Jérusalem : que se cache-t-il derrière la comédie hypocrite de la diplomatie ?

Le récent veto américain au projet de résolution du Conseil de sécurité de l’ONU contre la décision des États-Unis de reconnaître Jérusalem comme capitale de l’État d’Israël et d’y transférer son ambassade, puis la décision du président du Guatemala de faire de même, ont de nouveau fait hurler les sirènes de la bien-pensance mondiale et notamment française, la France n’étant généralement guère en reste dans ce domaine. Car ce que personne n’évoque jamais vraiment à propos de cette question, dans l’ensemble des enjeux complexes qu’elle soulève, c’est la nature profonde du conflit israëlo-palestinien qui constitue le décor d’arrière-plan de cette comédie diplomatique, conflit qui est en réalité un conflit religieux islamo-juif, où les chrétiens sont d’ailleurs curieusement absents.

La reconnaissance de Jérusalem comme capitale provoque-t-elle un émoi particulier chez les chrétiens à l’instar de celui du monde musulman, alors même que le christianisme pourrait se sentir concerné tout autant (voire beaucoup plus d’ailleurs) que l’islam par le statut de cette ville ? Que nenni. Alors pourquoi trouver normal que le monde musulman soit choqué, jusqu’à excuser par avance de futurs accès de violence ?

Jérusalem est depuis longtemps la capitale spirituelle du judaïsme, et a d’ailleurs été celle de l’islam, du moins jusqu’au jour où Mahomet – comme nous l’indique clairement la biographie d’Ibn Hîcham (incontestée en islam) –, incapable de rallier à lui à Médine les juifs dont il avait pour l’essentiel copié la religion, a décidé de s’en débarrasser en les chassant ou en les exterminant par égorgement, nouvelle ère marquée par le changement direction de la prière, cette fois en direction de La Mecque.

Ce transfert aurait dû justement faciliter la désacralisation aux yeux de l’islam de Jérusalem. Mais dans les monde de la religion et de l’idéologie, il n’en va pas ainsi. Pour abattre à long terme son frère ennemi sur le champ de bataille spirituel, l’islam avait besoin d’affaiblir en la ruinant la spécificité du judaïsme, ce qui passait par la profanation du sanctuaire spirituel et symbolique que Jérusalem constituait pour le judaïsme, car cette profanation dépossédait de facto le judaïsme de sa spécificité et de sa valeur unique.

L’islam se réclamant ouvertement du monothéisme abrahamique, il n’était en effet pas possible de détruire Jérusalem à la mode romaine. Mahomet a sans doute très bien compris l’importance politique de cette démarche, beaucoup plus subtile, sournoise mais efficace à long terme. Et donner au judaïsme un statut de martyr aux yeux du monde à venir était à éviter. Ainsi, dès le départ de sa prédication, Mahomet a veillé à saper d’avance la primauté spirituelle du judaïsme sur l’islam. 

L’invention ad hoc et merveilleuse par Mahomet de son extravagant voyage nocturne à Jérusalem sur un cheval ailé (puis au ciel) est une habile manœuvre politique qui permet depuis lors à l’islam de contester fondamentalement au judaïsme (et donc aujourd’hui à Israël) sa primauté spirituelle dans le monothéisme abrahamique, et par voie de conséquence toute affirmation d’une revendication communautaire juive, la promesse d’ancrage dans une terre étant une preuve d’existence beaucoup plus forte qu’une longue errance. Pourtant, c’est bien par Isaac, ancêtre du peuple juif, et non par Ismaël, fils illégitime et bâtard d’Abraham et ancêtre du peuple arabe, que passe l’alliance de Dieu avec les hommes : l’islam, frère ennemi congénital du judaïsme, n’y pourra jamais rien. Allah l’a voulu ainsi.

Le conflit israëlo-palestinien n’est-il ainsi qu’une des formes modernes de cristallisation de l’inextinguible conflit religieux islamo-juif, autrement plus fondamental et durable qu’un simple conflit politique ? Ôtez la religion du conflit israélo-palestinien, que reste-t-il ? A priori pas grand-chose.

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