Les « circonstances de la révélation », planche de salut du Coran ?

Le Coran étant le résultat d’une révélation qui a duré seulement 23 ans, il est difficile de voir dans la confusion et les contradictions évidentes de ce texte le fruit d’un long processus historique qui pourrait les justifier, comme dans le cas des textes juifs de l’Ancien Testament dont la longue histoire peut expliquer des phases différentes au cours desquelles le message a pu évoluer de façon sensible. Cette faiblesse fondamentale du texte coranique pose évidemment problème à l’islam et, pour tenter de la pallier, la doctrine musulmane a recours au concept de « circonstances de la révélation » : «  La révélation s’est étendue sur 23 ans, dans des contextes différents, dans des lieux différents, et selon des circonstances différentes qui ont donné lieu dans la tradition religieuse à ce qu’on appelle « les circonstances de la révélation » ».

L’émission de France 2 « Islam » du 28 janvier 2018 est revenue sur cette question épineuse, car si l’idée qu’il puisse y avoir des circonstances historiques de la révélation est banale, l’idée en revanche que le contenu du message délivré, prétendument par Dieu lui-même, de façon universelle (pour tous les hommes) et définitive (jusqu’à la fin des temps), ait pu dépendre du contexte bédouin de l’Arabie du VIIème siècle est pour le moins vertigineuse et aberrante.

France 2 Islam 180128 Revelation 3 Circonstance revelation

  • Un texte tout simplement religieusement confus car politique

Comme le reconnaît un intervenant de l’émission, « Le texte du Coran est lui-même parfois assez elliptique, assez mystérieux, assez allusif ». D’ailleurs, « Il y a des récits différents, divergents sur la façon dont la révélation a commencé ».

La confusion et les contradictions du Coran, dont l’évidence saute aux yeux, ne présenteraient pas un caractère si problématique si on voulait bien reconnaître le Coran pour ce qu’il est : un manuel politique d’un individu qui a utilisé la religion comme instrument de conquête du pouvoir, sans que cela exclue d’ailleurs pour autant chez lui le sentiment personnel d’avoir un rapport spécial avec Allah : tout le monde sait que l’autosuggestion peut avoir des effets spectaculaires.

De fait, dans cette marche vers le pouvoir, « Les versets du Coran descendaient en fonction des circonstances (…) La révélation vient descendre sur le Prophète en fonctions des besoins ». Ainsi, lorsqu’il s’agissait pour Mahomet d’essayer de rallier les juifs à la cause de l’islam à Médine, la tolérance était plutôt de mise (cf. le fameux verset « Point de contrainte en religion », spécifiquement daté du début du séjour à Médine), mais sitôt que Mahomet fit le constat politique définitif qu’aucun rapprochement ne serait jamais possible avec les juifs (soit au bout de quelques mois seulement), il passa à la phase d’exclusion puis d’extermination.

  • Mahomet aussi pouvait dire des bêtises

La confusion du texte s’explique aussi par la simple humanité de Mahomet, qui n’était qu’un homme, ce qui explique que l’islam reconnaisse que « Toutes les paroles que Mohammed a pu dire ne sont pas de la révélation ». « Le Prophète peut lui-même donner un enseignement… (…) : tout ce qu’il a dit n’est pas la révélation. Il y a eu la révélation et il y a eu sa propre parole prophétique et même humaine, puisqu’à certains moments, il lui est arrivé, et il l’a dit, de faire des erreurs, de se tromper ». Bien entendu, cette précaution vaut en réalité pour tout ce qu’a dit Mahomet dans toute sa vie si on met de côté le fantasme du dialogue avec Allah.

  • Conclusion

Face à cette confusion et ces contradictions, on peut comprendre que « La foi [de l’islam puisse être] vécue de manière simplifiée », c’est-à-dire en réalité de manière ignorante, et que la difficulté à admettre ces faiblesses puisse conduire à ce que « Les gens [musulmans] répètent parfois des choses qui à force de répétitions deviennent des caricatures », d’autant, en outre, que la connaissance de l’arabe d’aujourd’hui semble loin de suffire car l’obscurité du texte est amplifiée par les aléas liés à la compréhension et à l’interprétation du patois local de l’époque, la langue arabe des Quraysh : « ce coin précisément d’Arabie, (…) qui est effectivement fait de tribus, qui a son propre parler singulier, le parler de « Quraysh » en particulier, la tribu dont est issue Mohammed bin Abdallah [Mahomet] ».

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