L’État Islamique a-t-il raison de détruire les statues ?

L’émission de France 2 « Islam » diffusée le 19 août 2018 est revenue sur une question intéressante et importante dans un contexte occidental : la position de l’islam sur la question de l’art et du patrimoine artistique. Il est vrai que, et heureusement, l’expansion de l’islam n’a pas conduit dans l’histoire à la destruction systématique de l’art mécréant et de nombreux témoignages ont été préservés (art ou vestiges égyptiens, perses, romains, etc.).

Si la préservation a été fréquente – et on peut s’en féliciter –, il ne faut pas à l’inverse généraliser et conclure à une préservation systématique car l’histoire de l’islam contient aussi de nombreux exemples de destructions, notamment d’églises chrétiennes comme dans la mythique « Andalousie heureuse » qui n’a en réalité jamais existé (voir la série d’articles sur Al Andalous : http://islametoccident.fr/?p=4326 ). Il faut donc être prudent et étudier les choses au cas par cas.

Dans ce contexte, l’émission a abordé la question des statues et notamment celle des destructions perpétrées par l’Etat Islamique.

Ahmed Djebbar rappelle quelles sont les références scripturaires musulmanes :

France 2 Islam 180819 Patrimoine 1 Extrait 1

  • Le Coran

Ahmed Djebbar indique que la référence principale (voire unique) à ce sujet ne contient stricto sensu qu’une recommandation d’évitement car le verset 90 de la sourate 5 dit : « Ô les croyants ! Le vin, le jeu de hasard, les pierres dressées, les flèches de divination, ne sont qu’une abomination, œuvre du diable. Écartez-vous en, afin que vous réussisiez » (traduction Hamidullah)

Les pierres dressées font référence, dans le contexte de l’époque mahométane, aux bétyles, pierres sacrées de l’Arabie préislamique qu’on retrouvait notamment à la Ka’ba.

  • Les actes et paroles de Mahomet (hadiths)

Les hadiths sont clairs également sur la condamnation des statues, Mahomet ayant pour sa part fait détruire les idoles païennes de la Ka’ba.

Contrairement à ce qu’Ahmed Djebbar affirme, il y a donc bien un interdit relatif aux statues. Ce qui ne figure en revanche pas explicitement est l’ordre de procéder à la destruction des statues qui tombent sous le joug musulman, même si l’exemple qu’a donné Mahomet est clair.

  • Le consensus des Oulémas

Ahmed Djebbar décrit la position des Oulémas qui reste ferme sur la question des « statues » (mais contraint d’autoriser les poupées, car il faut rappeler que Mahomet autorisait sa femme la petite Aïcha qu’il avait épousé à 6 ans alors qu’il en avait 53 à jouer à la poupée avec des amies lorsqu’elle était encore petite) et alambiquée sur la question des « images » (2 dimensions) :

France 2 Islam 180819 Patrimoine 1 Extrait 2

NB : il y a précisément 7.563 hadiths dans la version « Sahih » de Boukhari que mentionne Ahmed Djebbar.

Et pour ce qui est de la question des coussins, les hadiths sur la question (une petite vingtaine : 2225, 2479, 3225, 3322, 5949, etc.) sont confus, voire contradictoires.

  • Conclusion : quel sort réserver aux statues ?

Si la question de la destruction des statues, sur la base du Coran et des hadiths est effectivement discutable, l’attitude de Mahomet ne laisse guère de place à l’interprétation comme il est noté dans l’émission : or, en toute logique, comment défendre la position qu’il conviendrait de préserver les statues fabriquées par les mécréants alors même que Mahomet à son époque a fait détruire toutes celles de la Ka’ba ?

C’est impossible, ou alors le Prophète n’est plus le modèle des musulmans. Voilà pourquoi les agissements de l’État Islamique sont tout à fait logiques et compréhensibles et ne résultent en rien d’un aveuglement ou d’une folie barbare ; bien au contraire : ils se fondent sur l’exemple du meilleur des musulmans : Mahomet.

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