L’interdiction du mariage d’une musulmane avec un non-musulman

L’article 5 de la Déclaration des droits de l’homme islamique de 1990 stipule que « La famille est le fondement de l’édification de la société. Elle est basée sur le mariage. Les hommes et les femmes ont le droit de se marier. Aucune entrave relevant de la race, de la couleur ou de la nationalité ne doit les empêcher de jouir de ce droit. » On voit dans ce texte que la race, la couleur ou la nationalité ne doivent pas être une entrave. En revanche, rien n’est dit quant à la religion, qui peut donc constituer une entrave légitime encadrée par la chari’a.

  • DOCTRINE

Le mariage d’une musulmane avec un non-musulman est absolument interdit ; il s’agit d’un principe très fort de la culture musulmane, qui s’impose partout, dans tous les pays.

Coran, sourate 2, verset 221. « (…) Ne donnez pas vos filles en mariage aux associateurs avant qu’ils ne croient. Certes, un esclave croyant vaut mieux qu’un associateur même s’il vous plaît. Car les associateurs invitent au feu ; tandis qu’Allah invite, de par sa grâce, au paradis et au pardon. Allah expose ses enseignements aux hommes ; peut-être réfléchiront-ils ! »

Coran, sourate 60, verset 10. « Ô croyants ! Quand viennent à vous des croyantes émigrées, éprouvez-les. Allah connaît très bien leur foi. Si vous les reconnaissez comme croyantes, ne les renvoyez pas aux infidèles [ndlr de La Mecque]. Elles ne sont pas licites en tant qu’épouses pour eux, et eux non plus ne sont pas licites en tant qu’époux pour elles. (…) »

La jurisprudence chaféite confirme : Section m6.7 « Il est contraire à la loi (…) : (5) (…) pour une musulmane d’épouser quiconque n’est pas musulman. »

La Convention citoyenne des musulmans de France n’évoque d’ailleurs pas la question et valide donc par défaut cette interdiction.

Le Conseil européen des fatwas confirme cette disposition : « Après avoir pris connaissance des recherches et des études aux orientations différentes, qui ont traité ce sujet avec profondeur et d’une manière détaillée au cours des trois sessions successives, et après exposition des différents avis juridiques et des argumentations qui y sont liées, en considérant les règles juridiques, les fondements du droit musulman et les finalités de la législation, tout en tenant compte des situations spécifiques que vivent les nouvelles musulmanes en occident dont les époux ont conservé leur religion, le Conseil confirme qu’il est illicite à la femme musulmane de se marier initialement avec un non musulman conformément au consensus de la communauté musulmane, comprenant aussi bien les pieux prédécesseurs que ceux qui les ont suivis. »

Yusuf Qaradawi confirme dans un autre ouvrage : « Il est interdit à la musulmane d’épouser un non-musulman, qu’il soit ou non des Gens du Livre. Cela ne peut en aucune façon lui être permis. (…) Cette interdiction jouit du consensus de tous les musulmans. L’islam a uniquement permis au musulman d’épouser une juive ou une chrétienne, mais il n’a jamais permis à la musulmane d’épouser un juif ou un chrétien, car l’homme est le maître de la maison. C’est lui qui veille aux intérêts de la femme et qui en est responsable. (…) Il est évidemment impossible pour une musulmane de parvenir à protéger sa religion et à suivre ses préceptes alors que son mari qui tient les rênes du foyer renie totalement cette religion. »

Le Statut confirme également : « Une musulmane ne saurait être sous l’autorité conjugale d’un non-musulman. (…) Si l’on suppose qu’une femme musulmane a épousé un non-musulman, il y a deux possibilités : soit elle ignorait le jugement de Dieu en la matière ; alors on doit le lui faire savoir et on la sépare de son mari non-musulman. Soit elle s’était mariée avec cet homme en connaissant l’interdiction de Dieu. Elle aura autorisé ce que Dieu a interdit. Dans ce cas, Dieu n’acceptera ni son adoration ni sa lecture du Coran. On ne priera pas pour elle si elle meurt dans cet état ; sauf si elle renonce à son apostasie, se repentit et revient à l’islam, alors sa condition sera celle du reste des musulmans. »

L’impossibilité du mariage d’une musulmane avec un non-musulman reste actuellement la norme juridique dans les pays musulmans (seul le mariage religieux étant reconnu), même ceux dits « modérés » comme l’Algérie, le Maroc, la Tunisie (dans ce dernier cas, semble-t-il en raison de dispositions administratives ne figurant pas dans le Code de Statut Personnel ou des pratiques locales des officiers de l’administration ; c’est un point qui n’est pas forcément facile à vérifier). Dans les pays musulmans, une jeune femme musulmane ne peut donc pas se marier totalement librement avec l’homme de son choix.

