Dhimmi : le statut

C’est par le traité d’Omar que le statut de dhimmi est généralement connu. Ce statut serait apparu au VIIème siècle : en 637 après JC, le patriarche chrétien de Jérusalem livra la ville à l’armée musulmane d’Omar. Un traité, dit Traité d’Omar, fut alors signé avec ce calife afin de fixer les conditions dans les lesquelles les chrétiens et les juifs étaient autorisés à vivre en pays musulman. Ce traité assujettissait juifs et chrétiens à l’autorité musulmane, mais leur garantissait un traitement meilleur (d’où le terme de « protégé ») qu’aux autres ennemis de l’islam, par la reconnaissance de droits privés mais pas de droits politiques.

On trouve des traces du statut de protégé (dhimmi) à l’égard des Gens du Livre dans une lettre écrite par Mahomet aux rois de Himyar qui avaient abandonné le polythéisme et s’étaient ralliés à l’islam. Il est possible qu’elle ait inspiré le statut établi ultérieurement par Omar.

La Sîra rapporte les propos de Mahomet : « Si un juif ou un chrétien se convertit à l’islam, il compte parmi les croyants, avec les mêmes privilèges et les mêmes obligations qu’eux. Celui, en revanche, qui reste juif ou chrétien, on ne peut le contraindre à quitter sa religion. Mais, dans tous les cas, il doit payer un tribut d’un dinar, qu’il soit mâle ou femelle, qu’il soit libre ou esclave. En échange de ce tribut, il aura la protection de Dieu et de son Envoyé. Sinon, il sera considéré comme l’ennemi de Dieu et de son envoyé. »

L’application de ce statut a connu des variations importantes selon les époques et les sociétés musulmanes. On peut noter que les pays occidentaux ont imposé que le traité de Lausanne de 1923, réglant le sort de la Turquie suite à la première guerre mondiale et l’effondrement de l’empire ottoman, contînt une section spécifique (section III) intitulée : « Protection des minorités ». Le premier alinéa de l’article 38 de cette section stipulait : « Le gouvernement turc s’engage à accorder à tous les habitants de la Turquie pleine et entière protection de leur vie et de leur liberté, sans distinction de naissance, de nationalité, de langue, de race ou de religion ». Le premier alinéa de l’article 39 stipulait : « Les ressortissants turcs appartenant aux minorités non-musulmanes jouiront des mêmes droits civils et politiques que les musulmans. »

Le statut de dhimmi semble avoir disparu en tant que statut officiel dans le monde musulman aujourd’hui mais pas en revanche l’idée qui le sous-tend, bien vivace, c’est-à-dire la supériorité de la communauté musulmane sur toutes les autres communautés humaines (cf. Supériorité).

À lire la jurisprudence chaféite, on retrouve des principes qui font clairement échos à des règles appliquées de nos jours, notamment dans certains pays de la péninsule arabique. Cela questionne sérieusement la réciprocité des droits des musulmans dans les pays occidentaux au regard des restrictions de droits imposées aux non-musulmans dans ces pays.

Section o11.5 « Ces sujets non-musulmans [ndlr soumis au statut de dhimmi]  doivent respecter les règles islamiques qui ont trait à la sécurité et à l’indemnisation de la vie, de la réputation et de la propriété. En outre :
(1) Ils sont punis s’ils commettent l’adultère ou le vol, mais pas pour ivresse ;
(2) Ils doivent se distinguer des musulmans par l’habillement, en portant une large ceinture (zunnar) ;
(3) Ils ne sont pas salués par le « as-Salamu ‘alaykum » ;
(4) Ils doivent pas occuper la meilleure place dans les rues ;
(5) Ils ne peuvent pas construire des bâtiments aussi ou plus hauts que des bâtiments musulmans, mais s’ils acquièrent une haute maison [déjà construite], elle n’est pas rasée ;
(6) Il leur interdit d’afficher à la vue du public du vin ou du porc, de sonner les cloches des églises ou de porter des croix visibles, de réciter autrement qu’intérieurement la Torah ou l’Évangile, ou de défiler publiquement pour des funérailles ou de fêter publiquement des jours de fête ;
(7) Il leur est interdit de construire de nouvelles églises. »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

vingt + treize =

Time limit is exhausted. Please reload CAPTCHA.