La polygamie : comment les musulmans la justifient encore aujourd’hui

La polygamie est un héritage de mœurs qui remontent aux anciens temps bibliques (sans pourtant remonter jusqu’à Adam qui n’était pas polygame). Si la limitation à 4 épouses a représenté une amélioration pour l’Arabie du VIIème siècle par rapport à la situation antérieure, la question n’est plus celle-là aujourd’hui. La question fondamentale qui est posée est : qu’en est-il aujourd’hui ? Faut-il maintenir ou abolir la polygamie aujourd’hui ?

La polygamie semble en effet indissociable de l’inégalité homme-femme compte tenu de la prédominance de l’homme sur la femme et du statut de femme-mère qui ne travaille pas et se fait entretenir par son mari.

Cette infériorité de la femme est généralement également associée à une différence de nature supposée en matière de sexualité. Ainsi Malek Chebel écrit : « L’une des raisons que prône les défenseurs de la polygamie est la différence d’inclination et d’étendue de la fonction sexuelle chez l’homme et chez la femme. »

Omero Marongiu-Perria fait état de la profondeur de cette conviction (la polygamie n’est pas anormale) dans la culture musulmane : « Nous avons parlé de la réforme de la Moudawana au Maroc, c’est-à-dire du statut du droit personnel, la réforme du droit matrimonial, etc., car nous ne sommes plus dans une société où les rapports de genre devaient être fondés sur la domination du mâle ou du masculin sur le féminin. Simplement, la limite de la réforme de la Moudawana au Maroc a été celle-ci : on ne peut pas changer les mentalités uniquement à coups de lois, et aujourd’hui la société marocaine vit quand même une certaine crise car la loi n’a pas pu réformer toutes les mentalités. Donc cela doit s’accompagner d’une véritable politique publique d’éducation et là on peut également porter un regard critique sur ces aspects dans un certain nombre d’États. »

Certains auteurs assument d’ailleurs pleinement la nécessite bienfaisante de la polygamie et son aspect charitable. Ainsi Abdurrahmân Badawî écrit : « À notre avis, la polygamie est justifiée dans les cas suivants : 1) Quand la première femme est atteinte d’une maladie incurable qui s’oppose au bonheur des époux ; 2) Quand la première femme est stérile ; 3) Quand la première femme devient tellement vieille et laide, de sorte qu’elle devienne une entrave dans les relations sociales et une source de dégoût perpétuel pour le mari. En effet, qu’est-ce qui est plus charitable dans ces cas : répudier la femme, ou la garder – avec une ou plusieurs autres – tout en lui assurant l’habitation, la nourriture, un traitement correct et la vie en compagnie de ses enfants ? »

D’ailleurs Abdurrahmân Badawî conteste fermement la monogamie chrétienne : « La conception catholique de la morale sexuelle est tellement étroite, impossible à réaliser, qu’aucun homme raisonnable ne puisse l’accepter. Selon cette conception, il faut s’abstenir perpétuellement de toute délectation charnelle, même « permise dans l’état de mariage » (Thomas d’Aquin). Saint Paul va même jusqu’à prescrire le célibat pour les deux sexes. »

Quant à la faculté pour la femme de s’opposer à la polygamie, elle semble assez réduite selon Malek Chebel : « Aujourd’hui, dans plusieurs pays musulmans, la loi civile donne à la femme la possibilité d’exiger de son époux, par écrit, de ne pas prendre de co-épouses. Mais la réalité est beaucoup plus cruelle car, pour respecter cette même clause, le mari est souvent amené à user de son droit de répudiation, un droit qui lui était accordé d’immémoriale mémoire, même s’il est aujourd’hui battu en brèche avec les premiers balbutiements du code personnel. »

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