La guerre sainte dans la doctrine de l’islam : une réalité incontournable

Ghaleb Bencheikh, musulman pondéré et cultivé, présentateur attitré de l’émission de France 2 « Islam » diffusée le dimanche matin sur France 2 est revenu, dans d’un cycle de conférences organisées en 2016 et 2017 par la société des amis de l’Institut du Monde Arabe, sur le sens du mot « jihad ».

  • La thèse de l’effort intérieur

Ses propos sont intéressants car ils sont l’expression visible et claire du malaise soulevé chez les intellectuels musulmans par la violence contenue dans la doctrine de l’islam. Ghaleb Bencheikh défend ainsi la traditionnelle thèse – pourtant intenable et contraire à la jurisprudence musulmane (cf. http://islametoccident.fr/?p=4009 ) – de la prééminence de l’effort « intérieur » ou « majeur » sur l’effort « extérieur » ou « mineur », c’est-à-dire la guerre, « combat [armé] dans la voie d’Allah ».

Amis IMA Fatwa 161128 Jihad

La thèse de l’effort « intérieur », dont la place serait centrale par rapport au combat armé qui serait marginal, est une pure fiction, mais répétée à l’envi (comme si la répétition, selon un procédé magique, créait la vérité) car c’est en réalité le seul moyen de existant pour tenter de désamorcer la question de la violence en islam. Malheureusement, cette thèse ne résiste ni à l’analyse en profondeur de la doctrine musulmane, ni à l’épreuve des faits. Le lecteur trouvera sur ce site plusieurs articles précédents consacrés à cette question largement documentée. Je ne reviens donc pas ici sur tous ses aspects mais je mets en lumière quelques points intéressants mentionnés lors de ces conférences.

  • La guerre est clairement une face essentielle du jihad

Si l’effort peut être intérieur, Ghaleb Bencheikh a l’honnêteté intellectuelle de reconnaître que le combat armé au nom de l’islam existe bel et bien : « Faire un jihad, dans son acception exotérique, extérieure, tournée vers le monde physique, c’est (…) et bien entendu guerroyer, parce qu’il ne faut pas éluder la question centrale qui nous intéresse ce soir, mais tout cela rentre dans l’acception, chez les théoriciens, chez les théologiens, du « petit effort », l’effort extérieur. Et a contrario, il y a l’effort salvateur, le travail sur soi. » 

Amis IMA Jihad 161010 Petit effort

Car la problématique de la violence en islam est incontournable comme le note Ghaleb Bencheikh : « Il n’y a pas 2000 versets qui appellent à la violence. Il y en a quelques-uns : ils sont violents, ils sont belligènes, ils sont martiaux, ils sont douloureux pour maintenant. La fameuse sourate 9 est un cas d’espèce qu’il faut étudier. »

Amis IMA Jihad 161010 Guerre sainte chirurgicale

S’agissant de l’argument consistant à limiter la guerre religieuse à des groupes particuliers (« Il y a un désaveu contre un groupe particulier et on sait lesquels (…). »), il ne tient évidemment pas la route : les textes sacrés de l’islam mentionnent effectivement les ennemis de l’époque de Mahomet mais c’est bien entendu tout ennemi de l’islam pour la suite des temps qui est visé. Il suffit de lire la multitude d’imprécations lancées contre tous les types de mécréants pour s’en convaincre. Et on peut à juste titre, comme le fait Ghaleb Bencheikh lui-même, s’interroger sur la réelle valeur spirituelle d’une « révélation qui descend à point nommé pour épouser les contingences d’une vie de tous les jours »…

  • La Sunna confirme la place du combat armé dans les fondements de l’islam

L’omniprésence de la violence et du combat armé dans la biographie de Mahomet est également confirmée par la Sunna puisqu’un hadith connu mentionne la parole même de Mahomet qui place implicitement le combat armé devant l’effort intérieur. Ghaleb Bencheikh tente de minimiser le poids de cette tradition mais celle-ci est largement confirmée par de nombreux imams du monde musulman.

Amis IMA Jihad 161010 Hadith petit jihad

  • Un certain nombre d’intellectuels musulmans entérinent le terme de « guerre sainte »

Ghaleb Bencheikh regrette que des intellectuels du monde arabo-musulman (et non des moindres car sinon il ne mentionnerait pas ce point) « entérinent » l’appellation de « guerre sainte ».

Amis IMA Jihad 161010 Intellectuels et guerre sainte

Mais c’est tout à fait normal puisque c’est justement parce qu’il s’agit précisément d’une guerre menée au nom de la religion ! La jurisprudence islamique est d’ailleurs claire sur ce point (cf. http://islametoccident.fr/?p=4009 ).

  • Conclusion

Ghaleb Bencheikh invente un islam qui n’existe pas. Il se retrouve fatalement en opposition frontale avec la vision de l’islam telle qu’elle ressort de façon tout à fait habituelle dans le monde musulman : un islam de conquête, où la violence est permise (avec certaines règles). Pour construire cet islam imaginaire que Ghaleb Bencheikh appelle de ses vœux, il lui faut d’abord déconstruire cet islam millénaire et violent qu’il n’aime pas : peut-il y parvenir sans le détruire véritablement ?

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