En France, cette jeune femme musulmane peut se marier au moins civilement avec un non-musulman puisque la religion n’entre pas en ligne de compte pour les autorités françaises. Encore que : car, semble-t-il, les mairies réclament a priori un « certificat de coutume » du pays d’origine (est-il réellement incontournable ?) validant le célibat de la femme (afin d’éviter en France la polygamie au cas où la femme serait déjà mariée) et que sa non-délivrance administrative est un levier d’action pour pousser à la conversion (au moins sur le papier) du mari.

Un nombre infime de musulmans ose remettre en cause ce principe. Tareq Oubrou est une des rares personnes qui ose écrire : « Ce qui est permis aux hommes doit l’être aux femmes. Cela vaut notamment pour le mariage interreligieux. Pourquoi permettre à l’homme musulman de se marier avec une chrétienne ou une juive et pas l’inverse ? Aucun texte ne l’interdit. Nous ne sommes plus dans la société patriarcale où cet avis du droit classique musulman a été forgé. »

  • JUSTIFICATION RATIONELLE

Pourquoi ce principe, qui bafoue clairement la liberté individuelle dans un environnement laïc comme en France – mais se comprend tout à fait dans des sociétés ne dissociant pas le religieux et le civil -, a-t-il une telle force dans le monde musulman et n’est-il pas dénoncé par les musulmans de France ? On peut y voir un lien assez naturel avec la hiérarchie que l’islam met entre les communautés humaines, la communauté musulmane étant au-dessus de toutes les autres communautés. En effet, on a vu que l’inégalité naturelle homme-femme donne une prédominance claire à l’homme sur la femme. Qu’un musulman épouse une non-musulmane est donc tolérable puisque c’est l’homme qui a de toutes façons le dernier mot sur l’éducation des enfants et la conduite des affaires de la famille ; dans ces conditions, la famille pourra de fait être musulmane. En revanche, si une musulmane épouse un non-musulman, cela revient, du fait de l’inégalité homme-femme, à assujettir l’islam, représenté par la femme, à une autre religion, en courant le risque que les enfants ne soient pas musulmans, ce qui est tout à fait intolérable et impensable.

Le Statut de la femme musulmane indique : « Une musulmane ne saurait être sous l’autorité conjugale d’un non-musulman. (…) Si l’on suppose qu’une femme musulmane a épousé un non-musulman, il y a deux possibilités : soit elle ignorait le jugement de Dieu en la matière ; alors on doit le lui faire savoir et on la sépare de son mari non-musulman. Soit elle s’était mariée avec cet homme en connaissant l’interdiction de Dieu. Elle aura autorisé ce que Dieu a interdit. Dans ce cas, Dieu n’acceptera ni son adoration ni sa lecture du Coran. On ne priera pas pour elle si elle meurt dans cet état ; sauf si elle renonce à son apostasie, se repentit et revient à l’islam, alors sa condition sera celle du reste des musulmans. »

  • CONSÉQUENCES

Si un musulman marié à une musulmane change de religion, c’est-à-dire devient apostat, son mariage est automatiquement dissous au regard des autorités musulmanes. Cette requête en annulation peut a priori être formulée par quiconque aurait connaissance de l’apostasie (défense de la communauté contre ce qui est considéré être une agression).

Ainsi en a-t-il été pour Nasr Hamid Abyu Zayd, professeur d’exégèse coranique au Caire, rédacteur d’un livre intitulé « le concept du texte », déclaré apostat par les autorités religieuses égyptiennes en raison d’une analyse du Coran jugée trop critique car contextualisant trop la rédaction du Coran par rapport à la situation sociale, politique et religieuse de l’Arabie du VIIème siècle. Celui-ci dut fuir l’Égypte pour se réfugier aux Pays-Bas, où il vécut une quinzaine d’années jusqu’à sa mort en 2010, son mariage ayant par ailleurs été annulé par les autorités égyptiennes au début des années 90 puisqu’un non-musulman (étant déclaré apostat, il n’était plus musulman) n’a pas le droit d’être marié à une musulmane.

Si le mariage civil a eu lieu en France, une jeune femme musulmane qui voyage dans un pays musulman avec son mari peut a priori être accusée selon l’angle d’analyse de fornication ou d’apostasie au regard de la doctrine.

 

 

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