Comment la perversion des « droits de l’homme » détruit les structures mentales traditionnelles de l’Occident et facilite son islamisation

Extraits tirés d’un livre dont la lecture est à recommander : « La loi naturelle et les droits de l’homme » de Pierre Manent, Éd. puf.

  • En Occident : le tabou de l’inégalité des cultures

« Ailleurs », nous suspendons notre jugement, car nous devons par-dessus tout nous garder de porter sur leurs mœurs « exotiques » une appréciation suggérant ou impliquant que notre forme de vie pourrait être supérieure à la leur ; « ici », nous sommes constamment pressés de juger pour réformer, et il serait inadmissible de laisser les choses en l’état car rien n’est plus urgent ni plus juste pour les hommes et les femmes que nous sommes que de reconnaître, déclarer et faire valoir nos droits, tous nos droits, les droits humains. Cette division de l’esprit caractérise la posture progressiste dans laquelle nous nous sommes installés lorsque l’empire occidental a commencé à refluer. Elle continue de dominer l’esprit public même si elle suscite un malaise croissant depuis que les « gens d’ailleurs » sont arrivés « ici » en grand nombre, et que « leurs mœurs » sont installées dans le lieu où nous agissons au lieu de caractériser seulement celui que nous regardons ou visitons.

(…)

D’une part, nous posons que les droits humains sont en principe rigoureusement universels, valant pour tous les êtres humains sans exception ; d’autre part, nous posons que toutes les « cultures », toutes les formes de vie, sont égales, et que toute appréciation qui tendrait à les juger au sens plein du terme, qui ainsi envisagerait au moins la possibilité de les hiérarchiser avec justice, serait discriminatoire, donc que tout jugement proprement dit serait attentatoire à l’égalité des êtres humains. D’une part, tous les hommes sont égaux ; d’autre part, toutes les « cultures » ont droit à un égal respect, même celles qui violent l’égalité des êtres humains, par exemple, comme c’est souvent le cas, en maintenant les femmes dans une condition subordonnée

  • L’inconséquence de l’Occident face à l’islam

Toutes les cultures sont égales parce que ce sont des êtres humains qui en sont membres et leur donnent vie ; si je rabaisse telle culture parce que les femmes y sont rabaissées, je rabaisse tous les êtres humains qui en sont membres, suscitant par mon jugement cette inégalité que je réprouvais et me proposais de combattre. Ce n’est pas un spectacle rare de voir la même personne s’indigner de la condition des femmes en régime musulman, et dans le même souffle condamner toute appréciation péjorative ou critique portée sur l’islam comme ensemble humain et forme de vie.

(…)

Nous craignons qu’en jugeant la conduite de nos concitoyens d’une « autre culture » selon le critère universel dont nous nous réclamons, nous introduisions entre « eux » et « nous » une inégalité contraire à ce critère. Non seulement ce critère n’est pleinement applicable que « chez nous », mais il ne s’applique effectivement qu’à « nous », c’est-à-dire aux citoyens qui ne viennent pas d’ailleurs. Un éminent sociologue, spécialiste reconnu de l’islam, réprouve les chrétiens qui font publiquement des réserves sur les « droits LGBT » car ils se mettent ainsi en contradiction avec les « valeurs communes européennes », mais il déclare « compatible avec nos sociétés modernes » l’islam « pas forcément libéral » des « nouvelles élites musulmanes ». Ainsi Olivier Roy réprouve-t-il explicitement chez les chrétiens ce qu’il s’abstient de juger chez les musulmans.

