Qu’est-ce qu’être français ?

On entend parfois des jeunes revendiquer leur identité de Français seulement parce qu’ils sont nés en France, quand bien même ils en rejettent en pratique l’histoire et les valeurs. Est-ce bien là la question ?

La question ici n’est pas une question légale de droit de la nationalité. Il s’agit pas de savoir si on est né en France mais de savoir si l’on se sent porteur des valeurs et de l’héritage du pays dans lequel on vit. Ceci s’applique à tous : musulmans et non-musulmans.

Renan disait : « Une nation est une âme, un principe spirituel. Deux choses qui, à vrai dire, n’en font qu’une, constituent cette âme, ce principe spirituel. L’une est dans le passé, l’autre dans le présent. L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs ; l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis. »

À cet égard, entendre les représentants de la communauté musulmane française revendiquer avec de plus en plus d’insistance une meilleure visibilité en France mais aussi la construction de plus en plus de mosquées au seul motif finalement que l’islam n’est plus une religion importée mais la religion de personnes nées en France est assez surprenant et inquiétant. La question n’est pas en effet de savoir si l’islam est devenu une valeur française par la seule naissance sur le territoire français : c’est un raisonnement absurde. Et à appliquer ce principe, aurait-il fallu reconnaître le statut de valeurs pleinement européennes au fascisme, au nazisme, au communisme,… ?

La question, qui se pose d’ailleurs dans les mêmes termes à toutes les spiritualités, idéologies, confréries, sectes, mouvements de toutes natures, est de savoir si ces spiritualités (etc.) sont non seulement compatibles avec les valeurs culturelles et sociales fondamentales de la société française mais si elles sont en outre en mesure d’en assurer la défense et même la promotion (se reporter notamment à la page « CREDO« ).

Aussi, c’est une véritable question de fond qui se pose aux musulmans de France et d’Europe et qui est loin d’être triviale, ce que laisse effectivement entendre Tariq Ramadan qui écrit : « À cela [ndlr la perception de la laïcité et de la sécularisation comme un processus de désislamisation] s’ajoute une confusion de taille entre le donné culturel et la référence religieuse : pour beaucoup, être et rester musulman signifiait être musulman comme ils l’avaient été au Maroc, en Algérie, en Egypte, au Liban, au Pakistan ou en Turquie. Il s’agissait donc d’abord d’être un musulman marocain, algérien, égyptien, libanais, pakistanais ou turc en Occident, et non pas un musulman en Occident, et encore moins un musulman occidental. Pour beaucoup, notamment parmi les Arabes, les Turcs et les Africains, il ne pouvait être question de prendre la nationalité du pays d’accueil puisqu’un jour, ils retourneraient « chez eux ». Certains savants musulmans (‘ulamâ) confirmaient ces appréhensions en affirmant que la résidence en Occident n’était permise qu’en cas de nécessité, qu’il s’agissait là d’une tolérance légale (rukhsa) et qu’il était exclu de rester dans des pays où il était permis de boire de l’alcool et où la morale réligieuse n’était guère respectée. »

Que peut-on dire aujourd’hui de la contribution des musulmans français à la promotion et au développement des valeurs et du patrimoine culturel du pays dans lequel ils vivent ?

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