Al-Andalus : analyse d’un mythe (6)

Contexte de la série d’articles : http://islametoccident.fr/?p=4326

  • Le racisme anti-noirs

« La principale pierre d’achoppement concertant les comportements raciaux tourne, comme dans d’autres sociétés, autour des noirs. Les discours fondés sur un racisme biologique pur que l’on retrouve chez Henry Morton Stanley, Domingo Badia (plus connu sous le nom d’Ali-Bey) ou Richard Francis Burton existent aussi parmi les Arabes, chez qui se mêlent en outre des préjugés culturels et religieux. D’une part, ils reprennent les vieux concepts méditerranéens quant aux usages étranges des Africains, notamment en matière de libertés sexuelles (offre de la jeune mariée aux invités, possession en commun des fils et des femmes, filiations confondues, rupture de la notion de lignage et, en définitive, sexualité proche des animaux). D’autre part, ils développent leur propre système de préjugés concernant les ethnies dominées après la conquête et l’expansion de l’islam dans le centre de l’Afrique, qui sont accompagnés par le trafic d’esclaves. Au début des « Mille et une nuits », le roi Sahzaman et son frère Sahriyar subissent l’offense suprême puisque leur épouse respective les trompe avec un noir, c’est-à-dire avec un être appartenant au dernier degré de l’échelle sociale. Dans la même œuvre, l’épisode du « bon noir » (qui est aussi un esclave) est encore plus révélateur puisqu’après une vie vertueuse, il est récompensé en devenant blanc juste avant de mourir. »

« Des témoignages semblables abondent chez de nombreux autres auteurs, depuis al-Maydani dans ses « Proverbes arabes » (« Tout comme le noir qui vole lorsqu’il a faim et fornique lorsqu’il est repu ») jusqu’à Ibn Battuta, qui représente parfaitement la vision des voyageurs arabes en Afrique orientale. Cet écrivain originaire de Tanger ne nous épargne aucune critique impitoyable concernant l’Afrique orientale ou occidentale, bien que ses commentaires dépréciatifs à l’égard des noirs soient plutôt d’ordre culturel : la nudité des femmes, les manifestations humiliantes face à leurs roitelets (…), l’habillement sommaire, la façon de manger, etc. De façon générale, ces considérations pointent l’ignorance, la lâcheté, la puérilité et la stupidité des noirs, tout comme ce que l’on peut retrouver dans les nombreux contes du Sahara occidental. L’esclavage (qui a été aboli souvent plus récemment qu’on ne le pense dans ces contrées) et le statut d’infériorité des personnes à la peau noire trouvent dans ces contes plusieurs justifications : la tromperie consubstantielle aux gens originaires d’Afrique subsaharienne, leur passion pour la magie noire (ce qui est une accusation souvent lancée contre des populations dominées), leur caractère obtus ou leur inclination à voler de nuit et par la ruse (et non pas de jour et par la force, comme le ferait tout bédouin qui se respecte). »

  • L’esclavage

« Dans la jurisprudence malikite, une esclave, acheté sur un marché ou capturée à la guerre, avec laquelle son maître avaient des relations sexuelles, devenait son esclave sexuelle ou « jariya » (une concubine). Sous les Omeyyades, al-Andalus devint un centre pour le commerce et la distribution des esclaves : jeunes filles transformées en esclaves sexuelles parfois dès l’âge de 11 ans ; garçons castrés pour devenir eunuques dans les harems ; garçons élevés en casernes pour devenir des guerriers esclaves ; garçons utilisés comme jouets sexuels des riches et puissants (…). »

  • La pratique des enlèvements

« La capture d’Espagnols constituait une source florissante de revenus grâce aux rançons exigées. Il s’agissait certes d’une pratique antérieure aux musulmans et qu’ils n’étaient pas les seuls à avoir adoptée mais certaines cités-États ou de petites principautés (comme Salé ou Alger) s’étaient spécialisées dans ce commerce, tant et si bien qu’elles en retiraient de juteux bénéfices. Ainsi Alger extorquait-elle à l’Espagne vers le milieu du XVIème siècle 100.000 pièces d’or environ par an au titre des rançons pour les prisonniers. C’est pourquoi l’on comptait parmi les pieuses œuvres à la portée de tout bon chrétien, l’inscription dans les testaments de legs destinés à libérer les chrétiens, comme dans celui d’Isabelle la Catholique. »

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