Affaire Boutin : « L’homosexualité est une abomination »

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  • Les faits

Dans une interview publiée dans la revue trimestrielle « Charles », parue le 2 avril 2014, Christine Boutin disait : « l’homosexualité est une abomination ». Poursuivie par des associations de défense de la « diversité sexuelle » (Le Refuge,  Mousse et Inter LGBT), Christine Boutin fut, dans un premier temps, condamnée par la justice pour incitation à la discrimination et à la haine au titre de l’article 24 de la loi du 29 juillet 1881.

Le jugement a finalement été cassé le 9 janvier 2018 par la Chambre Criminelle de la Cour de Cassation  qui a considéré que les propos de Christine Boutin entraient dans le cadre de la liberté d’expression en notant d’ailleurs que « Mme Boutin s’était limitée à exprimer l’opinion largement partagée par les trois religions monothéistes », opinion religieuse dont on peut noter qu’elle s’accorde avec l’ordre naturel voulu par Dieu selon ces religions puisque l’homosexualité est par essence même stérile et ne peut donc en aucun cas assurer la survie de l’espèce, principe de base du fonctionnement naturel du règne animal et humain.

On peut noter à ce titre que la presse française ne s’est guère attardée sur cette relaxe définitive contrairement à la large publicité assurée à la condamnation initiale, ce qui est un cas d’étude intéressant de déontologie journalistique, les médias adorant se moquer d’elle sans se pencher sérieusement sur le contenu de ses propos.

  • L’« abomination » dans l’Ancien Testament

Les associations demandeuses arguaient qu’utiliser le terme « abomination », c’est condamner à mort. En effet, selon ces associations, Christine Boutin « a répété [ce mot] sans le nuancer, sachant parfaitement, en tant que personnalité politique influente, ex présidente du parti chrétien démocrate, catholique pratiquante connaissant parfaitement la Bible et le sens du Lévitique dont est issue cette expression, sa signification d’exécration, haine, détestation, dégoût profond, répugnance, et renvoyant par extension à l’infamie, le crime, l’atrocité, la monstruosité, ou encore le comble du mal, et qui renvoie dans le texte biblique à la condamnation à mort des homosexuels ».

La condamnation de l’homosexualité par Dieu figure dans l’Ancien Testament avec la destruction symbolique de Sodome et Gomorrhe.

Genèse 19, 13. Nous allons en effet détruire ce lieu, car grand est le cri qui s’est élevé contre eux à la face de Yahvé, et Yahvé nous a envoyés pour les exterminer.

Genèse 19, 24-25. Yahvé fit pleuvoir sur Sodome et sur Gomorrhe du soufre et du feu venant de Yahvé, et il renversa ces villes et toute la Plaine, avec tous les habitants des villes et la végétation du sol.

Si la pratique homosexuelle est condamnée et sanctionnée à cette occasion, il faut néanmoins remarquer qu’il s’agit d’une condamnation globale d’une cité (jusqu’à la végétation) et non de l’expression d’un principe d’extermination individuelle des individus ayant des pratiques homosexuelles à suivre jusqu’à la fin des temps. Il s’agit en outre d’un châtiment imposé par Dieu lui-même, car les hommes ne sont pas appelés à exterminer les homosexuels ici-bas mais à s’éloigner le plus possible de leurs pratiques, la situation étant différente dans d’autres cas de figure mentionnés par les textes juifs, en particulier lorsqu’il s’agit de venir à bout de la croyance terrestre en d’autres dieux, péché ultime.

Deutéronome 13, 13 à 17. Si tu entends dire que dans l’une des villes que Yahvé ton Dieu t’a données pour y habiter, des hommes, des vauriens, issus de ta race, ont égaré leurs concitoyens en disant : « Allons servir d’autres dieux », que vous n’avez pas connus, tu examineras l’affaire, tu feras une enquête, tu interrogeras avec soin. S’il est bien avéré et s’il est bien établi qu’une telle abomination a été commise au milieu de toi, tu devras passer au fil de l’épée les habitants de cette ville, tu la voueras à l’anathème, elle et tout ce qu’elle contient, tu en rassembleras toutes les dépouilles au milieu de la place publique et tu brûleras la ville avec toutes ses dépouilles, l’offrant tout entière à Yahvé ton Dieu. Elle deviendra pour toujours une ruine, qui ne sera plus rebâtie.

