Quand le monde occidental est devenu chrétien

Paul Veyne, « Quand notre monde est devenu chrétien (312 – 394) » (pages 176 et 177, Éd. Le livre de poche) :

« De nos jours encore, en Occident, la sympathie pour la religion demeure forte, même la où la pratique religieuse est de plus en plus rare. Si l’on interroge l’indifférence, elle se révèle souvent partiale en faveur de la religion qui lui inspire du respect, de la bienveillance, de l’affection, une sympathie de principe et plus de curiosité que bien d’autres sujets ; pour voir et écouter le pape en banlieue parisienne, une foule immense accourt, composée en partie d’incroyants qui ne pensent pas à Dieu une fois l’an. Cette partialité majoritaire dont les religions ne sont pas les seules à bénéficier : nous ne restons pas insensibles à des valeurs (religieuses, artistiques, éthiques,…) que nous ne faisons qu’entrevoir dans le lointain ; pour citer Bergson, lorsque ces valeurs parlent, « il y a au fond de la plupart des hommes quelque chose qui leur fait imperceptiblement écho » (…). Le fait fondateur est que, lorsqu’une sensibilité religieuse s’actualise, elle s’investit dans ce qui est le plus proche d’elle, dans la religion coutumière de sa collectivité, dans celle de sa famille ; elle prend ce que son milieu lui met sous la main dans le coin du monde où elle se trouve. Et comme une coutume n’a pas besoin d’une autre raison d’exister que sa propre existence, la religion coutumière locale peut durer de longs siècles. Dans les plus rares cas où on vomit le coin du monde où l’on se trouve et où l’on trouve ailleurs une alternative possible, on se convertit à l’islam, par exemple. »

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