  • La barbarie respectable

Le « barbare » présente une double nature. D’une part, il est effectivement barbare ; ses mœurs par exemple sont gravement contraires aux droits des femmes, et on ne saurait d’aucune façon les approuver ; d’autre part, sa barbarie est la preuve que la nature humaine, ou la nature des choses humaines, ne comporte aucun principe de force et de bonté capable par lui-même d’ordonner le monde humain ; l’aberration de ses mœurs témoigne de l’errance ou de la faiblesse de la nature humaine si nous voulions y chercher la règle de notre vie. Dès lors, si nous condamnons la culture du « barbare », si nous la condamnions comme barbarie sans guillemets, nous supposerions à la fois que la nature humaine comporte une règle ou un ordre – nous supposerions qu’il y a une nature humaine, et que les hommes peuvent s’y soustraire ou aller directement à son encontre. Nous supposerions que la barbarie résulte du mauvais usage que les hommes font de leur liberté, chose impossible puisqu’elle est la forme même que leur liberté a prise ou s’est donnée. (…) La barbarie du barbare est la preuve empirique du principe sur lequel la philosophie des droits entend construire l’ordre nouveau. La plasticité illimitée de la « culture » est la preuve empirique de la faiblesse de la loi dans la vie humaine, la preuve empirique que la loi, la règle de l’action, n’est pas donnée avec le fait d’être homme, avec la nature humaine. (…) Ainsi les lois exotiques ou barbares et notre liberté illimitée se rejoignent en ceci que les premières réfutent implicitement, la seconde rejette explicitement l’idée d’une loi naturelle, c’est-à-dire l’idée d’une liberté sous la loi. (…) À l’idée chrétienne, ou biblique, d’une humanité qui commence sous la loi, et qui, obéissante ou désobéissante, reste sous la loi, se substitue celle d’une humanité qui commence dans une liberté ignorante et toute loi (…) : le citoyen moderne, en se plaçant sous la loi qu’il a produite, entend rester, selon la formule du « Contrat social », « aussi libre qu’auparavant ». En d’autres termes, la loi désormais n’a de validité ou de légitimité que si elle vise à garantir les droits humains et se borne à cette finalité.

  • L’« individu-séparé », produit du délire mental occidental

Il n’y a de naturel que ce grain de vie qu’est l’individu-vivant séparé : ce postulat se traduit par la dénaturalisation de tous les caractères distinctifs de l’être humain, qu’il s’agisse du sexe, de l’âge, des capacités ou des formes de vie. Les règles publiques comme les conduites privées sont tenues de reconnaître et de faire apparaître qu’aucun de ces caractères de ne résulte d’une détermination naturelle ni ne peut se prévaloir de l’autorité de la nature. Cette recomposition du monde humain est présentée comme la concrétisation des doits humains compris dans leurs dernières conséquences, et bien sûr comme l’accomplissement ultime de la liberté puisque chacun est désormais autorisé et encouragé à composer librement le bouquet de caractères constituant l’humanité qu’il a choisie.

(…)

La force déterminante et transformante de cet élément – l’individu-séparé – tient à ceci que tout ce qui est naturel est en lui rassemblé et concentré. Tout l’énergie et toute l’autorité de la nature sont supposées résider dans cet élément qui est à la fois simple et indéterminé. Par ces traits, il ressemble plutôt aux constituants du monde physique qu’à ceux du monde humain. Ce n’est pas l’individualité de l’individu – le contenu propre de sa particularité – qui est considérée, c’est le fait d’être un individu-séparé, un individu « en général », le fait même de la séparation. (…) Cette opération consiste dans le rassemblement et la condensation des traits ou des caractères humains dans l’individu-séparé qui quant à lui n’a rien de proprement humain : chaque individu contient ou porte toute l’humanité, et cette assomption se répète indéfiniment et indifféremment en tout individu. (…) Sa nature est dépourvue de l’amplitude intérieure et de l’indétermination qui naissent de la pluralité significative des motifs humains. Son action est déterminée d’une manière qui se passe de délibération ou de choix réfléchi, ou qui réduit ceux-ci à la portion congrue : ce qui le meut, c’est une certaine « préférence » à laquelle s’arrête, sans raison particulière, sa faculté désirante.

  • L’homosexualité, cristallisation du rejet de la loi naturelle et de la déstructuration mentale occidentale

L’orientation homosexuelle, une fois reconnue comme un fait de nature si compact et si « indifférent » qu’il échappe au discours, devient la preuve manifeste que la nature humaine ne fournit pas d’indication sur la meilleure façon de conduire la vie humaine. Considérée dans cette lumière, l’homosexualité c’est la nature qui crie qu’il n’y a pas de loi naturelle. (…) Si une législation qui ne concerne directement qu’un très petit nombre de sociétaires a pu s’imposer en nos pays de manière si rapide et comme irrésistible, elle doit cet ascendant à l’ambition que j’ai dite métaphysique d’inscrire dans la loi positive la thèse selon laquelle l’ordre humain juste ou légitime exclut toute référence à une forme ou à une finalité naturelle.

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