Blasphème & Auto-censure : symptômes du péril qui menace les sociétés occidentales

Le délit de blasphème est un délit qui empoisonne la vie dans les pays musulmans, des non-musulmans mais parfois aussi des musulmans eux-mêmes.

Parmi les multiples faits qui émaillent l’actualité, souvenons-nous en novembre 2014 du couple de jeunes chrétiens pakistanais [1], accusés de blasphème contre le Coran, battus à mort puis brûlés dans le four à briques où ils travaillaient.

Chretiens pakistanais[1] Les chrétiens représentent 3 millions d’habitants sur les 190 millions que compte le Pakistan ; c’est une population pauvre, qui ne peut occuper que des emplois subalternes et est fréquemment persécutée. S’agissant de la loi sur le blasphème, si elle est facilement utilisée contre les chrétiens, il faut noter qu’elle peut également être utilisée contre d’autres minorités, voire par les musulmans eux-mêmes entre groupes rivaux.

Malek Chebel rappelle à cet égard : « Le blasphème (tajdif) en islam est double : le fait d’associer un autre dieu à Allah [ndlr ce que font par définition les chrétiens dans l’interprétation musulmane] et, coextensif, le fait d’alimenter une telle éventualité, soit par écrit, soit par oral. Dans le Coran, le mot « blasphème » est plus induit qu’employé explicitement. (…) Ceux qui blasphèment sont donc essentiellement ceux qui méconnaissent l’entité divine et ses attributs. (…) Plus tard, le blasphème s’est également étendu à l’entité prophétique [ndlr Mahomet], au sens où la moindre récusation de celle-ci rejaillit sur tout l’islam, et en particulier sur le Coran, la parole de Dieu, et sur Allah lui-même. »

Les musulmans font régulièrement pression pour que le délit de blasphème soit instauré en France. Ainsi, Yûsuf Al-Qaradâwî, dans une lettre remise à François Hollande en janvier 2015, a appelé la France et les États européens à promulguer des lois protégeant le sacré. En effet, il est illogique selon lui que les lois interdisent l’outrage des individus et se taisent au sujet de l’outrage des Prophètes. Il estime que le législateur français qui a pu promulguer une loi incriminant l’antisémitisme a le pouvoir de promulguer une loi incriminant l’outrage des religions, des Prophètes et du sacré.

Le délit de blasphème n’existe pas dans les pays occidentaux (heureusement !), puisque la critique de la religion est libre, mais il faut noter que l’instillation permanente de l’idée qu’il serait nécessaire de prendre en compte la sensibilité de l’interlocuteur, notamment ses croyances religieuses, dans l’expression de la propre pensée conduit à l’auto-censure et participe d’une culture culpabilisante érigeant le discours vu comme blasphémateur en comportement coupable.

Ce raisonnement est d’une prodigieuse perversité, car, sous des dehors d’une remarquable humanité et d’un grand respect, il conduit tout droit la liberté d’expression au bûcher ou aux fours crématoires.

Un des plus grands ordonnateurs de cette détestable marche funèbre est Tariq Ramadan :

Ramadan BonnantRamadan Bonnant et la liberte d’expression

En effet, ayons toujours à l’esprit ces terribles paroles de Tariq Ramadan : « Quand on vit ensemble, dans une démocratie, dans un cadre légal, il ne s’agit pas simplement de savoir ce que la loi permet, il s’agit aussi de savoir ce que les sensibilités reçoivent. Et quand on est dans la situation dans laquelle nous sommes aujourd’hui, à partir d’un certain moment, – la liberté d’expression est un droit incontestable –, son usage doit faire l’effet ou doit être le produit d’une approche raisonnable ».

Et aussi : « La liberté d’expression ne se mesure pas simplement à ce que la loi vous donne à dire mais à ce que l’atmosphère internationale vous demande de considérer. »

La position de Tareq Oubrou est heureusement très différente et on ne peut que la louer, même si elle n’est pas totalement explicite, mais pourra-t-il longtemps résister ? « La liberté est un acquis non négociable de nos sociétés. C’est une valeur cardinale des démocraties qui a vocation à être universalisée et non pas modulée en fonction des circonstances. Il y va de notre liberté tout court. La meilleure réponse à un écrit, un dessin ou un film que l’on juge offensant pour ses propres convictions, c’est encore l’indifférence. Manifester dans la rue ou menacer de déposer plainte, comme l’ont fait les principales fédérations musulmanes dans notre pays, c’est faire de la publicité pour des œuvres qui ne le méritent pas. »

Malheureusement Tareq Oubrou note aussi : « Pour qui veut lutter contre l’obscurantisme qui frappe aujourd’hui le monde musulman, la France n’est pas forcément un endroit de tout repos. (…) Tout discours élaboré sur Dieu, l’interprétation du Coran ou la nécessité d’adapter sa pratique à un environnement sécularisé s’apparente pour la plupart des musulmans, en particulier les jeunes littéralistes, à un blasphème. »

Face à cette terrible menace, il n’y aura jamais qu’une parole, dont l’histoire porte déjà les stigmates : LA LIBERTÉ OU LA MORT !

 

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