En tout état de cause, il s’agit de textes religieux à tout le moins historiques et surtout symboliques, et qui ne constituent en aucune façon un code permanent applicable aux contrevenants. Ce qui reste en revanche de façon permanente, c’est la répugnance que doivent inspirer ces pratiques. En effet, le terme d’« abomination » reproché à Christine Boutin car considéré comme une incitation à la haine est un terme générique voulant dire « horreur inspirée par ce qui contrevient aux prescriptions de Dieu ». Dans beaucoup de cas, ce terme est surtout associé à la nécessité de s’éloigner de pratiques impures. Ainsi, le terme d’abomination recouvre de nombreuses autres situations dans l’Ancien Testament (nudité, règles des femmes, travestissement, etc. : voir quelques exemples ci-après), bien loin d’une condamnation spirituelle et morale qui ne concernerait que la seule homosexualité.

Lévitique 18, 6. Aucun de vous ne s’approchera de sa proche parente pour en découvrir la nudité. Je suis Yahvé.

Etc.

Lévitique 18, 19. Tu ne t’approcheras pas, pour découvrir sa nudité, d’une femme souillée par ses règles.

Lévitique 18, 20 à 23. À la femme de ton compatriote tu ne donneras pas ton lit conjugal, tu en deviendrais impur. Tu ne livreras pas de tes enfants à faire passer à Molek, et tu ne profaneras pas ainsi le nom de ton Dieu. Je suis Yahvé. Tu ne donneras ta couche à aucune bête ; tu en deviendrais impur. Une femme ne s’offrira pas à un animal pour s’accoupler à lui. Ce serait une souillure.

Lévitique 18, 26-27. Mais vous, vous garderez mes lois et mes coutumes, vous ne commettrez aucune de ces abominations, pas plus le citoyen que l’étranger qui réside parmi vous. Car toutes ces abominations-là, les hommes qui ont habité ce pays avant vous les ont commises et le pays en a été rendu impur.

Lévitique 18, 29. Oui, quiconque commet l’une de ces abominations, quelle qu’elle soit, tous les êtres qui les commettent, ceux-là seront retranchés de leur peuple.

Lévitique 18, 30. Gardez mes observances sans mettre en pratique ces lois abominables que l’on appliquait avant vous ; ainsi ne vous rendront-elles pas impurs. Je suis Yahvé, votre Dieu.

Deutéronome 17, 1. Tu n’immoleras pas à Yahvé ton Dieu une pièce de gros ou de petit bétail qui ait une tare ou un défaut quelconque, car Yahvé ton Dieu a cela en abomination.

Deutéronome 22, 5. Une femme ne portera pas un costume masculin, et un homme ne mettra pas un vêtement de femme : quiconque agit ainsi est en abomination à Yahvé ton Dieu.

Deutéronome 23, 19. Tu n’apporteras pas à la maison de Yahvé ton Dieu le salaire d’une prostituée ni le paiement d’un chien, quel que soit le vœu que tu aies fait : car tous deux sont en abomination à Yahvé ton Dieu.

Proverbes 3, 31-32. N’envie pas l’homme violent, ne choisis jamais ses chemins, car les pervers sont l’abomination de Yahvé, lui qui fait des hommes droits ses familiers.

Proverbes 6, 16 à 19. Il y a six choses que hait Yahvé, sept qui lui sont en abomination : des yeux hautains, une langue menteuse, des mains qui répandent le sang innocent, un cœur qui médite des projets coupables, des pieds empressés à courir au mal, un faux témoin qui profère des mensonges, le semeur de querelles entre frères.

Proverbes 11, 20. Abomination pour Yahvé : les cœurs tortueux ; il aime ceux dont la conduite est honnête.

  • L’« abomination » dans le Nouveau Testament

L’emploi de ce terme apparaît rarement (cf. ci-dessous) dans les textes chrétiens qui abandonnent ou se désolidarisent de façon générale de la vision juive essentiellement répressive pour se tourner vers la tolérance et le pardon (ce qui n’exclut par le jugement moral).

Matthieu 24, 15. Lors donc que vous verrez l’abomination de la désolation, dont a parlé le prophète Daniel, installée dans le saint lieu (que le lecteur comprenne !)

Marc 13, 14. Lorsque vous verrez l’abomination de la désolation installée là où elle ne doit pas être (que le lecteur comprenne !) alors que ceux qui seront en Judée s’enfuient dans les montagnes,

Apocalypse 17, 4. La femme, vêtue de pourpre et d’écarlate, étincelait d’or, de pierres précieuses et de perles ; elle tenait à la main une coupe en or, remplie d’abominations et des souillures de sa prostitution.

Apocalypse 17, 5. Sur son front, un nom était inscrit – un mystère ! – « Babylone la Grande, la mère des prostituées et des abominations de la terre. »

Apocalypse 21, 27. Rien de souillé n’y pourra pénétrer, ni ceux qui commettent l’abomination et le mal, mais seulement ceux qui sont inscrits dans le livre de vie de l’Agneau.

