Al-Andalus : analyse d’un mythe (7)

Contexte de la série d’articles : http://islametoccident.fr/?p=4326

  • L’architecture

« Quelques-uns des principaux monuments de l’architecture hispano-musulmane ont heureusement survécu à la Reconquista et leur impact visuel a donné un poids apparemment incontestable à l’idée d’une pénétration de l’art arabe dans notre culture. Ce ne sont pas seulement, en réalité, les trois monuments les plus connus qui nous sont parvenus mais également – et c’est une chance – un important nombre d’anciennes mosquées (plus ou moins respectées, souvent réutilisées comme églises ou à d’autres fins), des ruines de palais, des bains, des citernes souterraines, des forteresses (…). Cet ensemble de construction éparses et datées d’époques très différentes, cependant, ne dépasse pas les limites de ce que Carlos Flores appelle « architecture érudite », tandis que nous ne conservons que peu de traces de l’architecture populaire musulmane (c’est-à-dire des traces vivantes) et que les traditions architecturales espagnoles n’ont que peu été influencées par cette esthétique. »

  • La musique

« Les faits documentés contredisent l’interminable litanie des chants à la tolérance et à la compréhension aimable qui ton prétendument régné dans al-Andalus. Les textes d’Ibn Abdun ou al-Wansarisi illustrent bien au contraire l’interdiction de lire ou de réciter de la poésie ou des macamos à l’intérieur des mosquées, l’interdiction d’y interpréter de la musique ou encore les tentatives de la supprimer totalement. »

« Aucun pays arabe ne connaît un chant (et encore moins une danse) proche du flamenco (ou de ses variantes récentes). (…) Les origines concrètes du flamenco remontent, pour autant que nous le sachions, au XVIIème siècle. (…) Le flamenco apparaît vers 1780 dans la région comprise entre Cadix, Jerez de la Frontera, San Fernando et El Puerto de Santa Maria(…) En définitive, si l’Andalousie est devenue, à force de stéréotypes, le symbole même de l’Espagne, le flamenco a fini par incarner de la même façon le chant andalou par excellence. La partie a été prise pour le tout, phénomène favorisé par la tendance généralisée à la simplification pratique, commerciale et apparemment imparable. »

  • La langue

« Notre maître à tous, Elias Teres Sadaba a établi de façon exemplaire la méthodologie et l’approche à adopter lorsqu’il s’agit d’aborder l’épineuse question des toponymes hispaniques d’origine arabe. (…) Ces chiffres concordent avec l’ensemble des arabismes présents en langue espagnole : entre 850 et 1.000 arabismes « simples » et 4.000 arabismes si l’on y ajoute les termes dérivés. L’on retrouve des statistiques similaires ou légèrement inférieures en portugais tandis qu’il y a environ moitié moins d’arabismes en catalan et en valencien. (…) L’onomastique et la toponymie, pourtant, présentent un nombre écrasant d’exemples d’origine germanique, aussi bien à des époques reculées qu’à l’heure actuelle. Les anthroponymes wisigothiques occupent indiscutablement le premier plan dans la documentation dont nous disposons concernant le Moyen Âge, s’imposant même devant les anthroponymes latins avec une avance de plus de 50%. Dans certains cas, ces noms d’origine germanique correspondent à la totalité des anthroponymes cités, comme dans le document retrouvé à Braga et daté de l’an 900. Cette prééminence persiste jusqu’au XIIème siècle, époque à laquelle les appellations latines liées à des saints chrétiens remplacent les noms germaniques. »

« Il faut clairement signaler que la simple présence de la racine « Guad » (et de ses variantes), tiré du terme « wadi », n’est pas une preuve évidente de l’arabité d’un toponyme. De nombreux croisements ont eu lieu avec le latin « aqua », au sens de « cours d’eau », ce qui explique le grand nombre de toponymes hybrides et nous pousse à mieux réfléchir sur la véritable origine (latine ou arabe) de l’élément « Guad » pour de nombreux hydronymes. »

« Castro et ses disciples passent sous silence un fait irréfutable : il n’existe pas (ou pratiquement pas) de termes d’origine arabe concernant la vie morale ou spirituelle ainsi que dans le domaine des notions abstraites. »

  • La littérature

« Les colonisateurs français de l’Afrique du Nord ont instrumentalisé à leur bénéfice des passages d’auteurs arabes médiévaux. Le cas le plus connu est celui d’Ibn Khaldoun et de ses considérations (exagérées ou non) sur les désastres provoqués par l’invasion hilalienne du XIème siècle, ensuite utilisées pour légitimer moralement l’occupation française au Maghreb. Les Français ont développé simultanément (ce qui n’a rien de contradictoire) une forme d’exaltation romantique de la littérature arabe, notamment dans le domaine des œuvres narratives, afin d’accompagner dans le domaine de l’esthétique et de l’émotionnel leur expansion méditerranéenne, dont les pays concernés font encore les frais aujourd’hui. Ils ont ainsi créé un courant de fantaisies mauresques qui devait trouver racine en Espagne avec une grande facilité étant donné l’importance des ruines et monuments situés à Cordoue, Séville ou Grenade. De telles fantaisies ont vite été associées à des réminiscences locales, particulièrement dans l’imagination de certains écrivains du XIXème siècle (voire du XXème siècle), avides de démontrer in situ leurs introuvables filiations arabes ou, au moins, de montrer leurs chimériques arbres généalogiques moraux communs avec ceux qui se trouvaient simplement sur la même terre. (…) La énième idéalisation des Maures dans la littérature romantique est devenue un leitmotiv dans les milieux autorisés, qui y voient un authentique plaisir et une mine d’or inépuisable (…). »

« Reconnaître humblement que nous ne savons pas grand-chose à propos de l’origine et du développement de nombreux genres de la littérature espagnole n’est évidemment ni spectaculaire, ni attractif, surtout quand tant d’autres brandissent des certitudes et des affirmations sans ambiguïté (par intérêt ou par inertie). Dans le cas du « cante hondo », la thèse arabe s’oppose par définition à la thèse gitane (ou plutôt gitaniste), bien explicitée (avec ses prétentions raciales) par Ricardo Molina. »

  • Les vêtements

« Nous pouvons affirmer de manière catégorique (et sans avoir recours à de minutieuses descriptions pour prouver nos dires) que la tradition vestimentaire hispanique, quelle que soit la région, ne reprend que très peu d’éléments hispano-arabes. »

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