s’agit de s’y engager ensemble : en élaborant un discours qui parle de la femme en tant qu’être, avant de s’intéresser seulement à ses fonctions familiales ou sociales – un discours qui protège son autonomie et sa liberté d’être et d’agir. Il s’agit pour nous, pour nous tous, d’être cohérents : garantir la liberté de la femme signifie accepter que celle-ci puisse faire un choix que l’on comprend on un autre qu’on ne comprend pas. Il faut se méfier de ces nouveaux juges très « libéraux », et surtout très dogmatiques, qui se permettent de juger seul du bon usage de la liberté d’autrui. »

–  « Le formalisme religieux ne résistera pas à l’imposition de la culture globale qui bouscule l’éthique et impose une certaine idée de l’être féminin et de ses fonctions. Une réflexion sur le sens et les finalités s’impose de façon profonde, prioritaire et urgente, sur la question des femmes. Les enfermements, les blocages et les perversions touchent insensiblement tous les univers de référence, et le monde musulman, tiraillé entre le rejet et l’imitation, n’apporte pas aujourd’hui de contributions majeures à cette réflexion pourtant fondamentale. »

–  « Les femmes sont les premières à subir et à être exposées à ces réductions de la substance des textes autant qu’aux obstacles enracinés dans les structures sociales, et c’est pourquoi il leur appartient de se former dans l’étude des textes, d’acquérir les outils de leur interprétation et d’ajouter à la compréhension des finalités approfondies sur les environnements et les logiques de discrimination ou d’aliénation. Des questions comme celles du droit au travail, de la polygamie, du divorce ou de l’héritage ne peuvent pas être abordées par la seule étude de ce que les textes permettent ou pas. La démarche ne peut être qu’holistique et élaborée à la lumière des finalités supérieures, sans quoi l’essence de la règle (hukm) peut être trahie. (…) Quelle est donc la finalité supérieure de la monogamie et de cette tolérance polygame restrictive ? C’est le message dans toute son amplitude, des textes au contexte de leur énonciation et jusqu’à leurs objectifs, qu’il faut appréhender ensemble. »

–  « Il s’agit de proposer des pistes pour une présence sociale et un engagement féminin qui permettent une réconciliation avec l’être intime et les fondements de la liberté en refusant les réductions et les aliénations de la femme-fonction d’hier à la femme-objet d’aujourd’hui. Un féminisme social et politique qui aurait fait l’économie de cette réflexion sur l’être, la spiritualité, le sens et les finalités de l’être féminin, en soi et dans la société, courrait le risque de se tromper sur son essence et ses alliances possibles : il s’agit de marier la réflexion sur la femme-sujet avec la réflexion fondamentale autour de l’être de la femme. »

Mais si Tariq Ramadan est actif et en pointe dans ce domaine, ce qu’on ne peut que louer, qu’en est-il des autres représentants musulmans en France ? Un certain nombre semblent beaucoup plus timorés et rester pour l’essentiel des positions d’observateurs sur ce sujet pourtant crucial.

Ainsi, Omero Marongiu-Perria constate en ouvrant simplement un débat : « Le texte coranique prend acte d’une situation qui prévalait au détriment de la femme, c’est ce qui a été clairement établi par les historiens de l’islam, et le Coran donne également des orientations, mais c’est à l’homme de découvrir cette orientation, ces horizons. Est-ce que ce sont des horizons ou des orientations qui tendent vers un rapport que l’on va qualifier d’égalitaire, ou cette orientation vient-elle prédéfinir ou prédéterminer des rôles qui fait que la femme est un être foncièrement assujetti dans les rapports de genre ? Ça, c’est aux êtres humains à en débattre. »

Et si Omero Marongiu-Perria fait référence de façon positive à l’évolution marocaine, on ne sent guère de sa part de volonté d’en « découdre », d’agir personnellement et activement sur le terrain pour améliorer la condition des femmes : « L’évolution du droit de la famille marocain est illustratif des grandes questions que se posent les jurisconsultes et les autorités aussi des pays d’islam : c’est que nous sommes dans un pays qui, historiquement est de droit malikite, et par un débat de société, avec les référents religieux comme partie prenante, ils ont été capables de puiser dans les autres écoles juridiques musulmanes des avis, parfois considérés comme minoritaires à l’époque, mais qui étaient parfaitement fondés au plan du droit musulman, pour justement faire une avancée sociétale consistant à dire que désormais il n’y a plus de hiérarchie entre l’homme et la femme dans le couple – donc ils ont supprimé la notion de chef de famille –, ils ont restreint les possibilités de polygamie à des cas très exceptionnels, et ils ont permis un investissement social de la femme pour qu’elle soit complètement reconnue dans les sphères de la vie sociale. Et c’est une avancée majeure ici. »

Ce propos fait référence à la réforme du Code la famille marocain qui a tenté avec difficulté en 2004 de moderniser le statut de la femme ; mais cette réforme est bien timide car alors même que la Tunisie par exemple a abrogé la polygamie, le Maroc l’a maintenue (même si la monogamie est recommandée).

Dans un domaine plus restreint, la prière, Larbi Kechat fait preuve également de beaucoup de retenue. à la question du présentateur de l’émission de France 2 « Islam » : « Pourquoi sommes-nous arrivés à cette situation ? Qu’est-ce qui explique que plus on s’éloigne du modèle prophétique, qui était celui d’une prière en commun, hommes et femmes, et on se retrouve avec une situation, un peu de relégation, ou de séparation ? », il répond : « De manière générale, nous sommes, en tant qu’êtres humains, victimes de nos ignorances. L’ignorance, du point de vue sémantique, le mot « ignorance » a une parenté avec l’obscurité. D’où l’importance qui doit être donnée au premier devoir islamique, à savoir la lecture, la compréhension et l’application. L’évolution des sociétés humaines ont abouti à certaines pratiques qui, avec le temps, ont pris le pas sur certaines règles islamiques. »

Quant à Tareq Oubrou, il est particulièrement pessimiste : « Une chose est sûre : il ne faut pas compter sur la réforme théologique de l’islam pour faire évoluer la condition de la femme musulmane. »

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