  • L’argument de l’« essentialisation » : la personne de l’homosexuel se résumerait de facto à son homosexualité

Les associations de défense de la « diversité sexuelle » tentent semble-t-il d’« essentialiser » les homosexuels en les structurant fondamentalement autour de leur sexualité afin de pouvoir prétendre que critiquer leur sexualité revient à s’attaquer à leur personne, comme en témoignent les affirmations suivantes citées en justice :

« Il n’y a pas de condamnation de l’homosexualité sans condamnation des homosexuels : les attaques portées contre une conduite constituant un aspect qui définit précisément l’identité d’un groupe doivent être assimilées à une attaque contre le groupe lui-même et les personnes qui le constituent. »

« Il existe un lien indissociable entre l’orientation sexuelle et la conduite sexuelle : l’orientation sexuelle n’est pas seulement un comportement mais définit également la personne de sorte que de condamner l’orientation sexuelle revient à condamner la personne. »

Ces associations défendent en effet que l’homosexualité, différente en cela de la religion, serait subie et non choisie :

« L’homosexualité n’est pas une théorie qui pourrait être critiquée et discutée indépendamment de ce que sont les homosexuels eux-mêmes, puisqu’on ne choisit pas d’être homosexuel. »

« La liberté de vivre son orientation sexuelle ne ressortant pas de la liberté de conscience, aucune comparaison n’est possible avec la critique d’une religion à laquelle on adhère, dissociable de celui qui la pratique.»

Au-delà de l’emploi du terme de novlangue « orientation sexuelle », qui signifie tout simplement « sexualité » (l’emploi du terme « orientation » ayant pour principal objectif de rendre par avance inapproprié, voire tabou, tout jugement moral via la connotation scientifique du mot – à ce compte-là, la pédophilie ne devient-elle pas également une orientation sexuelle légitime, à l’instar du sado masochisme, autre orientation sexuelle ? –), il est intéressant de noter que, pour ces associations, la liberté de critiquer les religions est implicitement totale puisque, a contrario de celle de l’homosexualité, la critique des religions ne concernerait en aucune façon selon elles la personne même du croyant.

Ce désintérêt religieux n’est guère étonnant puisque ces associations, d’esprit par essence athée, ne semblent guère préoccupées par le fait de donner un sens au monde terrestre en dehors de la satisfaction des pulsions et désirs de toutes sortes expérimentés ici-bas et dont l’imagination humaine a le secret, dans le cadre d’une jouissance qui répugne en réalité à toute idée de morale ainsi qu’à l’idée d’une autorité pour en décider et en juger, répugnance libertaire dont on peut se demander d’ailleurs si elle ne conduit pas inéluctablement à terme par exemple à la justification progressive de la pédophilie (cf. les débats actuels sur la question du viol des enfants en France en rapport avec l’âge).

En effet, dans cette lutte idéologique qui consiste à vouloir positionner sur le même plan moral toutes les sexualités, l’homosexualité ne devient-elle pas de facto la sœur aînée de la pédophilie et de toutes les pratiques sexuelles autres que le coït naturel homme-femme puisque toutes ces pratiques sont censées, d’après ces associations, répondre à un impératif naturel irrépressible qui les légitime ? Car, avec cette vision, à quel titre finalement condamner, par exemple, et sans recourir à ce qui serait dénoncé comme de l’arbitraire s’opposant au « vécu », une relation sexuelle entre un adulte et un enfant qui serait consentant ? Quel mal y a-t-il puisque, ainsi, la nature s’exprime dans chacun d’entre nous ?

Par ailleurs, l’idée que la religion serait forcément choisie n’est, elle aussi, qu’une simple opinion, un postulat : on peut en effet défendre tout aussi bien que la foi s’impose à l’individu (même s’il peut lui arriver d’en changer) jusqu’à en faire parfois sa raison de vivre. La foi est la réponse apportée dans cette quête essentielle de sens face à la mort, quelle que soit la façon dont on peut par ailleurs tenter de la justifier par la raison. Cette quête s’impose à certains individus afin de répondre à leur angoisse existentielle et prendre ainsi la forme de religion ou de croyance. Quant à ceux qui ne croient en rien et nient l’existence de tout ce qui serait autre que la simple matière, c’est-à-dire les athées, il est amusant de voir comment ils peuvent finalement craindre la mort et le néant, et gesticulent d’inquiétude à l’instant fatidique, eux qui devraient y être totalement indifférents s’ils étaient cohérents.

