« Au Maroc, la pseudoscience au service de la bêtise la plus crasse »

Un « homme de religion » a expliqué en toute impunité, sur une radio privée, que le cancer du col de l’utérus était une conséquence de… l’adultère.

Article du Point, par Tahar Ben Jelloun, publié le  | Le Point.fr

http://www.lepoint.fr/invites-du-point/tahar-ben-jelloun/ben-jelloun-au-maroc-la-pseudoscience-au-service-de-la-betise-la-plus-crasse-27-01-2018-2190068_1921.php#xtmc=tahar-ben-jelloun&xtnp=1&xtcr=1

« Enfin une grande découverte, un grand pas pour la médecine. On sait à présent ce qui provoque le cancer de l’utérus et du col de l’utérus : l’adultère ! Enfin, pour être précis, le non-respect pour une veuve musulmane de la pause de quatre mois et dix jours avant d’avoir de nouvelles relations sexuelles avec un homme. Le site d’info marocain le 360.ma nous apprend dans un article stupéfiant comment un « homme de religion », bénéficiant apparemment d’une grande audience, raconte n’importe quoi et le justifie par une lecture débile du Coran.

Cet homme anime une émission sur une chaîne de radio privée au Maroc, Chada FM. Il s’appelle Abderrahmane Sekkache. Il était à l’antenne le 19 janvier 2018 entre 10 heures et 12 h 15. Écoutons-le : lorsqu’une femme a sa première relation sexuelle, le sperme de son mari s’inscrit dans son vagin et son utérus. L’utérus inscrit alors dans le vagin le code de ce premier sperme. Ce code lui interdit un sperme venant d’un autre homme. Si la femme en reçoit un, elle déclenche par là même un cancer de l’utérus ou du col de l’utérus. C’est pour cela que l’islam a instauré une période de « idda » (abstinence) de 4 mois et 10 jours après le veuvage. CQFD !

Ignares

Le religieux prétend que c’est une découverte de scientifiques occidentaux, dont il ne donne ni les noms ni le pays d’origine. Indignée, scandalisée par le fait que de telles bêtises puissent être librement diffusées sur une radio privée, la sociologue marocaine Naâmane Guessous, auteure d’une étude importante sur la sexualité au Maroc, a alerté le ministre des Habous (biens religieux). Avec quelques recherches, on apprend que ce M. Sekkache est un prêcheur des plus intégristes, exigeant de la femme de porter le niqab (le voile intégral) et autres comportements absurdes. Ce dont il parle est un islam radicalisé et détourné. Il n’interprète pas, il invente. Il ment.

La sociologue conclut son appel : « Est-il normal que le Maroc du XXIe siècle, ayant de si grandes ambitions pour se moderniser, éduquer sa population et lutter contre l’obscurantisme religieux, permette encore ce genre d’idioties ? […] Est-il acceptable que des responsables de chaînes de radio donnent l’antenne à des fkihs [sorciers, NDLR] aussi ignares pour informer et orienter notre population ? »

Si on croit cet ignare qui s’adresse à un public qui n’a pas les moyens de vérifier ce qu’il avance, il faudrait demander des comptes aux femmes atteintes du cancer de l’utérus sur leur comportement moral. Tu as le cancer de l’utérus, donc tu as fauté. Le tour (sinistre) est joué.

Désespérant

Les gens considèrent dans leur majorité que la radio ne peut mentir ni se tromper. Difficile de rectifier ces stupidités et de les dénoncer. Il y a la Haca, l’instance des sages qui contrôle les contenus des programmes des médias audiovisuels (sorte de CSA marocaine), mais, apparemment, elle n’a pas encore réagi. M. Sekkache continue de déblatérer tranquillement sur les ondes de cette radio. Même si le roi a demandé que le discours religieux soit serein et juste, même si l’Éducation nationale est en train de réviser les manuels scolaires, ce genre de discours faits de mensonges grossiers et de démagogie est assez répandu.

Éliminer les fake news s’avère être un vaste programme désespérant. Mieux vaut en rire pour mieux les dénoncer en attendant que les autorités ainsi que les responsables de cette radio l’empêchent de poursuivre ses délires qui trouvent, hélas, un certain écho.

Une réflexion sur « « Au Maroc, la pseudoscience au service de la bêtise la plus crasse » »

  1. La logique d’attente de 4 mois et 10 jours après le décès du mari pour qu’une une veuve puisse avoir de nouveau des relations sexuelles est tout simplement de s’assurer qu’elle n’est pas enceinte du défunt et ainsi éviter des problèmes avec le nouveau mari à cause d’une grossesse qui ne serait pas de lui.

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