Dar-al-islam & Dar-al-harb

L’islam a vocation à s’étendre à l’ensemble du monde. Malek Chebel écrit : « Le message coranique est clair : il faut porter la parole de Dieu aux quatre coins de la planète. »

Le monde entier (Orient et Occident) constitue la terre promise des musulmans : Coran, sourate 7, verset 137 : « Et les gens qui étaient opprimés [ndlr les musulmans], Nous les avons fait hériter les contrées orientales et occidentales de la terre que Nous avons bénies. (…)  »

La Tradition (Bukhari) rapporte le hadith suivant : « Le messager d’Allah a dit : « J’ai reçu l’ordre de combattre les peuples jusqu’à ce qu’ils se soumettent à Allah et à Muhammad son prophète. » »

Le jihad offensif déclenché par Mahomet sur la terre d’Arabie n’était pas circonscrit à cette seule zone géographique et l’histoire de la conquête arabe le démontre amplement. Cette extension par la voie militaire illustre la dichotomie du monde pratiquée par l’islam : préservation quoi qu’il arrive de l’islam en pays d’islam dit dar-al-islam (territoire conquis), et conquête lorsque l’occasion se présente des terres non encore musulmanes dites dar-al-harb (territoire de guerre). [NB : On trouve parfois la notion également de dar-al-sulh, territoire de trêve, qui correspond aux territoires non encore sous la loi islamique mais qui ont passé des traités avec le dar-al-islam.]

La conquête du dar-al-harb, principalement les pays occidentaux, est marginalement réalisée aujourd’hui par les armes et prend la forme d’un développement intensif de tout ce qui contribue à institutionnaliser la présence musulmane en Occident, notamment financé à coup de millions de dollars par les métro-monarchies du Golfe : écoles islamiques, mosquées, censure sur les grands médias (télévision, radio) du fait de la participation au capital de grands groupes, censure sur internet des propos jugés défavorables à l’islam (ex.  Facebook), etc.

Compte tenu de l’incapacité pratique à conquérir par les armes les pays occidentaux, qui rend durable la présence de musulmans en terre non-musulmane, cette dichotomie traditionnelle dans la culture musulmane se voit remplacée de nos jours par des notions moins agressives et plus modernes comme celles de dar-al-ahd (territoire/maison du contrat) ou de dar-ad-da’wa (territoire/maison de la prédication).

Ainsi, Tariq Ramadan écrit : « Pour les musulmans croyants et pratiquants qui auraient pu faire face à des difficultés pour concilier les prescriptions et les interdits de leur religion avec la vie dans les sociétés occidentales, l’évolution de la pensée et des mentalités a été rapide et impressionnante si l’on prend sérieusement le temps d’évaluer le chemin parcouru. (…) Il s’est agi d’abord de remettre en cause la traditionnelle et ancienne catégorisation binaire du monde qui séparait « la maison de l’islam » (dâr al-islâm) de « la maison de la guerre » (dâr al-harb). À l’exception de quelques groupes littéralistes, traditionalistes ou politisés, plus aucun savant de référence ni aucune organisation de poids n’utilise ces concepts. On parle désormais de « maison du contrat » (dâr al-’ahd ou dâr al-’aqd), de « maison de la paix » (dâr al-sulh), ou encore de « maison de la prédication » (dâr ad-da’wa). J’ai proposé le concept de la « maison du témoignage » (dâr ash- shahâda) qui exprime l’idée selon laquelle les musulmans, comme d’ailleurs tous les êtres de foi et de conviction, sont appelés à essayer d’être « des témoins » de leur message et de leurs principes par leur présence et par la cohérence de leurs comportements avec lesdits principes. »

Cette substitution sémantique et « diplomatique » heurte moins les pays occidentaux mais ne change a priori pas grand-chose dans l’intention, l’islam n’abandonnant aucunement sa visée universelle d’expansion au monde entier.