Quoiqu’il en soit, sous prétexte que l’on ne choisirait pas sa sexualité, voir critiquer son comportement serait ainsi être attaqué dans la dignité de sa personne ? Raisonnement qui semble absurde car, à ce compte-là, faudrait-il aussi trouver louable ou acceptable le comportement du pédophile, du zoophile, du cleptomane, du tueur ou du violeur en série, de l’alcoolique, etc., au prétexte qu’ils n’y peuvent rien et que cela était forcément inscrit dans leurs gènes ? Et pour autant qu’il n’y ait effectivement pas liberté de choix, ce qui est de toutes les façons indémontrable, n’y a-t-il pas toujours liberté de renoncer (certes parfois difficile à exercer car exigeant un grand courage), sauf à réduire l’homme à l’expression mécanique de ses instincts animaux ? Philippe Arino, lui-même homosexuel, évoque largement et avec profondeur cette question dans ses ouvrages ou sur son blog « L’araignée du désert ».

  • Les arguments détestables : les motivations politiques

Après les arguments au fond, qui devraient seuls être suffisants pour permettre de trancher le débat, terminons par les arguments de circonstance mentionnés par les associations, arguments détestables puisqu’ils cherchent à faire condamner une personne indépendamment du fait que ses propos soient condamnables au fond, et ce pour des raisons purement politiques :

« Prononcé dans un climat ayant déjà donné lieu à l’occasion du vote de la loi sur le mariage pour tous à des réactions d’intolérance liées à l’orientation sexuelle, il [le terme abomination] ne peut qu’inciter à l’hostilité, au rejet, à la discrimination, haine ou violence envers ceux qui partagent cette orientation sexuelle gravement stigmatisée. »

« Ce terme péremptoire et violent, émanant d’une élue de la République, a nécessairement un large écho dans la population française. »

« Cette condamnation peut avoir valeur de caution pour les auteurs effectifs ou potentiels de violences homophobes. »

Inutile d’élaborer sur la bassesse et la malhonnêteté du procédé.

  • Conclusion

Avec les raisonnements de ces associations, on en arrive à la situation délirante où la simple expression de la condamnation morale d’une pratique sexuelle (consistant par ailleurs dans le simple rappel de la condamnation ferme et définitive de l’homosexualité par les 3 grandes religions monothéistes – bien connue de tous –) deviendrait un délit d’opinion. Il est heureux que la Cour de Cassation ait pris la mesure d’une telle absurdité en rappelant sobrement que :

« Les restrictions à la liberté d’expression sont d’interprétation étroite » ;

« La liberté d’expression vaut non seulement pour les « informations » ou « idées » accueillies avec faveur ou considérées comme inoffensives ou indifférentes, mais aussi pour celles qui heurtent, choquent ou inquiètent » ;

« Le propos incriminé [de Christine Boutin], s’il est outrageant, ne contient néanmoins pas, même sous une forme implicite, d’appel ou d’exhortation à la haine ou à la violence à l’égard des personnes homosexuelles ».

Rappelons en effet ce que disait Christine Boutin : « Pour moi, la différence est la même qu’entre le pécheur et le péché. Le péché n’est jamais acceptable, mais le pécheur est toujours pardonné ! Ça n’a rien à voir. C’est cette subtilité qui n’est pas toujours comprise. J’ai des amis homosexuels ! Je vous assure, de vrais amis ! Mais en ce qui concerne le comportement sexuel, chacun fait comme il peut. Je ne dis même pas comme il veut, je dis comme il peut. Personnellement je n’ai aucun jugement à porter sur la personne. […] Merci de me permettre de vous le dire, c’est là que se situe une importante confusion. L’homosexualité n’a rien à voir avec les jugements que je porte sur les homosexuels, qui sont mes frères, mes amis, et qui ont une dignité aussi grande que ceux qui ont d’autres comportements sexuels. Ils sont pécheurs comme je le suis. »

Ce jugement illustre un point d’une grande importance et qui est transposable à la problématique de la critique de l’islam : critiquer avec force l’islam, ce n’est en aucun cas appeler à la haine et à la violence contre les musulmans ; d’ailleurs, les musulmans n’ont généralement pas eu le choix de leur religion et sont tombés dedans quand ils étaient petits. Critiquer l’islam, c’est seulement, pour certains de ceux qui ne partagent pas cette foi, pouvoir professer librement l’opinion qu’on peut trouver cette religion absurde, incohérente, inutile, destructrice, et considérer qu’elle accable des millions de personnes dont on a anéanti l’esprit critique et la capacité à l’« éveil » aux autres. Ce peut être, par solidarité humaine et compassion, souhaiter faire entamer aux musulmans un processus les conduisant à apostasier, peu importe que cette idée puisse apparaître insupportable à certains. Or l’islam a bien compris, et depuis sa naissance, le danger mortel que représente l’esprit critique et l’ouverture tolérante aux autres spiritualités. L’islam ne peut survivre que si les chaînes de l’Oumma sont maintenues fermes coûte que coûte, jusqu’à faire payer de leur mort les récalcitrants qui oseraient défier cette loi, ainsi que l’a exigé Mahomet, l’apôtre de la religion d’amour et de paix.