Les terroristes musulmans : des hommes qui seraient coupés de leur religion

  • Délégitimer la position doctrinale des fondamentalistes musulmans

Pour Ghaleb Bencheikh, présentateur attitré de l’émission de France 2 « Islam » diffusée le dimanche matin sur France 2 et intervenant principal d’une conférence sur le mot « salafisme » organisée par la société des amis de l’Institut du Monde Arabe en novembre 2017, les salafistes « veulent passer outre les différents avis des différentes écoles juridiques [de l’islam] car ils veulent s’abreuver aux deux sources premières, c’est-à-dire le Coran et la Sunna. »

Amis IMA Salafisme 171106 Sources doctrinales

  • Analyse

Il est exact que les salafistes se réfèrent prioritairement aux textes sacrés de l’islam, ce qui paraît tout à fait logique et souhaitable (les chrétiens feraient bien de faire la même chose avec les Évangiles et les Épîtres…), mais la lecture de la propagande fondamentaliste musulmane montre qu’il est faux de dire qu’ils refusent tous les avis juridiques des écoles de l’islam.

En effet, pourquoi ignoreraient-ils des avis juridiques qui sont loin – contrairement à ce que laisse entendre Ghaleb Bencheikh face à un public qui n’a probablement jamais lu ces textes – de contredire les leurs ? Les fondamentalistes indiquent en effet par exemple que « les règles concernant le fait de répandre le sang sont issues, du Coran, de la Sunna, de l’« ijmaa » (consensus des savants) et du « qiyas » (raisonnement juridique) » ? En outre, certaines grandes figures parmi les savants de l’islam font de façon notoire partie de leur panthéon doctrinal, comme Ibn Taymiyya.

En réalité, la zone de « schisme » au sein de l’islam n’est pas doctrinalement entre les salafistes et les autres, mais entre ceux qui se sentent assez forts pour passer à l’action et les autres, moins téméraires, installés dans une vie matérielle confortable ou simplement oublieux du devoir de jihad que leur impose une doctrine pourtant claire. Ainsi, ceux qui sont visés, ce sont les « imams qui égarent » les musulmans en les éloignant du « jihad », combat armé dans la voie de Dieu, peu importe que ces imams soient étiquetés en Occident « modérés », « salafistes », etc.. En effet, ces imams détournent les musulmans qui les suivent sans regard critique hors du chemin du jihad et donc les éloignent de l’exemple du Prophète Mahomet, qui a mené la guerre au nom de la religion, comme les textes sacrés de l’islam en témoignent avec une grande clarté.

Ce que rejettent les partisans du jihad, c’est le « taqlid », c’est-à-dire le fait d’« agir selon l’avis de quelqu’un [en l’occurrence un imam] sans connaître sa preuve », ce qui correspond à la soumission aveugle, sans esprit critique. En effet, un imam qui prétend que le jihad ne fait pas partie du devoir de tout bon musulman est bien incapable de le prouver par les textes les plus sacrés de l’islam : il n’a donc pas de « preuve ».

  • Le « coranisme » ? en réalité, une impasse

Face à des mouvements fondamentalistes qui se réfèrent en permanence aux textes sacrés de l’islam pour justifier leur action, Ghaleb Bencheikh en est réduit à une démarche qui se résume à deux aspects :

1) Se centrer exclusivement sur le Coran en abjurant sa croyance dans la Sunna du Prophète, car les hadiths prêchant la guerre sainte, le « jihad », y sont tellement nombreux et explicites qu’il est impossible de nier leur existence et leur sens littéral.

C’est ainsi que Ghaleb Bencheikh déclare : « En réponse à la salafisation des esprits, il y a des réactions de ceux qui disent : « seul le Coran oblige ». » : c’est ce que Ghaleb Bencheikh appelle le « coranisme », lui-même étant un « coraniste ».

2) Contextualiser le Coran

Mais cet abandon de la Sunna (et de la biographie du Prophète, 3ème source sacrée de l’islam) est tout à fait insuffisante car le Coran lui-même contient de nombreux versets violents, appelant à la guerre sainte contre les mécréants (en précisant même les règles de partage du butin ainsi conquis, ce qui, pour un texte qui se veut spirituel, est pour le moins étonnant…).

Il faut donc trouver une façon de renier le sens littéral du Coran et de délégitimer la position de ceux qui « prennent dans son sens obvie, son sens littéral, le Coran ». Le Coran, parole éternelle d’Allah, serait ainsi sujet par essence à une interprétation dépendant notamment du contexte historique de son apparition, contrairement par exemple aux textes des autres religions qui peuvent faire l’objet d’interprétations de façon ponctuelle mais jamais de façon systématique et surtout jusqu’à contredire le sens littéral du texte qui est donné aux fidèles (les contradictions flagrantes du Coran justifiées par l’aberrante doctrine de l’abrogation étant de ce point un summum d’absurdité en la matière). Donc, le Coran, contrairement aux Évangiles ou aux textes bouddhistes par exemple, ne voudrait que rarement vraiment dire ce qu’il veut dire : jusqu’où la takiyya ne conduit-elle pas…

  • Conclusion

Ghaleb Bencheikh propose une voie dangereuse pour lui-même (puisque blasphématoire) et de toutes les façons sans issue, sauf au prix d’une mauvaise foi ou d’un aveuglement évident. Il se dresse avec courage ou inconscience contre une bonne partie du monde musulman dont la conception de l’islam n’a jamais été clémente et miséricordieuse, et pour qui le terme de « jihad » a bien toujours eu le sens principal de « guerre sainte » : il suffit simplement de reprendre les textes de jurisprudence des grandes écoles juridiques musulmanes pour s’en persuader. Je reviendrai sur ce point dans un prochain article.

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